HISTOIRES À LIRE AVANT LA FIN DU MONDE

Commentaire sur le recueil de
PAUSE-NOUVELLE

*Et puis, nous allons certainement assister à des scènes horribles…les gens vont céder à la panique, et qui sait de quoi ils seront capables alors. De brèves images de déchaînements de brutalité et de décors chaotiques me traversent l’esprit et un frisson
me parcourt l’échine.
(Extrait : HISTOIRES À LIRE AVANT LA FIN DU MONDE, collectif, L’Anthologiste éditeur, 2012, numérique, 80p)

Cette anthologie est exclusivement consacrée à la fin du monde, histoire de coller un peu à l’actualité. En effet, d’après plusieurs exégètes, notre destruction est imminente. 10 auteurs vous présentent leur vision de l’Apocalypse. Interventions divines, guerres nucléaires et autres cataclysmes sont au rendez-vous. Et la plupart ne laissent pas beaucoup de place à l’espoir. Alors que faire lorsque l’on est condamné ? Certains en profitent pour renouer des liens, d’autres pour régler leurs comptes. Entre destructions massives et dénouements cocasses, découvrez ces histoires à lire avant la fin du monde.

LES NOUVELLES

  • NÉMÉSIS ET TARTE AU RIZ de Frédéric Muller. 15 minutes
  • AU TABLEAU d’Alain Kotsov. 5 minutes
  • MÊME PAS REPU de Raphaël Deux-Ailes. 10 minutes
  • OZOPOLY de Daniel Bruet. 15 minutes
  • BYE BYE BABY de Josepha Alberti. 10 minutes
  • DISPARITIONS de Stéphane Chamak. 10 minutes
  • UNE MAUVAISE MIGRAINE d’Aurélien Poilleaux. 15 minutes
  • ERREURS DE GENÈSE d’Emmanuelle Cart-Tanner. 10 minutes
  • PUNURRUNHA de Michael Chosson, 20 minutes
  • VU DE LÀ de Stéphane Schler. 10 minutes

100% catastrophe
*La bande grandit à vue d’œil au cours des minutes
qui suivent, une barrière poussiéreuse, un rouleau
charriant cendres et fragments de vie réduits en
poudre. Un rouleau poussé en avant, inépuisable.
Sans échappatoire.
(Extrait)

La fin du monde est sans doute le sujet véhiculant le plus de discussions, d’émotions, de prédictions et d’exégèses à travers le monde. Tout le monde y pense tôt ou tard. Il ne faut pas se surprendre que le sujet soit extrêmement répandu en littérature même si la prédiction la plus étoffée du XXIe siècle, celle de décembre 2012 a été balayée, comme toutes les autres d’ailleurs.

Pourtant, tout le monde semble unanime, il y aura une fin. Nombre d’auteurs continuent d’exploiter ce que j’appelle un filon en littérature sauf qu’ici, les auteurs réunis dans ce cinquième tome de PAUSE-NOUVELLES couchent surtout leurs émotions sur le papier. La catastrophe vient après. Si je savais la fin du monde imminente, je ne suis pas sûr que je choisirais ce livre pour me remonter le moral. Voici un bref survol des sous-thèmes traités.

Némésis et tarte au riz de Frédéric Muller : Une météorite va pulvériser la Terre. Privée d’espoir et au bord de la destruction, l’espèce humaine se révèle dans ses aspects les plus misérables.
Au tableau ! d’Alain Kotsov : Julius est interrogé par la maîtresse. Il doit citer le nom des villes détruites au cours de l’histoire …la liste est interminable.
Même pas repu ! de Raphaël Deux-Ailes : Tous les mots qui ne sont pas autorisés par le Syndicat du langage sont interdits. Un auteur attend impatiemment une livraison de nouveaux mots
Ozopoly de Daniel Bruet : Pendant une partie d’Ozopoly, le pollumètre se met en alerte 4.
Bye bye, baby de Josepha Alberti : Quelques jours avant la fin, un étudiant traverse New-York pour empêcher sa sœur de commettre l’irréparable.

Disparitions de Stéphane Chamak : Des êtres humains se mettent à disparaître, Des centaines d’abord puis des milliers et des millions…
Une mauvaise migraine d’Aurélien Poilleaux : des policiers tentent de faire craquer un jeune homme porteur d’un lourd secret.

Erreurs de Genèse d’Emmanuelle Cart-Tanneur : Dieu aurait fait des erreurs dans sa conception du monde. Il a été long avant de créer les océans. Un ingrédient manquait.
Punurrunha de Michael Chosson : Les hauteurs ne te mettront pas à l’abri. Le monde s’embrase.
Vu de là de Stéphane Schler : La fin vue de l’espace.

Comme c’est le cas pour la plupart des recueils, j’ai composé dans celui-ci avec des hauts et des bas, des sujets qui défilent en dents-de-scies. L’ensemble est très varié quant à la longueur des textes, leur sujet et aussi leur sens. Car je dois bien le dire, j’ai eu un peu de difficulté à saisir le sens de certaines nouvelles.

C’est le genre d’observation qui laisse à penser qu’il pourrait y avoir autant de perceptions que de lecteurs. Je note dans l’ensemble qu’il y a de l’originalité dans les récits, que je n’ai pas trop eu l’impression de déjà lu ou de déjà-vu. Je me suis attardé à certains textes comme DISPARITION question de donner à l’humour noir une petite place.

