17 nouvelles enquêtes de Sherlock Holmes…

ET DU DOCTEUR WATSON
version audio

Commentaire sur les récits d’
ARTHUR CONAN DOYLE

*Et voici pourquoi un grand scandale menaçait le royaume
de Bohême et comment les plans de Sherlock Holmes furent
déjoués par une femme. Il avait l’habitude d’ironiser sur la
rouerie féminine. Depuis ce jour, il évite de le faire.*
(Extrait : 17 NOUVELLES ENQUÊTES d’après Arthur Conan
Doyle, éditeur : Compagnie du savoir, 2018, durée d’écoute :
17 heures 12 minutes.  Narrateur : Nicolas Planchais)

Les  titres :
Un scandale en Bohême,
La disparition de Lady Frances Carfax,
La ligue des rouquins,
Le rituel des Musgrave,
Le pouce de l’ingénieur,
Flamme d’argent,
Le gentilhomme célibataire,
Le diadème de béryls,
La bande mouchetée,
Une affaire d’identité,
Les Hêtres d’or,
L’escarboucle bleue
L’aventure du pied du diable,

L’aventure du cercle rouge,
Les cinq pépins orange,
Le mystère de la vallée de Boscombes,
L’homme à la lèvre tordue.

UNE PETITE PARTIE DU CANON
*J’ai en effet quelques raisons de croire que
toutes sortes de bruits ont couru un peu
partout concernant la mort du docteur
Grimesby Roylotte tendant à rendre cette
affaire un peu plus terrible que la vérité.*

Sherlock Holmes est une des plus grandes figures de la culture populaire et son seul nom est synonyme de mystère policier, de brouillard londonien et de crimes énigmatiques. Sherlock Holmes est le détective privé par excellence. Devenu très rapidement un véritable mythe, avant même la sortie de sa soixantième et dernière aventure, Sherlock Holmes demeure pour certains, un héros de fiction créé par Arthur Conan Doyle.

Mais pour le plus grand nombre, c’est un homme « qui a vraiment existé », dont les enquêtes sont rapportées par son ami, le docteur Watson. Les exploits de Sherlock Holmes ont été traduits dans le monde entier, ils ont été adaptés de multiples fois au théâtre, à la télévision, en BD et au cinéma.

Ce fut un plaisir pour moi de renouer avec le grand Sherlock Holmes impliqué cette fois dans 17 nouvelle enquêtes colligées et racontées par le biographe de Holmes, le célèbre docteur Watson. Je reviens souvent sur ces grands classiques de l’investigation comme je le fais par exemple avec Agatha Christie. ENTENDRE 17 récits d’enquête du célèbre détective fut pour moi une très belle expérience pour plusieurs raisons : d’abord l’aura très particulière qui se dégage de Holmes, son caractère, sa personnalité.

Dans l’ensemble de l’œuvre de Conan-Doyle, Holmes est constant : doté d’une mémoire extraordinaire, d’un calme olympien, majestueux, guindé, très british, sûr de lui. À chaque incursion nouvelle dans l’univers du détective, on découvre une nouvelle qualité ou un nouveau défaut selon les goûts de chacun. Plusieurs de ces attributs ont contribué à mettre quelque peu dans l’ombre de célèbres limiers de la littérature comme le chevalier Auguste Dupin d’Edgar Allan Poe par exemple.

L’influence de Sherlock Holmes sur la littérature policière moderne est évidente même si le personnage représente, pour moi en tout cas, l’antithèse du détective moderne. Je note par exemple, que dans les enquêtes de Holmes, il n’y a à peu près aucune mention des états d’âmes du détective alors que les auteurs modernes ne se privent pas pour les étaler en série.

Une autre raison qui m’a fait apprécier 17 NOUVELLES ENQUÊTES est l’excellente performance du narrateur Nicolas Planchais. Sans savoir encore de qui il s’agissait, j’étais porté à croire qu’il y avait deux narrateurs, une voix pour Holmes et une autre pour le docteur Watson. Puis j’ai finalement réalisé que Planchais accordait à chaque personnage un registre vocal très précis, en plus de s’ajuster aux autres personnages en leur donnant une signature suffisamment distincte pour être efficace.

Il a aussi magnifiquement relevé le défi avec les personnages féminins. De plus, Nicolas Planchais a poussé son harmonique vocale jusqu’à faire ressortir les personnalités de Holmes et Watson et même certains attributs peu signalés dans les critiques en général comme le snobisme par exemple et dans le cas de Holmes, une estime de soi un peu hors-norme.

Étrangement, cette qualité du narrateur a fait ressortir, ce qui serait pour moi une des rares faiblesses de l’œuvre: par la vitesse et la qualité de ses déductions, Holmes fait parfois paraître Watson sensiblement insignifiant. Ce n’est qu’une apparence mais il en résulte que j’ai peu d’empathie pour Holmes et beaucoup pour le bon docteur.

J’ai donc beaucoup aimé mon expérience audio. Nous avons ici 17 récits variés, un mélange sensiblement hétéroclite de genres. Chaque récit débute par un soupçon de philosophie *Holmsienne* avant d’introduire le cas d’enquête.

Ce recueil est à l’image de l’œuvre de Conan-Doyle. Son héros planche d’abord sur la résolution d’énigmes avant la résolution d’un crime, ce qui donne des raisonnements souvent complexes et profonds. Près de 135 ans après sa création, Sherlock Holmes demeure une légende, un monstre sacré de la littérature à l’échèle planétaire. Cette œuvre audio est un enchantement.

Arthur Ignatius Conan Doyle (22 mai 1859-7 juillet 1930) est un écrivain écossais, célèbre pour ses romans mettant en scène le détective Sherlock Holmes, considéré comme une innovation majeure du roman policier. Cet écrivain prolifique a également travaillé dans le domaine de la science-fiction, des romans historiques, des pièces de théâtre et de la poésie. Ses premiers écrits, encore exempts de son célèbre personnage Sherlock Holmes, sont publiés en 1879, peu après qu’il a arrêté d’exercer son activité de médecin, et c’est en 1887 qu’apparaissent sur la scène littéraire britannique le mondialement connu détective londonien et son ami et assistant le docteur Watson.

L’engagement politique de Conan Doyle, notamment en faveur de la guerre en Afrique du Sud, ainsi que son titanesque travail littéraire (plus de cinquante livres et un nombre impressionnant de nouvelles), lui valent d’être proclamé chevalier en 1902: il devient alors « Sir » Arthur Conan Doyle. Sir Arthur Conan Doyle meurt d’une crise cardiaque le 7 juillet 1930, riche et célèbre. Ironie du sort, son oeuvre historique, à laquelle il accordait la plus grande importance, est aujourd’hui presque oubliée. En revanche, son personnage Sherlock Holmes, qu’il considérait comme une littérature alimentaire, est aujourd’hui mondialement célèbre.

Comédien, Nicolas Planchais tourne régulièrement au cinéma et à la télévision. Il aime particulièrement travailler avec sa voix qu’il prête à de nombreux documentaires et, plus récemment, à des livres audios.



Peter Cushing et André Morel comptent parmi les plus célèbres interprètes de Sherlock Holmes et du docteur Watson.

Bonne écoute
Claude Lambert
Le dimanche 3 octobre 2021

 

LE LIVRE qu’il ne faut surtout, surtout pas lire

COMMENTAIRE SUR LE LIVRE DE
SYLVIE LAROCHE

*Il a lu et puis…rien. Aucun effet. Alors, il a essayé à voix haute. Fiasco. Les mots se dégonflaient sur le bord de ses lèvres comme des ballons de Baudruche. De rage, Max a balancé le bouquin à l’autre bout de sa chambre. Et tant pis si ce n’était pas le sien ! Le vendredi suivant,  pourtant, il a retrouvé toute la magie de l’histoire dans la voix de madame Coquelicot. Il s’est dit ce jour-là qu’il appartenait à l’espèce rare et méconnue de ceux qui lisent avec leurs oreilles.*  (Extrait : LE LIVRE QU’IL NE FAUT surtout, surtout, surtout pas lire, Sophie Laroche, éditions de Mortagne 2019,  réédition, MicMac, papier, 293 pages)

<L’AVENTURE DE TES RÊVES> est le dernier livre à la mode. Tout le monde le lit. Tout le monde sauf Max ! Il déteste la lecture ! Surtout depuis que cet étrange livre a envoûté toute l’école, surtout ses meilleurs copains. Plus personne ne joue à l’heure de la récré. Il y a de quoi se poser quelques questions.

