APOCALYPSE SUR COMMANDE, de KEN FOLLETT

*Dans le vignoble, l’eau monte jusqu’aux genoux des Travailleurs, jusqu’à leur taille, jusqu’à leur cou. Il essaie de crier pour prévenir ceux qu’il aime, leur dire de bouger maintenant, vite, dans les secondes à venir ! Mais il a beau ouvrir la bouche et faire des efforts désespérés, aucun son ne sort. La terreur le submerge. L’eau vient clapoter dans sa bouche ouverte. À ce moment-là, il se réveille.* (Extrait : APOCALYPSE SUR COMMANDE, Ken Follett, le livre de poche,  1998, édition numérique. 432 pages, best-seller, éd. originale : Robert Lafont)

Des terroristes d’un nouveau genre provoquent des catastrophes naturelles. Allons-nous être menacés par des tremblements de terre, des éruptions volcaniques ou des raz de marée ? Sur l’écran du célèbre sismologue Michael Quercus, tout indique que le dernier tremblement de terre californien a été provoqué artificiellement. Les Soldats du Paradis, terroristes jusqu’alors inconnus, auraient-ils raison lorsqu’ils affirment être les auteurs du cataclysme ? Un deuxième séisme ébranle une petite ville, tuant les habitants, abattant les maisons et semant une panique meurtrière. Mais que veulent les Soldats du Paradis ? Comment s’y prennent-ils, jusqu’où iront-ils ? Et qui peut les arrêter ? 

Les soldats du paradis
C’est un lieu saint. Protégé par le secret
et les prières. Il est resté pur. Ceux qui Y
vivent sont libres tandis qu’au-delà de la
vallée, le monde a sombré dans la
corruption, l’hypocrisie, la déchéance et
la cupidité.
(Extrait)

C’est un thriller intéressant mais en-deçà du talent de Ken Follett, surtout spécialisé dans les thrillers politiques et historiques. Voyons le contenu : Une communauté hippie qui se fait appelée LES SOLDATS DU PARADIS squatte une vallée isolée de la Californie. Or cette vallée est choisie pour un projet de construction de barrage menaçant ainsi le petit paradis de la communauté dirigée par celui qui apparaîtra finalement comme un psychopathe : Richard Priest.

Pour sauver sa vallée, et profitant de la présence d’une sismologue dans sa communauté, Priest eut l’idée de voler un vibrateur sismique lui donnant le pouvoir de provoquer des tremblements de terre afin de forcer le gouverneur de l’État à négocier. L’idée est, principalement, de déclencher des tremblements de terre de plus en plus puissants en utilisant un camion de sismologie abritant le puissant vibrateur, volé à une entreprise pétrolière.

Je crois que c’est l’originalité de l’histoire qui sauve l’ensemble. Provoquer des tremblements de terre sur commande est une trouvaille même si c’est peu crédible sur le plan scientifique. Le roman traîne en longueur dans sa première partie même si dans l’ensemble, l’action est soutenue.

Le récit comporte des irritants et des failles (sans jeu de mot) des sous-thèmes usés : une agente du FBI qui se bat à la fois contre un écoterroriste et ses chefs, cette même agente qui tombe en amour avec un expert en sismographie…banal et prévisible. La façon dont Priest échappe continuellement à ses poursuivants est toutefois bien travaillée.

Si les sous-thèmes sont surexploités, on ne peut pas en dire autant du thème principal. Le mot APOCALYPSE est nettement exagéré. Je n’ai pas senti d’intensité dramatique…pas d’éléments anxiogène. L’action n’est issue que de la course-poursuite.

L’histoire de la communauté qui vit à l’écart de la Société dans un espèce de jardin d’Eden est aussi un thème usé mais la façon dont Follet le développe est intéressant. Je suis toujours touché par les histoires qui évoquent cette vie idyllique. Malheureusement, le tout se banalise avec le caractère psychopathe du gourou qui mène la barque. Retour à la case de départ. J’aurais souhaité que l’ensemble soit mieux travaillé, mieux abouti avec une intensité dramatique digne du thème.

Un tremblement de terre qui peut provoquer des milliers de mort, ce n’est pas rien. Il faut aussi tenir compte du fait que dans la vie de tous les jours, la menace écoterroriste fait de plus en plus partie de la triste réalité des capacités humaines à verser dans le mal. Donc je crois qu’une touche de réalisme n’aurait pas fait tort à l’histoire, bien au contraire. Quelques rebondissements, des revirements, quelques bonnes idées, mais peu d’émotions. Il y aurait de quoi faire un film probablement.

En terminant, je mentionnerai un dernier élément. Une toute petite communauté, vivant dans un tout petit lopin de terre bordé par une rivière, prête à tuer des milliers d’êtres humains pour sauver un petit paradis remplaçable…ça parait très gros. Évidemment ça met en évidence la folie du gourou. Les gourous cinglés pullulent dans l’histoire et dans la littérature. Le jeu n’en vaut tout simplement pas la chandelle.

Je continue d’apprécier Ken Follett car il nous a donné entre autres deux séries extraordinaires : LES PILLIERS DE LA TERRE une des meilleures trilogies historiques de la littérature, un coup de génie de Follet. Il y a eu aussi la trilogie LE SIÈCLE et plusieurs livres qui ont fait époque dont LE RÉSEAU CORNEILLE et CODE ZÉRO dont j’ai déjà parlé sur ce site. Pour ce qui est de APOCALYPSE SUR COMMANDE, j’ai pas aimé, tout simplement.

Ken Follett est un écrivain gallois spécialisé dans les thrillers politiques. Il est né le 5 juin 1949. Follet a grandi avec les histoires que lui racontait sa mère, ce qui l’a amené très tôt à développer une forte imagination ainsi que le goût de lire. Alors qu’il était étudiant pendant la guerre du Vietnam, il s’est pris peu à peu de passion pour  la politique et le journalisme. L’écriture suit rapidement. Si le succès tarde un peu à venir, déjà en 1978, son livre L’ARME À L’ŒIL connait un succès foudroyant et devient le premier d’une longue série de best-seller.

Le point culminant de sa carrière est atteint avec LES PILIERS DE LA TERRE qui devient rien de moins qu’un succès planétaire. Fort de ce succès, il entreprend dès 2009 l’écriture de la trilogie LE SIÈCLE. Parallèlement, Follett dirige un institut de dyslexie et soutient une association de lutte contre l’analphabétisme.

DU MÊME AUTEUR :

Pour lire mon commentaire sur la trilogie LE SIÈCLE, cliquez ici
Pour lire mon commentaire sur CODE ZÉRO, cliquez ici

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 15 août 2021

HIVER ROUGE, par l’auteur du VILLAGE : DAN SMITH

*Serrant les dents, je baissai la tête. J’avais besoin de ma famille. Elle seule pourrait dissiper les ténèbres qui, chaque jour un peu plus, engloutissaient mon âme. Elle était forcément là, quelque part. Il fallait que je la trouve.* (Extrait : HIVER ROUGE, Dan Smith, t.f. : Éditions du Cherche-Midi,  collection thrillers, 2015, édition numérique et de papier, 470 pages)

1920, Russie centrale. La terreur s’est abattue sur le pays. À la mort de son frère, Nikolaï Levitski a déserté l’Armée rouge pour aller l’enterrer dans son village. Mais lorsqu’il arrive dans la petite communauté, perdue en pleine nature, c’est la stupéfaction. Les rues sont vides et silencieuses. Les hommes ont été massacrés dans la forêt alentour, les femmes et les enfants ont disparu. Nikolaï se met alors sur la piste des siens. C’est le début d’une quête aussi désespérée que périlleuse dans une nature hostile, au cœur d’un pays ravagé par la guerre civile.

C’est donc une enquête palpitante qui s’amorce au cœur de la Russie Bolchévique. Famine et combats dans un cadre historique. Tel est le menu que propose Dan Smith.

