LA CHAMBRE DES MERVEILLES, Julien Sandrel

VERSION AUDIO

*MERDE ! je crois que le dernier mot qui s’est formé dans ma tête concernant ce petit être, la chair de ma chair, que j’ai  bercé des milliers d’heures, avec lequel j’ai chanté des milliers d’heures, qui m’a procuré tant de rires, de fierté et de joie…le dernier mot que j’ai prononcé mentalement dans mes méninges rouillées, c’est bel et bien ce putain de mot de Cambronne…*

(Extrait : LA CHAMBRE DES MERVEILLES, Julien Sandrel, édition originale : Calmann-Lévy éditeur, papier, 272 pages. Édition audio : Calmann-Lévy, présentation Audiolib 2018, durée d’écoute : 5 heures 13, narratrice : Sophie Duez)

Parti fâché de la maison, Louis, 12 ans, est frappé par un camion. Le pronostic est sombre. Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis.  Désespérée, sa mère trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a dressé la liste de toutes ses « merveilles », les expériences qu’il aimerait vivre au cours de sa vie. Thelma prend une décision : ces merveilles, elle va les accomplir à sa place. Peut–être que ça l’aidera à revenir. Et si dans quatre semaines Louis doit mourir, à travers elle il aura vécu la vie dont il rêvait. Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante ans…

La vie qui bat
*J’ai sorti de mon sac le carnet de Louis. Je l’ai caressé.
L’ai serré sur mon cœur défoncé. J’ai tourné les pages
une à une. Lentement. Jusqu’à la dernière. J’ai lu ce que
mon fils me demandait de faire…la dernière page…les
dernières volontés…*
(Extrait)

C’est une belle histoire, mais je suis sorti de sa lecture un peu mitigé : Un adolescent de 12 ans, Louis, tombe dans un coma profond après avoir été renversé par un camion. Sa mère, Thelma, une femme d’entreprise plutôt carriériste tombe alors dans une profonde période d’introspection. Alors que son fils est profondément endormi, on dirait qu’elle se réveille et la situation de Louis est critique. L’espoir d’un réveil est pratiquement  inexistant.

Les médecins lui donnent un mois avant d’être débranché des appareils qui le maintiennent en vie. Un matin, alors que Thelma fouillait et errait sans but dans la chambre de Louis, elle découvre sous son matelas un carnet. Dans ce carnet étaient consignés des rêves, des exploits que Louis souhaitait réaliser, des défis qu’il souhait relever, le carnet des merveilles :

*Ce carnet était un concentré de futur, ce carnet était rempli d’expériences que Louis rêvait de vivre, de promesses, de joies…ce carnet était une promesse de vie. Le mode opératoire…j’allais partir à la rencontre   des rêves de mon fils. * (Extrait) Ces défis devaient être relevés dans deux pays aimés du fils : Le Japon et la Hongrie.

Ces défis n’étaient pas simples : *…faire une razzia de cartes ultra rares au Pokemon center d’Izzoboukouro…me faire tatouer par Tomo Tomo le tatoueur des stars…appuyer sur tous les boutons des toilettes japonaises…* (Extrait) Et par la bande… : *J’ose…toucher les seins de madame Ernest, monter dans un taxi et hurler SUIVEZ CETTE VOITURE, me foutre à poil dans la classe de madame Groupiron…* (Extrait)

Voilà l’idée de base du récit. Convaincue que dans son coma, Louis pouvait ressentir et entendre, Thelma se fit forte, avec l’aide de sa mère, la mamie de Louis, de relever les défis du carnet des merveilles pour inciter Louis à s’accrocher, à vivre. Consciente d’avoir négligé son fils au profit de sa vie professionnelle, Thelma allait à son tour s’accrocher à une motivation qui, seule, allait dorénavant compter :

*Mais j’avais pris conscience un peu tard que mon unique priorité, mon amour, mon fardeau, ma douleur, ma joie, mon espoir, ma vie restaient Louis. * (Extrait)

Parce que la situation qui sous-tend le récit est extrêmement dramatique, on trouve beaucoup de passages émouvants, tendres et profonds. J’y ai trouvé un peu de légèreté…trop peut-être. Il y avait de l’humour, et ça ne peut être autrement, spécialement quand il y a un ado dans le décor mais je le trouvais parfois déplacé.

