LE CHUCHOTEUR, Donato Carrisi

*Ce qui le suivait n’était pas là sur cette route.
C’était bien plus proche. C’était la source de
ce bruit. C’était quelque chose auquel il ne
pouvait pas échapper. Cette chose était dans
son coffre. *
(Extrait : LE CHUCHOTEUR, Donato Carrisi,
éditeur Calmann-Lévy, 2010 pour la traduction
française. Édition de papier, 574 pages…Le livre
de poche.)

Depuis qu’ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d’agents spéciaux ont l’impression d’être manipulés. Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents. La découverte d’un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d’appeler en renfort Mila Vasquez, experte dans les affaires d’enlèvement. Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire : tous les meurtres sont liés, le vrai coupable est ailleurs. 
Quand on tue des enfants, Dieu se tait, et le diable murmure… un thriller littéraire inspiré de faits réels

Sombre peut être l’humain
*<Billy était un bâtard un BÂTARD ! et j’ai bien fait de le
tuer je le détestais il nous aurait fait du mal parce qu’il
aurait eu une famille et pas nous…personne n’est venu
me sauver PERSONNE.> *
(Extrait)

Tout est noir dans ce livre. L’histoire, l’atmosphère, l’enquête, les personnages, y compris ceux qui portent en eux un secret terrible comme c’est le cas pour Goran Gavila, le criminologue qui traîne en lui le boulet d’un secret soupçonné par un lecteur désarçonné qui assistera, figé, à son dévoilement dans une finale ficelée serrée.

L’auteur va au-delà du thriller psychologique qui fouille à l’infinitésimale les synapses d’un tueur en série hors-série qui n’a rien contre ses victimes…visant autre chose… : * Des parents, qui pour des raisons différentes, n’avaient eu qu’un enfant, une mère qui avait passé largement la quarantaine, et qui n’étaient donc plus en mesure, biologiquement, d’espérer une autre grossesse…<Ce sont EUX ses vraies victimes. Il les a étudiés, il les a choisis. > (Extrait)

Les victimes ne sont pas les fillettes, ce sont leur famille. Comprendre la psychologie de ce tueur en série incorrectement appelé Albert sera le plus grand défi du lecteur qui aura peut-être même à relire cette sordide histoire en partie et même en tout pour en comprendre toutes les facettes.

Dès le départ, l’auteur frappe fort afin d’emprisonner le lecteur dans son intrigue : cinq petites filles disparues, cinq fosses creusées dans une clairière. Dans chaque fosse, un petit bras…puis par la suite, découverte d’un sixième bras appartenant à on ne sait qui.

Avec une intrigue pareille et les maux de tête qui s’annoncent pour les policiers, Mila Vasquez en particulier, le lecteur pourra bien découvrir que l’auteur les mène en bateau avec des longueurs et même un peu d’errance dans le texte, ce qui est singulièrement agaçant…peu importe. Donato Carrisi nous amène exactement là où il veut qu’on aille.

Comme lecteur, attendez-vous à des allers-retours car il semble que chaque découverte suppose un assassin différent. *Au centre de tout ceci, il n’y avait pas une simple chasse à l’homme, mais l’effort pour comprendre le dessein qui se cachait derrière une séquence apparemment incompréhensible de crimes atroces. La vision difforme d’un esprit malade. * (Extrait) Mais de quel esprit s’agit-il exactement? Là, une surprise attend le lecteur.

Toute l’originalité du récit repose sur le chuchoteur, un tueur en série d’une espèce rare peu ou pas développée en littérature policière : *<Mais vous n’êtes pas le seul à pouvoir entrer dans la tête des gens…Dernièrement, j’ai beaucoup appris sur les tueurs en série. J’ai appris qu’ils se divisent en quatre catégories : visionnaires, missionnaires, hédonistes et assoiffés de pouvoir…mais il y a une cinquième sorte. On les appelle tueurs en série subliminaux.>* (Extrait)

d’une main de maître et avec une plume parfaitement maîtrisée, Carrisi amène ses limiers à adopter une théorie d’apparence tirée par les cheveux mais qui finit par s’imposer inexorablement donnant au livre un caractère absolument diabolique et m’ayant donné, comme lecteur, la bizarre impression d’être manipulé. J’ai dit que l’écriture est maîtrisée, c’est vrai mais elle est aussi d’une grande complexité. Ça demande de la relecture et beaucoup de concentration.

Que penser de ce tueur qui a toujours un pas d’avance sur ses poursuivants? C’est une histoire très complexe. Trop à mon avis. L’auteur aurait pu simplifier un peu. Je suis d’accord pour qu’une lecture lance des défis et même exige une certaine recherche. Je le fais souvent. Quand ça devient un fardeau, c’est différent. Malgré tout, le caractère intriguant de l’ouvrage lui sauve la mise.

Donc Pour faire court : polar complexe mais efficace, personnages très aboutis et froids. Se lit avec un minimum de concentration. Ensemble macabre et noir. Certains passages sont répugnants. Langage cru et direct. Atmosphère oppressante, finale éclairante et bien imaginée. Étude très intéressante d’un fond humain tordu au possible évoquant au passage les travers de la société.

J’ai eu l’impression de lire quelque chose de différent. Ça m’a plu.

Né en 1973, Donato Carrisi est l’auteur d’une thèse sur Luigi Chiatti, le  » monstre de Foligno « , un tueur en série italien. Juriste de formation, spécialisé en criminologie et sciences du comportement, il délaisse la pratique du droit en 1999 pour se tourner vers l’écriture de scénarios. Au moment d’écrire ces lignes, LE CHUCHOTEUR son premier roman, vendu à plus de 200 000 exemplaires en Italie, est en cours de traduction dans douze pays et a déjà remporté quatre prix littéraires.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 22 mai 2022

QUI MENT ? Le livre de Karen M. McMANUS

VERSION AUDIO

*Merde ! hurlait-il en donnant un coup de poing par terre.
-Tu le portes sur toi ? Simon Simon. Les yeux de Simon se
révulsent tendis que Nate fouille ses poches dont il ne sort
qu’un vieux mouchoir. Des sirènes se mettent à retentir au
loin au moment où monsieur Avery entre en courant… On
ne trouve pas son épipène. *
(Extrait : QUI MENT, Karen M. McManus, Édition originale : Nathan
2018, 465 pages. Version audio : Audible studio, 2018, durée d’écoute :
10 heures 3 minutes, narratrice : Leïla Bellisa.)

Une intello, un sportif, un délinquant, une reine de beauté… un meurtrier. Qui allez-vous croire ?  Dans un lycée américain, cinq adolescents sont collés : Bronwyn (l’élève parfaite), Addy (la fille populaire), Nate (le délinquant), Cooper (la star du baseball) et Simon (le gossip boy du lycée). Mais Simon ne ressortira jamais vivant de cette heure de colle… Pour les enquêteurs, sa mort n’est pas accidentelle. Dès lors qu’un article écrit par Simon contenant des révélations sur chacun d’eux est découvert, Bronwyn, Addy, Nate et Cooper deviennent les principaux suspects du meurtre. Ce qui est sûr, c’est qu’ils ont tous quelque chose à cacher…

Quatre fois au mauvais endroit
au mauvais moment
*Celui-ci affirme que la personne qui a tué Simon
se trouvait dans la salle quand il a eu sa réaction
allergique. Autrement dit, que c’est l’un d’entre
nous. *
(Extrait)

   

Karen McMannus livre une marchandise à laquelle je ne m’attendais pas du tout mais qui m’a ravi dans son ensemble et particulièrement dans la finale, disons les deux dernières heures d’écoute. Voyons voir le décor : dans un lycée, cinq jeunes de 17 ans se voient imposer une heure de colle après les cours parce qu’ils ont été pris avec un portable dans leur sac.