La sombre réalité du totalitarisme
*on les tuera tous. Je nous imaginai, nous barricadant
dans cette isba minuscule au toit crevé pour attendre
Larrivée de Kroukov et de son unité de soldats bien
entraînés, mais ce scénario ne pouvait sachever que dans
Un bain de sang. Le nôtre.*
(Extrait : HIVER ROUGE)


HIVER ROUGE est le récit de Nikolaï Levitsky, soldat déserteur, ancien membre de la Tcheka
qui s’est réveillé à peu près à temps pour se rendre compte que la Tcheka n’était qu’un vaste crime contre l’humanité allant au-delà de toutes les horreurs imaginables. Au passage, je note que la Tchéka n’est qu’une des idées tordues et idiotes de Lenine pour mettre le peuple russe au pas en utilisant la terreur et la violence.

Donc nous sommes en 1920, à la mort de son frère Alek, Nilolaï déserte l’armée pour regagner son village afin d’enterrer son frère. À son retour au village, stupéfaction et consternation. Nikolaï constate avec horreur que tout le monde a été massacré ou enlevé. La vision d’horreur qui s’offrait à lui prouvait la visite des exécuteurs les plus cruels de la doctrine bolchévique : les tchékistes. Alors, le déserteur entreprend une quête qui sera très dure : retrouver sa famille disparue, sa femme Marianna et ses fils Pavel et Micha. 

Tout en avançant et en se faisant quelques rares alliés, Nikolaï développe la certitude que le redoutable Kochtchei, personnage horrible et cruel des contes russes se serait incarné pour faire souffrir davantage le peuple russe.

Cette histoire, très bien ficelée développe donc une quête très rude au cœur de l’immensité glaciale de la Russie et qui met en perspective les abus du totalitarisme qui n’a jamais eu de respect pour la vie humaine : *Rien de ce que j’avais pu voir au cours de la guerre n’était plus perturbant que le tableau macabre qui s’offrait à mon regard. Après toutes ces années, je ne savais que trop bien de quelles horreurs les hommes étaient capables les uns envers les autres, mais je n’avais jamais vu une telle variété d’atrocités réunies au même endroit. * (Extrait) 

La plume est très directe, très dure. Je n’ai pas eu l’impression de *poudre aux yeux*. Une petite recherche rapide confirme les bassesses sans noms imposées par des dégénérés comme Lenine au nom de la révolution. L’ouvrage est donc crédible et son caractère réaliste est de nature à secouer le lecteur : *Et merci à vous. –Pourquoi ? –Pour ne pas m’avoir tué. » Et ces mots confirmèrent pour moi quel terrible pays notre patrie était devenue, pour qu’un homme arrive à en remercier un autre de l’avoir laissé vivre. * (Extrait) 

Le livre aurait pu s’intituler HIVER ROUGE dans un enfer blanc, tellement l’auteur met en évidence la rudesse du climat de l’hiver russe : froid mordant, neige, glace, vents, bourrasques. Survivre dans ces conditions est un pari. Ce froid, je l’ai ressenti. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai dû lire le livre avec une *petite laine*, mais la justesse du ton et la sensibilité de la plume m’ont atteint : *…c’était le pouvoir de la neige. Elle recouvrait tout, de la boue et des feuilles couleur de flamme de l’automne aux sons de la forêt et aux corps laissés dans le sillage des armées et des oppresseurs.* (Extrait)

C’est un thriller dur, qui m’a fait frémir. Au-delà des horreurs qu’on découvre, on y trouve des éléments de réflexion sur la valeur de la vie et les difficultés pour des sociétés de s’organiser dans le respect des droits et libertés face à la soif de pouvoir et d’ambition de bouchers despotes comme Lénine et Hitler qui ont répandu leur crasse sur l’histoire. 

Je n’ai pas réussi à m’attacher totalement au personnage principal entre autre à cause de son stoïcisme et parce qu’il avait beaucoup de choses à cacher jusqu’à la fin. Mais son enquête est très intrigante, doublée d’une traque, une chasse à l’homme. Et cette intrigue, elle est bien bâtie. Elle mystifie le lecteur autant que le caractère enveloppant de la forêt russe.

C’est un roman de tension et de violence qui donne une place, petite mais douce, à l’amour et à l’amitié. C’est une lecture qui secoue et qui ne laisse pas indifférent…un coup de cœur.

Dan Smith a grandi en suivant ses parents de par le monde. Il a vécu en de nombreux endroits, notamment en Sierra Leone, à Sumatra, dans le nord et le centre du Brésil, en Espagne et en Union Soviétique.

Aux dernières nouvelles, il habitait Newcastle avec sa famille. Son premier roman, DRY SEASON, a fait partie des œuvres sélectionnées pour le BEST FIRST NOVEL AWARD de l’Authors’club et a été nominé pour le prix littéraire international IMPAC d Dublin. Juste avant la publication de HIVER ROUGE, son livre LE VILLAGE a connu un grand succès.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 18 juin 2021

PROJET ELEONOR

PROJET ÉLÉONOR
Contact  (tome 1)

Commentaire sur le livre de
YOHAN MALTAIS

*Le visage de la terre était en train de changer et
ce n’était qu’une question de temps avant que ce
château de cartes social ne s’écroule.*
(Extrait : PROJET ÉLÉONOR CONTACT, Yohan
Maltais, AdA éditions 2018, édition de papier, 500 p.)

2125. L’OMS annonça la venue d’une nouvelle pandémie qui allait s’étendre à la planète entière. À ce rythme, vingt années auraient suffi à mener la race humaine à une extinction totale et définitive. West corporation arriva tel un sauveur en annonçant la création d’un vaccin qu’ils nommèrent HOPE. La pandémie frappa durement, suivit d’une grande peste. Une migration naturelle vers les grandes villes s’amorça, rayant de la carte des milliers de petites bourgades ce qui redessina les frontières de monde. Londres 2149. Dylan Thomas, un chercheur en oncologie sans histoire est assailli par de violentes migraines qui déclenchent des visions de son futur. Recherché, Dylan Thomas devra braver le froid, la peur et la mort pour connaître la vérité.

DES BRIDES DU FUTUR
*Étranglé par une douleur profonde, aucun
son ne sortit de sa gorge serrée.  Elle ne
savait plus si elle voulait en connaître
davantage. Et ce qu’elle avait vu n’était
que la pointe de l’iceberg ?*
(Extrait)

PROJET ÉLÉONOR nous plonge dans un monde futuriste où les nouvelles technologies biogénétiques et cybernétiques sont poussées au-delà de l’entendement au profit d’un scientifique psychopathe tordu et givré. Un monstre sans conscience appelé George Weller. Ce cinglé dirige dans l’ombre un projet ultra secret protégé par une façade, une puissante compagnie dirigée par Allan West qui a créé le vaccin HOPE. Le projet ultra secret appelé Éléonor travaille à régénérer les tissus humains et à augmenter leurs capacités. Je ne peux pas en dévoiler plus sans spolier mais rappelons-nous que la nanorobotique peut altérer un être humain au point d’en faire une machine biologique meurtrière qui obéit aux ordres programmés. Le lecteur pourrait être surpris d’apprendre la véritable nature du vaccin HOPE.

L’histoire est celle de trois personnes intimement liées : Peter, un agent des forces spéciales, Sophie, une scientifique en recherche pour la Société West et Dylan, un oncologue qui joue un rôle-clé dans le récit. Les trois personnages subissent l’attraction d’un système pourri et inhumain à la tête duquel, agissant dans l’ombre se trouve George Weller, un être immoral aussi puissant que monstrueux. La deuxième moitié du livre se concentre sur Dylan Thomas, activement recherché par Weller. Dylan cherche à connaître la vérité et surtout à la comprendre. Cette démarche complexe annonce une suite pour le moins intrigante.