Et puis j’ai déjà imaginé en rêve ce genre de disparition mais moi ça concernait l’évaporation de tout ce que la planète comptait de tueurs, de violeurs et autres…mais l’auteur, Stéphane Chamak a eu une autre idée…pas mauvaise je dirais. Ma nouvelle préférée est ERREURS DE GÉNÈSE qui présente un Dieu plutôt étourdi qui cherche l’ingrédient final à ajouter pour compléter la création des océans. Drôle et bien imaginée.

Il y a plus de pour que de contre. J’ai apprécié ce livre. Certains textes viendront vous chercher, comme moi. Ils offrent tous matière à réflexion. Autre point en commun, aucun ne dédramatise la Fin du Monde, aucun ne fait de prédictions, plusieurs évoquent la folie des hommes, d’autres l’acte de Dieu.  C’est un peu noir mais la Fin du Monde prête rarement à la fête. Je vous invite à lire ce recueil, ne serait-ce que pour apprécier de très bonnes idées mises de l’avant par des auteurs prometteurs.

***************

Avec PAUSE-NOUVELLE, vous sautez d’un univers à un autre, plongez dans d’improbables situations, rencontrez des personnages hilarants, touchants, machiavéliques ou simplement malchanceux. Vous pouvez les suivre dans leurs aventures les plus rocambolesques, les plus romantiques ou les plus sombres. Les volumes sont publiés par thème, toutefois, l’intégrale des 80 nouvelles est maintenant disponible au rayon numérique. Si vous préférez par thèmes, voici quelques suggestions :

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 19 juin 2021

Le projet Bradbury – recueil de nouvelles de Neil Jomunsi

Lors d’une conférence prononcée en 2011, Ray Bradbury (photo à droite) disait :
*Écrire un roman, c’est compliqué: vous pouvez passer un an, peut-être plus, sur quelque chose qui au final, sera raté. Écrivez des histoires courtes, une par semaine. Ainsi vous apprendrez votre métier d’écrivain. Au bout d’un an, vous aurez la joie d’avoir accompli quelque chose: vous aurez entre les mains 52 histoires courtes. Et je vous mets au défi d’en écrire 52 mauvaises. C’est impossible. *

   

Neil Jomunsi a relevé le défi. (LE PROJET BRADBURY tome 1. Neil Jomunsi, page42.org 2012)

Le Projet Bradbury est autant un défi littéraire qu’un hommage : en souvenir du grand auteur américain Ray Bradbury, auteur notamment des Chroniques Martiennes et de Fahrenheit 451 et qui conseillait aux écrivains en herbe d’écrire une nouvelle par semaine pendant un an, Neil Jomunsi s’est lancé le défi de prendre son mentor au mot et de relever le défi.

                                                               LES TITRES :

                                                               -Nouveau message
                                                               -Onkalo
                                                               -Le dernier invité
                                                               -Kukulkan
                                                               -Le grand-Ozirus
                                                               -Aurélia sur la terre
                                                               -Celsius 233
                                                               -Face à l’étoile
                                                               -Kindergarten
                                                               -La dernière guerre
                                                               -Antichrist Understar
                                                               -Touristes
                                                               -Page blanche

Un exercice-hommage
*…Le projet Bradbury est aussi un hommage au grand
écrivain américain Ray Bradbury…dont Neil est un
inconditionnel invétéré. L’histoire retiendra certains
de ses brillants textes comme
FAHRENHEIT 451 ou
LES CHRONIQUES MARTIENNES, mais aussi ses
nombreuses nouvelles… nimbées de mélancolie,
d’étrange et de merveilleux*
(extrait de la présentation)

Tout ce qui touche Ray Bradbury m’intéresse. Il est un de mes auteurs préférés et son chef-d’œuvre FARENHEIT 451 est une de mes meilleures lectures à vie. Ça ne m’étonnerait pas que neil Jomunsi ait le même sentiment. Faut-il s’étonner que sa nouvelle CELSIUS 233 qui est une de mes préférées dans le recueil PROJET BRADBURY 1 soit une dystopie qui raconte l’histoire d’un agent secret au service d’un système totalitaire, tyrannique et fortemenf intrusif. L’agent tombera en disgrâce tout le système se retournant contre lui. Faut-il s’étonner que 451 degrés Fahrenheit convertis en degrés Celsius donne 232,778 degrés ?

J’ai été impressionné par l’acharnement qu’a mis Jomunsi à relever le défi de Ray Bradbury. Écrire une nouvelle par semaine pendant 52 semaines ne doit pas être facile compte tenu des exigences d’un tel exercice : Assurer un démarrage attractif, maintenir la qualité des textes et la constance des intrigues, varier les genres et j’en passe. Je crois que le défi a été relevé avec brio et l’auteur peut dire Mission Accomplie.

Avec CELSIUS 233 dont j’ai parlé plus haut, la nouvelle que je préfère dans le recueil de Jomunsi s’intitule LE GRAND-HOZIRUS. L’histoire d’une espèce de gourou qui a étendu son influence dans le monde entier. Un prétendu chef spirituel qui est vénéré de façon grotesque est avilissante, ce qui donne à l’histoire un côté caricatural intéressant : *Tout s’est bien passé, Ô Grand Soleil ? * *Je ne suis pas digne de respirer le même air que vous, Ô Magnifique Calculateur du Monde. *
*Selon votre convenance, Inimitable Splendeur Solaire…* *…si cela plait à son Auguste Char Céleste. *
(Extrait) Dans son histoire, Jomunsi a élevé la reptation au niveau de l’art. Toujours est-il qu’un jour, le *Splendide Condor* annonce une décision qui va changer le monde.

