HERGÉ FILS DE TINTIN, partie 2

HERGÉ FILS DE TINTIN

Dossier sur le livre de
BENOÎT PEETERS
(partie 2)

*Une information a circulé, dès le lendemain de
la mort de Hergé : il n’y aura plus de nouveaux Tintin.
À tel point que certains, croyant que tous les albums
allaient être retirés de la vente se sont précipités
chez les libraires pour compléter leur collection. Le
vrai message est plus simple…*
(Extrait : HERGÉ, FILS DE TINTIN voir partie 1 pour les
détails d’édition)

Les principaux personnages de la série TINTIN

Salutations amis lecteurs et lectrices. Aujourd’hui, je poursuis et complète mon article sur le livre de Benoît Peeters : HERGÉ, FILS DE TINTIN. D’abord, quelques mots sur l’auteur Benoît Peeters :
HERGÉ FILS DE TINTIN est une des nombreuses biographies de Georges Rémi dit Hergé. Je l’ai choisie parce que son auteur, Benoît Peeters est considéré comme une référence. Dans son livre, Benoît Peeters  explore la personnalité de l’homme et l’artiste dans toutes ses nuances, avec toutes ses contradictions et explique comment l’homme est devenu artiste en donnant naissance à une œuvre unique: LES AVENTURES DE TINTIN, une série qui a enchanté plusieurs générations de lecteurs partout dans le monde avec, outre le jeune reporter, des personnages colorés comme le capitaine Haddock, le professeur Tournesol, Dupont et Dupond, Nestor, Bianca Castafiore…tous ces personnages qui sont devenus rapidement pour moi, des frères, des sœurs, des amis d’enfance… Les péripéties de Tintin constituent une autobiographie indirectement car Hergé a placé en Tintin toutes ses espérances, ses rêves, ses souhaits, ses désirs. Ce livre est comme une sorte de journal dans lequel on pourrait lire les événements qui ont marqué la vie de Hergé. C’est ce qui explique le titre qui donne à penser que c’est Tintin lui-même qui a enfanté son créateur. En ouvrant le livre, le lecteur entre dans les coulisses d’une personnalité en apparence insaisissable et qui s’est donné à son œuvre jusqu’à l’épuisement.

Benoît Peeters est né en 1956 à Paris. Écrivain, réalisateur et scénariste de bandes dessinées, Benoît Peeters est connu comme étant l’un des meilleurs spécialistes de Hergé. Il est aussi, avec François Schuiten l’auteur de la célèbre série LES CITÉS OBSCURES. En « Champs Flammarion», il a publié LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS en 2002 et LIRE LA BANDE DESSINÉE en 2003. Pour ce qui est de Tintin et surtout de son créateur, Peeters a écrit trois livres qui ont fait époque : Le Monde d’Hergé (Casterman, 1983), notre livre du jour: Hergé, fils de Tintin (Flammarion, 2002,revu, enrichi et réédité en 2006) et Lire Tintin. Les Bijoux ravis (Les Impressions Nouvelles, 2007). Son exploration rigoureuse et profonde de l’univers de Tintin et d’Hergé fait de Benoît Peeters un véritable exégète, crédible et recherché.

 Je vous propose maintenant deux lectures parallèles issues de l’extraordinaire bibliographie annexée au livre de Benoît Peeters. Le premier concerne mon personnage préféré après Tintin : le capitaine Haddock, fier marin au caractère très trempé, grand amateur de whisky et aussi réputé pour sa capacité à proférer des jurons et des insultes dans de surprenantes envolées…

Nul autre que l’auteur lui-même n’est mieux placé pour décrire ce petit livre consacré à un personnage extraordinaire : LE CAPITAINE HADDOCK.
Le Haddock illustré est à la fois un lexique donnant signification et emploi des termes haddockiens et un instrument culturel présentant explications historiques et étymologiques, modifications de sens, archaïsmes, régionalismes et haddockismes. Insultes, injures, jurons : pour la première fois, tout l’arsenal des “mots” du Capitaine est présenté et analysé avec autant de sérieux que d’humour.
« Puisse le lecteur trouver ici de quoi insulter ses contemporains en s’instruisant. Qu’élargissant à son tour les limites de la langue, il fasse preuve de la féroce fantaisie du Capitaine. »

Albert Algoud

Ce personnage, Nestor, important et injustement négligé des aventures de Tintin, nous fait part, grâce à Serge Provencher, de sa vision de la vie à Moulinsart et en révèle certains détails méconnus. Un portrait très attachant de ce discret personnage.  Les mémoires de Nestor, Récit – Serge Provencher. Livre de 1991, édité par Le Jour / Vlb éditeur, 203 pages. Nestor y dévoile tantôt les dessous d’un album, tantôt un secret bien gardé, mais, surtout, des détails sur son quotidien auxquels nous n’avions pas toujours songé. Il nous réserve également un certain nombre de belles surprises.

TINTIN AU CINÉMA

TINTIN ET LE MYSTÈRE DE LA TOISON D’OR est un film d’aventures franco-belge réalisé par Jean-Jacques Vierne et sorti en 1961. C’est le premier film inspiré des aventures de Tintin de l’auteur-dessinateur HERGÉ. Il s’appuie sur un scénario original et des acteurs réels.

Jean-Pierre Talbot Tintin par Julius Anudasson

En haut à gauche, l’affiche du film TINTIN ET LES ORANGES BLEUES, un film d’aventures franco-espagnol réalisé par Philippe Condroyer et sorti en 1964. En haut à droite, image extraite du film d’animation LE SECRET DE LA LICORNE, production américano-néo-zélandaise en capture de mouvement 3D réalisé par Steven Spielberg et produit par Peter Jackson. Le film est sorti en 2011. En bas, une mosaïque de photos de JEAN-PIERRE TALBOT réalisée par Julius Anudasson.

Durant son adolescence, alors qu’il est moniteur de sport sur une plage d’Ostende, Jean-Pierre Talbot est remarqué par Jacques Van Melkebeke pour sa ressemblance physique avec Tintin. On le présente à Hergé avec qui il sympathise immédiatement. En 2008, Jean-Pierre Talbot publie son autobiographie, revenant sur sa brève incursion dans le milieu du cinéma :

J’étais Tintin au cinéma.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 19 janvier 2020

René Goscinny raconte les secrets d’Astérix

RENÉ GOSCINNY RACONTE
LES SECRETS D’ASTÉRIX

Commentaire sur le livre de
RENÉ GOSCINNY

*Ma légende selon le cas, m’amuse, m’indiffère ou m’agace.
Elle m’agace quand on me fait dire des choses que je n’ai pas dites.
Elle m’amuse quand un petit garçon me regarde, avec des yeux
écarquillés parce que, pour lui, je suis Astérix réincarné.*

(René Goscinny en citation, extrait de RENÉ GOSCINNY raconte les
secrets d’Astérix, Éditions le Cherche-Midi, 2014, disponible en
papier et en numérique. Pour cet article : édition de papier, 220 pages)

(Le Figaro)
Voici l’histoire d’Astérix racontée par son co-créateur, René Goscinny disparu prématurément en 1977. Rassemblées sous forme d’abécédaire, des centaines de citations composent ce «récit» inédit émanant directement de celui qui, un jour, écrivit pour la première fois sur une feuille de papier le nom «ASTÉRIX». Avec son ami dessinateur Albert Uderzo, le génial scénariste ignorait alors qu’il venait de créer un héros planétaire :  350 millions d’albums vendus et plus de 150 traductions. Sans nuire à l’aura qui entoure le célèbre personnage, on en sait maintenant un peu plus sur Astérix, Obélix, Panoramix et le secret de la potion magique mais aussi sur les sources d’inspiration de René Goscinny, sa méthode d’écriture et l’extraordinaire complicité développée avec Uderzo. On en sait maintenant un peu plus sur l’univers d’Astérix, protégé de très haut par Toutatis…

UN AMI POUR LA VIE !
*Notre seule ambition, c’est de
faire rigoler…les autres
Interprétations sont démesurées.*
(René Goscinny, extrait)

