ALICE AU PAYS DES TROP VIEILLES, Cristina Alonzo

*Oui, évidemment, que j’écris un livre…Un livre sur mon enfance, passage difficile. ou sur mon adolescence, étape difficile. Ou sur ma dépression, moment difficile. Ou sur mes dix années de psychanalyse, tunnel difficile.* (Extrait : ALICE AU PAYS DES TROP VIEILLES, Cristina Alonzo, Éditions Albin Michel, 2010 224 pages. Format numérique, 220 pages)

Alice est journaliste. Elle a un mari, des amies de « bons » conseils, deux enfants adolescents, elle ment sur son âge (même son passeport est faux), se fait mettre au placard parce que son boss la trouve « trop vieille », s’interroge sur le botox et la chirurgie et cherche la bagarre…Alice grandit, vieillit, enrage et s’apaise. Un livre à l’usage des femmes qui ne sont pas vieilles et ont quelques réserves sur l’idée de le devenir.

Journal de ma quarantaine fracassante
C’est pas un peu gênant de prendre le petit
déjeuner avec le mec de sa fille ? –J’ai résolu
le problème, je leur apporte au lit, comme ça
pas besoin de boire mon café en face de deux
autistes.
(Extrait)

C’est l’analogie avec le pays des Merveilles qui m’a attiré vers ce livre. C’est tout de même très différent pour ne pas dire paradoxal car le livre de Cristina Alonzo développe le thème du vieillissement chez la femme. Notez que le phénomène est traité avec un peu de philosophie et beaucoup d’humour.

Je ne sais pas si cette obsession est encore fortement répandue dans la gent féminine mais l’auteure traite des conséquences et des corollaires du vieillissement, un mot qui a été largement galvaudé et qui pourrait être interprété ici, tout simplement par l’expression *prolongement de la jeunesse*, un euphémisme gentil qui dévoile tout de même les petits bobos liés disons au deuxième âge chez les femmes, les mères en particulier. : Apparition de rides, papillotes, apparition de cheveux blancs, prise de poids, petits problèmes de dos et gestion  des enfants devenus grands… :

*Alors que vos parents devenaient grands-parents entre 45 et 55 ans, vous êtes de « vieux » parents d’ados grognons qui ne sont pas près de quitter la maison, devenue sans que vous vous en rendiez compte un Bed and Breakfast. La situation vous convient. (Aucune envie de prendre un coup de vieux supplémentaire en les voyant partir.) Mais parfois, elle vous horripile. Ces ados sont des carpes, et lorsqu’ils vous adressent la parole, c’est pour demander à boire, manger, sortir, ou acheter. Il n’y a pas trente-six solutions : Acceptez le fait que vous êtes une vieille maman et agissez en conséquence en cessant d’être leur pote. * (Extrait)

Le livre est développé un peu comme un journal. Pour chaque chapitre, il y a une petite pensée au début, une liste de choses à faire avec au moins une bizarrerie dans chacune, le développement lié toujours à *l’avancement en âge*, des techniques pour s’en sortir honorablement et un récapitulatif du sujet traité. Ce n’est pas un livre qui va révolutionner le genre mais il est divertissant.

C’est une lecture légère qui évoque la tolérance et l’acceptation et met en perspective la différence qui existe entre *vieillir* et être vieux…*Entre l’âge que j’ai, celui que je fais, celui qu’on me donne et celui que j’ai l’impression d’avoir, il y a comme un bug…* (Extrait) Morale de l’histoire, il vaut beaucoup mieux accepter l’âge qu’on a et s’en moquer. C’est sans doute là qu’on commence à rayonner. Notez bien que personne ne prétend que c’est facile.

Donc c’est un livre amusant écrit par une femme pour les femmes. Les gars eux, vont peut-être se reconnaître un brin. Le lectorat masculin pourrait en rigoler et qui sait, peut-être y réfléchir…peut-être… :

*Pour l’instant, ma vie suit un cours plutôt normal, si toutefois croiser son mari et ses enfants entre 21 h 45 et 22 heures fait partie du cours normal des choses… Disons que ma vie est calme. Comme avant une tempête* (Extrait) J’ai l’impression que l’auteure s’est fait plaisir et ne s’est pas prise trop au sérieux et l’idée d’orienter son livre vers le journal intime est une bonne idée je crois.

Les filles pourront sans doute se reconnaître à quelques égards ou en tout. L’idée est d’en rigoler, surtout si vous avez dépassé la quarantaine. Si vous approchez de la quarantaine, vous pourriez frémir un peu mais le mot d’ordre est toujours le même : mieux vaut en rire.

La plume est légère, fluide, empreinte d’une philosophie de supermarché qui est basée quand même sur une idée de départ qui nous place devant une certaine réalité : Alice est virée de son poste parce qu’au final, elle est trop vieille. L’âge est-il si important eu égard aux performances. Des questions intéressantes sont posées et Alice est parfois touchante. Un bon petit livre léger, amusant et rapide à lire.

