DRACULA, de BRAM STOCKER en version audio

Jonathan Harker, jeune clerc de notaire, est envoyé par son employeur, Monsieur Hawkins, notaire à Londres, dans un château isolé des Carpates situé en Transylvanie, auprès du comte Dracula. Le comte Dracula souhaite en effet acquérir une maison à Londres, où il veut se rendre prochainement. Mais malgré la politesse de son hôte, le jeune Jonathan se sent terriblement mal à l’aise en présence du comte, sans qu’il ne parvienne à définir précisément les causes de son appréhension. Surviennent alors des évènements étranges… Dracula est un personnage de fiction inventé par l’écrivain irlandais Bram Stocker en 1897. Il s’est toutefois inspiré d’un personnage historique, Vlad l’Empaleur, prince de Valachie (région de l’actuelle Roumanie) au XVe siècle.

Narrateurs: Christian Fromont
                     Cyril Deguillen

Adaptation: John Mac

Musique: Nikola¨Rimsky-Korsakov

Compagnie du Savoir éditeur, 2006

MON PREMIER AUDIO

*Non non! Retournez d’où vous venez !
pour vous ce n’est pas encore le moment.
Attendez. Un peu de patience. Cette nuit
m’appartient. La prochaine sera à vous!
(Extrait de DRACULA, adaptation audio)

Hé oui, j’en suis à ma première expérience en livre audio. J’avais auparavant fait beaucoup de recherche sur les livres audio pour voir si ça m’intéressait vraiment. Je voulais savoir aussi si cette plateforme gagnait du terrain dans le monde littéraire. Différents facteurs ont favorisé un essor rapide du livre audio comme la simplicité d’utilisation et la qualité d’enregistrement qui ne cesse de s’améliorer.

Le gros point faible que j’ai noté et assez rapidement encore, c’est la faiblesse des titres français. Je me doute toutefois qu’avec la forte augmentation de la demande francophone, on va sûrement améliorer l’offre avant longtemps. 

J’ai noté aussi qu’il y a plusieurs types de présentations audio. Il y a les simples narrations avec une personne ou deux, il y a les narrations enrichies de musique et d’effets sonores et enfin, j’ai entendu des extraits de quelques présentations théâtrales dans lesquelles les narrateurs se donnent la réplique avec musique et bruitage.

Pour ma première expérience complète en livre audio, j’ai choisi une œuvre classique à double narration, avec Christian Fromont et Cyril Deguillen qui se donnent la réplique. J’ai trouvé l’ensemble intéressant. Les narrateurs ont de très belles voix, en particulier Fromont, l’articulation est impeccable. Les répliques manquent parfois de conviction, celles de Deguillen m’ont semblé parfois artificielles. 

Est-ce que l’atmosphère particulière et spécifique à l’œuvre de Stocker a été rendu dans ce livre audio ? À ce titre, je lui accorde la note de passage mais guère plus. Les éléments musicaux et sonores auraient pu contribuer à rendre davantage l’atmosphère compatible avec le livre de Stocker. Mais ces éléments ont été mixés en studio à travers les éléments narratifs. Il n’y a pas de fondue, seulement des enchaînements parfois brutaux. 

Sans être emballé, j’ai apprécié mon expérience et j’ai trouvé que le temps d’écoute a passé rapidement, environ 70 minutes. Je précise ici que c’est une version abrégée. Je précise aussi que je n’ai jamais lu Stocker.

J’ai donc fait connaissance avec son œuvre en passant par la plateforme audio et ma foi, j’ai trouvé ça pas mal intéressant, assez pour récidiver. En écoutant Deguillen en particulier, j’imaginais l’image parfaite que le cinéma m’a donné de Dracula telle qu’il a été incarné par le grand Christopher Lee, un acteur que j’ai toujours admiré. 

Si cette édition sonore de Dracula a pu me faire rêver, voire me faire évader un peu mais d’une façon différente des bons vieux livres de papier, c’est que cette plateforme a du bon et je me propose de l’explorer sérieusement pour la suite de ma carrière de lecteur.