RENÉ GOSCINNY RACONTE LES SECRETS D’ASTÉRIX est un recueil de récits, d’extraits d’entrevue, de citations et de calembours de René Goscinny, créateur d’Astérix et de nombreux autres personnages connus universellement comme Lucky Luke par exemple. Ce n’est pas une autobiographie. Goscinny n’aurait jamais eu le temps de la faire. Il est mort en pleine gloire, très jeune, 51 ans…très prématurément, le 5 novembre 1977 d’une crise cardiaque. Heureusement, Astérix a survécu grâce à un ami de toujours : Albert Uderzo. Ce faisant, René Goscinny nous a laissé un héritage extraordinaire, voir unique au monde : *L’œuvre de René Goscinny est si abondante et multiple que la notoriété de l’auteur se perd dans celle de ses héros* (Extrait) Tous les propos de Goscinny sous quelques formes qu’ils soient sont réunis dans cet opuscule sous forme d’abécédaire affectueusement préfacé par la fille de monsieur René : Anne Goscinny : *Désormais, pour entendre la voix de mon père, j’ouvrirai aussi ce livre-là.* (Extrait)

Lire le CV de Goscinny a été pour moi, étourdissant. Déjà en 1977, je regrettais sa disparition car il a donné à la BD, ce genre littéraire capricieux à l’époque, un souffle qu’il n’a jamais perdu. Si je reviens à ce livre sur les secrets d’Astérix, sa forme d’abécédaire était pratiquement obligée. Le concepteur n’avait pas le choix…trop de citations sur des sujets extrêmement variés…Dans un contexte purement autobiographique, je suis sûr que Goscinny aurait présenté les choses d’une façon différente. Mais sous sa forme actuelle, le livre a un petit quelque chose de…je sais pas…nombriliste peut-être, un peu sensationnaliste. Vu l’extraordinaire productivité de Goscinnny, rien ne pouvait m’empêcher de dévorer ce livre.

L’ensemble des citations, les définitions de l’auteur, les bulles, les interventions d’Uderzo, tous ces éléments rassemblés dans une certaine anarchie qui fait sympathique perpétuent avec une évidente émotion l’intelligence supérieure et l’extraordinaire imagination de René Goscinny. Il se raconte avec une passion débordante et le livre est effectivement bourré de petits secrets, des petites choses toutes simples que j’ignorais, des petites indiscrétions, des notes historiques et surtout comment insérer des personnages ou objets qui n’étaient pas du tout voués à la pérennité comme la potion magique par exemple, ou le *permanentisation* d’Idéfix. Enfin, c’est non sans émotion que j’ai compris la nature du contact entre Hergé, le père de Tintin, mon ami d’enfance et Goscinny, le père d’Astérix, mon ami d’adolescence, et la profonde interaction entre René Goscinny et Albert Uderzo : *Moi c’est l’autre* (extrait)

Je pense que ce livre vient chercher toutes les générations. Il comprend beaucoup d’humour, la marque distinctive de Goscinny, de l’émotion, de la tendresse, des révélations surprenantes et des allusions aussi fines que drôles comme celle-ci par exemple qui évoque l’installation de Goscinny aux États-Unis : *J’étais parti aux États-Unis pour travailler avec Walt Disney, mais Walt Disney n’en savait rien* (Extrait) Je ne veux pas me lancer dans ce qui pourrait vous paraître une dithyrambe, mais il faut prendre ce livre pour ce qu’il est : un petit coffre au trésor dans lequel humour rime avec amour, sensible rime avec susceptible, talent rime avec enfant. Le livre rassemble les propos d’un homme qui aimait être aimé. Ce livre m’a touché, m’a fait rire et m’a appris beaucoup de choses. Je vous le recommande chaleureusement.

Le mot de la fin, je le laisse au Cherche midi, car il est l’expression d’une heureuse finalité eu égard au patrimoine culturel mondial. Il dit tout… :*En redonnant aujourd’hui la parole à celui qui l’a donnée à Astérix, nous faisons œuvre de mémoire. Sociologues, essayistes, universitaires, spécialistes, journalistes se sont emparés du mythe. Mais la véritable histoire d’Astérix, c’est celle que raconte René Goscinny.*. (Extrait : introduction «Ils sont fous, ces romains!» René Goscinny raconte les secrets d’Astérix).

Né le 14 août 1926 à Paris, René Goscinny passe son enfance en Argentine, entre Buenos Aires et la pampa. Après des débuts prometteurs de sous-aide-comptable d’un aide-comptable dans une usine de récupération de vieux pneus, il entre comme apprenti dessinateur dans une agence de publicité. 

BRÈVE BIOGRAPHIE…GRANDES ÉTAPES POUR GOSCINNY

À 19 ans, il part à la conquête de l’Amérique et, plus précisément, des studios Walt Disney. Il rencontre Morris à New York, Jean-Michel Charlier à Bruxelles et Albert Uderzo à Paris. Goscinny, qui a compris que son talent s’épanouissait plus efficacement dans le scénario que dans le dessin, met en chantier une multitude de bandes dessinées (parmi lesquelles « Oumpah-Pah », « Strapontin » et « Luc Junior »).  En 1955, il reprend le scénario de « Lucky Luke » et anime, avec Sempé, une version en bande dessinée du « Petit Nicolas »… Ce personnage connaîtra sa véritable notoriété sous la forme de textes illustrés qui seront publiés quelques années plus tard dans ‘Sud-Ouest’, puis dans ‘Pilote’. En 1959, Goscinny, Charlier et Uderzo prennent une part active dans le lancement de l’hebdomadaire ‘Pilote’. Avec Uderzo, Goscinny y signe le premier épisode des aventures d’Astérix ; il partagera ensuite la rédaction en chef du magazine avec Charlier. En 1962, il crée « Iznogoud », une série mise en images par Jean Tabary. En 1965, il invite Marcel Gotlib à collaborer aux « Dingodossiers » de ‘Pilote’. Entre-temps, sans la moindre promotion, mais par le bouche à oreille, le petit Gaulois connaît une irrésistible ascension : en 1965, le premier satellite français est baptisé « Astérix » et, quelques années plus tard, les albums sont traduits dans une trentaine de langues, dont l’espéranto et le latin…Pendant que le boom « Astérix » secoue la bande dessinée, Goscinny fait de ‘Pilote’ un laboratoire de création où s’épanouit la nouvelle bande dessinée, avec Gotlib, Fred, Jean Giraud, Reiser, Cabu, Claire Bretécher, Mandryka, Jean-Claude Mézières, Philippe Druillet, Jacques Tardi, F’Murrr, Enki Bilal…

En 1973, Goscinny crée, avec Uderzo et Georges Dargaud, les studios Idéfix. En 1976, alors que les studios donnent naissance aux « Douze Travaux d’Astérix », le 23e album du petit Gaulois sort, tiré à 1 300 000 exemplaires.L’histoire de Goscinny s’arrête le 5 novembre 1977, tandis que l’équipe des studios Idéfix travaille sur « La Ballade des Dalton », perpétuant son rêve le plus ancien : après tout, c’était pour conquérir les studios Walt Disney qu’il était parti en Amérique…

Vous le voyez, il est impossible de faire le tour de cette illustre carrière en quelques lignes. Je vous invite à visiter, pour en savoir plus, le site officiel d’Astérix. Vous ne serez pas déçu.
Bonne lecture
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 15 décembre 2019

ASTÉRIX CHEZ LES QUÉBÉCOIS

ASTÉRIX CHEZ LES QUÉBÉCOIS

Commentaire sur le livre de
TRISTAN DEMERS

*Ce livre propose avant tout un regard affectueux sur ce grand classique de la BD à travers les yeux des gens d’ici. Il témoigne de l’impact qu’Astérix a eu, ou du moins semble avoir eu, sur notre société distincte, une collectivité affublée d’une spécificité culturelle tout aussi singulière que l’ADN qui constitue la sève de nos héros gaulois. Qui sait si les combats des irréductibles gaulois, comme par un effet miroir, n’ont pas influencé les nôtres, leur insufflant un volontarisme qui ne nous est pas toujours inné. *
(Extrait, ASTÉRIX CHEZ LES QUÉBÉCOIS, Tristan Demers, Hurtubise éditeur, Les Éditions Albert René/Goscinny-Uderzo, 2018, papier illustré, grand format, 180 pages)

Depuis sa création en 1959 et fort de ses 375 millions d’exemplaires vendus, Astérix n’a cessé de fasciner les lecteurs de tous âges. Accueillant chacun des albums de la série avec enthousiasme, les québécois se sont identifiés à ce petit village gaulois qui poursuit, seul, sa lutte contre l’envahisseur romain. Ce livre documentaire explique le pourquoi et le comment de cette histoire d’amour franco-québécoise unique. Tous les aspects des rapports établis au fil des ans entre les québécois et l’œuvre de Goscinny et Uderzo sont passés au crible : historique, politique, culturel, publicitaire, muséal, etc… une invitation à la relecture d’une des plus grandes séries de l’histoire mondiale de la bande dessinée : ASTÉRIX.

