LE DIABLE L’EMPORTE

LE DIABLE L’EMPORTE

Commentaire sur le livre de
RENÉ BARJAVEL

*- … tous vos compagnons sont morts… Oh ! dit
Charles. Et il se rassit. – Par bonheur pour
l’avenir de l’humanité, vous avez été épargné…
Il y eut un court silence. « … et les femmes
aussi… » Les femmes ? Charles n’avait pas pensé
à elles…>
(Extrait : LE DIABLE L’EMPORTE, René Barjavel,
édition originale 1947, présente édition électro-
nique : 2014 par les éditions Gallimard, 240 pages)

Pendant que la Mort Blanche étend sur la terre son linceul glacé, rançon de la dernière guerre mondiale, un ultime combat fait rage au sein de l’Arche souterraine où se sont réfugiés quelques survivants : les femmes se battent pour le dernier homme. Mais voici qu’entre en jeu l’amour, douce et terrifiante nécessité de l’espèce. Sera-t-il assez fort pour sauver le dernier couple, pour laisser une chance à l’humanité ? Et qui l’emportera dans cet ultime face-à-face ? Le Diable, qui ne se résout pas à voir disparaître son divertissement préféré, ou Dieu, jamais las de sa créature, prêt à rejouer le premier acte de l’Éden ?

 

LE BÊTISIER DU FUTUR
*C’était les plus pauvres…qui sentaient la mort leur
courir aux chausses, qui auraient voulu…pouvoir
s’éloigner vraiment…de cet enfer qui risquait à
tout instant de surgir derrière eux et de les cuire,
alors que chaque pas qu’ils faisaient leur semblait
être toujours le même pas sur place, de leurs pieds
de plomb sur le pavé de glu.*
(Extrait : LE DIABLE L’EMPORTE)

C’est un livre dur, noir, à caractère scientifique avec un fond philosophique d’anticipation s’appuyant sur la logique des faits, le principal étant que l’homme ne sera jamais rien d’autre que l’homme : un prédateur manipulateur, dominateur et autodestructeur. C’est tout à fait dans la lignée de l’œuvre de Barjavel qui voit le destin de l’homme tel un avenir bouché dans lequel l’homme tombe dans le piège qu’il a lui-même tendu. En prévision d’une extinction inévitable, un milliardaire fait construire une arche qui sera logée dans les profondeurs de la terre et qui abritera une fusée avec à son bord un homme et une femme sélectionnés pour perpétuer la race humaine après un sommeil cryogénique de 10 ans à bord du vaisseau en rotation autour de la terre.

L’homme étant ce qu’il est et Barjavel étant plutôt borné sur la noirceur de l’avenir, rien ne se passe comme prévu à bord de l’arche. La fusée partira mais pas avec les personnes prévues et le retour est peu probable à cause de l’objet même de la destruction de tout ce qui est vivant sur terre : l’eau drue, un monstre apocalyptique craché en héritage par la troisième guerre mondiale, la GM3, une saloperie qui annihile l’eau…toute l’eau sur terre, toute l’eau dans les airs et…toute l’eau dans les chairs. État permanent…planète finie… Comme dans tous les romans de Barjavel, il n’y a pas d’issue possible, pas de suite, pas d’espoir. Partout dans le texte se ressent la finalité de toutes choses, de toutes vies, conséquence de la folie des hommes. Ce n’est pas tout à fait ce que voulait monsieur GÉ dans sa richesse et dans sa sagesse : *Elle avait une grande admiration, un peu effrayée, pour monsieur Gé. Ce qu’il avait fait était tellement extraordinaire qu’elle pensait qu’il ne pouvait pas ne pas avoir raison. Mais…* (Extrait : LE DIABLE L’EMPORTE)

Il y en a qui disent –Quand tu as lu un Barjavel, tu les a tous lus- Pas tout à fait et peu m’importe. Ce livre m’a impressionné tout comme RAVAGE dont j’ai déjà parlé sur ce site et qui décrit une société étouffée par ses propres progrès et qui revient à l’ère préindustrielle…un cri du cœur pour sauver l’environnement. Il est facile de dire que l’homme s’en va vers sa fin. Fidèle à son style, dans LE DIABLE L’EMPORTE, Barjavel bourre son récit d’éléments qui sont là pour nous aider à mieux nous connaître, à mieux connaître l’homme, la société, à mieux connaître la terre-mère. Le défi avec Barjavel est de trouver dans le récit les petits éléments positifs qui évoquent un peu les blocs légos parce qu’il y a quelque chose à construire : l’espoir, basé sur des faces non pas cachées mais mises en lumière de l’homme comme l’amour, l’empathie, l’altruisme, la philanthropie.

Si les romans de Barjavel étaient d’une opacité irréversible, je ne m’y intéresserais pas. Il y a quelque chose à en tirer : une leçon, une expérience, une idée, une résolution, que sais-je. Autre élément que j’ai trouvé très intéressant : Dans l’Arche construite par Monsieur Gé, abri sensé être indestructible, ce dernier a réuni des gens différents, jeunes hommes et jeunes femmes, sans leur consentement. Les hommes étaient isolés des femmes et suite à une explosion, ceux-ci sont tous morts sauf un. Il sera intéressant d’observer le déploiement d’une véritable folie féminine qui n’est pas sans rappeler la possession satanique. Ce faisant, Barjavel va vraiment au bout de son raisonnement et dans le dernier quart de l’ouvrage, on comprend aisément le titre que Barjavel a choisi pour son récit LE DIABLE L’EMPORTE. Je dirais que dans la deuxième moitié de l’histoire, le lecteur devient pris en étau dans ses propres sentiments, il y a de l’émotion. L’atmosphère a quelque chose d’angoissant.

Ce roman est une plateforme de réflexion sur la destruction du monde et l’annihilation de l’espèce humaine, un thème récurrent dans l’œuvre de Barjavel tout comme d’ailleurs le doute qu’elle laisse planer. C’est glauque, noir, prévisible et pourtant j’ai accroché à l’ensemble du récit à cause d’élément précis : la science déployée : l’eau drue est une trouvaille qui pousse à la réflexion, car avec cette écœurante saloperie, il n’y a pas de rédemption possible. Veuillez excuser la crudité du langage mais il n’y a pas d’autres mots. Autre élément, l’humour. Il n’y en a pas beaucoup mais il compte. Par exemple, cet oiseau gavé au C147 qui devient gros comme une montagne et qui pond un œuf qui pourrait faire des millions d’omelettes. Autre élément parmi tant d’autres, Barjavel me brasse, il me met le nez dans la crasse.

