LA GUERRE DES BOUTONS, livre de LOUIS PERGAUD

*…un livre où…coula la vie, l’enthousiasme et de rire,
ce grand rire joyeux qui devait secouer les tripes de
nos pères…*


(Extrait : LA GUERRE DES BOUTONS, Louis Pergaud,
édition originale : 1912, révisée en 1972 par Gallimard,
276 pages. Version audio : éditions Thélème, 2016, durée
d’écoute : 7 heures 19. Narrateur : Pierre-François Garel)

Les enfants de deux villages voisins se font la guerre. C’est sérieux. Moins sanglante que celle des adultes bien sûr, mais tout aussi dangereuse pour l’amour-propre de ceux qui, prisonniers, se retrouvent à la merci de leurs ennemis ! En effet, le butin de guerre des deux armées est constitué des boutons et lacets, attributs indispensables sans lesquels les malheureux tombés aux mains de l’ennemi se voient obligés de s’enfuir tout nus! Cette guerre épique et truculente rythme la vie des enfants de ces deux villages.

UN RELENT D’ENFANCE
*Les Longeverne ont voulu arriver les premiers. Ils ont allongé le pas quand les Velrans s’en sont aperçu, ils se sont mis à courir. Ils ont couru, puis ils se sont regardés de travers, se sont traités de feignants, de voleurs, da salops de pourris. De plus en plus, les deux bandes se rapprochaient.

Quand les hommes n’ont plus été qu’à dix pas les uns des autres, ils ont commencé à se menacer, à se montrer le poing…puis les femmes se sont amenées elles aussi…elles se sont traitées de gourmandes, de rouleuses, de vaches, de putains et les curés aussi mes vieux se regardaient d’un sale œil…* (Extrait)

(Extrait du film LA GUERRE DES BOUTONS réalisé par Yves Robert en 1962)

Début du XXe siècle, dans la campagne française, des enfants décident de se faire une guerre sans merci, façon de parler, mais ils doivent composer avec un tas de défis comme par exemple, faire comme si de rien n’était à l’école et tout cacher au soupçonneux et sévère Père Simon. Ensuite, les enfants devaient éloigner le plus possible leurs parents du théâtre de la guerre.

Puis il fallait financer la guerre. Je vous laisse découvrir toute l’ingéniosité des enfants. Enfin, il fallait s’organiser. C’est ainsi que les enfants se sont nommés un général, un lieutenant…on a fait comme les grands : stratégie, espionnage, ruse, logistique d’approvisionnement, expéditions punitives, quartier général.

Du début jusqu’à la fin, l’auteur a tout prévu, y compris la traîtrise, le châtiment, le trésor de guerre et la fureur des parents.

Ensuite, j’ai été émerveillé et séduit par la richesse et la saveur de la langue et j’ai découvert, à ma grande joie un heureux cousinage entre l’argot français de la Franche-Comté et le jargon québécois : pus au lieu de plus, soye au lieu de soit, les ceusses au lieu de ceux, queque chose au lieu de quelque chose, deusse au lieu de deux.

Ça fait un récit chantant, rythmique, extrêmement vivant. Une histoire pleine de candeur et du langage d’enfants : *Si j’aurais su, j’aurais pas venu* (Extrait) Je me suis même beaucoup amusé de cette capacité que l’auteur a prêté aux enfants de *débouler* des jurons en série

*Montre-toi donc, hé grand fendu, cudot, feignant, pourri ! Si t’es pas un lâche, montre-la ta sale gueule de peigne-cul ! va ! – Hé grand’crevure, approche un peu, toi aussi, pour voir ! répliqua l’ennemi.*(Extrait)

Ce qui m’amène à parler du narrateur, Pierre-François Garel qui a une voix magnifique et bien modulée. Lire le récit de Pergaud fut pour lui un défi. La narration de LA GUERRE DES BOUTONS est un enchantement avec un registre parfaitement ajusté à chaque personnage et une extraordinaire maîtrise des dialogues y compris ceux qui sont les moins châtiés… :

*On sait bien pourquoi tu n’oses pas te mettre tout nu…c’pass que t’as peur qu’on voit la tache de vin que t’as au derrière et qu’on se foute de ta fiole. T’as tort Boulo…ben quoi…la belle affaire…une tache au cul…c’est pas être estropié ça…c’est ta mère qui a eu une envie quand elle était grosse…elle a eu l’idée de boire du vin et elle s’est gratté le derrière à ce moment-là.  

Beaucoup de passages m’ont fait rire, y compris bien sûr les nombreuses salves de jurons que les enfants se lançaient entre eux… *Salops…triples cochons…andouilles de merde… batteurs de curés…enfants de putain… charognards… civilités…crevures…calotins…sectaires…chats crevés…galleux…, mélinars…combisses…pouilleux. (Extrait)  Je peux vous dire maintenant que Garel ne manque pas de souffle

LA GUERRE DES BOUTONS est un roman-jeunesse mais il convient tout à fait à tous les âges de la vie.  Il n’a pas vieilli et demeure un pur moment de plaisir. Une petite faiblesse si je peux me permettre. L’auteur suit surtout le camp de Longeverne. J’aurais aimé en savoir plus sur les sentiments des Velrans et leur plan d’action. Ça crée un certain déséquilibre.

En dehors de ce petit détail, LA GUERRE DES BOUTONS est un livre précieux et qui pousse à la réflexion sur la tolérance entre autres et sur le destin des futurs appelés de la première guerre mondiale au cours de laquelle l’auteur Louis Pergaud a perdu la vie.

