LES FABULEUSES TRIBULATIONS D’ARTHUR PEPPER

Commentaire sur le livre de
PHAEDRA PATRICK

*…Où irait-il ensuite ? Où le mènerait le prochain
indice ? Arthur était trop las pour y réfléchir,
fatigué par le chaos qui régnait dans sa tête.
«un peu de répit par pitié…» , songea-t-il en
tournant un nouveau coin de rue.*
(Extrait : LES FABULEUSES TRIBULATIONS D’ARTHUR
PEPPER, Phaedra Patrick, édition originale : Mira
2015, Bragelonne 2016 pour la présente traduction.
édition numérique, 360 pages)

Un an après la mort de Miriam, Arthur consent enfin à se séparer des affaires de sa défunte épouse. Il découvre alors un bracelet qu’il n’avait jamais vu, et les breloques suspendues à ce bijou par d’épaisses mailles en or massif : Un éléphant, un tigre, une fleur, un livre, un cœur et j’en passe. Toutes ces breloques constituent autant d’énigmes qui lui donnent envie de mener l’enquête. Que sait-il vraiment de celle qui a partagé sa vie pendant plus de quarante ans ?  Sans s’y attendre, il ira au-devant de surprenantes révélations. Une histoire étonnante dont Arthur pourrait bien devenir le héros.

SURPRENANTE QUÊTE SUR LE PASSÉ
D’UNE DÉFUNTE
*En l’espace de quelques semaines, il était
passé du veuf pleurant son épouse défunte
à l’ancien époux qui remettait toute sa
vie en question…*
(Extrait : LES FABULEUSES TRIBULATIONS
D’ARTHUR PEPPER)

Cette histoire est relativement simple. Un an après la mort de sa femme, Arthur Pepper fait une découverte en fouillant dans ses affaires…une découvertes qui allait changer sa vie : *À ma grande surprise, j’ai découvert un bracelet en or caché dans l’une de ses bottes. Je ne l’avais jamais vu, ce bracelet. Il était décoré de nombreux charmes : un éléphant, un cœur, une fleur…* (Extrait).

Arthur allait finir par apprendre que chaque charme a une signification particulière. Il n’avait plus qu’une idée en tête : découvrir l’origine de ce bijou et de chacun de ses ornements et tout savoir sur le passé de sa femme : *Je pensais que Miriam et moi n’avions aucun secret l’un pour l’autre et je découvre que je ne sais rien d’elle. Je suis confronté à tout ce…ce vide, et il faut vraiment que je le comble, quand bien même ce que j’apprendrai me laissera effondré*. (Extrait)

Voilà…ce livre est l’histoire d’une obsession et effectivement monsieur Pepper sera entraîné dans de nombreuses tribulations dont quelques-unes assez extraordinaires. Au départ, le titre est justifié. Je précise que cette obsession ne tourne pas à la folie, loin de là. Nous avons ici les aventures d’un homme sensible, affaibli par la solitude, qui adore ses deux enfants et qui va, dans son enquête, me faire passer par toute une gamme d’émotions. Il y a des moments drôles, tendres des fois plus dramatiques. Notre héros se rend tout simplement compte qu’il connaissait mal sa femme ou du moins son passé. Arthur va jusqu’à réaliser qu’il se connait mal lui-même.

Cette histoire est un peu développée à la manière d’un conte. Il y a une légère touche de fantastique, de l’improbable, de petites morales et des liens relativement faibles entre les aventures. C’est une faiblesse du tout : le fil conducteur est instable mais la plume fluide de Phaedra Patrick réussit à entraîner le lecteur dans les tribulations du héros qui va jusqu’au bout du monde pour satisfaire sa curiosité et à rendre ses principaux personnages attachants.

On est loin du chef d’œuvre. L’histoire manque de profondeur, les enchaînements sont faibles et j’ai trouvé la traduction légèrement douteuse. Toutefois, l’idée de base ne manque pas d’originalité car si l’auteur a négligé certains aspects dans la construction de son récit, elle s’est bien gardée de verser dans le mélodramatique et la fleur bleue.

Elle a créé un personnage profondément humain mû par l’espoir et l’amour, inquiet de savoir s’il était à la hauteur de sa femme. Il y a quelque chose de doux dans ce récit, de léger : *Des oiseaux chantaient çà et là, et un papillon vulcain se posa même quelques instants sur son épaule. –Salut, toi ! Je suis venu me renseigner sur le passé de ma femme, lui dit-il, avant de lever la tête pour le regarder s’envoler.* (Extrait)

C’est léger et rapide à lire. Une aventure par breloque selon le principe de la chaîne d’évènements. Même avec des liens plutôt minces, ça entraîne le lecteur et le pousse à aller plus loin. Ça peut même pousser au questionnement. Par exemple, est-ce une bonne chose d’occulter complètement son passé à son conjoint ou sa conjointe. Comment définit-on la confiance dans ce cas?