Bref, LE DIABLE L’EMPORTE est un livre qui mobilise. Je le recommande vivement pour la philosophie qu’il sous-tend.

René Barjavel (1911-1985) a exercé les métiers de journaliste, puis de chef de fabrication aux Éditions Denoël avant de publier son premier roman, RAVAGE, en 1943. Revendiquant son statut d’auteur de science-fiction, il est de ceux qui ont permis à cette littérature d’acquérir ses lettres de noblesse. Maintenant une certaine méfiance vis-à-vis de la science et de ses potentialités mortifères, il s’est employé à positionner toute son œuvre du côté de l’homme, prônant une position de tolérance et de compassion, teintée de moralité.

Pour lire mon commentaire sur le livre RAVAGE de René Barjavel, cliquez ici.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 7 mars 2021

CHRONIQUE POST-APCALYPTIQUE D’UNE ENFANT SAGE

CHRONIQUES POST-APOCALYPTIQUES D’UNE ENFANT SAGE

Commentaire sur le livre de
ANNIE BACON

*Une école secondaire est une très bonne
place pour soutenir un siège. C’est
également un endroit surprenant pour
échapper à la mort.*
(Extrait : CHRONIQUES POST-APOCALYPTIQUES
D’UNE ENFANT SAGE, Annie, Bacon, Éditions
Bayard Canada, 2016, édition de papier, 120 p.)

« Montréal n’est plus que ruines. Au centre-ville, les hautes tours gisent en piles informes, réduites à leurs plus petites composantes, telles des constructions en légo retournées dans leurs bacs d’origine. Pas un bruit si ce n’est quelques hurlements de systèmes d’alarme qui ne sonnent pour personne. La poussière est à peine retombée : les rats se terrent encore. Dans une rue du Plateau- Mont-Royal, une fille de treize ans marche, tirant derrière elle une valise bleue. » Astride est une jeune fille d’un naturel réservé. Au lendemain d’un cataclysme, elle sait qu’elle n’est pas seule à vouloir survivre…une survie fragile…

LES AFFRES DE LA SOLITUDE
*Il y a bien le dimanche où elle s’octroie un
peu de temps de lecture. Elle s’évade alors
dans quelques romans jeunesse ou bandes
dessinées et, l’espace d’une heure ou deux,
s’enveloppe dans la vie d’un autre.*
(Extrait : CHRONIQUES POST-APOCALYPTIQUES
D’UNE ENFANT SAGE)

Annie Bacon nous offre ici un roman très court. Elle nous entraîne dans un monde ravagé par un choc neurotronique. Ce qui devait arriver par la folie des hommes s’est finalement produit : l’apocalypse. Seuls ceux et celles qui avaient la tête dans l’eau au moment du choc ont été épargnés. Il n’y en a pas beaucoup. Parmi eux, il y a Astride, une jeune adolescente dont les défis se précisent dès le début de l’opuscule : survivre bien sûr, mais en évitant toutes rencontres car son petit monde est devenu dystopique et barbare. Montréal n’est plus que ruines. Astride n’a pour elle que sa petite valise bleue et son toit est celui de la bibliothèque municipale. Qui penserait en effet à se réfugier dans une bibliothèque.

Astride aura un temps pour pleurer sur la folie du monde avant de se relever les manches : *Ce soir-là dans la bibliothèque, en guettant sa valise, Astride pleure, elle ne pleure pas son passé perdu. Elle ne pleure pas son présent désespéré de jeune fille ayant échappé de justesse à une meute de chiens affamés. Elle pleure le futur rêvé qu’elle n’aura jamais plus.* (Extrait) Puis notre jeune héroïne déploie toute sa sagesse pour se prendre en main et rester fidèle à ses valeurs : *Lorsque ni le futur ni le passé n’offrent d’asile, aussi bien se garder occupé au présent*. (Extrait) Alors, Astride apprend à se débrouiller et évolue, entourée de ses amis, les livres.

Le récit comprend une petite mise en abyme. On y suit bien sûr Astride, et Armand Beauséjour, un homme aussi victime de sa solitude. Deux récits deviennent en alternance et l’auteure a enchâssé dans l’histoire des extraits de TOUTE L’HUMANITÉ EXPLIQUÉE, ouvrage fictif qui explique l’histoire humaine sur les plans sociaux et culturels entre autres.

Bien que le fond de l’histoire soit dramatique, je l’ai perçue comme un vent léger et tempéré. Il n’y a pas vraiment d’intrigue ni de rebondissements. Il y a la description d’un monde détruit par la folie autodestructrice des hommes, une fresque post-apocalyptique dans laquelle Astride insère résilience et espoir. C’est un livre qui m’a touché. La plume d’Annie Bacon est toute en douceur avec des passages qui deviennent de la poésie. Et comment ne pas s’attacher à Astride, une jeune fille dont les larmes sont devenues une force, et la sagesse une garantie de survie. Comment ne pas aussi s’attacher à Armand Beauséjour. Il est extrêmement intéressant de voir les deux solitudes évoluer en convergence, ce qui laisse place à une finale magnifique qui n’est pas nécessairement celle à laquelle vous pensez.

C’est un livre tout en douceur qui sacrifie l’action au profit de la psychologie et de l’introspection. La présentation est superbe et prend même des formes audacieuses avec des extraits d’un livre qui développe des thèmes en parfaite compatibilité avec l’esprit du texte, des retours en arrière et des regards sur les autres survivants ainsi qu’une liste de choses à faire avec ici et là des retraits, des ajouts, des modifications, le tout, calligraphié. Comme beaucoup de lecteurs, j’aurais préféré plus d’action. Ce manque serait pour moi sans doute la seule faiblesse de cet opuscule. Mais étrangement, je n’en ai pas souffert. Je me suis plutôt attardé sur les thèmes qui m’auraient sans doute été chers si j’avais été rescapé d’un conflit : le combat contre la solitude, la transmission des valeurs, la gentillesse, la générosité, la protection de l’environnement et l’amitié aussi qui pourrait bien être un des aboutissements de la quête d’Astride.