On y retrouve donc ADDY, soucieuse de sa popularité et de ce qu’on pense d’elle, COOPER, le sportif, NATHANIEL, appelé NATE, un petit *bum* sympathique, un peu macho, BRONWIN, la perfection faite fille et SIMON, le gossip boy de L’école, c’est-à-dire un rapporteur de ragots, indiscrétions et méchancetés qu’il publie sur Internet et qui visent directement ses pairs du lycée.

Les *cinq* ne seront plus que quatre à la fin de la retenue. Des cinq, un sortira les pieds devant : Simon, victime d’une foudroyante et fatale attaque allergique. Étrangement, on n’a pas trouvé d’EpiPen sur Simon. bien sûr, on a couru à l’infirmerie de l’école pour se rendre compte avec horreur que tous les stylos d’EpiPen avaient disparu. Il semble qu’il y avait un petit film d’huile d’arachide dans le gobelet que Simon a utiliser pour boire de l’eau. Automatiquement, Brownvin, Addy, Cooper et Nate sont soupçonnés de meurtre.

Karen McManus a donné à son histoire une direction un peu spéciale. Un développement particulier loin d’être inintéressant. L’enquête policière sur la mort de Simon passe de loin au second plan. L’histoire est développée un peu comme une chronique du quotidien de jeunes de 17 ans : potinage, sorties, fardeau scolaire et bien sûr attraction et expériences sexuelles. Il y a cependant quelque chose qui se démarque : des jeux d’alliance entre les jeunes, des questionnements sur la mort de Simon, de l’investigation.

J’ai eu simplement l’impression que les jeunes raisonnaient à la place de la police. Ça m’a plu. D’ailleurs c’est un aspect de la littérature policière qui plait beaucoup aux jeunes. Autre élément intéressant : personne ne semble ému de la mort de Simon. La raison n’est pas justifiée mais elle est simple à comprendre.

Simon était un garçon venimeux, frustré, profondément méchant, sans doute très malheureux. Il n’hésitait pas à nuire aux réputations ou les détruire. Il avait créé une application pour y publier des posts dans lesquels il lançait des rumeurs accusatrices, des propos empoisonnés, des révélations choquantes qui visaient tous les élèves et qui malheureusement, étaient vraies dans à peu près tous les cas.

Morale de l’histoire, tout le monde a quelque chose à cacher et un peu d’hypocrisie s’imposait : *Personne ne pouvait blairer ce mec et aujourd’hui, ils sont tous là avec leurs petites bougies comme si on parlait d’une espèce de martyr et pas d’un connard qui bavait sur tout le monde. * (Extrait)

C’est tout le récit qui repose sur le profil de Simon une graine de malfaisance dont les méchancetés publiées sur internet laissaient pantois : *Bon ! En théorie, je suis pour la désorganisation des lycées par la violence.

OK ce gars a fait ce qu’il avait à faire mais de manière tellement commune. Tout ça manquait cruellement d’imagination. On a déjà vu ça cent fois…Un jeune tire sur tout le monde au lycée et se tire dessus ensuite.

Restez avec nous après le film pour le débat. Élevez le niveau quoi… un peu de créativité. Prenez une grenade par exemple des sabres de samouraï mais étonnez-moi quand vous descendez une poignée de ces moutons…* (Extrait) Commentaire étonnant et plutôt noir sur un massacre dans un lycée.

Dans ce roman, j’ai été un peu surpris de la discrétion policière mais agréablement surpris de l’évolution du raisonnement des jeunes. C’est eux qui ont la clé et j’ai dû les prendre au sérieux. Je me suis fait bien sûr une idée du coupable, j’étais même certain de son identité. J’étais dans le champ, alors là vous n’avez pas idée.

La finale m’a fait presque décrocher les mâchoires. C’est un bon roman que les jeunes lecteurs vont beaucoup aimer entre autres parce qu’ils vont se reconnaître.

Le récit fait un peu *sitcom*, on y trouve beaucoup de personnages *clichés* et dont l’évolution se fait un peu en dents de scie. Il y a quelques longueurs et l’auteure m’a semblé erré par moment. Heureusement, ça n’enlève rien au caractère intrigant et captivant du récit…une lecture surprenante que j’ai dévorée.

Avant de terminer, quelques mots sur la narratrice Leïla Bellisa qui a été plutôt décriée par la critique pour sa narration de QUI MENT ? Certains l’ont même qualifié d’insupportable. Moi je n’irai pas jusque-là.

À mon avis, madame Bellisa a trouvé le ton juste pour les personnages les plus importants mais quelques personnages sont affublés d’une voix carrément ridicule. Cette inégalité dans la qualité des signatures vocales jette un discrédit sensible à l’œuvre audio. Mais ça ne change rien à l’opinion que j’ai du livre.

Karen M. McManus a une licence de littérature et une maîtrise de journaliste. Lorsqu’elle ne travaille pas à Cambridge, dans le Massachusetts, elle adore voyager avec son fils. « Qui ment ? » est son premier roman. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter son site en anglais, karenmcmanus.com, et la suivre sur Twitter sur le compte @writerkmc.

Bonne écoute
Claude Lambert
janvier2020

PASSÉ À VIF, le livre de LISA JACKSON

*…Deagan crut voir briller une étincelle mauvaise
dans ses prunelles bleues. Il n’avait pas besoin
de lire ses pensées. Ce petit sourire pervers, sur
son visage, indiquait clairement qu’il l’avait
invité pour se divertir, et très probablement à
ses dépens.*
(Extrait : PASSÉ À VIF, Lisa Jackson, réédition 2017,
Harpercollins France, numérique et papier. 500 p.)

Kate Summers mène une vie paisible à Hopewell, Oregon, en compagnie de son fils de quinze ans, Jon. Pourtant, un secret la ronge : et si, un jour, quelqu’un venait lui réclamer cet enfant qui n’est pas le sien et qui ignore le secret de sa naissance ? D’autant que Jon lui a récemment parlé de ses cauchemars, dans lesquels un homme qui prétend être son père cherche à le tuer…Alors, quand le séduisant inconnu qui vient d’emménager dans la maison voisine essaie par tous les moyens d’entrer en contact avec Jon, Kate panique. Sans savoir que, de toute façon, son fils et elle sont déjà cernés par le mensonge. 

DES DONS QUI DÉRANGENT
*Son cœur continuait à battre la chamade, tandis
que son rêve se dissipait lentement dans la
lumière grise de l’aube, ne lu laissant que le
goût amer du malaise…Ça ne se passerait
peut-être pas exactement comme il venait de
le voir dans son sommeil, mais ça allait arriver.*
(Extrait : PASSÉ À VIF)

Un très bon livre. La trame du récit est un peu complexe mais elle est bien développée dans le premier quart du livre pour permettre au lecteur de s’accrocher à un fil conducteur sans faille. Je vais tenter un petit résumé en utilisant mon petit style télégraphique. 

-L’histoire tourne autour de Jon Summers, 15 ans. Il a la particularité de faire des rêves prémonitoires qui le trompent rarement.
-Jon est le fruit d’un inceste entre Deagan O’Rourke d’une part, le fils de Frank Sullivan, un parfait salaud qui n’a jamais reconnu son fils et d’autre part, la cousine de Deagan, Bibi.

 -L’aîné de la famille Sullivan, une famille de salauds riches, décérébrés et blasés, Robert décide de se débarrasser du bébé en le faisant adopter illégalement dans un autre état. C’est Kate Summers qui deviendra la maman adoptive.
-Deagan n’était pas au courant qu’il était père. Bibi le lui a caché jusqu’à ce qu’il ait 15 ans. Elle-même n’a jamais voulu du bébé.

-15 ans après la naissance de Jon, le patriarche de la famille Sullivan, Robert constate qu’il n’y a personne dans sa famille digne de son héritage et de poursuivre les affaires familiales. Il décide donc de mettre la main sur Jon.

