Le procès, le livre de Franz Kafka

*Vous n’avez pas le droit de sortir. Vous êtes
arrêté. Et Pourquoi donc ? Demanda-t-il
ensuite… nous ne sommes pas ici pour vous
le dire. Retournez dans votre chambre et
attendez. La procédure est engagée.*

(Extrait : LE PROCÈS, Franz Kafka, présente
édition : Audible studios, 2014, durée d’écoute :
7 heures 51 minutes. Éd. or. t.f. : Gallimard 1933)

Le jour de son arrestation, K. ouvre la porte de sa chambre pour s’informer de son petit-déjeuner et amorce ainsi une dynamique du questionnement qui s’appuie, tout au long du roman, sur cette métaphore de la porte. Accusé d’une faute qu’il ignore par des juges qu’il ne voit jamais et conformément à des lois que personne ne peut lui enseigner, il va pousser un nombre ahurissant de portes pour tenter de démêler la situation.
À mesure que le procès prend de l’ampleur dans sa vie, chaque porte ouverte constitue une fermeture plus aliénante sur le monde de la procédure judiciaire, véritable source d’enfermement et de claustrophobie. L’instruction suit son cours sur environ un an durant lequel l’absence d’événements est vue uniquement à travers les yeux de K. Sa lucidité, dérisoire et inutile jusqu’à la fin, n’apporte aucun soulagement.

La satire qui questionne
*Il ne songea qu’à l’inutilité de sa résistance.
Il n’y avait rien de bien héroïque à résister
et à poser des difficultés aux deux messieurs
et à chercher en se défendant à jouir d’un
dernier semblant de vie*
(Extrait)

LE PROCÈS est un roman philosophique qui prend l’allure d’un conte, très noir, lourd et dérangeant. L’Histoire est celle de monsieur K, fondé de pouvoir dans une grande banque.  Un bon matin, monsieur K. est mis aux arrêts pour une raison obscure qui ne sera jamais définie. Notez qu’il n’est pas emprisonné. Il peut aller travailler mais la justice est en marche et le procès en cours. Pas de chef ni acte d’accusation. Le crime ne sera jamais précisé même s’il est déjà considéré coupable. K. fait de son mieux pour organiser sa défense mais il deviendra vite évident pour le lecteur que dès le moment où les agents l’arrêtent, K. perdra définitivement le contrôle de son destin.

Dans ce récit froid et tranchant, la justice est tournée en dérision. Même K. l’affronte avec quantité d’attitudes et de comportements absurdes. Tout le récit fait le procès. Et le procès n’est fait que de questions qui ne trouveront jamais de réponses. La défense de K. consiste à tenter d’excuser un acte non identifié qu’il ignore avoir commis. Ce n’est pas important. Il a simplement été désigné pour tomber dans les mailles de la justice. K. est perturbé. Il cherche des appuis mais ne trouve que froideur, indifférence, incompétence et vacuité. Un confident qui a l’expérience de la justice laisse même entendre à K. qu’aucun acquittement définitif n’est possible. K. sombre graduellement dans une solitude étouffante qui le pousse à lâcher prise.

Tout au long de la lecture de ce récit, j’ai été mal à l’aise. Pris d’une grande compassion pour K., je me suis surtout demandé où Kafka voulait en venir. Puis, j’ai fini par y voir une satire sociale, volontairement incohérente et qui pousse à la réflexion. Pour celle-ci, les éléments ne manquent pas. Le plus beau passage du récit à mon avis est celui où K., de passage dans une cathédrale qu’il faisait visiter à un de ces clients est interpelé par un prêtre qui lui raconte une fable susceptible de l’aider à comprendre sa situation et de préciser sa finalité. K. interprète les propos du prêtre froidement. Son cas est désespéré c’est tout. Là encore comme tous les autres personnages, le prêtre est obscur, imprécis, vague. Ce passage correspond d’ailleurs à LA PARABOLE DE LA LOI, actée dès le début du film d’Orson Welles.

