LA COUPURE, le livre de FIONA BARTON

*Il paraît que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Mais c’est faux. Ça brise les os en mille morceaux qu’on recollent maladroitement avec des bandages souillés et
du sparadrap jaunissant. Il reste des fissures tout le long des failles. On en sort fragile et épuisé à force de résister. *
(Extrait : LA COUPURE, Fiona Barton, publié en 2018, version papier, Fleuves édition, 480 pages. Version audio : Lizzie éditeur, diff. : Audible, durée d’écoute :  11 heures 2 minutes Narration : Anne Tilloy, Anne Kreis, Anne O’Dollan, Daniel Kennigsberg et Clémentine Yelnick.)

Quand quelques lignes en bas de la colonne des brèves révèlent la découverte d’un squelette de bébé sur un chantier de la banlieue de Londres, la plupart des lecteurs n’y prêtent guère attention. Mais pour trois femmes, cette nouvelle devient impossible à ignorer. Angela revit à travers elle le pire moment de son existence : quarante ans auparavant, on lui a dérobé sa fille à la maternité. Depuis, elle cherche des réponses. Pour Emma, jeune éditrice en free-lance, c’est le début de la descente aux enfers, car ce fait divers risque fort de mettre son secret le plus noir à jour et de détruire sa vie à jamais. Quant à Kate, journaliste de renom et avide d’une bonne story, elle flaire là le premier indice d’une affaire qui pourrait bien lui coûter quelques nuits blanches. Car toutes les histoires ne sont pas bonnes à être publiées… Encore moins quand elles font resurgir des vérités que personne ne souhaite connaître.

Les trois visages de la peur
*<J’étais en train de déplacer un gros bac en béton…et
il était là…il était enterré profondément. Je me suis
penché pour toucher la terre…> Il se mit à sangloter,
le visage rougi caché par ses mains gercées…*
(Extrait)

Qui est le bébé du chantier?

LA COUPURE est un roman noir à constance dramatique qui entretient une intrigue forte du début à la fin. Tout commence avec une petite coupure de presse qui annonce la découverte du squelette d’un bébé dans un chantier de construction de la région de Londres. Si cette *coupure* ne suscite pas grand intérêt du lectorat anglais, elle attire l’attention d’une jeune journaliste, Kate, qui décide d’enquêter.

Cette enquête, qui devient attractive pour les policiers, va chambouler le destin de deux femmes : Angela, à qui, 40 ans plus tôt, on a volé le bébé dans la maternité même de l’hôpital où elle a accouché, une petite fille appelée Alice.  Et puis, il y a Emma qui porte en elle un lourd secret qui la lie avec la découverte du *bébé du chantier* .

LA COUPURE raconte l’histoire de ces deux femmes, d’abord en parallèle, puis en convergence et enfin, deux vies s’entrecroisent dans une finale d’une forte intensité dramatique où la vérité éclate et où sortent de l’ombre les acteurs qui croyaient ne jamais avoir à subir et assumer les conséquences de leurs actes.

C’est un roman très sombre écrit avec un étonnant souci du détail. Il est possible que certains lecteurs certaines lectrices trouvent le récit quelque peu prévisible. J’avais une assez bonne idée de qui était le *bébé du chantier* mais qu’à cela ne tienne, avec la plume de Fiona Barton on est sûr de rien. Résultat, vous avez un récit addictif qui vous tient en haleine jusqu’à la fin.

L’auteure, qui a été elle-même journaliste judiciaire, imbrique intelligemment les enquêtes journalistique et policière. La ténacité et l’empathie de Kate sont remarquables et elle n’en est que plus attachante. Par la gravité de son sujet et la fluidité de son écriture, c’est un roman qui se dévore.

Les personnages développés par Barton sont profonds et les secrets de leur passé, enfouis profondément sont élevés graduellement en surface par l’auteure qui décidément, ne ménage pas ses personnages et renvoie constamment les lecteurs/lectrices à la même question : Qui est le bébé du chantier?