CHRONIQUES POST-APOCALYPTIQUES D’UNE ENFANT SAGE est un petit livre touchant, rafraîchissant, porteur d’amour et d’espoir et qui se lit vite. Je le recommande avec plaisir.

Née à Montréal en 1974, Annie Bacon détient un baccalauréat en communication et travaille principalement comme scénariste dans les milieux interactifs. Si elle a fait ses premières armes dans le domaine des jeux vidéos, ce n’est que pour mieux plonger ses lecteurs en plein cœur de l’action et de l’aventure. Elle est l’auteure des populaires séries Victor Cordi et LE GARDIEN DES SOIRS DE BRIDGE, très bel ouvrage paru en 2015 et qui plonge le jeune lectorat dans un univers rempli de personnages farfelus et de créatures surprenantes. Je cite aussi la série TERRA INCOGNITA inspirée des grands récits fantastiques d’exploration.

Bonne lecture
Claude Lambert
le jeudi 17 septembre 2020

LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE

LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE

Commentaire sur le livre de
ADRIAN J WALKER

*Nous avions été réveillés en sursaut quatre semaines
auparavant, par un vacarme assourdissant et avions
passé tout notre temps, depuis, sous la terre. Pas de
télévision, pas de radio, pas d’internet, pas de
journaux. Nous n’avions pas la moindre idée de ce
qui était arrivé au monde.
(Extrait : LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE, Adrian J Walker,
T.F. : Hugo et compagnie, 2016, collection Hugo thriller, édition
de papier, 560 pages)

À 35 ans, Edgar Hill est un père et un mari absent. C’est un homme éteint. Une chaîne d’évènements va changer sa vie. Séparé de sa femme et de ses enfants par plus de 800 kilomètres. Edgar n’a qu’une option pour les rejoindre : courir. Courir jusqu’à l’épuisement, dépasser ses limites…se battre contre lui-même et pas seulement…de graves dangers le guettent tout au long de sa traversée d’un Royaume-Uni dévasté par une catastrophe. Ce qu’il sait dans l’immédiat, c’est que s’il n’arrive pas à temps, il perdra sa famille. Sa décision est prise. Edgar va courir… courir dans un paysage de fin du monde, à travers les vestiges calcinés de son pays détruit par une frappe foudroyante et la folie qui s’ensuit… courir dans un paysage de désolation et de mort… courir pour ne pas mourir lui-même… courir après une lumière : retrouver sa femme et ses enfants… courir aussi vite qu’il le peut. Est-ce que ça suffira ?

SURVIVRE=COURIR
*«Deux balles, deux têtes, a repris Bryce, fixant le viseur
de son fusil. Bam. Bam. Bonne nuit… -super idée, ai-je
répondu. Tues-en deux, comme ça les autres sauront
où on est. Vas-y , on verra jusqu’où on pourra aller
avant qu’ils nous rattrapent.>
(Extrait : LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE)

L’histoire commence par la catastrophe que, semble-t-il, personne n’attendait : une pluie de météorites gigantesques détruit une partie du monde. L’histoire se concentre sur le Royaume-Uni devenu une icône du chaos et d’une dévastation inimaginable : *Vous ne savez sans doute pas ce que c’est de voir que tout ce qui faisait partie de votre monde s’est soudain arrêté, est mort ou a disparu* (Extrait) L’histoire est celle d’Edgar Hill. Ed, comme on l’appelle est porté volontaire pour trouver de la nourriture dans les villes et les villages des environs. Pendant une de ses missions, donc à son insu, un hélicoptère prend à son bord sa femme et ses enfants pour les évacuer dans un endroit apparemment épargné par les pierres.

Outré autant que découragé, Ed apprend qu’une évacuation est organisée vers la Cornouailles d’où doivent partir des bateaux, sachant que sa famille montera à bord d’un de ces bateaux, il a 30 jours pour rejoindre le port. Ed est à 800 kilomètres de sa famille. Pour la rejoindre, il devra traverser toute l’Angleterre…en courant. Quelques autres personnes se joignent à lui. Ce n’est pas à proprement parler un livre qui pousse à la réflexion sur la condition humaine mais il en dit long sur la capacité d’un être humain de déployer force, énergie et volonté au nom de l’amour. Jusque-là, il n’y a rien de nouveau. Mais qu’un homme puisse courir 800 kilomètres en 30 jours pour rejoindre sa famille, ça, c’est original. Plus, c’est une trouvaille. Comme il n’y a plus de lois, Ed et ses amis doivent affronter des ennemis qui ont pris sur eux de marquer leur territoire et de tuer au nom de la loi du plus fort. Cet aspect de l’histoire transforme le livre en un redoutable thriller.

J’ai beaucoup aimé ce livre malgré ses longueurs. Le livre a 560 pages et à certains moments, l’auteur s’étend longtemps, mais le fil conducteur de l’histoire étant fort et stable, on oublie vite cette petite faiblesse. En fait, le lecteur est happé dès le début. Walker décrit la catastrophe avec une surprenante habileté descriptive et va plus loin, il prend le temps de décrire la façon dont les personnages reprennent leurs esprits et réalisent ce qu’il leur arrive. Un tel souci du détail rend le rythme lent par moment et dans les circonstances ce n’était pas pour me déplaire. Stephen King m’a habitué à ce style, incluant la psychologie des personnages, très bien élaborée dans le livre de Walker qui jongle habilement avec les sentiments induits par la catastrophe : découragement, espoir, amitié, entraide, empathie. J’ai trouvé l’écriture belle et le développement soigné.

Ce roman me rappelle un peu *2010*, la suite de ODYSSÉE DE L’ESPACE 2001, livre adapté à l’écran en 1984 par Peter Hyams. Le message de la fin du film nous rappelle que nous ne sommes que les locataires de notre planète. Dans le livre de Walker, nous dirons que le loyer s’est fait sérieusement brassé. Vu sous cet angle, le livre véhicule une certaine conscience environnementale : *Comment aurions-nous pu prendre soin de notre planète, alors que nous n’étions déjà pas capables de prendre soin de nos pays, de nos villes, de nos propres communautés ? De nos propres familles. De nous-mêmes, De nos propres corps. De nos propres esprits ?* (Extrait) Ce roman, dans l’ensemble de son développement vient nous rappeler à quel point la surexploitation de notre planète rend l’équilibre de l’humanité fragile.