La technique d’écriture de ce livre rappelle les scénarios de film d’action. Cette écriture est forte et très visuelle. J’ai dû persévérer pour lire le livre au complet. Je ne l’ai pas regretté mais j’ai trouvé ça un peu ardu. Le fil conducteur est fragile. Il y a beaucoup de personnages, beaucoup de forces mystérieuses en présence, beaucoup d’éléments qui s’entrecoupent et parfois même, le passé s’imbrique dans le présent à cause, en particulier, des capacités prémonitoires de Dylan Thomas. Il faut vraiment se concentrer sinon, on perd le fil rapidement. En contrepartie, le récit décrit avec habileté une ambition démesurée dans une société dépassée par sa technologie : *Chacun essayait de trouver sa place dans cette orgie technologique et en apparence, ils y arrivaient, mais en réalité, cette société façonnée, mécaniquement viable selon les modèles simulés, agonisait. * (Extrait) Certains passages risquent d’ébranler le lecteur car Yohan Maltais a une écriture aussi directe que descriptive et ne fait pas dans la dentelle. Faites vos propres découvertes mais notez bien cet extrait : C’est de la putain de science-fiction ! pesta Sandy en attrapant le verre sèchement. Votre compagnie est le diable incarné.* (Extrait) Science-fiction ? oui.

Mais j’ai trouvé ce récit réaliste à bien des égards et je dois dire que sur ce plan, si je me réfère à l’explosion de l’avancement technologique actuel, ce récit fait peur.Un dernier détail intéressant. J’ai trouvé une petite coquille que seuls les amateurs d’Harry Potter pourront comprendre : *Ces sphères détenaient tous les secrets du monde et par leur allure rappelaient vaguement les «vifs d’or» d’une ancienne histoire de magicien, sans les ailes évidemment.*

Donc pour résumer, j’ai eu de la difficulté à entrer dans l’histoire, mais une fois qu’on a saisi la motivation des principaux personnages, on se laisse emporter par un récit au rythme élevé qui devient même effréné dans le dernier quart qui ne m’a laissé que peu de répit. C’est bourré de trouvailles technologiques. Beaucoup d’action, de rebondissements mais attention, on peut perdre le fil facilement.

Au début de cet article, j’ai dit que PROJET ÉLÉONOR nous plonge dans un monde futuriste. Ça va plus loin que ça en fait, c’est une chute dans la démesure. Je crois que j’attaquerai avec plaisir le tome 2 qui est à venir (au moment d’écrire ces lignes).

NOTE SUR L’AUTEUR

Je n’ai malheureusement trouvé aucune information utile sur l’auteur Yohan Maltais à ce jour. En fait,  en matière d’édition, je n’ai jamais trouvé une mise en marché aussi peu intéressée, aussi peu soignée. J’ai quand même lu ce livre et j’ai décidé de le commenter pour la simple raison qu’au moment de publier cet article, notre planète est aux prises avec la pandémie du COVID 19 et que la distribution d’un vaccin à l’échelle du monde est plus que douteuse. L’auteur n’a probablement pas prévu cette pandémie mais l’a imaginée en y ajoutant un projet diabolique à glacer le sang. J’ai donc choisi d’en parler à cause d’un évident lien entre cette histoire et l’actualité.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 20 février 2021

La jeune fille et la nuit

LA JEUNE FILLE ET LA NUIT

Commentaire sur le livre de
GUILLAUME MUSSO

*…C’était un corps. Le cadavre d’une femme, abandonné
sur les rochers. Plus elle s’approchait, plus elle était
saisie d’horreur. Ce n’était pas un accident. Le visage
de la femme avait été fracassé pour n’être plus qu’une
bouillie sanguinolente. <Mon Dieu>.*
(Extrait : LA JEUNE FILLE ET LA NUIT, Guillaume Musso,
Calmann-Lévy éditeur,  2018, édition de papier, 435 p. )

Un campus prestigieux figé sous la neige
Trois amis liés par un secret tragique
Une jeune fille emportée par la nuit
Côte d’Azur – Hiver 1992

Une nuit glaciale, alors que le campus de son lycée est paralysé par une tempête de neige, Vinca Rockwell, 19 ans, l’une des plus brillantes élèves de classes prépas, s’enfuit avec son professeur de philo avec qui elle entretenait une relation secrète. Pour la jeune fille, « l’amour est tout ou il n’est rien ». Personne ne la reverra jamais.
Côte d’Azur – Printemps 2017
Autrefois inséparables, Fanny, Thomas et Maxime – les meilleurs amis de Vinca – ne se sont plus parlés depuis la fin de leurs études. Ils se retrouvent lors d’une réunion d’anciens élèves. Vingt-cinq ans plus tôt, dans des circonstances terribles, ils ont tous les trois commis un meurtre et emmuré le cadavre dans le gymnase du
lycée. Celui que l’on doit entièrement détruire aujourd’hui pour construire un autre bâtiment. Dès lors, plus rien ne s’oppose à ce qu’éclate la vérité.

Dérangeante
Douloureuse
Démoniaque…

FRANÇAIS À OUTRANCE
<C’est ce que je n’ai jamais aimé
chez les types comme toi
Stéphane : cette intransigeance,
ce côté procureur et donneur de
leçons. Le Comité de salut public
version Robespierre. >
(Extrait: LA JEUNE FILLE ET LA NUIT)

LA JEUNE FILLE ET LA NUIT attire le lecteur dans une toile complexe, machiavélique. C’est un thriller que je peux qualifier de psychologique car il met plusieurs personnages en position d’introspection. L’histoire est celle de Thomas Degalais, un écrivain qui traîne avec lui depuis 25 ans un secret très lourd. En effet, avec la complicité de ses inséparables amis, Fanny et Maxime, ils commettent un meurtre et emmurent le cadavre dans le gymnase de leur lycée. Vingt-cinq ans plus tard, Maxime apprend à Thomas que le gymnase sera détruit pour faire place à la construction d’un nouveau bâtiment. Le secret enfoui risque d’être révélé et il y a pire. Quelqu’un est au courant du drame…quelqu’un qui veut se venger. Thomas se rend sur place, secoué par une insidieuse angoisse.

Si l’histoire est celle de Thomas, le pivot, le personnage central de ce récit est une jeune fille très spéciale : Vinca Rockwell, le genre de fille qui fait pâmer tous les garçons, entière, authentique, belle comme le jour et sensuelle. On connaîtra aussi son côté volage et passionné et plus encore…une sirène capable d’intrigues et de manipulation. Or après le meurtre d’Alexis Clément, Vinca disparaît mystérieusement et on ne la reverra jamais. Après 25 ans, le mystère n’est pas résolu. On sait toutefois qu’Alexis Clément, tué et emmuré au lycée était le professeur de philosophie de Vinca et les deux étaient passionnément amoureux mais où est-elle. Ceci n’est qu’une toute partie de l’engrenage dans lequel le lecteur est entraîné.

L’intrigue est intense, prenante et complexe. Elle promène le lecteur et la lectrice d’un rebondissement à l’autre. Il (elle) doit composer avec de nombreux revirements, beaucoup d’imprévus, d’erreurs sur la personne. Impossible pour le lecteur d’établir un pronostic, il ne sera jamais bon. C’est la force du livre : l’intrigue est prenante jusqu’à la fin parce que farcie de retournements et de révélations improbables qui débouchent sur une finale toute aussi imprévisible même si je la trouve un peu tirée par les cheveux. C’est un récit fort, mis en relief par une écriture fluide et audacieuse. Ne vous fiez pas trop au quatrième de couverture. Je l’ai trouvé un peu simpliste. On a voulu être original peut-être mais le synopsis ne témoigne pas vraiment de l’intensité du récit. Comme il y a de nombreux retours en arrière, 25 ans, ce qui nous amène dans les années 1990, j’ai apprécié les nombreuses références sociales et culturelles qui caractérisent cette époque et qui *tapissent* le récit.