UN GAULOIS PAR CHEZ NOUS
*Puisque le village d’Astérix résistant à l’envahisseur est
ce qui nous unit, les gaulois et nous, cela fait des québécois
des lecteurs différents, probablement plus sensibles aux
motivations d’Abraracourcix et de ses villageois. C’est en
tout cas ma conviction profonde, peu importe ce que peuvent
en dire les sceptiques.
(Commentaire de Tristan Demers dans
l’épilogue de ASTÉRIX CHEZ LES QUÉBÉCOIS)

J’avais six ans quand Astérix est né de l’imagination d’Uderzo et Goscinny. Je ne me suis pas tout de suite intéressé au personnage. J’étais en train d’apprendre à lire et je venais tout juste de faire connaissance avec un autre personnage célèbre : Tintin. Tintin, Milou et le capitaine Haddock que j’affectionnais particulièrement allaient m’accompagner toute mon enfance et une partie de l’adolescence jusqu’à ce que je me penche sur mon premier album d’Astérix. Ce fut le coup de foudre à l’époque, et c’est encore le coup de foudre aujourd’hui. Soixante ans plus tard, un québécois, mordu de la bande dessinée, Tristan Demers, vient rappeler les débuts d’une grande histoire d’amour entre Astérix et l’ensemble d’un peuple : Le Québec.

Dans un livre à la présentation extrêmement bien soignée et bourré d’illustrations et de photos, Tristan Demers explique cette relation privilégiée en établissant des liens d’identification, des ressemblances, des rapports développés au fil du temps, entre autres sur les plans historique, culturel et spécialement sur le plan socio-politique :
*Nous pouvons, tout comme vous, évoquer sans rire nos ancêtres les gaulois. Même s’il nous advient de nous sentir cernés comme Astérix dans son village (…) et de songer aussi que l’Amérique du nord toute entière aurait fort bien pu être gauloise plutôt que néo-romaine.* (Extrait du discours du premier Ministre du Québec, René Lévesque devant l’Assemblée Nationale française en novembre 1977, publié dans ASTÉRIX CHEZ LES QUÉBÉCOIS)

Je pense que Tristan Demers, que j’ai eu le plaisir de rencontrer une fois, s’est dépassé en présentant la genèse d’une série qui allait rapidement constituer le fleuron mondial du neuvième art et surtout en expliquant de façon simple et claire ce qui fait qu’on se ressemble et qu’elle a été l’influence des célèbres irréductibles sur les québécois et les québécoises. Le livre est destiné aux québécois mais il peut bien être lu par l’ensemble de la francophonie mondiale tellement la plume est excellente bien qu’il n’y a que des québécois pour saisir toute la portée des passages les plus intimistes que j’ai personnellement savourés : *Au fond, le village d’Astérix n’est pas très éloigné du modèle type de la FAMILLE PLOUFFE ou de celle des PAYS D’EN HAUT : on y mange, on s’y dispute et on s’y comporte parfois comme des enfants. * Heureusement, les québécois n’ont jamais craint l’auto-dérision> extrait

Dans son livre, je crois que Tristan Demers n’a rien oublié. Il consacre même un petit chapitre à CINÉ-CADEAU, cette trouvaille géniale de Télé-Québec qui a introduit les aventures d’Astérix et Obélix à toute une génération de jeunes. Mes propres enfants ont connu ces gentils gaulois par le biais de ciné-cadeau. Je n’exagère donc pas en disant que ce livre m’a fait vibrer et il en est ressorti de belles émotions. ASTÉRIX CHEZ LES QUÉBÉCOIS fera autant le délice des néophytes que des connaisseurs, jeunes et moins jeunes. L’édition est très soignée avec papier semi-glacé. Le livre est bien ventilé et la plume fluide, le tout est une mine d’or en informations.

Je ne suis pas amateur de livres-documentaires mais dans ce cas-ci, pour utiliser un vieux cliché…je crois bien que je suis tombé dans la marmite étant petit…

  

Tristan Demers est né le 19 septembre 1972, à Montréal. Son intérêt marqué pour la bande dessinée l’incitera à créer sa propre série, Gargouille, à l’âge de 10 ans ! En 1988, les éditions Levain/Mille-Îles publient un premier album de Gargouille : Chasse aux mystères ! Sept autres albums paraissent dans les années qui suivent. Depuis, Tristan compte à son actif plus de 70 000 albums vendus et 250 participations dans les salons du livre et autres festivals de la francophonie, de la Belgique au Liban, en passant par la Suisse et la Côte d’Ivoire! Gargouille est un des personnages les plus populaire de la bande dessinée québécoise et on le retrouve sous forme de produits dérivés. Le bédéiste est également chroniqueur et illustrateur à la télévision depuis des années. Récipiendaire de plusieurs prix, Tristan a lancé, en collaboration avec Jocelyn Jalette et Raymond Parent, au printemps 2006, un guide pédagogique sur la bande dessinée destiné aux enseignants. Enfin, une biographie de l’auteur, publiée en 2003, soulignait les vingt ans de son personnage.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 25 octobre 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

BOTCHAN

BOTCHAN

Commentaire sur le livre de
NATSUMÉ SÔZEKI

*Depuis ma naissance, je suis de nature insouciante
et quoiqu’il puisse m’arriver, je ne m’en affecte pas…
il en était ainsi jusqu’à présent mais voici un mois ou
peut-être moins que je suis ici, et le monde commence
soudain à m’apparaître comme un séjour dangereux.*
(Extrait : BOTCHAN, Natsumé Sôzeki, t.f. Le serpent à Plumes
éditions, édition  numérique, 150 pages)

Fin du XIXe siècle. Alors que le Japon vient seulement de s’ouvrir au monde, une nouvelle ère débute.  Botchan est orphelin. Très jeune, il était bagarreur et risque-tout. Le garçon ne trouve d’affection que chez Kiyo, la servante de la famille, de noble lignée ruinée. Envoyé pour son premier poste comme professeur de mathématiques dans un collège de province, le jeune citadin se trouvera, comme l’auteur, transplanté, en butte aux tracasseries de ses élèves et aux intrigues de ses collègues. Ce court roman à caractère autobiographique et publié en 2006 est un des plus populaires du Japon. Chaque écolier japonais le lit au cours de sa scolarité. Botchan est un conte moral aussi vigoureux que séduisant aussi drôle que critique.

DEVENU GRAND MAIS RESTÉ ENFANT
*…Une annonce pour un recrutement d’étudiants
était placardée. C’était un signe du destin, Pensai-
je ; je réclamai les formulaires d’admission et
m’inscrivis immédiatement. Lorsque j’y songe à
présent, cet acte m’apparait comme une bévue
due à mon irréflexion congénitale…*
(Extrait : BOTCHAN)

L’histoire se déroule au Japon. Nous sommes au début des années 1900, c’est donc l’époque de la restauration de l’empereur Meiji (1952-1912) qui fait reculer l’aristocratie et tue à petit feu la féodalité. Le Japon entre ainsi dans la modernité tout en se souvenant des objets de sa fierté : la victoire du Japon sur la Russie (1904-05) et la guerre de 1894-95 contre la Chine qui s’est terminée à l’avantage du Japon. Sous l’impulsion de Meiji, la Japon devient plus tolérant et sort graduellement de l’obscurantisme. C’est dans ce contexte que débarque dans une campagne isolée, BOTCHAN dit Petit Maître avec en poche un diplôme de physique. Il a accepté un poste d’enseignant au milieu de nulle part dans une petite école où, victime de sa franchise, sa droiture et sa naïveté, il fait l’objet de moqueries de la part des élèves et est plongé malgré lui dans les intrigues de profs et de coulisses.

