HIVER ROUGE, par l’auteur du VILLAGE : DAN SMITH

*Serrant les dents, je baissai la tête. J’avais besoin de ma famille. Elle seule pourrait dissiper les ténèbres qui, chaque jour un peu plus, engloutissaient mon âme. Elle était forcément là, quelque part. Il fallait que je la trouve.* (Extrait : HIVER ROUGE, Dan Smith, t.f. : Éditions du Cherche-Midi,  collection thrillers, 2015, édition numérique et de papier, 470 pages)

1920, Russie centrale. La terreur s’est abattue sur le pays. À la mort de son frère, Nikolaï Levitski a déserté l’Armée rouge pour aller l’enterrer dans son village. Mais lorsqu’il arrive dans la petite communauté, perdue en pleine nature, c’est la stupéfaction. Les rues sont vides et silencieuses. Les hommes ont été massacrés dans la forêt alentour, les femmes et les enfants ont disparu. Nikolaï se met alors sur la piste des siens. C’est le début d’une quête aussi désespérée que périlleuse dans une nature hostile, au cœur d’un pays ravagé par la guerre civile.

C’est donc une enquête palpitante qui s’amorce au cœur de la Russie Bolchévique. Famine et combats dans un cadre historique. Tel est le menu que propose Dan Smith.

La sombre réalité du totalitarisme
*on les tuera tous. Je nous imaginai, nous barricadant
dans cette isba minuscule au toit crevé pour attendre
Larrivée de Kroukov et de son unité de soldats bien
entraînés, mais ce scénario ne pouvait sachever que dans
Un bain de sang. Le nôtre.*
(Extrait : HIVER ROUGE)


HIVER ROUGE est le récit de Nikolaï Levitsky, soldat déserteur, ancien membre de la Tcheka
qui s’est réveillé à peu près à temps pour se rendre compte que la Tcheka n’était qu’un vaste crime contre l’humanité allant au-delà de toutes les horreurs imaginables. Au passage, je note que la Tchéka n’est qu’une des idées tordues et idiotes de Lenine pour mettre le peuple russe au pas en utilisant la terreur et la violence.

Donc nous sommes en 1920, à la mort de son frère Alek, Nilolaï déserte l’armée pour regagner son village afin d’enterrer son frère. À son retour au village, stupéfaction et consternation. Nikolaï constate avec horreur que tout le monde a été massacré ou enlevé. La vision d’horreur qui s’offrait à lui prouvait la visite des exécuteurs les plus cruels de la doctrine bolchévique : les tchékistes. Alors, le déserteur entreprend une quête qui sera très dure : retrouver sa famille disparue, sa femme Marianna et ses fils Pavel et Micha. 

Tout en avançant et en se faisant quelques rares alliés, Nikolaï développe la certitude que le redoutable Kochtchei, personnage horrible et cruel des contes russes se serait incarné pour faire souffrir davantage le peuple russe.

Cette histoire, très bien ficelée développe donc une quête très rude au cœur de l’immensité glaciale de la Russie et qui met en perspective les abus du totalitarisme qui n’a jamais eu de respect pour la vie humaine : *Rien de ce que j’avais pu voir au cours de la guerre n’était plus perturbant que le tableau macabre qui s’offrait à mon regard. Après toutes ces années, je ne savais que trop bien de quelles horreurs les hommes étaient capables les uns envers les autres, mais je n’avais jamais vu une telle variété d’atrocités réunies au même endroit. * (Extrait) 

La plume est très directe, très dure. Je n’ai pas eu l’impression de *poudre aux yeux*. Une petite recherche rapide confirme les bassesses sans noms imposées par des dégénérés comme Lenine au nom de la révolution. L’ouvrage est donc crédible et son caractère réaliste est de nature à secouer le lecteur : *Et merci à vous. –Pourquoi ? –Pour ne pas m’avoir tué. » Et ces mots confirmèrent pour moi quel terrible pays notre patrie était devenue, pour qu’un homme arrive à en remercier un autre de l’avoir laissé vivre. * (Extrait) 

Le livre aurait pu s’intituler HIVER ROUGE dans un enfer blanc, tellement l’auteur met en évidence la rudesse du climat de l’hiver russe : froid mordant, neige, glace, vents, bourrasques. Survivre dans ces conditions est un pari. Ce froid, je l’ai ressenti. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai dû lire le livre avec une *petite laine*, mais la justesse du ton et la sensibilité de la plume m’ont atteint : *…c’était le pouvoir de la neige. Elle recouvrait tout, de la boue et des feuilles couleur de flamme de l’automne aux sons de la forêt et aux corps laissés dans le sillage des armées et des oppresseurs.* (Extrait)

C’est un thriller dur, qui m’a fait frémir. Au-delà des horreurs qu’on découvre, on y trouve des éléments de réflexion sur la valeur de la vie et les difficultés pour des sociétés de s’organiser dans le respect des droits et libertés face à la soif de pouvoir et d’ambition de bouchers despotes comme Lénine et Hitler qui ont répandu leur crasse sur l’histoire. 

Je n’ai pas réussi à m’attacher totalement au personnage principal entre autre à cause de son stoïcisme et parce qu’il avait beaucoup de choses à cacher jusqu’à la fin. Mais son enquête est très intrigante, doublée d’une traque, une chasse à l’homme. Et cette intrigue, elle est bien bâtie. Elle mystifie le lecteur autant que le caractère enveloppant de la forêt russe.

C’est un roman de tension et de violence qui donne une place, petite mais douce, à l’amour et à l’amitié. C’est une lecture qui secoue et qui ne laisse pas indifférent…un coup de cœur.

Dan Smith a grandi en suivant ses parents de par le monde. Il a vécu en de nombreux endroits, notamment en Sierra Leone, à Sumatra, dans le nord et le centre du Brésil, en Espagne et en Union Soviétique.

Aux dernières nouvelles, il habitait Newcastle avec sa famille. Son premier roman, DRY SEASON, a fait partie des œuvres sélectionnées pour le BEST FIRST NOVEL AWARD de l’Authors’club et a été nominé pour le prix littéraire international IMPAC d Dublin. Juste avant la publication de HIVER ROUGE, son livre LE VILLAGE a connu un grand succès.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 18 juin 2021

À LA CROISÉE DES MONDES tome 1 LES ROYAUMES DU NORD, de PHILIPP PULLMAN

*Après avoir ôté le bouchon d’une carafe contenant un vin à la riche robe dorée, Il
déplia le papier et versa dans la carafe un filet de poudre blanche avant de chiffonner
la feuille et de la jeter dans le feu. Il prit ensuite, dans sa poche, un crayon avec lequel il remua le vin jusqu’à ce que la poudre soit totalement dissoute.> (Extrait : À LA CROISÉE DES MONDES, tome 1 LES ROYAUMES DU NORD, Philip Pullman, édition originale : Gallimard, 2007, papier, 1032 p. présente édition : livre audio, éditeur : Gallimard
jeunesse, année de publication : 2015, durée d’écoute : 14 heures 55) Narrateur : Jean-Claude Drouot

Pourquoi la jeune Lyra, élevée dans l’atmosphère confinée du prestigieux Jordan College, est-elle l’objet de tant d’attentions ? De quelle mystérieuse mission est-elle investie ? Lorsque son meilleur ami disparaît, victime des ravisseurs d’enfants qui opèrent dans le pays, elle se lance sur ses traces. Un périlleux voyage vers le Grand Nord, qui lui révélera ses extraordinaires pouvoirs et la conduira à la frontière d’un autre monde.

UN NOUVEAU FLEURON DE LA FANTASY
N’existait-il qu’un seul monde finalement,
qui passait son temps à rêver à d’autres
mondes ?
(Extrait)
L’histoire se déroule dans une société parfaitement humaine à une exception près : Chaque humain possède un prolongement de lui-même sous forme animale appelé DAEMON. Le deamon est intimement lié à son humain et vit en symbiose avec lui. Un ne peut vivre sans l’autre. Dans ce premier tome de la CROISÉE DES MONDES, nous suivons une petite fille de onze ans, Lyra Bellacqua, adoptée par les érudits du Collège Jordan.