Christian Fromont (à gauche), comédien, acteur, musicien est le narrateur de DRACULA. Il incarne le clerc de notaire Jonathan Harker. Cyril Deguillen (à droite)
est un acteur et narrateur, spécialiste de l’interprétation des classiques. Il incarne Dracula. Deguillen a interprété plus d’une centaine de livres audio.

Né à Dublin, en Irlande, en 1847, Abraham Stoker, dit Bram, est l’auteur de Dracula. Son oeuvre mettant en scène ce mythique personnage de vampire a été adaptée de nombreuses fois au cinéma. Troisième d’une famille de sept enfants, Bram Stoker avait la santé très fragile étant enfant. À son chevet, sa mère lui lisait la Bible et lui racontait les légendes irlandaises, qui inspireront la création de son célèbre roman. Après plusieurs articles de presse, il publie son premier roman « The Chain of Destiny » en 1875 puis devient administrateur du Lyceum Theatre de Londres.

« Dracula », publié en 1897, est son quatrième roman. Il y travaille pendant dix ans. C’est un roman épistolaire composé d’extraits de journal intime, de lettres et de coupures de journaux qui s’inscrit dans le genre littéraire du gothique. L’ouvrage, extrêmement documenté, ne connut cependant pas le succès tout de suite. Ce n’est qu’à la mort de son auteur, à son domicile en 1912, que le personnage monstrueux, mais raffiné de Dracula, est entré dans le mythe.

Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 25 juillet 2021

HAUTE TENSION, le livre de RICHARD CASTLE

*Comment c’est possible ça ? Elle avait du sang partout sur elle quand tu l’as trouvée. Elle se vidait. Mais elle a quand même réussi à appeler les secours sans en perdre ne serait-ce qu’une goutte sur le téléphone.* (Extrait : HAUTE TENSION de Richard Castle, City editions, 2016, édition numérique, 350 pages.)

New-York connaît une vague de terreur : dans la ville symbole de la liberté, les islamistes radicaux de Daech viennent de décapiter une journaliste américaine en direct à la télévision. Et c’est Nikki Heat qui est chargée de l’enquête.  Pour la détective, cette affaire est capitale à plus d’un titre. Fraîchement nommée capitaine, elle doit faire ses preuves. Et surtout, le groupe terroriste vient d’annoncer sa prochaine cible : ce sera Jameson Rook, le célèbre journaliste qui n’est autre que le mari de Nikki Heat ! Nikki a beau être une flic d’exception, son travail et sa vie se compliquent encore lorsqu’elle aperçoit fugacement, au détour d’une rue, une femme qui ressemble étrangement à sa mère. Sa mère qui est morte vingt ans plus tôt…

Un roman multipiste

*Quelque part, l’inimaginable se produirait.
Pendant un instant, personne ne bougea. On
aurait dit que la veillée funèbre avait commencé*
(Extrait : HAUTE TENSION)

Sur le plan littéraire, ce livre développe un sujet en surchauffe : le terrorisme islamique. Depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, beaucoup d’éditeurs ont fait du terrorisme leurs choux gras. Il devient difficile d’être original dans l’écriture d’un roman ayant le terrorisme comme toile de fond. Richard Castle a bien essayé, mais le résultat est un peu étrange. Au départ, des islamistes radicaux décapitent une journaliste devant caméra. Nikki Heat prend connaissance de la vidéo et apprend que la prochaine victime annoncée est…son amant, Jameson Rook. Parallèlement, tout à fait par hasard, Nikki aperçoit, au détour d’une rue, sa mère…sa mère morte vingt ans plus tôt : *Sa mère était bien morte dans ses bras non ? Son sang s’était bien vidé sur son chemisier non ? Nikki avait bien vu le couteau planté dans son dos non ? * (Extrait) 

Outre l’enquête sur la décapitation de la journaliste Tam Svejda, plusieurs volets sont développés en parallèle dont l’élection présidentielle américaine et le développement très graduel d’une conspiration majeure. J’avoue que par moment, j’avais de la difficulté à suivre tellement les volets s’imbriquent et s’entremêlent. L’auteur en a peut-être pris conscience en écrivant une petite remarque qui en dit long sur l’état d’esprit de son enquêteur-vedette. Je ne pouvais qu’être d’accord : *Cette fois, ce n’était pas à cause de l’obscurité. C’était parce que, furieuse, elle gardait le regard rivé sur le pare-brise dans l’espoir de parvenir à trouver une logique dans l’enchaînement chaotique de tous ces évènements. * (Extrait) 