Il est un peu difficile de rentrer dans l’histoire. Il y a des longueurs dès le début. C’est un peu tiré par les cheveux mais graduellement, le lecteur peut être poussé à l’empathie comme je l’ai été pour Arthur Pepper. C’est agréable comme lecture mais pas plus. Je suis resté un peu sur ma faim. Hé bien ami lecteur, amies lectrice, *la balle est dans votre camp*.

Phaedra Patrick est une auteure native du Royaume-Uni. Elle est diplômée en histoire de l’art et marketing. Son parcours atypique lui a fait endosser successivement les rôles d’artisan du vitrail, d’organisatrice de festivals de cinéma et de chargée de communication. Elle vit avec son mari et son fils non loin de Manchester. « Les fabuleuses tribulations d’Arthur Pepper » (The Curious Charms of Arthur Pepper, 2016) est son premier roman.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 21 juin 2020

LES CONTES D’ANDERSEN, recueil de classiques

*Jamais la grand-mère n’avait été si grande ni si belle.
Elle prit la petite fille sur son bras, et toutes les deux
s’envolèrent joyeuses au milieu de ce rayonnement, si
haut, si haut, qu’il n’y avait plus ni froid, ni faim ni
angoisse; elles étaient chez Dieu.*
(Extrait : LA PETITES FILLES AUX ALLUMETTES, LES CONTES
D’ANDERSEN, Hans Christian Andersen, Des contes
sélectionnés ont été réédités en numérique par Storylab
Éditions en juin 2011)

Les contes d’Andersen figurent parmi les histoires les plus célèbres dans le monde entier destinées aux enfants. Ce recueil regroupe les histoires considérées les meilleures par l’éditeur. La plupart ont été adaptées au cinéma par Disney.«…Les contes d’Andersen n’offrent pas seulement quelques descriptions de tableaux pittoresques, de péripéties saisissantes ou de personnages originaux, ils ouvrent comme une source de vie, de pensées et de réflexions sur la vie et la destinée humaine…» Étienne de Havenard,
traducteur, (1873-1952)

LES ENSEIGNEMENTS DE L’ANTICONTE
*«Me voilà devenu broche! Dit l’aiguille.
Je savais bien que j’arriverais à de
grands honneurs. Lorsqu’on est quelque
chose, on ne peut manquer de devenir
quelque chose. »*
(Extrait : LA GROSSE AIGUILLE, LES CONTES D’ANDERSEN)

Les contes d’Andersen constituent pour moi un véritable relent d’enfance. Je les ai lus bien avant les contes de Perrault ou de Grimm et même avant les fables de La Fontaine. Ma relecture d’une partie de ces contes m’a permis d’en savourer toute la richesse et avec le recul du temps et l’âge aidant, j’ai pu apprécier toute la dimension dramatique de ces contes et leur caractère humain.

En effet, ce qui m’a accroché dans les contes d’Andersen c’est, insérée ici et là, une certaine dose de cynisme, de tragédie. J’y ai vu peu de fantastique comme on en trouve dans les contes classiques comme CENDRILLON, LA BELLE AU BOIS DORMANT,  et autres contes du grand Charles Perreault. J’ai ressenti toutefois du merveilleux, rêves et cauchemars…des flèches qui vient nos émotions et notre sensibilité.

Les contes d’Andersen ont quelque chose de bouleversant qui colle peut-être un peu plus avec les dualités de la vie : espoir-désespoir, misère-abondance, pauvreté-richesse, philanthropie-misanthropie, haine-amour. Je me suis senti loin du surréalisme qui caractérise par exemple les contes de Jacob et Wilhelm Grimm comme Blanche-Neige, le Petit Chaperon rouge ou LA BELLE AU BOIS DORMANT (version modifiée du conte de Perrault mais qui, au final, revient au même…je sais, c’est très personnel comme opinion).

Parce qu’on appelle ces textes d’Andersen des contes, ça m’a fait tout drôle d’y découvrir la finalité dans le malheur comme DANS LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES dont l’amertume et l’expression de malheur qui s’en dégage m’ont bouleversé et qui pourtant demeure un grand classique des contes. Pour donner un autre exemple, que dire de LA PETITE SIRÈNE qui sombre dans un amour impossible, malheureux et dont le destin passe par une solution de violence qu’elle n’est pas sûre d’adopter : *…Elle nous a donné un couteau bien affilé que voici. Avant le lever du soleil, il faut que tu l’enfonces dans le cœur du prince et, lorsque son sang encore chaud tombera sur tes pieds, ils se joindront et se changeront en une queue de poisson. Tu redeviendras sirène…avant le lever du soleil, il faut que l’un de vous deux meure. Tue-le et reviens ! * (extrait) Soit dit en passant, ce conte, entre autres, a été superbement dénaturé par le cinéma.