-Plusieurs Sullivan risquent donc d’être déshérités. Aussi Jon est en danger…en grand danger. Certains veulent le tuer mais tout le monde le veut…pas nécessairement pour les mêmes raisons.
-Deagan a un gros poids sur la conscience et Kate voit Jon lui échapper rapidement… 

Ce qui capte rapidement l’attention du lecteur, c’est l’histoire de la famille dont Jon est issu, une famille de dégénérés assis sur une immense fortune : *Stu prenait son pied en matant son amant en train de baiser sa sœur. Je n’arrive pas à y croire ! * (Extrait) Autre élément intéressant, John fait des rêves prémonitoires qui influencent directement le développement du récit.

Celui-ci verse donc sensiblement dans le surnaturel. Le mystère le plus dense de l’histoire demeure Deagan qui tombe en bas de sa chaise en apprenant qu’il est père d’un garçon de 15 ans et dont les évènements vont l’obliger à s’immiscer dans la vie de Kate et du garçon, Jon qui est rejeté par ses pairs à cause de son don de prémonition qui, aux yeux de la communauté fait de lui un monstre, ce qui n’est pas sans pousser à la réflexion sur l’acceptation des différences. 

UNE PLUME FORTE
C’est un suspense fort qui tient en haleine jusqu’à la fin. Il n’y a rien de simple je le rappelle. La trame est complexe Jon et sa mère auront à composer avec le mensonge, l’hypocrisie, la violence, un shérif incompétent et bien sûr le mystérieux Deagan dont les aveux sont versés à la petite cuillère et laissent tout le monde pantois. 

Ce qui rend aussi le récit addictif, c’est l’atmosphère qui l’imprègne, le non-dit, la complexité des sentiments dans le cas de Jon qui traverse le pire moment de son adolescence à tout point de vue et qui doit gérer un don qu’il ne contrôle pas. Ça peut paraître paradoxal, mais c’est une lecture éprouvante… Appelons ça un stress bienfaisant.

Ça se dévore jusqu’au bout. J’étais curieux de voir comment l’auteur allait démêler tout ça à la fin. Il a été habile en rajoutant un choc supplémentaire. Jon est encore en danger, mais c’est une toute autre histoire. 

L’épilogue de l’histoire m’a un peu déçu. Trop beau pour être vrai, tiré par les cheveux et peu réaliste. Mais je considère que même en laissant de côté ces quelques pages, ce que je ne recommande même pas, les lecteurs auront eu largement satisfaction. Je suis donc très content de ma lecture.

Lisa Jackson a grandi dans une petite ville de l’Oregon. Elle sort diplômée de l’Université d’État et travaille quelque temps plus tard dans le secteur bancaire. Elle se lance peu après dans l’écriture et publie son premier roman en 1983 : A TWISTE OF FATE qui n’a jamais été traduit à ma connaissance. Elle écrit aussi des suspenses romantiques contemporains et des romans d’amour historiques qui se placent régulièrement sur la liste des meilleures ventes de livres du New-York times, USA today et Publisher Weekly.

Bonne lecture
Claude Lambert

 

La jeune fille et la nuit, de GUILLAUME MUSSO

*…C’était un corps. Le cadavre d’une femme, abandonné
sur les rochers. Plus elle s’approchait, plus elle était
saisie d’horreur. Ce n’était pas un accident. Le visage
de la femme avait été fracassé pour n’être plus qu’une
bouillie sanguinolente. <Mon Dieu>.*
(Extrait : LA JEUNE FILLE ET LA NUIT, Guillaume Musso,
Calmann-Lévy éditeur,  2018, édition de papier, 435 p. )

Un campus prestigieux figé sous la neige
Trois amis liés par un secret tragique
Une jeune fille emportée par la nuit
Côte d’Azur – Hiver 1992

Une nuit glaciale, alors que le campus de son lycée est paralysé par une tempête de neige, Vinca Rockwell, 19 ans, l’une des plus brillantes élèves de classes prépas, s’enfuit avec son professeur de philo avec qui elle entretenait une relation secrète. Pour la jeune fille, « l’amour est tout ou il n’est rien ». Personne ne la reverra jamais.

Côte d’Azur – Printemps 2017
Autrefois inséparables, Fanny, Thomas et Maxime – les meilleurs amis de Vinca – ne se sont plus parlés depuis la fin de leurs études. Ils se retrouvent lors d’une réunion d’anciens élèves. Vingt-cinq ans plus tôt, dans des circonstances terribles, ils ont tous les trois commis un meurtre et emmuré le cadavre dans le gymnase du
lycée. Celui que l’on doit entièrement détruire aujourd’hui pour construire un autre bâtiment. Dès lors, plus rien ne s’oppose à ce qu’éclate la vérité.

Dérangeante
Douloureuse
Démoniaque

FRANÇAIS À OUTRANCE
<C’est ce que je n’ai jamais aimé
chez les types comme toi
Stéphane : cette intransigeance,
ce côté procureur et donneur de
leçons. Le Comité de salut public
version Robespierre. >
(Extrait: LA JEUNE FILLE ET LA NUIT)

LA JEUNE FILLE ET LA NUIT attire le lecteur dans une toile complexe, machiavélique. C’est un thriller que je peux qualifier de psychologique car il met plusieurs personnages en position d’introspection. L’histoire est celle de Thomas Degalais, un écrivain qui traîne avec lui depuis 25 ans un secret très lourd. En effet, avec la complicité de ses inséparables amis, Fanny et Maxime, ils commettent un meurtre et emmurent le cadavre dans le gymnase de leur lycée.

Vingt-cinq ans plus tard, Maxime apprend à Thomas que le gymnase sera détruit pour faire place à la construction d’un nouveau bâtiment. Le secret enfoui risque d’être révélé et il y a pire. Quelqu’un est au courant du drame…quelqu’un qui veut se venger. Thomas se rend sur place, secoué par une insidieuse angoisse.

Si l’histoire est celle de Thomas, le pivot, le personnage central de ce récit est une jeune fille très spéciale : Vinca Rockwell, le genre de fille qui fait pâmer tous les garçons, entière, authentique, belle comme le jour et sensuelle. On connaîtra aussi son côté volage et passionné et plus encore…une sirène capable d’intrigues et de manipulation.

Or après le meurtre d’Alexis Clément, Vinca disparaît mystérieusement et on ne la reverra jamais. Après 25 ans, le mystère n’est pas résolu. On sait toutefois qu’Alexis Clément, tué et emmuré au lycée était le professeur de philosophie de Vinca et les deux étaient passionnément amoureux mais où est-elle. Ceci n’est qu’une toute partie de l’engrenage dans lequel le lecteur est entraîné.

L’intrigue est intense, prenante et complexe. Elle promène le lecteur et la lectrice d’un rebondissement à l’autre. Il (elle) doit composer avec de nombreux revirements, beaucoup d’imprévus, d’erreurs sur la personne. Impossible pour le lecteur d’établir un pronostic, il ne sera jamais bon.

C’est la force du livre : l’intrigue est prenante jusqu’à la fin parce que farcie de retournements et de révélations improbables qui débouchent sur une finale toute aussi imprévisible même si je la trouve un peu tirée par les cheveux. C’est un récit fort, mis en relief par une écriture fluide et audacieuse. Ne vous fiez pas trop au quatrième de couverture. Je l’ai trouvé un peu simpliste.

On a voulu être original peut-être mais le synopsis ne témoigne pas vraiment de l’intensité du récit. Comme il y a de nombreux retours en arrière, 25 ans, ce qui nous amène dans les années 1990, j’ai apprécié les nombreuses références sociales et culturelles qui caractérisent cette époque et qui *tapissent* le récit.

En matière de faiblesses, je viserai d’abord le fil conducteur du récit. Il est difficile de s’y accrocher car il prend de nombreuses directions donnant ainsi l’impression que Musso a voulu un peu trop en mettre. Le texte comporte beaucoup de clichés et est un peu trop politisé à la française. Quant aux personnages, je les ai trouvés peu convaincants.

Certains frôlent la caricature si je me réfère en particulier à Vinca dont le magnétisme est exacerbé ou Thomas, un parfait mollasson. Il m’a été impossible de m’attacher aux acteurs de ce drame. J’ai toutefois apprécié Stéphane Pianelli, un journaliste redoutable qui joue un rôle important allant même jusqu’à donner quelque sueur.