Un jour, dans une conversation qu’elle n’était pas sensée entendre, Lyra apprend l’existence de la POUSSIÈRE : des particules métaphysiques visibles seulement dans les Royaumes du Nord et qui auraient le pouvoir d’ouvrir une voie de communication avec des mondes parallèles. Les hautes autorités de l’Église composant le Magistérium et les politiques œuvrent pour empêcher Lord Asriel, le père de Lyra d’ouvrir cette mystérieuse voie.

Parallèlement à ces évènements, une femme aussi énigmatique que froide, Marysa Coulter dirige un projet secret via le conseil général d’oblation qui met les daemons en danger. Jetée au cœur du conflit, Lyra part à la recherche de la poussière et se fera de nombreux alliés pour sauver ses amis et empêcher madame Coulter de mener à bien son projet.

J’ai eu plaisir à retrouver les personnages de ce roman qui chevauche le fantastique, le fantasy et la science-fiction : Lyra Bellacqua et son ami Roger, Lord Asriel, Yorek Bernison, l’ours en armure, Farder Coram et les gitans, Seraphina Peckala la sorcière et tous les autres.

J’ai lu ce livre il y a plusieurs années et cette fois, j’ai entrepris la trilogie complète en utilisant la version audio qui est à elle seule un spectacle sonore exceptionnel présenté par Jean-Claude Drouot. J’ai beaucoup apprécié sa prestation même si, à mon avis, elle est un peu trop déclamée.

PASSER PAR LA POUSSIÈRE

Le but de la trilogie est de raconter le rite de passage de Lyra et de son daemon, Pantalémon dans les univers parallèles ouverts par la poussière. Au départ, la série a été publiée pour les adolescents mais on y trouve tellement de niveaux de lecture que les adultes y trouvent leur compte. C’est ce qui m’est arrivé. À un certain degré, la série présente le caractère de romans philosophiques dans lesquels il y a de la matière à questionnement.

Mais si j’en reste au but premier de la trilogie, on y trouve tout ce que les ados et les jeunes adultes apprécient dans ce type de roman : Action, revirements, rebondissements, énigmes, mystère, fantasy, une touche de fantastique, de la science-fiction, le tout lié à des thèmes contemporains, par exemple l’Église, encore empêtrée dans un jeu de pouvoir et d’ambition et présentée d’une façon pas très flatteuse.

Ce n’est qu’un exemple. Pullman s’est bien gardé d’alourdir les thèmes exploités dans le récit, gardant une plume forte mais fluide et claire dans ses explications et ses descriptions. Il y a beaucoup d’idées originales dans l’œuvre et même géniales à certains égards. Les daemons par exemple, celui de Lyra étant particulièrement attachant.

Autre exemple, l’aléthiomètre, chargé de symboles…et de vérités, intimement lié à la Poussière qui est aussi une trouvaille. Beaucoup de ces idées sont liées de près ou de loin aux Nouvelles technologies. Ce lien devrait plaire aux jeunes lecteurs.

Un dernier détail, moins positif celui-là : j’ai eu beaucoup de difficultés à m’attacher au personnage principal : la jeune Lyra Bellacqua. Elle n’a que onze ans et elle en met beaucoup trop pour son âge. J’en ai déjà parlé sur ce site.

C’est le problème et la faiblesse de beaucoup de romans qui mettent en scène des jeunes héros : surdoués, intelligence supérieure, des raisonnements qui leur donne raison sur tout. Trop forts et trop indépendants pour leur âge. Dans le cas de Lyra s’ajoute des tendances qui s’approchent de la suffisance, l’arrogance et un peu aussi l’insolence.

J’ai beaucoup de difficulté à admettre une telle supériorité. Pour savoir si j’exagère, comparez simplement Lyra à son copain Roger qui a à peu près le même âge et qui est VRAIMENT de son âge.

Heureusement, l’histoire est divertissante et enlevante. On ne s’ennuie pas en lisant ce livre qui nous enlace d’une part de voyage, de rêve et d’émotions. Je reparlerai sûrement bientôt des deux autres tomes.

 Philip Pullman est né en 1946, à Norwich, en Angleterre. C’est en découvrant à l’école la «Ballade du Vieux Mari» de Coleridge, que Philip Pullman commence à être attiré par l’écriture.  Philip, âgé de neuf ans, découvre les magazines illustrés -«Batman» et «Spiderman»- et les émissions radiophoniques, qui stimulent son imagination.

À partir de l’âge de dix ans, Philip passe son temps à lire, à écrire des poèmes, à peindre et à jouer de la guitare. Lors de sa dernière année à l’université, à travers la lecture du roman de Mikhaïl Boulgakov, «Le Maître et Marguerite», Philip Pullman découvre le genre du réalisme fantastique. Il commence à écrire un premier roman mais, appelé en Ouganda pour s’occuper de sa mère malade, il ne le termine pas. Par la suite, il publie un thriller métaphysique pour lequel il obtient un prix.

Puis Il suit une formation pour devenir instituteur pour des élèves de neuf à treize ans, à Oxford. C’est en préparant des représentations théâtrales pour son établissement qu’il se met à écrire lui-même la première ébauche de ses romans pour enfants. À partir de 1985, les romans s’enchaînent. C’est avec la trilogie «A la croisée des mondes», qu’il a mis sept ans à écrire, que Philip Pullman connaît ses heures de gloire.

LA TRILOGIE DE LA CROISÉE DES MONDES

Dans le tome 2, Will est en fuite et pénètre dans un monde parallèle où il rencontrera Lyra. Ils auront à lutter contre des forces obscures afin de pénétrer dans la mystérieuse tour des anges. Dans le tome 3, avec l’aide des anges, Will parviendra à libérer Lyra des griffes de sa mère, la cruelle madame Coulter. La quête de nos amis est plus désespérée que jamais car il leur faudra affronter maintenant le monde des morts.

Bonne lecture et bonne écoute
Claude Lambert
Le dimanche 20 septembre  2020

PASSAGE

PASSAGE

Commentaire sur le livre de
YANICK St-YVES

*De douloureux et familiers souvenirs refirent
surface. Plus d’angoisse, plus de cauchemar,
seulement les empreintes du passé. Thomas
retourna huit ans en arrière. À ce jour qui avait
séparé l’avant de l’après.
*
(Extrait : PASSAGE, Yanick St-Yves,  Les Édtions de
Mortagne, 2012, édition de papier,  480 pages)

De retour d’un voyage d’affaires, Thomas retrouve sa femme, Catherine qui, pendant son absence, s’est métamorphosée. Femme aimante, elle devient agressive ; sa douceur devient violence. Thomas n’y comprend plus rien. Aucune piste, aucun indice pour expliquer ce changement. Pour faire la lumière sur cet évènement et se réapproprier sa vie, Thomas devra emprunter un passage qui le mènera au cœur de la pire des tourmentes. « Nous y voilà, vous et moi. Là où s’enracine le germe. Au commencement d’un long voyage. Laissez-moi vous conduire à travers les méandres chaotiques de l’inconnu…Ouvrez la porte et venez me rejoindre.» Yanick St-Yves. Dans les rêves de Thomas et dans sa réalité maintenant déphasée, il est question d’un certain passage…

LES MÉANDRES CHAOTIQUES DE L’INCONNU
*…alors que le sang lui couvrit une partie de la
figure…L’homme hurlait à présent : «Je suis
aveugle…tu m’as crevé les yeux, bâtard. Tu
m’as crevé les yeux !