Ce roman initiatique de Sôseki est un des plus populaires et des plus lus au Japon. Tous les écoliers japonais le lisent tôt ou tard pendant leur scolarité. Franchement, je ne comprends pas trop pourquoi. Il y a toujours la possibilité que BOTCHAN de par sa légèreté tranche avec la lourdeur habituelle de la littérature japonaise. Il y a aussi le fait que Natsume Sôseki fut un des auteurs les plus adulés dans l’histoire culturelle du Japon, figure emblématique de la transition du Japon vers le modernisme. Enfin, BOTCHAN est un bon roman. Je m’attendais à beaucoup plus et beaucoup mieux mais ça reste un bon roman.

C’est peut-être une question de différences culturelles même si j’ai apprécié grandement beaucoup d’œuvres dans la littérature étrangère, mais BOTCHAN ne m’a pas accroché. Je n’ai pas pu m’attacher au personnage principal, le genre tête en l’air, risque-tout, naïf, très peu cultivé même avec un diplôme de physique en poche, épris de justice, il fait face avec courage, conviction et maladresse aux travers de son environnement social. Bref, je l’ai trouvé plus irritant qu’attachant. J’ai toutefois apprécié le petit côté bagarreur de Botchan, ça met un peu de piquant dans un environnement qui se démarque par son conservatisme. Et puis j’ai aimé aussi sa façon de nommer ses collègues : chemise rouge, le porc-épic, le bouffon, etc.

Le principal élément qui a soutenu mon intérêt est l’omniprésence de Kiyo, la servante de la famille qui était au service de Botchan avant son départ, la seule personne qui lui offrait toute son affection. Comme Botchan pense souvent à elle, elle est donc citée souvent et ça vient attendrir et humaniser l’ensemble. Même si Kiyo est peu évoquée par les critiques, j’ai été très sensible à cette attention de l’auteur.

Voici donc un homme jeune, autour de 18 ans qui débarque avec sa pureté et sa puérilité dans un monde de menteurs, d’hypocrites, de profiteurs et de flagorneurs (c’est ainsi qu’on pourrait qualifier *chemise Rouge* qui est en fait l’adjoint du directeur général) C’est le choc des deux mondes qui est développé dans Botchan avec la plume forte et directe de Sôseki qui donne une petite leçon de tolérance, de respect des valeurs et sur la qualité de nos relations humaines.

Je le répète, BOTCHAN est un très bon roman. Il est court, très direct. Le petit maître est brave et notez que les tares soulevées dans cet opus sont à l’image de toutes les sociétés. Elles sont bien humaines. Je n’ai pas vraiment accroché, peut-être à cause de la difficulté que j’ai eue de m’attacher au personnage principal et aussi à cause d’une réputation un peu surfaite du récit. Je crois toutefois que Botchan vaut la peine d’être lu.

Natsume Sôseki, de son vrai nom Natsume Kinnosouke est né à Tokyo en 1867. Il a passé son enfance dans deux familles d’accueil avant de retrouver sa propre famille à l’âge de neuf ans. Il était considéré comme un étudiant très doué, surtout en chinois et en anglais. Il entre à l’Université de Tokyo en 1890. Il reçoit son diplôme en 1893 et l’année suivante, il accepte un emploi de professeur à Matsuyama avant d’être envoyé en Angleterre pour deux ans grâce à une bourse de son gouvernement octroyée en 1900.

 En 1907, Natsume Sôseki quitte l’enseignement pour se consacrer entièrement à sa carrière littéraire. Il commence à souffrir d’ulcère en 1910. Il frôle la mort mais continue d’écrire. Finalement il succombe à des complications liées à son ulcère en 1910. Détails intéressants et bibliographie sur lalittératurejaponaise.com

BONNE LECTURE

Claude Lambert
Le samedi 17 août 2019

TARZAN SEIGNEUR DE LA JUNGLE

LES CLASSIQUES DE JAILU

TARZAN SEIGNEUR DE LA JUNGLE

Commentaire sur le livre d’
EDGAR RICE BURROUGHS

 *Haut dans les branches d’un arbre majestueux,
elle serrait contre elle le bébé hurlant,
et bientôt, l’instinct qui dominait cette femelle sauvage
comme il avait dominé le cœur de sa tendre et
gracieuse mère -l’instinct de l’amour maternel-
toucha l’entendement à peine formé du

petit enfant homme, qui se calma aussitôt.
Puis la faim combla le fossé entre eux,
et le fils d’un lord anglais et d’une lady anglaise
téta le sein de Kala, la guenon anthropoïde.
(Extrait : TARZAN SEIGNEUR DE LA JUNGLE,
Edgar Rice Burroughs, édition d’origine, E.R.B. 1912
réédition 2016 : Éditions Archipoche, édition de papier,
330 pages)

JUIN 1888 : Lord John et lady Alice voguent à bord d’une goélette au large de l’Afrique. À la suite d’une mutinerie, ils sont débarqués sur la côte. Là, dans une cabane, Alice met au monde leur fils John Clayton III, comte de Greystoke. Un an plus tard, Alice meurt avant qu’un grand singe vivant dans la forêt voisine pénètre dans la cabane et tue John. Kala, une jeune femelle, s’empare alors du bébé humain et s’en occupe comme s’il était le sien. Elle lui donne le nom de Tarzan, ce qui signifie *peau blanche*. À 20 ans, Tarzan rencontre une équipe d’explorateurs anglais conduite par le professeur Porter et sa fille Jane. Il y a comme une chimie dans l’air.

LE SEIGNEUR DES CLASSIQUES
*Les français y découvrirent un spectacle
indescriptible. Une douzaine de morts et
de mourants roulaient de bord à bord,
les vivants mélangés aux cadavres. Deux
de ceux-ci avaient été partiellement
dévorés, comme par des loups.*
(Extrait : TARZAN SEIGNEUR DE LA JUNGLE)

 Encore une fois j’avais envie d’un classique et je me suis tourné cette fois vers un personnage de légende créé par Edgar Rice Burroughs que j’ai suivi pendant mon adolescence par le biais de la bande dessinée, de la télésérie et du cinéma. Étant un peu moins connu dans l’univers du roman, je me suis intéressé à la toute dernière édition de TARZAN, SEIGNEUR DE LA JUNGLE, un condensé de l’édition originale réalisé par Archipoche. Je voulais en particulier ce que la BD et la télévision ne pouvait m’offrir, soit l’histoire de Tarzan. En fait je voulais tout savoir.

Le fait est que Lord John et Lady Alice Greystoke se sont échoués sur une île. Alice a donné naissance à un enfant et est morte. Puis John est mort. Le petit a été adopté par une guenon du nom de Kala qui avait déjà un petit, mort dans la cabane qu’habitaient Alice et John. Kala a nommé le bébé Tarzan qui est devenu son enfant par substitution. Tarzan a grandi et a retrouvé la cabane beaucoup plus tard. Il y avait trois squelettes : deux adultes et un enfant. Tarzan est à la recherche de son identité et découvre différents indices. Une confusion nait dans son esprit. Tout porte à croire que c’est un Greystoke mais le squelette de l’enfant complique beaucoup ses recherches. De qui est le squelette? Entre temps, la belle Jane débarque sur l’île…

Ce roman est toujours demeuré une œuvre culte, malheureusement occultée par le septième art, en particulier par Walt Disney qui a charmé littéralement les babyboomers. J’ai beaucoup aimé ma lecture malgré certains irritants mais je veux d’abord signaler la beauté de l’écriture qui décrit remarquablement la splendeur de la jungle africaine ainsi que ses pièges, ses dangers et les tribus qui l’habitent. Les talents descriptifs d’Edgar Rice Burroughs me rappellent un peu Fenimore Cooper qui décrit presqu’avec poésie son Amérique, celle d’œil-de-Faucon.

Ce raffinement verbal dans la redécouverte d’un de mes héros d’enfance m’a beaucoup plu et j’ai pu enfin avoir le fin mot du rôle joué par Jane Porter dans la vie de Tarzan. Il y a des passages très touchants dans ce roman mais toujours avec cette légèreté, cette délicatesse, cette sobriété qui caractérise Rice Burroughs. J’ai aussi trouvé l’évolution de Tarzan moins ampoulée dans le roman, plus authentique que dans les films que j’ai vus.