Il faut aussi se concentrer quelque peu car des personnages, il y en a beaucoup et plusieurs sont tordus. Ici, c’est donc l’intrigue qui fait pencher la balance. Sa construction est solide et bien sûr, je dois tenir compte de l’effet qu’elle a eu sur moi : À partir du milieu du récit, le livre est devenu *tourne-page* et j’ai développé une addiction.

Un dernier petit point intéressant : ce livre sent la Côte d’Azur à plein nez. Guillaume Musso étant né à Antibes, il n’est pas étonnant de trouver de nombreuses références géographiques un peu comme Stephen King se réfère souvent au Maine dont il est natif. Ça donne au récit un côté rafraîchissant. À lire donc : LA JEUNE FILLE ET LA NUIT

De roman en roman, Guillaume Musso a noué des liens particuliers avec les lecteurs. Il a pris goût à la lecture à l’âge de 10 ans et s’est mis à rêver d’écrire un roman…un jour. Né en 1974 à Antibes, il a commencé à écrire pendant ses études et n’a plus jamais cessé, même quand il exerçait son métier de professeur d’économie. En 2004, la parution de ET APRÈS… consacre sa rencontre avec le public. Suivront notamment LA FILLE DE PAPIER, DEMAIN, CENTRAL PARK, UN APPARTEMENT À PARIS…traduits en quarante et une langues, plusieurs fois adaptés au cinéma, tous ses livres ont connu un immense succès en France et dans le monde.

Bonne lecture

Claude Lambert
Le samedi 6 février 2021

LE DOSSIER MÉTÉORE, de BENJAMIN FAUCON

*Il resta bouche bée durant de longues
minutes, alors que son téléphone
continuait de sonner. Cette fois, son
meilleur ami le harcelait, voulant vérifier
s’il était bel et bien mort comme les
journalistes se plaisaient à l’annoncer.
Des gouttes de sueurs dégoulinèrent de
son visage…*
(Extrait : LE DOSSIER MÉTÉORE, Benjamin
Faucon, AdA éditions, 2018, papier, 275 pages)

Matt Roy regarda la revue d’astronomie qui traînait sur le comptoir de son magasin. Ses yeux fixèrent la photographie de la nova observée le 19 mars 2012 et un large sourire apparut sur son visage. Cette étoile serait le sujet parfait pour son canular ! Au même moment à New York, un officier de la CIA, Robert Owens rangeait un dossier dans le tiroir de son bureau sans se douter qu’un plaisantin se préparait à en dévoiler le contenu. Du bureau présidentiel aux observatoires universitaires, les destins de plusieurs individus se trouvent  bouleversés par la découverte d’une vérité que l’être humain s’efforçait de cacher depuis plus de 50 ans.

L’OMBRE  DE ROSWELL
*Il ne s’agissait pas d’une nouvelle rumeur émanant
de son canular, mais de telles affirmations confirmaient
ses craintes. Sa blague pouvait en avoir dérangé plus
d’un. Et si le gouvernement comptait parmi eux, sa vie
prendrait un virage désastreux !

C’est un livre trépidant qui montre à quel point internet peut grossir et faire exploser une rumeur, qu’elle soit fondée ou pas : *Il jeta un dernier coup d’œil à son téléphone intelligent et éteignit la lumière. Son texte annonçait un changement dans la vie des hommes, mais en allant jusqu’au bout de sa mascarade, Matt venait de bouleverser les éléments de son propre univers.* (Extrait)

Désœuvré Matt Roy, inspiré par une revue d’astronomie annonçant l’observation d’une étoile très particulière de type nova, décide d’envoyer sur internet un canular annonçant l’arrivée prochaine d’extra-terrestres, Mat signe son texte d’un pseudonyme pompeux : Docteur Rosfield, ce qui n’est pas sans rappeler le célèbre dossier Roswell.

Ce que Matt ne sait pas c’est que la nova dont il est question et son lien possible avec des extra-terrestres fait l’objet d’un dossier très chaud à la CIA qui se fait forte d’éliminer tous ceux qui savent quelque chose sur cette fameuse nova appelée *Nova 19-3*. La CIA a vent rapidement de l’existence du texte signé dr. Rosfield.

Dès lors, Matt et tous ceux qui l’aideront sont condamnés à mort et traqué sans pitié par la CIA en particulier par Robert Owen, directeur des affaires particulières à la CIA, un monstre froid et sans conscience. Le président des USA s’énerve, la CIA est convoquée à la Maison Blanche. Le message est clair : faites le ménage. Mais un policier de la ville de New-York décide de s’opposer aux meurtres et autres abus de l’agent Owen et de faire face courageusement à l’insaisissable CIA.

L’histoire est haletante et l’imagination de l’auteur m’a impressionné et cette impression s’est précisée et confortée lors de ma rencontre avec l’auteur au Salon International du Livre de Québec en 2018. L’histoire est centrée sur le canular bien sûr et plus précisément par la CIA qui traque sans relâche et en semant la mort le fameux docteur Rosfield identifié très rapidement comme étant Matt Roy. L’auteur n’est pas tendre pour la CIA qu’il fait passer pour une fabrique de monstres et de tueurs sans scrupules.

Là ou Benjamin Faucon a poussé très loin, c’est que la CIA considérait que ceux qui s’occupait du dossier Nova 19-3 dans leur propre agence en savaient trop et devaient être éliminés. C’est un peu fort. On peut se demander quel est l’avantage d’être recruté à la CIA si on en sait trop dès le départ. J’ai trouvé ça un peu fantaisiste mais c’est bien le seul petit point négatif que je peux apporter sur ce livre à la trame captivante et parfois même essoufflante.

Ayant réalisé que l’édition que j’ai lue est en fait une réédition et plus que ça en fait. Il s’agit d’une réécriture du roman, le tout récupéré par les Éditions AdA. J’en ai discuté avec l’auteur quand je l’ai rencontré. En réécrivant son texte, son idée était de changer la finale, ce qu’il a fait. Il a vraiment pondu quelque chose de différent mais aussi bon à peu de chose près.

Dans ce livre, AdA publie à la fin de l’histoire, la fin qui accompagnait le texte original. Je vous laisse bien sûr découvrir les deux finales et établir votre préférence. Mais très personnellement, et je ne veux pas vous décevoir Benjamin, mais la finale originale m’a fait davantage vibrer.

Je recommande ce livre sans hésiter. Il se lit vite et bien, l’intrigue est menée à la perfection. Les personnages sont très bien définis, assez pour détester royalement les méchants et c’est évidemment la CIA qui est pointée du doigt. Je serais curieux de voir ce que donnerait l’adaptation de ce livre au cinéma. Un réalisateur comme Steven Spielberg en produirait certainement quelque chose de grandiose.

C’est un excellent divertissement qui vient nous rappeler qu’on est peut-être pas seul dans l’univers. Dans la dédicace que Benjamin Faucon a écrite dans mon exemplaire de son livre il précise : *Pour Claude, et si tout était vrai*

Bernard Faucon est un romancier canadien d’origine française né en 1983. Même s’il s’intéresse très jeune au monde de l’écriture, c’est à 20 ans qu’il écrira son premier ouvrage. Son style est alors surtout axé sur la poésie. C’est un genre qu’il délaissera assez rapidement au profit du roman. Si au départ sa démarche littéraire est hésitante, il finira par s’orienter vers la littérature fantastique avec la série ÉDEN ET LE MONDE VERT, puis le thriller NOVA 19-3 publié en 2012.