Un ingénieur en électricité qui se lance dans la publication d’un premier roman. Ça m’a intrigué. J’ai voulu voir si Yanick St-Yves avait publié quelque chose de vraiment électrisant. Jeu de mot facile me direz-vous? Sans m’électriser, Yanick a réussi à me rendre captif. D’abord, PASSAGE est un livre en deux parties. Dans la première partie, Thomas constate que sa femme s’est transformée…elle est devenue chipie, violente et invivable. Quelque chose lui échappe. Il découvre finalement que sa femme n’est plus elle-même : une entité s’est emparée d’elle. Ce n’est pas sa femme, c’est son corps. Sa femme est morte assassinée alors qu’il était sur le chemin du retour. Thomas ne peut accepter cela, lui, déjà affecté par la mort de son meilleur ami Simon. Une petite voix rappelle souvent à Thomas qu’il lui faut *sauter*, ce que Thomas finit par faire. Le seul objectif de son suicide : emprunter le PASSAGE et retrouver Catherine.

Première découverte fantastique : Thomas s’incarne intact dans un autre monde. Oui, il y a de la vie après la mort et ce dans des centaines de mondes. Ainsi se dessine clairement sa nouvelle raison de vivre : retrouver Catherine, prisonnière de l’entité qui a complètement chamboulé la vie de Thomas. Rien ne sera facile. La deuxième partie est donc la quête. Il se fera des amis et alliés en cours de route. Il retrouvera Simon entre autres. Mais Combattre le mal à l’état pur est loin d’être simple.

J’ai retrouvé dans ce livre toutes sortes de tendance que j’ai toujours appréciées en littérature, un caractère fantastique, une âme violée. Jamais l’auteur utilise le mot possession ni même de double-personnalité. L’auteur en appelle à son propre pouvoir descriptif afin de créer l’image appropriée dans l’esprit du lecteur. Le style de l’auteur me rappelle un peu Dean Koontz, Patrick Sénécal et même Stephen King…je pense à SIMETIERRE et un peu aussi à LA TOUR SOMBRE à cause de la complexité de sa quête. St-Yves décrit à sa façon la force d’une profonde amitié, les avantages de l’esprit d’équipe, l’opiniâtreté et la persévérance. Il décrit aussi de façon inattendue l’éternelle dualité entre le bien et le mal. J’ai vu là le principal trait d’originalité de l’ouvrage. Si en littérature, plus souvent qu’autrement le bien triomphe, la lecture de PASSAGE vous réserve des surprises.

J’ai trouvé la deuxième partie aussi essoufflante qu’acrochante jusqu’à la finale qui n’est pas du tout celle à laquelle je m’attendais basée, sur la conclusion logique d’une chaîne d’évènements. J’ai été surpris mais ça ma plu. J’ai été aussi surpris à la fois de la douceur et de l’étrangeté de nombreux passages :

*Il douta être en mesure de s’assoupir, car le bruit des roues d’acier sur la route sablonneuse était insupportable, pourtant, quelques secondes après que sa tête eut touché l’oreiller, il s’endormit depuis la première fois depuis sa mort* (Extrait) Dans PASSAGE, l’auteur a une vision très élaborée de la vie après la mort. J’ose espérer que moi personnellement, j’aboutirai dans un monde plus calme. Blague à part, en débutant le livre, je m’attendais à un sujet élimé. Cette impression de déjà-vu a perduré pendant presque toute la première partie. Par la suite, l’auteur m’a entraîné dans une voie complètement différente qui m’a déstabilisé, ce qui ne l’a pas empêché de me faire verser dans l’addiction avec son écriture parfois allusive, de nombreux rebondissements et une finale qui confirme que St-Yves se démarque des autres auteurs.

Le récit donne parfois l’impression d’être scénarisé, donc plus en fonction du cinéma que pour le lectorat. C’est un élément qui peut déplaire, mais j’ai passé par-dessus. Bravo à l’auteur car à chaque fois que je devais faire une pause dans la lecture de son livre, je ressentais de la frustration et l’envie d’y revenir très vite.

Donc Yanick St-Yves a frappé fort à mon avis, pour sa première publication. C’est un livre que je vous recommande…un long voyage dans l’inconnu, un face à face avec le chaos et je laisse à l’auteur le dernier mot : *Vous trouverez, je le souhaite, un peu de moi et beaucoup de vous*.

Je n’ai pas trouvé d’informations sr l’auteur mais il y en a sur l’ingénieur. Yanick St-Yves est effectivement titulaire d’un baccalauréat en génie électrique, spécialisation en technologie de l’information, expert en réseau de télécommunication. Il est également scénariste à la Fuica Productions depuis 2012 et bien sûr, auteur d’un premier roman : PASSAGE. Avec le talent qu’il y a mis, on peut considérer que Yanick St-Yves est un auteur à surveiller.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 29 septembre 2019

ANAVÉLIA

ANAVÉLIA
Les neuf médaillons

Commentaire sur le livre de
KIM FOURNELLE

*Lentement, elle se laissa emporter, sentant son coeur
ralentir et sa vue s’embrouiller. Les heures s’écoulèrent
sans qu’elle réagisse, puis soudain un ruban noir
couvrit son regard. Un froid humide l’engloutit, et un
bourdonnement incessant se mit à résonner autour
d’elle. Pensant que c’était la mort qui venait la chercher,
elle se mit à divaguer doucement. -Enfin…*
(Extrait: ANAVÉLIA LES NEUF MÉDAILLONS, Kim Fournelle,
Éditions AdA, 2013, édition de papier, 675 pages)

Tyffanie semblait avoir la vie rêvée jusqu’à ce qu’elle trébuche dans un monde hostile…une plongée en enfer. Lentement, afin de se procurer sa drogue pour revoir ses couleurs, elle renonce à sa survie jusqu’à être acculée au pied du mur et ne voir aucune autre option que la mort. Elle pense que celle-ci est venue la délivrer quand un homme vient la surprendre. Qui est ce capitaine Inès qui lui parle d’une légende dont elle semble faire partie. Elle ne le sait pas, mais elle va embarquer dans une aventure plus grande qu’elle ne l’aurait jamais imaginé. La Légende des neuf médaillons sera-t-elle sa délivrance?

Une *fantasy* sympathique
*…«Au moins je pourrai venger les miens si je les
tue et les renvoie en petites tranches au château.»
Tyffanie se mit à se secouer violemment sur le sol.
Elle voulait se défendre, elle voulait parler. «Très
bien Jordan. Attachez-les sur l’exécutoire dehors,
et nous les pendrons au coucher du jour.»

(Extrait : ANAVÉLIA LES NEUF MÉDAILLONS)

 C’est un livre très volumineux dans le genre Fantasy qui développe une grande quête et qui nous fait passer d’une sous-quête à l’autre. Il y a beaucoup de personnages, des longueurs, quelques redondances mais c’est un récit riche d’aventures et de leçons. Je résume d’abord ce que ça raconte : Alors qu’elle nage dans l’enfer de la drogue et victime d’une vie dissolue, Tyffanie est interrompue dans son attente de la mort, par un mystérieux personnage : Le capitaine Oswald Inès qui lui fait une offre étrange : *-J’ai passé devant votre rideau et vous sembliez en pleine douleur, alors je suis entré et je vous ai vue. Et c’est là que j’ai vu votre marque et que j’ai su… – Vous avez su ? – Oui, j’ai su que vous étiez ce qui me manquait pour chercher le trésor de ces îles. J’ai su que j’étais votre guide pour empêcher une horreur.* (Extrait)

Cernée par la souffrance et la douleur, Tyffanie ne pouvait vraiment refuser. C’est ainsi qu’elle s’est lancée dans une aventure extraordinaire : la légende des 9 médaillons qui pourrait garantir à Tyffanie la rédemption. Ce n’est pas pour rien qu’Oswald l’a choisie. Elle a la marque…elle est l’élue. C’est donc une grande aventure qui attend les lecteurs. Une aventure qui se passe en mer et aussi sur les îles qui représentent autant de sous-quêtes et sur ces îles, l’équipage s’enrichira de nouvelles alliances et tout ce beau monde affrontera l’ennemi final : Shelk.

