CETTE NUIT-LÀ, le livre de LINWOOD BARCLAY

VERSION AUDIO

*Trois types débattant des mérites d’un groupe de rock des années soixante-dix pouvaient-il réellement envisager de m’emmener quelque part pour me tuer ? L’ambiance dans la voiture n’aurait-elle pas été un peu plus sinistre ? *
(Extrait : CETTE NUIT-LÀ. Linwood Barclay, J’ai lu éditeur pour l’édition originale, traduction française. 474 pages. Version audio : Audiolib studios éditeur, 2016. Narrateur : Éric Aubrahn, durée d’écoute : 11h26)

Imaginez… Vous êtes une ado de quatorze ans. Vous avez fait le mur pour la première fois. Vous rentrez en cachette la nuit. Au matin, la maison est vide. Toute votre famille a disparu sans laisser de traces. Apparitions suspectes, coups de fils anonymes, messages accusateurs : vingt-cinq ans plus tard, le passé ressurgit… CETTE NUIT-LÀ suit le destin de Cynthia dont les proches disparaissent sans laisser aucun indice…


CRUEL MAL-ÊTRE
*Il m’agrippa par les cheveux et abaissa son visage
vers le mien. Son haleine sentait la saucisse et le
ketchup : <Écoute-moi ducon. Tu sais seulement
à qui tu parles ? Ces types qui t’ont emmené ici.
t’as une idée de ce qu’ils sont capables de faire ?
Tu pourrais finir dans un broyeur à bois. Tu pourrais
être balancé d’un bateau au milieu du détroit…*
(Extrait)

Ce récit de forte intensité raconte l’histoire de Cynthia Bigge et de son mari Terry. L’histoire commence vingt-cinq ans après la disparition de la famille de Cynthia. En effet. Il y a déjà un quart de siècle, au retour d’une petite fugue nocturne bien alcoolisée, alors qu’elle avait quatorze ans, Cynthia constate avec horreur la disparition de sa famille. Ses parents, son frère Todd, volatilisés. Elle n’en aura plus jamais de nouvelles avant au moins 25 ans. La détresse de Cynthia est inimaginable.

Après vingt-cinq ans, Cynthia est obsédée par la disparition de sa famille. Sont-ils morts ? Et pourquoi Cynthia est encore là ? Vingt-cinq ans après, non seulement rien ne s’est arrangé mais Cynthia a développé une véritable obsession : *Par moment, je les entends. Je les entends parler, maman, mon frère, Papa, je les entends aussi clairement que s’ils étaient dans la pièce. Avec moi. Ils me parlent…* (Extrait) Décidée à tout essayer pour retrouver son frère et ses parents, Cynthia participe à une émission de télévision appelée DEADLINE qui se spécialise dans l’appel des personnes disparues.

Cette initiative de l’appel télévisé a le don d’entretenir le feu. En effet, Cynthia décèle plusieurs indices qui laissent supposer que sa famille est vivante. Pourquoi ne se montre-t-elle pas. Toute cette histoire ne serait qu’une sordide machination. L’épreuve est très dure pour Cynthia d’autant que personne ne croit à ses indices. Même son mari Terry croit que Cynthia pourrait développer une paranoïa.

Ne pouvant tolérer le scepticisme de son mari, Cynthia décide de s’éloigner quelques temps avec leur fille Grace. À partir de ce moment, c’est Terry qui va prendre la relève, décidé à aller au bout de cette histoire grâce à certains jeux d’alliance dont une avec un truand qui était avec Cynthia il y a vingt-cinq ans, Vince Flemming. Une chose est sûre, quelqu’un sait quelque chose et Linwood Barclay a réussi à jouer avec mes nerfs, curieux de voir un petit prof d’anglais, Terry, aller de découverte en découverte.

Les trois premiers quarts du récit mettent l’accent sur l’obsession et l’opiniâtreté de Cynthia. Le dernier quart enchaînera les revirements et les rebondissements jusqu’à la dernière page. Il suit Terry dans son enquête qui devient de plus en plus agressive. Ce genre de récit est courant en littérature. Barclay ne réinvente pas le genre et est tombé dans certains pièges : les longueurs et cette impression de redondance.