En 2014, il signe une collaboration avec la maison AdA et publie LA THÉORIE DES GÉANTS. C’est le début d’une longue collaboration qui amènera entre autres LE DOSSIER MÉTÉORE, 15e roman publié chez AdA. Au moment d’écrire ces lignes, Benjamin Faucon vit en Montérégie avec sa femme et ses deux enfants.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 13 décembre 2020

LA DERNIÈRE DES STANFIELD, Marc Levy

*Une lettre m’apprenait que ma mère aurait eu
un passé dont j’ignorais tout. On m’assurait
qu’en fouillant ses affaires, je mettrais la main
sur des souvenirs qui me livreraient quantité
d’informations sur la femme qu’elle avait été. À
l’en croire, maman avait été coauteure d’un
forfait magistral…*
(Extrait : LA DERNIÈRE DES STANFIELD, Marc
Levy, Éditions Robert Laffont|Versilio, 2017, édition
de papier,, pocket, 450 pages.

Eleanor-Rigby est journaliste au magazine National Geographic, elle vit à Londres. Un matin, en rentrant de voyage, elle reçoit une lettre anonyme lui apprenant que sa mère a eu un passé criminel. George-Harrison est ébéniste, il vit dans les Cantons-de-l ‘Est au Québec. Un matin, il reçoit une lettre anonyme accusant sa mère des mêmes faits. Eleanor-Rigby et George-Harrison ne se connaissent pas. L’auteur des lettres leur donne à chacun rendez-vous dans un bar de pêcheurs sur le port de Baltimore. Quel est le lien qui les unit ?
Quel crime leurs mères ont-elles commis ?  Au cœur d’un mystère qui hante trois générations, La Dernière des Stanfield nous entraîne de la France occupée à l’été 44, à Baltimore dans la liberté des années 80, jusqu’à Londres et Montréal de nos jours.

LES SECRETS D’UNE FAMILLE TORDUE
*Robert était désormais seul et il se demanda
combien de nuits il lui restait à vivre. Dans
quelques heures, le jour se lèverait sur Baltimore…
Et il songea qu’il allait crever à des milliers de
kilomètres de chez lui à cause d’une partie de
poker.*
(Extrait)

LA DERNIÈRE DES STANFIELD raconte l’histoire d’Eleanore Rigby Donovan (C’est son nom au début de l’histoire), journaliste pour un magazine à Londres et George Harrison Collins, un ébéniste qui vit à Québec. Les deux héros de cette histoire ont au moins deux points en commun : d’abord leur prénom évoque les Beatles. Eleanore Rigby est une chanson des Beatles et l’origine de ce nom demeure mystérieuse. Et Bien sûr George Harrison était un Beatle.

Les liens expliquant ce choix de prénoms sont plutôt ténus dans le récit. Le deuxième point en commun est le fait que les deux héros qui ne se connaissent pas reçoivent une mystérieuse lettre signée d’un énigmatique personnage qui se fait appeler LE CORBEAU et annonce que leur mère a commis un crime 35 ans plutôt. Le CORBEAU leur donne rendez-vous dans un bar de pêcheur situé dans le port de Baltimore.

Nos deux héros se rencontrent à ce fameux rendez-vous, font connaissance dans une méfiance totale. Le CORBEAU ne s’est pas pointé mais il semble avoir atteint son objectif la rencontre de deux personnes qui ne se connaissent pas et qui ont pourtant la même mère. Eleanore Rigby et George Harrison décident d’enquêter pour savoir quel crime leur mère aurait commis.

Qui est le CORBEAU et qu’est-ce qu’il cherche exactement. C’est alors que nos deux héros vont pénétrer un épais mystère, un panier de crabes qui hante trois générations de Stanfield de 1944 à nos jours. Le récit étale la vie de Sally-Anne, la mère de George Harrison et Eleanor Rigby. Les grands-parents de Sally-Anne, Robert et Hanna Stanfield ont fait fortune dans les années 40.

Eleanore Rigby et Georges Harrison tentent ainsi de se dépêtrer dans une suite sans fin d’hypocrisie, de trahisons, de mensonges et de coups bas. Le lecteur tente d’évoluer avec les personnages dans la toile gluante classique des familles dynastiques qui enfouissent des secrets qui sortent au grand jour à la petite cuillère. C’est un peu ce à quoi nous a habitué les séries télévisées comme DALLAS alors que Bobby Ewing vient revendiquer son appartenance à la famille Ewing ou comme DYNASTIE.

Moi j’ai trouvé ça compliqué, difficile à suivre à cause des bonds générationnels qui rendent instable le fil conducteur de l’histoire. Je n’ai jamais réussi à adhérer à ces histoires de famille hermétiques et souvent platoniques. Je sais bien que si je me base sur les cotes d’écoute des séries dynastiques, les téléspectateurs en redemandent. Ça n’engage que moi évidemment mais les trois premiers quarts du récit m’ont ennuyé.

J’ai trouvé l’histoire compliquée à cause de son caractère multidirectionnel que l’auteur aurait pu simplifier un peu. La narration est complexe, le style alambiqué. Je m’attendais à mieux, surtout que j’étais au départ très intrigué par les prénoms de nos héros, évoquant les Beatles.

Mais ce n’est qu’un accessoire sous-développé qui n’est d’aucune utilité pour aider à comprendre où l’auteur veut en venir exactement quant à la malédiction qui pèse sur les Stanfield où tout n’est qu’imposture, mensonges et apparences. Non ce n’est pas vraiment le livre capable de me faire renouer avec le style saga familiale avec ses idées usées.

Je conviens que le style de Levy est intéressant et qu’il l’a fort bien développé dans l’ensemble de son œuvre. Il faut bien dire aussi que le dernier quart du récit nous entraîne de surprise en surprise. Ça devient intéressant si on tient le coup jusque-là. Quand je termine un livre, j’essaie de déterminer deux choses : ce que le livre m’a apporté et à quelle réflexion a-t-il engagé. Je crois que vous en avez déjà une bonne idée.

Marc Levy est un romancier français né en 1961. Il  ne quitte pas le classement des meilleures ventes depuis le début des années 2000. Né dans les Hauts-de-Seine, il quitte la France pour les États-Unis à 23 ans et fonde une société spécialisée dans l’image de synthèse. Il reste en Amérique du Nord, sa seconde patrie, pendant sept ans et revient à Paris avec le projet de créer un cabinet d’architecture avec deux de ses amis. Il en est directeur pendant près de dix ans.

Aimant raconter des histoires, Marc Levy se met à l’écriture en amateur. Finalement, il décide d’envoyer son manuscrit à plusieurs éditeurs et ce sont les éditions Robert Laffont qui le contacteront. Depuis, il se consacre à l’écriture et emmène le lecteur dans son univers où tout est possible. En janvier 2006, les ventes de ses cinq livres, toutes éditions et langues confondues, ont dépassé les dix millions d’exemplaires et ça continue.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 6 décembre 2020

AFFAIRES ÉTRANGES, livre de JOSLAN F. KELLER

*Depuis longtemps j’ai fait mienne cette citation
de Baudelaire dans LE SPLEEN DE PARIS : <J’aime
passionnément le mystère, parce que j’ai toujours
l’espoir de le débrouiller. >*
(Extrait de l’introduction AFFAIRES ÉTRANGES, recueil
d’histoires. Joslan F. Keller, Scrinéo éditions, 2018.
édition numérique, 210 pages, catégorie Essai)

16 histoires saisissantes, à peine croyables… et pourtant authentiques. Par Joslan F. Keller, historien de l’étrange et spécialiste du paranormal. Des ingénieurs brésiliens retrouvés morts sur une colline avec des masques de plomb sur le visage… Un esprit frappeur qui ne se trompe jamais… Un sous-marin qui se volatilise avec son équipage… Un agriculteur qui se trouve nez-à-nez avec des créatures inconnues dans un champ…Deux femmes qui disent avoir entendu les sons fantômes d’une bataille vieille de dix ans… Parmi ces « Affaires étranges », certaines ont une explication, d’autres pas, mais toutes questionnent notre rapport au monde et à l’inconnu.