C’est un récit typique de la fantasy : des magiciens, des sorcières, des Elfes, des monstres, il y a même un vampire, et italien encore, personnage sympathique, drôle et pas méchant pour deux sous : Émilio, le cuistot de bord. Il y a du mystère et une héroïne, Tyffanie, qui a en elle des pouvoirs qu’elle ignore mais qui sera aidée par des alliés inespérés pour les mettre en évidence et les rendre redoutables : *Ce n’est pas quelque chose que nous faisons, mais plutôt quelque chose qui fait partie de nous .* (Extrait) Ça ne réinvente pas le genre, mais l’auteur a développé avec beaucoup de savoir-faire, la transformation de son héroïne et ses interactions avec l’équipage. De plus Kim Fournelle a beaucoup travaillé sur ses personnages, imposant à chaque espèce ses qualités propres et sa psychologie, ses forces et ses faiblesses

Tyffanie est un personnage particulièrement attachant et l’auteure s’est bien gardé d’en faire une héroïne sans peur et sans reproche comme on en voit souvent en littérature. Comme vous voyez, ce livre a des belles qualités. Toutefois, c’est un long pavé pour du fantasy : 680 pages. Et encore, il y a une suite. Il y a des longueurs, c’est inévitable et les scénarios se ressemblent d’une île à l’autre. Il y a des redondances et bien sûr, un petit caractère prévisible. Les bons prennent des raclées, mais les méchants finissent par perdre.

Le récit véhicule toutefois une belle leçon de vie. D’une part, il faut savoir que nous avons en nous une force insoupçonnée qui contribue à atteindre ou maintenir l’équilibre dans notre vie, et d’autre part, retenir qu’il y a toujours de l’espoir, et voir comme une nécessité… *Le bonheur de la bonne compagnie et des moments simples de la vie qui vous remplit d’une béatitude incroyable .* (Extrait)

Pour ce qui me concerne, j’ai trouvé ce livre agréable, bien documenté, avec des bonnes idées, des personnages sympathiques. Le fil conducteur de l’histoire est parfois mince, il faut s’y accrocher mais c’est un détail parce que la plume est assez fluide. La pire faiblesse est au niveau de la structure : des chapitres qui n’en finissent pas de finir…trop long, un peu lourd. J’aurais préféré une meilleure ventilation. Mai qu’à cela ne tienne je vous recommande ce livre et sa suite : LA QUÊTE DES DIEUX

KIM FOURNELLE

À LIRE AUSSI :

ANAVÉLIA, TOME 2, LA QUÊTE DES DIEUX

Maintenant en parfait contrôle de ses pouvoirs après avoir reçu l’éducation de Karmina, Tyffanie prend la mission des Dieux entre ses mains. Elle se lance dans la quête qu’ils lui ont octroyée sans se poser plus de questions, mais la vie reste une surprise…

 Prisonnière de son destin, elle fait face aux épreuves qui se dressent sur son chemin sans se douter de ce qui l’attend vraiment. Sera-t-elle prête à faire ce qu’elle doit faire pour accomplir la dure et lourde tâche qui s’impose à elle ?

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le samedi 3 août 2019

 


88888-LES ENFANTS PERDUS

88888-LES ENFANTS PERDUS

 Commentaire sur le livre de
CÉLINE TANGUY

 *…-Est-ce qu’il dort?
-Plus ou moins. Il est encore dans l’entre-deux.
-Qu’est-ce que c’est?
-C’est un endroit où il peut se reposer, reprendre des forces, avant de revenir.
-C’est là où j’étais, avant d’être assise là?
-Non, toi tu étais juste dans le passage.
-Ah…
-Où sommes-nous? C’est si étrange ici.
-Dans la zone grise. Mais la question serait plutôt quand sommes-nous?…*
(Extrait : 88888-LES ENFANTS PERDUS, Céline Tanguy, Éditions Humanis, 2013,  num. 200 pages)


L’histoire est celle d’Antoine, homme solitaire, peu motivé et que peu de choses intéressent. Il semble oublié de la vie jusqu’à ce qu’il découvre une maison qui devient pour lui un coup de cœur. Puis il rencontre Marlène. Il ne connait pas cette femme mais elle lui rappelle quelqu’un…ça peut sembler vague mais les deux ont un point en commun. Depuis toujours, Antoine entend les pensées des autres et cherche désespérément quelqu’un qui lui ressemble. Cette Marlène ne s’appelait-elle pas Juliette dans un autre espace-temps? Et lui-même ne s’appelle-t-il pas plutôt Ganymède ? Et puis que signifie le nombre 88888. Pourrait-il s’agir d’une année ? Un roman imaginatif qui donne matière à réflexion sur la vie future…en construction.

ZONE GRISE
*Une goutte de sueur froide roula le long de son
épine dorsale. « Je tourne en rond. Je suis dans
la boucle infinie de la zone grise. » Il ne comprit
pas la dernière phrase. Mais elle résonna en lui
comme une évidence. Une angoisse profuse le
submergea, inexplicable dans son intensité*
(Extrait : 88888-LES ENFANTS PERDUS)

 88888 LES ENFANTS PERDUS est un roman initiatique, une histoire étrange dans laquelle le passé, le présent et le futur s’entrecroisent dans un monde sans temps, sans espace, un monde dépourvu de dimension et de sens…un monde appelé Zone Grise. C’est dans cette zone sans repère où l’âme devient étrangère à son corps sans compter le temps qui s’arrête. Cette zone, mystérieuse au-delà de toute imagination humaine est comme une station que l’âme emprunte avant d’être réorientée dans le passage qui déconnecte de tout avant la renaissance : *Il allait être soigné maintenant. Quand il reviendrait à lui, il serait à nouveau un petit garçon. Mais pour faire quoi ? Il était seul. Il pouvait juste déambuler à l’infini dans les couloirs du temps. Et parfois se donner l’illusion de vivre .* (Extrait)

Les principaux personnages : Juliette, Ganymède, Marlène, Antoine sont des passagers du temps transitant par la zone grise d’où cette impression de déjà vu qu’on a tous développé tôt ou tard. Ces enfants perdus sont passagers du temps. Ils ne *se déplacent pas dans le temps*, Ils déplacent le temps : *Quelque chose défilait peut-être. Ici, cette chose n’avait pas de nom. Dans l’autre monde, cela aurait pu s’appeler le temps* (Extrait) Aussi, plusieurs personnages ont un point en commun : ils lisent dans les pensées des autres. Quant au chiffre 88888, ça peut être beaucoup de choses, une année, un mot de passe peut-être. 88888 c’est aussi le chiffre numérique de base, le 8 englobant tous les chiffres de 0 à 9.

Bien qu’il y ait un indéniable voyage dans le temps, cette histoire est à la fois statique et enveloppante, pousse à l’introspection et induit un voyage intérieur qui ne sera pas vécu de la même façon d’un lecteur à l’autre. Par exemple, avez-vous déjà eu l’impression de sortir de votre corps, de vous regarder, ou de regarder un bout de film de votre vie. Vous avez peut-être déjà eu une impression de déjà vu ou de déjà vécu ? Une forte impression de rêve éveillé ? Vous voyez où je veux en venir ? Cette histoire est un carnet de voyage spirituel qui vient chercher chaque lecteur de façon différente. La plume de Céline Tanguy est d’une grande profondeur et d’une incroyable richesse.

Les ouvrages à caractère initiatique ne m’ont jamais tellement attiré. Pourtant, j’ai dévoré la PROPHÉTIES DES ANDES de James Redfield qui, dans sa révélation de l’éveil à la conscience, évoque les coïncidences qui façonnent nos vies. Là s’est arrêtée ma quête. Pour ce qui est de Céline Tanguy, c’est le titre qui m’a attiré et très vite, j’ai été happé par une trame complexe, qui nécessite réflexion et concentration car ses personnages existent par la pensée. C’est pour moi, une belle histoire qui vient m’interroger sur le sens de ma vie, qui me porte à occulter * le temps d’un temps* mon passé pour me concentrer sur l’avenir et sur la nécessaire transition dans la zone grise.