En matière de faiblesses, je viserai d’abord le fil conducteur du récit. Il est difficile de s’y accrocher car il prend de nombreuses directions donnant ainsi l’impression que Musso a voulu un peu trop en mettre. Le texte comporte beaucoup de clichés et est un peu trop politisé à la française. Quant aux personnages, je les ai trouvés peu convaincants. Certains frôlent la caricature si je me réfère en particulier à Vinca dont le magnétisme est exacerbé ou Thomas, un parfait mollasson. Il m’a été impossible de m’attacher aux acteurs de ce drame. J’ai toutefois apprécié Stéphane Pianelli, un journaliste redoutable qui joue un rôle important allant même jusqu’à donner quelque sueur.

Il faut aussi se concentrer quelque peu car des personnages, il y en a beaucoup et plusieurs sont tordus. Ici, c’est donc l’intrigue qui fait pencher la balance. Sa construction est solide et bien sûr, je dois tenir compte de l’effet qu’elle a eu sur moi : À partir du milieu du récit, le livre est devenu *tourne-page* et j’ai développé une addiction. Un dernier petit point intéressant : ce livre sent la Côte d’Azur à plein nez. Guillaume Musso étant né à Antibes, il n’est pas étonnant de trouver de nombreuses références géographiques un peu comme Stephen King se réfère souvent au Maine dont il est natif. Ça donne au récit un côté rafraîchissant. À lire donc : LA JEUNE FILLE ET LA NUIT

De roman en roman, Guillaume Musso a noué des liens particuliers avec les lecteurs. Il a pris goût à la lecture à l’âge de 10 ans et s’est mis à rêver d’écrire un roman…un jour. Né en 1974 à Antibes, il a commencé à écrire pendant ses études et n’a plus jamais cessé, même quand il exerçait son métier de professeur d’économie. En 2004, la parution de ET APRÈS… consacre sa rencontre avec le public. Suivront notamment LA FILLE DE PAPIER, DEMAIN, CENTRAL PARK, UN APPARTEMENT À PARIS…traduits en quarante et une langues, plusieurs fois adaptés au cinéma, tous ses livres ont connu un immense succès en France et dans le monde.

Bonne lecture

Claude Lambert
Le samedi 6 février 2021

TOMBENT LES ANGES

TOMBENT LES ANGES

Commentaire sur le livre de
MARLÈNE CHARINE

*Tu nous a fait quoi, là, Choupette ? Dit Boris, un
pli d’inquiétude sur le front. –Je ne sais pas vraiment.
Je suis entrée et j’ai été frappée par une vague de
détresse. Quelque chose de démesuré. De trop costaud
pour moi…C’était une émotion pure…-Du chagrin, de la
douleur…De la surprise aussi. Et puis le froid. Comme
les autres fois.*
(Extrait : TOMBENT LES ANGES, Marlène Charine, éditions
NL.com, 2017, éditions numérique, 1066kb, 274 pages)

Lors d’une perquisition de routine, Cécile, jeune policière désabusée et limite *borderline* vit une expérience hors du commun qui va faire basculer son existence. Audrey, jolie infirmière de 25 ans met fin à ses jours dans la salle de bain de son luxueux appartement du XVe arrondissement. Elle ne s’y trouve pas seule. Contactée par le lieutenant Kermarec, Cécile n’a pas d’autres choix que d’écourter ses vacances forcées. Et après tout, il est bien le seul à ne pas la prendre pour une cinglée. Ainsi Cécile se lance dans une enquête qui chevauche le surnaturel…une enquête troublante…

ÉMOTIONS À CHAUD
*Un frisson la traversa de part en part.
Elle entoura la tasse de ses paumes,
but une nouvelle gorgée. Les cinq
paires d’yeux fixés sur elle
commençaient à la mettre mal à
l’aise. Surtout avec ce qu’elle était en
train de raconter.*
(Extrait: TOMBENT LES ANGES)

TOMBENT LES ANGES est un thriller policier avec du paranormal en toile de fond. Ça ne réinvente pas le genre mais je l’ai trouvé bien ficelé…disons *tricoté serré* dans l’évolution de son intensité. La trame est simple et facile à suivre : une policière à la limite dépressive reprend du service à la demande du lieutenant Merlin Kermarec. Une mort qui a toutes les apparences d’un suicide, mais quelque chose cloche. L’affaire s’annonce complexe. La policière, Cécile Rivère, a un don. Elle peut voir des entités et ressentir des choses. C’est un don très rare. Mais peut-on faire avancer une enquête sur des preuves surnaturelles ? Le défi de l’auteure Marlène Charine était d’insérer le surnaturel à l’enquête tout en demeurant crédible. À ce titre, elle m’a surpris. Il n’y a rien dans le récit que je pourrais tourner en dérision. C’est là l’originalité de l’œuvre. Le point fort.

Autre élément intéressant qui contribue à la crédibilité du récit est le fait que Cécile a peur de son don, elle le craint. Elle l’utilise une fois forcée ou avec parcimonie. Mais dans l’enquête sur la mort d’Audrey, l’infirmière, des entités appellent à la vengeance et leur force est telle que Cécile ne peut la contourner. Il lui reste à utiliser cette force pour déterminer comment exactement Audrey est morte. Car il est clair pour les policiers qu’il ne s’agit pas d’un suicide. L’enquête est bien travaillée, l’intrigue va crescendo et la finale réserve une surprise. J’en ai eu un petit frisson dans le dos. Mission accomplie pour Marlène Charine, elle m’a tenu en haleine.

Je signalerais peut-être un dernier élément qui m’a plu. Le ou les coupables est ou sont particulièrement monstrueux (Je ne veux pas être trop précis pour ne pas vous enlever le plaisir de la découverte). L’auteure aurait pu gaver son récit de passages croustillants et d’épisodes de charcutage sanglants, un peu comme l’a fait Sénécal avec LES 7 JOURS DU TALION, mais ce n’est pas le cas. Ça reste très violent mais j’ai senti une retenue de l’auteure et cette retenue a bien servi la trame, particulièrement dans le dernier quart du récit que je peux qualifier de haletant.

Il y a deux irritants principalement. Je les signale même s’ils ne nuisent pas trop à l’œuvre. L’auteure s’étend beaucoup sur l’état d’âme des policiers Rivère et Karmerec, des êtres *bardassés* par la vie, qui ont passé de sales quarts d’heures, qui maudissent leurs supérieurs mais qui sont définitivement policiers jusque dans l’âme. Et puis, il y a l’inévitable petite romance entre les deux…un petit sentiment, un peu de sexe, quelque chose qui ressemble d’abord à l’amour d’un grand frère et qui devient par la suite plus ou moins mal défini.

Les états d’âme et la romance sont deux clichés extrêmement courants en littérature policière. Il m’arrive toutefois de lire des romans policiers qui sont exempts de ces clichés ennuyeux et bouche-trous. Je considère ça comme une surprise et je le signale dans mes commentaires. Je ne l’ai pas fait souvent jusqu’à maintenant. Petit point positif, dans le livre de Charine, le sexisme est combattu…jusqu’à un certain point.

Donc en conclusion et pour résumer, TOMBENT LES ANGES développe une enquête extrêmement intrigante. En passant le titre est très bien choisi, vous découvrirez pourquoi, enfin vous commencerez à en avoir une idée à partir du milieu du récit. Tout est brillamment lié, tension constante et atteignant un paroxysme à la fin. Bien que certains passages soient tirés par les cheveux, l’appel au surnaturel demeure crédible. L’auteure a évité la caricature et provoque l’empathie. Bref, un très bon livre qui mérite d’être lu.