Bien sûr, les trois premiers quarts sont riches en indices, en petites observations intrigantes, en curiosités. L’intrigue est coriace…c’est la qualité de son défaut. Ça tient en haleine, d’autant que dans le dernier quart, Terry prendra conscience de la folie d’une femme qui n’est rien de moins qu’un monstre. Toutefois, la motivation de cette femme est au cœur de milliers d’histoires comme celle-ci.

Je n’ai pas pu vraiment m’attacher aux personnages. Difficile de dire pourquoi mais une étincelle manquait. Certains même me tapaient sur le système comme Vince, ce petit dur qui me donnait l’impression de caricaturer un cowboy sortant d’un saloon avec l’envie de tuer. Toutefois, je crois que le poids des forces excède celui des faiblesses. CETTE NUIT-LÀ est un suspense efficace doublé d’un thriller psychologique.

Le rythme est élevé, l’écriture efficace, le fil conducteur est solide et le tout maintient le lecteur ou l’auditeur dans une espèce de zone grise qui l’oblige à jongler avec des indices dont plusieurs sont très intéressants. J’ajoute à cela que j’ai été enchanté par la performance narrative d’Eric Aubrahn qui a trouvé globalement le ton juste avec une signature vocale très distincte pour chacun des principaux personnages. CETTE NUIT-LÀ ne réinvente pas le genre, mais le thriller est fort bien ficelé et il m’a fait l’effet que j’attendais de lui : il m’a gardé captif.

Un thriller qui tient en haleine…à lire.

Star aux États-Unis et en Angleterre, Linwood Barclay s’est fait un nom dans le club très fermé des grands maîtres du thriller. Belfond a déjà publié treize de ses romans, dont Cette nuit-là (2009), Fenêtre sur crime (2014), La Fille dans le rétroviseur (2016), ou encore la série des aventures de Zack Walker. Tous sont repris chez J’ai lu. Après Fausses promesses (2018 ; J’ai lu, 2019) et Faux Amis (2018), Vraie folie clôt la trilogie consacrée à la petite ville fictive de Promise Falls.

Bonne écoute
Claude Lambert

11 SERPENTS

11 SERPENTS

Commentaire sur le livre de
PHILIPPE SAIMBERT

*Les yeux grands ouverts, la bouche
en cul de poule, la médium des
familles fixait un point devant elle.
Nul doute, une âme se tenait là et
avait accepté de lui causer.*
(Extrait : 11 SERPENTS, Philippe Saimbert,
Éditeur : Philippe Salamagnou, 2016, numérique
et papier, 255 pages numériques)

La terrible cousine Abeline, aussi riche qu’originale, convie amis et famille dans son domaine pour leur faire une étrange proposition. Elle leur propose un jeu où les participants devront se montrer drôles et machiavéliques.

Elle cédera la moitié de sa fortune à celui ou celle qui remportera le défi. 11 invités. 11 serpents. Le gagnant sera celui qui mordra le plus fort.

 

 

POUR LE PLAISIR DE TOMBER BAS
*Désolé mais dans la vie, celui qui ne rend pas
les coups est destiné à en recevoir de nouveaux…
Mais je vais te dire une chose. Que tu ne devras
jamais oublier. Et qui te servira plus tard. Celui
qui gagne, c’est celui qui baise en dernier !
(Extrait : 11 SERPENTS)

Voyons d’abord le contenu : Abeline est une femme très riche et elle est aussi excentrique que riche*…Cette sacrée bonne femme aurait pu être adorable…mais…elle ne pouvait s’empêcher de se moquer de son entourage, voire de le provoquer. Une maîtresse de la répartie qui tue et de la parole assassine. * (Extrait) Elle convie amis et famille à un jeu particulier. Pendant 8 jours, les convives devront être drôles, machiavélique…*Un jeu d’échec où tous les stratagèmes seront permis pour porter un coup fatal à l’adversaire. Tous sauf un…la violence. Qui sera éliminatoire*(Extrait) …et s’éliminer les uns les autres. L’enjeu : la moitié de la fortune d’Abeline, payable immédiatement à la fin du jeu.

