MENVATTS, IMMORTEL, de Dominic Bellavance

*…elle avait appris à se défendre, et bien sûr, à tuer de manière rapide et efficace, selon les méthodes des Clowns Vengeurs. Inspirée par les textes sacrés, elle avait appris à agir par empathie, pour servir les gens qui voulaient obtenir une vengeance salutaire, contrairement à Tristo qui, lui, tuait pour les plaisirs de la domination… *

(Extrait du Collectif MENVATTS, IMMORTEL par Dominic Bellavance,
AdA éditeur, collection Corbeau, 2019. Édition de papier, 310 pages)

Olivia Jills au laboratoire Anima  mène un projet de recherche illégal. Le produit qu’elle développe : l’Afamort, une pastille qui permettrait aux personnes fraîchement décédées de revenir à la vie. Les arcurides mettront tout en oeuvre pour s’approprier cette promesse d’immortalité. Mais encore doivent-ils s’assurer que l’Afamort fonctionne vraiment. Pour en avoir le coeur net, ils mèneront leur propre expérience.

Le retour des Clowns Vengeurs
*La mâchoire s’ouvrit. Un nouveau hurlement en jaillit dans un
tourbillon de flammes. C’était une fournaise, un portail vers
l’enfer. Sardomax, au bord du gouffre, en proie à la plus abjecte
terreur et mû par l’énergie du désespoir, se débattait comme un
forcené devant lui s’incarnait la mort dans toute son horreur. *
(Extrait)

Voici un petit livre fascinant issu du cœur d’une série de dix tomes écrits par huit auteurs différents. Dans MENVATTS IMMORTELS, Dominic Bellavance décrit un monde qui pourrait bien être le nôtre, dans un avenir indéterminable. Nous plongeons dans une société complexe, glauque, froide et violente. Malheureusement, le gouvernement légitime se soucie très peu du bien-être de sa population.

En matière d’évolution, la société fait du sur-place. Toutefois la drogue de manque pas ainsi que les armes. Pour l’un et pour l’autre, l’auteure  donne au lecteur et à la lectrice une idée plutôt terrifiante de l’avenir. Dans cette société hégémonique, un ordre d’assassins, les Odi-Menvatts aussi appelés les Clowns-vengeurs se dressent contre le gouvernement légitime : attentats, meurtre, intimidation…

Le gouvernement oppose aux Clowns-vengeurs ses arcurides, des agents policiers-militaires surentraînés, suréquipés et surarmés. Au cœur de cet affrontement une scientifique développe l’AFAMORT, une pastille de cauchemar qui permet à une personne fraîchement décédée de revenir à la vie avec une remontée dans le temps de trois minutes.  Les Arcurides veulent l’Afamort à tout prix.

La grande force de cette histoire, c’est les trouvailles qu’on y fait. À cet effet, J’ai compris que l’auteur, a carburé au super : des armes qui imposent la peur comme des démembreurs, qui portent très bien leur nom, des ligoteurs magnétiques, des vaisseaux qui rappellent les heures de gloire d’AVATAR, des armements de masse dévastateurs.

Mais le plus grand défi de ce récit est de comprendre la nature et les effets de l’Afamort, un composé chimique étrange qui chevauche la science et la théologie. Ses effets sont très particuliers : si on expose la substance à des flammes nues, elle explose et gèle tout dans un rayon d’un kilomètre avec la force d’une bombe à hydrogène. Dans l’environnement buccal par contre, elle se désintégrait sans dommage en quelques secondes.

Cet effet est impossible à reproduire sur un animal, ce qui laisse supposer que l’âme a un rôle à jouer dans la réaction. Aussi incroyable, quiconque mourrait dans l’heure suivant la consommation de l’Afamort, remontait le temps de quelques minutes, en emportant avec lui tous ses souvenirs…un phénomène qui ouvrait la porte aux paradoxes spatio-temporels . L’Afamort est au cœur de l’histoire et lui en attribue une certaine originalité.

Dans Menvatts, il y a une séquence intrigante qui me rappelle le film du réalisateur Harold Ramis : UN JOUR SANS FIN (1993) Essayez de vous imaginer le cercle infernal du héros condamné à revivre sans cesse des journées identiques mais différentes et dont il se souvient. Cette première journée est exploitée jusqu’à ce que l’univers adéquat soit atteint et permette au héros de poursuivre.

Nous avons quelque chose de très semblable dans le livre qui nous intéresse aujourd’hui sauf que les scénarios liés à l’Afamord sont d’une innommable violence. D’ailleurs, tout dans le livre est violence, traîtrise, vengeance avec toujours cette insatiable recherche de pouvoir.