C’est un ouvrage très intéressant que j’ai dévoré car il s’est ajusté à moi comme il s’ajustera à chaque lecteur selon son vécu, ses convictions. Il sollicite un peu la raison et beaucoup le cœur avec une réflexion sur la solitude, les mystères de la vie, le sens de la vie et le sens de la mort avec en plus une vision originale de l’avenir.

Donc 88888 LES ENFANTS PERDUS est un livre différent qui a fait diversion dans mes lectures, comme une pause me permettant de lire quelque chose de différent, de vivre par des mots, par la pensée et de réfléchir sur les promesses de pérennité de l’âme. J’irais jusqu’à dire que c’est une lecture qui fait du bien. J’aurais aimé que l’auteur s’étende davantage sur la zone grise. Il m’a semblé que son exploration était très incomplète. Mais bon, ce sera peut-être pour une suite. Ne serait-ce que pour sa pensée profonde et la beauté de son écriture qui confine parfois à la poésie, je n’hésite pas à vous recommander 88888 LES ENFANTS PERDUS de Céline Tanguy.

Céline Tanguy est une écrivaine et juriste française née à Nancy. Elle se considère toutefois comme une bretonne pur jus puisqu’elle habite cette région depuis ses premiers pas. Écrire est une pulsion irrépressible qui lui permet d’être *simplement dans le monde*. Elle exige de ses personnages qu’ils *lui donnent tout, jusqu’au bout d’eux-mêmes. Céline Tanguy a une maxime qu’elle aime partager : Ce qui est derrière n’existe plus, ce qui est devant n’est pas certain, seul compte ce qui se passe maintenant.

Bonne Lecture
Claude Lambert
le dimanche 16 juin 2019

 

ESPERANZA 64

ESPERANZA 64

Commentaire sur le livre audio de
JULIEN CENTAURE

(Lu par Renaud Dehesdin)

Tout frais émoulus de l’École de l’Espace, Nil, Mila, Élisabeth et bien d’autres, sont en train de rejoindre l’Esperanza 64 en orbite. Comme son nom l’indique, le vaisseau est le 64e du nom et, à l’instar de ses prédécesseurs, il va, sous deux mois, être lancé vers une étoile proche dans le cadre du programme Exodus. Manœuvré par un équipage de 4 000 hommes et femmes, il mettra des milliers d’années pour atteindre sa destination. Il emporte dans sa soute 20 000 000 de caissons, communément appelés cercueils, où sont conservés, congelés, les futurs colons de l’hypothétique exo planète viable sur laquelle il faudra s’arrêter et s’implanter. Tous ces colons ont été désignés au hasard. Le programme Exodus est un projet totalement fou, violemment critiqué, d’autant plus qu’Exodus impose un secret absolu sur ce qui se passe à bord des Esperanza. Il est censé permettre, à terme, d’évacuer la moitié de la population d’une Terre exsangue, rétablissant ainsi l’équilibre des besoins et des ressources. Mais les Esperanza ont-ils réellement une chance de réussir ? Très vite, l’équipage de l’Esperanza 64 va être confronté à la terrible réalité de l’espace.

*Restait le nombre d’exo-planètes à visiter,
qu’on estimait à 150 milliards. Le projet
Exodus n’envisageait pas à terme l’envoi
de plus de 300 vaisseaux, c’est-à-dire que
chaque vaisseau devrait explorer à lui
seul, 500 millions de planètes. *
(Extrait du livre audio ESPERANZA 64 de
Julien Centaure, lu par Renaud Dehesdin.
Réalisation : studios Audible, mai 2018
origine : 2017, papier, édition indépendante)

QUAND LES YEUX NE SUFFISENT PLUS
*On estima en effet le diamètre de la voie lactée à
100 000 années lumières. C’est-à-dire qu’en
voyageant à la vitesse de la lumière, il faudrait
100 000 ans pour atteindre l’extrémité de notre
galaxie et on aurait alors exploré qu’une ligne
droite…l’exploration de la Voie Lactée était tout
simplement hors de portée de l’être humain qui
n’en verrait jamais le milliardième.*
(Extrait)

 C’est un long pavé. Une histoire qui exprime le gigantisme d’une titanesque œuvre humaine. Ce sujet est courant en littérature, et ancien même : Notre bonne terre-mère Gaïa dont les ressources sont épuisées et qui force les hommes à organiser un exode Massif vers d’autres mondes à l’autre bout de notre galaxie, Le programme Exodus envoie vers l’inconnu des vaisseaux aux dimensions démesurées pouvant contenir plus de 20 millions d’êtres humains en cryoconservation en plus d’un équipage de 4 000 personnes. Le vaisseau qu’on suit ici est le 64e lancé par Exodus. Le calcul est simple. Ça fait plus d’un milliard 300 milles personnes envoyées dans l’inconnu pour un voyage qui durera environ 15,000 ans. Y’a-t-il un espoir sérieux de survie ou est-ce une forme déguisée de génocide. Et puis qui se souviendra d’Esperanza après 15,000 ans. Voilà…je n’ai fait que donner quelques informations sur le gigantisme du projet Exodus. Mais ça va beaucoup plus loin.

Il y a deux éléments qui m’ont impressionné dans ce long récit : la démesure. Quand je titre plus haut que les yeux ne suffisent pas, vous comprenez. Tout est énorme dans ce récit…à l’échelle de l’univers. Même les règles tombent dans la démesure : *Dans les vaisseaux de type Esperanza, vous découvrirez vite que les règles sont très strictes. Un membre d’équipage qui craque est, après un jugement sommaire, expulsé dans l’espace. * (Extrait) Et enfin, il y a l’usure du temps. C’est un phénomène dont l’auteur tient compte tout le long du récit ce qui ajoute à son originalité car en littérature et au cinéma, l’usure du temps est un élément plutôt boudé ou simplement ignoré.

Il n’y a rien de fabriqué par l’homme qui peut durer 15 000 ans. Cet élément apporte un stress qui est comme une excitation, un besoin pour le lecteur de savoir dans quel état sera le vaisseau après 15 000 ans. Demandons-nous plutôt dans quel degré de délabrement. Je parle non seulement d’usure normale mais aussi des effets des rayonnements et surtout des météorites qui ont frappé le vaisseau de tous côtés. Même s’il est question de science-fiction, l’auteur a marqué son récit par le réalisme.

L’œuvre de Centaure comporte un certain irritant. Environ le tiers du récit est constitué d’explications scientifiques. Je crois bien qu’elles sont essentielles, mais plusieurs de ces explications ne seront comprises que des initiés : *…mais le pic de température enregistré par le bouclier thermique fut de 16 000 degrés Celsius et la sonde encaissa aussi 228 g de décélération au cours de ce freinage atmosphérique qui dura 2 minutes 30 environ. L’Esperanza 64 n’était pas une sonde équipée d’un bouclier thermique et il irait quatre fois plus vite à 200 km/h. Il fallait donc impérativement trouver un astre pour le freiner. * (Extrait)

Malgré tout, je comprends l’auteur qui a sûrement voulu ajouter au réalisme la crédibilité. Maintenant, vous vous demandez peut-être si l’œuvre a prévu des êtres extra-terrestres. Je dis oui, mais l’auteur a choisi de développé cet aspect avec beaucoup de retenue et a insisté surtout sur l’importance et la qualité de la communication. Bref, l’auteur a dû faire d’importantes recherches scientifiques et technologiques pour rendre son récit le plus cohérent possible.

Je terminerai par quelques commentaires brefs : la présentation audio est intéressante malgré le ton un peu monocorde du narrateur. Heureusement, Renaud Dehesdin a une harmonique vocale très agréable et donc, l’écoute est d’autant agréable. Les personnages sont extrêmement bien travaillés et Centaure leur a ajouté une sensibilité presque palpable. C’est un plus. En dehors de la complexité scientifique, le texte est fluide, le fil conducteur, solide. C’est bien écrit et ça décrit bien toutes les facettes de l’être humain, ce que j’appelle parfois l’hommerie. Enfin, la suite d’ESPÉRANZA 64, TERRA nous confirme finalement la conclusion du présent tome. La nouvelle terre sera atteinte. Mais selon vous, il y aura combien de survivants et dans quel état, qu’adviendra-t-il du vaisseau ? Comment seront les premiers jours sur Terra ? Pas le choix, il faut voir ou écouter.