Max est le seul à pouvoir percer le mystère de ce livre plus qu’inquiétant… Seul ? Ça reste encore à voir… Il y a des alliés qu’on imagine pas !

L’INTERDIT QUI ATTIRE
*Max, seul face à sa feuille blanche fulmine.
Il n’a aucune idée. Enfin, oui, il en a bien
une. «Ce serait l’histoire d’un escroc qui
se fait passer pour un écrivain et d’élèves
qui se laissent berner. Sauf un. Parce qu’il
a horreur de lire.*
(Extrait)

C’est une belle petite histoire, écrite très simplement. Elle n’a rien de spectaculaire ni de compliqué et pourtant, il en sort comme une espèce de magie. Faut-il se surprendre que le héros d’un livre soit quelqu’un qui n’aime pas lire ? Voici l’histoire de Max : un jeune préado qui déteste lire. Depuis quelque temps Max est seul. Personne pour jouer ou avec qui rigoler. Pourquoi? Parce que tout le monde est plongé dans la lecture d’un livre qui envahit d’un coup le marché de la littérature jeunesse et qui est signé Marc Norenêt.

Tout le monde a le nez dans ce livre, les jeunes, les parents et même le directeur de l’école qui néglige carrément sa tenue et l’ordre de son bureau. Max ne comprend pas et trouve même louche cet engouement soudain pour un livre et surtout d’une directive capitale de son auteur pour ne pas raconter l’histoire aux autres. Max décide de tirer tout ça au clair. Mais pour enquêter, il aura besoin d’alliés.

Une élève de sa classe, Hortense pour laquelle le livre a un peu moins d’attraction et madame Coquelicot, la bibliothécaire, acceptent d’aider Max dans son enquête. Ce qu’ils vont découvrir va les laisser pantois…non seulement sur le contenu du livre mais sur son auteur, le fameux Marc Norenêt, tant adulé.

Tout m’a attiré dans ce livre. D’abord, l’originalité. Regardez à nouveau l’image plus haut : un gros cadenas verrouillé sur des chaînes liées dans le quatrième de couverture. Pour les jeunes lecteurs et lectrices le titre peut être à double sens. Soit qu’il ne faut pas lire ce livre ou que CE LIVRE PARLE d’un livre qu’il ne faut surtout pas lire. C’est peut-être mêlant mais avouez que c’est de l’interdit plutôt attractif, surtout si on tient compte de pages de garde remplies de têtes de mort qui sont comme on le sait, les symboles du poison.

Donc la présentation est fort originale, attire l’attention et attise la curiosité. Ça ne s’arrête pas là. J’ai beaucoup apprécié Max. Beaucoup de jeunes de 9 à 13 ans vont se reconnaître à travers ce gentil bonhomme. C’est vrai, il n’aime pas lire mais il aime qu’on lui fasse la lecture, idée que je trouve excellente et qui fait un beau clin d’œil aux livres audios.

En général, tous les personnages sont attachants et sympathiques (il y a toujours une exception, le petit détestable de la classe Augustin Kacerol), les illustrations de Jean Morin expressives et vivantes et bien sûr je ne parlerai pas de ce qui rend ce livre si addictif. Je mentionnerai simplement que j’ai trouvé l’idée excellente.

La petite faiblesse de l’histoire réside dans le développement du procédé qui rend le livre addictif. L’idée est géniale, mais à mon avis, elle est sous-développée. Peut-être l’auteure a-t-elle reculé devant les explications techniques qui auraient pu rebuter les jeunes lecteurs ou peut-être a-t-elle jugé que ce que madame Coquelicot a découvert était largement suffisant pour la compréhension du texte, l’idée étant d’abord d’encourager les jeunes lecteurs à lire et je ne soulignerai jamais assez l’importance de développer ce goût de la lecture.

C’est très personnel, et je suis loin d’avoir 10 ans (dans mon cas, il faut multiplier un peu) mais j’aurai aimé en savoir plus sur les facteurs qui rendent le livre si irrésistible ainsi que sur les agissements et la personnalité de Marc Norenêt.

Pour résumer, c’est une petite lecture irrésistible dont le but à la base est de donner le goût de la lecture aux lecteurs et lectrice de première génération et d’établir certains des principes de l’addiction. Sincèrement, j’espère avoir d’autres nouvelles de Max…ce jeune homme qui aime *lire avec les oreilles*…

   

Sophie Laroche a grandi au bord de la mer, à Wimereux, dans le Pas-de-Calais. Mère de trois enfants, elle partage sa vie entre l’écriture pour la jeunesse, la rédaction d’articles comme pigiste pour un magazine féminin et les rencontres dans les écoles. Elle a obtenu plusieurs Prix de littérature jeunesse : Prix 7 à Lire de Grand Quevilly – Prix Au Fil des Pages – Prix des Drôles et des Drôlesses – Prix Graines de lecteur de Pau – Prix Jeunes Poissons – Prix Montmorillon – Prix Renaudot des Benjamins. Elle a signé près d’une quarantaine de livres, dont le carnet de Grauku et LE LIVRE QU’IL NE FAUT SURTOUT, SURTOUT, SURTOUT PAS LIRE.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 24 septembre 2021

 

L’ODYSSÉE DU TEMPS, livre 1 ARTHUR C. CLARKE

L’OEIL DU TEMPS

*Josh fut le premier à entendre le crépitement. Il
se tourna vers l’est pour voir les nuages de
poussière soulevée dans les airs. Ça recommence.
J’ai déjà entendu ça. Rudy, accaparé par le
déferlement de violence en cours marmonna : Qu’
est-ce qu’il y a encore ? *
(Extrait : L’ODYSSÉE DU TEMPS, tome 1 L’ŒIL DU TEMPS,
Arthur C. Clarke, Stephen Baxter, édition originale, 2003,
édition de consultation : Bragelonne, 2010, 381 pages. Version
audio : Hardigan 2017, durée d’écoute : 11 heures 3 minutes,
narration : Arnauld Le Ridant.)

En un instant, une force inconnue a morcelé la Terre en une mosaïque d’époques, de la préhistoire à l’an 2037. Un gigantesque puzzle qui résume l’évolution de l’espèce humaine. Depuis, des sphères argentées planent sur toute la planète, invulnérables et silencieuses. Ces objets mystérieux, issus d’une technologie prodigieuse, sont-ils à l’origine de ces bouleversements ? La réponse se trouve peut-être dans l’antique cité de Babylone, dont proviennent des signaux radios… Une poignée de cosmonautes et de casques bleus sont jetés dans cette situation incroyable, les uns dans l’armée d’Alexandre le Grand, les autres aux côtés des hordes de Gengis Khan ! Tous convergent vers Babylone, déterminés à connaître son secret… et accaparer le pouvoir qu’elle recèle. Mais une puissance mystérieuse observe les deux armées, attendant l’issue de la bataille…

MORCELLEMENT TEMPOREL
*La lente rotation du vaisseau offrait maintenant à Kolia
une vue de l’immense disque de la terre. Ils survolaient
l’Inde en train de s’enfoncer dans le crépuscule. Au nord
du sous-continent, l’ombre des chaînes de montagnes
s’allongeait mais il paraissait y avoir des changements
à la surface de la terre. Des tavelures, comme le jeu des
reflets du soleil sur le front d’un lac aux eaux agitées.
(Extrait)

Au départ, tout m’a attiré dans ce livre : la page couverture, le synopsis, la réputation des auteurs et le titre qui évoque un de mes thèmes favoris dans l’univers de la science-fiction : LE TEMPS et bien sûr, ce qui découle du thème : voyage dans le temps, paradoxes temporels, compression de l’espace et du temps. Lire des histoires qui manipulent le temps est une passion pour moi car la plupart du temps, ces histoires posent des problèmes qui constituent pour le lecteur un véritable défi.