Marlène Charine est une auteure scientifique et nouvelliste suisse née en 1976. Le nez en permanence plongé dans un livre depuis l’enfance, Marlène Charine a sauté le pas de l’écriture il y a un quelques années. Sans doute pour compenser la rigueur de son métier scientifique, ses récits, romans ou nouvelles, ont tous une saveur d’imaginaire. Le Projet Alice, un thriller teinté d’anticipation, est son premier roman.

Intéressé à lire mon commentaire sur le tout premier roman de Marlène Charine ? Cliquez ici.

BONNE LECTURE
Claude Lambert

Le dimanche 31 janvier 2021

 

L’OEIL DE CAINE

L’ŒIL DE CAINE

Commentaire sur le livre de
PATRICK BAUWEN

*Seth va mourir, il le sait. Le fait qu’il n’ait que douze
ans n’y changera rien. Quelqu’un va venir le chercher
pour le conduire sur la chaise électrique. On lui mettra
une cagoule sur la tête, on lui attachera les poignets
et les chevilles. Puis on le fera griller. C’est aussi simple
que ça. *
(Extrait : L’ŒIL DE CAINE, Patrick Bauwen, Éditions Albin
Michel, 2007, édition numérique, 350 pages)

LE SHOW DE LA FIN=LE DÉBUT DU SHOW
*La scène du hangar disparut. L’image du bas, représentant
la carcasse d’un animal dévoré par les mouches, grossit
jusqu’à envahir l’écran. Sauf que ce n’était pas le corps
d’une bête. C’était celui de Pearl. Thomas demeura pétrifié
d’horreur.  L’image se brouilla…
(Extrait : L’œil de Caine)

L’ŒIL DE CAINE est un roman de type thriller angoissant et très noir. C’est le tout premier roman de Patrick Bauwen publié en 2008 et il frappe fort pour démarrer sa carrière avec un récit ayant pour toile de fond la téléréalité telle que la conçoit Hazel Caine : Dans les émissions ordinaires, le spectateur est roi. Dans la nôtre, il est Dieu. Les gens ont un pouvoir de vie et de mort sur les candidats…virtuellement bien entendu. Ce sont eux qui vous ont élu, vous êtes leur héros.* (Extrait)

Pour faire court, Showcaine sélectionne 10 candidats ayant chacun un secret enfoui profond pour la plupart. L’auditoire aura à trouver ce que c’est et voter. Mais voilà…ça ne se passe pas tout à fait comme les candidats l’avaient prévu…*un vieux psychiatre de renommée internationale est engagé par Showcaine. Comme il éprouve pour vous une certaine affection paternaliste, il vous fait entrer dans l’émission à votre insu, espérant vous refiler goût à la vie. Il donne également le feu vert pour que sa fille y participe. Mais l’un de ses anciens patients guette dans l’ombre.* (extrait)

Dès le départ tout dérape, d’autant plus que le patient en question est un psychopathe tordu, schizophrène, matricide et perturbé par la religion. Mais attention…Showcaine encourage son auditoire à se fier aux apparences. Le petit voyage de départ en autobus devient rapidement une aventure gore avec sexe, torture, mutilation et morts au programme. Un lent carnage, une boucherie.  Et pendant que les candidats meurent un par un, les secrets sont dévoilés à la petite cuillère donnant à l’atmosphère du récit quelque chose de noir, de malsain. Mais qui survivra? Ça prend un gagnant…ça viendra avec de la manipulation, du mensonge et de l’hypocrisie. Le récit rappelle à plus d’un égard LES DIX PETITS NÈGRES d’Agatha Christie. L’ŒIL DE CAINE est bien sûr plus explicite et plus sanglant. Mais les deux ont un point en commun : ils en disent très long sur la nature humaine lorsque celle-ci est confrontée à la peur et au seuil de la mort.

Ce livre est venu me chercher rapidement et j’y suis resté accroché jusqu’à la finale qui m’a laissé pantois. C’est un huis-clos infernal qui montre jusqu’où pourrait aller la télé-réalité si on la laissait faire. Comme je l’ai déjà expliqué à quelques reprises sur ce site, je considère la téléréalité comme une plaie, une errance dont le contrôle est douteux.
L’imagination déployée par l’auteur dans le développement de son récit est d’une redoutable efficacité. Bauwen fait monter la tension sans jamais fléchir jusqu’à la grande finale qui, même si elle est un peu tirée par les cheveux, m’a permis d’apprécier une intrigue très bien ficelée. J’ai eu un peu de difficulté à développer de l’empathie pour les personnages que j’ai trouvés froids et distants. Je crois que l’auteur voulait ça comme ça étant donné la lourdeur des secrets à cacher.

Sans jamais m’attacher aux personnages, j’ai pu apprécier la profondeur de chacun d’eux, graduellement au fil du récit. Certains sont un peu surfaits, je pense entre autres à Peter, un enfant autiste qui a autour de 10 ans. Qu’est-ce qu’un enfant faisait dans le lot? Vous connaîtrez la réponse et vous risquez d’être surpris. L’ŒIL DE CAINE est un des meilleurs thrillers que j’ai lus. La lecture est fluide. Vous devez toutefois vous attendre à des passages extrêmement explicites de nature à soulever le cœur. Comme moi peut-être apprécierez-vous la subtilité de l’auteur déployée entre autres dans le jeu des alliances entre les personnages. Le récit a une dimension sociale et psychologique très intéressante.

Un vrai livre à faire peur…j’ai adoré.

De son vrai nom Patrick Bousket, Patrick Bauwen est auteur français né en 1968. Il dirige un service d’urgences en région parisienne et il vit une partie de l’année aux États-Unis. Il a 40 ans, il est marié et père de deux enfants. Après L’Œil de Caine, son premier roman dans l’univers de la télé-réalité, il a offert aux lecteurs un nouveau thriller très troublant : Monster dans l’univers de la médecine et des disparitions d’enfants. Puis en 2010, il est de retour avec son thriller Seul à savoir. Auteur très talentueux, il est également très accessible et échange volontiers avec ses lecteurs sur sa page Facebook. C’est en 2014 que sort son quatrième roman « Les fantômes d’Eden », Il est également membre de la Ligue de l’Imaginaire. Site officiel de l’auteur : http://www.patrickbauwen.com/

Bonne lecture
Claude Lambert
vendredi 4 décembre 2020

VIES PARALLÈLES

VIES PARALLÈLES

Commentaire sur le recueil de nouvelles de

SONIA BESSONE

*Je vais vous expliquer pourquoi je vous casse
les pieds. Parce que je ne suis pas heureuse.
J’aime mon travail mais ma vie est nulle. Je
m’accroche à un type qui préfère vivre avec
ses bières et son whisky. Et la seule chose qui
me distrait, qui me sort de cet enfer, ce sont
vos bouquins.>
(Extrait de TERENCE WILKES, une nouvelle du
recueil VIES PARALLÈLES de Sonia Bessone,
Nat éditions, 2014, versions numériques, 248p.)