ESPERANZA 64 a été pour moi une très agréable expérience d’écoute.

ESPERANZA 64…LA SUITE

Deux ans après son arrivée en orbite de Terra, l’Esperanza 64 peut enfin débarquer les premiers colons. Ces derniers, contrairement à l’équipage, n’ont pas vécu l’interminable voyage et la mise en place laborieuse des premières installations au sol. Ils ont dormi 15 000 ans et, à leurs yeux, le contraste est immense entre la Terre, qu’ils ont l’impression de n’avoir quittée que la veille, et cette planète d’accueil où tout reste à faire. Élisabeth, dont le souci initial était de maintenir dans la colonie un niveau technologique suffisant, va être rapidement dépassée par les événements et contrainte à revoir ses ambitions. Survivre se révélera en effet un objectif beaucoup plus réaliste.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert

Le vendredi 24 mai 2019


Le Seigneur des Anneaux

LE SEIGNEUR DES ANNEAUX

Commentaire sur le l’œuvre de
JOHN RONALD REUEL TOLKIEN

*Boromir se tut, et ses yeux se fermèrent avec
lassitude. Au bout d’un moment, il parla de
nouveau : -Adien Aragorn ! Va à Minas Tirith
et sauve mon peuple ! J’ai échoué.
-Non ! dit Aragorn, lui prenant la main et lui
baisant le front. Tu as vaincu. Peu d’hommes
ont remporté une pareille victoire. Sois en paix !
Mina Tirith ne tombera pas.*
(Extrait : LE SEIGNEUR DES ANNEAUX, J.R.R. Tolkien,
publication originale, 1954, éditions Allen & Unwin, pour en
savoir plus sur les différentes éditions et traductions. Cliquez
ici ).

LE SEIGNEUR DES ANNEAUX est une gigantesque fresque littéraire dans laquelle on trouve tout un monde, entièrement conçu par Tolkien…un monde avec sa complexité, sa logique, aux fins de l’histoire c’est surtout une logique de guerre, et ses habitants : des hobbits, des nains, des elfes, des hommes. Au départ composé de six livres, l’œuvre a été rééditée en 1954 en trois volumes totalisant près de 1350 pages :

Tome 1 : LA COMMUNAUTÉ DE L’ANNEAU raconte les évènements qui conduiront à la formation de la communauté de l’Anneau. La compagnie tentera de vaincre Sauron, ultime force du mal. Tome 2 : LES DEUX TOURS la quête pour la destruction de l’Anneau dont Sauron de Mordor cherche à s’emparer pour asservir les peuples de la terre habitée. Tome 3 : LE RETOUR DU ROI Frodon tente de franchir la Porte Noire mais n’y arrive pas. Aura-t-il une alternative. Il doit détruire l’anneau à tout prix. Entre temps, la Terre se couvre de ténèbres alors qu’on se prépare pour le combat final.

UN POUR TOUS ET TOUS CONTRE L’ANNEAU
*…Un anneau pour les gouverner tous,
Un anneau pour les trouver,
Un anneau pour les amener tous
et dans les ténèbres les lier,
Au pays de Mordor où s’étendent les
ombres.
*
(Extrait)

Pour résumer brièvement la saga, je dirai que le lecteur suit les aventures de Frodon Sacquet, neveu de Bilbo. Ce sont les deux personnages piliers du récit. L’objectif de Frodon Sacquet qui est en fait le fil conducteur de l’histoire, est de détruire l’Anneau unique dont veulent s’emparer Sauron et Saruman pour réduire à l’esclavage les peuples de la Terre du milieu. Il sera aidé par des amis, membres de chaque espèce : nains, elfes, hobbits et hommes. Ensemble ils forment la Communauté de l’anneau. Ils frôleront la mort plus d’une fois pour aider Frodon dans sa quête, et beaucoup n’en réchapperont pas.

En 10 ans, j’ai lu le Seigneur des Anneaux trois fois et j’ai vu la trilogie cinématographique une dizaine de fois. Je vois du nouveau à chaque fois. J’ai été séduit par plusieurs choses dont la richesse du langage qui confine parfois à la poésie. D’ailleurs, on trouve quantité de poèmes et de chants parsemés dans le long récit. Ils viennent préciser les sentiments de l’auteur, de ses personnages, d’un évènement, du destin. J’ai toujours été sensible à la qualité du langage dont l’expression doit m’atteindre non seulement au cerveau mais jusqu’au fond du cœur.

J’ai été aussi sensible à tout cet univers créé par Tolkien, son décor, ses habitants avec leur histoire, leur généalogie. Il n’y a pas de faille dans l’univers de Tolkien. Tout est cohérent.

La plume de Tolkien est d’une légèreté remarquable comme si le récit n’avait pas été prémédité…comme si le scénario se précisait au fur et à mesure que l’auteur le couchait sur papier et pourtant, j’ai trouvé l’ensemble majestueux avec des passages descriptifs de toute beauté lorsqu’il est question par exemple du village bucolique des hobbits ou encore le repère des Elfes du monde sylvestre.

Bien sûr, l’œuvre a quelques faiblesses. Par exemple, j’ai eu un peu de difficultés à m’attacher aux personnages. Sauf quelques exceptions J’ai trouvé qu’ils manquaient de chaleur, d’empathie, le genre marche ou meurs. Les exceptions comprennent Legolas et le peuple sylvestre. Partout dans le récit qui souffre de longueurs, les Elfes viennent apporter beauté, douceur, légèreté et apaisement. Dernière exception : les Hobbits, avec leur joli village vert, leur culture, leur histoire, leur mentalité. Ils sont petits avec les pieds poilus, ils sont enjoués, aiment la vie, la famille, les amis et ils adorent leur terre. Enfin, j’ai fait la connaissance d’un personnage très très spécial : TOM BOMBADIL à qui Tolkien consacre deux poèmes dans les aventures de Tom Bombadil. Je n’ai jamais compris pourquoi Peter Jackson n’en a pas tenu compte dans sa trilogie cinématographique.

En terminant, c’est vrai qu’il y a beaucoup de longueur, le déploiement descriptif de Tolkien est impressionnant et parfois c’est trop et ça dilue l’implication émotionnelle du lecteur. Enfin je crois que la psychologie des personnages est réduite au minimum. Mais il ne faut pas oublier que LE SEIGNEUR DES ANNEAUX est né d’une passion de Tolkien pour la philologie et les contes de fée. Pour moi peu importe, à cause de la richesse d’expression, le petit caractère chaleureux et folklorique des hobbits, le caractère enchanteur des décors, les critères environnementaux si disparates entre le mordor et les terres libres, la puissance de l’écriture, je reconnais LE SEIGNEUR DES ANNEAUX comme précurseur et catalyseur de la littérature dite de FANTASY, une œuvre marquante du XXe siècle considéré comme un classique.

Je n’hésite pas à vous recommander LE SEIGNEUR DES ANNEAUX mais avant d’entreprendre cette longue lecture, j’ai deux suggestions à vous faire : vous apprécierez beaucoup plus et beaucoup mieux votre lecture si vous connaissez Tolkien, ne serait-ce qu’un peu. Une petite recherche internet vous permettra d’en savoir un peu plus sur sa vie, son œuvre et sa mentalité. LE SEIGNEUR DES ANNEAUX deviendra beaucoup plus compréhensible. Enfin, avant la lecture du SEIGNEUR DES ANNEAUX, je vous recommande de lire BILBO LE HOBBIT que j’ai déjà commenté sur ce site (cliquez ici) l’ouvrage précurseur introduit Gandalf et Bilbo le Hobbit qui, avec d’autres personnages, tissent la toile de la plus extraordinaire fresque de la littérature moderne. L’ouvrage principal sera beaucoup plus facile à comprendre. Une dernière remarque : j’ai préféré lire le livre avant de regarder la trilogie réalisée au cinéma par Peter Jackson.