Cette nouvelle a un petit quelque chose de satirique et de touchant à la fois évoquant un être charismatique qui fascine le monde et qui est prisonnier d’un système d’aise qu’il a lui-même créé. Une nouvelle originale et prenante qui m’a absorbé, d’autant que je ne suis pas fanatique des guides spirituels qui oublient souvent qu’ils ne sont que des hommes.

VARIÉTÉ ET TROUVAILLES

Toutes les nouvelles de ce recueil ont un cachet particulier et elles m’ont toutes intéressées ce qui assez rare dans un recueil, en ce qui me concerne en tout cas. J’ai parlé plus haut de variété des genres. Je crois que les lecteurs/lectrices seront servis : science-fiction, fantastique, drame social, une touche de fantasy et certaines nouvelles du recueil, et je peux même extrapoler sur les tomes suivants, sont de véritables trouvailles comme NOUVEAU MESSAGE.

Qui sait ce qui se cache derrière les courriers que nous mettons chaque jour à la corbeille sans prendre le temps de les lire? Ce recueil est un magnifique mélange d’imagination et d’enthousiasme. La seule petite faiblesse que j’y ai trouvée est la finale de certaines nouvelles qui est expédiée ou bâclée par rapport au développement. Je ne me serais pas privé pour autant d’un travail aussi considérable et original. À lire donc avec mes chaleureuses recommandations : PROJET BRADBURY INTÉGRAL 1 et la suite, 2, 3 et 4.

Neil Jomunsi raconte des histoires depuis qu’il est tout petit. Mais il aura dû attendre d’atteindre l’âge adulte pour que l’on arrête de s’en offusquer. On peut même dire que la situation s’améliore de jour en jour puisque dorénavant les adultes le payent pour écrire. Aussi étonnant que cela puisse paraître après avoir étudié la réalisation cinématographique et l’écriture de scénarios pendant trois ans, après avoir travaillé dans une librairie et dans l’édition, mais aussi après avoir lu trois millions de livres (chiffre non contractuel), Neil continue de penser qu’il a quelque chose à dire… et il veut vous le faire savoir.

À travers ses livres, ses pièces de théâtre et ses courts-métrages, l’univers de Neil oscille entre réalité et fantastique. Ses textes sont souvent décalés, quelquefois loufoques, et tirent leur inspiration d’une vénérable tradition d’auteurs de littérature fantastique tels que Ray Bradbury, Neil Gaiman ou H.P. Lovecraft. Bien sûr, Neil est un geek. Mais il est aussi amateur de poésie britannique du XVIIIème siècle. Comme quoi tout arrive. (Amazon)

Pour en savoir plus sur le PROJET BRADBURY, cliquez ici
Je vous propose aussi cet article fort intéressant du site internet <actualitté les univers du livre>

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 2 mai 2021

300 MINUTES DE DANGER

Commentaire sur le livre de
JACK HEATH

*La peur s’installa en Nassim. -Vous n’êtes pas
ici pour réparer la télévision ? -Tu perds ton
temps. Bientôt, l’agent neurotoxique que tu
viens de boire va bloquer les signaux qui vont
de ton cerveau à tes organes…*
(Extrait : 300 MINUTES DE DANGER, Jack Heath,
Éditions ADA, 2018, édition de papier, 210 pages
extrait de la nouvelle POISON)

Ce livre est un recueil de dix histoires fictives d’enfants braves vivant chacun une situation dangereuse et ayant trente minutes pour s’en échapper. Par exemple, l’histoire de George, coincé dans un avion en chute libre sans moteur et sans pilote. Ou Mila, recouverte de déchets radioactifs et dont la combinaison de sécurité commence à manquer d’oxygène. Chaque histoire nécessite environ trente minutes de lecture. Les titres : L’école de snow, sous-humain, famille nucléaire, coffré, gelées, inferno, le viroumouche, train en cavale, poison et course vers l’espace. Trente minutes, dix histoires, 300 minutes de danger.

L’ABC DE L’ÉVASION
*Le gorille claqua le coffre qui se referma
avec un énorme <fouish>. Kim se trouva
coincé dans la noirceur et la
claustrophobie s’installa. *
(Extrait : 300 MINUTES DE DANGER, COFFRÉ)

Comme on l’a vu plus haut, ce livre regroupe dix nouvelles. Ces récits ont plusieurs points en commun : ils sont limités à trente minutes de lecture chacun. Chaque texte présente un compte à rebours de temps de lecture. Dans chaque histoire, un enfant est confronté à une situation dangereuse. Les parents sont présents dans plusieurs récits, plus ou moins effacés dans d’autres. L’évasion est le thème général par le biais de la débrouillardise et de l’ingéniosité.