La bulle humaine
*Je n’appartenais plus à personne, j’étais libre.
Un affranchi. Curieux de voir le monde, et de
choisir moi-même à qui dispenser les petits
bonheurs dont j’étais chargé. En une fumée
évanescente, je me suis enfui. Mon rêve à
moi : la liberté !*
(Extrait : VIE PARALLÈLES recueil de nouvelles)

VIES PARALLÈLES est un recueil de nouvelles dont la première, TERENCE WILKES est bâtie comme un roman et en a la longueur, occupant 80% du volume. C’est un recueil très intéressant et Terence Wilkes m’a fasciné. Malgré ses énormes succès d’auteur, Terence Wilkes abandonne l’écriture pour travailler dans la publicité. Pourquoi ? C’est simple : *Elle n’avait pas hérité d’un frère ordinaire. Terence avait cette étrange faculté de pressentir les choses. Depuis leur enfance, il jouait à ce jeu. Deviner à quel instant le téléphone sonnerait, sur quelle marche d’escalier s’arrêterait leur mère, qui frapperait à la porte…il présageait les choses et créait la vie. Malheureusement, un jour, il n’avait pas prédit que sa femme se donnerait la mort et une vie avait été détruite. * (Extrait)

Dans son deuil qui ne finit pas de finir, Terence Wilkes qui a peur de ses facultés, de ses écrits, qui angoisse sur lui-même se cherche au milieu de son petit monde : Paul, son meilleur ami et il a sa sœur, Laura. Un jour, cherchant toujours à comprendre non seulement le sens de la vie, mais aussi le sens de la mort, celle de sa chère femme en particulier, Terence laisse entrer dans sa vie une fan de ses livres : Jenny, une jeune fille à la vie agitée, malmenée par son ami, macho et alcoolo. Avec des trésors de patience et de finesse, elle se fera accepter par Terence. Est-ce qu’ensemble, ces deux égratignés de la vie pourraient aboutir à quelque chose. Ses écrits se répercutant sur la vie de ses proches, Terence aurait-il quelque chose à voir avec la mort de sa femme. Il y a un ménage à faire dans cette vie c’est certain. Avec un amour mutuel allant crescendo, très très graduellement, Jenny et Terrence vont apprendre ensemble à accepter leur passé et bâtir leur avenir.

Les écrits précurseurs et leur effet sur la vie réelle ne sont pas une innovation en littérature mais je me suis attaché aux personnages dès le départ. J’ai été séduit par l’intelligence et la finesse de la plume de Bessono, sa modération aussi et son humour. Elle a développé le caractère fantastique de son récit sans tomber dans le spectaculaire et le tape-à-l’œil. Elle a dosé avec habileté rebondissements, intrigue et retournements avec une dose d’inexpliqué…de…disons surnaturel. Ce récit m’a fait vibrer. Il s’en dégage une émotion très forte. Évidemment c’est long pour une nouvelle et le récit met malheureusement un peu dans l’ombre les quatre autres nouvelles qui complètent le volume.

Ce sont quatre petits textes dans lesquels le thriller se fond dans le fantastique : LE MIROIR : quatre amis voient leur vie basculer à cause d’un miroir. DE L’AUTRE CÔTÉ DU MUR : Après un divorce douloureux, Paul perd tout, il se sent un moins que rien, vit dans la misère et pire, il se sent indigne de l’amour de son fils qui fête son huitième anniversaire. C’est une autre forme de réflexion sur le sens de la mort et peut-être même une raison pour laquelle on a pas à la craindre. UN ANGE PASSE : une réflexion sur la mort d’un amour et la possibilité d’une renaissance. LE FUGITIF : un être sacrifié par les Dieux et désigné pour rappeler aux hommes la grandeur de l’œuvre de l’être suprême…

J’ai toujours l’impression qu’il y a un lien entre les nouvelles. Ce n’est pas une suite, une continuité…seulement une espèce de lien comme si les nouvelles se complétaient et s’enrichissaient les unes les autres afin de remettre aux lecteurs une petite morale, des éléments de réflexion, le tout dans un style apaisant. Enfin, un petit mot sur LA VIEILLE ROUTE, le très bref texte qui introduit le recueil. C’est un texte un peu déroutant. On pourrait presque lui faire dire ce qu’on veut. Mais ce texte m’a fait voir le recueil comme une route…avec de nombreux embranchements, mais tout en convergence. L’auteure nous prépare à longer la route…celle qui nous confronte avec la vie…tout se tient dans ce recueil qui porte vraiment bien son titre.

Le tout se lit très bien. C’est le lecteur qui est le fil conducteur. Avec la première nouvelle toutefois, j’aurais souhaité quelque chose de plus long, de mieux nourri. J’aurais préféré une meilleure exploitation du sujet pour en faire finalement un roman complet. Mais dans l’ensemble, le recueil m’a ravi.

Au moment d’écrire mon article, il y a peu d’informations disponibles sur Sonia Bessone. J’ai toutefois noté ce qui suit sur sa page Facebook :

Les tribulations de Sonia Bessone dans les pays lointains n’étant plus très compatibles avec ses fonctions de mère, elle s’est jetée à fond dans l’écriture. Et ses récits ont tous un petit goût « d’ailleurs » .Elle a écrit son premier roman à 19 ( qui a été relégué au fond d’un tiroir), puis des nouvelles, d’autres romans qu’elle a emprisonné dans son ordi, jusqu’à ce que certains d’entre eux s’échappent et se retrouvent entre les mains de Nats Editions. De là, Nats éditions, lui a attribué des fonctions de parolière pour les B.O de livre. Une grande nouveauté pour elle, mais elle en est ravie ! Ses projets ? Quelques textes de chansons…Et peut-être libérer tout ce qui sommeille dans le disque dur de son ordi ?!!

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 31 octobre 2020

LA BALLE SAINTE

LA BALLE SAINTE

Commentaire sur le livre de
LUIS MIGUEL ROCHA

*Sache que tous les êtres humains ont leurs faiblesses.
La mienne est l’Église ; la tienne, l’excès de confiance.
Méfie-toi ! C’est souvent une grande erreur. Retire ton
ego de l’équation. Alors seulement tu pourra être sûr de
ne pas faillir.*
(Extrait : LA BALLE SAINTE, Luis Miguel Rocha, Éditions de
L’Aube, 2015, collection l’Aube Noire, COMPLOTS AU
VATICAN, t 2, édition numérique, 490 pages)

Mai 1981, Cité du Vatican. Alors que vingt mille croyants se pressent sur la place Saint-Pierre, attendant l’audience hebdo­madaire du pape Jean-Paul II, un jeune homme ­déambule parmi eux. Lorsque la papamobile passe devant lui, Mehmet Ali Aca sort un pistolet et tire six fois sur le pape avant d’être maîtrisé. Au fil des ans, l’attentat contre Jean-Paul II a fait l’objet d’intenses spéculations. Mais personne n’est parvenu à expliquer ce qui s’est réellement passé, pourquoi le pape a été pris pour cible et par qui exactement. Personne, jusqu’à maintenant, ne s’était approché de la vérité… LA BALLE SAINTE est le 2e tome de la quadralogie COMPLOTS AU VATICAN.

BONDIEUSERIES IMPROPRES
*Le pape sait-il que vous êtes ici ? Pourquoi ne pas le lui
demander vous-même ? -C’est une idée…je vais y
réfléchir. J’ai beaucoup de questions à vous poser
Père Raphaël Santini…un vif éclat brille un instant
dans le regard du russe. Il est temps de montrer ses
armes.*
(Extrait)

He oui, encore des livres avec, comme toile de fond, la face cachée de l’Église catholique ou devrais-je dire plutôt son côté obscur. La balle Sainte est le deuxième tome d’une quadralogie intitulée COMPLOTS AU VATICAN. Ceux qui ont lu le tome 1 retrouveront sans doute avec ravissement Rafael Santini, agent secret du Vatican, Sarah Monteiro, étoile montante du journalisme et l’énigmatique JC maître de la loge P2 qui ne serait pas étrangère à la mort du pape Jean-Paul 1er. L’histoire suit plusieurs personnages et évènements en convergence, à commencer par l’attentat contre le pape Jean-Paul II sur lequel Mehmet Ali agca tire six fois avant d’être maîtrisé. Une de ces balles, apparemment mortelle, aurait été miraculeusement déviée, ce que Jean-Paul II attribuera plus tard à la Sainte Vierge. Le projectile a été qualifié de balle sainte et le titre laisse à penser qu’on tente encore de comprendre aujourd’hui pourquoi Jean-Paul II a été choisi comme cible et bien au-delà de l’arrestation d’Agca, qui a pu commanditer cette tentative d’assassinat.