 

Tolkien nous raconte l’histoire du célèbre BILBO LE HOBITT, personnage de la Comté, paisible qui n’aime ni les aventures ni les imprévus et qui tisse pourtant, sans le savoir la toile de la plus extraordinaire fresque de l’histoire de la littérature: LE SEIGNEUR DES ANNEAUX. Commentaire de jailu/Claude Lambert.

 

John Ronald Reuel Tolkien est né en 1892 à Bloemfontein, en Afrique du Sud. A la King’s Edward School, il découvrit ses talents. diplômé d’Oxford il partit pour la France en juin 1916 comme sous-lieutenant des Lancashire Fusiliers. Il combattit pendant la bataille de la Somme mais fut ensuite rapatrié pour avoir contracté la fièvre des tranchées. Il consacra les années suivantes à son travail d’enseignant et se révéla bientôt comme l’un des meilleurs spécialistes de philologie du monde.

 En marge de sa carrière académique, il continuait d’écrire un grand cycle de mythes et légendes situées dans un monde imaginaire appelé Terres-du-Milieu, qu’il avait entâmé dès son adolescence. Il eut quatre enfants, pour qui il écrivit d’abord Bilbo le Hobbit en 1936. Le succès fut tel que son éditeur réclama une suite. Tolkien travailla 14 ans à l’élaboration de cette suite, Le Seigneur des Anneaux, dont le premier tome ne parut qu’en 1954, et qui remporta un succès phénoménal dans tous les pays.

 Tolkien prit sa retraite à Bournemouth, où il mourut le 2 septembre 1973, laissant à son fils Christopher la tâche gigantesque mais passionnante de publier, notamment sous la forme d’un récit suivi et cohérent (Le Silmarillion), la masse énorme de manuscrits qu’il avait accumulé tout au long de sa vie. (source)

LE SEIGNEUR DES  ANNEAUX au cinéma
Les films de la trilogie sont sortis respectivement en 2001, 2002 et 2003, tous réalisés par Peter Jackson. Réalisé au coût de 285 millions de dollars, ce projet fut l’un des plus ambitieux de l’histoire du cinéma.
Principaux acteurs : Elijah Wood (Frodon), Ian McKellen (Gandalf), Sean Astin (Sam), Billy Boyd (Peregrin), Dominic Monaghan (Meriadoc), Vigo Mertensen (Aragorn), Sean Bean (Boromir), Orlando Blomm (Legolas), John Rhys-Davies (Gimli), Ian Holmes (Bilbon), Chistopher Lee (Saruman).

Bonne lecture
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 13 avril 2019


ENLÈVEMENT, le livre de TARA TAYLOR-QUINN

*Après tant de mois passés sur la route à la
recherche de son fils, elle n’avait vraiment
pas besoin qu’on lui dise que la police se
chargerait de le trouver…elle n’avait pas
besoin non plus de compassion, de pitié, de
sympathie, de conseils et de Dieu sait quoi
encore. Elle avait besoin de son fils, point
final.*
(Extrait : ELÈVEMENT, Tara Taylor Quinn, 2007,
Harlequin, S.A., numérique, 530 pages)

Une jeune et riche femme d’affaires à la tête d’un vaste empire industriel voit sa vie basculer quand son fils de cinq ans est enlevé au beau milieu d’une fête foraine. Pas de demande de rançon, un silence à glacer le sang. Désespérée, elle commence une longue quête, prête à tout pour récupérer son enfant. Aidée d’un détective privé, la jeune femme explore la moindre piste, exploite le moindre indice. Alors qu’elle s’approche lentement de la fin de sa quête, elle n’a aucune idée de la découverte terrifiante qui l’attend, pire que tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Il n’y a qu’une seule chose de sûre, Amélia fera n’importe quoi pour retrouver son fils, y compris l’inimaginable.

Prête à tout…
*Ses yeux cherchaient désespérément le moindre
bout de tissu vert dans la foule. Elle vivait le pire
des cauchemars. Ce qu’elle craignait le plus au
monde était en train de se produire. Et elle ne
savait pas quoi faire…*
(Extrait : ENLÈVEMENT)

Le livre développe un sujet assez répandu en littérature, au cinéma et à la télévision : l’enlèvement d’un enfant : Charles est enlevé. On soupçonne tout de suite Kathie, la nounou qui vouait à l’enfant un amour démesuré. Kathie est congédiée. L’enfant disparait peu après, puis Kathie devient introuvable.

La plume de Tara Taylor Quin n’apporte rien de vraiment nouveau même si son récit est assez bien ficelé et pousse le lecteur à se mettre à la place de la pauvre Amélia qui recherche désespérément son petit Charles. Ce qui m’amène à vous parler du rapport de force et de faiblesses du récit.

La principale faiblesse du livre tient dans l’errance interminable de la mère pour retrouver son fils. Pendant neuf mois, Amélia va de ville en villes, accumule les mensonges afin de gagner la confiance des citoyens. Elle voit son fils partout, même dans sa soupe si ça se trouve. À chaque semblant de piste, son intuition prend le dessus sur l’avis de son détective privé. Dans chaque ville, c’est le même *patern*.

C’est seulement dans le dernier quart du livre que j’ai senti que l’étau se resserrait autour du kidnappeur, jusqu’à la grande finale qui, quoique d’une densité assez captivante, ne m’a pas vraiment surpris.

Vous voyez où je veux en venir? Le récit m’a paru redondant et son ton un peu misérabiliste. Aussi, l’accent est surtout mis sur la quête laborieuse d’Amélia. Pendant ces 9 mois d’errance, on a peu de nouvelles de l’enfant. Je ne souhaitais pas nécessairement deux récits parallèles, mais un peu plus de détails sur ce que vivait Charles aurait certainement ajouté un plus à l’histoire et ravivé mon intérêt.

Quant à la force du récit, elle réside à mon avis dans la psychologie d’Amélia. Tout au cours de sa quête, cette femme riche et indépendante, développe une seconde personnalité avec laquelle elle croit avoir plus de chances de retrouver son fils. On assiste graduellement à une transformation de ses valeurs, et étrangement, ces changements évoluent plus vite que sa quête.

Cette femme incroyablement riche, à la tête d’une multinationale prospère, qui consacrait peu de temps à sa famille modifie et précise graduellement sa vision de la vie grâce à ce qu’elle découvre dans ses nombreux déplacements : l’amitié, l’empathie, l’entraide, la valeur des sentiments et le courage. Je dois le dire, cet aspect du récit est venu me chercher et a *sauvé les meubles* pour utiliser l’expression consacrée.

Pour moi, ce livre est intéressant, mais ça s’arrête là. Il se lit quand même vite, la plume est fluide et le fil conducteur est bien ancré. À vous de voir…

Tara Taylor Quinn est une auteure américaine. Elle a écrit plus de 70 romans. Plusieurs ont été traduits en une vingtaine de langues. Elle s’est spécialisée dans la littérature romanesque et sentimentale mais elle a aussi écrit plusieurs suspenses dont le succès a été plutôt flatteur. La touche émotionnelle et profondément psychologique qu’elle imprègne à ses récits a séduit des millions de lecteurs.