C’est un livre qui se lit bien mais pas trop vite car la psychologie des personnages est fortement étayée, je le rappelle. Il faut être patient par moment. Certaines longueurs sont de nature descriptive. Tout le long du périple d’Ed, l’auteur décrit avec force détails un décor de malheur, de désolation, de chaos et de destruction. Rien de trop désagréable. Ça se lit bien. La finale m’a laissé un peu sur ma faim. Elle pourrait aussi se prêter à une suite. Bref, une lecture que je recommande : LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE d’Adrian J Walker.

Adrian J Walker est un écrivain australien né dans le bush autour de Sydney. Il a grandi en Angleterre où il vit toujours. Il se passionne pour l’écriture, la musique et la technologie. Sur le plan littéraire, il s’est spécialisé dans la fiction dystopique et spéculative. LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE est son tout premier roman en français. Ce roman a une particularité : il commence par la fin. Autres romans prometteurs : FROM THE STORM ET COLORS, première partie de sa trilogie de science-fiction EARTH INCORPORATED. Pour en savoir plus, visitez son site officiel :
livres et blog.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 20 juin 2020

WARDAY

WAR DAY

Commentaire sur le livre de
W. STRIEBER et J. KUNETKA

*La maladie causée par les radiations se développa
en moi jusqu’à devenir une horreur invincible, un
mal affreux et destructeur qui me secouait de
convulsions et me laissait si faible que je ne pouvais
même pas bouger les mains, encore moins parler…
Avec ma femme et mon fils à mon chevet, j’attendis
la mort.*
(Extrait : WAR DAY, Whitley Strieber et James W. Kunetka,
Éditions Stock, 1984, édition de papier, 385 pages)

28 octobre 1988, 16h, New-York, les premières bombes soviétiques viennent de tomber sur le sol américain. Quelques minutes plus tard survient la riposte américaine et la Russie à son tour reçoit quelques bombes thermonucléaires. Trente-six minutes après son déclenchement, la première guerre nucléaire de l’Histoire est terminée. 15 millions de morts et autant de mourants. Cinq ans après ce qu’il est convenu d’appeler le *WARDAY*, deux survivants décident de voir ce qu’il est advenu du territoire américain. Ce qu’ils vont découvrir est pour le moins extraordinaire, voire effrayant. Sols vitrifiés, camps de transit, les lierres qui grimpent à l’assaut des gratte-ciel, des meutes de chiens affamés. Tout ce qui était électronique est détruit. Nos explorateurs traversent le chaos…

Un cauchemar encore plausible
*Depuis le warday, le nombre des gens en thérapie
a baissé de plus de moitié. Je crois que la plupart
d’entre nous travaillent si dur, que nous n’avons
pas le temps d’être zinzins. Et personne dans ce
groupe n’est vraiment fou, pas au sens classique.
(Extrait : WARDAY)

C’est un livre intéressant qui se présente sous la forme d’un reportage romancé comprenant des descriptions détaillées, des entrevues, des documents. Je sais qu’il est très difficile d’éviter un certain caractère spectaculaire dans ce genre de récit et d’être original, le drame post apocalyptique étant abondamment développé en littérature. Je ne peux pas dire que c’est un livre original mais les auteurs ont fait un effort pour se modérer dans les artifices pour réaliser cette fiction.

Leur but n’était pas de décrire la guerre comme telle. Celle-ci dure à peine trente minutes et détruit la moitié du monde. Le but était surtout de décrire les effets de la guerre nucléaire et de la contamination radioactive sur la santé, l’environnement et particulièrement sur la société qui cherche désespérément à survivre et à se rebâtir.

Cinq ans après la catastrophe, les auteurs décident de se documenter sur les effets du WARDAY en entreprenant un voyage dans cette Amérique dévastée afin de constater où en sont les choses et de réunir chronologiquement tous les éléments dans un carnet de voyage qui prend l’allure d’un reportage.

C’est parfois lourd, très technique, un brin philosophique et j’avais une impression de déjà vu en lisant ce livre qui est loin d’inventer la roue. Toutefois, je ne regrette pas de l’avoir lu pour deux raisons : premièrement à cause du caractère exhaustif de la liste des effets du WARDAY. Tout y passe et je crois avoir appris des choses intéressantes en particulier sur l’argent et l’économie (car n’oublions pas que l’impulsion électromagnétique a détruit tous les comptes bancaires, ordinateurs, voitures…tout ce qui est électronique), la culture, les églises se réunissent pour accepter et sanctionner le suicide assisté…la liste des conséquences est très longue et il s’y trouve beaucoup d’éléments auxquels je n’avais pas pensé.

Deuxièmement j’ai trouvé un thème extrêmement intéressant qui est omniprésent dans le récit, il s’agit de l’émergence du déstructuralisme, une tendance sociale qui cherche à démanteler toute autorité civique ou gouvernementale ainsi qu’à condamner tout recours à la technologie, n’admettant qu’une seule forme de gouvernement, la plus basique qui soit : la famille.

Enfin, ce n’est pas nouveau me direz-vous, mais tout le livre évoque un vaste avertissement comme en fait foi cette citation extraite de la postface : *la seule existence d’armes nucléaires était le symptôme le plus révélateur de ce qu’il y avait de déséquilibré dans notre passé.* (extrait)

J’ai trouvé L’ensemble assez instructif. Peut-être que tout le monde devrait le lire y compris et surtout les grands pontes des gouvernements et leurs pendants militaires…

Louis Whitley Strieber est un auteur américain né le 13 juin 1945 au Texas. Il s’est spécialisé dans les romans d’horreur et de science-fiction. Il s’est fait connaître en particulier avec COMMUNION : un récit dans lequel il raconte son terrifiant contact avec les extraterrestres, un peu comme l’a fait Georges Adamski mais en plus dramatique. Son livre WOLFEN qui oppose la nature et la civilisation a été adapté au cinéma en 1981 par Michael Wadleigh sur la musique de James Horner avec, en tête de distribution Albert Finney. Son livre LES PRÉDATEURS a aussi été adapté au cinéma en 1983 par Tony Scott…brillante performance de David Bowie et Suzan Surrandon.