Malgré un fil conducteur instable, ce livre se lit vite et bien. Les chapitres sont courts, l’ouvrage est bien ventilé, La principale faiblesse réside dans les personnages peu travaillés En fait, ils sont plutôt froids, quoique compatibles avec cette histoire où la vie a peu de valeur. Je ne crois pas que ce soit une histoire dont je vais me rappeler mais son côté accessoire m’a impressionné. 

Suggestion de lecture : LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ de Catherine Dufour

Après avoir écrit des romans contemporains à saveur humoristique chez Coups de tête, Dominic a contribué à la collection « Les clowns vengeurs » en publiant LES LIMBES DES IMMORTELS et LA PATIENCE DES IMMORTELS, deux romans de science-fiction dystopiques, aux éditions Porte-Bonheur. Il a fait paraître LES DERNIERS JOURS, la première de la série LE SILENCE DES SEPT NUITS, aux Éditions ADA en 2018.Dominic a obtenu un baccalauréat multidisciplinaire en création littéraire, en littérature québécoise et en rédaction professionnelle à l’Université Laval. 

Quelques livres de la collection LE CLOWN VENGEUR

Livres de la collection MENVATTS


(À gauche) Deux regards sur l’éternité (Au centre) Héritage maudit (À droite) Allégeances

 

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 23 juillet 2022

 

PERDITION 1 : LES GLORIEUX ET LES RÉPROUVÉS

 Commentaire sur le livre d’
ALEXANDRE VÉZINA

*Comme tu es lamentable…je n’arrive pas à
comprendre…comment peux-tu résister à
ce nectar délicieux qu’est le sang humain?
C’est si exquis…*

(Extrait : PERDITION, Alexandre Vézina, Éditions
AdA, Tome 1, édition de papier, 745 pages)

Après cinq siècle d’errance et de solitude, Kendra n’aurait pu concevoir que sa rencontre avec un humain lui aurait redonné le goût de vivre.  Pas plus qu’elle n’aurait été en mesure de se figurer tomber amoureuse. Mais aimer dans le monde qui était le sien venait avec son lot de bouleversements et un lourd tribut à payer. Elle ignorait complètement tout ce qui l’attendait. Ces créatures obscures à ses trousses. Ces brigues du dieu infernal à son sujet. Ce pouvoir s’éveillant en elle. Tant de choses dont elle n’avait pas la moindre idée. Tout comme des ténèbres qui engloutiraient le monde et elle-même si jamais cet amour venait à s’éteindre. À 511 ans, la vie de Kendra va basculer…

À 511 ANS, SA VIE VA BASCULER
*En avisant la dépouille saigneuse de son
frère frondeur, quelque chose s’était
Irrévocablement éteint, et bien que ce
dernier ait repris vie, cette lueur
atténuée ne se raviverait jamais.*
(Extrait : PERDITION, tome 1)

Voici un livre très intéressant écrit par un jeune auteur très prometteur. Alors qu’il n’avait que quinze ans, Alexandre Vézina, un jeune homme de lévis, commençait l’écriture de ce qui deviendra une quadralogie : LES GLORIEUX ET LES RÉPROUVÉS.

À peine 18 ans et les deux premiers tomes sont déjà publiés : PERDITION et ÉLÉVATION. Je salue la ténacité et l’acharnement au travail de ce jeune écrivain émergent. Je vous parle aujourd’hui du premier tome : PERDITION.

C’est avant tout une histoire de vampires, de loup garous, de sorcières et autres créatures issues des enfers. C’est une histoire qui évoque l’éternelle dualité entre le bien et le mal. C’est aussi une histoire qui brise les vieux mythes de l’univers des vampires, un peu comme l’a fait la série télévisuelle TWILIGHT.

PERDITION, c’est surtout une longue introspection doublée d’une histoire d’amour : celle de Kendra Mary Ayleward, une vampire de 500 ans et Charles Branden, un humain. Or cet amour est impossible parce que totalement interdit par le maître suprême des enfers : Lucifer lui-même. Vous vous doutez peut-être que l’amour sera plus fort, ce qui entraînera Kendra dans une guerre sans pitié avec Lucifer. Mais lentement, graduellement, un énorme pouvoir s’éveille chez kendra…

PERDITION est un long pavé de 740 pages. Malgré les longueurs, il est facile à suivre, le fil conducteur nous ramenant toujours à l’essentiel. L’histoire est solide. L’auteur a doté son personnage principal, Kendra, d’un caractère bien trempé. Kendra et Charles sont des personnages attachants et il est intéressant de les voir évoluer dans l’histoire d’autant que cet amour est contre-nature pour Kendra.