DE L’ANORMAL AU PARANORMAL
*…car il ne faut pas se mentir, ce n’est pas la vérité qui va
émerger de ces cloaques virtuels, mais bien un
abêtissement généralisé, ce que j’appelle le triomphe
de l’imbécillité. Il n’y a aucun progrès, ni découverte à
attendre de ces contenus, juste le sentiment chimérique
et dévastateur de maîtriser l’immaîtrisable. *
(Extrait faisant référence aux fausses informations sur les
réseaux sociaux et sur l’obscurantisme)


Toutes les affaires rapportées dans ce recueil évoquent des évènements qui ont beaucoup de points en commun : Ils se sont déroulés dans des endroits isolés, il y a peu ou pas de témoins. Dans presque tous les cas, il y a distorsion du temps et de l’espace. Les gens qui ont vécu ces étranges évènements ont une crédibilité qui va de très bonne à excellente. Autre point en commun rencontrés très souvent dans ce type de littérature est le déni officiel qui passe par de vagues explications, souvent absurdes ou qui ne s’appliquent tout simplement pas : le canular, l’hallucination collective, la blague, la prise de substances.

L’explication la plus courante et la plus souvent évoquée est la manipulation parce qu’elle implique des expériences secrètes de manipulation psychologique menées par l’armée et comme ce que fait l’armée dans ses recherches est ultra-méga-super-top secret, ça nous amène à de longs et complexes épisodes de désinformation, un phénomène dans lequel les agences de renseignements et les gouvernements sont passés maîtres.

Morale de l’histoire, aucune de ces histoires qui sont certifiées vécues je le rappelle, ne connaîtra de conclusion définitive, d’explications satisfaisantes et finales. On ne peut même pas conclure à l’authenticité des faits et ce malgré l’intervention de hautes autorités dans ce type d’enquête comme les ufologues par exemple, le plus célèbre étant sûrement Gérard Deforge qui s’est penché entre autres sur l’un des dossiers les plus spectaculaires de l’ufologie française : l’hallucinante affaire d’Haravilliers.

Donc pour chaque histoire, le livre rapporte le déroulement, fait état des efforts pour expliquer les phénomènes et propose des hypothèses qui ont toutes leurs petites faiblesses. Dans plusieurs cas, on se rapproche toutefois des explications plausibles. Le livre rapporte beaucoup d’histoires sur des ovnis, il y en a aussi sur les esprits frappeurs, des crimes inexplicables. Il y a même une recherche sur la relique des reliques : L’Arche d’Alliance. Tous ces sujets qui échappent à notre compréhension sont réunis dans un terme générique reconnu : Le paranormal.

Ce n’est pas le premier recueil publié sur des affaires possiblement paranormales, ce ne sera pas le dernier non plus. Ce sont des sujets qui pullulent en littérature. Au final, les histoires se ressemblent. Reste à savoir si on doit y croire. À ce propos, je ne peux que citer la réponse d’une question à laquelle l’auteur Joslan F. Keller répond très souvent : *L’important n’est pas de croire mais de chercher.* (extrait) Personnellement, j’aime à me replonger dans ce genre d’histoires qui me confortent à l’idée que nous ne sommes pas seuls, qu’il y a des mondes parallèles, des univers, des êtres dont les lois nous échappent.

Je suis intimement convaincu que nous sommes visités, que les autorités le savent et qu’elles gardent le secret sous peine de mort, de menaces et de harcèlement. On craint que la planète ne soit pas prête à connaître ce dont tout le monde se doute déjà et sombre dans la panique, ce qui est pour moi, le comble de l’absurdité. Nous ne sommes plus à l’époque d’Orson Wells qui a adapté LA GUERRE DES MONDES de H.G. Wells pour le réseau CBS, créant un vent de panique à travers les États-Unis.

Évidemment, c’est une question de convictions personnelles. Bien que les livres répertoriant des phénomènes et des affaires étranges se ressemblent, j’ai beaucoup apprécié l’approche de Keller dans son livre. Sa démarche d’historien de l’étrange reste humble et sa démarche d’une approche raisonnée et objective me semble très crédible.

J’aime aussi sa façon de dénoncer la désinformation. Cette approche particulière donne à son livre un cachet original. L’auteur nous invite à rester humbles face à ce qui nous dépasse. Aussi, évite-t-il soigneusement de verser dans le spectaculaire et de garder une démarche pragmatique, ne perdant pas de vue la recherche de la vérité.

C’était un très bon moment de lecture.

Joslan F. Keller est né aux deux tiers du siècle dernier. On sait très peu de choses sur lui, hormis qu’il a d’abord cherché sa voie dans le journalisme et la production de films. Aujourd’hui, il baigne dans le milieu des nouvelles technologies, travaillant le jour, écrivant la nuit.

Grand amateur de musique rock et de mystères irrésolus, Joslan F. Keller mène des enquêtes virtuelles sur le Net. Grand voyageur dans l’âme, il entreprend souvent des expéditions sur des sites historiques bien réels. En plus d’AFFAIRES ÉTRANGES, il est l’auteur de deux romans de la série jeunesse « Via Temporis » (éditions Scrinéo) ainsi que d’un ouvrage adultes « Les Dossiers Inexpliqués », toujours chez Scrinéo.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le samedi 21 novembre 2020

LE LIVREUR, de Marie-Sophie KESTEMAN

*Personne ne l’avait jamais vu. Plus mystérieux encore
était le fait qu’il œuvrait ainsi dans l’ombre depuis près
de trois-cents ans. La plupart des villageois expliquaient
son immortalité par ses origines célestes, puisque pour
beaucoup, il serait un ange chu du ciel qui, tombé
amoureux du patelin, vivrait parmi eux. *
(Extrait: LE LIVREUR, Marie-Sophie Kesteman, Éditions
Hélène Jacob, collection Mystère/Enquête, 2014. Édition
numérique, 210 pages

Au cœur de Silver Owl, depuis trois cents ans, une légende prospère, jalousement gardée. Le dimanche, au cœur des ténèbres, entre minuit et 10 heures, le Livreur opère. Et un mystérieux colis noir apparaît sur le chemin d’un des habitants. « Ce que vous désirez le plus au monde », voilà ce qu’il vous offre. Il ne se trompe jamais. Il ne demande rien en retour. Et personne ne l’a jamais vu. De lui, on ne connaît que sa légendaire signature. Une ombre fugace, la lueur dans l’obscurité ; il est le héros de chacun. Qui est-il ? Quel est son objectif ? Tant de questions demeurent sans réponses… Cependant, pour la première fois en trois cents ans, le Livreur a commis une erreur… Une erreur qui pourrait bien mener Mélie sur sa piste. Parviendra-t-elle à être plus rusée que son héros ? Fondez-vous avec elle dans les pas du Livreur, et plongez au cœur de ses secrets. Imaginez-vous dans la grande noirceur…après minuit…

AU PLAISIR DE TON BONHEUR
Le Livreur
*Après avoir, par le plus grand des hasards,
heurté le livreur cette nuit-là, j’ai pris
conscience de son plus gros défaut: il a une
fâcheuse tendance à s’assurer qu’il n’a commis
aucune erreur. *  
(Extrait)

LE LIVREUR est ce que j’appelle un roman d’attente : cabinet de médecin, autobus, quand on attend dans l’auto ou qu’on relaxe sur la plage. Certains appellent ce livre *roman de gare*. Donc vous voyez un peu le genre. Ce n’est pas un livre qui va bouleverser la littérature mais ça reste une lecture légère, agréable et rapide. L’histoire est fantaisiste et pourrait même titiller l’imagination du lectorat car après tout, le livreur n’est-il pas un marchand de bonheur.

Il livre chaque dimanche un petit colis à une personne sélectionnée et dans ce colis se trouve la réalisation d’un rêve. Alors, on peut s’imaginer facilement à la place de Mélie, l’héroïne de l’histoire qui espère ardemment la visite du livreur afin de réaliser un rêve très particulier…un peu fou même. Quelle ne fut pas sa surprise le jour où elle a reçu le fameux colis…vous aurez compris que l’histoire est prévisible.