Il m’a fallu beaucoup de temps et beaucoup de pages avant d’entrer dans l’histoire, le roman comportant des longueurs irritantes relatives, en particulier à la complicité entre les deux héros Nikki et Jameson et sur leurs petites manœuvres sexuelles. On commence à les connaître un peu puisque HAUTE TENSION est le huitième tome des enquêtes de Nikki Heat. L’histoire n’est pas claire, comme si elle était sous-développé. Pour moi, ça constitue une zone grise dans le roman. Ça devient un peu plus clair vers la fin, mais l’incertitude et le questionnement sont demeurés. 

Tout n’est pas négatif au contraire. Si l’histoire est développée avec une plume un peu naïve et met à l’épreuve la patience du lecteur, je me suis tout de même laissé aller à son rythme jusqu’à la finale que j’ai trouvé intéressante et bien pensée. En fait, je dois admettre que le dernier quart de l’histoire réserve quelques rebondissements assez forts et une conclusion assez spectaculaire de l’enquête sur la décapitation de la journaliste. 

Pour ce qui est de la mère de Nikki, Cynthia, il faut bien y revenir, car la conclusion du livre qui est presque brutale, laisse à penser qu’elle est vivante. Elle était agente secrète et vivait dangereusement. Nikki l’a vu mourir. C’est tout.

Voilà qui garantit la suite. On aura peut-être le fin mot de l’histoire dans le tome 9 des aventures de Nikki Heat : ORAGE DE CHALEUR qui entraîne le lecteur dans le trafic de fausse monnaie, le blanchiment d’argent et diverses activités criminelles d’une redoutable organisation mafieuse. 

J’ai suivi le rythme et j’ai pu profiter d’une finale satisfaisante. Mais je ne peux pas dire que cette histoire m’a emballé. Peut-être que pour l’apprécier davantage, il faut lire toute la série, même si les tomes peuvent être lus indépendamment. À la lecture de HAUTE TENSION, je n’en ai pas développé le goût tout simplement et je parierais que ce livre n’est pas le meilleur de la série. 

Bref, un livre plutôt ordinaire mais avec une finale très bien imaginée. Amis lecteurs, amies lectrices, c’est maintenant à vous de voir…

Castle est l’auteur de 26 romans policiers, et autant de livres à succès, les plus connus étant ceux composant la série de « Derrick Storm ». La série commence alors que Castle commence à se lasser de son personnage et choisit de le tuer dans son dernier roman paru, décision critiquée aussi bien par les lecteurs que les collègues écrivains de Castle. Il retrouve l’inspiration à travers un poste de consultant auprès de la police de New York, notamment l’inspectrice Kate Beckett, poste qu’il obtient grâce à son amitié avec le maire de la ville. Elle lui inspire le personnage de « Nikki Hard » (Nikki Heat dans la version originale), personnage décrié en public par son modèle, Beckett estimant qu’elle a « un nom de prostituée ». (source : wikipédia)

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 23 mai 2021

GERMINAL

GERMINAL

Commentaire sur le livre d’
ÉMILE ZOLA

*Un raclement monta de sa gorge, il cracha
noir. -Est-ce que c’est du sang ? Demanda
Étienne, osant enfin le questionner. Lentement,
Bonnemort s’essuya la bouche d’un revers de
main. -C’est du charbon…j’en ai dans la
carcasse de quoi me chauffer jusqu’à la fin de
mes jours.*
(Dans la série LES ROUGON-MACQUART #13,
parution originale : 1878 chez Flammarion, collection
Folio Classique, 640 pages. Éd. Num. 50 chef d’œuvre
que vous devez lire avant de mourir)

À PROPOS DES ROUGON-MACQUART

LES ROUGON-MACQUART ou histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second empire comptent vingt romans qui s’échelonnent de LA FORTUNE DES ROUGON (1871) au DOCTEUR PASCAL (1893). L’origine du projet remonte à 1868 alors que Zola part de l’idée d’un cycle qui se déploie en suivant l’arbre généalogique d’une famille.