Voyons ce qui se passe dans L’OEIL DU TEMPS : Nous sommes en 2037, l’hélicoptère Little Bird des Nations unies s’écrase au Pakistan avec son équipage formé des trois officiers, l’Américain Casey Othic, la Britannique Bisesa Dutt, et l’Afghan Abdikadir Omar. Un évènement extraordinaire va alors basculer la vie de nos héros. Les naufragés, qui sont tous sains et saufs, sont alors capturés par des soldats de l’empire britannique de l’an 1885 et ramenés dans la forteresse de Jamrud, sur la frontière du Nord-Ouest où ils feront la connaissance du célèbre écrivain britannique Rudyard Kipling. Toutefois, en 1885, Kipling est jeune et encore inconnu. Que s’est-il passé…un saut de 2037 è 1885.

Nos héros ont été victimes d’une déchirure du temps, une discontinuité temporelle qui a départagé le monde en portions spatio-temporelles et va le reconstruire,  forçant Casey, Bisesa et Abdikadir à forger des alliances improbables avec des gens d’époques différentes. C’est ainsi que Rudyard Kipling s’est retrouvé dans le décor et qu’on assiste au déplacement de deux méga-armées : celle de Gengis Khan (1155-1227) fondateur de l’Empire Mongol et l’armée d’Alexandre Le Grand (356 avant J.C.-323 avant J.C.) considéré comme un des plus grands généraux de l’histoire et qui a présidé pendant 20 ans aux destinées de la Macédoine.

La discontinuité spatio-temporelle réunit deux personnages historiques de premier plan dont les armées convergent vers Babylone, source d’un signal et même d’un mystérieux pouvoir. Ces évènements sont observés de très près par des sphères étranges que l’auteur appelle *des oeils* et qui s’alignent tout le long du parcours de nos héros dans cette terre refaçonnée par un caprice du temps. Mais en fait, s’agit-il d’un caprice ou d’une machination?

C’est un roman plein de trouvailles, riche en histoire et en science bien sûr, je pense à la célèbre théorie de la relativité du non moins célèbre Albert Einstein et de la théorie des cordes qui expliquerait la réorganisation de l’espace conjuguée avec celle du temps. J’avais peur que les auteurs se perdent dans des envolées scientifiques interminables. Mais non. Je dirais que le roman est parfaitement en équilibre. Il est magnifiquement documenté sur les plans de l’histoire, de la science et de la géographie. L’histoire a été bien imaginée et bien travaillée. On sent que les auteurs ont vraiment travaillé fort à chercher une vraisemblance quant aux effets d’un morcellement du temps et de l’espace.

La richesse des dialogues est aussi digne de mention. Nos héros philosophent sur le devenir de l’humanité, les mécanismes du temps et bien sûr sur les paradoxes temporels : *Ces deux-là sont un seul et même homme, le moinillon et le vieux lama réunis par les failles temporelles et le garçon sait que quand il sera vieux, il se verra un jour tout jeune arrivé à la steppe…* (Extrait)

Dans ce livre, la matière à se creuser la tête ne manque pas et c’est un vrai régal. Par exemple, dans L’ŒIL DU TEMPS, si Kipling meurt jeune et inconnu, est-ce que ses écrits célèbres disparaîtront si on tient compte du fait qu’ils n’ont jamais été écrit. Il y a beaucoup à dire sur un livre comme celui-là mais je dois me limiter et je terminerai avec les personnages. Je les ai trouvés bien travaillés, soignés et d’une belle profondeur et ils sont attachants. On est bien quand ils sont là.

Bref, très bon livre. L’histoire est assortie d’une intrigue solide comprenant des sous-intrigues qui seront finalement résolues au fil de la saga comme les mystérieuses sphères. Le domaine mystérieux du temps y est abordé d’une façon crédible et originale. Excellent divertissement.

Sir Arthur C. Clarke (1917-2008) est l’un des plus grands écrivains de science-fiction de l’histoire avec H.G. Wells et Isaac Asimov. Il a livré d’innombrables classiques et des chefs-d’œuvre tel que le célèbre 2001 : l’odyssée de l’espace. À ce propos, Le 10 septembre 2007, alors qu’il ne peut plus se déplacer autrement qu’en fauteuil roulant à cause des séquelles de la poliomyélite, il envoie depuis le Sri Lanka un message de félicitations pour le survol par la sonde Cassini du satellite de Saturne JAPET. Cet évènement représente pour lui une référence à son roman 2001 : l’Odyssée de l’espace.

Son œuvre visionnaire et humaniste a influencé d’autres grands auteurs comme Stephen Baxter. Né en 1957, ce dernier est l’un des chefs de file de la SF contemporaine, avec plus de trente romans à succès, dont Voyage et Les Vaisseaux du temps.

Auteur très prolifique si on ajoute à ses trente romans plus de 150 nouvelles, Baxter écrit de la science-fiction critique, pointilleuse, basée sur des découvertes technologiques et scientifiques solidement attestées. La conquête spatiale et les défis technologiques, politiques et humains qu’elle pose font parties de ses thèmes de prédilection (Titan, Voyage, Poussière de Lune). Il situe ses œuvres dans un futur proche, ou même revisite le passé pour recomposer l’histoire de la conquête spatiale, ce qui ne l’empêche pas du tout de cultiver un sens aigu de l’intrigue.

LA SUITE

Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 19 septembre 2021

 

LE ONZIÈME PION

LE ONZIÈME PION

Commentaire sur le livre de

HEINRICH STEINFEST

*Ne le prenez pas personnellement, fit une voix
à côté de lui. –Je le prends on ne peut plus
personnellement, répliqua Stransky, estomaqué
par sa propre ironie. Il faut préciser que le blond
trapu, arrivé sans le moindre bruit par une
minuscule ruelle, lui braquait un revolver sur la
tempe. «Bonne nuit, dit l’homme.*

(Extrait : LE ONZIÈME PION, Heinrich Steinfest, Carnets
nord pour la traduction française. Édition numérique, 2012,
410 pages)

Georg Stransky dîne avec femme et enfant dans sa maison de banlieue lorsqu’un étrange projectile perturbe ce moment de paix : une pomme brise une vitre et finit sa course sous la table. Un incident vite oublié, si ce n’est qu’au matin, Georg a disparu. Pour Lilli Steinbeck, spécialiste des questions d’enlèvement, cette mise en scène n’est pas nouvelle. Sept hommes ont déjà disparu dans des circonstances similaires, avant d’être retrouvés morts aux quatre coins du monde, bien loin de leur Allemagne natale. Rien ne semble les relier, à part un passage à Athènes. C’est donc là que commence l’étrange enquête de Lilli Steinbeck, femme de pouvoir, attirante malgré son nez déformé. Le début d’une course étonnante, de Sanaa à l’île Saint-Paul, de la Namibie à la Forêt noire, pour ramener Georg Stransky à la maison.

LES POMMES QUI MYSTIFIENT
*Il ouvrit la bouche et mordit dans un fruit qui
n’existait peut-être que dans son imagination,
mais qui avait pourtant un goût douceâtre. Ni
céleste ni infernal, pas d’âmes réduites en purée
Ni de surdose quelconque. Un goût de pomme.*

(Extrait : LE ONZIÈME PION)

C’est le caractère bizarroïde de ce récit qui a maintenu mon intérêt jusqu’au bout. C’est en effet une histoire très bizarre, déjantée, hors-norme, surprenante. Ça reste un polar, mais l’écriture est très singulière et l’ensemble est assez insolite. L’histoire est d’autant originale qu’elle prend son envol grâce à une pomme… une simple pomme qui est passée par la fenêtre et a atterri sur la table des Stransky : Georg et Viola. Ça ressemble au mauvais coup classique d’un gamin mais, le lendemain matin, Georg n’était plus là. Il avait bel et bien disparu. L’enquête est confiée à Lili Steinbeck, une policière peinarde qui tranche par un nez spectaculaire et une routine bien précise incluant le coucher à 22 heures. Pour l’aider, Lili achètera les services de Spiridon Kallimachos, un obèse énorme qui fume comme un pompier, dort n’importe où et à n’importe quel moment et se déplace avec la grâce d’un hippopotame. Spiridon a aussi une mystérieuse particularité : la mort le fuie. On ne peut pas le tuer.