Pour moi, le principal irritant de cette histoire tient dans le fait que tout est grossi à outrance quant à la personnalité de Tarzan : sa force, sa puissance, sa beauté, son intelligence, je pense entre autres à la vitesse à laquelle il apprend à lire et à écrire…seul…sans aide, sans oublier sa vitesse et sa facilité d’adaptation à la civilisation moderne. De plus, il est à peine sujet à l’erreur…*Tarzan, seigneur des singes, était la personnification même de l’homme primitif, du chasseur, du guerrier. Le port altier de sa belle tête sur ses larges épaules, l’éclair de vie et d’intelligence qui animait ses yeux clairs le faisaient ressembler à un demi-dieu venu d’un ancien peuple guerrier de cette forêt.* (Extrait) C’est trop parfait, c’est trop beau pour être vrai. C’est surfait, surréaliste.

Personnellement je n’ai jamais lu un livre que j’ai jugé parfait. Toutefois, dans mon rapport de forces et de faiblesses, le livre sort gagnant. Il m’a rappelé de beaux souvenirs d’enfance et j’observe que le roman ne vieillit pas. Edgar Rice Burroughs vient ainsi rejoindre dans mes favoris entre autres, Robert Louis Stevenson avec son ÎLE AU TRÉSOR, Fenimore Cooper avec LONGUE CARABINE et Rudyard Kipling avec son magnifique livre de la jungle. Pour les enfants que nous étions et les adultes que nous sommes devenus, Tarzan a toujours sa place dans nos rêves et dans notre bibliothèque…

Edgar Rice Burroughs (1875-1950) est un romancier américain né à Chicago le premier septembre 1875. Il est l’auteur de plusieurs séries de science-fiction, de romans policiers. Par exemple, il a créé en 1912 un personnage qui sera en fait le premier héros de science-fiction : John Carter. La même année Edgar Rice Burroughs créait un des personnages devenus parmi les plus célèbres de la littérature et du cinéma : TARZAN L’HOMME SINGE publié officiellement pour la première fois en France en 1926. Tarzan a eu un énorme impact dès sa sortie et aura marqué l’enfance et l’adolescence des baby-boomers. Tarzan est resté un héros de la littérature, du cinéma et de la bande dessinée, sans compter les produits dérivés.

Pour en savoir plus, je vous invite à visiter la tribune des amis d’Edgar Rice Burroughs.

TARZAN AU CINÉMA

Il serait trop long de développer ici l’évolution de Tarzan au cinéma. Je laisse cela aux sites spécialisés. Toutefois, je dirai que l’acteur le plus populaire ayant incarné Tarzan fut sans aucun doute Johnny Wessmuller (1904-1984) d’origine austro-hongroise. C’était le premier Tarzan du cinéma parlant en 1930. Je dirai aussi que Tarzan n’a pas fini de nous surprendre puisqu’il est de retour dans un nouveau remake : TARZAN.

Après avoir grandi dans la jungle africaine, Tarzan a renoué avec ses origines aristocratiques, répondant désormais au nom de John Clayton, Lord Greystoke. Il mène une vie paisible auprès de son épouse Jane jusqu’au jour où il est convié au Congo en tant qu’émissaire du Commerce. Mais il est loin de se douter du piège qui l’attend. Car le redoutable belge Leon Rom est bien décidé à l’utiliser pour assouvir sa soif de vengeance et sa cupidité… Réalisation David Yates (2016) avec Alexander Skarsgârd dans le rôle de Tarzan, Margot Robbie et Christoph Waltz. Production américaine, disponible sur dvd.
SOURCE : allocine.fr

Pour ceux que ça intéresse, cineserie.com dresse un portrait très intéressant des principaux acteurs ayant incarné Tarzan dans l’histoire du cinéma. Cliquez ici.

BONNE LECTURE
JAILU/CLAUDE LAMBERT
Le samedi 8 juin 2019

L’APPÂT

L’APPÂT

Commentaire sur le livre de
SYLVIE G.

*-Maman, quelqu’un doit arrêter
ces fous et je pense que je peux
le faire.*
(Extrait : L’APPÂT, Les enquêtes de
Kelly, McDade, Sylvie G., Boomerang
éditeur, jeunesse, 2015, numérique,
324 pages.)

L’APPÂT raconte l’histoire de Kelly Mc Dade, une adolescente de 17 ans. Kelly prévoyait une rentrée scolaire excitante mais son année sera bien différente de celle qu’elle avait imaginé. En tentant de comprendre ce qui se cache derrière l’étrange métamorphose de son amie Jasmine, elle se retrouvera impliquée dans une enquête criminelle et devra faire face à des cyberprédateurs. Heureusement, elle sera secondée par un bel enquêteur…Au départ Kelly découvre que Jasmine vit très péniblement sa séparation avec son petit ami. Elle semble changée. Ajoutons à cela la directrice adjointe qui semble bien avoir disparu et d’autres bizarreries vont se rajoutées. Kelly veut en avoir le cœur net. Voici donc la première enquête de Kelly McDade, un personnage qui pourrait bien devenir récurant dans l’œuvre de Sylvie G.

LE NET PAS NET

*«David est un type que j’ai connu sur internet. J’ai discuté
longtemps avec lui sans jamais avoir l’occasion de le
rencontrer. Malgré tout, nos conversations ont pris une
direction un peu inattendue. Pour moi,  en tout cas, ce
l’était. Je voulais le voir, mais il remettait constamment
notre rendez-vous. Pour des raisons que je comprends
maintenant.*
(Extrait : L’APPÂT)

 C’est un livre qui pourrait plaire aux jeunes en fin d’adolescence et aux jeunes adultes. Dans L’APPÂT, Sylvie G. introduit un sympathique personnage dans un genre relativement nouveau en littérature : le *policier-jeunesse* : il s’agit de Kelly McDade, une jeune fille de 17 ans qui ressemble à beaucoup de jeunes filles de son âge : elle est énergique, enjouée, sensible à sa famille et elle accorde une grande importance à l’amitié. Comme vous voyez, ce ne sont pas des qualités exclusivement féminines. C’est un point fort du roman, les jeunes vont se reconnaître.

Le fil conducteur du récit est à la fois solide et simple : une de ses meilleures amies, Jasmine subit une transformation. Kelly veut tout savoir sur cette bizarre métamorphose et enquête au moins pour savoir comment aider son ami. Il se trouve que la mère de Kelly est officier-inspecteur de police et parmi ses employés, il y a Derek, un adonis de 22 ans qui fait la connaissance de Kelly…les deux ont le coup de foudre. (La différence d’âge se banalise au fil du récit.) Vous devinez donc que les enquêtes s’imbriquent les unes dans les autres.

Il y a des éléments que je trouve surréalistes dans ce récit, par exemple, la maturité de Derek qui est un peu poussée pour son âge. Ensuite, il y a l’omniprésence de Kelly, elle est partout et souvent comme par hasard. Je trouve aussi surréaliste qu’une jeune fille de 17 ans serve d’appât et objet d’infiltration en se mettant en danger de mort malgré les précautions prises.

Ce qui m’a le plus irrité dans L’APPÂT c’est la relation entre Derek et Kelly qui prend presque toute la place dans les deux premiers tiers du livre. Ce bouquet romantique met l’enquête dans l’ombre un peu trop à mon goût. J’ose croire que Sylvie G. prend bien son temps pour exposer le profil psychologique et sentimental de ses personnages étant donné que L’APPÂT inaugure une série sous le titre LES ENQUÊTES DE KELLY McDADE. Je peux espérer donc que cet aspect sera réduit sans être nécessairement occulté du moment que l’intrigue n’est pas noyée.

Malgré tout, dans mon rapport de forces et de faiblesses, L’APPÂT se positionne très bien. Il y a beaucoup de points forts : Les personnages sont attachants, je pense entre autres à Jason, un collègue de Derek, un petit comique qui apporte un bel équilibre à l’ensemble, à part peut-être les nombreux tête-à-tête entre Kelly et Derek, il n’y a pas de longueurs. La plume est fluide, c’est agréable à lire. Le troisième tiers du livre est venu m’accrocher, comme quoi il vaut la peine d’être patient. L’épisode où Kelly sert d’appât est particulièrement bien fignolé. Si je suis devenu presque aussi nerveux que Kelly, c’est que l’auteure a provoqué l’émotion en maintenant pendant un long moment une évidente intensité dramatique.