La meilleure façon de décrire LES ROUGON-MACQUART est encore de citer Maître Zola lui-même, dans un propos publié par Encyclopaedia Universalis : « Je ne veux pas peindre la société contemporaine, mais une seule famille, en montrant le jeu de la race modifiée par les milieux. Si j’accepte un cadre historique, c’est uniquement pour avoir un milieu qui réagisse ; de même le métier, le lieu de résidence sont des milieux. Ma grande affaire est d’être purement naturaliste, purement physiologiste. »

Les Rougon-Macquart #13 : GERMINAL

         

Etienne Lantier part, en pleine crise industrielle, dans le Nord de la France, à la recherche d’un emploi. Devenu mineur, il tombe amoureux de Catherine Maheu, maîtresse d’un autre ouvrier, Chaval. Etienne, endurant des conditions de travail inhumaines, voit sa conscience sociale s’affirmer. Lorsque la société minière baisse les salaires, il enjoint ses compagnons à se mettre en grève. Le conflit est âpre et dur, l’arrivée des soldats en durcit le déroulement qui prend un tour sanglant. Lorsque, résignés, les mineurs reprennent le travail, la mine est sabotée : Etienne, Catherine et Chaval sont bloqués à l’intérieur. Etienne tue Chaval et devient enfin l’amant de Catherine, qui meurt dans ses bras avant l’arrivée des secours. Etienne part pour Paris, certain que son exigence de justice finira par triompher.

LES AURORES  DU SYNDICALISME
Qu’on dise un peu si les travailleurs avaient eu leur
part raisonnable, dans l’extraordinaire accroissement
de la richesse et du bien -être, depuis cent ans ?
On s’était fichu d’eux en les déclarant libres : Oui,
libres de crever de faim, ce dont ils ne se privaient guère.
(Extrait)

Germinal est un roman publié en 1878. C’est un drame social qui raconte l’histoire d’Étienne Lantier, un jeune homme un tantinet caractériel, en tout cas suffisamment pour avoir giflé son employeur è la suite d’une dispute. Lantier est viré, devient donc chômeur et décide de partir dans le nord de la France pour tenter sa chance dans les mines. Il débarque à Montsou et se fait loger dans une famille de mineurs : les Maheu. Il tombera amoureux d’une des filles, Catherine. Cette amourette qui finira en triangle amoureux entretiendra disons la partie sentimentale de l’histoire. Pour moi ça ne présente pas grand intérêt et ça crée du remplissage pas toujours utile. C’est bien à ce niveau qu’il y a le plus de longueurs dans ce pavé de près de 700 pages. Mais revenons à Étienne. Il se fait engager dans les mines de Montsou et est frappé rapidement par la vie de misère des travailleurs : des salaires de misère, des conditions de travail inhumaines, aucun égard pour la santé et encore moins la sécurité des travailleurs.

La misère était partout en particulier dans les regards et les estomacs. *La faim exultait les têtes, jamais l’horizon fermé n’avait ouvert un au-delà plus large à ces illuminés de la misère* (Extrait) Etienne commença d’abord à s’interroger : *est-il possible qu’on se tuât à une si dure besogne dans ces ténèbres mortelles, et qu’on y gagnât même pas les quelques sous du pain quotidien…* (Extrait) Puis il développa une conscience sociale plutôt révolutionnaire pour l’époque : *Le siècle ne pouvait s’achever sans qu’il y eût une autre révolution, celle des ouvriers cette fois, un chambardement qui nettoierait la société du haut en bas et qui la rebâtirait avec plus de propreté et de justice.* (Extrait)

Quand l’employeur décida de baisser les salaires, prétextant un contexte économique difficile, Lantier poussa les mineurs à la grève. La compagnie adopta une position inflexible et refusa toutes négociations. Après des semaines de lutte, les mineurs, affamés, deviennent violents. Il y a des blessés…des morts. La compagnie ne bronche pas. L’estomac sclérosé, les mineurs se résignent à reprendre le travail dans des installations devenues extrêmement dangereuses suite au manque d’entretien. Puis un ouvrier anarchiste sabote la mine. La galerie s’effondre, tuant de nombreux mineurs. Lantier voit sa belle Catherine mourir dans ses bras. Sorti vivant de cet enfer, Lantier retournera à Paris où il œuvrera à temps plein à l’organisation syndicale et à la reconnaissance des regroupements d’ouvriers.

