LE CHIEN DES BASKERVILLE d’Arthur Conan Doyle

*Barrymore fit un bond pour s’écarter de la fenêtre ;
un sifflement s’échappa de sa poitrine ; livide, tremblant,
il resta immobile devant nous. Ses yeux noirs qui, dans
le visage blanc, paraissaient encore plus noirs, allaient
de sir Henry à moi en exprimant autant d’horreur que de
surprise.*
(Extrait : LE CHIEN DES BASKERVILLE, Arthur Conan Doyle,
numérique, storylab éditions, 2014, 200 pages)

Une malédiction pèse sur les Baskerville, qui habitent le vieux manoir de leurs ancêtres, perdu au milieu d’une lande sauvage : quand un chien-démon, une bête immonde, gigantesque, surgit, c’est la mort. Le décès subit et tragique de Sir Charles Baskerville et les hurlements lugubres que l’on entend parfois venant du marais, le grand bourbier de Grimpen, accréditent la sinistre légende. Dès son arrivée à Londres, venant du Canada, Sir Henry Baskerville, seul héritier de Sir Charles, reçoit une lettre anonyme : « Si vous tenez à votre vie et à votre raison, éloignez-vous de la lande. » Malgré ces menaces, Sir Henry décide de se rendre à Baskerville Hall, accompagné de Sherlock Holmes et de son fidèle Watson.

Un célèbre cerbère
*Ce fut d’abord un murmure long, grave ; puis
un hurlement qui prit de l’ampleur avant de
retomber dans le gémissement maussade où
il s’éteignit. À nouveau il retentit, et tout l’air
résonna de ses pulsations : strident, sauvage…*
Extrait : LE CHIEN DES BASKERVILLE

LE CHIEN DE BASKERVILLE est un livre à part dans l’œuvre d’Arthur Conan Doyle…une petite escapade atypique comme ça s’est vu avec 10 PETITS NÈGRES d’Agatha Christie par exemple ou LA TOUR SOMBRE de Stephen King. D’abord le récit est plus long que les nouvelles habituelles de l’auteur, le texte est mieux travaillé et l’intrigue fait l’objet d’enquête d’une minutieuse attention. Le docteur Watson est plus présent, plus utile. Il fait corps avec Holmes qui lui, fait un peu moins office de maître un peu imbu comme j’ai pu l’observer dans l’ensemble de l’œuvre : *Je dois vous complimenter…pour le zèle et l’intelligence dont vous avez témoigné à propos d’une affaire extrêmement difficile*. (Extrait) Enfin, l’enquête qui est développée est beaucoup plus complexe, je dirais mystifiante. On a l’impression d’une petite touche de surnaturel. On était habitué à la légendaire réplique *élémentaire mon cher Watson* à quelques variantes près. Pas dans LE CHIEN DE BASKERVILLE où il n’y a rien de simple, encore moins d’élémentaire. 

Je ne m’étonne donc pas que LE CHIEN DE BASKERVILLE soit devenu dès sa parution au début du XXe siècle une des enquêtes les plus palpitantes et intrigantes de l’œuvre du Père Doyle…la mieux travaillée, la plus réussie. Et un détail qui m’a beaucoup plus, c’est qu’on a donné à Sherlock Holmes un peu plus d’humilité qu’à l’ordinaire, et surtout, du fil à retordre : *On ne peut pas toujours gagner, ni obtenir le succès qu’on espère, fit-il. Un enquêteur a besoin de faits, mais pas de bruits et de légendes. Cette affaire m’a déçu* (Extrait) Watson aussi, à qui on a beaucoup demandé dans cette aventure, était ébranlé par la complexité de l’affaire…un sentiment que l’auteur a le don de transmettre au lecteur… :

*- Ah ! Holmes, je suis heureux du fond de mon cœur que vous soyez ici ! Car vraiment ma responsabilité et le mystère devenaient trop lourds pour mes nerfs. * (Extrait) 

Avec une énigme aussi puissante, je ne suis pas surpris non plus que LE CHIEN DE BASKERVILLE ait été très largement adapté au cinéma, à la télévision et même à la radio. Près d’une trentaine d’adaptations dans différents pays et c’est sans compter les livre-jeux, les jeux vidéos, les bandes dessinées. Il y a même eu trois adaptations au théâtre. Tout ça fait de LE CHIEN DE BASKERVILLE l’œuvre la plus visitée et consultée de Conan-Doyle et probablement la plus adulée.