Dans ce deuxième opus, on retrouve encore des espions, agents secrets, agents doubles, taupes, loges secrètes, la CIA de mystérieux ecclésiastiques envoyés par d’obscures créatures de l’église dont l’Opus Dei qu’on a appris à connaître un peu dans le livre de Dan Braun DA VINCI CODE. Cette histoire est un vaste chassé-croisé de personnages qui ne font pas dans la dentelle et dont le but premier est de protéger l’église de tout ce qui pourrait nuire au dogme et à sa pérennité quitte à tuer, harceler, intimider, faire disparaître. Comme des milliers de livres tendent à démontrer que L’Église est historiquement assise sur le mensonge, les justiciers de la foi sont donc très occupés.

Un aspect très intéressant du livre touche la principale menace qui concerne l’église, la plus crédible dans l’histoire eu égard à cet énorme jeu du chat et de la souris qui s’étend sur 490 pages. Cela concerne un personnage qu’on retrouvera ici et là au cours du récit. Il s’appelle Abou Rachid. C’est un musulman à qui apparaît quotidiennement la Vierge Marie. Un musulman qui parle à la vierge c’est tout un scandale pour l’Église. Il doit disparaître. Quelqu’un s’y emploie. Mais la sérénité, le calme et le mysticisme de Rachid opérant quelques miracles, ce ne sera pas simple pour l’église de le mettre à l’écart. L’idée même qu’un musulman soit dans les confidences de la Sainte Vierge m’en dit long personnellement sur l’utilité des religions. L’Église doit suivre un chemin. Que celui-ci mène au diable ou à la trinité Ça n’a pas d’importance. On ne doit pas déroger point. Il y aurait gros à perdre, argent, pouvoir et de colossales richesses.

Dans cette histoire, tout y est…jeux politiques, bondieuseries, manipulation, mensonge, espionnage, meurtres bref un tas de détails qui laissent à penser que l’Église n’est pas propre propre. Donc, tout y est mais il n’y a rien de neuf. C’est bien rythmé, c’est même rocambolesque. C’est une histoire complexe et peu originale avec une galerie de personnages qui donne le tournis. Deux de ces personnages portent des noms qui rappelleront sans doute des souvenirs aux baby-boomers amateurs de série culte :
Simon Templar (Le Saint) et James Phelps (Mission impossible). Je n’ai pas compris ce choix qui fait un peu ridicule. Je dois admettre que l’auteur imbrique avec grand art l’histoire et la fiction et imprègne à son récit une intrigue assez solide. Donc au thriller s’ajoute une dimension historique et une incursion dans le monde impitoyable de l’espionnage.

C’est un bon thriller j’en conviens. Le fil conducteur est un peu pénible et ça manque d’originalité. On ne réinvente pas la roue. Mais bon, j’ai lu tellement de ces histoires qui se ressemblent, je m’attendais simplement à autre chose. Un peu de nouveauté quoi…

Né à Porto en 1976, Luis Miguel Rocha a vécu en Angleterre et au Portugal. Romancier, scénariste, il est devenu le premier écrivain portugais à figurer dans la liste des best-sellers du New York Times. Il décède en 2015, âgé de seulement trente-neuf ans. LA BALLE SAINTE est le deuxième volume de la série « Complots au Vatican », après LE DERNIER PAPE (Folio Policier).

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le samedi 3 octobre 2020

DARK WEBB

DARK WEB

Commentaire sur le livre de
DEAN KOONTZ

*En temps ordinaire, on dénombre 38 000 cas de suicide annuellement.
Pour l’an dernier, cela représente 4 500 décès supplémentaires. En
projection annuelle, on comptera 8 400 suicides de plus au 31 décembre
prochain. Tout en citant ces chiffres, elle avait bien conscience de ne pas
pouvoir les interpréter. >
(Extrait : DARK WEB audio, Dean Koontz, édition originale : Archipel éditeur,
2018, papier, 418 pages. Édition audio : Audible éditeur, 2018, narration :
Pascale Chemin, durée d’écoute : 12 heures 12 minutes)

« Il faut que j’en finisse. » Tels sont les derniers mots d’un homme que la vie semblait avoir comblé, mais qui y met fin… subitement. Son épouse, Jane Hawk, du FBI, ne croit pas à la thèse du suicide. D’autant qu’ils sont de plus en plus nombreux à connaître le même sort sur le territoire américain…
En cherchant des réponses, Jane met au jour – avec l’aide d’un hacker spécialiste du dark web – un complot visant à manipuler mentalement les êtres humains. Très vite, elle devient la fugitive la plus recherchée des États-Unis. Y compris par sa propre hiérarchie. Ses ennemis semblent posséder un secret si terrifiant qu’ils semblent prêts à tout pour l’éliminer. Mais leur influence et leur perversité suffiront-elles pour arrêter cette femme aussi intelligente que déterminée ?

UN KOONTZ DIFFÉRENT
*En parlant de tuer, j’ai découvert le corps d’une morte à
Aspasie. (il fut parcouru d’un frisson) Une ravissante
blonde nue sur une table en innox. Elle a été étranglée,
sans doute au moment où un de vos amis membres
atteignait la jouissance…Ils s’apprêtaient à brûler son
corps dans un four crématoire…
(Extrait)

Tout au cours de l’écoute de ce livre audio, j’ai essayé de reconnaître l’esprit, le caractère habituellement angoissant de Koontz. Bien sûr, j’ai reconnu son style cinématographique. La plupart de ses livres sont écrits comme des scénarios. Pour le reste j’ai eu un peu de difficulté. Il ne faut donc pas chercher le surnaturel auquel Koontz fait habituellement appel. Il faut plutôt prendre le livre pour ce qu’il est : un thriller. Voyons un peu le contenu. Une vague de suicides sans précédant frappe les États-Unis. Une agente du FBI récemment mise en congé sans solde décide de faire une enquête à titre personnel et elle y mettra un redoutable acharnement pour la bonne raison que son mari s’est suicidé, lui aussi, sans raison apparente, comme des centaines d’autres. Livré à elle-même, Jane Hawk se lance à la découverte d’un complot qui semble toucher l’ensemble du pays.

Ce qui pousse les lecteurs/lectrices à s’accrocher dès le départ est la nature même des suicides : des gens sans histoire, sans problème en bonne santé mentale et physique et ne présentant aucun caractère suicidaire et s’accrocher aussi au caractère mystérieux des messages laissés par les auto-sacrifiés : *Quelque chose ne tourne pas rond chez moi, j’ai besoin, un besoin terrible, j’ai terriblement besoin de mourir. * Il devient facile pour le lecteur de deviner qu’il y a une intervention humaine…un dispositif quelconque qui modifie quelque chose dans le cerveau : *J’ai une araignée dans la tête, qui me parle. * (Extrait) Ça donne au récit un caractère très intrigant.

Bien sûr, c’est un thriller efficace mais sans grande originalité. En fait c’est une variation sur un thème fortement récurrent en littérature : ambition, pouvoir, domination et même, par extrapolation, l’eugénisme, le tout ficelé avec de la science-fiction. Ne vous fiez pas au titre, DARK WEBB frôle la fausse représentation. Le dark Webb a peu à voir avec l’intrigue. Il n’est qu’un prétexte pour Jane Hawk pour se lancer sur une piste précise. Pour mettre le lecteur, la lectrice sur un début de piste, je miserais plutôt sur la définition que fait l’auteur dans son récit de la singularité : *…du stade où les progrès de l’intelligence artificielle et des nanotechnologies induiront des changements au niveau de l’évolution humaine. * (Extrait) Il manque quelque chose à ce récit, comme si l’auteur, en s’écartant de son thème de prédilection, le surnaturel, avait péché par la sous-exploitation de son thème principal c’est-à-dire la recherche de scientifiques tordus assoiffés de pouvoir. Le genre *erreur de la nature* qui se distingue par une absence totale d’empathie et une incroyable cruauté.