Pour faire court, Lili apprend que 7 personnes sont déjà disparues suivant le même scénario. Elle apprend surtout qu’elle se trouve au cœur d’un jeu sordide opposant Esha Ness, un monstre d’égocentrisme et qui tue à toutes fins pratiques pour s’amuser et le docteur Antigonis qui tente, avec sa femme, Zoe de sauver les pions car comme dans un jeu d’échec, les pions sont vite sacrifiables. Sauf qu’ici, il y a dix pions. Sept sont morts, le huitième est celui qu’on suit dans le récit, et deux sont à venir. Il est facile de s’imaginer qui est le onzième pion. La règle est simple, on enlève un pion, on l’expédie à l’autre bout du monde. On le relâche et on le tue. Une seule chose peut sauver un pion. Qu’il réussisse à retourner sain et sauf dans sa maison. Après il devient intouchable. Mais quel est le sort du huitième pion ? Qu’est-ce qui attend le onzième ? Et puis quel est ce lien à la fois mystérieux et cocasse qui unit Steinbeck et un bébé braillard appelé Léon ? Est-ce que quelqu’un viendra à bout de Kallimachos ? Quel est le sens de ce jeu tordu ?

Ce roman sort vraiment de tous les sentiers battus. Il y a dans le récit des rebondissements qui semblent défier la logique et une finale très curieuse, inattendue et encore une fois, j’ose utiliser l’expression *hors-norme*. J’aurais pu être déçu mais j’ai vu les choses différemment. Je crois que Heirich Steinfest fait délibérément bande à part en imprégnant ses histoires d’un caractère mystificateur avec une petite touche de surnaturel ou tout au moins d’inexplicable. Il va à contre-courant des formes classiques ou habituelles du polar avec en plus, une forme d’humour instantané que je décrirais de frisquet. C’est le cas spécialement dans les dialogues impliquant Lili Steinbeck et bien sûr le gros Kallimachos qui fera l’objet, chez le lecteur, de tous les questionnements.

Parlons-en des personnages d’ailleurs : ils sont bien travaillés, approfondis. Plusieurs sont attachants, particulièrement ce cher Spiridon. Je n’ai pas vraiment pu établir sa véritable utilité dans le récit mais très rapidement, il devient indispensable comme une poutre de soutien : incassable. Je pense enfin à Georg Stransky, le huitième pion : attachant à sa façon avec son esprit scientifique dédié à la zoologie et plus particulièrement à l’ornithologie et qui croise pendant sa tentative de sauvetage une espèce d’oiseau qu’on croyait éteinte.

Donc, nous avons ici une histoire abracadabrante qui met continuellement le lecteur en questionnement sur le développement parfois saugrenu de l’histoire. Je me suis souvent posé la question : Où est-ce que Steinfest veut en venir? Il faut bien s’en tenir au fil conducteur de l’histoire. Il est assez stable, mais il faut bien admettre qu’il dérape vers la fin du récit. Moi j’aime bien cette espèce de volonté de faire différent même si ça mène à une certaine *indiscipline littéraire*. C’est original. Enfin je ne jurerais de rien mais j’ai l’impression que l’auteur s’est ménagé une petite sortie pour une suite éventuelle. Pourquoi pas ? Étant donné qu’il y a encore plusieurs pions en suspension…

Donc c’est un livre qui m’a plu. Si vous décidez de l’attaquer, attendez-vous simplement à quelque chose d’audacieux, de différent.

Je n’ai pas trouvé beaucoup d’informations sur cet auteur sorti des sentiers battus, un peu rebelle, pamphlétaire. On sait qu’il est né en Australie mais issu d’une famille autrichienne. Il a grandi à Vienne. Au moment d’écrire ces lignes, il vit à Stuttgart où il est peintre et écrivain. Steinfest est un des opposants les plus connus au projet STUTTGART 21 contre lequel il a participé à plusieurs manifestations et manifestes. Son premier roman DER ALLESFORSCHER met en scène son propre frère, Michael Steinfest, mort à 23 ans dans un accident de montagne.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 19 février 2021

ALLIANCE OBSCURE

ALLIANCE OBSCURE

Commentaire sur le livre de
JEAN-FRANÇOIS THIERY

<C’est son fils, si tu allais chercher dans les mains courantes
des services sociaux, tu y trouverais son dossier. Il est à vomir.
Elle lui fait vivre un enfer à ce gamin, depuis toujours. Elle lui
fait payer sa propre déchéance et elle en use et en abuse à
tous les degrés. C’est un bon gosse. Il ne dit rien, il ne fait rien.
D’ailleurs que peut-il faire ?>
(Extrait : ALLIANCE OBSCURE, Jean-François Thiery, éditions
Ex Aequo, collection Rouge, 2015, édition numérique. 50p.)

Qui tue ces femmes d’un unique coup de poignard en plein cœur ? Bratislava a peur. Un tueur en série sévit près de la tour UFO, le célèbre bâtiment de la capitale slovaque. Les victimes sont des femmes délinquantes. Elles sont tuées d’un coup de poignard dans le cœur, un seul, sans autre forme de violence.
L’inspecteur Théo Fusko est sur la brèche. Malgré l’aide de son énigmatique collègue, Néo, l’enquête piétine. La méthode du binôme ne figure nulle part dans les manuels de Police ; elle intrigue une jeune profileuse, Lydia Kacinova. La jeune femme s’inquiète ; elle y reconnaît les symptômes de pathologies psychiatriques, mais une vérité beaucoup plus dérangeante la guette, une vérité au-delà de l’explicable…

UNE VÉRITÉ AU-DELÀ DU RÉEL
*Théo Fusko est couché sur le dos. Il tremble…
Les spasmes s’accompagnent de gémissements…
Un couteau ensanglanté est à ses côtés, à portée
de main. Il se cabre encore et pousse un cri
effrayant, bascule sur un côté avant de s’effondrer.*
(Extrait)

C’est un roman aussi bref qu’étrange. Pour résumer, un tueur en série poignarde des femmes dans la ville de Bratislava, capitale de la Slovaquie. Le tueur, rusé et habile est difficile à traquer. L’enquête est confiée à l’inspecteur Théo Fusko, un policier étrange qui ne sera pas toujours au bon endroit au bon moment. Dans sa tâche, Théo est aidé par un énigmatique et insaisissable personnage qui vit dans l’ombre et qui donne de précieuses indications à son allié. Cette alliance intrigue au plus haut point Lydia Kacinova, une profileuse judiciaire venue de Prague pour tenter d’établir le profil psychologique du tueur. Elle croit reconnaître dans le comportement de théo des signes de pathologie psychiatrique. Trouble dissociatif, syndrome de la personnalité multiple? En fouillant, Lydia va s’apercevoir qu’il y a encore pire…encore plus étrange.

Tout au cours de ce récit, j’ai cru verser dans la littérature fantastique alors que la finale en est une de science-fiction qui est plus proche de la réalité qu’on pense. Le récit n’est pas sans me rappeler le film de Jack Gold LA GRANDE MENACE avec Richard Burton, une excellente production qui évoque l’incroyable pouvoir du cerveau humain, et par la bande, la réalité des pouvoirs paranormaux. Ceux-ci sont poussés à l’extrême dans le film tandis que Thierry, dans son livre, fait preuve d’une certaine retenue, ce qui n’a pas nui du tout au récit. Je ne peux pas en dévoiler plus car cela reviendrait à dévoiler le secret de l’histoire et ici, je crois qu’il vaut la peine d’être préservé même si le thème s’apparente quelque peu à bon nombre d’histoires développées dans la littérature fantastique et qui évoquent en surface les pouvoirs paranormaux. Malgré tout, le récit a une certaine originalité.

Le mystérieux partenaire de Théo s’appelle Néo. Ce dernier s’applique à guider Théo pour l’aider à préciser sa pensée sur le tueur tant recherché : *Il est en colère. Il nous connaît bien : il a découvert la relation très spéciale qui nous unit. Ce lien le met en danger. Il veut le briser. Je ressens beaucoup de haine à ton égard. Il t’en veut mon ami. Bien plus qu’à moi. Mais je ne permettrai pas qu’il te tue.* (Extrait) Ajoutons à ce mystère une atmosphère épaisse, une énigme savamment entretenue et développée, un non-dit bien dosé…c’est efficace.