UNE RÉFLEXION SUR LA SOCIÉTÉ ET LA LIBERTÉ

C’est un livre bizarre, dérangeant. Il nous questionne avec force sur le sens de la justice, la loi, la vérité et par la bande sur l’être humain et la société. J’y ai vu aussi une réflexion sur la solitude, la liberté. Est-ce que j’ai vraiment saisi tout ce que Kafka a essayé de faire passer dans son livre? Peut-être que oui, peut-être que non. On sait que LE PROCÈS n’était pas complété à la mort de Kafka. Il n’était même pas censé être publié. Mais on s’accorde à identifier l’esprit de Kafka au texte. Certains pensent même que ce texte aurait un petit caractère autobiographique.

Dans la lecture de ce livre, je me suis senti aux limites de l’onirisme me disant souvent c’est pas possible…c’est pas possible…c’est un cauchemar…impression confortée par une finale absolument dramatique, dérangeante…voire enrageante. Faut-il mourir pour lâcher prise? Partout dans le récit, l’absurde triomphe. J’ai compris qu’il ne faut pas chercher la logique dans cette histoire. Il faut simplement se questionner et chercher un sens ailleurs.

On ne peut pas vraiment juger ou critiquer un tel livre. Je me suis limité à mettre sur papier mon ressenti, gardant à l’esprit qu’il y aura autant d’interprétations que de lecteurs. Ce livre, qui ne devait même pas être publié je le rappelle, est devenu un grand classique incontournable de la littérature qui évoque beaucoup de tares dont la lourdeur, l’hypocrisie et l’avidité d’un système. Kafka voulait-il faire le procès de la justice elle-même.

À la fin du livre, je me suis senti démuni…mais je n’ai aucun regret.

Franz Kafka naît au sein d’une famille juive à Prague, alors sous la domination austro-hongroise le 3 juillet 1883. Son père, commerçant bourgeois autoritaire, lui inculque une éducation stricte. Il part faire ses études en Allemagne, où il sent naître en lui une passion pour la littérature. Il rédige le Procès, la Métamorphose (1915), une nouvelle fantastique, puis Lettre au père (1919). 

Atteint par la tuberculose, Kafka se sent à la merci d’un monde complexe et dangereux. Il cherche dans ses œuvres un moyen d’échapper à la domination et à la dépendance des autres. Il se décharge ainsi de ses angoisses profondes et représente souvent la cruauté du monde. Sa vie amoureuse se résume à un doute perpétuel et à des engagements jamais tenus. Il finit ses jours peu connu du public, le 3 juin 1924. Ses œuvres seront publiées à titre posthume et découvertes seulement au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

LE PROCÈS au cinéma

Photo extraite du film LE PROCÈS sorti en 1962, réalisé et scénarisé par Orson Welles avec Anthony Perkins dans le rôle de Joseph K. On le voit ci-haut, plaider sa cause. Dans la distribution, on retrouve également Romy Schneider, Jeanne Moreau, Orson Welles et Elsa Martinelli.

Sur Franz Kafka, je vous propose un article fort intéressant capté sur France-Culture.

Pour explorer la bibliographie de Kafka, cliquez ici.

BONNE ÉCOUTE
Claude Lambert
Le dimanche 16 mai 2021

 

LES PERLES NOIRES DE JACKIE O, Stéphane Carlier

«C’est un collier qui a appartenu à Jackie Kennedy.» «Pas elle? Personnellement? Oui…» «Dis donc c’est pas rien…Ils ne plaisantent pas avec ça à New-York,
tu peux en prendre pour vingt ans…»
(Extrait : livre audio : LES PERLES NOIRES DE JACKIE O. Stéphane Carlier. Éd. or. Le Cherche midi, 2016, 416 page version intégrale audio : Studio Audible, 2018, narratrice : Marie Lenoir)

Gaby, la soixantaine déprimée, est femme de ménage dans les beaux quartiers new-yorkais. Un matin, elle trouve par hasard la combinaison du coffre-fort d’un de ses employeurs, un vieux marchand d’art fortuné. Décidée à mettre la main sur son contenu – et notamment sur un collier ayant autrefois appartenu à Jackie Onassis -, elle imagine un plan particulièrement audacieux. Seulement, cambrioler un appartement huppé de l’Upper East Side, c’est un peu comme plier un drap sans se faire aider, ça demande un certain entraînement…