Un mot sur la version audio, que j’ai choisie pour ce livre de Fiona Barton : quoi soucieuse de transmettre avec un maximum de justesse l’intensité dramatique du récit, la multi-narration ne m’a pas vraiment emballé. On se retrouve avec plusieurs voix pour un même personnage dans un système d’alternances vocales. Je me suis retrouvé quelque peu en situation d’inconfort.

Pour moi, c’est *jouable* mais ce n’est pas l’idéal. Ce sont surtout des narratrices, je peux comprendre, la seule voix masculine, celle de Daniel Kenigsberg n’est entendue que pour un chapitre. Je n’ai pas vraiment compris ce choix. Cette faiblesse n’est pas suffisante pour diluer l’intérêt d’une histoire comme la COUPURE car le roman réunit toutes les qualités qu’on recherche habituellement en littérature policière comprenant le fameux fil conducteur qui est ici très solide : Qui est le bébé du chantier? Des éléments qui sont un défi de taille pour les auteurs.

Pour résumer, je ne me suis pas ennuyé avec ce récit parce qu’il n’y a pas de longueurs. L’intrigue est nourrie jusqu’à la fin et l’ensemble ne manque pas de rebondissements, spécialement celui de la fin qui m’a pris par surprise. Les chapitres donnent, en alternance, la parole aux héroïnes, Angela, Jude, Emma et Kate et qui sont toutes, nonobstant les secrets qui rongent certaines d’entre elles, attachantes. L’histoire a aussi un caractère psychologique développé avec finesse.

J’ai eu le petit frisson que je cherche dans ce genre de récit qui est le deuxième roman de Fiona Barton après LA VEUVE. Une auteure à surveiller sans aucun doute. Entre temps, je vous recommande avec plaisir LA COUPURE, une histoire sombre qui se joue sur un petit article de journal. Pour ce qui est des supports, ils sont tous bons mais malgré les faiblesses de la version audio, elle traduit mieux je crois l’instinct maternel de Jude, Angela et Emma et pour moi, c’est un élément important.

Fiona Barton est journaliste et formatrice internationale dans les médias. Elle a notamment écrit pour le Daily Mail, a été rédactrice pour le Daily Telegraph et rédactrice en chef du Mail on Sunday. Née à Cambridge, elle vit aujourd’hui dans le Sud-Ouest de la France. La Coupure est son second roman après La Veuve qui l’a immédiatement propulsée sur le devant de la scène du thriller. Ses œuvres sont traduites dans une trentaine de pays.

Bonne écoute
Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 14 novembre 2021

UNE FORÊT OBSCURE, le livre de FABIO M. MITCHELLI

UNE FORÊT OBSCURE
<Louise Beaulieu, tome 1>

*…le poids qui s’écrase sur le métal souple de la carrosserie… un froissement de tôle Emma fut projetée à quelques dizaines de mètres…son corps s’immobilisa…stoppée par le tronc d’un cèdre… La forêt de Tongas, immuable, venait une fois encore d’engloutir la vie d’un enfant de Juneau. * (Extrait : UNE FORËT OBSCURE, Fabio M. Mitchelli, à l’origine : Pocket éditeur 2017, 408 pages, version audio : Audible studios éditeur, 2017, durée d’écoute : 10 heures 34 minutes. Narratrice : Christine Bellier)

À Montréal, Luka diffuse sur le Web les images des animaux qu’il torture, puis celles de son amant qu’il assassine à coups de pic à glace. Pour enquêter sur une telle affaire, il faut un flic borderline comme Louise Beaulieu.
En Alaska, dans la petite ville de Juneau, deux jeunes filles sont découvertes en état de choc. Pour comprendre, il faut un flic comme Carrie Callan, qui va exhumer les vieux secrets et regarder le passé en face.
Le point commun à ces deux affaires : Daniel Singleton, un tueur en série. Du fond de sa cellule, il élabore le piège qui va pousser Louise à aller plus loin, toujours plus loin… Jusqu’à la forêt de Tongass, là où le mensonge corrode tout, là où les pistes que suivent les deux enquêtrices vont se rejoindre.

