LES FABULEUSES TRIBULATIONS D’ARTHUR PEPPER

LES FABULEUSES TRIBULATIONS
D’ARTHUR PEPPER

Commentaire sur le livre de
PHAEDRA PATRICK

*…Où irait-il ensuite ? Où le mènerait le prochain
indice ? Arthur était trop las pour y réfléchir,
fatigué par le chaos qui régnait dans sa tête.
«un peu de répit par pitié…» , songea-t-il en
tournant un nouveau coin de rue.*
(Extrait : LES FABULEUSES TRIBULATIONS D’ARTHUR
PEPPER, Phaedra Patrick, édition originale : Mira
2015, Bragelonne 2016 pour la présente traduction.
édition numérique, 360 pages)

Un an après la mort de Miriam, Arthur consent enfin à se séparer des affaires de sa défunte épouse. Il découvre alors un bracelet qu’il n’avait jamais vu, et les breloques suspendues à ce bijou par d’épaisses mailles en or massif : Un éléphant, un tigre, une fleur, un livre, un cœur et j’en passe. Toutes ces breloques constituent autant d’énigmes qui lui donnent envie de mener l’enquête. Que sait-il vraiment de celle qui a partagé sa vie pendant plus de quarante ans ?  Sans s’y attendre, il ira au-devant de surprenantes révélations. Une histoire étonnante dont Arthur pourrait bien devenir le héros.

SURPRENANTE QUÊTE SUR LE PASSÉ
D’UNE DÉFUNTE
*En l’espace de quelques semaines, il était
passé du veuf pleurant son épouse défunte
à l’ancien époux qui remettait toute sa
vie en question…*
(Extrait : LES FABULEUSES TRIBULATIONS
D’ARTHUR PEPPER)

Cette histoire est relativement simple. Un an après la mort de sa femme, Arthur Pepper fait une découverte en fouillant dans ses affaires…une découvertes qui allait changer sa vie : *À ma grande surprise, j’ai découvert un bracelet en or caché dans l’une de ses bottes. Je ne l’avais jamais vu, ce bracelet. Il était décoré de nombreux charmes : un éléphant, un cœur, une fleur…* (Extrait). Arthur allait finir par apprendre que chaque charme a une signification particulière. Il n’avait plus qu’une idée en tête : découvrir l’origine de ce bijou et de chacun de ses ornements et tout savoir sur le passé de sa femme : *Je pensais que Miriam et moi n’avions aucun secret l’un pour l’autre et je découvre que je ne sais rien d’elle. Je suis confronté à tout ce…ce vide, et il faut vraiment que je le comble, quand bien même ce que j’apprendrai me laissera effondré*. (Extrait)

Voilà…ce livre est l’histoire d’une obsession et effectivement monsieur Pepper sera entraîné dans de nombreuses tribulations dont quelques-unes assez extraordinaires. Au départ, le titre est justifié. Je précise que cette obsession ne tourne pas à la folie, loin de là. Nous avons ici les aventures d’un homme sensible, affaibli par la solitude, qui adore ses deux enfants et qui va, dans son enquête, me faire passer par toute une gamme d’émotions. Il y a des moments drôles, tendres des fois plus dramatiques. Notre héros se rend tout simplement compte qu’il connaissait mal sa femme ou du moins son passé. Arthur va jusqu’à réaliser qu’il se connait mal lui-même.

Cette histoire est un peu développée à la manière d’un conte. Il y a une légère touche de fantastique, de l’improbable, de petites morales et des liens relativement faibles entre les aventures. C’est une faiblesse du tout : le fil conducteur est instable mais la plume fluide de Phaedra Patrick réussit à entraîner le lecteur dans les tribulations du héros qui va jusqu’au bout du monde pour satisfaire sa curiosité et à rendre ses principaux personnages attachants.

On est loin du chef d’œuvre. L’histoire manque de profondeur, les enchaînements sont faibles et j’ai trouvé la traduction légèrement douteuse. Toutefois, l’idée de base ne manque pas d’originalité car si l’auteur a négligé certains aspects dans la construction de son récit, elle s’est bien gardée de verser dans le mélodramatique et la fleur bleue. Elle a créé un personnage profondément humain mû par l’espoir et l’amour, inquiet de savoir s’il était à la hauteur de sa femme. Il y a quelque chose de doux dans ce récit, de léger : *Des oiseaux chantaient çà et là, et un papillon vulcain se posa même quelques instants sur son épaule. –Salut, toi ! Je suis venu me renseigner sur le passé de ma femme, lui dit-il, avant de lever la tête pour le regarder s’envoler.* (Extrait)

C’est léger et rapide à lire. Une aventure par breloque selon le principe de la chaîne d’évènements. Même avec des liens plutôt minces, ça entraîne le lecteur et le pousse à aller plus loin. Ça peut même pousser au questionnement. Par exemple, est-ce une bonne chose d’occulter complètement son passé à son conjoint ou sa conjointe. Comment définit-on la confiance dans ce cas?