Ce genre de course à l’héritage est loin d’être nouveau en littérature même Saimbert a déjà développé ce thème dans L’HÉRITAGE DE TATA LUCIE. Sujet réchauffé c’est vrai. Je vous assure toutefois que le livre a de quoi brassé le lecteur. Vous excuserez mon français direct mais dans cette réunion d’héritiers potentiels chez Abeline, vous avez le plus beau ramassis de salauds, de Bitchs, de perfides, de manipulateurs, d’hypocrites et de petits Machiavels en puissance…onze personnages odieux…onze serpents. ONZE SERPENTS est le récit de Philippe Depondick, cousin d’Abeline, romancier raté et sympathique, un superbe molasson…*Parce qu’un homme ça aime collectionner les conneries. Et moi, je suis un vrai mec. * (Extrait) Philippe participe au jeu mais est considéré comme perdant d’avance et pour ce qui est de recevoir des coups bas, il ne l’aura pas facile…

Ce livre m’a fait vibrer et est venu me chercher rapidement. C’est une comédie aussi noire qu’amusante, une véritable collection de méchancetés issue d’une imagination pour le moins fébrile. J’ai été choqué par les bassesses des convives qui se tiraient cruellement dans les jambes pour ne pas dire dans le cœur et dans l’âme… J’ai été choqué mais j’ai ri et j’ai pris en pitié Philippe, cette loque avec son dos de canard qui donne toujours l’impression de ne pas avoir dit son dernier mot. Quand je lis un livre, je m’attends d’être atteint, réchauffé, brassé, choqué et je mets le reste dans ce que j’appelle couramment la gamme d’émotions. Mon mot d’ordre à l’auteur est SURPRENEZ-MOI. J’ai été surpris, c’est le moins que je puisse dire. Surpris par autant de méchanceté dont l’exécution s’élève presqu’au niveau de l’art, surpris par la finale superbement imaginée et qui confirme jusqu’où on peut tomber pour être riche. Surpris par la personne qui a gagné ce huis-clos barbare…la personne la moins probable et qui a su s’investir autant en finesse qu’en cruauté. Le livre m’a vraiment accaparé jusqu’à la fin.

Je passerai rapidement sur les irritants de ce livre, c’est-à-dire ses longueurs et ses nombreux développements qui sans être nécessairement longs créent des diversions inutiles et irritantes. Je note aussi cette manie agaçante de Saimbert de prévenir souvent le lecteur qu’il sera sidéré par la suite…un exemple…*Mais pour une fois, mon instinct ne me trompait pas. On n’allait pas être déçu* (Extrait) Ce genre d’insertion est fréquent dans le récit. Mais la plume fébrile de Saimbert nous ramène vite fait dans le fil conducteur. Ce livre est très bon divertissement mais il est acide. La cruauté qui est manifestée dans le récit peut mettre beaucoup de lecteurs mal à l’aise.

C’est un roman définitivement cynique mais il m’a fait rire. Je découvre qu’on peut être choqué en dissimulant une envie de rire. On ne peut pas lire une bombe pareille sans être mitigé. C’est bourré de machinations, d’astuces, de coups bas et l’humour et les répliques sont plutôt noirs. Disons que le temps que j’ai pris pour lire ce livre a passé très vite avec un minimum de pauses.

Philippe Saimbert est un auteur et scénariste français né à Pau en 1962. Il a aussi signé plusieurs albums de bande dessinée en empruntant diverses avenues littéraires telles que la science-fiction, le thriller, l’humour. Ses nombreux polars et sa série LES ÂMES D’HÉLIOS lui ont fait atteindre la notoriété. Je pense entre autres au livre qu’il a écrit en collaboration avec Isabelle Muzart et dont j’ai déjà parlé sur ce site, LE WAGON qui nous plonge dans une atmosphère très particulière qui n’est pas sans rappeler Agatha Christie. Pour lire mon commentaire sur LE WAGON, cliquez ici. Une adaptation au cinéma serait une véritable consécration pour Philippe Saimbert.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 12 décembre 2020

INTIMIDATION, le livre de HARLAN COBEN

*« Papa?
« Quoi?
« Où est maman?
Adam ferma les yeux.
« Je te l’ai dit. Elle est partie à un truc de profs.
« Elle vient d’y aller à un truc de profs.
« C’en est un autre.
« Et ça se passe où?
« À Atlantic City.
Thomas secoua la tête.
« Non.
« Comment ça non?
« Je sais où elle est, dit Thomas. Et c’est pas à Atlantic City.
(Extrait : INTIMIDATION, Harlan Coben, Belfond éditeur, 2016, édition de papier, 390 pages)