L’histoire est très intéressante, intrigante, mais l’auteur a développé son idée de façon à créer un roman de la taille d’une nouvelle. Il ne fait qu’une quarantaine de pages. Je l’ai évidemment dévoré en moins d’une heure. J’ai été saisi par une finale surprenante et pourtant, je suis resté sur ma faim. Le thème est sous-développé. J’aurais souhaité que Thiéry développe davantage la psychologie de ses personnages dévoile un petit historique du lien entre Théo et Néo en dévoile plus sur les motivations du tueur. J’ai eu l’impression que le récit est issu d’une idée géniale que l’auteur n’avait pas vraiment envie de développer. C’est un peu dommage. Malgré tout, j’ai aimé. C’est une bonne histoire qui mise en fait sur la nature de la connexion entre Néo et Théo. C’est le principal élément qui entretient l’intrigue…maladie mentale ou pouvoir surnaturel? l’œuvre du tueur en série devient plus accessoire on dirait.

Donc en résumé, trop court avec le résultat que le potentiel de l’histoire est sous-développé. Si on prend l’histoire sous l’angle de la nouvelle. C’est efficace et le lecteur y plonge rapidement.

L’auteur : Jean-François Thiery est cadre informaticien dans l’industrie automobile. Il réside en France, dans le pays de Montbéliard. Il commence à écrire en 2009, et publie des nouvelles et des romans. Dans son écriture, l’écrivain aime associer l’humour à la gravité, créer des intrigues solides avec des dénouements étonnants, planter des scènes avec un regard cinématographique. La psychologie des personnages est la chair de ses pages. Il s’agit de caractères épais, souvent minés par des démons intérieurs. Ils ne sont ni complètement bons ni complètement mauvais. Ils évoluent dans un entre-deux qui nous est proche, une zone trouble que l’auteur considère comme une mine littéraire inépuisable.

Bonne lecture
Claude Lambert
dimanche 7 février 2021

LA DERNIÈRE DES STANFIELD

LA DERNIÈRE DES STANFIELD

Commentaire sur le livre de
MARC LEVY

*Une lettre m’apprenait que ma mère aurait eu
un passé dont j’ignorais tout. On m’assurait
qu’en fouillant ses affaires, je mettrais la main
sur des souvenirs qui me livreraient quantité
d’informations sur la femme qu’elle avait été. À
l’en croire, maman avait été coauteure d’un
forfait magistral…*
(Extrait : LA DERNIÈRE DES STANFIELD, Marc
Levy, Éditions Robert Laffont|Versilio, 2017, édition
de papier,, pocket, 450 pages.

Eleanor-Rigby est journaliste au magazine National Geographic, elle vit à Londres. Un matin, en rentrant de voyage, elle reçoit une lettre anonyme lui apprenant que sa mère a eu un passé criminel. George-Harrison est ébéniste, il vit dans les Cantons-de-l ‘Est au Québec. Un matin, il reçoit une lettre anonyme accusant sa mère des mêmes faits. Eleanor-Rigby et George-Harrison ne se connaissent pas. L’auteur des lettres leur donne à chacun rendez-vous dans un bar de pêcheurs sur le port de Baltimore. Quel est le lien qui les unit ?
Quel crime leurs mères ont-elles commis ?  Au cœur d’un mystère qui hante trois générations, La Dernière des Stanfield nous entraîne de la France occupée à l’été 44, à Baltimore dans la liberté des années 80, jusqu’à Londres et Montréal de nos jours.

LES SECRETS D’UNE FAMILLE TORDUE
*Robert était désormais seul et il se demanda
combien de nuits il lui restait à vivre. Dans
quelques heures, le jour se lèverait sur Baltimore…
Et il songea qu’il allait crever à des milliers de
kilomètres de chez lui à cause d’une partie de
poker.*
(Extrait)

LA DERNIÈRE DES STANFIELD raconte l’histoire d’Eleanore Rigby Donovan (C’est son nom au début de l’histoire), journaliste pour un magazine à Londres et George Harrison Collins, un ébéniste qui vit à Québec. Les deux héros de cette histoire ont au moins deux points en commun : d’abord leur prénom évoque les Beatles. Eleanore Rigby est une chanson des Beatles et l’origine de ce nom demeure mystérieuse. Et Bien sûr George Harrison était un Beatle. Les liens expliquant ce choix de prénoms sont plutôt ténus dans le récit. Le deuxième point en commun est le fait que les deux héros qui ne se connaissent pas reçoivent une mystérieuse lettre signée d’un énigmatique personnage qui se fait appeler LE CORBEAU et annonce que leur mère a commis un crime 35 ans plutôt. Le CORBEAU leur donne rendez-vous dans un bar de pêcheur situé dans le port de Baltimore.

Nos deux héros se rencontrent à ce fameux rendez-vous, font connaissance dans une méfiance totale. Le CORBEAU ne s’est pas pointé mais il semble avoir atteint son objectif la rencontre de deux personnes qui ne se connaissent pas et qui ont pourtant la même mère. Eleanore Rigby et George Harrison décident d’enquêter pour savoir quel crime leur mère aurait commis. Qui est le CORBEAU et qu’est-ce qu’il cherche exactement. C’est alors que nos deux héros vont pénétrer un épais mystère, un panier de crabes qui hante trois générations de Stanfield de 1944 à nos jours. Le récit étale la vie de Sally-Anne, la mère de George Harrison et Eleanor Rigby. Les grands-parents de Sally-Anne, Robert et Hanna Stanfield ont fait fortune dans les années 40.

Eleanore Rigby et Georges Harrison tentent ainsi de se dépêtrer dans une suite sans fin d’hypocrisie, de trahisons, de mensonges et de coups bas. Le lecteur tente d’évoluer avec les personnages dans la toile gluante classique des familles dynastiques qui enfouissent des secrets qui sortent au grand jour à la petite cuillère. C’est un peu ce à quoi nous a habitué les séries télévisées comme DALLAS alors que Bobby Ewing vient revendiquer son appartenance à la famille Ewing ou comme DYNASTIE. Moi j’ai trouvé ça compliqué, difficile à suivre à cause des bonds générationnels qui rendent instable le fil conducteur de l’histoire. Je n’ai jamais réussi à adhérer à ces histoires de famille hermétiques et souvent platoniques. Je sais bien que si je me base sur les cotes d’écoute des séries dynastiques, les téléspectateurs en redemandent. Ça n’engage que moi évidemment mais les trois premiers quarts du récit m’ont ennuyé.

J’ai trouvé l’histoire compliquée à cause de son caractère multidirectionnel que l’auteur aurait pu simplifier un peu. La narration est complexe, le style alambiqué. Je m’attendais à mieux, surtout que j’étais au départ très intrigué par les prénoms de nos héros, évoquant les Beatles. Mais ce n’est qu’un accessoire sous-développé qui n’est d’aucune utilité pour aider à comprendre où l’auteur veut en venir exactement quant à la malédiction qui pèse sur les Stanfield où tout n’est qu’imposture, mensonges et apparences. Non ce n’est pas vraiment le livre capable de me faire renouer avec le style saga familiale avec ses idées usées.

Je conviens que le style de Levy est intéressant et qu’il l’a fort bien développé dans l’ensemble de son œuvre. Il faut bien dire aussi que le dernier quart du récit nous entraîne de surprise en surprise. Ça devient intéressant si on tient le coup jusque-là. Quand je termine un livre, j’essaie de déterminer deux choses : ce que le livre m’a apporté et à quelle réflexion a-t-il engagé. Je crois que vous en avez déjà une bonne idée.