LA NOIRCEUR QUI TIENT EN HALEINE
*A présent il ne pouvait plus contenir le poison qui lui infectait le sang,
 ce venin qui incendiait et ravageait ses chairs, ses entrailles. Il lui fallait
s’ouvrir en deux et se dégorger de ce pus immonde qui coulait en lui,
vomir de trop-plein de rage et de honte qu’il aurait tant aimé cracher à la
gueule du monde avant de sombrer. *
 
  (Extrait)

Bien que cette histoire soit une fiction, elle est amplement et librement inspirée par l’actualité judiciaire. Ici, un petit rappel des faits s’impose. L’auteur débute d’ailleurs son livre par une petite synthèse des évènements. Le roman s’appuie sur des faits divers qui se sont réellement déroulés à Montréal et à Anchorage en Alaska. Certaines scènes évoquent aussi des évènements liés à la catastrophe écologique causée par l’Exon Valdez en 1989.

L’ouvrage s’inspire également de l’escalade criminelle de Luka Rocco Magnotta et du meurtre prémédité qu’il a commis en 2012 sur la personne de Lin Jun, un jeune étudiant chinois installé au Canada ainsi que des crimes de Robert Christian Hansen qui a violé et assassiné entre 17 et 21 femmes dans les environs d’Anchorage entre 1971 et 1983. Donc les auditeurs et auditrices devront jongler entre la réalité et la fiction. Peut-être même cette histoire leur imposera une certaine recherche pour faire la différence. Personnellement, j’ai trouvé le défi plutôt emballant.

C’est un roman très noir et très librement inspiré de l’œuvre de deux grands criminels. Tous les acteurs du récit un subi un ou plusieurs traumatismes dont quelques-uns liés au naufrage de l’EXXON VALDEZ, le célèbre pétrolier américain qui s’est échoué en 1989 sur la Côte de l’Alaska, provoquant une colossale marée noire. Une chaîne d’évènements amènera deux enquêtrices : Carrie Callan, une américaine en poste à Juneau, Alaska et Louise Beaulieu du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) à collaborer sur deux affaires qui n’ont rien d’évident en commun au début en tout cas : la découverte de deux jeunes filles en état de panique à Juneau et un homme assassiné à coup de pic à glace par son amant à Montréal.

Le reste est une affaire de police qui va de découverte en découverte à un rythme très élevé et qui paralyse en quelques sortes les auditeurs/auditrices : torture, meurtres, pédophilie, séquestration, prostitution. Il n’y a pas de limites pour les esprits tordus et comme l’auteur a puisé sans retenue dans les faits divers, il n’a pu éviter une certaine crudité dans le langage.

Les auditeurs/auditrices vont peut-être s’attacher, comme moi aux enquêtrices, en particulier Louise Beaulieu du SPVM, une caractérielle accro au poker et qui jure comme une charretière mais qui est dotée d’un remarquable instinct et qui traîne elle aussi de dures épreuves de la vie. Ici, j’en profite pour dire que j’ai beaucoup apprécié la narration de Christine Bellier.

J’ai trouvé remarquable sa façon de passer au français dit standard à l’accent québécois pure laine incluant une façon très crue de descendre les saints du ciel. Pour ce qui est de raconter, madame Bellier a un registre vocal qui force l’attention. Elle m’a donné l’impression de s’adresser à moi.

Pour écouter ou lire cette histoire, il faut être ajusté à l’actualité jusqu’à un certain point parce qu’on sait ce qui va arriver. Ce qui est beaucoup moins évident, ce sont les motivations des tueurs. Le récit est empreint d’une analyse des mobiles qui nous tient prisonnier de la trame et ça pousse au questionnement : est-ce suffisant d’évoquer la maladie mentale ou les traumatismes subis dans l’enfance. Y a-t-il autre chose? Personne ne peut rester indifférent à un tel récit d’autant qu’il a été plus vécu que fantasmé.

Donc pour résumer, c’est un roman fort, très noir, très violent, certains passages sont difficiles. La finale est un peu obscure. Excellente narration. Beaucoup de québécois trouveront la couleur locale divertissante dans un contexte aussi sombre. Ensemble détaillé, rythme élevé…pas de temps morts et pas tellement conçu pour les âmes sensibles. Seule petite faiblesse, le lien de l’histoire avec l’exxon Valdez est un peu mince, sous-développé. Sinon, c’est un ouvrage fascinant.

