Le fils du diable est un ange, de KATE OLIVER

*«Cet enfant nous était destiné, mon cher
époux. Quant à savoir d’où il vient, c’est
assurément un cadeau des Dieux, un fils
que nous offre le ciel. Si nous l’appelions
Kaouk?»*
(Extrait : LE FILS DU DIABLE EST UN ANGE,
Kate Oliver, IS édition, 2014, édition
numérique, 275 pages)

À une époque du Moyen-âge où se mêlent magie et sortilèges, Kaouk, enfant de la honte et du déshonneur, s’est juré de déjouer les plans machiavéliques de Mortador, un redoutable sorcier, épaulé de surcroît par le sanguinaire Volcos et une armée de renégats. Le chemin de Kaouk sera jalonné d’embûches, de batailles épiques et de rencontres inattendues…C’est ainsi qu’il fera la connaissance d’une magicienne vivant au Royaume des Lépreux, dont les visions lui parleront de mystérieuses Entités susceptibles de l’aider à rendre aux villageois opprimés leur liberté perdue. Kaouk aura aussi d’autres aides précieuses: Nand, un farfadet malicieux, et Opaline, son amie d’enfance, qui l’aideront sans doute à trouver la force nécessaire pour mettre fin aux exactions du tyran. Mais avant tout, Kaouk se trouve à la croisée des chemins. Entre Bien et Mal, pardon et vengeance, il devra faire des choix qui bouleverseront son destin à jamais…

UN VENT FRAIS DANS LE REGISTRE
DE LA FANTASY
*Une mousse grouillante de mouches bleuâtres
s’agglutina sur la plaie. Sous les yeux
stupéfaits de Kaouk, qui avait entre-temps
repris ses esprits, les insectes secrétèrent une
mousse baveuse qui, en se solidifiant, se
transforma en chair.*
(Extrait : LE FILS DU DIABLE EST UN ANGE)

Ça faisait longtemps que je n’avais pas commenté un livre dans le registre *fantasy*. J’en avais vraiment le goût ces temps-ci et mon choix s’est porté, avec bonheur d’ailleurs sur le tout premier livre de Kate Oliver. Bien sûr c’est du *fantasy*. Alors il y a des sorcières, des magiciens, des créatures infernales, il y a un héros qui combat un monstrueux guerrier sorcier, on attaque à grands coups de sortilèges. Bref, la lutte du bien contre le mal avec des armes tranchantes ou perçantes et ce pouvoir fantastique qui caractérise ce genre littéraire tellement populaire : le pouvoir de commander aux forces de l’univers.

Pour parler un peu du contenu, nous sommes à une époque très lointaine dans le futur. Kaouk, un enfant de la honte, s’est juré de déjouer les plans machiavéliques de Mortador, un puissant et malfaisant guerrier qui commande une créature sanguinaire, Volcos, et une armée de renégats. Kaouk a lui aussi des alliés qui l’aideront à libérer son peuple du joug cruel et despotique de Mortador mais il devra faire des choix qui pourraient sceller définitivement son destin.

La première chose qui m’a frappé dans ce roman est la qualité des personnages. Ils ont été travaillés, approfondis sur le plan humain et psychologique. On les a dotés d’une aura qui repousse, ou qui attire mais qui assurément attise l’émotion du lecteur et de la lectrice. Ces personnages sont attachants et ombrageux. Je mets Mortador à l’exception. C’est le vilain de l’histoire mais c’est un personnage très intense et doté d’un caractère très bien trempé.

Le deuxième point fort réside dans la densité de la plume et le pouvoir de l’intrigue. Je pense à un long passage ou le guerrier du bien s’oppose à celui du mal avec des sortilèges et des contre-sortilèges qui sont issus avant tout de l’extraordinaire imagination de l’auteur. Au début je me disais que c’est une guerre qui s’étend longtemps…

j’ai vite changé d’idée par les multiples trouvailles qui consacrent l’originalité de l’ouvrage, incluant l’introduction de Nand, un Farfadet tout petit mais à l’incroyable pouvoir de métamorphose. Son amitié avec Kaouk constituera un tournant dans l’histoire.