Il y a beaucoup de longueurs et un peu d’errance dans cette œuvre de Zola que je considère pourtant d’une incroyable actualité. Zola s’étend donc et ça lui ressemble, l’auteur ayant déjà une conscience de droit et de rectitude sociale très développé et ajoutons a cela un sens de la justice aiguisé comme il l’a démontré dans l’affaire Dreyfuss. Aux longueurs il faut passer outre car dans la deuxième partie, comme se précisait la pensée de Lantier et son action par la suite, je suis devenu accro avec une montée rapide de la tension dramatique alors que les ouvriers affamés laissent éclater leur colère devenue aveugle et vont dans tous les sens.

Ce roman m’a ébranlé et je ne doute pas de sa crédibilité après la recherche que j’ai faite sur Zola qui s’est fortement documenté sur le portrait social de l’époque en France, les conditions dans les mines et le profil des compagnies caractérisées par une avidité obscène. Donc le roman est réaliste, l’intrigue est vigoureuse et l’auteur a évité le piège de l’exagération et de la déclamation. La misère décrite est noire un peu comme le roman. Quant au personnage central, Émile Lantier j’ai développé plus de compréhension sur ses motivations que d’attachement…de l’empathie autrement dit. Toutefois, le personnage est gauche, un peu extrémiste, un peu trop fier, orgueilleux à la limite. Sa pensée philosophique est correcte mais sa façon de faire était inadéquate. Force est d’admettre que la grève n’a servi à rien sinon à créer un inimaginable gâchis.

Bref, le roman est réaliste, l’écriture est puissante, le raccord avec notre société moderne est intéressant, l’ensemble est poignant et attractif. La finale est déchirante. Est-ce que Lantier pourrait rebâtir sur ses erreurs. Une suite serait intéressante » Toutefois le quatorzième volume des Rougon-Macquart s’intéresse à un peintre : Claude Lantier et sur les bouleversements qui secouent l’art français. Quant à GERMINAL, c’est définitivement un incontournable.

Emile Zola publie son premier ouvrage, « Contes à Ninon » à l’âge de vingt-quatre ans. Puis il se lance dans une carrière de journaliste engagé. Son premier succès, le roman « Thérèse Raquin », lui vaut de nombreuses critiques de la part de la presse.  Puis, Emile Zola entreprend une immense oeuvre naturaliste, « Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second empire ». Ce projet l’occupera pendant un quart de siècle. Chacune des oeuvres montre l’affrontement des forces naturelles, soumises aux circonstances et à l’environnement social, qui gouvernent le destin des personnages.
Avec toute son ardeur combattante, son courage et le poids de sa notoriété, Emile Zola s’engage dans
l’affaire Dreyfus en publiant plusieurs articles dont son célèbre « J’accuse » dans le journal « L’Aurore » du 13 janvier 1898. Il est très critiqué par les nationalistes et le procès qui s’en suit l’oblige à s’exiler pendant un an en Angleterre.  Enfin, Séduit par les idées socialistes, Zola souhaite proposer des remèdes sous la forme d’une vision prophétique du devenir de l’homme dans ses « Quatre Évangiles : « Fécondité », « Travail », « Vérité ». Le quatrième, « Justice », vient d’être commencé, lorsqu’il meurt « accidentellement » asphyxié dans son appartement.

GERMINAL AU CINÉMA

Photo extraite de GERMINAL, adaptation cinématographique du livre d’Émile Zola GERMINAL, réalisé par Claude Berri, production franco-belge de 152 minutes sortie en 1993, avec Miou-Miou, Renaud, Gérard Depardieu et Jean Carmet.