C’est un roman très léger, victime de certains choix de l’auteure, Marie-Sophie Kesteman. Par exemple elle a choisi de faire connaître l’identité du livreur très tôt dans l’histoire, dans les premiers chapitres. C’est un choix qui fait changer le texte de direction et qui enlève beaucoup de saveur à l’ensemble de l’histoire. Tout est prévisible ou presque dans cette histoire surtout une amourette qui devient un grand amour entre Mélie et le livreur.

Le récit est un peu naïf. Par exemple, comment Mélie et son ami ont pu trouver aussi vite la maison du livreur qui œuvre au bonheur de ses semblables de père en fils depuis 300 ans, sans recherche, sans indice. Nos amis, savent que la maison est là…un peu d’effraction et voilà…le tour est joué. Je souligne aussi la naïveté de la relation entre les deux jeunes adultes héros du récit. On dirait des enfants.

La principale force du roman réside justement dans sa naïveté. Il ne se prend pas vraiment au sérieux et reste positif. Imaginez, un rêve réalisé pour chaque colis livré. Le problème, c’est qu’une fois Mélie bien installée dans sa relation avec le livreur, on entend plus parler de livraison. L’histoire est recentrée et se prépare à une finale plutôt intéressante malgré certains aspects discutables.

C’est une lecture intéressante, vivante, très légère, agréable. Malgré tout, elle ne m’a pas emballé parce que l’histoire est sous-exploitée et je dirais sous-alimentée. Je reproche souvent aux romans leur longueur. Ici, c’est le contraire. Le roman n’est pas assez long et omet des détails intéressants, sinon importants.

Il aurait été intéressant par exemple de connaître l’origine de cette étrange tradition du livreur, d’en savoir plus sur l’altruisme du fondateur, de comprendre les bases financières. Réaliser des rêves chaque dimanche pendant 300 ans suppose des dépenses colossales. D’ailleurs j’ai bien vu que le jeune livreur et celui qui passe pour son domestique appelé MOZART (en passant), ne regardent pas à la dépense.

Pour ce qui est des personnages, je dois dire que j’ai eu de la difficulté à m’y attacher. Ils manquent de profondeur et d’authenticité. Mais il y a quand même Mozart qui est un peu spécial et qui m’a fait sourire, consacrant ainsi un brin d’humour rafraîchissant. Comme vous voyez, il y a quand même du positif. L’ensemble aurait simplement besoin de retouches.

Donc pour résumer, je dirai que c’est un petit livre sympathique, agréable à lire. Son sujet est original, presque onirique qui donne à l’ensemble une allure de conte. L’auteure est avare de détails et de rebondissements, donc l’histoire se lit très vite. Il n’y a pas non plus beaucoup de place pour les rebondissements. Malgré tout, c’est une lecture positive et bonne pour le moral.

Au moment de publier mon article, Marie-Sophie Kesteman a 25 ans et réalise sa septième et dernière année de médecine à l’Université de Liège. Elle rédige elle-même une courte biographie sur un sympathique ton badin : * Étudiante, boute-en-train, éternelle optimiste, future médecin, auteure, Belge, Liégeoise, chroniqueuse, mais avant tout… rêveuse ! J’ai pour habitude de dire que les chaussures des rêveurs sont toujours usées, parce qu’ils passent plus de temps à regarder les étoiles qu’à regarder leurs pieds… Eh bien ! Sachez que je n’ai plus aucune paire de chaussures convenable ! Et c’est tant mieux ! Pourquoi j’ai décidé d’écrire ? Pour rendre possible l’impossible. Aussi, je vous invite à plonger avec moi au cœur de mes rêveries. Elles sont parfois un peu farfelues, mais peut-être en ressortirez-vous avec de la poussière d’étoiles plein les yeux. *

Bonne lecture
Claude Lambert
vendredi 6 novembre 2020

LE GLAIVE DE DIEU tome 1, livre de HERVÉ GAGNON

VENGEANCE

*Dès que Pierre eut disparu, il prit un chandelier
à sept branches qui trônait sur le grand buffet,
en alluma les bougies et le plaça à la fenêtre.
C’était le signal. Quelqu’un viendrait bientôt.
Il s’assit dans le salon et attendit. Sa tâche se
terminait et celle de son fils débutait. *
(Extrait LE GLAIVE DE DIEU, Hervé Gagnon,
Éditions Hurtubise 2013, édition de papier, 441 p.)

Montréal, 1886. Jeune professeur d’histoire, Pierre Moreau mène une existence simple et paisible jusqu’au jour où son futur beau-père l’entraîne dans une rencontre de francs-maçons. Il est alors loin de se douter que, depuis des siècles, une organisation secrète fonde de grands espoirs sur lui. Il se voit obligé d’entreprendre une quête capitale et mystérieuse, dont l’évocation seule fait trembler les hautes sphères de l’Église. À partir de ce moment, les menaces se multiplient sur son chemin, la mort frappe violemment autour de lui. Sa vie devient un cauchemar. Il apprend qu’il n’est pas celui qu’il croyait être. 

LE TEMPS FORT DES MAÇONS
*Grâce à eux, un jour, les traîtres tomberaient, roulés
dans la fange de leurs mensonges puis exposés au
regard des autres pour ce qu’ils étaient vraiment. La
réputation des innocents serait lavée dans la déchéance
des tyrans. La vengeance serait consommée.
(Extrait : LE GLAIVE DE DIEU)

LE GLAIVE DE DIEU est un thriller théologique qui fait pénétrer les lecteurs et lectrices dans l’univers hermétique de la franc-maçonnerie et des templiers. L’histoire est celle de Pierre Moreau un professeur d’histoire qui, un jour, est entraîné dans une rencontre de francs-maçons par son futur beau-père. Il y est reçu et fera connaissance avec quelques personnages célèbres dont Gédéon Ouimet, ancien premier ministre du Québec et Honoré Beaugrand, célèbre journaliste, écrivain et politicien pour ne nommer que ceux-là.

À partir du moment où Moreau est devenu franc-maçon, sa vie bascule violemment car il se retrouve au beau milieu d’une guerre entre deux factions qui veulent s’approprier L’ARGUMENTUM qui contient un secret susceptible de faire imploser l’Église Catholique. Un secret longtemps protégé par les templiers.

Autour de Moreau, les cadavres s’empilent, sa fiancée est enlevée, lui-même est traqué car on le soupçonne d’être porteur d’une clé menant à l’argumentum. Deux factions s’opposent très violemment pour en finir : Le gladius dei veut mettre la main sur l’argumentum pour le détruire afin de protéger l’Église Catholique et l’opus Magnum une créature des templiers, réactualisée par les Francs-Maçons qui veut récupérer l’argumentum pour le rendre public et discréditer définitivement l’Église.

Même Moreau est traqué je le rappelle. On tente de le tuer plus d’une fois. Les meurtres perpétrés dans cette histoire sont rituels et d’un haut degré de sadisme. Je vous avertis donc que certains passages pourraient vous soulever le cœur.

C’est un livre un peu tourne-page. Il est difficile d’en décrocher. Le ton est donné dès le départ et les évènements s’enchaînent rapidement, parfois imprévisibles, jusqu’à la finale qui m’a laissé pantois. On s’attache rapidement à Pierre Moreau car pour des raisons qu’il ignore complètement, sa vie devient un enfer et le lecteur se surprend presque à espérer fort que ça s’arrête car il me semble que ce qui est imposé à Moreau va bien au-delà de ses forces pris entre deux espèces de sectes qui ont plein de secrets à protéger, des signes pour se reconnaître, des réunions dans des endroits adaptés pour tout de sortes de rituels parfois absurdes, l’une qui s’acharne à détruire l’Église, l’autre qui s’acharne à la protéger, le tout dans un climat de violence sans nom.