James William Kunetka est un auteur américain né à Bexar, Texas en 1944, auteur de 3 romans de science-fiction. Il en a co-écrit deux avec Whitley Strieber : JOUR DE GUERRE : ET LA POURSUITE DU VOYAGE en 1984 et FIN DE LA NATURE en 1986.  Il a écrit SHADOW MAN en solo en 1988.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 11 juin 2017

AVANT LE LABYRINTHE

AVANT LE LABYRINTHE :
L’ordre de tuer
(antépisode de la trilogie L’ÉPREUVE)

Commentaire sur le livre de
JAMES DASHNER

*Un rugissement retentit alors au milieu du
tumulte : une explosion de fureur…c’était
Alec. Et soudain, les corps se mirent à voler
dans tous les sens.*
(Extrait : AVANT LE LABYRINTHE : L’ORDRE DE TUER,
James Dashner, Pocket Jeunesse 2012, édition
numérique, 304 pages.)

 AVANT LE LABYRINTHE,  L’ORDRE DE TUER est une préquelle ou antépisode de la trilogie L’ÉPREUVE, c’est-à-dire une œuvre se concentrant sur le déroulement des événements avant le récit original, mais publié APRÈS la trilogie comme ça s’est fait pour STAR WARS au cinéma. En effet dans L’ORDRE DE TUER, les événements se déroulent plus d’une douzaine d’année AVANT la formation du WICKED, la création du bloc et la folle aventure de Thomas et ses amis dans LE LABYRINTHE. Une chaîne d’événements catastrophiques frappe la terre en commençant par de violentes éruptions solaires. Mais il y a pire: une maladie de rage et de folie appelée LA BRAISE se propage aux États-Unis et elle est en mutation. Son origine est douteuse. Bref, l’humanité s’enlise dans le chaos. Deux jeunes: Mark et Trina sont convaincus qu’il est possible de sauver les survivants de la folie. Ils sont déterminés à trouver ce moyen…à condition de rester en vie évidemment.

Brûlant à faire froid dans le dos
*Les cris, les exclamations et les grognements provenant
de la masse de corps enchevêtrés qui tapissait l’escalier
de haut en bas s’interrompirent d’un coup. Tout le  monde se
figea. Mark était stupéfié par ce changement soudain…*
(Extrait : AVANT LE LABYRINTHE, L’ORDRE DE TUER)

Si vous vous rappelez mon commentaire sur le troisième tome de L’ÉPREUVE : LE REMÈDE MORTEL , vous vous rappelez donc que je faisais le reproche à l’auteur d’avoir laissé trop de questions en suspens. J’étais un peu resté sur ma faim. Et bien dans le préquel de la trilogie L’ÉPREUVE, Dashner répond à tous mes questionnements : on sait tout sur la braise et les esprits tordus qui l’ont créée, on sait tout sur les éruptions solaires et leurs effets horribles sur une humanité complètement désorganisée et mourante car l’auteur a eu le génie de créer un environnement post-apocalyptique aussi terrifiant que crédible. Est-ce le lectorat qui a fait pression sur Dashner pour étayer son récit ou Dashner s’est-il rendu compte qu’un préquel s’imposait par défaut?

Petite déception au départ, aucun des tocards de L’ÉPREUVE n’apparaît dans le préquel sauf Thomas au tout début et à la toute fin. Donc Thérèse, Minho, Newt, Poêle à frire et tous les autres pour lesquels les lecteurs ont souffert et frissonné ne sont pas là. On retrouve à la place Mark et Trina, deux ados courageux qui voient leur planète transformée en rôtissoire et assistent, impuissants, à l’éclosion de la BRAISE. D’autres personnages s’ajoutent en cours de route. Ils sont attachants, mais pas autant que les tocards de la trilogie. Leur but : en sortir vivant. Ce ne sera pas évident.

Si vous avez lu la trilogie, vous chercherez sûrement le lien avec le WICKED. Il n’y en a pas. Ça m’a légèrement déçu. Bien sûr, on connaît la Braise et les éruptions solaires avec l’incroyable folie qu’elles induisent, mais pour ce qui est des liens avec L’ÉPREUVE comme tels, il y en a un au début alors qu’on voit Thomas se faire extirpé la mémoire avant de le mettre dans le cube qui va l’envoyer au labyrinthe. Puis l’auteur remonte le temps, 13 ans en arrière, où Mark et ses amis sont en mode survie. L’autre lien est à la toute fin alors qu’un fait connaissance avec un gamin qu’on arrache à sa mère sous prétexte qu’il est un espoir pour l’humanité. Fixant au hasard une ampoule électrique, un technicien a la brillante idée d’appeler le gamin THOMAS en l’honneur de l’inventeur de l’ampoule : Thomas Edison.

Ce bref lien rebondit très timidement sur LE LABYRINTHE, premier tome de L’ÉPREUVE. J’aurais préféré un lien un peu plus audacieux.

Des quatre volumes liés à L’ÉPREUVE, l’ordre de tuer est le plus effrayant. La plume riche et très descriptive de Dashner m’a parfois donné des frissons dans le dos. C’est aussi le volume le plus technique. Je le mentionne, parce que parfois, je me sentais noyé dans les détails. Beaucoup de points forts : de l’action, des rebondissements, peu de longueurs, des chapitres courts et un beau déploiement de style qui amène le lecteur à s’inquiéter pour les héros.

Quant à savoir si c’est une bonne idée de lire le préquel avant la trilogie, je préciserai que le préquel a un aspect introductif extrêmement limité. Je crois qu’il est préférable, et de loin, de lire la trilogie d’abord et de considérer L’ORDRE DE TUER comme une suite. Une chose est sûre, si vous avez lu L’ÉPREUVE au complet, LORDRE DE TUER est une valeur sûre…divertissement garanti.