Andersen a soumis tous ses héros à l’épreuve mais ils ne sont pas tous soumis à la morale. Plusieurs destins sont une véritable tragédie. On dit de Christian Hans Andersen, celui qu’Alexandre Dumas appelait * l’aimable poète danois * qu’il avait une personnalité attachante d’une part mais étrange d’autre part. Ses écrits lui ont valu une extraordinaire notoriété.

Peut-être a-t-il voulu mordre dans la vie pour enterrer définitivement sa vie d’enfant pauvre et méprisé. Il a été balloté par les dualités de la vie et ça se ressent dans le texte. Le merveilleux passe par l’épreuve ce qui revient à dire «mérite ton bonheur» Oserais-je prêté à ses écrits des prétentions autobiographiques? Peut-être.

Proches des réalités humaines, les contes d’Andersen conservent une extraordinaire actualité. Plusieurs pensent qu’ils ne sont pas destinés aux enfants. Moi je crois qu’ils sont destinés à tout le monde. Ne vous inquiétez pas pour les enfants. Inquiétez-vous plutôt de leur addiction aux jeux vidéo. Les contes d’Andersen sont un trésor d’imagination, d’inventivité et de beauté. Ils étaient dans le temps, un chef d’œuvre. Ça reste aujourd’hui un chef d’œuvre.

Hans Christian Andersen (1805-1875) est un célèbre écrivain et conteur d’origine danoise, il est d’ailleurs considéré comme le symbole du génie populaire nordique. Il est friand d’œuvres littéraires telles celles de Ludvig Holberg et William Shakespeare. Malgré tout, son rêve premier est de devenir chanteur d’opéra et, pour cela, il part à Copenhague en septembre 1819. Il essuiera un cruel échec. 1822 marquera un tournant pour Andersen alors qu’il commence la publication de ses premiers textes. Il a son premier succès, notamment en 1830 avec Promenade du canal de Holmen à la pointe orientale d’Amagre. Il écrit ensuite d’autres romans à forte tendance autobiographique ainsi que des poèmes, des pièces de théâtre et des récits de voyage.

 Mais, c’est dans la période de 1832 à 1842 qu’il publie ce qui établira définitivement sa notoriété : Des contes…des contes qui n’ont jamais été destinés aux enfants et pourtant ce sont les enfants qui ont été les plus fervents lecteurs de son œuvre. Walt Disney a fait d’ailleurs plusieurs adaptations, libres, pour plusieurs, c’est du moins mon opinion. Cette période de grande inspiration culminera avec la rencontre d’Andersen avec Charles Dickens qui fit de son personnage « Uriah Heep » le portrait exact de Hans Christian Andersen. Les contes et histoires de Hans Christian Andersen sont traduits dans plus de quatre-vingts langues et pays du monde entier, et inspire encore aujourd’hui les artistes tout en émerveillant petits et grands.

LES CONTES D’ANDERSEN AU CINÉMA


La Petite Sirène est le 36? long-métrage d’animation est le 28? « Classique d’animation » des studios Disney. Sorti en 1989, il s’inspire du conte du même nom de Hans Christian Andersen, publié en 1836.
(d’après Wikipédia)

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le samedi 14 septembre 2019

HISTOIRES À GRANDIR DEBOUT, de Sylvie Ptitsa

*Le puits existe : c’est la porte de ton imagination, toujours accessible dans ton cœur ! –Tu veux dire que, par ma pensée, je peux continuer à faire exister tout ce que j’ai vécu cette nuit ? Replonger dans le puits, retraverser tous ces pays aux noms bizarres ?… -bien sûr ! C’est ton monde intérieur. Tu peux t’y promener non seulement en rêve, mais aussi consciemment, grâce au pouvoir de ta pensée ! *(Extrait : HISTOIRES À GRANDIR DEBOUT, Sylvie Ptitsa, éditeur : Books on demand GmbH, 2013, édition numérique.)