UNE MAGOUILLE EN HUMOUR
*hah…bah…ce n’est pas moi qui s’en plaindrai ! s’exclama
Irving avant de pousser un piaillement bizarre entre l’éclat
de rire et le croassement de corbeau…Cela dit, il faut que
je me dépêche de vieillir parce que je n’ai que 59 ans humhum !
aahh le menteur ! Frank savait très bien qu’il en avait 76 !
(Extrait)

C’est un petit roman drôle qui raconte une histoire abracadabrante. Voyons d’abord un peu le contenu. Voici l’histoire de Gabriella Navajo, elle se fait appeler Gaby. C’est une femme sans histoire qui travaille depuis une quinzaine d’années pour Irving Zukerman, un millionnaire excentrique et extraverti qui

a en particulier, une passion pour les beaux jeunes hommes bien faits, bien tournés…sexys. Un jour, elle décide qu’elle en a marre de sa vie de pauvresse, aidée en cela par la découverte, dans une corbeille à papier chez son employeur, d’une boulette de papier dont elle prend connaissance et qui contient rien de moins que la combinaison du coffre-fort d’Irving. Elle ouvre le coffre et y découvre cent-soixante mille dollars, 6 lingots d’or et…un collier magnifique composé de perles noires très rares.

Elle découvrira plus tard qu’il s’agit d’un collier hors de prix, ayant appartenu à Jackie Onassis. Elle imagine un plan extravagant pour voler le contenu du coffre et se fait aider pour cela d’une vieille connaissance qui ne brille pas par son honnêteté, Nando qui se fera aider à son tour par une équipe d’incapables. S’ensuit une chaîne d’évènements rocambolesques et loufoques.

Ce n’est pas un roman qui brille particulièrement par la qualité de son scénario ni par son originalité. Une bande de pattes folles qui tente un cambriolage accumulant gaffes et sottises…c’est loin d’être nouveau en littérature. Mais, hormis tous ces détails qui auraient une importance capitale dans un roman dramatique par exemple, ce livre ne m’a pas laissé de répit parce que j’ai ri beaucoup et je me suis attaché à des personnages sympathiques. Dans sa structure, cette histoire contient des éléments qui me rappellent les comédies d’erreur : beaucoup sont prévisibles mais il faut apprécier de quelle façon les choses se passent ainsi que la réaction des personnages.

À ce niveau, je dirais que la version audio donne un tout beaucoup plu désopilant grâce à la narration de Marie Lenoir qui rehausse magnifiquement le caractère hilarant du récit avec un registre vocal particulièrement bien travaillé pour chaque personnage. Étant donnés les clichés plutôt abondants dans l’histoire et l’incohérence que j’ai observée dans le scénario, la version audio est peut-être plus à conseiller vu la qualité de la narration.

Quelques passages sont particulièrement intéressants. Le long monologue de Serge Merceau (pas sûr de l’orthographe à cause de la version audio) par exemple, un ancien amant d’Irving, un passage simpliste, déclamé aux limites de la caricature, mais on ne peut faire autrement que d’en rire : *Cette époque gardera toujours pour moi l’odeur de la grande pièce où nous prenions nos repas…un mélange atroce de renfermé et de lait caillé…et le goût des testicules de bœuf qu’on me forçait à avaler dans l’espoir de me viriliser…comme rien n’y faisait, on m’envoya chez les curés pour détourner un garçon de ses pulsions homosexuelles, il fallait y penser…*

Ce petit extrait n’est qu’un aperçu du monologue. Oui, ça fait clicher, ça contribue à traîner l’histoire en longueur mais ça vous arrache un sourire, c’est obligé et ça ajoute aussi une petite touche d’émotion. Avec tout ça, est-ce que Gaby réussira à s’approprier la fortune de Zukerman. Faut voir.