Il est un peu difficile de rentrer dans l’histoire. Il y a des longueurs dès le début. C’est un peu tiré par les cheveux mais graduellement, le lecteur peut être poussé à l’empathie comme je l’ai été pour Arthur Pepper. C’est agréable comme lecture mais pas plus. Je suis resté un peu sur ma faim. Hé bien ami lecteur, amies lectrice, *la balle est dans votre camp*.

Phaedra Patrick est une auteure native du Royaume-Uni. Elle est diplômée en histoire de l’art et marketing. Son parcours atypique lui a fait endosser successivement les rôles d’artisan du vitrail, d’organisatrice de festivals de cinéma et de chargée de communication. Elle vit avec son mari et son fils non loin de Manchester. « Les fabuleuses tribulations d’Arthur Pepper » (The Curious Charms of Arthur Pepper, 2016) est son premier roman.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 21 juin 2020

LA VENGEANCE DE BAUDELAIRE

LA VENGEANCE DE BAUDELAIRE

Commentaire sur le livre de
BOB VAN LAERHOVEN

*Edmond(1) affirme, continua le peintre d’un air
soucieux, que l’assassin est fervent admirateur
de Baudelaire qui élimine quiconque a traité

injustement l’artiste de son vivant ou qui a tenu
des propos réprobateurs à son sujet.*

(Extrait : LA VENGEANCE DE BEAUDELAIRE, Bob Van
Laerhoven, Éditions Pratiko, tr. : Marie Hooghe, 2013,
édition numérique, 260 pages.)
(1) Fait référence à Edmond Huot de Goncourt, né à
Nancy le 26 mai 1822 et mort le 16 juillet 1896 dans
la maison d’Alphonse Daudet, écrivain français,
fondateur de l’Académie Goncourt qui décerne chaque
année le prix du même nom.

Paris, septembre 1870, la guerre fait rage. Les premiers obus tombent sur la ville assiégée. Le peuple meurt de faim tandis que l’aristocratie se réfugie dans l’orgie et le spiritisme. C’est dans cette atmosphère chaotique que Paul Lefèvre, énigmatique commissaire assidu des maisons closes parisiennes, et son ami, l’inspecteur Bernard Bouveroux, homme curieux et cultivé, auront à résoudre une série de crimes hors du commun. Toutes les victimes portent un message, sous forme de vers extraits du très controversé recueil Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire, mort trois ans auparavant.

À mesure que l’enquête progresse sur un chemin encombré de subterfuges et de mensonges, les masques tombent, un par un jusqu’à révéler un terrible secret au sein même de la famille Baudelaire. L’enquête conduit le commissaire Lefèvre sur la piste d’un complot ayant des ramifications jusqu’à la cour de Napoléon III. Et d’un secret au sein de la famille Baudelaire, aux lourdes conséquences.

LES FLEURS DU CRIME
Mais quand je rêvais, ma connaissance croissante des plantes
africaines qu’utilisent les féticheurs depuis des siècles
faisait de moi la fleur du mal, l’épouse de Satan qui
déchire le rideau trompeur du temple du monde.
(Extrait)

Ma lecture de LA VENGEANCE DE BAUDELAIRE suit de près ma relecture des FLEURS DU MAL. D’entrée de jeu, je dois dire que j’ai été aussi séduit par le titre et le quatrième de couverture que déçu par le contenu. Voyons d’abord ce que ça raconte : nous sommes à Paris en 1870. La capitale est ébranlée par la guerre franco-prussienne et comme si ce n’était pas suffisant, une série de meurtres horribles retient l’attention des parisiens. Sur chaque cadavre, on retrouve des vers du recueil de poèmes LES FLEURS DU MAL de Charles Baudelaire, décédé un peu plus tôt en 1867. L’enquête est confiée à Paul Lefèbvre et son collègue Bernard Bouveroux. L’enquête amène Les limiers sur la piste d’un complot mais surtout sur un secret soigneusement gardé par la famille Baudelaire.