Ce récit est la longue quête de la vérité pour Adam, un avocat, marié comme beaucoup d’autres, de toute évidence heureux en ménage comme beaucoup d’autres. Un jour, lors d’une soirée, la vie d’Adam va basculer lorsqu’il sera abordé par un parfait inconnu qui lui révèlera que Corinne lui a fait un terrible mensonge. Adam doit-il donner du crédit à une aussi aberrante révélation venant de quelqu’un qu’il ne connait pas du tout ? Mais que sait-on vraiment de la personne qui partage notre vie. N’en pouvant plus, Adam décide de confronter Corinne, mais cette dernière s’enfuit en lui laissant un énigmatique message. Adam décide d’aller au bout pour connaître une vérité qui risque de faire très mal…Tueurs à gage, réseaux illicites, cybercriminels. Comment une femme aussi tranquille et sans histoire a-t-elle pu se trouver au cœur d’une aussi étrange machination qui devient bientôt effrayante. Quelque chose de terrible est sur le point d’arriver. Adam le sent…

UNE EFFRAYANTE MACHINATION
*Adam scruta l’écran, plutôt de bas en haut
que l’inverse. Au départ, rien de nouveau :
lui, les garçons, les collègues, les amis…
Quand soudain il aperçut un numéro
familier, et son cœur manqua un battement.
(Extrait : INTIMIDATION)

C’est le deuxième livre que je lis d’Harlan Coben. Le premier était SANS UN MOT qui a fait l’objet d’un commentaire sur ce site en octobre 2016. Même s’il ne m’avait pas impressionné, je considère SANS UN MOT supérieur à INTIMIDATION. Les deux titres, soit dit en passant, développe le thème de la cybercriminalité.

C’est courant avec Coben, une grande quantité de personnages qui se croisent et s’entrecroisent, des épisodes de chantage qui s’entrecoupent et qui finissent par converger à la fin. Cette façon d’écrire joue avec la patience du lecteur car dans la première moitié de l’ouvrage, je ne savais pas trop à quoi m’accrocher.

Pourtant, l’histoire en elle-même est originale : Un parfait inconnu aborde Adam dans une soirée et lui murmure à l’oreille que sa femme lui a menti sur toute la ligne. Ainsi Adam découvre que la grossesse de sa femme était bidon…simulée. Adam va enquêter avec acharnement mais son enquête prend des directions anarchiques.

J’ai été patient parce que je voulais connaître la finale. Harlan Coben est réputé pour ses finales surprenantes. À ce titre, je n’ai pas été déçu. Tout s’imbrique rapidement à la fin. Si la finale est satisfaisante pour les lecteurs, la façon d’y arriver m’a un peu découragé.

Le récit a tout de même quelques forces. Le rythme est soutenu parce que l’intrigue s’intensifie au fur et à mesure qu’on se rapproche de la fin. Le lecteur est particulièrement à l’aise dans la deuxième moitié du livre alors qu’on commence à comprendre le cauchemar que vit Adam jusqu’à la finale que j’ai trouvé surprenante.

Les personnages de l’histoire ne sont pas spécialement attachants, même Adam sauf que j’ai pu apprécier son acharnement à connaître la vérité et je me suis rendu compte que pour un temps, je me suis acharné avec lui, surtout dans la 2e moitié de l’histoire. Il y a donc un certain magnétisme qui opère dans la plume.

L’œuvre d’Harlan Coben est assez impressionnante. Près de 50 titres qui ont connu pour la plupart des chiffres intéressants de vente. Il doit y avoir des raisons à cela. Sa façon de diriger le lecteur dans plusieurs directions doit plaire à plusieurs et puis les finales de ses livres sont réputées. J’ai lu plusieurs commentaires de lecteurs et lectrices à ce sujet. Aussi, Coben a une façon bien spéciale d’exploiter le fait divers. Il faut juste être un petit peu patient et attendre que l’ensemble du décor soit planté avant de l’exploiter à fond.

J’ai de la difficulté avec cette façon d’écrire. Ce que je recherche dans un récit peu importe sa longueur, c’est qu’il y ait dès les premiers chapitres un certain brassage d’émotions et que j’aie une bonne idée du profil des personnages.