James Dashner est né aux États-Unis en 1972. Après avoir écrit des histoires inspirées du SEIGNEUR DES ANNEAUX sur la vieille machine à écrire de ses parents, il a suivi des études de finance. Mais, très vite, il est revenu à sa passion de l’écriture. Aujourd’hui, depuis les montagnes où il habite avec sa femme et ses quatre enfants, il ne cesse d’inventer des histoires, influencé par ses lectures et ses films préférés. Sa série L’ÉPREUVE  a rencontré un grand succès aux États-Unis et un film intitulé LE LABYRINTHE, adapté du premier volume, est sorti en 2014, suivi de LE LABYRINTHE LA TERRE BRÛLÉE, adaptation du deuxième roman sortie en 2015.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le 12 mars 2017

 

L’ÉPREUVE, tomes 2 et 3

L’ÉPREUVE
Tome 2 : La terre brûlée
Tome 3 : Le remède mortel

Commentaire sur les livres de
JAMES DASHNER

*C’est votre dernière chance. Faites
demi-tour et vous éviterez la découpe*
(Extrait : L’ÉPREUVE, tome 2, LA TERRE BRÛLÉE,
James Dashner, 1ère parution 2010, t.f. 2013,
Éditions Pocket Jeunesse, num. 330 pages)
*…Si vous perdez une partie de votre corps
à la suite d’une rencontre malheureuse avec
un fondu, je vous conseille fortement de faire
une croix dessus et de vous tirer le plus vite
possible. Sauf s’il s’agit d’une jambe
évidemment.
(Extrait : L’ÉPREUVE, tome 3, LE REMÈDE MORTEL,
James Dashner, t.f. 2014, Pocket jeunesse, num.
325 pages)



LES TOMES

2 et 3

de la

trilogie

L’ÉPREUVE

 

 

Ces deux volumes constituent les tomes 2 et 3 de la trilogie L’ÉPREUVE de James Dashner. TOME 2: LA TERRE BRÛLÉE. Après leur incroyable aventure dans LE LABYRINTHE (tome 1 dont j’ai déjà parlé sur ce site) Thomas et ses amis se retrouvent dans un monde apocalyptique, ravagé, brûlé, accablé par un climat ravageur…plus d’ordre, plus de gouvernement et partout, des gens infectés par la braise, une maladie qui provoque une folie meurtrière. Thomas et ses *blocards* ont donc une 2e épreuve à subir: traverser les terres brûlées et atteindre un refuge prévu par les «créateurs» avant d’accéder à l’épreuve finale.

TOME 3: LE REMÈDE MORTEL. Les blocards arrivent graduellement à la conclusion de leur épreuve mais ce ne sera pas simple. Il semble que ce soit à eux de compléter le plan pour le traitement de la braise. De plus en plus irrités par les machinations du WICKED et suite à une turbulente chaîne d’évènements, Thomas et ses amis décident de se révolter contre les mystérieux créateurs et de faire éclater la vérité. Mais celle-ci ne serait-elle pas trop dangereuse pour la répandre. Thomas n’est pas au bout de ses surprises et le lecteur non plus.

LA BRAISE ET LE CHAOS
*On ne peut plus s’amuser à deviner ce qu’ils
ont derrière la tête. Parfois, ils élaborent des
plans rien que pour m’obliger à faire le
contraire de ce qu’ils croient que je pense
qu’ils veulent*
(Extrait : L’ÉPREUVE, tome 3, LE REMÈDE MORTEL)

Pour bien comprendre la trame des tomes 2 et 3 de L’ÉPREUVE, il est de loin préférable d’avoir lu le tome 1 LE LABYRINTHE et je vous dis N’HÉSITEZ PAS. Vous ne serez pas déçu. Je vous invite d’ailleurs à lire mon commentaire sur le LABYRINTHE.

Faisons d’abord un bref retour en arrière. Pour des raisons inconnues au départ, des jeunes à qui on a enlevé la mémoire sont réunis dans un endroit mystérieux, artificiel, appelé LE LABYRINTHE. Ils sont approvisionnés et leur séjour dure environ deux ans. Ils ne le savent pas, mais ils vivent la première d’une série d’épreuves infligées par de mystérieux inconnus appelés CRÉATEURS, des scientifiques qui appartiennent à une organisation appelée WICKED. Également sans le savoir, ils se préparent à la deuxième épreuve. Un livre passionnant même si on ne savait pas exactement où l’auteur voulait en venir, ce qui est normal dans le premier tome d’une trilogie.

Dans le second tome, qui amène les jeunes dans LA TERRE BRÛLÉE, le fil conducteur du récit se précise et se solidifie : tout tourne autour de la braise, une maladie créée artificiellement suite aux terribles éruptions solaires qui dévastent la terre et qui enlève aux victimes toute humanité avant de mourir. La deuxième épreuve oblige les jeunes à traverser la TERRE BRULÉE, affronter les victimes de la braise qu’on appelle les FONDUS et gagner un refuge indiqué par les agents du WICKED. Ce refuge est un piège grossier qui les amènera au troisième opus : LE REMÈDE MORTEL.

Dans le REMÈDE MORTEL, la plupart des jeunes ont retrouvé la mémoire et doivent maintenant vivre avec car ils comprennent beaucoup mieux les motivations du WICKED, suffisamment en tout cas pour le combattre et le détruire. C’est la mission que les jeunes se sont donnée eux-mêmes, grâce entre autres, à des alliés imprévus, mais plusieurs y laisseront leur peau.

J’ai adoré le tome 2. L’histoire démarre en trombe et l’action va en s’intensifiant. Les rebondissements nombreux et rapides ainsi que le réalisme du récit m’ont rivé au volume. J’ai trouvé l’ensemble légèrement supérieur au tome 1. Ne soyez pas surpris, les raisons qui forcent les jeunes à affronter tellement de cruauté ne sont dévoilées qu’au compte-gouttes. J’ai dû me creuser la tête mais les idées et l’imagination extraordinaire déployées par Dashner nous obligent pratiquement à aller de l’avant. Je me suis donc senti entraîné, accroché en particulier à Thomas, un personnage attachant autour de qui tout a commencé. Notez toutefois que les nombreux retournements de situation et les multiples directions que prend le scénario rendent la lecture parfois un peu compliquée. Mais c’est surmontable. L’intrigue est complexe et ce n’est pas dans ce tome que j’ai entrevu ne serait-ce qu’une petite partie du fin mot de l’histoire. Rendez-vous donc au tome 3.