Ce qui est un peu compliqué dans ce livre, c’est de séparer le vrai du faux. Heureusement, l’auteur a écrit une note à la fin de l’ouvrage, une annexe qui départage la fiction des faits historiques. Personnellement, je ne la trouve pas complète, mais elle touche tout de même l’essentiel. Dans son histoire, le trésor mettant en péril la survie de l’église est imaginaire. De plus, Hervé Gagnon précise :  *Les sources utilisées sont diverses et tiennent davantage de la théorie du complot que de la pratique historienne. * (extrait) Les personnages principaux sont imaginaires et évidemment la franc-maçonnerie existe et elle a même une longue histoire et il est vrai qu’elle a ses rituels.

Je me demande si l’hermétisme mentionné dans cette histoire est toutefois réel. C’est un des nombreux points que Gagnon ne précise pas dans sa note.C’est un bon livre, une histoire solide. Bien sûr, rien n’est réglé dans ce livre, il faut se référer à la suite pour connaître le sort de Pierre Moreau entre autres. L’auteur s’est arrangé pour donner le goût au lecteur de se diriger vers le tome 2 avec une finale assez singulière.

La première moitié du roman accuse des longueurs et le personnage principal qui est passablement brassé dans cette histoire fait un bon misérabiliste. J’ai pu facilement passer à côté de ces petits irritants car l’auteur m’a fait faire un très beau voyage dans le temps, l’espace, l’histoire par le biais d’une plume nerveuse et magnifiquement documentée. C’est un excellent roman.

Vivement le tome 2 dans lequel Pierre Moreau est résolu à découvrir l’argumentum.

Hervé Gagnon, né en 1963, a enseigné l’histoire et la muséologie dans diverses universités. Depuis 2000, il a écrit plusieurs romans pour la jeunesse, dont plusieurs ont été primés. Il est l’auteur de la très populaire série Le Talisman de Nergal.  La série Malefica, qui se penche sur les heures sombres de l’Inquisition et le sort des femmes guérisseuses, a paru chez Hugo Roman en 2014 et 2015. Il est également l’auteur de trois romans policiers ou l’enquête est menée par le journaliste Joseph Laflamme : parus aux éditions Libre Expression. (source)

LA SUITE

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 30 octobre 2020

ANNA CARITAS Les damnés, PATRICK ISABELLE

*Tout à coup ça me saisit. Les sueurs froides
dans mon dos. La sensation désagréable d’être
observé…un vertige bizarre que je m’explique
toujours aussi mal. Je scrute les estrades, le
parc. Je lance un regard derrière moi…*
(Extrait : ANNA CARITAS, Patrick Isabelle, Les
éditions les Malins, 2018. éd. papier, 380 pages.)

L’été tire à sa fin et William Walker s’apprête à entamer son secondaire III au collège Anna Caritas. S’il est impatient de retrouver ses amis, et surtout de revoir l’insondable Marianne Roberts, il ne sait pas encore que la rentrée scolaire lui réserve une surprise des plus macabres… Il se passe des choses étranges à Saint-Hector : quelqu’un ou quelque chose met la ville à feu et à sang. Ses amis Anthony et Gabrielle ont beau le supplier de ne pas s’en mêler, William a l’impression d’être au centre de ces événements terrifiants. Mais comment combattre le Mal quand celui-ci semble avoir une longueur d’avance ? Un mal qui se propage…

AU-DELÀ DU PIRE
*C’est dans ma tête, tout ça.
il faut que ce soit dans ma tête. *
(Extrait)

Anna Caritas est une histoire bien étoffée pour les jeunes lecteurs et lectrices. On y suit le destin du jeune William Walker, un adolescent qui vit à Saint-Hector. Un petit patelin qui a un passé lourd et sanglant et pour lequel s’annonce un avenir aussi meurtrier. William ressent très vite l’étrangeté des évènements dont Saint-Hector est le théâtre. Il sent également qu’il a quelque chose à voir avec tout ça.

Avec ses amis, William tente de comprendre d’autant que les morts semblent s’accumuler selon un certain rituel. William fera tout pour connaître la vérité, ne tenant plus compte des avertissements de ses amis Anthony et Gabrielle. William semblait irrésistiblement attiré dans une histoire qui le dépassait. Une chose est sûre : une force met la ville à feu et à sang.

Dès les premiers chapitres, l’auteur frappe fort : un incendie à Saint-Hector et pire encore : *Mes jambes flanchent et je me retrouve par terre. Dans la panique, j’essaie de reculer en faisant aller mes mains sur le plancher, mais je suis au pied du mur. Impossible de m’éloigner. Je voudrais crier mais je n’en suis pas capable. Ma tête tourne. J’ai mal au cœur. Monsieur Ben s’élance vers moi…-Oh…Mon Dieu…Devant nous, le corps inanimé du vieux Marcel est pendu au plafond par les pieds. Il se balance au ralenti de gauche à droite…* (Extrait)

La suite est un enchaînement de rebondissements et de revirements. Patrick Isabelle poursuit avec brio son histoire dans la lancée du tome précédent, le premier, intitulé LE SACRILÈGE et mélange dans son récit des touches de fantastiques, de sorcellerie et d’intrigues, le tout bien dosé pour les 13-16 ans. Les jeunes adultes y trouveront aussi leur compte car l’intrigue est captivante et l’atmosphère lourde…spécialement quand les jeunes s’aventurent dans les sous-sol sombres et mystérieux de Saint-Hector.

Il semble donc que le cycle de violence et de mort soit relancé à Saint Hector et c’est dans les couloirs inquiétants du sous-sol hectorien que William aura une grande partie de ses réponses mais ça lui coûtera très cher. Ici, Patrick Isabelle prépare le terrain pour une suite non-confirmée d’ANNA CARITAS avec une finale dramatique, un peu rapide et qui m’a laissé sur ma faim.

C’est normal s’il y a une suite me direz-vous mais j’aurais souhaité une finale mieux aboutie. J’ai quand même hâte de lire le tome 3 donc un peut dire mission accomplie pour Patrick Isabelle. En finissant LES DAMNÉS je laisse momentanément William, adolescent attachant et opiniâtre, prisonnier de son histoire et pas seulement…

J’ai trouvé cette histoire bien ficelée, le mystère bien entretenu et le rythme suffisamment élevé pour garder le lecteur alerte, entretenant un petit stress grisant issu de l’intensité des symboles véhiculés dans le récit. Je pense ici aux sociétés secrètes. Elles sont secrètes parce qu’elles ont quelque chose à cacher et le thème est développé avec emphase dans Anna Caritas. Il porte aussi à réfléchir sur l’utilité de telles confrérie.

Dans Anna Caritas, les jeunes lecteurs trouveront la part de frissons qu’ils recherchent habituellement. Le livre se lit assez bien de façon indépendante. Mais pour plus de plaisir et de compréhension, je recommande de lire d’abord le tome 1 LES SACRILÈGES dont l’origine de l’intrigue se trouve dans le fameux jeu Oui ja, cette célèbre planche alphanumérique censée permettre la communication avec les esprits. C’est prometteur.

Et pas d’erreur…le deuxième tome est à la hauteur…

Patrick Isabelle est un auteur québécois né à Montréal en 1980. C’est aussi un libraire heureux dans le milieu du livre. Il a travaillé chez Québec-Livres, Archambault et Renaud-Bray. Il a aussi travaillé en édition musicale. Il connait un succès intéressant avec entre autres sa série ANNA CARITAS et bien sûr son premier livre publié en 2014 : EUX un roman choc qui a contribué à donner aux jeunes le goût de la littérature d’horreur. On peut suivre la carrière de Patrick Isabelle sur www.patrickisabelle.com et sur Facebook : https://fr-ca.facebook.com/public/Patrick-Isabelle

Le livre dont j’ai parlé plus haut, LES DAMNÉS, est le deuxième de la série ANNA CARITAS. Toutefois sur la première de présentation du livre, il n’y a aucune mention *tome 2*. Même si, à la rigueur, le tome 2 peut se lire indépendamment du 1, je vous suggère de commencer par ANNA CARITAS LE SACRILÈGE. C’est ce que j’aurais fait si j’avais su…

Bonne lecture
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 25 octobre 2020