Fabio M.Mitchelli, est un musicien et écrivain né à Vienne (Isère) en 1973, auteur de thrillers psychologiques inspirés de faits réels. Il a signé « La trilogie des verticales » parue aux éditions Ex-aequo entre 2010 et 2012, dont La verticale du fou, le premier opus de ce singulier triptyque, a été classé dans le top 3 des romans les plus téléchargés sur le territoire français en 2011 aux côtés de David Foenkinos. Mitchelli se consacre désormais à l’écriture de true crime et thrillers psychologiques. « La compassion du diable », paru aux éditions Fleur Sauvage en octobre 2014 a reçu le Prix du polar Dora-Suarez 2015.

Christine Bellier est une actrice canadienne. Notamment active dans le doublage, elle a été entre autres la voix québécoise de Drew Barrymore, Tara Reid, Reese Witherspoon, Charlize Theron, Piper Perabo, Shannon Elizabeth et Kate Winslet lors de son activité au Québec. Elle aime aussi à l’occasion, jouer le rôle de narratrice.

Aussi à écouter :
le 2e tome de la série Louise Beaulieu

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
Le samedi 23 octobre 2021

Le procès, le livre de Franz Kafka

*Vous n’avez pas le droit de sortir. Vous êtes
arrêté. Et Pourquoi donc ? Demanda-t-il
ensuite… nous ne sommes pas ici pour vous
le dire. Retournez dans votre chambre et
attendez. La procédure est engagée.*

(Extrait : LE PROCÈS, Franz Kafka, présente
édition : Audible studios, 2014, durée d’écoute :
7 heures 51 minutes. Éd. or. t.f. : Gallimard 1933)

Le jour de son arrestation, K. ouvre la porte de sa chambre pour s’informer de son petit-déjeuner et amorce ainsi une dynamique du questionnement qui s’appuie, tout au long du roman, sur cette métaphore de la porte. Accusé d’une faute qu’il ignore par des juges qu’il ne voit jamais et conformément à des lois que personne ne peut lui enseigner, il va pousser un nombre ahurissant de portes pour tenter de démêler la situation.
À mesure que le procès prend de l’ampleur dans sa vie, chaque porte ouverte constitue une fermeture plus aliénante sur le monde de la procédure judiciaire, véritable source d’enfermement et de claustrophobie. L’instruction suit son cours sur environ un an durant lequel l’absence d’événements est vue uniquement à travers les yeux de K. Sa lucidité, dérisoire et inutile jusqu’à la fin, n’apporte aucun soulagement.

La satire qui questionne
*Il ne songea qu’à l’inutilité de sa résistance.
Il n’y avait rien de bien héroïque à résister
et à poser des difficultés aux deux messieurs
et à chercher en se défendant à jouir d’un
dernier semblant de vie*
(Extrait)

LE PROCÈS est un roman philosophique qui prend l’allure d’un conte, très noir, lourd et dérangeant. L’Histoire est celle de monsieur K, fondé de pouvoir dans une grande banque.  Un bon matin, monsieur K. est mis aux arrêts pour une raison obscure qui ne sera jamais définie. Notez qu’il n’est pas emprisonné. Il peut aller travailler mais la justice est en marche et le procès en cours. Pas de chef ni acte d’accusation. Le crime ne sera jamais précisé même s’il est déjà considéré coupable. K. fait de son mieux pour organiser sa défense mais il deviendra vite évident pour le lecteur que dès le moment où les agents l’arrêtent, K. perdra définitivement le contrôle de son destin.

Dans ce récit froid et tranchant, la justice est tournée en dérision. Même K. l’affronte avec quantité d’attitudes et de comportements absurdes. Tout le récit fait le procès. Et le procès n’est fait que de questions qui ne trouveront jamais de réponses. La défense de K. consiste à tenter d’excuser un acte non identifié qu’il ignore avoir commis. Ce n’est pas important. Il a simplement été désigné pour tomber dans les mailles de la justice. K. est perturbé. Il cherche des appuis mais ne trouve que froideur, indifférence, incompétence et vacuité. Un confident qui a l’expérience de la justice laisse même entendre à K. qu’aucun acquittement définitif n’est possible. K. sombre graduellement dans une solitude étouffante qui le pousse à lâcher prise.