DORMIR OU GRANDIR ?
Elle n’était ni zouffée, ni prisognoufée,
ni triple pignoufée, ni pataopoufée
sur la moindre parcelle de son corps
ni de son esprit.
(Extrait : HISTOIRES À DORMIR DEBOUT)

HISTOIRES À GRANDIR DEBOUT est un recueil de cinq contes. La lecture de ce petit livre m’a rendu léger. Le livre vient me confirmer que les contes ne sont pas seulement pour les enfants. Outre la naïveté qui caractérise les contes, chaque récit représente un choix de vie. Comme dans tous les contes, on trouve une petite morale, un questionnement, un petit quelque chose qui nous ressemble et qui nous enveloppe.

Ça peut paraître étrange, mais je me suis reconnu dans ces contes. Ce qui s’en dégage surtout c’est que chaque héros préfère tracer son propre destin plutôt que d’en être l’instrument. Oui, c’est profond, mais ce n’est pas si compliqué.

Mon récit préféré dans ce recueil est ALIS AU PAYS DES MERVEILLES. Alis est une petite fille intelligente qui déborde d’énergie. Un jour de pluie, tournant en rond, Alis décide de partir à la recherche de la maison du soleil. Elle le veut tellement qu’elle est aspirée dans le puits de son jardin, pénétrant ainsi dans des mondes de merveilles.

Pour atteindre son objectif elle devra traverser plusieurs mondes avec, comme prix à payer, la perte d’un sens à chaque monde, en commençant par la vue. Avec une remarquable ténacité, Alis franchit les mondes avec l’aide de complices étranges, porteurs d’un secret qu’Alis doit découvrir par elle-même. La plume de l’auteure m’a envouté. Le monde des rêves rejoint celui de la découverte de soi de ses capacités.

On est bien loin du style de Lewis Carol qui a écrit LES AVENTURES D’ALICE AU PAYS DES MERVEILLES. Il y a un petit point en commun : Alice de Carol et Alis de Ptitsa tombent toutes les deux dans un pays de merveille. Ce sont les mondes qui diffèrent. Alice rencontre des personnages plutôt retors. Le monde de Carol a quelque chose de parodique, tandis que le monde, les mondes devrais-je dire, de Ptisa ont quelque chose de positif et de constructif.

C’est une boucle de sentiers parsemés de frontières qui coûtent chacune un sens à sacrifier d’une part mais qui élève Alis vers l’affirmation et l’estime de soi. Alis récupérera-t-elle ses sens? Trouvera-t-elle la maison du soleil? Ce conte est écrit avec une remarquable imagination. L’éditeur place l’identité comme sous-thème de ce conte, moi je privilégie plutôt l’affirmation de soi et la ténacité.

J’ai aussi beaucoup apprécié le conte ANAM CARA qui, avec un petit relent poétique et un bel humour définit l’amitié comme une des plus belles valeurs humaines : *En ce temps épatant, exubérant, élastico-époustouflant, en ce temps d’avant le temps qu’était le temps d’avant…vivaient, côte-à-côte, une petite fille, Cara et son vieux voisin, Anam.* (Extrait)

Dans ce conte, et je dirais dans tous les contes du recueil, le dénouement est surprenant…agréablement surprenant et dans l’ensemble, c’est plus formateur que moralisateur. Il y a des passages cocasses, d’autres dramatiques. La notion de conte part parfois à la dérive mais pour moi c’est pour le mieux. Ça ne fait que rafraîchir un genre  qu’on a un peu tendance à mettre de côté.

Quant à prétendre que les contes sont pour les enfants, j’aurais plutôt tendance à m’exprimer comme l’éditeur de Tintin, Casterman : ils sont pour les 7 à 77 ans. Les enfants y font de belles découvertes et les adultes y trouveront de la matière à réflexion dans le sens positif du terme, des choses qui leur ressemblent qui évoquent leurs goûts, leurs rêves, leurs aspirations.

HISTOIRES À GRANDIR DEBOUT se prêterait aussi à un atelier de lecture animée à la garderie, à l’école, à la bibliothèque, et spécialement dans l’intimité d’une famille. Prenez donc un peu de temps pour une lecture différente : HISTOIRES À GRANDIR DEBOUT de Sylvie Ptitsa.

    

Sylvie Ptitsa est une écrivaine Luxembourgeoise. Sous le nom de plume de Sylvie Ptitsa, l’auteure écrit des contes et poèmes pour enfants et jeunes adolescents, mais également pour adultes. A partir de 2010, elle publie en outre des volumes en auto-édition. En outre, l’auteure a publié plusieurs contes philosophiques pour adolescents et adultes. D’est en ouest est un conte en prose et en poésie qui raconte l’histoire d’une artiste céramiste asiatique dont la demeure est détruite dans un incendie et qui se met à la recherche de son identité. L’histoire a été inspirée par un fait réel détaillé à la fin du livre. La Belle entente et Par la fenêtre sont deux nouvelles qui thématisent la mort.