Un seul thème est récurrent pour quelques nouvelles : le virumouche, un virus apocalyptique foudroyant et mortel, véhiculé par des mouches et hautement contagieux. Pour chaque histoire, les enfants ont trente minutes pour se sortir d’une situation potentiellement mortelle. *Le virus le tuait. Il ne lui restait pas beaucoup de temps. Il serra sa prise sur la barre de remorquage. Le métal glissait entre ses mains en sueur. S’il relâchait sa prise, il était mort. La route n’était qu’un flou sous les roues de la planche à roulettes. (Extrait)

Le principal point positif de ces histoires est leur intensité dramatique avec suffisamment d’émotion pour capter l’attention du jeune lecteur, de la jeune lectrice. Mon récit préféré s’intitule LE VIRUMOUCHE car il démontre avec une étonnante précision la métamorphose des gens lorsqu’ils sont confrontés à un danger aussi sérieux que l’exposition à un virus mortel : disparition de toute empathie et charité, refus de secours, violence potentielle et même le vol de vaccins pour les revendre à des prix prohibitif, installation graduelle de l’anarchie dans le pire des cas. Une histoire qui n’est pas sans rappeler l’explosion du sida, devenu pandémique à la fin des années 70.

C’est toute une société qui est abaissée par la peur : *Tony, ahuri, se trouvait maintenant seul dans le square déserté. Il ne pouvait croire à quelle rapidité les gens étaient devenus comme des animaux. Comment Shane s’était retourné contre lui sans hésiter un seul moment. * (Extrait)

Malheureusement, il y a des irritants, le principal étant la qualité des finales. Pour chaque texte, la finale est bâclée, expédiée et extrêmement limitée. Tout ça afin de respecter un temps de lecture qui ne dépasse pas trente minutes. C’est très dommage car la plupart des textes sont bien bâtis. Je trouve ça ordinaire et simpliste, sacrifier la qualité du texte au profit du temps de lecture. La présence d’un compte à rebours de lecture à chaque page m’a irrité plus qu’autre chose. Je n’ai jamais compté mon temps de lecture et je ne crois pas que ce soit une bonne chose d’encourager les jeunes lecteurs et lectrices à limiter le leur. Peut-être que l’auteur a voulu faire original, ou son éditeur. En ce qui me concerne, terminer un récit par une queue de poisson pour ne pas dépasser trente minutes n’a rien d’original. Heureusement, tous les textes comportent des éléments grâce auxquels les jeunes pourront se reconnaître, l’héroïsme étant omniprésent dans tous les textes.

L’auteur Jack Heath a dû trouver comme une espèce de filon dans ce type de développement littéraire car il a publier également 400 minutes de danger et 500 minutes de danger et que ces livres sont en général de bons vendeurs. J’admets donc que le style plait jusqu’à un certain point. Le chrono n’est pas une nouveauté en littérature. Je pense à la collection 30 MINUTES POUR SURVIVRE qui va un peu plus loin sans oublier 30 MINUTES CHRONO, une approche soi-disant révolutionnaire pour cuisiner vite et bien. Comme je le dis souvent, la balle est dans le camp des lecteurs. Il y a du bon dans ce livre. Suffisamment pour la note de passage. Alors je vous suggère de suivre votre instinct de lecteur/lectrice. Vous pourriez aimer.

Jack Heath est un écrivain australien né à Sydney en 1986. Il a publié son premier roman lorsqu’il était adolescent. Il est maintenant l’auteur primé de quatorze romans pour jeunes. Marié, un garçon. Habite Canberra en Australie.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 17 avril 2021

VIES PARALLÈLES

VIES PARALLÈLES

Commentaire sur le recueil de nouvelles de

SONIA BESSONE

*Je vais vous expliquer pourquoi je vous casse
les pieds. Parce que je ne suis pas heureuse.
J’aime mon travail mais ma vie est nulle. Je
m’accroche à un type qui préfère vivre avec
ses bières et son whisky. Et la seule chose qui
me distrait, qui me sort de cet enfer, ce sont
vos bouquins.>
(Extrait de TERENCE WILKES, une nouvelle du
recueil VIES PARALLÈLES de Sonia Bessone,
Nat éditions, 2014, versions numériques, 248p.)

La bulle humaine
*Je n’appartenais plus à personne, j’étais libre.
Un affranchi. Curieux de voir le monde, et de
choisir moi-même à qui dispenser les petits
bonheurs dont j’étais chargé. En une fumée
évanescente, je me suis enfui. Mon rêve à
moi : la liberté !*
(Extrait : VIE PARALLÈLES recueil de nouvelles)

VIES PARALLÈLES est un recueil de nouvelles dont la première, TERENCE WILKES est bâtie comme un roman et en a la longueur, occupant 80% du volume. C’est un recueil très intéressant et Terence Wilkes m’a fasciné. Malgré ses énormes succès d’auteur, Terence Wilkes abandonne l’écriture pour travailler dans la publicité. Pourquoi ? C’est simple : *Elle n’avait pas hérité d’un frère ordinaire. Terence avait cette étrange faculté de pressentir les choses. Depuis leur enfance, il jouait à ce jeu. Deviner à quel instant le téléphone sonnerait, sur quelle marche d’escalier s’arrêterait leur mère, qui frapperait à la porte…il présageait les choses et créait la vie. Malheureusement, un jour, il n’avait pas prédit que sa femme se donnerait la mort et une vie avait été détruite. * (Extrait)

Dans son deuil qui ne finit pas de finir, Terence Wilkes qui a peur de ses facultés, de ses écrits, qui angoisse sur lui-même se cherche au milieu de son petit monde : Paul, son meilleur ami et il a sa sœur, Laura. Un jour, cherchant toujours à comprendre non seulement le sens de la vie, mais aussi le sens de la mort, celle de sa chère femme en particulier, Terence laisse entrer dans sa vie une fan de ses livres : Jenny, une jeune fille à la vie agitée, malmenée par son ami, macho et alcoolo. Avec des trésors de patience et de finesse, elle se fera accepter par Terence. Est-ce qu’ensemble, ces deux égratignés de la vie pourraient aboutir à quelque chose. Ses écrits se répercutant sur la vie de ses proches, Terence aurait-il quelque chose à voir avec la mort de sa femme. Il y a un ménage à faire dans cette vie c’est certain. Avec un amour mutuel allant crescendo, très très graduellement, Jenny et Terrence vont apprendre ensemble à accepter leur passé et bâtir leur avenir.