J’irai un peu plus loin…Rappelez-vous la prestation de Sean Connery dans le célèbre film LE NOM DE LA ROSE, adaptation de l’œuvre d’Umberto Eco. Connery jouait le rôle d’un ancien inquisiteur en visite dans une abbaye bénédictine pour enquêter sur une mort suspecte. Connery incarnait Guillaume de Baskerville. Ce nom est un clin d’œil d’umberto Eco à Sherlock Holmes et au roman d’Arthur Conan Doyle : LE CHIEN DE BASKERVILLE. 

Donc nous avons ici un très beau classique de la littérature policière, doté d’une écriture ferme, une puissante intrigue développée dans l’atmosphère embrumée, voire glauque de la lande anglaise. Pour moi c’est une trouvaille car Sir Charles de Baskerville est mort de peur apparemment à cause d’un chien sorti tout droit d’une malédiction ancestrale. Comment prouver que cette peur a été provoquée? Autrement dit, que Sir Charles a été assassiné et que Sir Henri court le même risque. Tout ça nous conduit à une finale fort bien imaginée tout à fait imprévisible et dans laquelle les spéculations surnaturelles prennent toutes leur sens. 

C’est un roman assez court, il se lit vite et bien. J’ai apprécié sa profondeur et le non-dit, c’est-à-dire l’atmosphère parfois épaisse qui se dégage de la lande, un endroit définitivement peu recommandable. J’ai aussi apprécié bien sûr l’intelligence de la machination et l’intensité des principaux personnages. Je vous recommande ce livre avec plaisir et je vous invite aussi à essayer au moins une adaptation cinématographique. Voyez ma suggestion ci-bas.

Il y a eu plusieurs adaptations du célèbre roman de Connan-Doyle.

Mon adaptation préférée du livre est de loin la version britannique réalisée en 1950 par Terence Fisher. C’était la première adaptation cinématographique en couleur du roman éponyme de Sir Arhur Conan Doyle publié en 1901. Je l’ai préférée à cause de l’atmosphère particulière du film rendue par Fisher et pour l’excellence de deux des meilleurs acteurs de films d’épouvante : Peter Cushing dans le rôle de Sherlock Holmes et Christopher Lee dans le rôle de Sir Henry Baskerville. André Morell incarne le docteur Watson.

Ce film fut l’une des grandes heures de gloire des studios de la Hammer. En haut, Holmes avec son fidèle Watson. En bas, Sir Henry Baskerville et Sherlock Holmes, incarné par deux icônes du cinéma : Peter Cushing et Christopher Lee.

Pour tout savoir sur l’auteur Arthur Conan Doyle,

cliquez ici.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 25 avril 2021

LE ONZIÈME PION

LE ONZIÈME PION

Commentaire sur le livre de

HEINRICH STEINFEST

*Ne le prenez pas personnellement, fit une voix
à côté de lui. –Je le prends on ne peut plus
personnellement, répliqua Stransky, estomaqué
par sa propre ironie. Il faut préciser que le blond
trapu, arrivé sans le moindre bruit par une
minuscule ruelle, lui braquait un revolver sur la
tempe. «Bonne nuit, dit l’homme.*

(Extrait : LE ONZIÈME PION, Heinrich Steinfest, Carnets
nord pour la traduction française. Édition numérique, 2012,
410 pages)

Georg Stransky dîne avec femme et enfant dans sa maison de banlieue lorsqu’un étrange projectile perturbe ce moment de paix : une pomme brise une vitre et finit sa course sous la table. Un incident vite oublié, si ce n’est qu’au matin, Georg a disparu. Pour Lilli Steinbeck, spécialiste des questions d’enlèvement, cette mise en scène n’est pas nouvelle. Sept hommes ont déjà disparu dans des circonstances similaires, avant d’être retrouvés morts aux quatre coins du monde, bien loin de leur Allemagne natale. Rien ne semble les relier, à part un passage à Athènes. C’est donc là que commence l’étrange enquête de Lilli Steinbeck, femme de pouvoir, attirante malgré son nez déformé. Le début d’une course étonnante, de Sanaa à l’île Saint-Paul, de la Namibie à la Forêt noire, pour ramener Georg Stransky à la maison.