Si j’établis un rapport direct de forces et de faiblesses, je dirai, d’abord pour les forces : le récit est intrigant et donne parfois lieu à des passages qui font froid dans le dos. Le rythme est élevé. Le fil conducteur est fragile mais le tout se lit assez bien. Le sujet est bien traité, il y a quelques trouvailles intéressantes. L’écriture est efficace, de nature à donner au livre un petit côté tourne-page, l’intrigue un peu paranoïaque poussant le lecteur à la curiosité. Du côté des faiblesses : sous-exploitation du thème, récit linéaire, pas beaucoup de rebondissements, personnage principal (Jane) plutôt froid et caricatural. C’est long avant de comprendre où l’auteur veut en venir. La finale est peu éclairante et laisse supposer une suite qui n’est annoncée nulle part. Je n’ai pas été emballée par la narration de Pascale Chemin qui manque d’émotion.

Bref, je préfère le Koontz *d’avant*.

Auteur de best-sellers souvent classés nº1 sur la liste des meilleures ventes du New York Times, Dean Koontz réside en Californie. Traduit dans près de quarante pays, l’auteur de Les Yeux foudroyés et Les Étrangers a écoulé plus de 450 millions d’exemplaires dans le monde. Les éditions de l’Archipel ont publié Dark Web (2018), premier volet de cette nouvelle saga d’action et en cours d’adaptation par la Paramount.

DU MÊME AUTEUR SUR CE SITE : LE TEMPS PARALYSÉ. Pour lire mon commentaire, cliquez ici.

BONNE ÉCOUTE
Claude Lambert
Le vendredi 2 octobre 2020

 

ÉCRIRE LE MAL

ÉCRIRE LE MAL

Commentaire sur le livre de

CLAUDE CHAMPAGNE

*Le mal ne vit pas par lui-même…Celui qui l’a doit
le chérir, le faire grandir, en prendre soin. Et le
transmettre. Comme un cadeau. Non, Plus que
ça. Une offrande. Les victimes ne sont pas
importantes.*
(Extrait : ÉCRIRE LE MAL, Claude Champagne, 2014
Éditions Druide, édition de papier, 270 pages)

Alors que Jean Royer s’apprête à annoncer à ses deux employés sa décision de vendre son agence de détectives privés, une vieille femme arrive en larmes : on a tué son chien. Sur les lieux du crime, Jean Royer découvre ce qu’il appelle un camp de vacances pour futurs tueurs en série. À partir de ce moment, connaître l’identité du malade qui a perpétré ces atrocités l’obsède. Serait-ce un semblable désaxé qui, six ans plus tôt, a enlevé sa fille jamais retrouvée ? Cette fois, il a peut-être les moyens de remonter jusqu’au coupable. En s’approchant de la vérité, Royer s’enfonce dans les méandres de l’âme humaine, Le détective entreprend d’écrire le journal d’une enquête émotivement éprouvante.

NOIR C’EST NOIR
*Il venait pour acheter de la coke. Pis un soir,
quand il était sur son *high*, je l’ai entendu
se vanter d’avoir déjà tué. Mais t’sais, pas
juste tué, là. Il disait qu’il enlevait le mal,
morceau par morceau.*

(Extrait: ÉCRIRE LE MAL)

C’est un récit étrange, un thriller psychologique glauque, très noir. Voici l’histoire de Jean Royer, un écrivain qui n’a rien écrit depuis la disparition de sa fille, il y a plus de 6 ans. Le temps de se retourner et sa fille, Charlotte une belle adolescente de 15 ans avait tout simplement disparu sans jamais donner de nouvelles. Un calvaire pour Jean Royer qui vient juste d’hériter d’une agence de détectives qui était propriété de son père décédé. Au moment où il veut annoncer aux employés son intention de vendre l’agence, une vieille femme entre en pleurs et veut engager l’agence pour retrouver l’assassin de son chien. L’animal a été retrouvé crucifié sur un arbre dans un bois près de chez elle.

Jean est intrigué pour ne pas dire mystifié lorsqu’il se rend en forêt et découvre un véritable carnage d’animaux cloués sur des arbres, ventre ouvert à coups de couteau. Jean Royer suspend la vente de son agence. Son intuition et certaines indications l’amènent à relier cet évènement à la disparition de sa fille.

Jean devient enquêteur. Il obtiendra plus ou moins d’aide de ses employés. Quelque chose cloche à l’agence. Quoiqu’il en soit, ce nouveau rôle que vient de se donner Jean Royer lui redonne le goût d’écrire. Pas un roman non…plutôt le journal de son enquête : *Je n’avais pas écrit un seul mot ou presque depuis la disparition de ma fille, ni même déjà tenu un journal de ma vie. Pourtant, me voici ce soir à rédiger ces lignes, comme mon père avant de mourir. Après les évènements d’aujourd’hui, ça a été plus fort que moi.* (Extrait). Alors, mû par la douleur d’un père à qui on a arraché une raison de vivre, Royer ira d’horreur en horreur et réalisera qu’il écrit plus qu’un journal. Il s’est lancé à écrire le mal.

Parmi les éléments qui m’ont accroché dans la lecture de ce livre, je citerai le plus important. C’est que le récit est entrecoupé d’extraits du journal d’un ado qui cherche la découverte, la signification et à la rigueur la pratique du mal. Cet élément donne une force incroyable au récit Je suis sûr que tous les lecteurs deviendront comme moi accro aux passages sur l’ado, le mystérieux et sombre ado devrais-je dire, qui deviennent plus nombreux et plus explicites au fur et à mesure de l’évolution de l’histoire.

Nous avons dans ce très bon livre, des enquêtes qui s’imbriquent, deux intrigues majeures qui se côtoient et surtout une descente vertigineuse dans une conscience malade, esprit torturé, obsédé par les actes qui font souffrir, fixé sur le mal et caractérisé par l’absence de morale. Je ne peux pas vraiment en dire plus mais il est évident que Claude Champagne a travaillé très fort sur la psychologie de ses personnages, suffisamment pour que les lecteurs s’y attachent ou tentent de les comprendre. L’histoire est d’autant forte qu’elle est ponctuée de revirements inattendus, sans compter que Royer pourra compter sur certains alliés qui ne manquent pas d’intérêt et d’importance dans l’histoire comme Marcel par exemple, policier à la retraite de la brigade canine qui a vécu une expérience semblable à la vieille dame qui a perdu son chien, épinglé éventré sur un tronc d’arbre.

Dans son livre, Claude Champagne décante le mal et en dresse un juste portrait et encore, parfois dans un langage tranchant. L’auteur donne à ses personnages le pouvoir de présenter les choses comme elles sont sans retenue ou censure. C’est un polar tricoté serré, d’une grande profondeur. J’ai été aussi fasciné tout au long du récit par son atmosphère brumeuse et son style parfois acéré. C’est un bon roman qui dévoile un aspect de la psychologie humaine et nous pousse en même temps à jeter un certain regard sur la société. Je le recommande. Claude Champagne s’ajoute à la liste toujours plus nombreuse qui donne une *plus valu* à la littérature québécoise.

Avant de se consacrer à l’écriture, Claude Champagne a fait le tour du Québec sur le pouce, périple qui l’a mené jusque dans l’ouest canadien, puis en Europe pendant deux ans. En 1992, il a obtenu son diplôme en écriture dramatique de l’École Nationale de Théâtre du Canada. Il décroche ensuite une maîtrise en études littéraires de l’UQAM en 1999. Entre temps, Claude Champagne cofonde Dramaturges Éditeurs, la seule maison d’édition spécialisée en dramaturgie au Québec. Ses multiples projets l’ont conduit à écrire pour la scène, la radio, la télévision ainsi que des romans.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 19 septembre 2020