Les écrits précurseurs et leur effet sur la vie réelle ne sont pas une innovation en littérature mais je me suis attaché aux personnages dès le départ. J’ai été séduit par l’intelligence et la finesse de la plume de Bessono, sa modération aussi et son humour. Elle a développé le caractère fantastique de son récit sans tomber dans le spectaculaire et le tape-à-l’œil. Elle a dosé avec habileté rebondissements, intrigue et retournements avec une dose d’inexpliqué…de…disons surnaturel. Ce récit m’a fait vibrer. Il s’en dégage une émotion très forte. Évidemment c’est long pour une nouvelle et le récit met malheureusement un peu dans l’ombre les quatre autres nouvelles qui complètent le volume.

Ce sont quatre petits textes dans lesquels le thriller se fond dans le fantastique : LE MIROIR : quatre amis voient leur vie basculer à cause d’un miroir. DE L’AUTRE CÔTÉ DU MUR : Après un divorce douloureux, Paul perd tout, il se sent un moins que rien, vit dans la misère et pire, il se sent indigne de l’amour de son fils qui fête son huitième anniversaire. C’est une autre forme de réflexion sur le sens de la mort et peut-être même une raison pour laquelle on a pas à la craindre. UN ANGE PASSE : une réflexion sur la mort d’un amour et la possibilité d’une renaissance. LE FUGITIF : un être sacrifié par les Dieux et désigné pour rappeler aux hommes la grandeur de l’œuvre de l’être suprême…

J’ai toujours l’impression qu’il y a un lien entre les nouvelles. Ce n’est pas une suite, une continuité…seulement une espèce de lien comme si les nouvelles se complétaient et s’enrichissaient les unes les autres afin de remettre aux lecteurs une petite morale, des éléments de réflexion, le tout dans un style apaisant. Enfin, un petit mot sur LA VIEILLE ROUTE, le très bref texte qui introduit le recueil. C’est un texte un peu déroutant. On pourrait presque lui faire dire ce qu’on veut. Mais ce texte m’a fait voir le recueil comme une route…avec de nombreux embranchements, mais tout en convergence. L’auteure nous prépare à longer la route…celle qui nous confronte avec la vie…tout se tient dans ce recueil qui porte vraiment bien son titre.

Le tout se lit très bien. C’est le lecteur qui est le fil conducteur. Avec la première nouvelle toutefois, j’aurais souhaité quelque chose de plus long, de mieux nourri. J’aurais préféré une meilleure exploitation du sujet pour en faire finalement un roman complet. Mais dans l’ensemble, le recueil m’a ravi.

Au moment d’écrire mon article, il y a peu d’informations disponibles sur Sonia Bessone. J’ai toutefois noté ce qui suit sur sa page Facebook :

Les tribulations de Sonia Bessone dans les pays lointains n’étant plus très compatibles avec ses fonctions de mère, elle s’est jetée à fond dans l’écriture. Et ses récits ont tous un petit goût « d’ailleurs » .Elle a écrit son premier roman à 19 ( qui a été relégué au fond d’un tiroir), puis des nouvelles, d’autres romans qu’elle a emprisonné dans son ordi, jusqu’à ce que certains d’entre eux s’échappent et se retrouvent entre les mains de Nats Editions. De là, Nats éditions, lui a attribué des fonctions de parolière pour les B.O de livre. Une grande nouveauté pour elle, mais elle en est ravie ! Ses projets ? Quelques textes de chansons…Et peut-être libérer tout ce qui sommeille dans le disque dur de son ordi ?!!

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 31 octobre 2020

Je m’ennuie, le livre de MICHELINE CUMANT

*Chéri, me demande-t-elle, est-ce ennuyeux de ne rien faire ? –Non mais c’est terriblement fatiguant. On cherche désespérément quelque chose à faire, on fait de tels efforts que quand on l’a trouvé, on en plus l’envie ni le courage. Alors que faire ? -Tu vois, tu cherches déjà.* (Extrait de la première nouvelle du même titre que le recueil JE M’ENNUIE, Micheline Cumant, Éditions BoD numérique, 2005, 200 pages)

Sennuyerconcerne tout le monde et toutes les époques. Que l’on soit un artiste-peintre, une comptable, un chevalier du Moyen-âge, une vache, un soldat en 1940 ou la tour Eiffel, nous sommes tous confrontés à ce vilain parasite que constitue lennui. Ce recueil décrit des personnages qui ont tous un point en commun : ils sennuient dans une vie monotone et grise et cet ennui les pousse à agir d’une certaine façon…logique ou non, selon les circonstances personnelles et historiques. Même les vaches et les pianos peuvent le dire. Il suffit presque déchanger sur la question pour effacer la mélancolie induite par lennui. Ça en est distrayant…