Le dernier point, et c’est peut-être celui qui m’a le plus agréablement surpris : c’est un passage qui lie l’histoire à nos temps modernes où les humains des années 2000 auraient un urgent besoin d’intensifier leur conscience environnementale : *…oui, un monde qui s’est éteint un jour de l’an deux mille cinquante-deux. Les hommes étaient comme des bêtes enragées et leur convoitise a fini par transformer leurs terres nourricières en vastes champs de ruines stériles. Ils n’ont jamais tenu compte des avertissements de Dame Nature et les humains se sont multipliés dans le plus grand désordre…* (Extrait) La seule faiblesse que je veux signaler est dans le début de l’histoire. Le début est lent et long. Les personnages sont longs à prendre leur place. Je dis au lecteur : persévérez. Le meilleur est à venir.

Donc finalement, nous avons ici un ouvrage qui tranche par son originalité et que j’ai trouvé rafraîchissant parce que d’une certaine façon, il sort des sentiers battus. Son rythme est constant malgré plusieurs passages qui évoquent le passé des personnages. L’intrigue est développée avec un brin de malice et beaucoup d’intelligence. Enfin, toute l’histoire se déroule dans un seul tome mais la finale met la suite en place. À découvrir donc : LE FILS DU DIABLE EST UN ANGE de Kate Oliver.

Mariée depuis 1972 et installée en Normandie, Kate OLIVER est mère de deux garçons, tous deux enseignants. L’un d’eux est également écrivain. Dotée d’une imagination incroyable, son goût pour la littérature historique, les voyages et les contes fantastiques l’ont conduite à écrire son premier roman, « Le fils du Diable est un Ange ». Publié en 2014 dans la collection SF & FANTASY de IS édition, suivi deux ans plus tard du tome 2: LE FILS DU DIABLE EST UN ANGE T2 , LE DIABLE EST ÉTERNEL. Kate Oliver est une auteure émergente à suivre à suivre de près.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le samedi 30 mai 2020

L’HEURE DE L’ANGE, livre d’ANNE RICE

*De douces mélodies se mêlaient, mais une sombre urgence pulsait au-dessous. De nouveau, la musique enfla. Les cuivres s’élevèrent, dessinant une forme effrayante.
Soudain, toute la composition sembla remplie de menace, figurant le prélude et l’expression de la vie qu’il avait menée.*
(Extrait : L’HEURE DE L’ANGE, Anne Rice, t.f. Éditions Michel Lafon, 2010, édition de papier, 275 pages)

Après un contrat particulièrement éprouvant, un tueur professionnel portant plusieurs noms dont celui de Lucky, est abordé par un mystérieux inconnu appelé Malchia qui prétend être l’Ange gardien de Lucky. C’est d’autant plus étrange que Malchia dit tout savoir de Lucky et il dispose de toute évidence d’un stupéfiant pouvoir. Or Malchia fait à Lucky une offre étonnante : il lui propose de racheter ses crimes en sauvant des vies plutôt que de les prendre. Poussé par la curiosité, Lucky accepte et se retrouve au Moyen-Âge où il doit aider une famille juive accusée de meurtres rituels. Cette incroyable aventure de Lucky est-elle une chance de rédemption pour lui ou un innommable cauchemar ??

Le messager de Dieu et le tueur
*Une voix en moi me soufflait qu’un sain désir
de surmonter l’épreuve qui nous attendait
l’aurait mieux servi que la candeur avec
laquelle il se précipitait vers le sort que le
destin nous réservait.*
(Extrait)

J’ai trouvé ce livre intéressant à certains égards mais il ne m’a pas particulièrement emballé. C’est ma première incursion dans l’univers d’Anne Rice et le fait que je n’ai pas commencé par son best-seller ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE était voulu. Je voulais lire un *Anne Rice* qui n’était pas submergé par la critique et la publicité.