Je sentais que les mères avaient beaucoup de plaisir mais qu’on oubliait l’essentiel. J’ai senti un peu de redondance dans le texte et un peu d’errance aussi. Il m’a semblé que le texte était développé un peu à la façon de ces histoires qui évoquent le développement de la personnalité et leur petit côté moralisateur. L’éveil et la conscience de son moi…pas capable.

Ça donne à l’ensemble un côté naïf et souvent invraisemblable et c’est sans compter la finale qui est tout à fait prévisible. J’ai compris ce qui arriverait dès l’ouverture du carnet des merveilles. Donc assez tôt.

Si LA CHAMBRE DES MERVEILLES est un bon livre, il est loin d’être inoubliable. Toutefois, je n’ai pas regretté sa lecture et je la recommande pour plusieurs raisons. D’abord, c’est une première expérience littéraire pour Julien Sandrel. Il y a mis du cœur et de l’originalité. En effet, je me vois mal relevé moi-même les défis de mon fils adolescent…je serais un peu mal pris. Ensuite, Sandrel a donné à quelques reprises la parole à Louis, perché dans un monde parallèle à écouter, en attendant son heure peut-être… :

*Maman s’est marrée à tourner les pages et à faire ce qui est écrit dans mon carnet. Elle arrive toujours à me faire exploser de rire, à me remonter le moral quand elle me raconte ses aventures. Je suis sûr que c’est bon pour moi de me remuer en toute immobilité* (Extrait)

Terriblement attachant le bonhomme. C’est lui en fait qui m’a gardé dans l’histoire. Enfin, le titre LA CHAMBRE DES MERVEILLES est une trouvaille dont on ne peut connaître vraiment toute la portée qu’à la fin du récit. Ça peut-être la chambre de Louis ou peut-être aussi sa chambre d’hôpital ou encore ce qui se passe dans la tête de Louis, un puits d’amour, d’émotions et d’imagination et c’est sûrement ce qui enrichit LA CHAMBRE DES MERVEILLES…je ne peux en dire plus.

Malgré les irritants, j’ai passé un beau moment de lecture et je crois que c’est ce qui vous attend.

À gauche, l’auteur JULIEN SENDREL. Il n’a rien de moins que réaliser un vieux rêve en écrivant son tout premier roman, maintenant connu à l’échelle planétaire : LA CHAMBRE DES MERVEILLES. Il vit actuellement à Paris. Peu d’informations filtrent sur ses projets futurs.

À droite, c’est à SOPHIE DUEZ qu’Audiolib a confié la narration de la CHAMBRE DES MERVEILLES. Après des études littéraires, Sophie Duez débute sa carrière au cinéma dans le film Marche à l’ombre de Michel Blanc. Elle alterne ensuite les tournages (Quai numéro 1) et le théâtre (Ruy Blas, Les monologues du vagin). Depuis 2017, mène de front ses activités de comédienne et de conseil en ingénierie culturelle. LA CHAMBRE DES MERVEILLES est son premier livre audio.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 15 mai 2022

LA SÉRIE DE CONTES DE VALÉRIE BONENFANT

*D’accord, d’accord, je vais raconter
l’histoire de loin…De toute façon,
cela ne sert à rien que je m’approche,
l’action va venir du ciel…*
(Extrait : LE CHIEN ET L’EXTRA-TERRESTRE
19e conte de Valérie Bonenfant, éditrice : Valérie
Bonenfant/BoD-Books, 2016, Illustrateur :
François Nasica, couleur, 32 pages)

Un chien est en train de garder son jardin quand soudain débarque du ciel un drôle d’engin, plat avec plein de lumières clignotantes… À l’intérieur un drôle d’occupant. Drôle? C’est un des mots clés de ce conte où avoir peur n’a jamais créé autant de secousses… de rires! Un conte mis en images par l’artiste François Nasica, qui puise son inspiration dans l’art urbain et la figuration narrative. Des images colorées, pétillantes et joyeuses, qui vont régaler les yeux des jeunes lecteurs de six ans et plus curieux de voir ce que donnerait une rencontre  improbable entre un chien et un extraterrestre