UNE APOLOGIE DE L’ENNUI
*L’ennui de la vie au couvent lui ayant inspiré
d’amener un homme de Dieu au bord du
précipice, la Comtesse en conclut que ce
sentiment est le pire des ennemies de la
vertu.*
(Extrait de la nouvelle DE VERSAILLES AU COUVENT,
recueil JE M’ENNUIE)

Tout le monde est, tôt ou tard, victime de cette plaie qu’on appelle l’ennui. Remarquez, en ce qui me concerne, si j’ai quelques livres près de moi ou à portée, je ne peux pas m’ennuyer. Or comme l’ennui fait l’objet d’un livre, ma curiosité a été piquée. J’ai trouvé l’ensemble original parce que l’auteure semble vouloir vider la question de l’ennui à travers quatorze nouvelles qui développent toutes les facettes de l’ennui : indifférence, solitude, mélancolie, désaffectation, lassitude, personne blasée et j’en passe.

Je n’avais jamais réalisé que l’ennui pouvait avoir autant de tentacules, autant de corollaires. L’auteure utilise un certain pouvoir empathique et va jusqu’à se mettre à la place de la Tour Eiffel : *Des poètes ont fait une pétition contre moi, ils m’ont traitée de lampadaire, de squelette, de cheminée d’usine…et un historien d’art a dit un jour qu’il habitait «au pied du monument le plus laid de Paris»* (Extrait) Et maintenant que Paris a accepté la tour comme symbole, s’ennuie-t-elle toujours?

En plus de décrire et de dénoncer d’une certaine façon les conséquences et implications de l’ennui comme l’errance par exemple qui fait l’objet d’une nouvelle très intéressante du recueil, *Je suis le Seigneur Enguerrand qui ère dans son château retrouvé mais que les murs ne peuvent plus reconnaître…* (Extrait) ou encore le vice, fallait y penser : une tare qui affectait entre autre la dernière maîtresse de sa majesté Louis XV, madame Jeanne Bécu de Cantigny de Vaubernier, un monument d’égocentrisme appelé plus simplement la comtesse du Barry : *L’ennui étant un diable qui poussait au vice, elle chercha dans son entourage quelque personne à séduire ou, à défaut, à tourmenter…* (Extrait de la nouvelle DE VERSAILLES AU COUVENT), l’auteure donne vie et parole à des objets. La tour Eiffel est un exemple.

Un autre exemple m’amène à parler de ma nouvelle préférée dans ce recueil de Micheline Cumant. Avez-vous déjà essayé de vous mettre à la place d’un piano? Avez-vous déjà pensé que cet instrument pouvait s’ennuyer à mourir? Avec une plume d’une remarquable sensibilité, l’auteure nous amène, le temps d’une douce rafale de mots, à devenir un piano…un petit épisode à saveur onirique qui nous fait vivre le quotidien de cet instrument fier et prestigieux : *…j’ai été choisi par cet humain «qui débute», pas grave, il pose les doigts sur les touches, pas très adroit, mais il fait attention. Hélas, il n’est pas patient et quand il n’arrive pas à la fin de son petit morceau, il me crie dessus…* (Extrait de la nouvelle LES GAMMES)

L’auteure donne aussi vie et parole à des animaux comme le suggère la page couverture…encore un peu de cette empathie bien spéciale s’il-vous-plait : Voici la parfaite vie de vache : brouter, ruminer, dormir, regarder passer les trains jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de trains…

J’ai été séduit par ce petit recueil. La plume est fluide et l’expression du langage d’une grande simplicité. L’ensemble est original et je crois que l’auteure a relevé un défi très intéressant en développant un thème un peu abstrait : l’ennui et les différents éléments qui induisent cet ennui : la monotonie, la lassitude, le désœuvrement.

Il faut l’admettre, tout le monde a, tôt ou tard comme une espèce de vide intérieur qui nous enlève goût, volonté et intérêt. Pour les humains, c’est un désagrément temporaire…enfin dans la plupart des cas. Décrire l’ennui des objets apporte à l’ensemble un caractère singulier, original. Et voilà l’ennui schématisé, dédramatisé, dessiné presque à la perfection et qui pousse le lecteur à dire c’est bien vrai tout ça.

Je crois que l’auteure a eu un éclair d’inspiration. Il fallait y penser : décortiquer l’ennui avec distinction, élégance et pour certaines nouvelles, une écriture qui frôle la poésie. Un certain sens de l’humour vient égayer tout l’ensemble. Ce n’est peut-être pas un livre appelé à enflammer la littérature et passer à l’histoire mais je l’ai trouvé intéressant et divertissant et je vous le recommande ne serait-ce que pour sortir des sentiers battus. Je crois que vous ne vous ennuierez pas.

Sur Atramenta.net, Micheline Cumant se présente de cette façon : *violoncelliste de formation, musicologue, professeur de bridge…on fait ce qu’on peut ! J’ai toujours écrit mais il a fallu la venue du Net pour que je me lance dans l’auto-édition. Je suis publiée chez Books on Demand et Amazon create space. Je donne aussi bien dans le roman, le roman policier, le fantastique que dans le livre pratique (musique, partitions, jeux de société). Je décris plus facilement les petits pas-doués que les héros, mon chat est un détective, et mes personnages écoutent Jean-Sébastien  Bach au milieu des tours de la Défense…

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 1er mars 2020

MOÏSE ET AUTRES NOUVELLES, Sylvia de Rémacle

Quand le bateau s’est retourné, la mer nous
a engloutis, une eau glacée comme doit l’être
la mort que j’espérais rapide.