En effet, un vampire qui aime un humain est condamné au néant. Cet amour vient briser un mythe majeur…dans les années 60, en littérature et au cinéma, les vampires n’aimaient les humains que pour leur sang. Cet amour vient consacrer le caractère original de l’ouvrage.

Suite à ma lecture de PERDITION, je note une faiblesse et un irritant. La faiblesse du récit réside dans sa structure qui est déficiente. J’avais l’impression que l’histoire s’écrivait au fur et à mesure, comme improvisée. Une écriture non-planifiée ouvre souvent la porte aux longueurs et aux redondances.

C’est le cas ici. Je pense à ce pauvre Charles qui ne l’aura pas facile et qui revient sur ses pieds 2 ou 3 fois. C’est répétitif et ça grossit le récit inutilement. Je suis sûr que, l’expérience aidant, cette situation va s’améliorer, c’est peut-être déjà fait d’ailleurs dans le tome 2 que je n’ai pas encore lu.

La seule chose qui m’a irrité dans ce récit est une surexploitation des adjectifs qualificatifs épithètes et attributs. Il y en a partout. Beaucoup sont inutiles ou inappropriés, la plupart n’ont qu’une application littéraire.

Je pense que dans son désir de bien faire, le jeune auteur en a trop mis et le tape-à-l’œil qui en résulte m’a obligé à garder un dictionnaire à côté de moi : Un baiser languide…imagination inexhaustible…résonnaient itérativement… mon visage vénuste…situation climatérique…le son lénitif…un mal de tête térébrant…et j’en passe beaucoup.

J’aurais préféré un peu plus de simplicité. Je l’ai déjà dit, l’histoire est solide. Ça ne lui aurait pas enlevé de valeur. Pourquoi pas difficile au lieu de difficultueux, déplaisant au lieu de malplaisant, vrai au lieu de vérace, mortel au lieu de mortifère, à pied au lieu de pédestrement…etc, etc.

Il semble aussi que l’auteur ait adopté des termes fétiches, des mots, qualificatifs pour la plupart et qui reviennent très souvent dans le récit : néronien, marmoréen, cyclopéen, méphistophélique et autres termes répétés à outrance…

je crois qu’en réaménageant le récit pour diminuer les répétitions, redondances, longueurs et mots inutiles, on aurait pu limiter le livre à 600 pages avec une plume plus directe et un style autant coloré mais un peu plus simple.

L’histoire m’a beaucoup plu, son décor post-apocalyptique retient l’attention du lecteur. Je n’hésite pas à vous recommander le premier tome de LES GLORIEUX ET LES RÉPROUVÉS : PERDITION.

Pour le premier pavé d’un auteur émergent qui n’a que 18 ans, je crois que c’est un succès. Les lecteurs peuvent poursuivre leur exploration avec le tome 2 : ÉLÉVATION. Alexandre Vézina est définitivement un auteur à surveiller. Un plus pour l’univers littéraire québécois.

 Alexandre Vézina est un auteur québécois né le 30 octobre 1998. À 18 ans, il avait déjà deux romans à son actif. En effet en 2016, il a publié les deux premiers tomes d’une série prometteuse à caractère fantastique pour jeunes adultes et travaillait au troisième tome de cette série intitulée LES GLORIEUX ET LES RÉPROUVÉS. Du plus loin qu’il peut s’en souvenir, Alexandre aime écrire des histoires car elles sont un moyen pour lui de s’évader. Pour suivre Alexandre Vézina sur Facebook, cliquez ici. (photo: www.journaldelevis.com)

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 21 mai 2017

LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ, de Catherine Dufour

*Tous les refuges … tous les employés de la suburb…sont biométriquement fichés. Et piégés. Une puce explosive près de la colonne vertébrale, une pointe de toxines dans le cervelet, et toutes les matrices d’activation de ces microsaletés sont aux mains de Path.* (Extrait : LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ, Catherine Dufour, Les Éditions Mnémos, 2005, num. 215 pages)

Ce livre est le récit d’une vieille dame. L’histoire se déroule en 2013 en Mandchourie. Après son effondrement, l’occident n’a pratiquement plus d’influence et la dystopie règne sur la planète devenue moribonde, à l’écologie mourante et assise sur un système politique pourri.

Une puissante transnationale délègue un agent pour enquêter sur l’apparition de nouveaux cas d’une maladie qu’on croyait éradiquée depuis fort longtemps. Les recherches de l’agent l’amènent à Ha Rebin, une ville aux tours énormes et polluées à l’extrême.