LA  DOUCEUR DU RÊVE ET DE L’ÉMOTION
*Baroud n’était pas un accordéon comme les autres. Quand il jouait, il ne produisait pas des notes de musique, mais des fleurs… Celles-ci sortaient de son soufflet, dès qu’il s’ouvrait …Il jouait un morceau, et aussitôt, le parterre se couvrait de fleurs. *
(Extrait : BAROUD L’ACCORDÉON, numéro 20 de la collection de Valérie Bonenfant,
illustrations : Fanny Roques, éd. Valérie Bonenfant, 2017)

Depuis 2015, Valérie Bonenfant réalise un vieux rêve : créer des contes ajustés à des circonstances précises de la vie de l’enfant ou à ses traits de caractère ou tout simplement à son imaginaire. Le petit ouvrage que j’ai lu est un conte inachevé. Mais j’ai réalisé qu’il pouvait appartenir à l’enfant de trouver lui-même une finale qui l’amuse ou qui lui convient évidemment.

Ce conte inachevé m’a amené inévitablement sur le site internet de Valérie Bonenfant et honnêtement, j’ai pu mesurer toute l’étendue de son talent, réalisant que s’adresser à un enfant, aiguiser sa curiosité, stimuler sa capacité d’émerveillement et faciliter son apprentissage est un art qui n’est pas donné à tout le monde. Allez voir son parcours en bas. Il y a de l’amour là-dedans.

Le souhait de Valérie Bonenfant est *de proposer de beaux ouvrages, réalisés à la manière de livres d’artistes, mais aussi de petits formats à emmener partout pour rêver, imaginer, sourire, s’étonner, s’amuser, avoir envie de créer…* (Valérie Bonenfant)

Chaque livre de la collection « Les contes de Valérie Bonenfant » est particulier, porteur d’une esthétique qui lui est propre, empreint des idées et de la personnalité de l’illustrateur.

Les enfants, en symbiose avec le rêve et la réalité ont la possibilité de fusionner leur imaginaire avec celui de l’auteur grâce à des ouvrages brefs, bien ventilés, vraiment bien écrits. Enfin les textes sont magnifiquement mis en valeur par des illustrateurs de talents. Je crois que les petits apprécieront ces petits contes couvrant tous les aspects de la vie.

Suggestion de lecture : LES CONTES DES 1001 NUITS

Je suis née le jour de Noël 1965 et j’habite dans le sud de la France. Mariée et mère de trois enfants, j’écris des histoires depuis l’âge de 6 ans. Enfant, je rêvais de devenir écrivain, mais mes études m’ont finalement poussée vers les sciences. En 1988, j’ai obtenu un diplôme d’ingénieur spécialisé dans l’énergie et l’environnement. Dans la vie professionnelle, je suis responsable de projets liés à l’innovation urbaine.

Passionnée d’art, je fréquente les galeries d’expositions et je peins la vie à travers la réalisation de portraits de personnes. Je suis aussi très proche de la nature auprès de laquelle je vais me ressourcer très souvent. En 2003, j’ai décidé de renouer avec mon enfance, et de retrouver mon univers de rêves, de poésie et de tendresse. Écrire des contes, c’est pour moi quelque chose de spontané.

Des feuilles blanches, un stylo et j’écris ce qui se présente, librement, sans jugement ni contrainte. Le résultat est souvent étonnant pour moi, mais c’est une expérience toujours très agréable, une vraie impression de liberté, une parenthèse volée dans un quotidien par ailleurs bien rempli. (Site internet de l’auteure) à visiter absolument)

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 7 novembre 2021

LE PETIT PRINCE le roman du film, adaptation de

VANESSA RUBBIO-BARREAU

*Il était une fois un petit prince
qui habitait une planète à peine
plus grande que lui, et qui avait
besoin d’un ami…*
(Extrait : LE PETIT PRINCE, le roman
du film, adapté par Vanessa
Rubbio-Barreau, Gallimard-jeunesse
2015, édition de papier, 80 pages)

Alors qu’une petite fille et sa maman emménagent dans leur nouvelle maison, elles découvrent avec stupeur l’existence d’un voisin étrange. Un vieux monsieur, aviateur et doux rêveur qui excelle dans l’art de raconter des histoires. La petite fille est captivée par celle d’un petit prince venu d’une autre planète…Alors, nous pénétrons donvc dans l’univers envoûtant et coloré du PETIT PRINCE. Il ne s’agit pas du livre de Saint-Expupéry mais bien du film d’animation inspiré du roman…une belle amitié entre une petite fille et un aviateur mise en mots et en images pour les 7 à 10 ans.