Marc Levy est un romancier français né en 1961. Il  ne quitte pas le classement des meilleures ventes depuis le début des années 2000. Né dans les Hauts-de-Seine, il quitte la France pour les États-Unis à 23 ans et fonde une société spécialisée dans l’image de synthèse. Il reste en Amérique du Nord, sa seconde patrie, pendant sept ans et revient à Paris avec le projet de créer un cabinet d’architecture avec deux de ses amis. Il en est directeur pendant près de dix ans. Aimant raconter des histoires, Marc Levy se met à l’écriture en amateur. Finalement, il décide d’envoyer son manuscrit à plusieurs éditeurs et ce sont les éditions Robert Laffont qui le contacteront. Depuis, il se consacre à l’écriture et emmène le lecteur dans son univers où tout est possible. En janvier 2006, les ventes de ses cinq livres, toutes éditions et langues confondues, ont dépassé les dix millions d’exemplaires et ça continue.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 6 décembre 2020

AFFAIRES ÉTRANGES

AFFAIRES ÉTRANGES

Commentaire sur le recueil de
JOSLAN F. KELLER

*Depuis longtemps j’ai fait mienne cette citation
de Baudelaire dans LE SPLEEN DE PARIS : <J’aime
passionnément le mystère, parce que j’ai toujours
l’espoir de le débrouiller. >*
(Extrait de l’introduction AFFAIRES ÉTRANGES, recueil
d’histoires. Joslan F. Keller, Scrinéo éditions, 2018.
édition numérique, 210 pages, catégorie Essai)

16 histoires saisissantes, à peine croyables… et pourtant authentiques. Par Joslan F. Keller, historien de l’étrange et spécialiste du paranormal. Des ingénieurs brésiliens retrouvés morts sur une colline avec des masques de plomb sur le visage… Un esprit frappeur qui ne se trompe jamais… Un sous-marin qui se volatilise avec son équipage… Un agriculteur qui se trouve nez-à-nez avec des créatures inconnues dans un champ…Deux femmes qui disent avoir entendu les sons fantômes d’une bataille vieille de dix ans… Parmi ces « Affaires étranges », certaines ont une explication, d’autres pas, mais toutes questionnent notre rapport au monde et à l’inconnu.

DE L’ANORMAL AU PARANORMAL
*…car il ne faut pas se mentir, ce n’est pas la vérité qui va
émerger de ces cloaques virtuels, mais bien un
abêtissement généralisé, ce que j’appelle le triomphe
de l’imbécillité. Il n’y a aucun progrès, ni découverte à
attendre de ces contenus, juste le sentiment chimérique
et dévastateur de maîtriser l’immaîtrisable. *
(Extrait faisant référence aux fausses informations sur les
réseaux sociaux et sur l’obscurantisme)


Toutes les affaires rapportées dans ce recueil évoquent des évènements qui ont beaucoup de points en commun : Ils se sont déroulés dans des endroits isolés, il y a peu ou pas de témoins. Dans presque tous les cas, il y a distorsion du temps et de l’espace. Les gens qui ont vécu ces étranges évènements ont une crédibilité qui va de très bonne à excellente. Autre point en commun rencontrés très souvent dans ce type de littérature est le déni officiel qui passe par de vagues explications, souvent absurdes ou qui ne s’appliquent tout simplement pas : le canular, l’hallucination collective, la blague, la prise de substances. L’explication la plus courante et la plus souvent évoquée est la manipulation parce qu’elle implique des expériences secrètes de manipulation psychologique menées par l’armée et comme ce que fait l’armée dans ses recherches est ultra-méga-super-top secret, ça nous amène à de longs et complexes épisodes de désinformation, un phénomène dans lequel les agences de renseignements et les gouvernements sont passés maîtres.

Morale de l’histoire, aucune de ces histoires qui sont certifiées vécues je le rappelle, ne connaîtra de conclusion définitive, d’explications satisfaisantes et finales. On ne peut même pas conclure à l’authenticité des faits et ce malgré l’intervention de hautes autorités dans ce type d’enquête comme les ufologues par exemple, le plus célèbre étant sûrement Gérard Deforge qui s’est penché entre autres sur l’un des dossiers les plus spectaculaires de l’ufologie française : l’hallucinante affaire d’Haravilliers. Donc pour chaque histoire, le livre rapporte le déroulement, fait état des efforts pour expliquer les phénomènes et propose des hypothèses qui ont toutes leurs petites faiblesses. Dans plusieurs cas, on se rapproche toutefois des explications plausibles. Le livre rapporte beaucoup d’histoires sur des ovnis, il y en a aussi sur les esprits frappeurs, des crimes inexplicables. Il y a même une recherche sur la relique des reliques : L’Arche d’Alliance. Tous ces sujets qui échappent à notre compréhension sont réunis dans un terme générique reconnu : Le paranormal.

Ce n’est pas le premier recueil publié sur des affaires possiblement paranormales, ce ne sera pas le dernier non plus. Ce sont des sujets qui pullulent en littérature. Au final, les histoires se ressemblent. Reste à savoir si on doit y croire. À ce propos, je ne peux que citer la réponse d’une question à laquelle l’auteur Joslan F. Keller répond très souvent : *L’important n’est pas de croire mais de chercher.* (extrait) Personnellement, j’aime à me replonger dans ce genre d’histoires qui me confortent à l’idée que nous ne sommes pas seuls, qu’il y a des mondes parallèles, des univers, des êtres dont les lois nous échappent.

Je suis intimement convaincu que nous sommes visités, que les autorités le savent et qu’elles gardent le secret sous peine de mort, de menaces et de harcèlement. On craint que la planète ne soit pas prête à connaître ce dont tout le monde se doute déjà et sombre dans la panique, ce qui est pour moi, le comble de l’absurdité. Nous ne sommes plus à l’époque d’Orson Wells qui a adapté LA GUERRE DES MONDES de H.G. Wells pour le réseau CBS, créant un vent de panique à travers les États-Unis.

Évidemment, c’est une question de convictions personnelles. Bien que les livres répertoriant des phénomènes et des affaires étranges se ressemblent, j’ai beaucoup apprécié l’approche de Keller dans son livre. Sa démarche d’historien de l’étrange reste humble et sa démarche d’une approche raisonnée et objective me semble très crédible. J’aime aussi sa façon de dénoncer la désinformation. Cette approche particulière donne à son livre un cachet original. L’auteur nous invite à rester humbles face à ce qui nous dépasse. Aussi, évite-t-il soigneusement de verser dans le spectaculaire et de garder une démarche pragmatique, ne perdant pas de vue la recherche de la vérité.

C’était un très bon moment de lecture.

Joslan F. Keller est né aux deux tiers du siècle dernier. On sait très peu de choses sur lui, hormis qu’il a d’abord cherché sa voie dans le journalisme et la production de films. Aujourd’hui, il baigne dans le milieu des nouvelles technologies, travaillant le jour, écrivant la nuit.
Grand amateur de musique rock et de mystères irrésolus, Joslan F. Keller mène des enquêtes virtuelles sur le Net. Grand voyageur dans l’âme, il entreprend souvent des expéditions sur des sites historiques bien réels. En plus d’AFFAIRES ÉTRANGES, il est l’auteur de deux romans de la série jeunesse « Via Temporis » (éditions Scrinéo) ainsi que d’un ouvrage adultes « Les Dossiers Inexpliqués », toujours chez Scrinéo.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le samedi 21 novembre 2020

La réincarnation une réalité

LA RÉINCARNATION
une réalité

Commentaire sur le livre de
J. ALLAN DANELEK

*Jespère que les lecteurs finiront par prendre
conscience que la réincarnation possède une
cohérence intellectuelle et rationnelle, que je
trouve réconfortante et admirable.*
(Extrait : LA RÉINCARNATION UNE RÉALITÉ,
introduction, J. Allan Danelek, éditions, AdA,
2012, édition de papier, 260 pages)

Ce livre est une exploration de tout ce qui concerne la réincarnation : le choix de la prochaine vie physique, linfluence des vies antérieures, ce qui se passe entre les vies, etc. Lauteur passe aussi en revue les sujets intimement liés à la réincarnation dont le divin, l’âme  éternelle, le lien entre les mondes spirituel et physique, le karma, le choix de notre prochaine réincarnation, les fantômes, sans oublier les souvenirs de vies antérieures. Fidèle à son parcours de chercheur du domaine paranormal, Danelek présente des théories variantes sur un monde étrange et fascinant y compris laspect spirituel du processus de renaissance.

UNE QUESTION DE FOI
*Il s’agit d’un recueil d’idées, de théories
et de pensées sur le processus de la
réincarnation, qui sont devenues pour
moi des croyances.*
(Extrait de la préface, LA RÉINCARNATION)

Lorsqu’on m’a proposé la lecture de ce livre, j’ai hésité parce que je craignais de tomber sur un livre vendeur porteur de bonnes nouvelles ou sur le genre <L’ABC de l’incarnation>. Lorsque j’ai entrepris ma lecture, j’ai vite constaté que l’auteur J. Allan Danelek est sérieux dans son approche. Toutefois, je veux préciser tout de suite que Danelek n’apporte aucune résolution à la question de la réincarnation qui demeure un mystère interprété selon la foi de tous et chacun : *Le concept que chaque lecteur trouve personnellement plus profitable reste, bien sûr, une question de préférence. * (Extrait) L’auteur explore plutôt de façon exhaustive le sujet et propose des pistes de solutions. Plusieurs sont sérieuses comme le chapitre sur les personnalités multiples d’autres simplement intéressantes comme le chapitre sur la danse karmique, certaines m’ont paru fantaisistes comme la question des jumeaux, des âmes sournoises et des âmes qui se disputent un bébé.