En 2006, Sylvie Ptitsa obtient au concours « Faites des livres » organisé par le CNDP le prix coup de coeur pour son livre 38 mains, 126 pattes, ouvrage non publié à ce jour. Et bien sûr, on lui doit HISTOIRES À DORMIR DEBOUT qui vient rafraîchir et réactualiser une tendance littéraire un peu délaissée : le conte. Malheureusement, Sylvie Ptitsa a fermé son blog GRAINE D’ESPÉRANCE mais on peut la suivre sur sa pages Facebook LA LUTINIÈRE.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 3 mars 2019

LA MORT BLANCHE, livre de PAULE FOUGÈRE

*Il lui toucha l’épaule, et le vieillard s’écroula
d’un coup…Le policier se pencha, retourna
l’homme sur le dos. Alors il vit qu’il ne
respirait plus. Entre les paupières rongées
de pus, les yeux secs et durs luisaient d’un
éclat laiteux…Le faux aveugle était mort
dans la contemplation de sa propre image.*
(Extrait : LA MORT BLANCHE, Paule Fougère,
Éditions GRAND caractère, 2004, papier, 200 pages)

Des riverains tentent de sauver une femme d’une barque en perdition. Mais la malheureuse est morte. Plus tard, l’inspecteur de police Derville reçoit la visite d’un étrange personnage : Le docteur Belhomme qui apprit au policier que la mort de cette femme était très étrange. En fait, elle n’était pas morte mais plongée dans un mystérieux sommeil léthargique. Derville relève le défi d’une enquête qui l’amène à la conclusion que la mort blanche, étayée par la science est si troublante que même le lecteur se demande s’il ne pourrait pas devenir la cible un jour de ce que l’auteur appelle la bioactivité.

Est-ce bien la mort?
*«On sait bien que le progrès et la destruction
vont de pair. Il faudrait savoir renoncer à
l’un quand on a le cœur trop sensible…Ne
me croyez pas fou. Je suis exalté, c’est tout.*
(Extrait : LA MORT BLANCHE)

C’est un récit un peu étrange qui repose surtout sur la psychologie des personnages et l’hypothèse de ce qu’on appelle la MORT BLANCHE. Tout comme le titre, l’histoire est empreinte de mystère, d’autant qu’elle se déroule en Bretagne dont l’histoire regorge de phénomènes étranges incompréhensibles comme les sacrifices sanglants sur le tablier d’un dolmen. Ici, la science flirte avec la fiction et l’investigation policière.

J’ai eu la puce à l’oreille assez tôt dans le récit à savoir qu’un mort ne saigne pas et puis, assez tôt aussi, une hypothèse bizarre a fini par s’avérer : *…«Il n’y a pas de criminel, comme il n’y a pas eu de crime. Tas de malins! Ne pouvez-vous donc concevoir qu’on puisse tuer sans assassiner?»* (Extrait)

La signification de la MORT BLANCHE se précise alors que Jacques Rouvier tire partiellement une étonnante conclusion : …*tous les êtres vivants sans exception rayonnent…une énergie qui leur est propre. Celle-ci, que nous appellerons, si vous le voulez, «bioactivité», ne se confond pas avec la vie, puisqu’elle persiste longtemps parfois dans un être, après que la vie s’en est retirée. Elle n’est pas non plus le magnétisme ni la radioactivité, dont elle possède certains caractères.* (Extrait)

Donc, la MORT BLANCHE, sans être définitive, présente une absence totale de réactions vitales. Reste à savoir maintenant eu égard au récit s’il y a vraiment eu MORT BLANCHE, comment on serait arrivé à cette conclusion, est-ce qu’il y a eu crime? Si oui, qui est coupable? Sinon, est-ce qu’on peut s’interroger sur la valeur morale de l’acte? L’obstination de l’inspecteur Derville et de sa sœur Catherine les amènera à des conclusions fort troublantes.

C’est un récit un peu difficile à suivre car le fil conducteur prend toutes sortes de directions qui sont autant de diversions : un inspecteur qui surprotège sa sœur, une petite amourette, beaucoup de spéculations, beaucoup de personnages et beaucoup de détails sur les principaux acteurs de l’histoire. J’ai eu un peu de difficulté d’une part à embarquer dans le récit et à m’y accrocher d’autre part.

Je dois dire toutefois qu’à l’approche de la conclusion, beaucoup de choses se précisent et la finale est intéressante quoiqu’un peu prévisible : *Voilà se disait-elle en s’endormant, je risque d’être «bioactivée», et, quand je serai bioactivée qu’est-ce que je ferai? Une horreur se levait en elle en même temps qu’un désir malsain de savoir malgré tout.*

C’est une intrigue policière un peu sortie des sentiers battus. C’est une histoire originale mais insuffisamment développée. Il faut noter au passage que Paule Fougère n’a pas une vaste expérience du roman. Elle est surtout une écrivaine scientifique, docteure en pharmacie.