L’agent Cmatic y fait la rencontre d’une étrange adolescente avec laquelle il va s’allier pour mener à bien sa mission et découvrir une vérité à laquelle il n’était pas préparé et un questionnement : serions-nous prêts à affronter l’immortalité?

FUTUR NOIR
*Je les ai vues jaillir du sol, ces saloperies passaient entre
les planches par milliers. On aurait dit des fumerolles de
volcan, et elles se sont ruées sur moi!…elles m’ont grouillé
dessus comme des vers sur un cadavre, je ne voyais plus
rien, et ça remuait, ça bougeait, avec ce ronflement de
cargo…*
(Extrait : LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ)

LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ est d’abord le récit d’une vieille dame qui évoque les évènements qui ont marqué sa jeunesse dans les années 2200. Elle y explique son parcours et les personnages qu’elle a rencontrés en particulier Cmatic, l’entomologiste-enquêteur, Cheng, une jeune fille en perdition et Iasmitine qui est selon moi le personnage le plus énigmatique de cette histoire.

C’est un récit étrange, profond, très noir et qui nécessite beaucoup de concentration car le style pourrait vous sembler monotone, la longue narration ne comportant que peu de dialogues, pas beaucoup d’action.

Ajoutons à cela beaucoup d’espace consacré à la psychologie des personnages, un vocabulaire riche et souvent complexe et la culture asiatique dans laquelle évoluent les personnages qui m’est peu familière d’autant que l’histoire se déroule au 23e siècle. Donc l’auteure se laisse aller ici à l’anticipation du futur de l’humanité…un futur qui m’est apparu extrêmement glauque.

L’histoire est développé autour de deux thèmes qui sont loin d’être nouveaux sur le plan littéraire : premièrement les différences de statuts sociaux qui se résument clairement dans le récit : les riches et les pauvres, les forts et les faibles d’une façon plus précise eu égard à la vision de l’auteure.

Il faut préciser ici que l’histoire se déroule surtout dans une mégalopole où les gratte-ciels sont d’une hauteur vertigineuse. Les biens nantis sont dans les étages supérieurs, les paumés en bas du 10e étage où la vie devient opaque, gluante et où la lumière du jour pénètre à peine.

Deuxième thème, l’immortalité. Ce n’est pas un thème original en soi mais il faut voir de quelle façon l’auteure déploie ses personnages autour de ce rêve universel. C’est à ce niveau que j’ai accroché, en particulier sur le personnage de Iasmitine, dispensatrice du philtre de la vie éternelle mais à quel prix? Ou devrais-je dire au prix de combien de vies et de souffrance.

C’est un roman très sombre, dérangeant où la mort et la vie s’entremêlent et dans lequel Catherine Dufour développe une vision tout à fait cauchemardesque du futur avec une touche de réalisme à faire frémir. Ce roman n’est pas facile à lire. Les chapitres sont très longs et la façon dont ils se suivent ne m’a pas semblé toujours logique. Mieux vaut le lire d’un coup ou tout au moins ne pas fermer le volume trop souvent.

Malgré tout, je recommande ce livre car il est d’une magnifique profondeur et est porteur de questionnements et de réflexion sur l’immortalité comme but à poursuivre. On ne peut faire autrement que de se questionner.

Par exemple, avec l’avenir que l’humanité actuelle prépare à ses enfants, comment la terre pourrait-elle supporter une humanité immortelle? Jusqu’où irions-nous pour vivre éternellement? Est-ce que le jeu en vaut la chandelle? Quel serait le coût de l’immortalité en argent, en souffrances, en qualité de vie?

Ce livre est d’une grande force qui fait vibrer et pousse à la réflexion.

*La vie est une drogue terrible*

Catherine Dufour est une écrivaine française née en 1966. Elle commence à écrire à l’âge de sept ans et, forte d’une plume habile,  publie à 30 ans son premier roman : NESTIVEQNEN. Elle atteint la notoriété en 2005 avec LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ, roman de science-fiction et d’anticipation.

Elle se signale aussi dans le recueil L’ACCROISSEMENT MATHÉMATIQUE DU PLAISIR dans lequel elle signe une nouvelle d’une exceptionnelle beauté : L’IMMACULÉE CONCEPTION, lauréate du grand prix de l’imaginaire 2007. Son expérience personnelle guide intimement sa plume sur des thèmes évocateurs et délicats comme la mort et la souffrance entre autres comme en témoigne LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ.

Suggestion de lecture : LE LIVREUR de Marie-Sophie Kesteman

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
MAI 2016