Si l’auteur tient à ce que les personnages me *parlent*, il prendra soin de leur donner de la profondeur et de faire en sorte que je comprenne leur psychologie. Il devient alors plus facile de ressentir le message ou l’intensité dramatique du livre. Ainsi, je peux ressentir l’empathie, la colère, l’angoisse, etc.

Je n’ai lu que deux livres de Coben, mon commentaire ne peux s’étendre à toute sa bibliographie mais dans les deux cas, il y a eu peu de ressenti et quand on lit un livre avec comme unique intérêt d’arriver à la finale dès que possible, on ne peut pas appeler ça un grand moment de lecture. Heureusement, INTIMIDATION se lit vite et bien avec des chapitres courts et une excellente ventilation.

Voilà…ça fait peut-être très cliché, mais la balle est dans le camp du lecteur.

Harlan Coben est un écrivain américain spécialisé dans le roman policier et né le 4 janvier 1962 dans une famille juive. Il a d’abord suivi ses études supérieures à Livingston puis viennent ensuite les sciences politiques au Amherst college. Il a travaillé dans une agence de voyage que possédait son grand-père avant de s’installer à Ridgwood dans le New Jersey avec sa femme qui est pédiatre et ses quatre enfants. Il est le premier auteur à avoir reçu trois des prix majeurs de la littérature policière aux États-Unis : Le prix Edgar Allan Poe, le prix Shamus et le prix Anthony. L’œuvre d’Harlan Coben est considérable. Pour y jeter un œil, je vous suggère de visiter le site officiel de Harlan Coben en version française. Cliquez ici.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 23 février 2020

SOUS LA SURFACE, livre de MARTIN MICHAUD

*Le nom de l’expéditeur n’était pas affiché et quelques
clics m’ont confirmé qu’il provenait d’un numéro que
je ne connaissais pas. Prenant soin de ne pas être
remarquée, j’ai tapé la première chose qui me passait
par la tête et j’ai appuyé sur la touche d’envoi : QUI
QUE VOUS SOYEZ, VOUS ÊTES MALADE!*
(Extrait : SOUS LA SURFACE, Martin Michaud, les éditions
Coup D’œil, édition de papier, 430 pages)

À proximité des élections primaires américaines, Patrick Adams, le favori dans la course à l’investiture démocrate, et sa femme, Leah Hammett, écrivaine et ancienne top-modèle, arrivent à Lowell, au Massachussetts. Alors que son mari se prépare à être propulsé vers le sommet, Leah reçoit un étrange message qui vient perturber leur ascension et la replonge dans un passé douloureux bien enfoui. Remettant alors toutes ses certitudes en question, elle tente d’éclaircir ce pan sombre de sa vie. Mais la tâche se révèle beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît, surtout lorsque l’on s’apprête à devenir la première dame des États-Unis et que tous les projecteurs sont rivés sur soi. S’amorce alors une danse entre dissimulation, révélations, mensonges et vérité. Objectif : plonger sous la surface et affronter ses démons…

VICES CACHÉS, MAGOUILLES
ET POLITICONNERIES
*Au premier étage…ils trouvèrent le corps de Garcia.
Ce dernier gisait dans une mare de sang, la gorge
tranchée. Ramirez n’avait jamais été un as en
mathématiques, mais il n’eut pas besoin de faire
le décompte pour savoir qu’ils n’étaient désormais
plus que deux.*
(Extrait : SOUS LA SURFACE)

C’est la deuxième fois que je lis Martin Michaud. J’avais été emballé par LA CHORALE DU DIABLE. Plusieurs années et plusieurs volumes après, je ne suis toujours pas déçu. Une belle évolution et peut-être un goût de faire différent me font douter qu’avec SOUS LA SURFACE, Martin a voulu sortir un peu des sentiers battus avec un thriller mêlant la corruption, l’amour et la politique. C’est explosif…très explosif. Le meilleur moyen de définir le livre de Michaud est d’emprunter les paroles de la journaliste Mallory Brown, personnage fictif de SOUS LA SURFACE qui résumera durement les évènements extraordinaires qui ont secoué Lowell et toute l’Amérique.