Tout au long de la lecture de ce récit, j’ai été mal à l’aise. Pris d’une grande compassion pour K., je me suis surtout demandé où Kafka voulait en venir. Puis, j’ai fini par y voir une satire sociale, volontairement incohérente et qui pousse à la réflexion. Pour celle-ci, les éléments ne manquent pas. Le plus beau passage du récit à mon avis est celui où K., de passage dans une cathédrale qu’il faisait visiter à un de ces clients est interpelé par un prêtre qui lui raconte une fable susceptible de l’aider à comprendre sa situation et de préciser sa finalité. K. interprète les propos du prêtre froidement. Son cas est désespéré c’est tout. Là encore comme tous les autres personnages, le prêtre est obscur, imprécis, vague. Ce passage correspond d’ailleurs à LA PARABOLE DE LA LOI, actée dès le début du film d’Orson Welles.

UNE RÉFLEXION SUR LA SOCIÉTÉ ET LA LIBERTÉ

C’est un livre bizarre, dérangeant. Il nous questionne avec force sur le sens de la justice, la loi, la vérité et par la bande sur l’être humain et la société. J’y ai vu aussi une réflexion sur la solitude, la liberté. Est-ce que j’ai vraiment saisi tout ce que Kafka a essayé de faire passer dans son livre? Peut-être que oui, peut-être que non. On sait que LE PROCÈS n’était pas complété à la mort de Kafka. Il n’était même pas censé être publié. Mais on s’accorde à identifier l’esprit de Kafka au texte. Certains pensent même que ce texte aurait un petit caractère autobiographique.

Dans la lecture de ce livre, je me suis senti aux limites de l’onirisme me disant souvent c’est pas possible…c’est pas possible…c’est un cauchemar…impression confortée par une finale absolument dramatique, dérangeante…voire enrageante. Faut-il mourir pour lâcher prise? Partout dans le récit, l’absurde triomphe. J’ai compris qu’il ne faut pas chercher la logique dans cette histoire. Il faut simplement se questionner et chercher un sens ailleurs.

On ne peut pas vraiment juger ou critiquer un tel livre. Je me suis limité à mettre sur papier mon ressenti, gardant à l’esprit qu’il y aura autant d’interprétations que de lecteurs. Ce livre, qui ne devait même pas être publié je le rappelle, est devenu un grand classique incontournable de la littérature qui évoque beaucoup de tares dont la lourdeur, l’hypocrisie et l’avidité d’un système. Kafka voulait-il faire le procès de la justice elle-même.

À la fin du livre, je me suis senti démuni…mais je n’ai aucun regret.

Franz Kafka naît au sein d’une famille juive à Prague, alors sous la domination austro-hongroise le 3 juillet 1883. Son père, commerçant bourgeois autoritaire, lui inculque une éducation stricte. Il part faire ses études en Allemagne, où il sent naître en lui une passion pour la littérature. Il rédige le Procès, la Métamorphose (1915), une nouvelle fantastique, puis Lettre au père (1919). 

Atteint par la tuberculose, Kafka se sent à la merci d’un monde complexe et dangereux. Il cherche dans ses œuvres un moyen d’échapper à la domination et à la dépendance des autres. Il se décharge ainsi de ses angoisses profondes et représente souvent la cruauté du monde. Sa vie amoureuse se résume à un doute perpétuel et à des engagements jamais tenus. Il finit ses jours peu connu du public, le 3 juin 1924. Ses œuvres seront publiées à titre posthume et découvertes seulement au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

LE PROCÈS au cinéma

Photo extraite du film LE PROCÈS sorti en 1962, réalisé et scénarisé par Orson Welles avec Anthony Perkins dans le rôle de Joseph K. On le voit ci-haut, plaider sa cause. Dans la distribution, on retrouve également Romy Schneider, Jeanne Moreau, Orson Welles et Elsa Martinelli.

Sur Franz Kafka, je vous propose un article fort intéressant capté sur France-Culture.

Pour explorer la bibliographie de Kafka, cliquez ici.