(Extrait : Moïse, première nouvelle du recueil du
même nom, Sylvia de Rémacle, ShortEdition,
2013, édition numérique)

MOÏSE ET AUTRES NOUVELLES est le premier recueil de nouvelles de Sylvie de Rémacle : des histoires tumultueuses autour de ses deux grandes sources d’inspiration : les chevaux et la mer…La mer surtout. La tempête n’est jamais loin avec, toujours une maison donnée pour point d’ancrage aux vies agitées, accidentées sans oublier des personnages au caractère bien trempé nés sous sa plume. Sylvia de Rémacle est récipiendaire du prix PRINTEMPS 2011 de la *short litterature* dans la catégorie NOUVELLE. Le recueil comprend six nouvelles dont le titre MOÏSE.

LES TITRES :  

MOÏSE

MALGRÉ TOUT

BLIZZARD

PORT RACINE

LA SEREINE

OCÉAN-NUIT

LA MER PAR TOUTES SES HUMEURS
La mer

Au ciel d’été confond

Ses blancs moutons

Avec les anges si purs

La mer bergère d’azur

Infinie
(Paroles de la chanson LA MER de Charles Trenet)

 Une petite précision pour commencer. Je n’ai jamais parlé ici des supports de lecture. J’aimerais vous en glisser un mot brièvement. Il est vrai que je suis et j’ai toujours été un inconditionnel des livres de papier. En plus de la lecture, j’ai besoin de sentir le papier dans mes mains, tourner les pages, apprécier leur texture.

Toutefois depuis quelques années, sans délaisser les livres de papier, j’explore l’univers numérique et je me suis rendu compte que les deux supports se complètent, que le support numérique donne peut-être un peu plus de chances aux auteurs émergents.

Les visiteurs réguliers de ce site ont dû remarquer que je passe maintenant du papier au numérique et du numérique au papier. Je crois que c’est une bonne chose. Je n’abandonnerai jamais les livres de papier, mais je suis convaincu que lever le nez sur l’univers numérique équivaut à passer à côté de véritables petits chefs d’œuvre littéraires.

Pour l’instant, je ne discute pas les différences de prix ou la qualité de la mise en page. Le numérique est en pleine évolution et se raffine graduellement. Bref, le livre de papier et le livre numérique se complètent et les deux valent la peine d’être explorés.

Justement, le livre du jour est une découverte que j’ai faite dans l’univers numérique et c’est un bijou. Il s’agit du tout premier recueil de nouvelles de Sylvia de Remacle : MOÏSE. Moïse est le titre du recueil et le titre de la première nouvelle qui donne le ton au recueil. Dans ces nouvelles, il y a un thème récurrent : la mer.

Nous sommes dessus, dedans, devant, elle est partout et dans toutes ses humeurs. Les chevaux sont aussi une grande source d’inspiration. À ce titre, j’ai beaucoup aimé la nouvelle intitulée BLIZZARD dans laquelle l’héroïne tente l’impossible pour sauver un de ses poulains en pleine tempête. Dans ce très beau texte, l’héroïne est appelée à faire le point sur le sens de sa vie au cœur d’une grande solitude engendrée par la mort de son époux. J’ai trouvé ce texte d’une touchante sensibilité.

La sensibilité est, je crois, ce qui définit le mieux ce recueil et ce, malgré le caractère bien trempé de plusieurs de ses personnages. Par exemple, dans Port Racine, l’héroïne a tout du garçon manqué, forte, directe, énergique et pourtant son sort appelle à la tristesse alors que les portes sont ouvertes sur une vie d’errance. Il s’agit d’un autre personnage attachant né de la plume d’une auteure fascinée par la mer et par les tempêtes qu’elle provoque comme si la mer et la vie de ses personnages était intimement liées.

Lire MOÏSE, c’est faire une petite randonnée dans l’esprit humain entre la tourmente et l’apaisement. Les textes sont tout simplement beaux et quelques-uns ont un caractère poétique. La plume est délicate et confine parfois à la tristesse. En effet, si l’ensemble est original, il ne faut pas s’attendre à de la gaité genre marins en fête qui chantent et dansent en engloutissant alcool sur alcool. Au contraire, il y a dans tous les textes un petit quelque chose de mélancolique, triste, nostalgique.

Donc la démarche de l’auteur appelle à l’espoir d’une vie toujours meilleure…construire l’avenir comme c’est le cas de Mathieu dans MALGRÉTOUT. Mathieu est un jeune homme qui est en deuil de sa grand-mère autour de laquelle toute sa vie gravitait. Une période d’errance s’annonce pour lui avant que lui vienne une idée lumineuse et porteuse d’avenir. Je crois que cette nouvelle était ma préférée.

Bref, si vous avez envie d’une petite douceur, je vous invite à lire MOÏSE, un recueil de nouvelles d’une grande richesse avec, comme toile de fond avec ses hauts paisibles et ses bas hostiles.