J’ai eu un peu plus de difficulté avec LE REMÈDE MORTEL. Quelle série ne souffre pas tôt ou tard d’un certain degré d’essoufflement? Me suis-je demandé. Cette difficulté vient en grande partie des nombreux et imprévisibles changements de direction dans le scénario de l’auteur. Et puis dans le récit, personne ne fait confiance à personne. Je sais que cette confusion est créée par le WICKED et qu’en principe, sa place est logique, mais il y a beaucoup d’invraisemblance et j’ai trouvé l’ensemble un peu tiré par les cheveux. Je n’ai pas senti le réalisme qui m’avait accroché au tome 2. Plusieurs questions sont restées en suspens. Malgré tout, je me suis laissé emporter par le suspense, l’émotion et la fluidité de la plume.

Bien sûr, j’ai eu le fin mot de l’histoire sur le destin des jeunes et surtout sur les motivations du WICKED et ça c’est un aspect extrêmement intéressant. Le WICKED avait pour mission d’assurer la survie du monde par tous les moyens. A-t-il réussi? Peut-on être d’accord avec les moyens qu’il a utilisés? Là-dessus, James Dashner ne se prononce pas. Le lecteur doit composer avec son libre arbitre et prendre position, l’auteur nous laissant avec une passionnante question à saveur philosophique à débattre. L’ÉPREUVE a été pour moi une belle et grande lecture.

Je me propose maintenant de lire le préquel de la trilogie L’ÉPREUVE qui raconte les évènements précédant LE LABYRINTHE alors que le soleil menace l’humanité. J’y reviendrai bientôt sur ce site.

TERRE BRÛLÉE AU CINÉMA

Adapté du deuxième tome de la trilogie L’ÉPREUVE de James Dashner, le film TERRE BRÛLÉE, réalisé par Wes Ball est sorti en 2015. C’est James Dashner lui-même qui a scénarisé le film. Dans la distribution, on retrouve surtout des jeunes évidemment dont Dylan O’Brien, Kaya Scodelario, Thomas Brodie-Sangster et Ki Hong Lee.

Au moment d’écrire ces lignes, la sortie du troisième et dernier film est planifiée pour 2017. 

James Dashner est né aux États-Unis en 1972. Après avoir écrit des histoires inspirées du SEIGNEUR DES ANNEAUX sur la vieille machine à écrire de ses parents, il a suivi des études de finance. Mais, très vite, James Dashner est revenu à sa passion de l’écriture. Aujourd’hui, depuis les montagnes où il habite avec sa femme et ses quatre enfants, il ne cesse d’inventer des histoires, influencé par ses lectures et ses films préférés. Sa série L’ÉPREUVE a rencontré un grand succès aux États-Unis et un film intitulé LE LABYRINTHE adapté du premier volume, est sorti en 2014, suivi de LE LABYRINTHE LA TERRE BRÛLÉE adaptation du deuxième roman sortie en 2015.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le 5 mars 2017

LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ

LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ

Commentaire sur le livre de
Catherine Dufour

*Tous les refugee … tous les employés de la suburb…
sont biométriquement fichés. Et piégés. Une puce
explosive près de la colonne vertébrale, une pointe
de toxines dans le cervelet, et toutes les matrices
d’activation de ces microsaletés sont aux mains de
Path.*
(Extrait : LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ, Catherine Dufour,
Les Éditions Mnémos, 2005, num. 215 pages)

Ce livre est le récit d’une vieille dame. L’histoire se déroule en 2013 en Mandchourie. Après son effondrement, l’occident n’a pratiquement plus d’influence et la dystopie règne sur la planète devenue moribonde, à l’écologie mourante et assise sur un système politique pourri. Une puissante transnationale délègue un agent pour enquêter sur l’apparition de nouveaux cas d’une maladie qu’on croyait éradiquée depuis fort longtemps. Les recherches de l’agent l’amènent à Ha Rebin, une ville aux tours énormes et polluées à l’extrême. L’agent Cmatic y fait la rencontre d’une étrange adolescente avec laquelle il va s’allier pour mener à bien sa mission et découvrir une vérité à laquelle il n’était pas préparé et un questionnement : serions-nous prêts à affronter l’immortalité?

FUTUR NOIR
*Je les ai vues jaillir du sol, ces saloperies passaient entre
les planches par milliers. On aurait dit des fumerolles de
volcan, et elles se sont ruées sur moi!…elles m’ont grouillé
dessus comme des vers sur un cadavre, je ne voyais plus
rien, et ça remuait, ça bougeait, avec ce ronflement de
cargo…*
(Extrait : LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ)

LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ est d’abord le récit d’une vieille dame qui évoque les évènements qui ont marqué sa jeunesse dans les années 2200. Elle y explique son parcours et les personnages qu’elle a rencontré en particulier Cmatic, l’entomologiste-enquêteur, Cheng, une jeune fille en perdition et Iasmitine qui est selon moi le personnage le plus énigmatique de cette histoire.

C’est un récit étrange, profond, très noir et qui nécessite beaucoup de concentration car le style pourrait vous sembler monotone, la longue narration ne comportant que peu de dialogues, pas beaucoup d’action. Ajoutons à cela beaucoup d’espace consacré à la psychologie des personnages, un vocabulaire riche et souvent complexe et la culture asiatique dans laquelle évoluent les personnages qui m’est peu familière d’autant que l’histoire se déroule au 23e siècle. Donc l’auteure se laisse aller ici à l’anticipation du futur de l’humanité…un futur qui m’est apparu extrêmement glauque.

L’histoire est développé autour de deux thèmes qui sont loin d’être nouveaux sur le plan littéraire : premièrement les différences de statuts sociaux qui se résument clairement dans le récit : les riches et les pauvres, les forts et les faibles d’une façon plus précise eu égard à la vision de l’auteure ceux qui sont dans les bas-fond et ceux qui se terrent dans les hauteurs car il faut préciser ici que l’histoire se déroule surtout dans une mégalopole où les gratte-ciels sont d’une hauteur vertigineuse. Les biens nantis sont dans les étages supérieurs, les paumés en bas du 10e étage où la vie devient opaque, gluante et où la lumière du jour pénètre à peine.

Deuxième thème, l’immortalité. Ce n’est pas un thème original en soi mais il faut voir de quelle façon l’auteure déploie ses personnages autour de ce rêve universel. C’est à ce niveau que j’ai accroché, en particulier sur le personnage de Iasmitine, dispensatrice du philtre de la vie éternelle mais à quel prix? Ou devrais-je dire au prix de combien de vies et de souffrance.