Le genre d’évènement qui fait qu’on aimerait tout jeter à terre et reconstruire…l’homme inclus :*Meurtres, morts violentes, parfum de scandale, soif de pouvoir, complots, dissimulation, mensonges, trahison, tractations secrètes et tromperie, le contenu sulfureux de SOUS LA SURFACE plonge le lecteur dans la tourmente* (Extrait) eh oui, SOUS LA SURFACE est aussi le titre d’un livre de l’héroïne qui racontera tous les évènements qui ont déchiré son âme.

SOUS LA SURFACE est le récit de Leah Hammet, 45 ans, anciennement mannequin professionnel, puis écrivaine. Une femme ordinaire à ceci près qu’elle est la conjointe de Patrick Adams, le favori aux présidentielles américaines. Alors qu’elle se prépare au Super Tuesday, elle reçoit un mystérieux texto de son premier amoureux, censé être mort depuis 25 ans. Dès lors, une tempête d’émotions éclate à l’intérieur et Leah jure d’aller au bout de cette histoire et vous pouvez me croire quand je vous dis que le fouet va claquer.

Le lecteur pourrait être surpris des qualités et attributs que l’auteur a donné à son principal personnage : *Il y a toujours deux forces en moi. Deux personnalités diamétralement opposées. Leah, la femme douce et effacée, cette façade que je présente en public. Et puis il y a LEE, ce démon qui m’habite et que je m’efforce de contenir, cette femme dure et impitoyable. Cette femme au cœur de glace.* (Extrait)

À travers le drame extrêmement intense que vit Leah Hammet, L’auteur décrit avec une minutie extraordinaire les rouages de la politique américaine, la complexité du système électoral et l’atmosphère étouffante des conventions, réunions, séminaires et les tractations étranges et pas toujours nettes du collège électoral. C’est vrai que j’ai toujours trouvé les manœuvres électorales américaines compliquées, mais Martin Michaud nous les décrit avec une fluidité qui force l’admiration. La plume est concise, efficace, directe, pas de temps morts, la toile est trop complexe. L’auteur l’a compris.

Avec un étonnant savoir-faire, l’auteur amène tous ses personnages sans exception SOUS LA SURFACE, l’envers du décor pour tenter de balayer toutes les saletés qui s’y trouvent. Beaucoup y laisseront leur âme. Michaud ne néglige rien et ne ménage personne, même pas le lecteur qui ne voit pas venir une finale spectaculaire et tout à fait imprévue. Avant d’entreprendre la lecture je me suis dit : surprend-moi Martin. C’est fait, c’est même au-delà de toutes mes attentes.

J’ai vu beaucoup de choses intéressantes dans ce livre car il est évident que l’auteur s’est documenté. Une plongée dans le cœur du pouvoir de la politique américaine, la course effrénée et dans certains cas désespérée pour le pouvoir, le mal engendré par l’ambition et l’absence de scrupules.

Mais tout n’est pas noir car quelque part dans l’œuvre, malgré le caractère soutenu démoniaque de l’intrigue, le lecteur est témoin d’un magnifique, d’un extraordinaire geste d’amour difficilement cadrable dans un univers aussi malsain. Vous voyez, rien ne nous est épargné dans ce thriller haletant y compris une fort mortifiante preuve d’amour.

Avec SOUS LA SURFACE, je suis fier de voir confirmé le nom Du québécois Martin Michaud dans les ligues majeures, comme créateur d’émotions qui n’a rien à envier aux auteurs de thrillers américains.

ici.radio-canada.ca

Né à Québec en 1970, Martin Michaud est un véritable homme-orchestre : avocat, scénariste, écrivain, il est aussi musicien. Sur le plan littéraire, il s’est spécialisé dans le thriller à forte intensité. Ses trois premiers ouvrages (IL NE FAUT PAS PARLER DANS L’ASCENSEUR et LA CHORALE DU DIABLE en 2011, JE ME SOUVIENS en 2012) obtiennent un succès spontané et fulgurant avec la création d’un personnage tourmenté mais d’une impeccable moralité : Victor Lessard. Son œuvre lui vaut de prestigieux prix littéraires.

