LE LIVRE qu’il ne faut surtout, surtout pas lire

COMMENTAIRE SUR LE LIVRE DE
SYLVIE LAROCHE

*Il a lu et puis…rien. Aucun effet. Alors, il a essayé à voix haute. Fiasco. Les mots se dégonflaient sur le bord de ses lèvres comme des ballons de Baudruche. De rage, Max a balancé le bouquin à l’autre bout de sa chambre. Et tant pis si ce n’était pas le sien ! Le vendredi suivant,  pourtant, il a retrouvé toute la magie de l’histoire dans la voix de madame Coquelicot. Il s’est dit ce jour-là qu’il appartenait à l’espèce rare et méconnue de ceux qui lisent avec leurs oreilles.*  (Extrait : LE LIVRE QU’IL NE FAUT surtout, surtout, surtout pas lire, Sophie Laroche, éditions de Mortagne 2019,  réédition, MicMac, papier, 293 pages)

<L’AVENTURE DE TES RÊVES> est le dernier livre à la mode. Tout le monde le lit. Tout le monde sauf Max ! Il déteste la lecture ! Surtout depuis que cet étrange livre a envoûté toute l’école, surtout ses meilleurs copains. Plus personne ne joue à l’heure de la récré. Il y a de quoi se poser quelques questions.

Max est le seul à pouvoir percer le mystère de ce livre plus qu’inquiétant… Seul ? Ça reste encore à voir… Il y a des alliés qu’on imagine pas !

L’INTERDIT QUI ATTIRE
*Max, seul face à sa feuille blanche fulmine.
Il n’a aucune idée. Enfin, oui, il en a bien
une. «Ce serait l’histoire d’un escroc qui
se fait passer pour un écrivain et d’élèves
qui se laissent berner. Sauf un. Parce qu’il
a horreur de lire.*
(Extrait)

C’est une belle petite histoire, écrite très simplement. Elle n’a rien de spectaculaire ni de compliqué et pourtant, il en sort comme une espèce de magie. Faut-il se surprendre que le héros d’un livre soit quelqu’un qui n’aime pas lire ? Voici l’histoire de Max : un jeune préado qui déteste lire. Depuis quelque temps Max est seul. Personne pour jouer ou avec qui rigoler. Pourquoi? Parce que tout le monde est plongé dans la lecture d’un livre qui envahit d’un coup le marché de la littérature jeunesse et qui est signé Marc Norenêt.

Tout le monde a le nez dans ce livre, les jeunes, les parents et même le directeur de l’école qui néglige carrément sa tenue et l’ordre de son bureau. Max ne comprend pas et trouve même louche cet engouement soudain pour un livre et surtout d’une directive capitale de son auteur pour ne pas raconter l’histoire aux autres. Max décide de tirer tout ça au clair. Mais pour enquêter, il aura besoin d’alliés.

Une élève de sa classe, Hortense pour laquelle le livre a un peu moins d’attraction et madame Coquelicot, la bibliothécaire, acceptent d’aider Max dans son enquête. Ce qu’ils vont découvrir va les laisser pantois…non seulement sur le contenu du livre mais sur son auteur, le fameux Marc Norenêt, tant adulé.

Tout m’a attiré dans ce livre. D’abord, l’originalité. Regardez à nouveau l’image plus haut : un gros cadenas verrouillé sur des chaînes liées dans le quatrième de couverture. Pour les jeunes lecteurs et lectrices le titre peut être à double sens. Soit qu’il ne faut pas lire ce livre ou que CE LIVRE PARLE d’un livre qu’il ne faut surtout pas lire. C’est peut-être mêlant mais avouez que c’est de l’interdit plutôt attractif, surtout si on tient compte de pages de garde remplies de têtes de mort qui sont comme on le sait, les symboles du poison.

Donc la présentation est fort originale, attire l’attention et attise la curiosité. Ça ne s’arrête pas là. J’ai beaucoup apprécié Max. Beaucoup de jeunes de 9 à 13 ans vont se reconnaître à travers ce gentil bonhomme. C’est vrai, il n’aime pas lire mais il aime qu’on lui fasse la lecture, idée que je trouve excellente et qui fait un beau clin d’œil aux livres audios.