LES POMMES QUI MYSTIFIENT
*Il ouvrit la bouche et mordit dans un fruit qui
n’existait peut-être que dans son imagination,
mais qui avait pourtant un goût douceâtre. Ni
céleste ni infernal, pas d’âmes réduites en purée
Ni de surdose quelconque. Un goût de pomme.*

(Extrait : LE ONZIÈME PION)

C’est le caractère bizarroïde de ce récit qui a maintenu mon intérêt jusqu’au bout. C’est en effet une histoire très bizarre, déjantée, hors-norme, surprenante. Ça reste un polar, mais l’écriture est très singulière et l’ensemble est assez insolite. L’histoire est d’autant originale qu’elle prend son envol grâce à une pomme… une simple pomme qui est passée par la fenêtre et a atterri sur la table des Stransky : Georg et Viola. Ça ressemble au mauvais coup classique d’un gamin mais, le lendemain matin, Georg n’était plus là. Il avait bel et bien disparu. L’enquête est confiée à Lili Steinbeck, une policière peinarde qui tranche par un nez spectaculaire et une routine bien précise incluant le coucher à 22 heures. Pour l’aider, Lili achètera les services de Spiridon Kallimachos, un obèse énorme qui fume comme un pompier, dort n’importe où et à n’importe quel moment et se déplace avec la grâce d’un hippopotame. Spiridon a aussi une mystérieuse particularité : la mort le fuie. On ne peut pas le tuer.

Pour faire court, Lili apprend que 7 personnes sont déjà disparues suivant le même scénario. Elle apprend surtout qu’elle se trouve au cœur d’un jeu sordide opposant Esha Ness, un monstre d’égocentrisme et qui tue à toutes fins pratiques pour s’amuser et le docteur Antigonis qui tente, avec sa femme, Zoe de sauver les pions car comme dans un jeu d’échec, les pions sont vite sacrifiables. Sauf qu’ici, il y a dix pions. Sept sont morts, le huitième est celui qu’on suit dans le récit, et deux sont à venir. Il est facile de s’imaginer qui est le onzième pion. La règle est simple, on enlève un pion, on l’expédie à l’autre bout du monde. On le relâche et on le tue. Une seule chose peut sauver un pion. Qu’il réussisse à retourner sain et sauf dans sa maison. Après il devient intouchable. Mais quel est le sort du huitième pion ? Qu’est-ce qui attend le onzième ? Et puis quel est ce lien à la fois mystérieux et cocasse qui unit Steinbeck et un bébé braillard appelé Léon ? Est-ce que quelqu’un viendra à bout de Kallimachos ? Quel est le sens de ce jeu tordu ?

Ce roman sort vraiment de tous les sentiers battus. Il y a dans le récit des rebondissements qui semblent défier la logique et une finale très curieuse, inattendue et encore une fois, j’ose utiliser l’expression *hors-norme*. J’aurais pu être déçu mais j’ai vu les choses différemment. Je crois que Heirich Steinfest fait délibérément bande à part en imprégnant ses histoires d’un caractère mystificateur avec une petite touche de surnaturel ou tout au moins d’inexplicable. Il va à contre-courant des formes classiques ou habituelles du polar avec en plus, une forme d’humour instantané que je décrirais de frisquet. C’est le cas spécialement dans les dialogues impliquant Lili Steinbeck et bien sûr le gros Kallimachos qui fera l’objet, chez le lecteur, de tous les questionnements.

Parlons-en des personnages d’ailleurs : ils sont bien travaillés, approfondis. Plusieurs sont attachants, particulièrement ce cher Spiridon. Je n’ai pas vraiment pu établir sa véritable utilité dans le récit mais très rapidement, il devient indispensable comme une poutre de soutien : incassable. Je pense enfin à Georg Stransky, le huitième pion : attachant à sa façon avec son esprit scientifique dédié à la zoologie et plus particulièrement à l’ornithologie et qui croise pendant sa tentative de sauvetage une espèce d’oiseau qu’on croyait éteinte.