BONNE ÉCOUTE
Claude Lambert
Le dimanche 16 mai 2021

 

IL ÉTAIT CAPITAINE, livre de BERTRAND SOLET

*Dites à la France que je suis
innocent! Je le jure! Sur la
tête de ma femme et de mes
enfants!
(Extrait : IL ÉTAIT UN CAPITAINE,
Bertrand Solet, Pierre-Marie Valat,
Hachette livre, 1993, 2002, num.
305 pages, livre de poche jeunesse)

IL ÉTAIT UN CAPITAINE raconte l’histoire de Maxime Dumas, un jeune journaliste issu d’une famille juive et follement épris de sa cousine. Les parents de la belle refusant obstinément l’entrée d’un demi-juif dans la famille, s’organisent avec la direction du journal de Maxime pour envoyer ce dernier le plus loin possible. C’est ainsi que le jeune homme se retrouvera à Madagascar pour couvrir entre autres les activités de l’armée française. C’est là que le jeune Maxime, journaliste fortement engagé et politisé, s’intéressera de près à l’affaire Dreyfus qui a accablé la France à la fin du XIXe siècle, le jeune capitaine ayant été reconnu coupable d’espionnage sur des preuves totalement falsifiées. Ce livre est devenu un classique de la littérature-jeunesse.

Avant-propos
L’affaire Dreyfus :

En septembre 1894, les services de renseignements interceptent un bordereau destiné à l’ambassade d’Allemagne, preuve de trahison certaine d’un officier français. Un vague ressemblance d’écriture conduit à désigner comme coupable le Capitaine Alfred Dreyfus qui est juif. Après un procès fabriqué de toute pièce, Dreyfus est dégradé et condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Au cours de l’année 1895, le vrai coupable, le Commandant Esterhazy est démasqué. Il est jugé et, malgré les preuves accablantes de sa culpabilité, il est acquitté.

L’affaire soulève les passions et éclate au grand jour après que l’écrivain Émile Zola ait publié dans le journal l’Aurore une lettre ouverte au Président de la République, le fameux J’accuse. Des journalistes comme Georges Clemenceau, des écrivains comme Charles Péguy, Anatole France et surtout Émile Zola prennent la défense de Dreyfus.

D’autres mènent une campagne extrêmement violente contre Dreyfus qui, compte tenu du contexte antisémite et nationaliste, fournit un coupable idéal, puisque juif et alsacien (l’Alsace appartient à l’Allemagne depuis la fin de la guerre de 1870). L’affaire passionne et déchire les milieux intellectuels surtout. Cependant de nouvelles révélations et le suicide de l’un des officiers les plus acharnés à la perte de Dreyfus (le Lieutenant-colonel Henry) conduisent à l’annulation du procès.

Dreyfus est renvoyé devant le Conseil de Guerre de Rennes qui le déclare coupable et le condamne à dix ans de détention. Afin de calmer les esprits, dix jours après cette seconde condamnation, le Président de la République, Émile Loubet, accorde sa grâce pour « raison de santé ». Ce n’est pas la reconnaissance de l’innocence de Dreyfus, mais c’est la possibilité qui lui est donnée de continuer à se battre pour sa réhabilitation.

Le 5 mars 1904, la cour de cassation, à la suite de la découverte de faux introduits dans le dossier, déclare recevable la nouvelle demande de révision du procès. Le 12 juillet 1906, cassation du verdict du Conseil de Guerre de Rennes, et le lendemain, vote par le Parlement d’une loi réintégrant Dreyfus dans l’armée. Le 21 juillet 1906, soit douze ans après sa condamnation, Dreyfus reçoit la Légion d’Honneur avec le grade de Commandant. (Résumé d’après crdp-montpellier.fr)

Le choc de la honte
*Et puis, le commandant Henry vint déposer,
lourd et grave. De toute son autorité, il
désigna Dreyfus d’un doigt accusateur.
-Je sais de source sûre qu’il y a un traître
dans les bureaux du ministère de la guerre.
Et le voici. Dreyfus bondit de son banc.
-Si quelqu’un m’accuse, dites son nom et
qu’il comparaisse!… Henry se redressa et
eut un mot historique : -Il y a, dans la tête
d’un officier, des secrets que même son
képi doit ignorer.*
(Extrait : IL ÉTAIT UN CAPITAINE)

Ce livre m’a ébranlé car dans ma grande naïveté, je n’étais pas certain qu’on pouvait pousser la bêtise aussi loin. Si le récit m’a fait passer par toute une gamme d’émotions, dont celle d’être choqué, j’en déduis que l’auteur a trouvé le ton juste. Sa plume est claire, directe et efficace.