Suggestion de lecture : LA MYSTÉRIEUSE BIBLIOTHÉCAIRE de Dominique Demers

Louis Pergaud était un écrivain français. Il est né le 22 janvier 1882 à Belmont dans le Doub. Ses parents s’appelaient Elie Pergaud (père) et Noémie Collette (mère). Il avait deux frères : Pierre et Lucien. Il devient orphelin à 18 ans, son père et sa mère étant morts à Fallerans à un mois d’intervalle.

Il a étudié à l’École Normale de 1898 à 1901. C’est un instituteur et un romancier français, surtout connu pour son principal roman : La Guerre des boutons. Il s’est marié avec Marthe Caffot. En août 1914, il est mobilisé pour ce qui deviendra la première guerre mondiale. Il est mort le 8 avril 1915. Son corps n’a jamais été retrouvé.

Bibliographie

L’Aube L’Herbe d’avril  1904
L’Herbe d’avril 1908
De Goupil à Margot 1910,  huit nouvelles qui parlent d’enfants et d’animaux
La Revanche du corbeau  1911
La guerre des boutons, roman de ma douzième année 1912
Le roman de Miraut chien de chasse  1913

Œuvre posthume
Carnet de guerre  1914-1915 (Pergaud raconte sa vie quotidienne pendant la première guerre mondiale).

LA NOUVELLE GUERRE DES BOUTONS, sortie en 1911 du réalisateur Christophe Barratier

Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 28 août 2021

 

 

MOTS D’EXCUSE, livre de PATRICE ROMAIN

*Des mots méprisants ou condescendants (un peu), des mots d’excuse ou de justification (beaucoup), des mots qui photographient le milieu familial (passionnément), des mots qui racontent, ou plutôt résument l’amour des
parents pour leur enfant et leur angoisse face au risque d’échec scolaire (à la folie), des mots insignifiants (pas du tout)*
(Extrait de l’avant-propos de MOTS D’EXCUSE de Patrice Romain, 2011, François Bourin éditeur, num. 55 pages)

Retards, absences, difficultés scolaires, contestations de notes… autant d’occasions pour les parents d’écrire au maître de leurs petites progénitures. Patrice Romain qui a été professeur, principal et directeur d’école pendant plus de 20 ans a recueilli, au fil des ans,  ces perles drôles ou émouvantes. Au-delà du sourire, ces billets sont également le reflet d’une société. Bien sûr, ces *mots* viennent de France mais vous allez voir qu’ils ont un évident caractère universel, de sorte que tous les parents du monde pourraient bien se reconnaître, et probablement en rigoler….des fautes d’orthographe entre autres.

ESSAYEZ DONC DE CHANGER LES PARENTS!
*Monsieur
excuser moi pour se Matin.
Car le petit frère à Sassia à
été Malade toute la nuit et
il a chié partou.
Merci d’avance.*
(Extrait : MOTS D’EXCUSE,
transcription intégrale)

L’EXCUSE EST HUMAINE…
MOTS D’EXCUSE est un opuscule de Patrice Romain qui a constitué comme un intermède dans mes lectures. C’est court, c’est drôle et ça porte un peu à réfléchir.

On ne peut pas vraiment critiquer MOTS D’EXCUSE. L’auteur a simplement réuni des mots de parents pour excuser leurs rejetons d’un retard à l’école par exemple, d’un devoir pas fait ou pour se plaindre d’une injustice dont ils pourraient être victimes.

On dirait que les raisons pour écrire un mot au prof sont aussi nombreuses qu’il y a d’élèves dans le monde. Romain a précédé son petit recueil d’un avant-propos dans lequel il explique qu’il en a vu de toutes les couleurs, laissant à penser que les parents comprennent peu le petit côté *missionnaire* du métier d’enseignant.

Je précise ici que Patrice Romain a publié intégralement les messages des parents. Pas de censure, pas de correction d’orthographe, pas de ponctuation. C’est du *mot pour mot*. Le résultat : c’est bourré de fautes.

Mais il faut aller au-delà de l’orthographe et se rappeler que les parents qui ont écrit ces messages sont issus du siècle dernier et ont connu une enfance encadrée par un contexte culturel et économique très différent. Et puis on peut aussi se poser cette question : est-ce que les ados d’aujourd’hui font mieux?

Je recommande aux parents de lire ce petit ouvrage pour rigoler bien sûr, mais aussi pour faire un petit exercice auquel je me suis moi-même livré : tenter de se reconnaître. Les mots sont tellement variés et touchent tellement de possibilités que par moment, le livre avait sur moi l’effet d’un miroir. Il faut se rappeler que le ridicule ne tue pas.

Un bref mais agréable moment de lecture. Je vous laisse sur cette perle :

*Madame, puisque vous voulez un mot d’excuse pour le retard de ma fille, Le voilà. Au revoir.*

Inspiré par sa longue carrière dans le monde de l’enseignement, Patrice Romain a publié plusieurs livres sur les évènements et les situations qui l’ont marqué. L’aventure a commencé en 1993 avec la publication de MON ÉCOLE, SES MAÎTRESSES, SES MAÎTRES : livre dans lequel il dresse un portrait de ses collègues enseignants du primaire vus par un élève.

Bien sûr, MOTS D’EXCUSE a suivi avec près de 100 000 exemplaires vendus. Patrice Romain est même allé jusqu’à exposer son expérience de sapeur-pompier volontaire dans son livre CHRONIQUES D’UN POMPIER VOLONTAIRE, paru en 2012 chez François Bourin. Je vous invite à consulter les notes biographiques et la bibliographie ici.

BONNE LECTURE
JAILU
28 AOÛT 2016