Enfin, dans L’APPÂT, sans être moralisatrice, l’auteure introduit un sérieux objet de réflexion. Il s’agit de la cyberprédation, ce cercle infernal dans lequel Jasmine est prise. Ça fait réfléchir car c’est un cercle qui se referme sur la victime comme un étau. La cyberprédation a de redoutables corolaires : trafic humain, prostitution, drogue, violence. Rencontres virtuelles égalent danger. Le récit met en perspective la fragilité de l’adolescence et Jasmine en est le plus bel exemple.

C’est l’aspect le plus positif du livre : le message qu’il passe et la façon dont il passe. Là-dessus je pense que Sylvie G. a réussi son coup. Je déplore un peu le côté fleur bleue agaçant qui caractérise le récit dans les deux premiers tiers. Mais il y a suffisamment de points positifs pour faire de ce livre un succès en librairie. J’ai hâte de voir le prochain tome et de connaître le prochain sujet développé. C’est donc à surveiller et entre temps je vous invite à lire L’APPÂT.

Sylvie G. est une auteure québécoise. Depuis longtemps, elle met sur papier tout ce qui lui passe par la tête…prélude à sa passion pour l’écriture. Sylvie G. est intervenante auprès des jeunes en difficulté. C’est en grande partie ce qui lui a donné l’idée d’écrire. Passionnée de psychologie et armée de son expérience en relation d’aide avec les jeunes, elle a créé des personnages attachants dont Kelly McDade, une adolescente sympathique qui aime aller au fonds des choses et qui a une âme d’investigatrice. Sylvie G développe donc des romans à saveur préventive, c’est-à-dire qui visent à outiller les jeunes pour les aider à faire des choix éclairés. Dans l’appât, il est question de cyberprédation, dans ses prochains romans, elle développera entre autres, la drogue, le viol, l’intimidation. Sylvie G. a du pain sur la planche et Kelly aussi…

 BONNE LECTURE
JAILU/CLAUDE LAMBERT
JANVIER 2018

BEL EFFORT DE SIMPLIFICATION

DARWIN ET L’ÉVOLUTION
EXPLIQUÉS À NOS PETITS-ENFANTS

Commentaire sur le livre de
Pascal Picq

*…de sa conception à sa mort, un individu
se développe et croît en suivant un
programme. C’est exactement en ce
sens qu’il faut comprendre la première
définition du terme <évolution> dans les
sciences de la vie…*
(Extrait : DARWIN ET L’ÉVOLUTION EXPLIQUÉ
À NOS PETITS-ENFANTS,  Pascal Picq, Éditions
du Seuil, 2009, numérique, 71 pages.)

DARWIN ET L’ÉVOLUTION EXPLIQUÉS À NOS PETITS ENFANTS est un essai qui vise à expliquer le plus simplement possible la théorie de Charles Darwin sur l’évolution des espèces et de vulgariser et passer en revue d’autres théories comme celles de Lamarck et Cuvier. L’ouvrage, présenté sous forme de questions-réponses explique également pourquoi la théorie de l’évolution se heurte encore à autant de résistances de nos jours. Ce livre a été publié à l’intention des jeunes, mais s’adresse aussi aux adultes, les enseignants et les parents qui souhaitent comprendre la question complexe de l’évolution, histoire de mieux se préparer à répondre aux nombreuses questions des enfants.

Bel effort de simplification
*Toutes les facultés supérieures de l’homme
comme la morale, le souci de l’autre ou
sympathie, la représentation de l’autre ou
empathie, le rire, la colère, etc.,
proviennent d’une histoire naturelle que
nous partageons avec les espèces les plus
proches de nous, donc les singes…*
(Darwin, extrait de DARWIN ET L’ÉVOLUTION
EXPLIQUÉE À NOS PETITS ENFANTS)

C’est un petit ouvrage fascinant qui passe en revue les grands principes de l’évolution et qui vient vulgariser et simplifier les grandes théories qui sont toujours, aujourd’hui,  au cœur d’un débat scientifique à l’échelle mondiale. C’est comme qui dirait au Québec un cours *d’évolution 101* préparé à l’intention des enfants mais dans lequel beaucoup d’adultes pourraient trouver leur bonheur, ce qui fût mon cas.

Donc ce fascicule passe en revue les grandes théories de l’évolution, entre autres : celle du naturaliste Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829), du naturaliste paléontologue Georges Cuvier (1769-1832) et surtout, celle de Charles Darwin (1809-1882) portant sur l’évolution des espèces vivantes et qui a révolutionné les sciences naturelles.

L’auteur démystifie des termes comme évolution, sélection naturelle, darwinisme et néo-darwinisme, catastrophisme, transformisme, théorie des équilibres ponctués, théorie synthétique et du handicap, l’origine des espèces et j’en passe.

Ce petit livre explique de façon simple et claire une question complexe et laisse à penser que sans l’évolution, on ne serait pas là et qu’il est important de comprendre l’évolution si on veut assurer la pérennité des générations à venir. Le livre explique également pourquoi le débat sur l’évolution est toujours aussi actif dans le monde et divise autant les scientifiques. Et ça c’est un aspect extrêmement intéressant.

Par exemple Darwin prenait toutes les traditions à rebrousse-poil en affirmant que l’homme a une histoire  naturelle et qu’il a eu des ancêtres qui n’étaient pas des hommes. L’auteur précise que scientifiques et amis intimes de Darwin peinent à suivre la logique évolutionniste appliquée à l’homme.  D’ailleurs, même au moment de sa mort, Darwin était conscient des dérives de sa théorie. En fait, toutes les théories ont des failles, et ces failles s’entrecroisent encore aujourd’hui. Pourtant, pour l’auteur Daniel Pick, rien n’est vraiment compréhensible de la vie hors de la théorie de l’évolution.

Seul point un peu agaçant : les questions-réponses. L’enfant pose toujours les bonnes questions, au bon moment, avec une exceptionnelle mémoire et avec un raisonnement que beaucoup d’adultes lui envieraient. Pour un enfant entre 10 et 13 ans, c’est comme trop beau pour être vrai. Mais bon, cette faiblesse est bien surmontable. Dans l’ensemble c’est vraiment un bon petit livre, mais son niveau demeure élevé, vue la complexité du sujet. Il faut le prendre pour ce qu’il est : un ouvrage qui introduit les enfants et les non-initiés dans un domaine scientifique complexe, encore à débroussailler de nos jours.

Pascal Pick, né en 1954 est  un paléoanthropologue et maître de conférence français, auteur de plusieurs ouvrages et articles scientifiques traitant de l’espèce humaine et de l’évolution. L’ensemble de son œuvre semble marqué par une seule et même question : qu’est-ce que l’humain. Il a aussi écrit entre autres : LES ORIGINES DE L’HOMME, AU COMMENCEMENT ÉTAIT L’HOMME et LE SEXE, L’HOMME ET L’ÉVOLUTION. Son œuvre comprend sept ouvrages pour la jeunesse.

Pour en savoir plus sur l’auteur consulter son site officiel : www.pascalpick.fr

BONNE LECTURE
JAILU
DÉCEMBRE 2015

 


ET VIVE LE PHENTEX…

Capitaine Static

Commentaire sur la BD de
Alain M. Bergeron et Sampar

*Qui s’y frotte, s’y tic!
Telle est la devise du
Capitaine Static.*
(Extrait : CAPITAINE STATIC,
Alain M. Bergeron et Sampar,
Québec Amérique, 2007, rééd. :
2010. Num. 87 pages.
Alternance de texte et de BD)

Au moment d’écrire ces lignes, la série CAPITAINE STATIC comprend 6 volumes proposant une alternance de textes et de bandes dessinées. La série qui devrait se poursuivre constitue une parodie de la culture des superhéros. Elle raconte l’histoire d’un jeune garçon, Charles Simard qui se découvre un pouvoir spécial quand il porte ses pantoufles en phentex. Charles décide de s’en servir pour défendre les opprimés en commençant par…lui-même. Il s’entoure d’une petite bande dont il devient le capitaine et nous entraîne, d’un volume à l’autre, dans une série d’aventures originales, drôles, voire loufoques. 8-14 ans.