Ici, le fil conducteur est simple : un tueur à gage se voit offrir par un ange de racheter ses crimes en acceptant d’être plongé au Moyen-Âge afin d’aider une famille juive accusée de meurtres rituels et de les sauver d’une mort certaine et injuste.

Bien que le livre n’est pas divisé en parties, j’en ai tout de même distingué quatre : 1) après son dernier meurtre, Lucky est approché par Malchiah, un ange qui lui propose un étrange marché. Cet ange est ce que l’on appelle un Séraphin, classé par la tradition chrétienne dans la première hiérarchie des anges. 2) Malchiah fait revivre à Lucky le fil de sa vie. 3) Lucky remonte le temps jusqu’au Moyen-Âge pour remplir une mission qu’il accepte. 4) Après sa mission, Lucky revient dans le temps présent avec un avenir bien défini.

C’est une histoire un peu étrange à forte connotation religieuse et développée autour du thème de l’existence des anges. C’est une histoire de rédemption bâtie à la va-vite. Par exemple, j’ai trouvé plutôt simple la façon avec laquelle un tueur froid, dépourvu d’empathie et de sentiments décide de suivre comme ça un ange, dans l’espérance d’une rédemption. J’ai eu de la difficulté à m’accrocher au récit, l’introduction étant longue et le nœud de l’histoire tardif. Dans ce livre, peu stimulant sur le plan littéraire, il n’y a pas vraiment d’action, pas d’intrigue.

Toutefois, je dirais que l’ensemble est sauvé par le passage de Lucky, devenu Frère Toby au Moyen Âge, plus précisément en l’an 1257 pour aider et sauver une famille juive accusée injustement du meurtre d’une petite fille qui en réalité est morte d’une maladie fulgurante.

Dans ce passage de 125 pages, plus dense et dramatique, l’auteure fait évoluer son personnage principal dans le contexte de relations extrêmement difficiles entre les Chrétien et les Juifs. La haine dont les Juifs font les frais y est très bien décrite mais l’auteure a eu la sagesse de ne prendre aucun parti, décrivant aussi bien les travers de la juiverie que ceux de la chrétienté.

Ce passage m’a fait passer par une certaine gamme d’émotions, même si j’ai eu un peu de difficulté avec la crédibilité du personnage principal. Une fois la mission accomplie, suit le retour de Toby à son époque. Je dois dire que la finale est plutôt prévisible et très ordinaire.

À savoir maintenant si vous allez aimer ce livre. C’est bien possible que oui, si vous n’avez pas d’attentes particulières d’Anne Rice. On sait que cette auteure aime mêler les époques et conserve un style résolument baroque. Ici, elle nous entraîne dans l’Univers des anges gardiens, de leurs pouvoirs et des relations étranges et particulières qu’ils entretiennent avec les humains.

Le sujet est assez original parce que peu développé en littérature, du moins sous la forme de roman et actuel si on tient compte du fait que beaucoup de personnes croient à l’existence des anges et plus spécifiquement de l’ange gardien.

Il est intéressant de suivre la transformation de Toby et le rôle que joue Malchiah. L’ensemble manque de profondeur mais la plume est fluide et le tout se lit assez bien.

Anne Rice est une auteure américaine née en Louisiane le 4 octobre 1941. Elle a grandi en Nouvelle-Orléans, et une fois mariée, s’est installée à San-Francisco, deux villes qui seront le théâtre de plusieurs des aventures de cette romancière spécialisée dans la littérature fantastique. Plongée dans un profond désespoir suite à la mort de sa fille qui n’avait alors que 6 ans, Anne Rice s’est mise à l’écriture. Son tout premier livre ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE est considéré par plusieurs critiques comme un des plus grands succès de la littérature américaine contemporaine. Forte de son succès, elle s’est installée alors dans la maison de ses rêves en Nouvelle-Orléans, qu’elle décrit parfaitement dans le premier tome de chroniques de sorcières LA MAISON DES MAYFAIR.  Anne Rice vit maintenant en Californie.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 28 juillet 2018