Ce ne fut pas une lecture facile. Le fil conducteur est instable, les personnages mal définis, beaucoup de dialogues plus ou moins utiles. Je ne savais pas trop à quoi m’accrocher. Bien sûr on nous confirme par la voix d’un personnage-clé du roman, ce dont on se doutait déjà à propos de Charles Baudelaire : le caractère neurasthénique du poète et sa vie dissolue. Dans le récit, Baudelaire confie une vérité assez crue sur lui-même : *Vous avez devant vous le poète du mal…l’effrayante précision avec laquelle j’analyse l’âme mauvaise de l’homme ne m’empêche pas d’être dans la vie un brave imbécile qui se laisse marcher dessus par tout un chacun*. (Extrait)

Le secret de la famille Baudelaire. Voilà ce qui a retenu le plus mon attention. Je ne crois pas que c’était vraiment le but de l’auteur. D’autre part, je suis surpris que LA VENGEANCE DE BAUDELAIRE soit récipiendaire du prix HERCULE POIROT pour le meilleur roman à suspense, parce que le suspense, je ne l’ai pas senti. Pas de frissons. Pas de battements de cœur accélérés. Pas de hâte particulière à tourner les pages. J’avais l’impression que les excès de Baudelaire étaient plus importants que l’enquête elle-même qui soit dit en passant était dure à suivre à cause de trop nombreuses digressions. Pourtant le début était prometteur. J’ai été captivé dès le départ, catapulté sur la scène du premier crime et par la suite, ce fut une baisse constante du rythme jusqu’au dernier quart du volume.

C’est en effet dans le dernier quart que se trouvent les forces du récit. Il devient graduellement plus haletant, l’enquête se précise rapidement comme si l’auteur voulait rattraper un énorme terrain perdu. On comprend mieux la démarche des personnages principaux qui sont les enquêteurs Lefèbvre et Bouveroux et surtout, il y a la finale qui m’a laissé pantois même si je l’ai trouvé bâclée. Même si vous arrivez à suivre parfaitement la progression de l’enquête, il vous sera difficile de déterminer qui est le coupable des meurtres. Moi je n’y suis pas arrivé. On apprend à la dernière page qui est le maître du jeu et pour moi c’était simplement la personne la plus improbable.

On fera alors connaissance alors avec un personnage historique qui a l’escroquerie dans les gênes et dans le sang. Le mobile : lavez Baudelaire des insultes et des railleries qu’il a subies pendant toute sa vie. Je ne peux pas en dire plus évidemment, mais la lecture du dernier quart ma remis dans de bien meilleures dispositions envers l’auteur même si la finale est expédiée en ce sens que j’aurais souhaité plus de contenu sur le rôle et la qualité du mystérieux personnage.

Outre la présence de personnages disons exotiques susceptibles de raviver un peu l’intérêt du lecteur comme Simone Bourbier et ses particularités physiques, je pense aussi à Claire de lune que je vous laisse découvrir, le lecteur sera aux prises avec un enchevêtrement de dialogues qui négligent le fil conducteur et diminue l’intérêt pour l’enquête… Le choix vous appartient bien sûr. Moi j’ai été déçu. Je vous invite à lire mon commentaire sur LES FLEURS DU MAL de Charles Baudelaire. Cliquez ici.

Bob Van Laerhoven est un écrivain belge né le 8 août 1953 à Anvers. Il commence à écrire dès son jeune âge. Il n’aime pas entendre qu’il verse dans la science-fiction. Il préfère parler de sociale-fiction. Certaines de ses nouvelles ont été traduites en anglais, en français, en allemand, en espagnol et en slovène. En 1985, son premier roman voit le jour sous le titre Nachtspel (Jeu nocturne). On y découvre une aisance à aborder des sujets internationaux qui deviendra sa marque de commerce. Plusieurs des œuvres de fiction de Bob Van Laerhoven reflètent ses voyages en différentes parties du monde dont l’Afrique et le Moyen-Orient. Son œuvre est extrêmement variée : romans, récits de voyages, livres pour enfants, pièces de théâtre, biographies, recueils de poésie, essais, ouvrages de non fiction, lettres, chroniques et articles. Son roman La Vengeance de Baudelaire a remporté en 2007 le prix Hercule Poirot du meilleur roman flamand à suspense.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 31 mai 2020