En général, tous les personnages sont attachants et sympathiques (il y a toujours une exception, le petit détestable de la classe Augustin Kacerol), les illustrations de Jean Morin expressives et vivantes et bien sûr je ne parlerai pas de ce qui rend ce livre si addictif. Je mentionnerai simplement que j’ai trouvé l’idée excellente.

La petite faiblesse de l’histoire réside dans le développement du procédé qui rend le livre addictif. L’idée est géniale, mais à mon avis, elle est sous-développée. Peut-être l’auteure a-t-elle reculé devant les explications techniques qui auraient pu rebuter les jeunes lecteurs ou peut-être a-t-elle jugé que ce que madame Coquelicot a découvert était largement suffisant pour la compréhension du texte, l’idée étant d’abord d’encourager les jeunes lecteurs à lire et je ne soulignerai jamais assez l’importance de développer ce goût de la lecture.

C’est très personnel, et je suis loin d’avoir 10 ans (dans mon cas, il faut multiplier un peu) mais j’aurai aimé en savoir plus sur les facteurs qui rendent le livre si irrésistible ainsi que sur les agissements et la personnalité de Marc Norenêt.

Pour résumer, c’est une petite lecture irrésistible dont le but à la base est de donner le goût de la lecture aux lecteurs et lectrice de première génération et d’établir certains des principes de l’addiction. Sincèrement, j’espère avoir d’autres nouvelles de Max…ce jeune homme qui aime *lire avec les oreilles*…

   

Sophie Laroche a grandi au bord de la mer, à Wimereux, dans le Pas-de-Calais. Mère de trois enfants, elle partage sa vie entre l’écriture pour la jeunesse, la rédaction d’articles comme pigiste pour un magazine féminin et les rencontres dans les écoles. Elle a obtenu plusieurs Prix de littérature jeunesse : Prix 7 à Lire de Grand Quevilly – Prix Au Fil des Pages – Prix des Drôles et des Drôlesses – Prix Graines de lecteur de Pau – Prix Jeunes Poissons – Prix Montmorillon – Prix Renaudot des Benjamins. Elle a signé près d’une quarantaine de livres, dont le carnet de Grauku et LE LIVRE QU’IL NE FAUT SURTOUT, SURTOUT, SURTOUT PAS LIRE.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 24 septembre 2021

 

Entre les ligne ou le journaliste assassiné

Commentaire sur le livre de
JERÔME BELLAY

*Seule dans ce long tube à bestiaux pour vaches sacrées
du monde des faux-semblants, elle avait la sensation
coupable de se trouver abandonnée, comme une
courtisanne en fuite, dans le silence poisseux d’une nuit
de débauche et d’ennui. Non, cette vie-là n’était
décidément pas faite pour elle. *
(Extrait : ENTRE LES LIGNES OU LE JOURNALISTE ASSASSINÉ,
Jérôme Bellay, Édition Cherche Midi, collection Documents, 2012,
édition numérique, 260 pages)

Vincent Delorme est un grand reporter à la télévision : un baroudeur qui a couvert les grands événements de la planète. Alors qu’il dédicace son dernier livre, il est assassiné d’un coup de revolver. Le tueur s’enfuit en laissant son arme. Pas d’autres indices. L’opinion, les milieux politiques et professionnels sont en émoi, car c’est un journaliste vedette qui vient d’être froidement abattu. L’enquête piétine… jusqu’au moment où l’une de ses consœurs, présentatrice du 20 heures, imagine que c’est dans le livre qu’il dédicaçait que se tient la clef de l’énigme. Ou plutôt entre les lignes de cet ouvrage.