Bonne lecture
Claude Lambert
vendredi 18 décembre 2020

LA CHAMBRE DES OMBRES GLACÉES

LA CHAMBRE DES OMBRES GLACÉES

Commentaire sur le livre de
PIERRE H. RICHARD

<-Comment on va la descendre de là?
Michel semblait hypnotisé par la
jeune fille sur la croix.·>
(Extrait : LA CHAMBRE DES OMBRES
GLACÉE, Pierre H. Richard, Éditions
Pratiko, 2006, édition numérique…)

Le jeune Jérémie découvre une mystérieuse enveloppe dans la cave de son grand-père. Il y trouve une dizaine de gravure de Polchak. Une de ces gravures est en double. Jérémie en garde une pour lui et prête l’autre à son meilleur ami Michel. Par la suite, Jérémie, Michel et leur amie Lorraine sont subitement entraînés dans un monde étrange. Ils ne peuvent tout simplement pas reculer. Ils traversent comme une espèce de bouche et aboutissent dans ce qui a les apparences d’une salle de torture. En plus, l’atmosphère de cette inquiétante pièce est glacée. Pendant ce temps, une *enveloppe* prend la place de Jérémie et de ses amis pour concocter un plan diabolique. En fait, depuis que Jérémie a ouvert l’enveloppe, plusieurs trucs bizarres surviennent. Entre autres, des gargouilles…des créatures belliqueuses qui ont envie de mordre. Pour nos amis, il devient urgent de trouver une issue…

DANS L’OMBRE DE POE
*Depuis plus de trois heures qu’ils avançaient,
la salle s’assombrissait et les plaintes des
suppliciés s’éteignaient. Les personnages
torturés avaient cédé leur place à un
cimetière de machines de bois et de métal…*
Extrait

Dans ce récit, plusieurs évènements bizarres se produisent à partir du moment où Jérémie découvre, dans la cave de son grand-père une enveloppe contenant des gravures de Polchak. Une des gravures est en double. Jérémie en garde une pour lui et prête l’autre à son ami Michel. Peu après, Jérémie, Michel et leur amie Lorraine sont catapultés dans une sorte de monde parallèle peuplé d’ombres menaçantes qui rappellent les gargouilles de Polchak. Alors qu’ils débouchent sur la Chambre des Ombres glacées qui est en fait une salle de torture, les trois ados réalisent que les ombres veulent envahir leur esprit. Les jeunes deviennent des enveloppes pour les entités de l’ombre. Mais pourquoi ? Dans quel but ? Et comment nos amis vont se sortir de cette dangereuse aventure ?

LA CHAMBRE DES OMBRES GLACÉES est un nouveau titre qui vient enrichir la littérature jeunesse dans le genre fantastique. On y suit trois adolescents qui vivent une situation pénible dans un monde paranormal. C’est loin d’être nouveau…le héros de l’histoire entraîné dans un livre, dans un jeu vidéo, dans un monde parallèle, dans les enfers et j’en passe. Le sujet a été abondamment développé en littérature et au cinéma. Cependant, ce livre de Pierre H. Richard a quelque chose de particulier. En cours de lecture, j’essayais de me rappeler dans quel livre ou dans quel film j’avais été enveloppé d’une telle atmosphère. Donc ce n’était pas au niveau de la lecture ou du visionnement mais au niveau du ressenti, du non-dit. La lumière s’est faite lorsque je suis arrivé à l’épisode du puits et de la pendule.

Ça m’a rappelé THE PIT AND THE PENDULUM, cette nouvelle écrite par Edgar Allan Poe en 1842, insérée plus tard dans un de ses recueils NOUVELLES HISTOIRES EXTRAORDINAIRES, finalement traduite par Charles Baudelaire et adaptée mainte fois au cinéma. Dans cette histoire, un prisonnier de l’inquisition espagnole est soumis à la torture alors qu’une grande lame très aiguisée en forme de pendule se balance au-dessus de lui et se rapproche lentement de sa poitrine. C’est exactement à ce traitement qu’est soumis un de nos héros dans la chambre des ombres glacées pendant qu’un autre attend la congélation sur une croix.