Dans à peu près tous les cas, j’ai trouvé l’argumentaire bien nourri mais qui retourne toujours le lecteur à son libre arbitre. Le livre est généralement bien vulgarisé mais il repose sur un mystère qui ne sera jamais résolu. La question de la réincarnation quant à sa définition et son but demeure complexe malgré tous les efforts de l’auteur pour la rendre accessible : *Bien que la réponse paraisse simple, elle est immensément complexe : étant donné que l’âme ne peut parvenir à la perfection, comme elle est déjà parfaite, elle peut réaliser cette perfection en oubliant qu’elle est parfaite et en s’expérimentant plutôt comme quelque chose qui n’est pas parfait* (Extrait)

Malgré certaines tournures de phrases qui font parfois savantes et hautaines, le livre est relativement facile à suivre et une conclusion rétrospective termine chaque chapitre, ce qui amène le lecteur à se dire d’accord ou pas d’accord avec la conclusion tirée évidemment mais aussi à faire le point sur des questions auxquelles on ne pense pas et c’est ici que l’auteur m’a vraiment saisi, confirmant le caractère exhaustif de l’ouvrage. En effet, Danelek développe des idées extrêmement intéressantes par exemple sur l’âme et la personnalité, le libre arbitre dans la réincarnation, la durée du processus : est-ce qu’on se réincarne éternellement, ce qui entraîne le développement d’un autre argumentaire intéressant cette fois sur les *vieilles âmes* et *les jeunes âmes*.

Pour utiliser une expression familière, au final, la réincarnation, cette migration de l’âme demeure inexpliquée et ça demeurera toujours un mystère.

Dans le titre de l’ouvrage, Danelek présente la réincarnation comme une réalité. Il n’en apporte aucune preuve mais une logique sous-tend son raisonnement. Par ailleurs son sous-titre est irritant : *LES MYSTÈRES DE L’ÂME DÉVOILÉS*. C’est ce genre d’insertion qui me fait hésiter à lire sur des sujets comme la réincarnation ou *la vie après la vie* ou la *vie après la mort*. Si j’en crois les chiffres de vente de ces ouvrages, il semble certain que les humains ont besoin de croire à quelque chose.

Pour moi aussi c’est une corde sensible, mais je n’ai pas besoin d’un sous-titre vendeur pour alimenter ma foi ou disons mon système de croyance. Ceci dit, j’ai apprécié ma lecture. J’adhère à beaucoup des idées de l’auteur. J’en ai pris j’en ai laissé. C’est sans doute ce que vous ferez amis lecteurs amies lectrices. Je vous laisse sur un extrait de la conclusion du livre pour alimenter éventuellement votre réflexion : *Que la réincarnation existe ou non demeure une question de croyance, mais, en niant sa réalité, que reste-t-il de ce phénomène que nous appelons la vie ? En ce qui me concerne, croire que cette vie est tout ce que nous avons et que notre conscience ne survit pas à la mort, c’est comme penser que l’amour n’existe pas et n’est qu’une notion stupide que nous avons inventée pour éviter de nous sentir seuls et peu appréciés. * (Extrait)

Un bon livre…utile pour enrichir une réflexion…

J. Allan Danelek est un auteur et essayiste américain, originaire du Minnesota et habitant le Colorado. Son parcours de vie l’a mené sur plusieurs voies différentes. En plus de l’écriture, ses passe-temps incluent l’art, l’histoire politique et militaire, la religion et la spiritualité, la numismatique, la paléontologie, l’astronomie et les sciences en général. Danelek s’intéresse aussi beaucoup aux phénomènes inexpliqués, incluant les ovnis. Sa philosophie personnelle se résume comme suit : la vie est une question d’apprentissage et d’évolution, tant sur le plan intellectuel que sur le plan spirituel. C’est dans cette perspective qu’il entreprend chaque projet.

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 13 novembre 2020

ANNA CARITAS Les damnés, PATRICK ISABELLE

*Tout à coup ça me saisit. Les sueurs froides
dans mon dos. La sensation désagréable d’être
observé…un vertige bizarre que je m’explique
toujours aussi mal. Je scrute les estrades, le
parc. Je lance un regard derrière moi…*
(Extrait : ANNA CARITAS, Patrick Isabelle, Les
éditions les Malins, 2018. éd. papier, 380 pages.)

L’été tire à sa fin et William Walker s’apprête à entamer son secondaire III au collège Anna Caritas. S’il est impatient de retrouver ses amis, et surtout de revoir l’insondable Marianne Roberts, il ne sait pas encore que la rentrée scolaire lui réserve une surprise des plus macabres… Il se passe des choses étranges à Saint-Hector : quelqu’un ou quelque chose met la ville à feu et à sang. Ses amis Anthony et Gabrielle ont beau le supplier de ne pas s’en mêler, William a l’impression d’être au centre de ces événements terrifiants. Mais comment combattre le Mal quand celui-ci semble avoir une longueur d’avance ? Un mal qui se propage…

AU-DELÀ DU PIRE
*C’est dans ma tête, tout ça.
il faut que ce soit dans ma tête. *
(Extrait)

Anna Caritas est une histoire bien étoffée pour les jeunes lecteurs et lectrices. On y suit le destin du jeune William Walker, un adolescent qui vit à Saint-Hector. Un petit patelin qui a un passé lourd et sanglant et pour lequel s’annonce un avenir aussi meurtrier. William ressent très vite l’étrangeté des évènements dont Saint-Hector est le théâtre. Il sent également qu’il a quelque chose à voir avec tout ça.

Avec ses amis, William tente de comprendre d’autant que les morts semblent s’accumuler selon un certain rituel. William fera tout pour connaître la vérité, ne tenant plus compte des avertissements de ses amis Anthony et Gabrielle. William semblait irrésistiblement attiré dans une histoire qui le dépassait. Une chose est sûre : une force met la ville à feu et à sang.

Dès les premiers chapitres, l’auteur frappe fort : un incendie à Saint-Hector et pire encore : *Mes jambes flanchent et je me retrouve par terre. Dans la panique, j’essaie de reculer en faisant aller mes mains sur le plancher, mais je suis au pied du mur. Impossible de m’éloigner. Je voudrais crier mais je n’en suis pas capable. Ma tête tourne. J’ai mal au cœur. Monsieur Ben s’élance vers moi…-Oh…Mon Dieu…Devant nous, le corps inanimé du vieux Marcel est pendu au plafond par les pieds. Il se balance au ralenti de gauche à droite…* (Extrait)

La suite est un enchaînement de rebondissements et de revirements. Patrick Isabelle poursuit avec brio son histoire dans la lancée du tome précédent, le premier, intitulé LE SACRILÈGE et mélange dans son récit des touches de fantastiques, de sorcellerie et d’intrigues, le tout bien dosé pour les 13-16 ans. Les jeunes adultes y trouveront aussi leur compte car l’intrigue est captivante et l’atmosphère lourde…spécialement quand les jeunes s’aventurent dans les sous-sol sombres et mystérieux de Saint-Hector.

Il semble donc que le cycle de violence et de mort soit relancé à Saint Hector et c’est dans les couloirs inquiétants du sous-sol hectorien que William aura une grande partie de ses réponses mais ça lui coûtera très cher. Ici, Patrick Isabelle prépare le terrain pour une suite non-confirmée d’ANNA CARITAS avec une finale dramatique, un peu rapide et qui m’a laissé sur ma faim.

C’est normal s’il y a une suite me direz-vous mais j’aurais souhaité une finale mieux aboutie. J’ai quand même hâte de lire le tome 3 donc un peut dire mission accomplie pour Patrick Isabelle. En finissant LES DAMNÉS je laisse momentanément William, adolescent attachant et opiniâtre, prisonnier de son histoire et pas seulement…

J’ai trouvé cette histoire bien ficelée, le mystère bien entretenu et le rythme suffisamment élevé pour garder le lecteur alerte, entretenant un petit stress grisant issu de l’intensité des symboles véhiculés dans le récit. Je pense ici aux sociétés secrètes. Elles sont secrètes parce qu’elles ont quelque chose à cacher et le thème est développé avec emphase dans Anna Caritas. Il porte aussi à réfléchir sur l’utilité de telles confrérie.