Mais entendons-nous! Solet a résumé l’Affaire Dreyfus dans un roman destiné à la jeunesse. Par la voie du journaliste Maxime, il explique cette affaire de la façon la plus simple en ne s’étendant pas trop sur le contexte social de l’époque, l’instabilité politique et les épreuves que la turbulente troisième république française est appelée à subir.

Plusieurs volumes ont été écrits sur l’affaire Dreyfus, cette tache indélébile dans l’histoire de la France, mais pour les ados et les jeunes adultes, il y a tout ce qu’il faut dans IL ÉTAIT UN CAPITAINE pour comprendre non seulement l’Affaire Dreyfus, mais aussi toute la portée sociale et politique d’un tel scandale. *Mesdames, messieurs…, s’interposa un rédacteur du Figaro. Il est temps de comprendre que Dreyfus n’est qu’un prétexte. La bataille engagée sur son nom dépasse depuis longtemps sa modeste personne. En vérité, il s’agit d’un problème politique.*(Extrait)

Ce ne sont pas les problèmes politiques qui manquent dans l’histoire de la France, mais celui-ci concerne l’antisémitisme qui prend racine dans une France qui s’achemine allègrement vers la première guerre mondiale pendant que le jeune Adolph Hitler commence à prendre de l’assurance, ce qui, comme on le sait, ne contribuera en rien à alléger le fardeau des juifs…peu importe le problème ou le crime dans ce contexte, les juifs font des coupables idéaux…

Dreyfus, placé dans l’histoire au mauvais moment et au mauvais endroit fut donc la victime de ce contexte, de la crasse politique et militaire, de l’incroyable incompétence d’officiers militaires supérieurs qui ne songent qu’au pouvoir…*Des officiers supérieurs se préparaient ouvertement pour le *grand jour*, celui où ils renverseraient la *gueuse*, autrement dit : la République. L’affaire Dreyfus n’était plus qu’un prétexte, un alibi pour prendre le pouvoir.*(extrait)

Dans l’ensemble, c’est un bon livre. Il résume assez bien l’Affaire Dreyfus, donc il est accessible particulièrement pour les jeunes qui aiment s’en tenir à l’essentiel et qui apprécient peu, en général, les longueurs. Le seul reproche que je pourrais faire ici est que l’auteur n’a pas suffisamment tenu compte de la présence et du rôle du célèbre écrivain Émile Zola dans cette affaire.

En effet, Zola a tout compris dès le début et a pris la défense de Dreyfus. On aura vu là, écrivait Zola, le plus extraordinaire ensemble d’attentats contre la vérité et contre la justice…*(extrait) Son intervention lui a valu un procès. Dommage que son intervention et son influence d’écrivain n’ait pas été mieux développées dans IL ÉTAIT UNE FOIS UN CAPITAINE. Je recommande tout de même ce livre. Il n’est pas d’une grande profondeur, n’entre pas trop dans les détails mais il touche à l’essentiel.

Bertrand Solet est un écrivain français né en 1933 à Paris. Il s’est spécialisé en littérature jeunesse. Son vrai nom est Bertrand Soletchnik. Il a commencé à dévorer les livres pendant un long et douloureux épisode de poliomyélite. couvant lentement une carrière d’auteur. Après des essais au cinéma et en journaliste, il est devenu responsable d’un service de documentation économique. L’écriture est vite devenue une passion, en particulier les livres historiques et les romans d’actualité écrits spécialement pour les jeunes. Son œuvre (réunissant plus d’une centaine de titres) a été couronnée de nombreux prix prestigieux dont le prix Amerigo-Vespucci.