Pour en savoir davantage sur cet auteur déjà qualifié de maître du thriller québécois, consultez le site internet officiel de Martin Michaud. Cliquez ici.
Pour lire mon commentaire sur LA CHORALE DU DIABLE de Martin Michaud, cliquez ici.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le samedi 7 décembre 2019

L’ÉPREUVE, tomes 2 et 3 de JAMES DASHNER

L’ÉPREUVE
Tome 2 : La terre brûlée
Tome 3 : Le remède mortel

*C’est votre dernière chance. Faites
demi-tour et vous éviterez la découpe*
(Extrait : L’ÉPREUVE, tome 2, LA TERRE BRÛLÉE,
James Dashner, 1ère parution 2010, t.f. 2013,
Éditions Pocket Jeunesse, num. 330 pages)
*…Si vous perdez une partie de votre corps
à la suite d’une rencontre malheureuse avec
un fondu, je vous conseille fortement de faire
une croix dessus et de vous tirer le plus vite
possible. Sauf s’il s’agit d’une jambe
évidemment.
(Extrait : L’ÉPREUVE, tome 3, LE REMÈDE MORTEL,
James Dashner, t.f. 2014, Pocket jeunesse, num.
325 pages)


LES TOMES

2 et 3

de la

trilogie

L’ÉPREUVE

Ces deux volumes constituent les tomes 2 et 3 de la trilogie L’ÉPREUVE de James Dashner. TOME 2: LA TERRE BRÛLÉE. Après leur incroyable aventure dans LE LABYRINTHE (tome 1 dont j’ai déjà parlé sur ce site) Thomas et ses amis se retrouvent dans un monde apocalyptique, ravagé, brûlé, accablé par un climat ravageur…plus d’ordre, plus de gouvernement et partout, des gens infectés par la braise, une maladie qui provoque une folie meurtrière. Thomas et ses *blocards* ont donc une 2e épreuve à subir: traverser les terres brûlées et atteindre un refuge prévu par les «créateurs» avant d’accéder à l’épreuve finale.

TOME 3: LE REMÈDE MORTEL. Les blocards arrivent graduellement à la conclusion de leur épreuve mais ce ne sera pas simple. Il semble que ce soit à eux de compléter le plan pour le traitement de la braise. De plus en plus irrités par les machinations du WICKED et suite à une turbulente chaîne d’évènements, Thomas et ses amis décident de se révolter contre les mystérieux créateurs et de faire éclater la vérité. Mais celle-ci ne serait-elle pas trop dangereuse pour la répandre. Thomas n’est pas au bout de ses surprises et le lecteur non plus.

LA BRAISE ET LE CHAOS
*On ne peut plus s’amuser à deviner ce qu’ils
ont derrière la tête. Parfois, ils élaborent des
plans rien que pour m’obliger à faire le
contraire de ce qu’ils croient que je pense
qu’ils veulent*
(Extrait : L’ÉPREUVE, tome 3, LE REMÈDE MORTEL)

Pour bien comprendre la trame des tomes 2 et 3 de L’ÉPREUVE, il est de loin préférable d’avoir lu le tome 1 LE LABYRINTHE et je vous dis N’HÉSITEZ PAS. Vous ne serez pas déçu. Je vous invite d’ailleurs à lire mon commentaire sur le LABYRINTHE.

Faisons d’abord un bref retour en arrière. Pour des raisons inconnues au départ, des jeunes à qui on a enlevé la mémoire sont réunis dans un endroit mystérieux, artificiel, appelé LE LABYRINTHE. Ils sont approvisionnés et leur séjour dure environ deux ans. Ils ne le savent pas, mais ils vivent la première d’une série d’épreuves infligées par de mystérieux inconnus appelés CRÉATEURS, des scientifiques qui appartiennent à une organisation appelée WICKED. Également sans le savoir, ils se préparent à la deuxième épreuve. Un livre passionnant même si on ne savait pas exactement où l’auteur voulait en venir, ce qui est normal dans le premier tome d’une trilogie.

Dans le second tome, qui amène les jeunes dans LA TERRE BRÛLÉE, le fil conducteur du récit se précise et se solidifie : tout tourne autour de la braise, une maladie créée artificiellement suite aux terribles éruptions solaires qui dévastent la terre et qui enlève aux victimes toute humanité avant de mourir.

La deuxième épreuve oblige les jeunes à traverser la TERRE BRULÉE, affronter les victimes de la braise qu’on appelle les FONDUS et gagner un refuge indiqué par les agents du WICKED. Ce refuge est un piège grossier qui les amènera au troisième opus : LE REMÈDE MORTEL.