Elle a écrit plusieurs ouvrages sous les thèmes pharmaceutiques, des livres qui lui ont valu des prix prestigieux d’ailleurs. Dans LA MORT BLANCHE, l’approche scientifique de Paule Fougère est intéressante et a contribué à maintenir mon intérêt à compléter la lecture de ce livre. Malheureusement, l’intrigue est plus ou moins ficelée et l’ensemble manque de profondeur. Malgré tout, je donne au livre la note de passage.

***

Paule Fougère (1906-2003) a été pharmacienne et écrivaine. Elle a exercé en pharmacie de 1941 à 1992 et fut écrivaine scientifique à partir de 1943. Elle s’est signalée par plusieurs de ses livres dont l’anthologie des grands pharmaciens en 1956, le livre des parfums en 1972, Un pharmacien raconte en 1997, sans oublier le scénario du film Bonne nuit monsieur Dulac et bien sûr, LA MORT BLANCHE, récipiendaire du prix du roman policier en 1943.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le samedi 21 avril 2018

LETTRES DE MON MOULIN d’ALPHONSE DAUDET, recueil

C’est la troisième messe qui commence. Il n’y a plus que quelques pas à faire pour arriver à la salle à manger ; mais, hélas ! À mesure que le réveillon approche, l’infortuné Balaguère se sent pris d’une folie d’impatience et de gourmandise. Sa vision s’accentue, les carpes dorées, les dindes rôties sont là, là… Il les touche… il les… Oh ! Dieu !… Les plats fument, les vins embaument… (Extrait : LES TROIS MESSES BASSES, publié d’abord dans LES CONTES DU LUNDI en 1875, puis inclus dans LES LETTRES DE MON MOULIN en 1878, conte de Noël sous le thème de la gourmandise, réédition, 1986, Hachette)

LES LETTRES DE MON MOULIN s’ouvrent sur les images d’une province française pittoresque au charme légendaire. Sans égard à la chronologie ou à quel qu’ordre que ce soit, Alphonse Daudet développe dans ses lettres des thèmes sans âge, mais chers à sa Provence : la valeur de la liberté, les joies et les peines de l’amour, la dignité, la paix, la famille…

Quant aux formes littéraires qu’on retrouve dans les lettres, je dirais qu’elles sont disparates : lettres, récits, légendes,  nouvelles et bien sûr le conte. Les lettres de Daudet sont un mélange de réalisme et d’imagination.

Bien sûr, comme bien des *boomers*, j’ai fait connaissance avec LES LETTRES DE MON MOULIN à l’école. LA CHÈVRE DE MONSIEUR SÉGIN était une des lettres de prédilection ainsi que LA MULE DU PAPE et quelques autres. Comme les autres lettres m’intriguaient, j’ai lu l’ensemble de l’œuvre.

D’abord, je précise que ces lettres n’ont pas de liens entre elles et avant d’être rassemblées dans un recueil, elles avaient déjà été publiées dans des journaux de l’époque. Sans le considérer comme un chef d’œuvre, je dirais que c’est un bon recueil, rafraîchissant et qui se lit bien. Si vous en entreprenez la lecture, vous dégagerez sûrement des textes qui vous plaisent beaucoup, d’autres moins, certains pas du tout. Ce qui a été mon cas.

J’ai définitivement un faible pour LA CHÈVRE DE MONSIEUR SÉGUIN (qui me rappelle tellement de beaux souvenirs), LA MULE DU PAPE et LE SECRET DE MAÎTRE CORNILLE qui m’avait beaucoup ému.

LES LETTRES DE MON MOULIN demeure un très beau classique de la littérature française…un véhicule de sagesse et d’émerveillement avec, toujours comme toile de fond, les paysages bucoliques de la Provence. Pour prendre un exemple précis, j’ai choisi de vous parler de LA MULE DU PAPE.

Le jeune Tistet Védène, fils du sculpteur d’or, entre dans la maîtrise du pape. Il est chargé de s’occuper de la mule de ce dernier mais il la maltraite. L’animal lui en veut et rumine sa vengeance. Tistet est ensuite envoyé auprès de la reine Jeanne à Naples en tant que diplomate. La mule doit donc remettre à plus tard son châtiment. Après sept ans, Tistet revient pour être moutardier du pape. Lors de la cérémonie, la mule trouve enfin le moment pour exercer sa vengeance en décochant à son ancien bourreau un coup de sabot mortel. Le récit est illustré avec les tableaux de Vittore Carpaccio.