Dans Anna Caritas, les jeunes lecteurs trouveront la part de frissons qu’ils recherchent habituellement. Le livre se lit assez bien de façon indépendante. Mais pour plus de plaisir et de compréhension, je recommande de lire d’abord le tome 1 LES SACRILÈGES dont l’origine de l’intrigue se trouve dans le fameux jeu Oui ja, cette célèbre planche alphanumérique censée permettre la communication avec les esprits. C’est prometteur.

Et pas d’erreur…le deuxième tome est à la hauteur…

Patrick Isabelle est un auteur québécois né à Montréal en 1980. C’est aussi un libraire heureux dans le milieu du livre. Il a travaillé chez Québec-Livres, Archambault et Renaud-Bray. Il a aussi travaillé en édition musicale. Il connait un succès intéressant avec entre autres sa série ANNA CARITAS et bien sûr son premier livre publié en 2014 : EUX un roman choc qui a contribué à donner aux jeunes le goût de la littérature d’horreur. On peut suivre la carrière de Patrick Isabelle sur www.patrickisabelle.com et sur Facebook : https://fr-ca.facebook.com/public/Patrick-Isabelle

Le livre dont j’ai parlé plus haut, LES DAMNÉS, est le deuxième de la série ANNA CARITAS. Toutefois sur la première de présentation du livre, il n’y a aucune mention *tome 2*. Même si, à la rigueur, le tome 2 peut se lire indépendamment du 1, je vous suggère de commencer par ANNA CARITAS LE SACRILÈGE. C’est ce que j’aurais fait si j’avais su…

Bonne lecture
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 25 octobre 2020

 

AU-DELÀ DU RÉEL, la série culte, DIDIER LIARDET

Commentaire sur le livre de
DIDIER LIARDET

*Ce n’est pas une défaillance de votre téléviseur, n’essayez donc pas de régler l’image. Nous avons le contrôle total de l’émission, contrôle du balayage horizontal, contrôle du balayage vertical. Nous pouvons aussi bien vous donner une image floue qu’une image pure comme le cristal. Pour l’heure qui vient, asseyez-vous tranquillement, nous contrôlerons tout ce que vous verrez et entendrez. Vous allez participer à une grande aventure et faire l’expérience du mystère avec AU-DELÀ DU RÉEL. * (introduction de chaque épisode, AU-DELÀ DU RÉEL, Collection TÉLÉVISION EN SÉRIE, Didier Liardet, Yris éditions, 2015, papier, 260 pages, photos, illustrations)

        

L’AVENIR DU FUTUR
*Lancée sur la chaîne ABC en 1963, AU-DELÀ DU RÉEL fit
sensation par sa singularité conceptuelle, sa richesse
thématique et un style visuel novateur pour l’époque à
l’image de son générique déroutant. Créé par Leslie
Steevens…cette anthologie partage avec la QUATRIÈME
DIMENSION, malgré une moindre renommée, un vaste
champ d’influences sur plusieurs générations de
téléspectateurs et de cinéastes.
(Extrait du livre)

C’est un livre qui a rappelé de très beaux souvenirs au mordu de science-fiction que j’ai toujours été et que je serai toujours. AU-DELÀ du réel est une télé série américaine diffusée à l’origine de septembre 1963 à janvier 1965.C’est une série qui s’appuie sur des contes d’horreur mais qui traite de préoccupations réelles et de peurs refoulées de l’être humain à travers des réflexions philosophiques et métaphysiques sur la nature de l’homme et les mystères de l’univers.

Et parce que cette série évoque les dangers liés à la recherche scientifique et à l’éthique, elle conserve toujours son actualité. Pour beaucoup d’amateurs de science-fiction de l’époque et encore aujourd’hui, la série AU-DELÀ DU RÉEL constitue une suite logique et améliorée de la série LA QUATRIÈME DIMENSION diffusée à l’origine de 1959 à 1964 et pourtant cette série était un chef d’œuvre de créativité.

Le livre de Diardet décortique complètement la série avec d’abord une génèse de production, pénètre dans les coulisses de tournage, publie des documents rares, présente la série remake AU-DELÀ DU RÉEL L’AVENTURE CONTINUE diffusée à l’origine de 1995 à 2002 et propose une fiche-guide de chacun des épisodes de la série AU-DELÀ DU RÉEL.

Chaque fiche-guide propose un synopsis de l’épisode, une évaluation, Une présentation de chaque acteur de la distribution avec son répertoire télévisuel et sa filmographie, et des photos extraites de l’épisode. En ce qui concerne l’évaluation des épisodes, je peux confirmer qu’elles sont pertinentes et réalistes et je sais de quoi je parle car j’ai visionné la totalité des quarante-neuf épisodes de la série.

Ce livre, bien fait et riche en informations, fera vibrer bien des lecteurs pour plusieurs raisons, la plus importante pour moi étant que j’ai pu renouer avec nombre d’acteurs, jeunes à l’époque, qui ont transité par AU-DELÀ DU RÉEL avant de connaître la gloire. Je pense à Leonard Nimoy qu’on verra par la suite dans MISSION IMPOSSIBLE qu’il quittera pour se fixer définitivement dans la télésérie STAR TREK qui comprend plus de 730 épisodes sur six séries dont l’originale et NEXT GENERATION, en plus de la filmographie. Nimoy deviendra le légendaire monsieur Spock.

Je pense à William Shatner qui deviendra le capitaine Kirk, je pense à Henri Silva, Eddie Albert sans oublier Martin Landau qu’on verra par la suite dans MISSION IMPOSSIBLE, remplaçant Nimoy et COSMOS 1999, David McCallum, Robert Culp et j’en passe. Le livre nous rappelle aussi avec d’abondants détails que les artisans de la série AU-DELÀ DU RÉEL, réalisée avec des budgets très limités ont fait preuve d’une remarquable ingéniosité. Le livre comprend une grande quantité de photos et sa présentation est soignée. J’ai trouvé tout de même deux irritants. Le moindre étant que les parcours de carrière des artisans et acteurs sont lourds, avec des petits caractères et se terminent généralement par la locution adverbiale *etc*. J’aurais préféré plus bref.

Le principal irritant tient au fait que les photos d’acteurs et d’artisans ne sont pas identifiées. J’ai eu de la difficulté à associer les noms d’acteurs à leurs photos. Je ne comprends pas pourquoi personne chez l’éditeur n’a relevé ce détail pourtant important. Malgré tout, j’ai savouré ce livre et effectivement, j’ai vécu une grande aventure et j’ai fait l’expérience du mystère avec AU-DELÀ DU RÉEL. Je recommande ce livre à tous, y compris au jeune lectorat qui apprendra beaucoup de choses intéressantes sur les premiers balbutiements de l’univers télévisuel.

À LIRE AUSSI

     

Didier Liardet (à gauche) est historien et spécialiste de séries télévisées. Didier Liardet dirige depuis près de 10 ans la collection «télévision en série» pour la maison d’édition des Éditions Yris , avec Michelle Roussel. Dans le cadre de cette collection, il a publié des ouvrages de référence sur de nombreuses séries-cultes, les plus grandes séries télévisées britanniques et américaines…AU-DELÀ DU RÉEL, COSMOS 1999, V et plusieurs autres.

Leslie Clark Stevens IV,  à droite sur la photo ci-haut, connu sous le diminutif Leslie Stevens (1924-1998) est un scénariste, dramaturge et producteur de télévision américaine. Sa pièce The Lovers (1956) obtient un beau succès et est adaptée au cinéma en 1965 par Franklin J » Schaffner pour le film (The War Lord). Le Seigneur de la guerre. Leslie Stevens est notamment connu pour être le créateur de la série AU-DELÀ DU RÉEL (The Outer Limits) Il est également le réalisateur de INCUBUS (1966) mettant en vedette William Shatner et ayant la particularité d’être l’un des seuls longs métrages tournés en esperanto, ce langage construit de toutes pièces et conçu pour servir de pont culturel entre plus de 120 pays.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le vendredi 16 octobre 2020