ET VIVE LE PHENTEX…
*Je suis furieux de voir ces garçons
aussi peu respectueux des livres.
Ils pourraient agir ainsi avec ma
future biographie officielle!*
(Extrait de la série CAPITAINE STATIC)

CAPITAINE STATIC est une série de petits volumes pour les pré-ados. J’ai lu six tomes et je dois le dire, je me suis amusé. Ce sont de petites histoires drôles, amusantes, imaginatives avec de l’action, des situations loufoques et des revirements comiques avec, à l’avant-plan, un petit garçon sympathique, très éveillé et qui utilise un petit pouvoir très simple pour tenter de réaliser quelque rêve de gloire et de reconnaissance parmi ses pairs.

Cette série est présentée dans une forme littéraire extrêmement intéressante quoique peu répandue : une alternance de textes et de bandes dessinées. C’est-à-dire une partie narrée quand l’action est à la baisse (lorsque Capitaine Static concocte un plan ou réfléchit) conjuguée à la bande dessinée (lorsqu’il y a de l’action ou une chaîne d’évènements).

Cette formule offre un merveilleux avantage à mon avis. En effet, elle amène le jeune lecteur à une transition en douceur entre la bande dessinée et le récit romancé.

J’ai été frappé par l’originalité du contenu et séduit par la parodie de la culture des superhéros développée par l’auteur. J’ai été aussi surpris de toutes les chaînes d’évènements provoqués par les qualités particulières d’une paire de pantoufles. Il y a vraiment tout ce qu’il faut dans cette série pour garder le jeune lecteur captif du récit et lui donner le goût de passer d’un tome à l’autre.

D’ailleurs, la reconnaissance n’a pas tardé à se faire sentir pour Bergeron et Sampar. La série s’est rapidement *bardée* de prix et de distinction de toutes sortes. Par exemple, peu après sa sortie en 2007, le volume un de CAPITAINE STATIC remportait le prix HACKMATACK, le choix des jeunes, puis le prix du livre DISTINCTION TAMARACK 2009 et la liste des distinctions pour ce volume et ceux qui suivent est longue.

Je crois que la série réunit tous les éléments nécessaires pour donner aux jeunes le goût de la lecture : l’écriture est simple, les illustrations vivantes et amusantes, les personnages attachants, il y a de l’action, les histoires sont développées avec intelligence. Ça se lit vite et bien.

Les titres que j’ai lus :-Capitaine Static 1, 2007
-Capitaine Static 2, L’imposteur, 2009
-Capitaine Static 3, L’étrange Miss Fissy, 2009
-Capitaine Static 4, Le maître des Zions, 2012
-Capitaine Static 5, La bande des trois, 2013
-Capitaine Static 6, Mystère et boule de gomme, 2014

Alain Bergeron (à gauche) est un auteur québécois né en 1957 et résident de Victoriaville. Il était journaliste avant de se consacrer entièrement à l’écriture. Il s’est tourné vers la littérature jeunesse parce qu’il aime raconter des histoires. Pour lui, être lu par des jeunes est une de ses plus grandes joies. Au moment de la publication de cet article, il avait déjà écrit près de 180 livres chez une dizaine d’éditeurs.

Samuel Parent est un illustrateur et bédéiste québécois chevronné qui publie sous le pseudonyme SAMPAR. Sa carrière a pris son envol chez SAFARIR, la célèbre revue humoristique. Il connaîtra la notoriété avec son personnage ÉMILE non seulement au Québec mais aussi aux États-Unis et en Australie. Par la suite, il s’associera avec Alain Bergeron pour réaliser LA VIE SECRÈTE DU PÈRE NOËL publiée pendant trois ans dans le temps des fêtes, dans le journal de Montréal et bien sûr pour la réalisation de la série CAPITAINE STATIC.

BONNE LECTURE
JAILU
DÉCEMBRE 2015

HA!…CES HUMAINS…

LES 9 VIES D’EDWARD

Commentaire sur le livre de
Chrystine Brouillet

*Edward sauta sur la table de la terrasse pour méditer
au soleil. La lavande et les rosiers miniatures attiraient
des abeilles qui l’auraient sûrement agacé s’il n’avait
été aussi préoccupé par le festin de sa maîtresse. Les
miaulements saccadés de Muscade, une jeune beauté
siamoise qui cherchait un compagnon de jeu, lui
apportèrent la solution.*
(extrait LES 9 VIES D’EDWARD de Chrystine Brouillet, Denoël,
1998, 240 pages)

Ce récit raconte l’histoire de la 9e et dernière vie d’un chat nommé Edward et de l’amour inconditionnel qu’il éprouve pour sa maîtresse *à deux pattes* : Delphine Perdrix, photographe de son métier. Edward s’est mis en tête de trouver un mari pour sa maîtresse. Mais qui??? Pour trouver le candidat parfait, Edward fouille dans ses vies antérieures et trouve finalement le *deux pattes* idéal : Sébastien Morin, un jeune homme qu’il a connu au XVIIe siècle alors qu’il voyageait vers la Nouvelle France. Edward décide de relever le plus grand défi de ses neuf vies : trouver le corps dans lequel s’est incarné Sébastien Morin. Même si Edward a reçu le don de télépathie, sa quête s’annonce périlleuse…

Ha…Ces humains…

*Edward devait l’aider à trouver celui qui la rendrait
heureuse. Il allait se consacrer à cette quête et,
avant de mourir, voir Delphine s’épanouir. Il
aspirait au paradis des chats, au repos éternel,
sans autre vie à revivre, mais pour jouir de cette
paix il devait s’assurer du succès de sa mission.
(extrait : LES 9 VIES D’EDWARD)

C’est un livre tout à fait à la hauteur du talent de Chrystine Brouillet. Il raconte simplement et de façon parfois émouvante la vie de Delphine Perdrix et de son chat Edward. Je n’aime pas particulièrement les chats et je suis sûr que madame Brouillet sait très bien que nombre de ses lecteurs n’aiment pas les chats. Elle s’est simplement organisée pour qu’on les voit de façon différente et ce, avec beaucoup d’intelligence et de subtilité en permettant entre autres à son Edward de jeter un regard très critique, parfois amusé, parfois amusant sur cette bizarrerie à deux pattes qu’est l’être humain.

En fait, le livre comporte deux éléments particuliers qui ont retenu toute mon attention : d’abord les personnages en général et Delphine en particulier : une jeune femme dont la vie est centrée sur la conquête des hommes, la perfection professionnelle et l’amour inconditionnel qu’elle éprouve pour Edward, son chat abyssin qui en est maintenant à sa neuvième et dernière vie. Et justement, pour finir en beauté ses 9 vies, Edward s’est fixé comme objectif de trouver un homme pour Delphine…un homme qui serait l’amant parfait et le mari idéal…

Mais c’est surtout dans les 9 vies d’Edward que reposent toute l’originalité et la richesse du récit de Chrystine Brouillet. On peut dire que dans toutes ses vies, Edward a tout vu ou presque comme en fait foi cet extrait : *…il était en Égypte, sous la XXIIe dynastie, et à Paris en 1997, il avait vécu l’occupation et la première exposition universelle, l’un des passages de la comète de Halley, une traversée éprouvante vers un pays giboyeux…* (extrait LES 9 VIES D’EDWARD).

Donc notre ami Edward a connu Nefertari et le faste de la Cour d’Égypte…il a connu l’inquisition et j’en passe. Il en a suffisamment vu pour pouvoir porter un regard critique sur la nature humaine. De plus, l’auteure a doté son héros d’un don spécial (hérité d’une sorcière dans une de ses vies) : celui de capter par le toucher (ou la lèche) les émotions et les rêves humains et de pouvoir transmettre à ceux-ci des pensées en arrière-plan. J’ai trouvé ça génial car ça donne au texte une remarquable plus-value.