Peintre italien né à Venise autour de 1460 et mort approximativement vers 1525. Si l’on admet l’hypothèse de T. Pignatti (1958) concernant sa naissance, Vittore, fils de Piero Scarpazza, marchand de peaux, préféra changer son nom en celui de Carpaccio. Carpaccio détient une place éminente et originale dans l’histoire de la peinture vénitienne du XVe siècle. La critique n’est pas encore tout à fait unanime pour déterminer l’origine de sa formation. On considère d’abord qu’il a surtout subi l’influence des Bellini (particulièrement celle de Gentile) et, plus déterminante, celle d’Antonello de Messine. (Source : Larousse, dictionnaire de la peinture). Les scènes religieuses de Carpaccio illustrent avec vigueur et à-propos les contes de Daudet.

LES ODEURS DE LA PROVENCE
*Une fois au service du pape, le drôle continua
le jeu qui lui avait si bien réussi. Insolent avec
tout le monde, il n’avait d’attentions ni de
prévenances que pour la mule…*
(Extrait : LA MULE DU PAPE)

Il est difficile de déterminer la forme littéraire de LA MULE DU PAPE mais comme il s’agit d’un récit ayant une légère connotation fantastique tout en jetant un regard sur le réel, je dirai que c’est un conte. C’est un récit original avec un petit quelque chose de comique : un Pape témoignant une affection presque démesurée pour sa monture, une mule. Le récit vient nous rappeler qu’il n’y a pas que les éléphants qui ont de la mémoire. Un petit conte drôle et sympathique, agrémenté pour cette édition de tableaux thématiques de l’artiste-peintre Vittore Carpaccio.L’histoire se situe au XIVe siècle, au temps où les papes habitaient en Avignon…*fifres et tambourins se postaient sur le pont d’Avignon, au vent frais du Rhône et jour et nuit l’on y dansait, l’on y dansait…* (Extrait : LA MULE DU PAPE)

Alphonse Daudet (1840-1897) est un écrivain et auteur dramatique français. Il est né à Nîmes et a passé toute son enfance en Provence avant de s’installer à Paris pour se lancer dans sa carrière littéraire. Sa Provence bien-aimée l’inspirera pour de nombreux récits sur la campagne provençale et ses légendes, ainsi que les personnages qui ont fait son histoire.

Ses premiers romans (LES AMOUREUSES 1859, LES LETTRES DE MON MOULIN 1865) ont connu un succès tel qu’il peut vivre de sa plume tout en travaillant pour des journaux. Daudet a bien publié des romans comme LE NABAB (1877), LES ROIS EN EXIL (1879) et L’IMMORTEL (1888) mais ce sont surtout ses nouvelles et ses contes qui l’ont rendu célèbre dans le monde entier, en particulier LES CONTES DU LUNDI et LES LETTRES DE MON MOULIN. Dans ce dernier recueil on trouve une des histoires les plus populaires de la littérature : LA CHÈVRE DE MONSIEUR SÉGUIN.

J’ai eu beaucoup de plaisir à renouer avec les LETTRES DE MON MOULIN. Je vous invite à les découvrir ou les redécouvrir.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
LE DIMANCHE 28 JANVIER 2018

LE PÈRE NOËL S’APPELLE BASILE, de PIERRE PELOT

*Basile ne répondit pas, ne trouva pas un mot
ni un son, rien que la sécheresse soudaine au
fond de sa gorge. Ce ton employé soudain
par l’homme avait un effet plus glaçant que
l’extérieur embrouillasse.*

(Extrait: LE PÈRE NOËL S’APPELLE BASILE, Pierre Pelot,
éditions Bragelonne, 2013, Castelmore, édition
numérique, 80 pages, littérature jeunesse 7-10 ans)

Habituellement, Basile, neuf ans, rentre de l’école avec son père ou un autre parent d’élève. Mais ce jour-là est un peu particulier… Ce jour-là, la maîtresse a reçu un coup de téléphone qui l’a forcée à abandonner sa classe plus tôt que prévu. Ce jour-là, le petit garçon a décidé que rentrer à pied pour aller voir les décorations de Noël était une bonne idée. Ce jour-là… c’est le jour où Basile va faire la connaissance d’un jeune homme d’apparence sympathique, et accepter sans le savoir de conduire un agresseur à sa victime… En fait, l’homme que Basile rencontre est un père Noël très particulier….