C’est un roman très sombre, dérangeant où la mort et la vie s’entremêlent et dans lequel Catherine Dufour développe une vision tout à fait cauchemardesque du futur avec une touche de réalisme à faire frémir. Ce roman n’est pas facile à lire. Les chapitres sont très longs et la façon dont ils se suivent ne m’a pas semblé toujours logique. Mieux vaut le lire d’un coup ou tout au moins ne pas fermer le volume trop souvent.

Malgré tout, je recommande ce livre car il est d’une magnifique profondeur et est porteur de questionnements et de réflexion sur l’immortalité comme but à poursuivre. On ne peut faire autrement que de se questionner. Par exemple, avec l’avenir que l’humanité actuelle prépare à ses enfants, comment la terre pourrait-elle supporter une humanité immortelle? Jusqu’où irions-nous pour vivre éternellement? Est-ce que le jeu en vaut la chandelle? Quel serait le coût de l’immortalité en argent, en souffrances, en qualité de vie?

Ce livre est d’une grande force qui fait vibrer et pousse à la réflexion.

*La vie est une drogue terrible*

Catherine Dufour est une écrivaine française née en 1966. Elle commence à écrire à l’âge de sept ans et, forte d’une plume habile,  publie à 30 ans son premier roman : NESTIVEQNEN. Elle atteint la notoriété en 2005 avec LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ, roman de science-fiction et d’anticipation. Elle se signale aussi dans le recueil L’ACCROISSEMENT MATHÉMATIQUE DU PLAISIR dans lequel elle signe une nouvelle d’une exceptionnelle beauté : L’IMMACULÉE CONCEPTION, lauréate du grand prix de l’imaginaire 2007. Son expérience personnelle guide intimement sa plume sur des thèmes évocateurs et délicats comme la mort et la souffrance entre autres comme en témoigne LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ.

BONNE LECTURE
JAILU
MAI 2016

SUICIDE RADIEUX

 …Au cours de cette même nuit, ce qui restait
du village d’Ambergreave agonisait- une
agonie violente et grotesque, même pour
un monde transnormal…
(extrait de LE JOUR DES FOUS de Edmund Cooper,
Marabout, coll. Poussière d’Étoiles, 1966)

Commentaire sur
LE JOUR DES FOUS
d’Edmund Cooper

Les scientifiques constatent une augmentation spectaculaire des suicides en Angleterre. Le phénomène s’étend et devient mondial. Les suicidés se chiffreront bientôt par centaines de millions. Les savants qui ont nommé cette tendance *SUICIDE RADIEUX* arrivent à la conclusion que le soleil émet des radiations nouvelles et inconnues qui poussent au suicide. Pour des raisons inconnues, seuls étaient épargnés les  fanatiques, obsédés, déficients, les idiots, maniaques homicides  et dépravés. C’est tout ce qui restait pour assurer la survie du genre humain. Mais dans ce chaos, il reste un homme qui semble lucide : Mathew Greville, condamné à survivre dans un monde livré à la démence…

Bien que le sujet du livre soit surexploité, *élimé*, usé à la corde, il y a une certaine originalité dans le traitement. Les radiations Oméga n’épargnent que les cinglés, les inadaptés et les dégénérés. Ce n’est pas vraiment idéal pour rebâtir un monde. Mais l’auteur a bâti son histoire sur deux exceptions : le héro de l’histoire, Mathew Greville, un macho mysogine et égocentrique et Liz une bête de sexe mais qui a une certaine grâce et qui, avec une infinie patience, apprivoise Greville qui tombe graduellement amoureux.

Ensemble, ils devront survivre dans un infernal chaos, affrontant de cruelles bandes organisées dans un monde sans loi, devenu terne et sans morale. Même s’il y a beaucoup de *déjà vu* dans ce livre, l’histoire est imprégnée d’un caractère très fort qui expliquent probablement pourquoi LE JOUR DES FOUS compte parmi les meilleurs romans d’Edmund Cooper.

C’est sans doute le roman le plus grinçant de l’œuvre de Cooper. L’action est rapide, agressive. Le traitement est minutieux et fort. J’ajouterai que le portrait que livre l’auteur de la nature humaine quand celle-ci est confrontée à l’horreur et la déchéance est d’un réalisme qui m’a séduit, et ce, je le rappelle, même si le sujet est archi-usé (c’est le petit défaut de sa qualité). En fait je m’étais dit dans les premières pages…*flute…encore du post-apocalyptique* mais je n’ai jamais regretté d’être allé jusqu’au bout pour les raisons que j’ai déjà mentionnées et aussi à cause de la brillante imagination qu’a déployé l’auteur pour donner à ses héros l’impulsion et la force d’organiser la survie et de rebâtir un monde qui, en bout de ligne, trouvera son second souffle.

J’ai senti une certaine aisance de l’auteur à supprimer le monde normal pour le livrer à des déséquilibrés et à des cerveaux dans lesquels le génie chevauche la folie…des restes d’humains que l’auteur appelle des *transnormaux* . Je crois que l’auteur a voulu démontrer qu’entre un fou et un être normal, la différence peut-être négligeable dans un monde post-apocalyptique ou la seule préoccupation est de survivre.

Je cite ici en terminant, un propos de Paul, membre du triumvirat qui dirige les ANARS, le troisième et dernier groupe qui recueille Mathew et Liz. Il dit, avec une agressive honnêteté*Nous sommes à ce point cinglés que pour nous, la folie multipliée par mille représente la normale*. Une telle confession ne serait-elle pas le début d’une certaine sagesse?

C’est le cas je crois et c’est le défi du livre et de ses deux héros…rebâtir avec ce que l’on a et avec ce que l’on est.

Edmund Cooper (1926-1982) est un écrivain de science-fiction britannique.. Sa carrière de romancier débute vraiment au milieu des années 50 et il se spécialisera rapidement dans le roman cataclysmique. LE JOUR DES FOUS est son œuvre marquante, sa plus grande réussite. La plupart de ses romans sont plutôt noirs, citons LE DERNIER CONTINENT publié chez Marabout et LA DIXIÈME PLANETE publié chez Denoël  et L’EMPREINTE DE VÉNUS, publié chez Lattès.

BONNE LECTURE
JAILU
MAI 2014