Dans le REMÈDE MORTEL, la plupart des jeunes ont retrouvé la mémoire et doivent maintenant vivre avec car ils comprennent beaucoup mieux les motivations du WICKED, suffisamment en tout cas pour le combattre et le détruire. C’est la mission que les jeunes se sont donnée eux-mêmes, grâce entre autres, à des alliés imprévus, mais plusieurs y laisseront leur peau.

J’ai adoré le tome 2. L’histoire démarre en trombe et l’action va en s’intensifiant. Les rebondissements nombreux et rapides ainsi que le réalisme du récit m’ont rivé au volume. J’ai trouvé l’ensemble légèrement supérieur au tome 1. Ne soyez pas surpris, les raisons qui forcent les jeunes à affronter tellement de cruauté ne sont dévoilées qu’au compte-gouttes. J’ai dû me creuser la tête mais les idées et l’imagination extraordinaire déployées par Dashner nous obligent pratiquement à aller de l’avant.

Je me suis donc senti entraîné, accroché en particulier à Thomas, un personnage attachant autour de qui tout a commencé. Notez toutefois que les nombreux retournements de situation et les multiples directions que prend le scénario rendent la lecture parfois un peu compliquée. Mais c’est surmontable. L’intrigue est complexe et ce n’est pas dans ce tome que j’ai entrevu ne serait-ce qu’une petite partie du fin mot de l’histoire. Rendez-vous donc au tome 3.

J’ai eu un peu plus de difficulté avec LE REMÈDE MORTEL. Quelle série ne souffre pas tôt ou tard d’un certain degré d’essoufflement? Me suis-je demandé. Cette difficulté vient en grande partie des nombreux et imprévisibles changements de direction dans le scénario de l’auteur. Et puis dans le récit, personne ne fait confiance à personne.

Je sais que cette confusion est créée par le WICKED et qu’en principe, sa place est logique, mais il y a beaucoup d’invraisemblance et j’ai trouvé l’ensemble un peu tiré par les cheveux. Je n’ai pas senti le réalisme qui m’avait accroché au tome 2. Plusieurs questions sont restées en suspens. Malgré tout, je me suis laissé emporter par le suspense, l’émotion et la fluidité de la plume.

Bien sûr, j’ai eu le fin mot de l’histoire sur le destin des jeunes et surtout sur les motivations du WICKED et ça c’est un aspect extrêmement intéressant. Le WICKED avait pour mission d’assurer la survie du monde par tous les moyens. A-t-il réussi? Peut-on être d’accord avec les moyens qu’il a utilisés? Là-dessus, James Dashner ne se prononce pas. Le lecteur doit composer avec son libre arbitre et prendre position, l’auteur nous laissant avec une passionnante question à saveur philosophique à débattre. L’ÉPREUVE a été pour moi une belle et grande lecture.

Je me propose maintenant de lire le préquel de la trilogie L’ÉPREUVE qui raconte les évènements précédant LE LABYRINTHE alors que le soleil menace l’humanité. J’y reviendrai bientôt sur ce site.

TERRE BRÛLÉE AU CINÉMA

Adapté du deuxième tome de la trilogie L’ÉPREUVE de James Dashner, le film TERRE BRÛLÉE, réalisé par Wes Ball est sorti en 2015. C’est James Dashner lui-même qui a scénarisé le film. Dans la distribution, on retrouve surtout des jeunes évidemment dont Dylan O’Brien, Kaya Scodelario, Thomas Brodie-Sangster et Ki Hong Lee.

Au moment d’écrire ces lignes, la sortie du troisième et dernier film est planifiée pour 2017. 

James Dashner est né aux États-Unis en 1972. Après avoir écrit des histoires inspirées du SEIGNEUR DES ANNEAUX sur la vieille machine à écrire de ses parents, il a suivi des études de finance. Mais, très vite, James Dashner est revenu à sa passion de l’écriture. Aujourd’hui, depuis les montagnes où il habite avec sa femme et ses quatre enfants, il ne cesse d’inventer des histoires, influencé par ses lectures et ses films préférés. Sa série L’ÉPREUVE a rencontré un grand succès aux États-Unis et un film intitulé LE LABYRINTHE adapté du premier volume, est sorti en 2014, suivi de LE LABYRINTHE LA TERRE BRÛLÉE adaptation du deuxième roman sortie en 2015.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le 5 mars 2017