Ce n’est pas seulement cet épisode de la pendule mortelle qui a retenu mon attention mais c’est toute l’atmosphère qui se dégage du récit, spécialement quand les jeunes évoluent dans le monde des ombres. C’est toute la tension ressentie qui m’a rappelé Edgar Allan Poe. Nous avons ici une nouvelle extraordinaire version jeunesse. L’histoire est un peu difficile à saisir au début mais elle s’ouvre graduellement à notre compréhension : <Bon, ce que Polchak dit dans son testament, c’est que les deux gravures identiques d’une gargouille qui sont sensées accompagner ces documents sont en fait des «portes» qui lui permettront de revenir se venger des dirigeants de l’église Orthodoxe et d’enfin faire reconnaître sa mission «divine». Pour y arriver, les deux images doivent être séparées l’une de l’autre. Et grâce à ces portes, il affirme pouvoir saisir les énergies nécessaires à son retour.> (Cet extrait fait référence à l’inquisition espagnole et à la salle de torture appelée LA CHAMBRE DES OMBRES GLACÉES, d’où le lien avec Edgar Allan Poe).

Donc, bien que pas trop originale, l’histoire est intéressante, la plume est fluide, facile à suivre. Principale faiblesse : la profondeur des personnages. Je n’ai pas réussi à m’y attacher vraiment. Principale force : l’atmosphère qui imprègne le récit, parfois oppressante, parfois flottante. Elle m’a fait vibrer. C’est un des critères importants que je recherche dans ce genre d’ouvrage. Ça devrait plaire à beaucoup de lecteurs et lectrices.

La torture du puits et de la pendule
d’après une nouvelle d’Edgar Allan Poe

Pierre H. Richard, auteur et traducteur qui s’est spécialisé dans la politique fiction et le roman policier, élargit maintenant ses horizons en s’attaquant au fantastique avec LA CHAMBRE DES OMBRES GLACÉES. Je vous suggère aussi, du même auteur SOLUTION ULTIME, un roman surprenant dont l’action se déroule dans l’univers trouble des vendeurs d’armes…

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 22 mai 2020

DÉFAILLANCES, le livre de B.A. PARIS

*Je retiens ma respiration. Suffoque en silence sous
le choc. C’est comme si on venait de me jeter un
seau d’eau è la figure pour me réveiller. Pour me
faire comprendre l’énormité de ce que j’ai fait…
Pourquoi…pourquoi ai-je fait ça ? *
(Extrait sonore :  DÉFAILLANCES, B.A. Paris, éditions
AUDIBLE studios, 2018. Narration : Maud Rudigoz,
durée d’écoute : 8 heures 55)

L’histoire est celle de Cassandra, appelée Cass et mariée à Mathew depuis un an. Tout commence une nuit d’orage sur une route isolée traversant une vaste forêt. Cette nuit-là, Cass ne s’est pas arrêtée pour offrir son assistance à la conductrice d’une voiture immobilisée au bord de la route…toujours en plein orage. Donc Cass repart sans intervenir. À ce moment, sa vie bascule…Le lendemain, Cass apprend que la conductrice a été sauvagement assassinée. Cassandra est assaillie par la culpabilité. Elle commence à recevoir des coups de fil anonymes qui la chavirent à chaque fois. Est-ce que quelqu’un l’a vu?  Alors que les pertes de mémoire deviennent de plus en plus fréquentes chez Cass dont la mère a été emportée par une démence précoce comparable à la maladie d’Alzheimer, Cassandra commence à douter sérieusement d’elle-même et insidieusement, l’angoisse s’installe et se transforme en terreur.

AU-DELÀ DE L’OBSESSION
*Ce n’est plus de la peur mais de la terreur. *
(Extrait)
DÉFAILLANCES est un thriller psychologique intense et sombre. Son atmosphère est maintenue sensiblement oppressante. Disons que, pour planter le décor, une jeune femme, Cassandra nommée Cass se retrouve en pleine nuit d’orage sur une route traversant une forêt très dense. En roulant, elle voit une voiture stationnée sur l’accotement. Une femme est au volant. Elle ne fait aucun signe et n’utilise pas ses clignotants. Cass décide de ne pas s’en occupée et reprend sa route. Le lendemain, Cass apprend que la femme qu’elle a aperçu la nuit dernière a été retrouvée morte, égorgée.