 Un déclic qui clique
*Allez. Vite, souffla Livio.
Je ne suis pas fou tu vois…
C’est ce qui fait la différence,
sans doute…*
(Extrait : LE PÈRE NOËL S’APPELLE BASILE)

 Voici l’histoire d’un jeune garçon de 9 ans, Basile Hordeau, fils d’un acteur, Gérard Hordeau qui incarne l’inspecteur Dalong dans une populaire télésérie policière. Basile est un petit garçon généreux de nature. Un jour, sorti plus tôt de l’école parce que sa maîtresse a dû s’absenter, il décide d’aller admirer les magnifiques décorations de Noël dans le centre-ville. Mais il n’en parle à personne.

Ce soir-là, Basile aurait aimé être le Père Noël. Mais il ne rêvassa pas longtemps car il fût approché par un inconnu, un homme appelé Livio. Basile ne le savait pas mais Livio était un homme instable qu’il était préférable de ne pas contrarier. Livio cherchait une personne que Basile connaissait. Sans le savoir, Basile allait amener Livio à sa victime.

Ce récit qui est très court est classé thriller de Noël, mais en réalité c’est un conte. Avec un petit rebondissement et une petite morale. En fait, il va se passer quelque chose dans l’esprit de Livio. Un petit quelque chose qui vient nous rappeler que des personnes d’apparence foncièrement mauvaise ne sont dans les faits, pas si méchantes que ça.

Et puis il ne faut pas oublier qu’il y a la magie de Noël…n’est-elle pas capable de changer les cœurs… ? Basile n’a que 9 ans, il n’a pas encore trouvé une définition sérieuse du mal. Vous vous doutez sans doute que l’innocence et la pureté de cœur imprègnent le récit.

C’est une histoire légère et un peu linéaire. Il s’en dégage peu d’émotions. Basile va toutefois connaître la peur : *Il avait une voix maintenant rauque, glissée entre ses dents et ses lèvres sur un ton presque chantant, léger, terriblement venimeux pourtant. Ce ton-là acheva de transformer en véritable crainte ce qui venait d’éclore et s’était installé dans le ventre de Basile*. (Extrait)

Beaucoup d’aspects sont sous-développés dans le récit. En particulier le changement radical qui s’est opéré dans l’esprit de Livio : *L’homme se retourna. Une seconde, une éternité, le fusil fut braqué dans le mouvement droit sur Basile. Le bras retomba. De nouveau, la pesanteur du temps figea les gestes, les regards indéfiniment .* (Extrait)

L’auteur avait au départ l’idée, l’argumentaire et en fait tout ce qu’il faut pour publier un véritable thriller de Noël même et surtout en s’en tenant à la littérature-jeunesse. Il aurait été intéressant d’en savoir plus sur Livio, son passé, son attitude, ses motivations. Et puis je n’ai pas parlé de Dominique Xadé.

C’est la maîtresse d’école de Basile et elle joue un rôle très important dans l’histoire mais la psychologie et les motivations de Dominique sont à peine effleurées. Il y a Nicolas aussi, le conjoint de Dominique, fabricant de jouets de son état. Son rôle aurait pu être renforcé de façon significative l’atmosphère de Noël qui, me semble-t-il, fait un peu défaut parfois dans le récit.

Je m’attendais à plus, je m’attendais à mieux mais c’est quand même une belle petite histoire qu’un père ou une mère pourrait raconter à son enfant en alternant les sourires et les gros yeux.

Et puis Pellot a créé un personnage principal très sympathique. Basile est terriblement attachant et il devient naturel pour les jeunes lecteurs de s’y attacher et c’est sans compter sur son engouement pour les décorations de Noël : *C’était ce spectacle que Basile était venu contempler. Aux approches de Noël, à l’éclosion des décorations urbaines, il se sentait volontiers inspecteur vigilant du phénomène. Instinctivement concerné.* (Extrait)

L’histoire est courte et manque d’actions mais j’ai passé un bon moment avec Basile. C’est une lecture sympathique. Je vous suggère donc ce livre à inclure dans votre bibliothèque de Noël. J’en profite pour vous souhaiter un très très joyeux temps des fêtes. On se retrouve en 2018.

Pierre Pelot est un auteur Vosgien né en 1945. Il a écrit plus de cent cinquante romans dans les genres les plus divers, dont beaucoup ont été traduits dans plus de 20 langues. Avec des œuvres dont DELIRIUM CIRCUS ou LA GUERRE OLYMPIQUE, il reste l’un des meilleurs auteurs de SF française. En compagnie d’Yves Coppens, il a signé LE RÊVE DE LUCY et SOUS LE VENT DU MONDE. ÉTÉ EN PENTE DOUCE a été adapté au cinéma. Le film a connu des succès flatteurs…

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 17 décembre 2017