Ce livre est loin d’être un chef d’œuvre. C’est un peu n’importe quoi. Mais ce récit m’a apporté quelque chose : de l’évasion, de la détente et du rire. C’est une histoire loufoque, volontairement tirée par les cheveux et comme c’est le cas dans les comédies d’erreur, la qualité du scénario n’est pas toujours une priorité.

Personnellement je crois qu’un tel enchaînement de gaffes et de catastrophes devrait être porté à l’écran. Avec une mise en scène soignée, ça pourrait être un film à se tordre les boyaux. En attendant, le lecteur bénéficie de la plume volatile de Stéphane Carlier et d’une narration irrésistible de Marie Lenoir.

STÉPHANE CARLIER

C’est par des chemins détournés que Stéphane Carlier est arrivé au roman. Hypokhâgne, études d’histoire et piges dans diverses rédactions parisiennes, avant d’entrer au ministère des Affaires étrangères qui l’affecte aux Etats-Unis, où il passe dix ans. Il y écrit Actrice, qu’il signe Antoine Jasper et envoie par la poste. Le livre, qui raconte le retour à l’écran d’une star du cinéma français tombée dans l’oubli, est salué par la critique. Encouragé par ce succès, Stéphane continue à écrire « des histoires avec des femmes à qui il arrive de belles choses » : Grand Amour, où l’héroïne prend la route pour aller retrouver en Auvergne un joueur de rugby qu’elle a vu dans un calendrier, et Les gens sont les gens, l’histoire d’une psychanalyste qui recueille un porcelet dans son appartement parisien. Après avoir passé trois ans en Inde, Stéphane s’est installé à Lisbonne en 2014. (lisez.com)

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 1er août 2020

LES VOYAGES DE GULLIVER, JONATHAN SWIFT

*Le roi…ordonnait souvent de m’apporter dans ma boîte et de me mettre sur la table de son cabinet. Alors il me commandait de tirer une de mes chaises hors de la boîte, et de m’asseoir de sorte que je fusse au niveau de son visage.*

LES VOYAGES DE GULLIVER est un roman satirique. D’abord censuré en première édition au cours de l’année 1726, il faudra attendre jusqu’en 1735 pour avoir l’édition complète. Vu les mœurs de l’époque, la censure était compréhensible car dans ce livre, beaucoup de passages laissent à penser que Swift se moquait éperdument des travers de la société de son époque. Gulliver a fait quatre voyages. Deux en particulier sont demeurés célèbres. Dans son premier voyage, il échoue sur une île étrange appelée Lilliput, peuplée de touts petits hommes mesurant moins de 15 centimètres et qui passent leur temps à faire la guerre. Son deuxième voyage l’amène chez les Brobdingnag, des géants à côté desquels c’est Gulliver qui faisait office de mini-nain. Dans les deux cas, Gulliver frôle la mort. Seules son intelligence et son imagination lui sauvent la vie. C’est une odyssée vraiment extraordinaire.

LE REFLET DE L’EXTRAVAGANCE
*«Il faut supposer d’abord, lui dis-je, que toutes nos maladies viennent de réplétion, d’où nos médecins concluent sensément que l’évacuation est nécessaire, soit par en haut, soit par en bas. Pour cela, ils font un choix d’herbes, de minéraux, de gommes, d’huiles, d’écailles, de sels, d’excréments, d’écorces d’arbre, de serpents, de crapauds, de grenouilles, d’araignées, de poissons, et de tout cela ils nous composent une liqueur d’une odeur et d’un goût abominable, qui soulève le cœur, qui fait horreur, qui révolte tous les sens. C’est cette liqueur que nos médecins nous ordonnent de boire…»*
(Extrait :LES VOYAGES DE GULLIVER)

Comme vous le savez, il m’arrive à l’occasion de développer une petite fringale pour la littérature classique. Inspiré par une adaptation cinématographique vue récemment à la télévision, j’ai choisi cette fois l’œuvre de Jonathan Swift : LES VOYAGES DE GULLIVER et ma foi, je fus autant surpris que fasciné par ce livre qui s’ajoute aux nombreux ouvrages victimes du cinéma. En effet, le septième art nous a habitué aux voyages de Gulliver dans le pays des géants, puis dans le pays des petits nains.