Journalisme en coulisse
Il n’y avait pas pire capharnaüm que la rédaction la nuit.
Elle semblait vitrifiée par une bombe è neutrons qui
aurait détruit les hommes en épargnant les murs. Vidée,
tout restait en l’état, pêle-mêle sur les bureaux, dans un
désordre indigne. À croire que les journalistes étaient à
ce point hantés par l’inexorable marche de l’actualité
qu’ils cherchaient à reprendre le temps, chaque matin,
là où il s’était suspendu pour eux, la veille au soir.
(Extrait)

Voyons d’abord le tableau. Vincent Delorme est un grand reporter de la télé. C’est aussi un écrivain. Alors qu’il dédicace son dernier livre : LE SEIGNEUR DES DOS-PELÉS, il est assassiné d’une balle dans la tête, à bout portant. L’assassin jette le revolver et s’enfuit. C’est tout ce qu’on sait. Pas d’indice, pas de piste, pas d’indication. Même si les hautes autorités prennent très au sérieux l’assassinat d’un journaliste d’aussi haute notoriété, les policiers sont dépassés. Leur rôle dans cette histoire demeurera d’ailleurs plutôt insignifiant.

Or une journaliste, consœur de Delorme, présentatrice vedette de la télé, Marie-Ange Fournier développe la conviction que la solution de l’énigme se trouve dans le livre de Delorme. Le titre a d’abord attiré son attention : LE SEIGNEUR DES DOS-PELÉS. Il faut savoir que les dos-pelés, aux fins de l’intrigue sont ces vautours charognards qui se nourrissent de cadavres ou qui tournent autour d’une personne ou d’un animal sur le point de mourir.

Cette définition évoque des images qu’on voit souvent dans les albums de Lucky-Luke. Marie-Ange y voit un indice, songeant que Delorme était un journaliste de terrain spécialisé dans le reportage international et envoyé aux quatre coins du monde. Peut-être Delorme s’est-il frotté à une organisation qui n’a pas l’habitude de pardonner l’indiscrétion ou peut-être était-il impliqué dans une affaire louche. Peut-être en savait-il trop…

Intriguée par certains passages du récit :  *…il désignait la duplicité de la politique française, la corruption des grandes compagnies, le rôle déstabilisateur des services secrets, des réseaux barbouzards, les financements occultes. Mais lorsqu’il s’agissait d’en nommer l’origine, on restait sur sa fin.* (Extrait) Marie Ange part en chasse et se lance dans une enquête extrêmement complexe qui dévoilera entre autres un côté obscur et peu flatteur du journalisme. Si je me réfère à la définition des dos-pelés et à cette citation, ce ne sont pas les vautours qui manquent dans le monde.

Ainsi, Marie-Ange Fournier ira de surprise en surprise, tentant de faire éclater une vérité qui pourrait lui coûter très cher.

C’est un livre que j’ai trouvé difficile à lire parce que son développement va dans tous les sens. Le fil conducteur est instable. On sait que Marie-Ange enquête. Lorsque je tombais sur au passage qui avait pour effet de me faire adhérer au récit, subitement, un virage m’amenait dans une autre direction. Pas facile à suivre. Il y a toutefois un point intéressant qui peut retenir l’attention du lecteur, mais c’est en dents de scie : en effet, on découvre assez vite que Marie-Ange avait plus qu’un petit sentiment pour Vincent Delorme, elle en était carrément amoureuse. On connait donc la véritable motivation de Marie-Ange : faire éclater la vérité en souvenir de l’être aimé.

C’est un peu mince, mais j’ai pu m’accrocher, malgré de nombreux passages confus, à l’instinct de Marie-Ange. Le récit a également un petit fond politique bizarre et agaçant. Malgré une écriture un  peu dérapante, il y a tout de même une intrigue intéressante.

L’idée générale de l’histoire est bonne mais elle est sous-développée et mal exprimée et ça comprend un français parfois douteux et l’utilisation d’anglicisme. La finale est abrupte et dramatique. Je l’ai trouvé un peu décevante. On aurait dit que l’auteur en avait assez et s’est dépêché de finir. Un point positif en terminant : l’auteur dévoile le côté obscur du journalisme international. Ce que j’ai lu à ce sujet m’a semblé crédible.