Donc, nous avons ici une histoire abracadabrante qui met continuellement le lecteur en questionnement sur le développement parfois saugrenu de l’histoire. Je me suis souvent posé la question : Où est-ce que Steinfest veut en venir? Il faut bien s’en tenir au fil conducteur de l’histoire. Il est assez stable, mais il faut bien admettre qu’il dérape vers la fin du récit. Moi j’aime bien cette espèce de volonté de faire différent même si ça mène à une certaine *indiscipline littéraire*. C’est original. Enfin je ne jurerais de rien mais j’ai l’impression que l’auteur s’est ménagé une petite sortie pour une suite éventuelle. Pourquoi pas ? Étant donné qu’il y a encore plusieurs pions en suspension…

Donc c’est un livre qui m’a plu. Si vous décidez de l’attaquer, attendez-vous simplement à quelque chose d’audacieux, de différent.

Je n’ai pas trouvé beaucoup d’informations sur cet auteur sorti des sentiers battus, un peu rebelle, pamphlétaire. On sait qu’il est né en Australie mais issu d’une famille autrichienne. Il a grandi à Vienne. Au moment d’écrire ces lignes, il vit à Stuttgart où il est peintre et écrivain. Steinfest est un des opposants les plus connus au projet STUTTGART 21 contre lequel il a participé à plusieurs manifestations et manifestes. Son premier roman DER ALLESFORSCHER met en scène son propre frère, Michael Steinfest, mort à 23 ans dans un accident de montagne.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 19 février 2021

AGRIPPA

AGRIPPA
Le livre noir

Commentaire sur le livre de
MARIO ROSSIGNOL
et
JEAN-PIERRE STE-MARIE

*Il nest pas question de magicien ou de sorcier.
Il est question de l’éternelle lutte du bien contre
le mal. De la lumière contre les ténèbres. Le mal
peut adopter la forme de nombreux visages. Et
celui de l’homme est un de ses préférés.
(Extrait :  AGRIPPA Le livre noir, Mario Rossignol,
Jean-Pierre Ste-Marie, les éditions Michel Quintin,
2006, édition de papier, 350 pages)

1925 : Un mystérieux médecin du nom de William Black tente de s’emparer d’un exemplaire de l’Agrippa, grimoire maléfique signé par le diable et enfermé depuis 1855 dans le mausolée de l’église St.Mathew. La libération de l’Agrippa aurait des conséquences désastreuses pour les habitants de Sainte-Clothilde-de-Chateauguay. Pour éviter que le livre infernal ne se retrouve entre les mains de William Black, l’évêché de Valleyfield envoie d’urgence un prêtre aux dons pour le moins particuliers… car pour empêcher le mauvais sort de se répandre dans la campagne québécoise, l’Agrippa doit reprendre sa place dans les profondeurs de la crypte.

UN LIVRE INFERNAL
< L’Agrippa avait fait le malheur des siens
pendant des décennies. Et cette nuit,
même enterré dans l’église St. Matthew,
il ravissait la vie de son père et détruisait
la sienne. >
(Extrait : AGRIPPA le livre noir)

C’est un autre livre ayant comme toile de fond l’éternelle dualité entre le bien et le mal. Malgré tout, il a retenu toute mon attention car les auteurs ont trouvé le moyen d’être originaux, intenses et d’avoir tout mis en œuvre pour surprendre le lecteur. Si le début de l’histoire est lent, à l’image de la vie campagnarde québécoise des années 1920, le récit nous réserve une finale époustouflante qui n’est pas sans rappeler le film LE CORBEAU de Roger Corman qui adapte au cinéma la nouvelle d’EDGAR ALLAN POE. J’y reviens plus loin. Je veux dire ici que tout ce qui se dégage du récit de mystérieux, surnaturel incluant la maîtrise d’une science qui va au-delà de toute compréhension me rappelle Edgar Poe et la façon singulière qu’il avait de mystifier le lecteur.

L’histoire raconte l’inévitable rencontre entre le curé Laberge, un prêtre formé pour affronter les manifestations du mal, et le docteur William Black dont le seul objectif est de s’emparer de l’Agrippa : un livre énorme, de la taille d’un homme, mû par une force *élémentale*, c’est-à-dire, dans le cas de l’Agrippa, des forces sombres de l’univers liées à l’enfer…*Je suis l’Église du Diable, le sanctuaire du mal en ce monde, je suis la porte par laquelle le malheur arrive* (Extrait) Au départ, l’Agrippa est en dormance dans la crypte de l’église Sainte-Clothilde. Black veut s’en emparer et s’en nourrir pour devenir le maître du mal et asservir l’homme. Laberge veut maîtriser Black et détruire l’Agrippa. Ça donnera lieu à un combat dans lequel les incroyables forces libérées sont innommables et deviennent rapidement hors de contrôle.