Dès lors, la vie de Cass bascule. S’installent remords et regrets, sentiment de culpabilité. Pire, Cass développe une paranoïa. Elle a la sensation d’être épiée et même visitée par l’assassin de la femme. Cass reçoit régulièrement des appels silencieux. Elle est persuadée que c’est l’assassin. Ça devient même une obsession qui l’étouffe. Elle s’en ouvre à son mari Mathew et à sa meilleure amie Rachel mais ils prennent ça avec un grain de sel et tentent de rassurer Cass.

Plus étrange encore. Cass a maintenant des blancs de mémoire. Elle oublie parfois ce qu’elle dit et ce qu’elle fait, ce qui double ses inquiétudes d’autant qu’avant de mourir, sa mère était atteinte de démence précoce. Était-ce la première phase de la maladie d’Alzheimer? Alors que la jeune femme dépérissait, elle fit des découvertes qui lui laissèrent supposer qu’elle pouvait être l’objet d’un complot.

Était-ce une nouvelle obsession qui se pointait ajoutant ainsi à cette apparence d’hystérie? Si tel était le cas, devait-elle appliquer le vieux proverbe qui dit : *Tel est pris qui croyait prendre*? Que pouvait-elle faire alors que personne ne la prenait au sérieux? D’autant plus qu’elle prenait des médicaments qui lui faisaient perdre le contact avec la réalité.

Cette histoire est celle d’une descente aux enfers. Le lecteur devient pris dans un étau psychologique qui rappelle un peu certains scénarios d’Alfred Hitchcok. L’affaissement psychologique de Cass est développé graduellement de manière à donner des sueurs au lecteur qui doit prendre un parti entre la démence et la manipulation. La tension va crescendo jusqu’à une finale que j’ai trouvée fort bien ficelée.

Le récit comporte toutefois quelques faiblesses. Il y a de nombreux passages où la suite des évènements est prévisible au point de braquer mon esprit sur le coupable probable…Le seul fait que les appels silencieux soient faits en l’absence de Mathew m’a laissé perplexe au départ. Et puis je me suis interrogé sur l’utilité de ces appels. Les personnages n’ont pas été travaillés en profondeurs, sauf peut-être Cass que j’avais envie de prendre par la main à certains moments donnés.

Mais il reste que DÉFAILLANCE est un huis-clos qui a quelque chose d’étouffant et qui devient addictif dès le moment où le lecteur sent venir le revirement de situation…cette espèce de point de rupture qui fait que n’importe quoi peut arriver. L’Histoire comme telle n’est pas un chef d’œuvre d’originalité mais son développement s’est fait avec une exceptionnelle habilité…une marque de commerce de B.A. Paris.

Quant à la narration, je suis satisfait de la performance de Maude Rudigoz. Son ton de voix colle très bien avec l’essence du récit. Il y a des passages monocordes mais ils sont largement compensés par des déguisements de voix habiles exercés dans les dialogues surtout. Et puis elle a une harmonique vocale assez agréable. En général, elle a fait corps avec l’esprit de l’auteure.

Donc en résumé, DÉFAILLANCES est un très bon thriller psychologique, bien monté, efficace. Récit parfois lourd et prévisible. Stressant. Très bonne narration. Le livre est classé best-seller et je verrais très bien une adaptation cinématographique.

B. A. Paris laisse filtrer peu d’informations sur elle. On sait qu’elle est D’origine franco-irlandaise et qu’elle a été élevée en Angleterre avant de s’installer en France. DERRIÈRE LES PORTES est son premier roman.
Vendu à près d’un million d’exemplaires et meilleures ventes d’e-books en 2016 en Angleterre, il sera traduit dans 33 pays. Behind Closed Doors est dans la liste des finalistes du Prix Thriller Goodreads 2016. On peu en savoir plus sur la chronologie de ses publications en visitant sa page
Facebook.

Bonne écoute
le samedi 22 février 2020
Claude Lambert