Mais dans les faits, Gulliver a fait quatre voyages : les deux plus connus : Lilliput, le pays des tout petits hommes, Brobdingnag, le pays des géants, Laputa, les Banibarbes et autres contrées et où on trouve entre autres une énorme île flottante et enfin, un pays étrange où Gulliver a fait la connaissance des Houyhnhnms, des chevaux qui parlent et qui pensent.

J’ai été séduit par le caractère extravagant de ce livre qui parodie les récits de voyages. D’abord, Gulliver a une femme et deux enfants. On sait qu’ils sont là parce qu’il les rejoint entre chaque voyage. Quand c’est le temps de partir, il les plante là et c’est tout, ivre de liberté, de grands espaces et de bizarreries il faut bien le dire. Par exemple, il découvre que Lilliput et Brobdingnag sont en guerre parce qu’ils ne s’entendent pas sur la façon de casser un œuf : par le petit bout ou par le gros bout.

Ça vous donne une idée du caractère profondément satirique du récit, caractère qui monte en crescendo jusqu’à une finale surprenante où j’ai réalisé que Swift avait tourné en dérision, parfois de façon cinglante les travers de sa bonne société anglaise. Je dois dire que ça concerne la société en général jusqu’à nos jours. Autrement dit, ce livre m’a semblé d’une incroyable actualité.

Plusieurs croient que LES VOYAGES DE GULLIVER est un conte pour enfant. Je peux maintenant affirmer que ce n’est pas le cas. C’est une idée qui a été entretenue par le cinéma. Au-delà du roman satirique, LES VOYAGES DE GULLIVER est un conte philosophique universel qui a traversé les âges sans vieillir, le récit du docteur Gulliver sur ses grandes aventures.

Ce livre a exercé sur moi une forte attraction, premièrement parce qu’au-delà de l’hommerie, il m’a mis le nez sur la bêtise et l’absurdité humaines et encore en utilisant un ton parfois caustique et deuxièmement, sa description des pays imaginaires est d’une remarquable beauté. Étrangement, le regard très critique qu’il jette sur la société ne m’a pas refroidi mais porte à réfléchir…réfléchir entre autres sur le caractère misanthrope et susceptible de l’être humain.

Il n’y a pas à se tromper. Si Swift critiquait sa bonne société anglaise des XVII et XVIIIe siècle, j’ai perçu son propos comme une critique de la société sans égard aux époques.

Malheureusement, une partie du contenu et l’esprit du livre ont été occultés voir ostracisés par le cinéma. Mais je considère maintenant ce livre comme un chef d’œuvre. Bien sûr, il faut composer avec le français chantonnant et tonique du XVIIe siècle avec des tournures de phrases qui nous paraissent étranges aujourd’hui mais qui étaient courantes à l’époque. C’est un texte écrit avec intelligence et clairvoyance en plus d’un humour souvent irrésistible.

Le texte est complété par l’extrait d’un pamphlet sur l’Irlande qui propose presque joyeusement de vendre les bébés de citoyens irlandais pauvres comme friandises à des citoyens plus fortunés, ce qui résoudrait les problèmes irlandais de famine et de surpeuplement. C’est d’un mauvais goût qui, dans les circonstances, force presque l’admiration. On sent que monsieur Swift avait des reproches à faire à ses contemporains.

Avec Swift, j’ai redécouvert le caractère atavique de la violence, de la guerre, de la soif de pouvoir et surtout l’étroitesse et l’hypocrisie politique. J’ai savouré ce livre qui est devenu pour moi un coup de cœur.

Jonathan Swift (1667-1745) est un écrivain, satiriste, pamphlétaire politique et poète anglo-irlandais né à Dublin. Il a exercé aussi plusieurs fonctions comme celle de clerc, doyen de la cathédrale Saint Patrick de Dublin et secrétaire de l’homme d’État Sir William Temple. Il est devenu célèbre avec la publication de son livre LES VOYAGES DE GULLIVER. Il a aussi publié plusieurs œuvres en utilisant des pseudonymes comme Lemuel Gulliver, entre autres.

