BLANCHE NEIGE, les contes interdits, partie 2

De L.P. SICARD

*Que dois-je faire pour obtenir la vérité ? Dis-le-moi tout de suite ; si tu comptes la garder pour toi-même, je vais t’assassiner, en finir de ce pas. Mes frères ont besoin de moi, je n’ai pas de temps à perdre à torturer une sorcière de ton espèce…

Quand je pense que nous hésitions entre toi et une autre, bien plus belle encore que toi et ta grande gueule ! Nous l’aurions tous eue, notre pipe, et rien de tout ça ne serait arrivé. Bordel…(Extrait : BLANCHE NEIGE, série LES CONTES INTERDITS, L.P. Sicard, Éditions AdA, édition de papier, 2017, 200 pages).

Pour consulter la première partie de ce commentaire, cliquez ici.

UN CONTE DÉPRAVÉ
*Ce geste en soi était des plus horrifiques,
mais pire encore que ce sanglant et
désinvolte assaut fut l’absence de
réaction de la part des autres ; pas un ne
vint à son secours, pas un n’émit un
commentaire quant à ce geste d’une
innommable inhumanité ; leur comparse
venait d’être tué, et ça ne les indisposait
nullement.*
(Extrait: BLANCHE NEIGE…Les Contes Interdits)

La série m’intriguait. Les titres m’intriguaient. Je trouvais les 4e de couverture impressionnants. J’ai fini par me décider à entreprendre une exploration de la série suite à ma visite au Salon International du Livre de Québec en 2018. C’est là que j’ai rencontré les auteurs Simon Rousseau et L.P. Sicard. J’ai pu discuter avec eux de leur motivation.

Leur livre fut le résultat d’une exploration des secrets cachés ou imaginés, enfouis dans les contes des Frères Grimm qui n’étaient pas destinés aux enfants, au commencement du moins. C’est ainsi que BLANCHE NEIGE est devenu un conte interdit parce que perverti et dépravé qui explore les cauchemars qui se confondent dangereusement avec la réalité.

C’est un côté B, la face noire, le côté obscur, appelons ça comme on voudra, ça fait frémir : *Nul mot n’aurait pu décrire avec quelle terreur je levai mes yeux, ni quel effroi me parcourut l’échine lorsque je vis enfin l’auteur de ces gémissements : Un homme, suspendu au plafond, par d’énormes clous qui lui transperçaient et les coudes et les genoux, souriait du plus grotesque sourire. * (Extrait)

C’est un livre très noir qui devrait plaire aux amateurs de gore. Car pour être violents et sanglants, on peut dire que l’auteur a atteint les objectifs des contes interdits et plus :

*Il empoigna une lame de rasoir…et la porta à sa gorge… il porta son arme blanche à sa poitrine qu’il se mit à découper, lentement, indolemment, avec cette même grâce qu’ont les hommes offrant quelque bijou à leur amante* (extrait)

Il y a tellement de ces passages créant à l’esprit des images atroces voire trash que l’éditeur prend soin d’avertir le lecteur que le récit pourrait ébranler les âmes sensibles.

L’auteur s’est aussi arrangé pour nous faire sentir l’influence des Frères Grimm. Elle n’est pas toujours évidente, mais il y a quand même une sorcière qui n’a pas besoin d’interroger un miroir tellement elle est hideuse, il y a sept hommes, ce ne sont pas des nains et ils brillent par leur dérèglement sexuel.

Émilie, notre Blanche Neige par défaut ne l’aura pas facile. D’autres petits indices rappellent le conte : Émilie qui dialogue avec une colombe par exemple sans oublier une surexploitation du passé simple comme on l’a vu dans l’œuvre de Perreault, Anderson, De La Fontaine et j’en passe. L.P. Sicard s’est aussi employé à nous faire chevaucher entre la réalité et la fabulation.

Pour lire BLANCHE-NEIGE, il faut désapprendre ce que l’on sait sur les contes et accepter de se laisser aller dans une angoissante exploration de la démence, du complot, de la mort et de l’inimaginable horreur qui vient des pires cauchemars. La plume de l’auteur est d’une redoutable efficacité. Dès le départ, l’auteur nous agrippe. On ressent d’abord de l’empathie pour Émilie et on se demande qui est fou dans cette histoire, Émilie ou son psychiatre ?

Je ne suis pas un grand amateur de Gore, mais à l’analyse, L.P. Sicard remplit la plupart de mes critères de satisfaction. Le récit est noir, dur mais fort. L’Histoire est atypique et sa finale est fort bien imaginée et bien travaillée. Il y a des passages à soulever le cœur, mais les lecteurs sont avertis. Bien écrit ! Bien ficelé ! Lire ce livre, c’est tenter une expérience…

L.P. Sicard a 25 ans alors qu’il achève la sombre réécriture de BLANCHE NEIGE. S’inspirant de la théorie freudienne de l’inquiétante étrangeté, dite unheimlich, il a tenté de conduire subtilement son lectorat dans une indétermination angoissante, où la folie se joint à la fois au réalisme et au surnaturel.

D’abord poète, il a publié un recueil de poésie en 2012, en plus de remporter le second prix de l’association littéraire et artistique de France, le grand prix du concours international de poésie de Paris,  celui Salon du livre international de Québec, avec le premier tome de sa série Felix Vortan, traduit en braille.