Dans la version LE CORBEAU de 1963 réalisée par Corman, on assiste à un duel extraordinaire entre le mage noir incarné par Boris Karloff et le mage blanc incarné par Vincent Price. Pour les moyens de l’époque, c’était magnifiquement réussi. Le lien m’a semblé aller de soi car Black et Laberge ont la même maîtrise des éléments, la même volonté de vaincre mais de toute évidence, il y en a un qui est mal préparé. Je n’en dis pas plus mais le combat entre les deux forces primaires est particulièrement bien ficelé…*Celui qui n’est pas préparé au grand livre noir peut se voir conduit à la folie, ou tout simplement à l’anéantissement total, car toute la fureur et tout le feu de l’enfer couvent dans ses pages.* (Extrait)

Donc j’ai aimé cet ouvrage pour ses rebondissements mais aussi pour la beauté de son écriture. Elle est tranchante, mais son vocabulaire est très étendu et elle magnifie l’érudition, en particulier l’histoire. Les auteurs n’hésitent pas non plus à donner la parole à des monstres sacrés de la littérature… : *Et la terre est au soleil ce que l’homme est à l’ange (Victor Hugo 1802-1885)* Ils citent aussi Saint-Augustin pour donner l’heure juste sur nos croyances… : *Les miracles ne sont pas une contradiction de la nature, ils sont simplement une contradiction de ce que nous savons de la nature. Saint-Augustin (354-430)* Et comme j’ai senti l’influence d’Edgar Allan Poe dans L’atmosphère éthérique du récit, il ne faut donc pas se surprendre de trouver une citation de Charles Baudelaire. Dans ce livre, ce ne sont pas les citations qui manquent…Victor Hugo, Paracelse, Sainte Beuve, Théophile de Viau, Machiavel et même Roosevelt. Toutes les citations sont insérées de manière à illustrer et enrichir le propos. J’ai remarqué que les auteurs utilisent beaucoup le latin. Ça donne l’impression que le curé Laberge veut impressionner avec son savoir étendu. Ça fait un peu pompeux et c’est irritant. Quoiqu’il en soit, mon attention reste focalisée sur l’action et l’intrigue. C’est ce qui compte.

Donc ce livre m’a plu. J’y ai senti de l’émotion, de l’urgence. La première moitié du récit pourrait décourager des lecteurs car il y a des longueurs, le rythme est plus lent mais accrochez-vous au fil conducteur qui est clair et solide car dans la deuxième moitié du récit, vous ne verrez pas le temps passer. Les personnages principaux sont bien travaillés et bien sûr, je suis sensible au fait que l’intrigue se déroule dans une région du Québec et le caractère surnaturel de l’histoire y est inséré de façon intelligente. Très bon concept en général. Tout est en place pour la suite. C’est toute la série qui est prometteuse. C’est une très bonne lecture.

(Photo : INFOSuroit.com)

Mario Rossignol et Jean-Pierre Sainte-Marie, deux cousins natifs de Sainte-Clotilde-de-Chateauguay, ont toujours adoré la lecture. Leur fascination pour l’histoire, la théologie et le fantastique leur a permis d’écrire Agrippa, leur tout premier roman qui deviendra une véritable saga. Attiré spécialement par la théologie, Mario Rossignol lira la bible en entier. Il s’intéressera en particulier aux prophéties dont bien sûr l’apocalypse de Jean. Jean-Pierre Sainte-Marie, détenteur d’un certificat en création littéraire est plutôt passionné par les romans historiques et voyage beaucoup. L’association des deux passions donneront naissance à cette passionnante série qu’est AGRIPPA.