Pour parcourir la bibliographie de Tara Taylor Quinn, cliquez ici.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 15 avril 2018

HA!…CES HUMAINS…

LES 9 VIES D’EDWARD

Commentaire sur le livre de
Chrystine Brouillet

*Edward sauta sur la table de la terrasse pour méditer
au soleil. La lavande et les rosiers miniatures attiraient
des abeilles qui l’auraient sûrement agacé s’il n’avait
été aussi préoccupé par le festin de sa maîtresse. Les
miaulements saccadés de Muscade, une jeune beauté
siamoise qui cherchait un compagnon de jeu, lui
apportèrent la solution.*
(extrait LES 9 VIES D’EDWARD de Chrystine Brouillet, Denoël,
1998, 240 pages)

Ce récit raconte l’histoire de la 9e et dernière vie d’un chat nommé Edward et de l’amour inconditionnel qu’il éprouve pour sa maîtresse *à deux pattes* : Delphine Perdrix, photographe de son métier. Edward s’est mis en tête de trouver un mari pour sa maîtresse. Mais qui??? Pour trouver le candidat parfait, Edward fouille dans ses vies antérieures et trouve finalement le *deux pattes* idéal : Sébastien Morin, un jeune homme qu’il a connu au XVIIe siècle alors qu’il voyageait vers la Nouvelle France. Edward décide de relever le plus grand défi de ses neuf vies : trouver le corps dans lequel s’est incarné Sébastien Morin. Même si Edward a reçu le don de télépathie, sa quête s’annonce périlleuse…

Ha…Ces humains…

*Edward devait l’aider à trouver celui qui la rendrait
heureuse. Il allait se consacrer à cette quête et,
avant de mourir, voir Delphine s’épanouir. Il
aspirait au paradis des chats, au repos éternel,
sans autre vie à revivre, mais pour jouir de cette
paix il devait s’assurer du succès de sa mission.
(extrait : LES 9 VIES D’EDWARD)

C’est un livre tout à fait à la hauteur du talent de Chrystine Brouillet. Il raconte simplement et de façon parfois émouvante la vie de Delphine Perdrix et de son chat Edward. Je n’aime pas particulièrement les chats et je suis sûr que madame Brouillet sait très bien que nombre de ses lecteurs n’aiment pas les chats. Elle s’est simplement organisée pour qu’on les voit de façon différente et ce, avec beaucoup d’intelligence et de subtilité en permettant entre autres à son Edward de jeter un regard très critique, parfois amusé, parfois amusant sur cette bizarrerie à deux pattes qu’est l’être humain.

En fait, le livre comporte deux éléments particuliers qui ont retenu toute mon attention : d’abord les personnages en général et Delphine en particulier : une jeune femme dont la vie est centrée sur la conquête des hommes, la perfection professionnelle et l’amour inconditionnel qu’elle éprouve pour Edward, son chat abyssin qui en est maintenant à sa neuvième et dernière vie. Et justement, pour finir en beauté ses 9 vies, Edward s’est fixé comme objectif de trouver un homme pour Delphine…un homme qui serait l’amant parfait et le mari idéal…

Mais c’est surtout dans les 9 vies d’Edward que reposent toute l’originalité et la richesse du récit de Chrystine Brouillet. On peut dire que dans toutes ses vies, Edward a tout vu ou presque comme en fait foi cet extrait : *…il était en Égypte, sous la XXIIe dynastie, et à Paris en 1997, il avait vécu l’occupation et la première exposition universelle, l’un des passages de la comète de Halley, une traversée éprouvante vers un pays giboyeux…* (extrait LES 9 VIES D’EDWARD).

Donc notre ami Edward a connu Nefertari et le faste de la Cour d’Égypte…il a connu l’inquisition et j’en passe. Il en a suffisamment vu pour pouvoir porter un regard critique sur la nature humaine. De plus, l’auteure a doté son héros d’un don spécial (hérité d’une sorcière dans une de ses vies) : celui de capter par le toucher (ou la lèche) les émotions et les rêves humains et de pouvoir transmettre à ceux-ci des pensées en arrière-plan. J’ai trouvé ça génial car ça donne au texte une remarquable plus-value.

Edward cherche, dans sa dernière vie, l’incarnation d’un personnage qu’il a connu dans une de ses vies, en fait celle qu’il a vécue pendant la grande édification de la Nouvelle-France : un homme tout indiqué pour Delphine : le fameux Sébastien Morin : une quête noble et dangereuse.

C’est dans cette quête de la perfection et dans le caractère introverti de Delphine qu’une intrigue captivante prend naissance. Car il faut le dire…Delphine *ne l’aura pas facile*.

Chrystine Brouillet ne m’avait pas déçu comme auteure jeunesse, voilà maintenant qu’elle me surprend dans un roman pour adultes. Avec LES 9 VIES D’EDWARD, elle nous propose un livre léger, agréable à lire, un peu grandiloquent mais très original, fruit d’une recherche raisonnée et sûrement d’un petit faible pour les chats. Il est vrai que la description des vies d’Edward a tendance à noyer l’intrigue mais moi j’ai pu composer avec ça surtout parce qu’Edward est attachant et drôle. Je vous recommande ce livre ne serait-ce que pour sortir des sentiers battus.

Chrystine Brouillet est une auteure et chroniqueuse québécoise née le 15 février 1958 à Loretteville. Elle décroche le prix Robert Cliche dès le tout début de sa carrière avec CHÈRE VOISINE publié en 1982. De 1992 à 2002, elle publie près d’une douzaine de romans pour la jeunesse, surtout à la Courte Échelle. Cette période de sa carrière a été marquée par de nombreux prix prestigieux. Mais ce qui fait que Chrystine Brouillet est passée au rang des auteurs les plus lus au Québec, tient d’un personnage qu’elle a créé, une femme inspecteur de police, héroïne d’une série policière de 1987 à 2013 : MAUD GRAHAM. La carrière de Chrystine Brouillet est gratifiée d’une prestigieuse reconnaissance littéraire dont l’Ordre de la Pléiade et en 1995, le grand prix littéraire Archambault.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
OCTOBRE 2015

PETIT GUIDE POUR LES MORTS

Je me pose des questions qui me font
Perdre du temps. C’est vrai,  mais j’ai
Toujours été ainsi.  Dois-je changer
Maintenant que je suis mort?

(extrait de CARNET DE VOYAGE D’UN MORT
DÉBUTANT, Isabelle Bouvier, Iboux éditions, 2012)

Commentaire sur le livre
CARNET DE VOYAGE D’UN MORT DÉBUTANT
D’ Isabelle Bouvier

La mort, c’est le meilleur moment de la vie, c’est pourquoi il est préférable de le garder pour la fin.

Gustave Parking

Isabelle Bouvier a imaginé le carnet de voyage de Paul qui, après sa mort se retrouve dans un endroit de transition où il peut, même mort, continuer à vivre une vie ressentie. Il y a bien sûr quelques exceptions, issues de l’imaginaire de l’auteure comme par exemple le fait de faire apparaître des choses en les souhaitant très fort. Dans ce monde mystérieux où apparemment il ne fait que passer, il attend une lettre qui lui expliquera la suite des évènements.

Paul profite de cette transition pour entreprendre une quête complexe : comprendre le sens de la vie et de la mort, comprendre ce qu’il fait là et comprendre aussi les gens qui l’entourent…bref une quête au bout de la mort.

Il retrouve son papy, fait la connaissance de l’énigmatique  monsieur jeudi, se fait une amie : Maria et entreprend un journal où il consigne ses questionnements,  ses observations, ses recherches et ses rencontres.C’est un magnifique petit livre sans prétention et tout en sensibilité. Dans ce livre, il n’y a pas de discours, de manifestations morales ou de théories compliquées sur la vie après la mort. Isabelle Bouvier raconte très simplement sa vision du cheminement d’un homme simple, attachant avec un petit côté *enfant*, après sa mort.

En fait, c’est un livre qui pousse à l’introspection en évitant le piège de l’examen de conscience et de la fameuse psychose du ciel et de l’enfer. Avec un brin de poésie, une douce pointe d’humour, l’auteure laisse supposer que bien des questions trouvent leurs réponses dans le cœur des vivants. Loin d’être moralisateur, l’ouvrage est de nature à apaiser l’esprit qui se préoccupe davantage de la mort que de vivre. C’est un petit livre rafraîchissant qui se lit vite et en douceur.

L’auteure Isabelle Bouvier

Je vous recommande CARNET DE VOYAGE D’UN MORT DÉBUTANT, le premier roman d’Isabelle Bouvier…bon jusqu’au dernier mot.Pour en savoir davantage sur Isabelle Bouvier, je vous invite à visiter son blog au http://monavistinteresse.blogspot.fr/

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
AVRIL 2014