On peut suivre L.P. Sicard sur Facebook. Vous pouvez aussi visiter son site WEB. Cliquez ici

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 5 mars 2021

Les invraisemblables aventures de …

MONSIEUR TOUT LE MONDE

Commentaire sur le livre de
MAHRK GOTIÉ

*Honnêtement, baillai-je, je n’en ai strictement rien à cirer de ta vie, de ton pouvoir, ni de tout ce qui constitue ta particularité intrinsèque qui, j’en suis convaincu, n’a rien à envier à celle de n’importe quel autre abruti ordinaire. Mais puisque tu ne sembles pas comprendre que tu me dérange, crache ton venin!*

(Extrait : LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES DE MONSIEUR TOUT LE MONDE, Mahrk Gotié, IS Éditions 2014, édition numérique, 160 pages)

Monsieur Tout le monde est comme tout le monde ou presque : il a un travail qu’il déteste, une femme moche, et deux adolescents dont le premier but dans la vie est de ne surtout pas devenir comme lui. Mais Monsieur Tout le monde veut changer tout ça. Il veut rêver, vibrer. Alors, un beau jour, il décide de s’affranchir de ses barrières mentales, et part à la découverte d’un monde beaucoup plus déjanté qu’il ne l’avait soupçonné… Il plaque femme et enfants, bien décidé à vivre. Il se lance ainsi dans des aventures invraisemblables qui seront tout sauf ordinaires, à la découverte d’un monde tordu et débridé. 

VIRAGE DANS LA VIE
D’UN CASSE-PIED FAINÉANT
*Je n’aime pas les gens et ils me le rendent à
l’identique. Je pisse sur tout le monde et ça
me fait jouir. Détestez-moi, je ne demande
que ça. Je souhaite votre haine et votre
mépris, ma mauvaise réputation me fait
bander comme un âne. Insultez-moi,
salissez mon image, n’hésitez pas…
(Extrait : LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES
DE MONSIEUR TOUT LE MONDE)

J’ai choisi ce livre par curiosité. Le titre n’est pas banal et puis je croyais trouver un monsieur qui me ressemblait un peu. Tel ne fut pas le cas…loin de là. LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES DE MONSIEUR TOUT LE MONDE est un livre déjanté et affublé d’une surdose de cynisme, de machisme et d’égocentrisme.

Le sujet était pourtant prometteur : Monsieur tout le monde n’aime pas sa vie, il déteste son travail, il croit que sa femme ne l’aime plus et trouve ses deux ados insignifiants. Il décide donc de tout plaquer, décidé à vivre avant de mourir.

C’est là que l’auteur aurait pu être original. Au contraire de l’originalité et d’un goût recherché, il nous a laissé un récit aux limites du trash : *La médiocrité, moi je vous la sublime, je la divinise, je l’incarne au plus haut point, parce que je suis monsieur-tout-le-monde, comme vous. Et vous savez très bien que nous ne triomphons pas.* (Extrait)

Il est certain que ce livre va plaire aux amateurs de trash qui recherche dans un livre la plume directe et provocante : le trash, l’indécence, la vulgarité et bien sûr la crudité qui ne manque pas dans le livre de Gothier :

*Sur cette annonce pour le moins alléchante, une grosse pute d’au moins soixante ans, vieille, immonde et snobe, un gros tas de graisse puant et dégoulinant, un déchet humain repoussant à l’excès avec des yeux enfoncés dans les fentes, un nez porcin, une bouche dégueulasse, s’assit en face de moi avec la prestance d’un tas de merde…* (Extrait)

Le titre du livre a un petit quelque chose qui évoque un peu l’arnaque. À partir du moment où notre monsieur tout-le-monde choisit de dissoudre sa vie, il n’est plus monsieur Tout-le-Monde, mais tombe dans une minorité indigente selon son propre choix.

Quel lecteur ou lectrice va se reconnaître là-dedans. Ce genre de monsieur tout-le-monde ne prend même pas le temps de lire un livre. Vous ne devez pas vous attendre à vous reconnaître dans ce genre de vie délabrée.

Ce livre est un peu comme son personnage principal. Il n’a pas de but. Ça raconte, un peu comme dans une chronique, mais avec plus d’errance, des pirouettes sexuelles qui relèvent de l’obsession et surtout avec une philosophie de supermarché facile mais bien tournée toutefois. Par exemple :

*Ouais, je rate toutes ces choses qui valent le coup et ça me plait, parce que c’est moi et personne d’autre qui décide de les rater. J’apprécie la beauté de l’inutile.*
*Au final, chaque homme se révèle minable. Faut juste attendre le moment où il ne dissimule plus sa véritable nature.*

*J’aime la décadence et la saleté, et tout ce qui ne tourne pas comme vous le voulez. Parce que je ne suis qu’un vieux con qui n’en a plus rien à foutre car il sait qu’il va bientôt crever.* (Extraits)

Ce sont des phrases bien tournées mais qui n’ajoutent pas grand-chose à l’intérêt du livre sauf peut-être à la psychologie du personnage principal. Je terminerai en disant qu’au moins le livre est bref, très ventilé, il se lit vite et bien et annonce peut-être une suite…je ne commenterai pas. Conclusion, ce livre ne deviendra sûrement pas un fleuron de la littérature.

Suggestion de lecture : SUR LE PONT DU LOUP, de James Patterson

Mahrk Gotié est un jeune auteur émergent, un peu philosophe mais surtout provocateur. Pendant un séjour de quelques années sur l’Île de la Réunion, il décide d’écrire nouvelles et poèmes qui apparaîtront ici et là dans quelques revues littéraires jusqu’à la publication de son premier roman : modeste mais se voulant comique et tout à fait cynique voire dérangeant : LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES DE MONSIEUR TOUT LE MONDE.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 14 octobre 2018