LE PETIT PRINCE QUI VOULAIT UN MOUTON…
*L’aviateur avait tant de choses à me
montrer, de choses à raconter! Nous
passions des heures entières à jouer,
à rêver, à rire…je pouvais lui parler
de tout.
(Extrait : LE PETIT PRINCE, le roman du film)

LE PETIT PRINCE, LE ROMAN DU FILM est ce que l’on appelle une novellisation, c’est-à-dire un roman tiré d’un film, d’un dessin animé ou d’une bande dessinée. Le roman du film LE PETIT PRINCE a été réalisé par une auteure et novellisatrice passée maître dans son art Vanessa Rubio-Barreau.

C’est une belle histoire, celle d’une petite fille coincée entre les ambitions de sa maman pour elle et une amitié émergente avec un vieux monsieur, aviateur, doux rêveur, particulièrement habile pour raconter de belles histoires.

Pour sa petite voisine, il choisit de l’histoire d’un petit prince venu d’une autre planète toute petite…un petit prince responsable d’une rose et venu transmettre le secret du bonheur, la joie de vivre et l’irremplaçable valeur de l’amitié.

J’ai trouvé ce petit livre émouvant. Ce n’est pas nécessairement facile de lire un livre avec les yeux d’un enfant de 7 ans mais j’ai vite compris que ce livre est accessible aux enfants, beaucoup plus que l’original de Saint-Exupéry. Et le plus beau est que Vanessa Rubio-Barreau a conservé toute la magie du film et a su mettre en valeur la douceur, la chaleur et la poésie de l’œuvre originale.

Ce petit livre, éclairé et bien écrit, non seulement transmet de très belles valeurs, mais il est aussi porteur d’une intéressante réflexion sur un certain équilibre à installer entre l’ambition des parents pour leurs enfants et la découverte par ceux-ci des valeurs positives de la vie avec une bonne place pour la créativité et l’entretien d’une magnifique qualité qu’ont les enfants : la faculté d’émerveillement.

Le vieil aviateur vient nous rappeler qu’il peut-être vain de trouver à tout prix le succès et la réussite si on est pour grandir dans une maison sans âme où il n’y a pas de place pour la magie, la créativité, l’imagination sans oublier les échanges et le dialogue.

C’est un petit livre adorable. Je me vois très bien raconter cette belle histoire à un enfant tout comme je vois très bien un enfant de 7 à 9 ans en entreprendre seul la lecture et l’exploration. Ça pourrait le faire sourire, le faire rêver un peu et il pourrait être fasciné par les magnifiques illustrations.

LE PETIT PRINCE, LE ROMAN DU FILM est un autre exemple de la vigueur de la littérature-jeunesse dans la francophonie. La présentation est superbe, les illustrations magnifiques. Le livre comprend des petits chapitres courts. Son écriture est fluide et présentée en grosse lettres et j’ai trouvé sa finale géniale et d’une magnifique limpidité pour les jeunes esprits.

Une petite remarque en terminant : même si LE PETIT PRINCE a 70 ans (première parution en France en 1946), l’œuvre de Saint-Exupéry n’a pas vieilli.

Le petit personnage reste intemporel et continue de fasciner les grands et les petits à cause des thèmes profonds qu’il développe tout en douceur en respectant le rythme des petits : l’amitié, la solitude, l’obéissance, et le passage à l’âge adulte entre autres.

Vanessa Rubbio-Barreau est une auteure, traductrice et novellisatrice française. Elle se consacre essentiellement à la littérature jeunesse. Elle a travaillé comme assistante d’édition et enseignante. Vous pouvez suivre son parcours en visitant son site internet et en la visitant sur Facebook. Elle traduit pour éditions Mango, Gallimard, Pocket, Hachette, Bayard Jeunesse…

Le Petit Prince est un film d’animation français réalisé par Mark Osborne et sorti en 2015. Il est adapté du livre éponyme d’Antoine de Saint-Exupéry. Ce film combine les images de synthèse et l’animation en volume.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 13 mai 2018