Passionné d’écriture, il s’est rapidement spécialisé dans la prose satirique, écorchant au passage la culture de son temps avec ses pamphlets humoristiques en général et LE CONTE DU TONNEAU en particulier, œuvre majeure qui jette un regard très critique sur la stupidité de ses contemporains, ce qui déplaira singulièrement à ANNE, alors reine d’Écosse, d’Angleterre et d’Irlande. Enfin, il s’est signalé avec LA BATAILLE DES LIVRES qui défend WILLIAM TEMPLE dans la querelle des Anciens et des Modernes.

LES VOYAGES DE GULLIVER AU CINÉMA

Abstraction faite des films d’animation, il y a eu principalement quatre adaptations cinématographiques des Voyages de Gulliver : 1939, 1960, 1996 et 2010. Ma version préférée est celle de 1960 réalisée par Jack Sher avec l’excellent Kerwin Mathews dans le rôle du docteur Lemuel Gulliver. Les effets spéciaux ont été l’œuvre de Harry Harrihaussen à qui on doit de nombreux classiques du cinéma fantastique et de science-fiction comme LES SOUCOUPES VOLANTES ATTAQUENT, le SEPTIÈME VOYAGE DE SINBAD et plusieurs autres.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 3 mai 2020

LES AUTRES, C’EST TOUJOURS RIEN QUE DES SALES TYPES

Comme son nom l’indique, le psychorigide
A l’âme calcifiée, ou, au choix, le mental
Bronchiteux, la pneumonie ontologique,
Bref : le pneu à plat. Il manque d’air. Ce
Qui ne l’empêche pas d’être gonflant.

                                                                              **********************************

Des tas de gens meurent de la maladie,
Mais beaucoup commencent par en vivre.
(extraits de LES AUTRES, C’EST RIEN QUE
DES SALES TYPES. De Jacques A. Bertrand
Éditions Julliard, 2009)

commentaire sur le livre
De Jacques A. Bertrand

Dans ce petit recueil, Jacques Bertrand décrit et critique très librement notre société actuelle à travers 20 grandes catégories d’êtres humains, présentés comme des *sales types* parce qu’ils dérangent, agacent, déplacent de l’air, irritent, exaspèrent, énervent. On retrouve entre autres l’enthousiaste, le végétarien,  le psychorigide, l’agélaste (celui qui ne rit jamais) , le touriste, le con et l’imbécile heureux.

C’est un livre intéressant qui va au-delà de l’humour. En effet, le ton est carrément satirique. Je mentionne tout de suite que dans ce livre, les humains sont analysés voire psychanalysés par un Français. Il ne faudra donc pas s’étonner de lire un chapitre consacré au parisien, considéré lui aussi comme un sale type par l’auteur. Autre fait intéressant, tous les chapitres débutent par une allusion aux chiens, l’auteur

Dès le début de la lecture, j’ai senti que l’auteur s’amusait bien à décrire les humains, mais au-delà de l’amusement, Jacques Bertrand analyse la société en utilisant toute la richesse de la langue française pour mettre en perspective les travers de l’être humain. Si certains propos sont parfois acides, l’ensemble est drôle et amusant pouvant même pousser les lecteurs (qui n’ont pas peur de se moquer d’eux-mêmes) à se trouver une place dans une ou plusieurs catégories. considérant sans doute que l’humain et le chien sont intimement  liés. Par-delà son humour parfois grinçant, l’auteur nous laisse le choix de classer l’animal comme sale type version canine, sale chien ou…comme le dindon de la farce.

C’est un livre drôle mais pas vraiment méchant. Du moins pas à outrance. C’est d’abord une merveille d’exploitation linguistique. Pour terminer, mes petites questions satiriques à moi seraient…est-ce que l’auteur lui-même pourrait se reconnaître dans une ou plusieurs catégories de sales types et puis en fin de compte, qui pourrait ne pas être considéré comme un sale type???

Je crois que ça va vous plaire…

BONNE LECTURE
JAILU
DÉCEMBRE 2013

(En complément…)