Edward cherche, dans sa dernière vie, l’incarnation d’un personnage qu’il a connu dans une de ses vies, en fait celle qu’il a vécue pendant la grande édification de la Nouvelle-France : un homme tout indiqué pour Delphine : le fameux Sébastien Morin : une quête noble et dangereuse.

C’est dans cette quête de la perfection et dans le caractère introverti de Delphine qu’une intrigue captivante prend naissance. Car il faut le dire…Delphine *ne l’aura pas facile*.

Chrystine Brouillet ne m’avait pas déçu comme auteure jeunesse, voilà maintenant qu’elle me surprend dans un roman pour adultes. Avec LES 9 VIES D’EDWARD, elle nous propose un livre léger, agréable à lire, un peu grandiloquent mais très original, fruit d’une recherche raisonnée et sûrement d’un petit faible pour les chats. Il est vrai que la description des vies d’Edward a tendance à noyer l’intrigue mais moi j’ai pu composer avec ça surtout parce qu’Edward est attachant et drôle. Je vous recommande ce livre ne serait-ce que pour sortir des sentiers battus.

Chrystine Brouillet est une auteure et chroniqueuse québécoise née le 15 février 1958 à Loretteville. Elle décroche le prix Robert Cliche dès le tout début de sa carrière avec CHÈRE VOISINE publié en 1982. De 1992 à 2002, elle publie près d’une douzaine de romans pour la jeunesse, surtout à la Courte Échelle. Cette période de sa carrière a été marquée par de nombreux prix prestigieux. Mais ce qui fait que Chrystine Brouillet est passée au rang des auteurs les plus lus au Québec, tient d’un personnage qu’elle a créé, une femme inspecteur de police, héroïne d’une série policière de 1987 à 2013 : MAUD GRAHAM. La carrière de Chrystine Brouillet est gratifiée d’une prestigieuse reconnaissance littéraire dont l’Ordre de la Pléiade et en 1995, le grand prix littéraire Archambault.

BONNE LECTURE
JAILU
OCTOBRE 2015

LA GUERRE AUX VILAINS

BOB MORANE ALIAS M.D.O.
Commentaire sur le livre de
Henri Verne

*C’est alors que, derrière le battant,
un rire retentit. Un rire grinçant,
désagréable, faisant songer au
bruit provoqué par une feuille de
métal froissé…*
(extrait de BOB MORANE ALIAS M.D.O.
Henri Verne, Pocket Marabout # 45, 1968,
Éditions Gérard & co, Verviers, num. 116 p.)

Le SMOG, organisation criminelle qui fait la pluie et le beau temps à Hong Kong détenait en otage les clients de l’hôtel Ylang Ylang. SMOG a fini par libérer tout le monde sauf une personne : Louis Nordham, alias M.D.O… qui a été retrouvé mort dans le vieux quartier de la ville. Avant de mourir, M.D.O. avait eu le temps de contacter Bob Morane pour lui demander de l’aide, mais c’était trop tard. Morane et Bill Ballantine se mettent en quête de la présumée auteure de l’assassinat, nulle autre  que Miss Ylang Ylang, la grande patronne de SMOG. Nos amis seront aidés par un des rois de la pègre de Hong Kong Aguinaldo dont la fille a été sauvée d’une mort certaine par Morane.

Qui est Bob Morane?

Bob Morane est un personnage créé par Henri Verne en 1953 à la demande de Marabout Junior dont le directeur de la collection était soucieux d’offrir à la jeunesse un héros, aventurier et justicier et dont elle pourrait suivre les aventures de livre en livre. Verne écrit donc un premier *Morane* en 1953 : LA VALLÉE INFERNALE. C’est un succès. Les jeunes sont emballés. Plus de 180 romans suivront jusqu’en 2000. Pourquoi un tel succès? Bob Morane est un personnage attachant. Il court après les ennuis, ou les ennuis courent après lui. Il donne parfois l’impression d’être un peu brouillon, mais il est sans peur, il a un sens aigu de la justice. Bob Morane est un sportif, passionné de livres, de films d’horreur et de bains chauds. Bien qu’en général son attitude soit celle d’un don quichotte redresseur de torts, courageux voire téméraire, ses nombreuses qualités et ses petits travers en ont fait un personnage extrêmement attachant. Les jeunes l’ont adopté rapidement.

La guerre aux vilains…
*Si vous n’étiez pas une femme,
je vous briserais la nuque
comme une malfaisante volaille
que vous êtes…*
(extrait de BOB MORANE ALIAS M.D.O.)

Dans les livres de Verne consacrés à Bob Morane, et ils sont nombreux comme vous l’avez vu plus haut, le gentil justicier va donc d’une aventure à l’autre. Comme plusieurs personnes de ma génération, des hommes surtout, j’ai lu les aventures de Morane pendant mon adolescence, mais je n’ai pas pu vraiment m’attacher au personnage. J’ai apprécié plusieurs récits mais mon intérêt était limité.

40 ans plus tard,  avec le recul du temps et sachant que les aventures de Bob Morane sont encore lues un peu partout dans le monde, j’ai à nouveau fait la lecture de quelques aventures du héros. J’ai choisi de parler de ALIAS M.D.O. toutefois mes commentaires s’appliqueraient je crois à n’importe quels titres de la série.

Les critiques décrivent Morane comme un personnage attachant. C’est vrai qu’il est sympathique mais comme je l’ai dit plus haut, *il n’est pas vraiment venu me chercher*.
Bob Morane est un peu justicier, agent secret, espion, policier, défenseur des opprimés…il évolue d’un récit à l’autre avec un personnage créé pour le seconder et parfois ramener un peu son esprit brouillon à l’ordre, il s’agit de Bill Ballentine.

Morane rencontre dans ses aventures des personnages parfois surréalistes comme on en voit par exemple dans la série James Bond. Il donne des rossées mais il en reçoit aussi. Il subit des échecs mais il en sort plus fort et il a une qualité que j’apprécie beaucoup dans ce genre de roman, il a la capacité de s’enrichir de ses erreurs. Ce n’est pas un invincible qui a réponse à tout. Il est très doué et fort mais il est humain. Pas étonnant donc que Bob Morane ait été tant apprécié des ados des sixties et il l’est encore aujourd’hui.

Les aventures de Bob Morane s’étalent sur 180 livres. Ce sont des livres assez courts, entre 100 et 200 pages. Ce sont des récits sans trop de profondeur. Toutefois la profondeur n’est pas une qualité que les ados cherchaient particulièrement dans les sixties. Donc les récits sont assez brefs, bien ventilés avec des chapitres courts et qui sont imprégnés d’un fort caractère aventurier, le tout en accord avec les caractéristiques culturelles des adolescents  d’hier et d’aujourd’hui.Tous ces éléments s’appliquent évidemment au récit choisi pour ce commentaire : ALIOAS M.D.O . Dans ce récit, Henri Verne ballote son personnage dans une société de gangster et en profite au passage pour donner de la CIA une image peu flatteuse. Un petit livre qui manque un peu de substance mais qui constitue un bon divertissement…assez agréable à lire…ou à relire.

MORANE EST AUSSI UN HÉROS DE LA BD

Charles-Henri-Jean Dewisme est un auteur belge né à Ath le 16 octobre 1918. Dès sa préadolescence,  il prend goût à la lecture. Il écrit ses premières nouvelles à l’âge de 17 ans. Après la guerre, il devient journaliste de terrain pour une agence de presse américaine, et il écrit des feuilletons pour des magazines. Son premier livre, LA PORTE OUVERTE est publié en 1944. En 1953,  il crée le personnage de Bob Morane. La première aventure du héros, LA VALLÉE INFERNALE est publiée le 16 décembre 1953 et connaît un succès immédiat. C’est à ce moment-là que Charles-Henri-Jean Dewisme choisit un pseudonyme : Henri Verne.

Entre autres adaptations de Bob Morane, je citerai une très bonne télésérie tournée en 1963 et comprenant 26 épisodes avec Claude Titre dans le rôle principal (photo à gauche) et Billy Kearns dans le rôle de Ballantine, le meilleur ami de Morane, personnage récurrent dans les romans de Verne. Pour en savoir plus sur l’auteur, son œuvre, sur Bob Morane et sur les adaptations, consultez le site internet  http://imaginaire.ca/BobMorane/

BONNE LECTURE
JAILU
AVRIL 2015