LA SUITE

         

         

 BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche  août 2020

LA THANATOLOGIE DÉMYSTIFIÉE

AVIS DE DÉCÈS
Les tribulations d’un croque-mort

Commentaire sur le livre de
Daniel Naud

*Et cette chose me guette, en attente, les
mâchoires exhibées. Installé entre les
pédales de frein et d’accélération, le crâne
de l’homme me fixe de ses sombres orbites
vides. Tombé de son emplacement
original, il repose entre les pieds de son
propre corps.*
(Extrait : AVIS DE DÉCÈS les tribulations d’un
croque-mort, Daniel Naud, Perro éditeur,  2013,
édition numérique, collection i book)

AVIS DE DÉCÈS LES TRIBULATIONS D’UN CROQUE-MORT est un recueil anecdotique inspiré de l’expérience personnelle et professionnelle de l’auteur, le québécois Daniel Naud, thanatologue depuis 1992. L’auteur répond à presque toutes les questions que se pose le commun des mortels sur son métier, dévoilant ainsi les aspects techniques et rituels généralement classés par le grand public comme des mystères. Mais pour l’auteur, il n’y a pas de mystère, seulement une retenue imposée par le respect, les traditions et les émotions. Les explications livrées par les différents récits contribuent à apporter une meilleure compréhension sur un monde mystérieux, un mystère qui a toujours terrorisé les humains : la mort… un vécu d’embaumeur raconté d’une façon très personnelle, parfois avec humour, mais surtout avec respect.

La thanatologie démystifiée
*Ce recueil ne vise pas le sensationnalisme, mais
bien la présentation des facettes cachées du
domaine funéraire, et le partage d’histoires
parfois touchantes, drôles, stupéfiantes et
même à lever le cœur*
(Extrait du prologue de AVIS DE DÉCÈS LES
TRIBULATIONS D’UN CROQUE-MORT)

AVIS DE DÉCÈS est un ouvrage original qui ouvre la porte sur un monde fascinant qui suscite de nombreuses interrogations et ce, depuis les origines de la vie : LA MORT. L’auteur sait de quoi il parle puisqu’il est lui-même thanatologue depuis de nombreuses années. Dans ce recueil, Naud a soigneusement évité les artifices, l’humour crasse. Il n’est pas question non plus de vie après la mort. Je dirais plutôt que ce livre, dans lequel le respect est omniprésent, développe un sujet aussi mystérieux que la mort elle-même : la thanatologie et la thanatopraxie, c’est-à-dire la gestion de la mort. Pour en parler, l’auteur a choisi de raconter, de façon personnelle et directe, quelques histoires tirées de son vécu d’embaumeur.

Dans ses récits, Daniel Naud nous livre, de façon exhaustive, les grands thèmes qui se rapportent à sa vocation en commençant par sa propre perception de la mort, l’aspect rituel, les aspects techniques comme ceux relatifs à la décomposition, la préservation d’un corps et tout ce qui doit être fait avant l’exposition y compris l’accompagnement des familles en deuil, les aspects complexes de la récupération de corps sur les lieux d’accident, les risques liés à son métier et les sentiments qu’il éprouve…

C’est un récit simple, dépourvu de sensationnalisme qui nous rappelle que les thanatologues sont des êtres humains et empathiques. On ne peut rester indifférent à un tel livre parce que la mort fait peur, mais la fin de la vie suscite tellement de questionnements, de curiosité qu’on ne peut résister à un récit développé avec autant de délicatesse que de franchise. Dans ce recueil, j’ai ressenti de l’émotion…une émotion stimulée par un choix approprié des mots et un certain humour empreint d’une bienfaitrice retenue.

Malgré quelques passages morbides obligés, le livre est équilibré et bien ventilé et livre même des moments qui nous arrachent quelques sourires comme par exemple dans le chapitre COUP DE FOUDRE AU CIMETIÈRE où l’auteur raconte comment il est tombé en amour ou encore le chapitre L’HABIT NE FAIT PAS LE MORT qui raconte une incroyable confusion de vêtements sur des défunts.

Ce livre est un peu plus qu’un simple ABC de la thanatologie car la vie professionnelle et même personnelle de ce que l’on appelle encore aujourd’hui un croque-mort y est livrée avec la mémoire des yeux et du cœur. Pour ma part, je crois que ma curiosité a été satisfaite.

Daniel Naud est un thanatologue et écrivain québécois né à St-Félicien, au Lac St-Jean, en 1971. Il évolue de près ou de loin dans le domaine funéraire depuis une vingtaine d’années et il adore ce métier qui lui permet d’aider les gens tout en vivant diverses émotions. Passionné depuis toujours par les sciences et la littérature, il poursuit avec bonheur son rêve d’écriture.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
OCTOBRE 2015