Comme on le sait, l’Affaire Dreyfus a été abondamment évoquée dans la littérature. Au cinéma, l’Affaire Dreyfus a fait l’objet d’un premier film en 1899, muet bien sûr. Puis, il y a eu le film L’AFFAIRE DREYFUS du réalisateur José Ferrer dont est extraite la photo ci-haut. Je citerai enfin le téléfilm réalisé par Yves Boisset en 1995.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
JANVIER 2016

AU-DELÀ DE LA PEUR, livre de NANCY TAYLOR ROSEMBERG

*…Elle sortit le revolver de sa poche et
l’empoigna fermement en visant la
porte d’entrée.
-Essaye donc de revenir ici espèce de
salaud, dit-elle les dents serrées, je ne
te manquerai pas…*
(extrait de AU-DELÀ DE LA PEUR, de
Nancy Taylor Rosenberg, Flammarion 1997)

Ann Carlisle, agente de probation du comté de Ventura en Californie est blessée par balle. Dès lors, sa vie bascule dans l’horreur. Elle est harcelée, attaquée dans sa propre maison et terrorisée par des menaces qui pèsent sur elle et sur son jeune fils David. Les soupçons portent sur le jeune Sawyer, un dealer dont elle a la responsabilité comme agente de probation. Mais est-ce bien lui? Les preuves sont très difficiles  à établir, et puis il y a…d’autres possibilités, aussi horribles …sinon pires. Le principal défi pour Carlisle : rester en vie.

AVANT-PROPOS :
RÔLE DES AGENTS DE PROBATION :

Les agents de probation ont le mandat légal de favoriser à la fois la protection de la société et la réinsertion sociale des contrevenants. À la demande des juges, ils préparent des rapports présentenciels  sur les personnes reconnues coupables, évaluent pour elles les possibilités de réinsertion sociale et préparent des recommandations sur les possibilités et les risques d’une libération conditionnelle. Pour ce qui est du lien avec le livre de Rosenberg, il faut surtout noter l’importance des rapports présentenciels et le fait que l’agent de probation garde un rapport constant avec les personnes contrevenantes et qu’ils en assument la responsabilité légale…

 Un métier à risque…

Ce livre ne m’a pas empêché de dormir mais il m’a quand même tenu en haleine, spécialement dans la seconde moitié où Rosenberg pousse le lecteur à jongler avec les multiples possibilités de trouver le coupable. Donc l’histoire n’est pas trop prévisible. La faiblesse du livre réside dans les nombreuses situations tirées par les cheveux qu’on y trouve.

Il y a en effet des passages abracadabrants qui donnent envie d’escamoter quelques pages. Le hasard est un peu surexploité. Je dirais toutefois que cette faiblesse n’est pas une constante dans l’histoire mais elle me laisse supposer qu’il ne resterait plus grand-chose à faire pour adapter l’ensemble au cinéma.

Je crois que la force du livre réside dans l’originalité du sujet. En effet, l’héroïne de l’histoire est une agente de probation, Ann Carlisle qu’on essaie de rendre folle par des moyens obscurs. L’auteure Nancy Taylor Rosenberg en sait long sur la question puisqu’elle a été elle-même agente de probation et qu’à ce titre elle a eu à traiter de nombreux cas de meurtres et de crimes à caractère sexuel. Malgré de nombreux passages invraisemblables dans l’histoire, elle pousse le lecteur et la lectrice à s’interroger sur le rôle souvent ingrat des auxiliaires de la justice.

On est très loin du chef d’œuvre littéraire, mais ça fait différent. En effet,  je n’étais pas fâché de lire autre chose que les exploits d’un inspecteur de police du style Colombo à l’intuition infaillible et qui a réponse à tout. Bref, AU-DELÀ DE LA PEUR est un suspense assez efficace…un livre divertissant.

Nancy Taylor Rosenberg est née en 1946. Elle a travaillé pendant 14 ans dans la police et les milieux juridiques américains où elle évoluait comme agent correctionnel et de probation. Elle a publié son premier livre en 1993. Plusieurs de ses romans ont été bestseller dont AU-DELÀ DE LA PEUR et traduits dans le monde entier. Elle a écrit entre autres LA PROIE DU FEU et POUR QUE JUSTICE SOIT FAITE.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert

mai 2014