Si vous vous accrochez fort à l’opiniâtreté de Marie-Ange et aux côtés cachés du journalisme, Il se pourrait que vous appréciiez ce livre. Sinon…

Figure majeure du journalisme audiovisuel français, Jérôme Bellay débute sa carrière dans la presse écrite en 1961, puis passe è la radio et à la télévision dont Antenne 2 à partir de 1972, où il occupe successivement les postes d’adjoint au chef du service politique et de rédacteur en chef. Il passe par la suite à France Inter et concrétise en 1987 la création de France Info dédiée è l’information.

Il passe d’une direction à l’autre dont Radio Monte Carlo en 1993. À travers toutes ces activités professionnelles, Jérôme Bellay publie quatre livres : LE SEIGNEUR DES DOS-PELÉS en 1979, LE CHERCHEUR D’OPALE en 1983, L’ULTIME SACRILÈGE en 2007, et ENTRE LES LIGNES OU LE JOURNALISTE ASSASSINÉ en 2008.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le samedi 24 juillet 2021

La semaine des bibliothèques publiques du Québec

LA SEMAINE DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES
DU QUÉBEC

Hommage aux bibliothèques
de la ville de Québec

La maison de la littérature est une composante majeure du réseau des bibliothèques de Québec. En plus d’offrir les services d’une bibliothèque publique, on y trouve une exposition sur la littérature québécoise, un studio de création, un atelier de bd et une résidence d’écrivains. À longueur d’année, une programmation variée garde bien vivante et vigoureuse la scène littéraire. La maison de la littérature est aménagée dans l’ancien temple Wesley au cœur du vieux Québec.

LA VIE EN PAGE
*J’avais trouvé ma religion : Rien ne me
parut plus important qu’un livre. La
bibliothèque, j’y voyais un temple. *
(
Jean-Paul Sartre-LES MOTS)

Bibliothèque de l’Assemblée Nationale du Québec

Vingt-six bibliothèques forment actuellement le réseau de bibliothèques publiques de la ville de Québec. Les bibliothèques ont beaucoup changé avec le temps. Les autorités ont reconnu dans ces temples de l’enrichissement de l’esprit la clé d’une culture en mouvance. Nos bibliothèques ont été mises en valeur et sont devenues des bijoux d’architecture et d’aménagement et aussi de service avec des centaines de milliers de livres, revues de toutes sortes et divers document…une collection dite flottante car si vous êtes membres d’une bibliothèque à Québec, vous êtes automatiquement membre du réseau. Vous empruntez un livre à Charlesbourg ? Vous voulez le remettre à Sainte-Foy ? Aucun problème.

Nos bibliothèques ont magnifiquement évolué, s’ajustant constamment aux goûts et aux besoins du public. Elles offrent par exemple une grande variété de ressources numériques : livres et encyclopédies, musique en continu et vidéos et toutes les collections sont mises à jour régulièrement et ne cessent de s’enrichir. Pour tous les détails et les avantages d’être membre du réseau, visitez le site de la bibliothèque de Québec vous ne serez pas déçus. Vous y trouverez entre autres l’ensemble des programmes offerts par la bibliothèque de Québec, y compris les activités pour les enfants. Ces activités sont gratuites la plupart du temps.

Personnellement, je suis fier de la bibliothèque de Québec. Dans toutes les bibliothèques que j’ai fréquentées j’ai pu profiter d’un excellent confort pour la lecture ou la recherche informatique, un éclairage étudié, un environnement aussi calme que stimulant. Je peux rester des heures dans une bibliothèque sans en sortir fatigué. Bravo à tous les personnels qui sont chaleureux et accueillants et qui prennent bien soin de nos bibliothèques. Je vous souhaite une magnifique semaine des bibliothèques publiques et j’invite ceux et celles qui ne l’ont pas encore fait à visiter une bibliothèque.

L’addiction vous guette…

QUELQUES BIBLIOTHÈQUES DU RÉSEAU
DE QUÉBEC

La bibliothèque Étienne Parent
La bibliothèque Gabrielle Roy et bibliothèque Aliette-Marchand

La bibliothèque Saint-Charles

 La Bibliothèque Roger Lemelin et à droite, la Bibliothèque Félix Leclerc


Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé (Montesquieu 1689-1755)

BONNE SEMAINE DES BIBLIOTHÈQUES
ET BONNE VISITE
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 19 octobre 2019

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