Sylvia de Rémacle est née dans le Puy de Dôme où elle vit. Elle a commencé à écrire à l’adolescence, des poèmes. Plus tard elle s’est essayée au roman, mais c’est dans le format court de la nouvelle qu’elle s’épanouit pleinement, jamais loin de la veine poétique. Pour Moïse, elle a reçu le Prix Printemps 2011 de la short Littérature dans la catégorie Nouvelle.

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 21 février 2020

LIVRE DE SANG, de CLIVE BARKER

*Pour quelle raison les puissances des ténèbres (qu’elles tiennent une cour éternelle! Qu’elles chient éternellement leur lumière sur la tête des damnés!) L’avaient dépêché de l’enfer pour tourmenter Jack Polo, voilà ce que le cacophone ne parvenait pas à découvrir.* (Extrait : LIVRE DE SANG, titre original : BOOK OF BLOOD volume 1, Clive Barker, t.f. Alabin Michel, 1987. Édition numérique 185 pages)

LIVRE DE SANG est le premier d’une série de 6 recueils de nouvelles publiés en 1984 et 1985 et traduits chez Albin Michel entre 1987 et 1992. Ce premier tome porte le titre de la série. Les récits plongent le lecteur dans un univers gore où se côtoient le normal et le paranormal. Dans la première nouvelle qui est l’entrée en matière de la série, on suit l’expérience de Simon McNeal, un escroc de petite envergure qui se fait passer pour un médium. Mais son escroquerie se retourne contre lui et McNeal devient victime de toute cette horde de morts qu’il a invoqués. C’est ainsi que des livres de sang vont s’imprimer sur sa chair. Les nouvelles sont sans liens entre elles mais elles ont toutes un point en commun : des scènes et des situations d’une horreur sans nom : géants sanguinaires, corps convulsés…un regard sur les ténèbres de l’âme…

Gore…riens de moins
*Il connaissait les victimes et il connaissait
les garçons. Il ne s’agissait pas de débiles
incompris mais de créatures aussi vives,
féroces et amorales que les lames de
rasoir dissimulées sous leurs langues. Ils
n’en avaient rien à faire des sentiments,
ils voulaient juste sortir…
(Extrait : LIVRE DE SANG)

LIVRE DE SANG est une trouvaille au sujet original. Pour bien saisir l’originalité de l’ensemble, il faut d’abord se concentrer sur la première nouvelle qui porte le titre de la série. C’est l’entrée en matière qui m’a plongé dans des mondes glauques et gores. Cette première nouvelle suit l’expérience de Simon McNeal qui se dit médium mais qui n’est rien d’autre qu’un petit escroc. Les fantômes invoqués jugent que l’escroquerie de McNeal est punissable et décide d’imprimer leur histoire dans sa chair. C’est ainsi que McNeal devient LIVRE DE SANG.

Je ne peux pas détailler vraiment les nouvelles sans nuire à l’effet de surprise. Je peux dire toutefois que j’ai été happé par chaque nouvelle, heureuse victime d’une écriture puissante, bénéficiant en plus d’une excellente traduction. J’avais entendu parler de Clive Barker. Pour ce que j’en savais, je le comparais un peu à Stephen King, Edgar Allan Poe ou Doug Bradley. Pendant la lecture, c’est avec bonheur que j’ai constaté que le style se rapprochait plus d’un géant que j’adore : H.P. LOVECRAFT (1890-1937) dont le livre LES MONTAGNES HALLUCINÉES m’avait fortement impressionné.

Chaque nouvelle est empreinte d’opacité et d’horreur, mais une horreur dosée et manipulée de façon à garder le lecteur dans le coup, lui retirant l’envie de fermer le livre. Il y a même une place pour l’humour. Il y a aussi des passages où le lecteur pourrait ressentir du dégoût. L’épouvante est présente partout, mais c’est bien écrit et surtout très bien dosé. Comme vous voyez, il y en a un peu pour tous les goûts.

Il y a pour chaque nouvelle un fil conducteur qui est aussi le reflet de l’ensemble de la saga et ce fil n’est pas sans ébranler ou tout au moins porter à la réflexion ceux et celles qui croient aux sciences paranormales, à savoir que les morts regrettent d’être morts et reviendraient volontiers dans une enveloppe de chair, pour repartir à zéro peut-être, éviter les erreurs déjà commises ou finir une mission…allez savoir.

Je recommande ce livre, spécialement aux consommateurs de littérature de l’imaginaire. La plume de Barker est superbe. Ça ne vous laissera pas indifférent. La série porte extrêmement bien son titre. Vous verrez très vite pourquoi…

 LA SÉRIE *LIVRE DE SANG*

C L I V E   B A R K E R

Clive Barker est un romancier anglais né à Liverpool en 1952. Il est aussi dramaturge, scénariste de bandes dessinées, peintre et cinéaste. À ce dernier titre, il a réalisé et scénarisé en 1988, le film HELLRAISER LE PACTE, un film d’épouvante inspiré d’une de ses nouvelles. Suite à ses études en littérature anglaise et en philosophie, Barker écrit d’abord des pièces de théâtre, puis sort son premier roman LE JEU DE LA DAMNATION en 1985.

Plus de 25 livres suivront, sans compter les films réalisés ou scénarisés. Son parcours comprend quelques chefs-d’œuvre dont IMAJICA publié en 1991. Au moment d’écrire ces lignes, Clive Barker, qui ne cache pas son homosexualité, vit à Los-Angeles avec David E. Armstrong.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 4 juin 2017