Cristina Alonso est une journaliste et romancière française
C’est au « Journal du dimanche » qu’elle s’affirme, puis, en créant le magazine « Elle à Paris« .
Elle écrit son premier roman, « Alice au pays des trop vieilles », paru aux Éditions Albin Michel en 2010, un roman bien accueilli par la presse et le public.
Après le succès de son premier livre, elle publie « Alice et le prince barbant » (2011), sa chronique décapante de la vie d’une quadra au bord de la crise de rire !.

Lecture suggérée

 

BONNE LECTURE
CLAUDE LAMBERT
le vendredi 15 octobre 2021

L’extraordinaire voyage du fakir…

QUI ÉTAIT RESTÉ COINCÉ DANS UNE ARMOIRE IKÉA  version audio

Commentaire sur le livre de
ROMAIN PUÉRTOLAS

*Le premier mot que prononça l’indien Ajatashatru Lavash Patel en arrivant en France fut un mot suédois, un comble : IKEA.  <Extrait : L’EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR QUI ÉTAIT RESTÉ COINCÉ DANS UNE ARMOIRE IKEA, Romain, Puértolas, Le livre de poche, 2015, version audio : Audiolib éditeur, 2014, durée d’écoute, 5 heures 41 minutes Narrateur : Dominique Pinon.  Édition originale : 2013>

Une aventure rocambolesque et hilarante aux quatre coins de l’Europe et dans la Libye post-Kadhafiste, une histoire d’amour plus pétillante que le Coca-Cola, mais aussi le reflet d’une terrible réalité : le combat que mènent chaque jour les clandestins, ultimes aventuriers de notre siècle.

COINCÉ DANS L’ABSURDE
Il avait fait un extraordinaire voyage de neuf jours,
un voyage intérieur qui lui avait appris que c’est
 en découvrant qu’il existe autre chose ailleurs, que
l’on peut devenir quelqu’un d’autre.
  (Extrait)

C’est une histoire rocambolesque, abracadabrante, improbable. Je ne l’ai pas vraiment trouvé drôle, je dirais plutôt spirituelle. Je suis mitigé en fait. Je n’ai pas du tout été impressionné par le texte mais je dois admettre que ce dernier a été mis en valeur par le narrateur. Puisqu’il est question d’Ikéa, je dirai que Dominique Pinon a sauvé les meubles.

Nous avons ici l’histoire d’un indien : Ajatashatru Lavash Patel (nom tape-à-l’oreille prononcé dans des dizaines de façons différentes) un gentil filou qui part de New Delhi pour Paris afin d’acheter un lit à clou, spécial fakir, en solde chez Ikéa. N’ayant pas les moyens de se payer l’hôtel, Ajatashatru ère dans le grand magasin et pour échapper à toute surveillance, se cache dans une armoire qui sera rapidement retirée afin d’être expédiée…en Angleterre.

Tout le récit relate les tribulations du petit homme aux yeux coca-cola. C’est une histoire loufoque doublée d’un petit caractère sentimental. Le tout me rappelle un peu les comédies d’erreur. L’histoire est bourrée de clichés et d’allusions, certaines fines d’autres grossières : *On pissait aussi mal dans une armoire que dans un avion remarqua l’indien qui n’aurait jamais cru être un jour amené à une telle constatation*. (Extrait) Eh oui, même tapi dans une armoire Ikéa, la vie continue.

On trouve dans le texte beaucoup de jeux de mots, de déformations linguistiques. J’ai senti que l’auteur ne se prenait pas au sérieux et planchait davantage sur le pouvoir des mots que sur le style. Une description de son principal personnage prise au cœur du récit en dit très long : *Ses manières raffinées n’allaient en rien avec le personnage : jeans troués, piercing, cheveux teints en rouge, veste verte délavée, quelque chose entre un fakir et un clown. *(Extrait)

 

Je m’attendais à éclater de rire, j’en ai eu à peine envie. Peut-être qu’on attendait trop de ce roman. Pourtant, il n’est pas sans qualités. Entre autres, il pousse à la réflexion sur la situation des clandestins, humains désenchantés ayant choisi de fuir leur pays pour être finalement davantage exploités. Le texte n’est pas sans rappeler aussi que la vie nous réserve des petits détours qui nous font trouver le bonheur, qu’elle nous réserve des rencontres susceptibles de nous changer, de nous améliorer. Mais pour le reste, j’ai troqué la comédie hilarante pour un simple divertissement.

Si j’avais choisi le papier, j’aurais peut-être trouvé le temps long mais le narrateur Dominique Pinon m’a fait passer un bon moment avec son style relâché et un ton en parfaite concordance avec le caractère caricatural du texte. Il m’a gardé dans le coup jusqu’à la fin en donnant à l’ensemble un petit quelque chose de sympathique, de rafraichissant, de léger. À travers les clichés et les innombrables déformations du patronyme de notre héros, j’ai pu quand même m’attacher à un personnage sympathique, un peu naïf et quelque peu décalé…humain quoi…

 

*Eh bien puisque vous me le demandez, je me nomme Ajatashatru Lavash commençant l’indien en usant de son accent britannique le plus oxfordien. Une armoire ne pouvait avoir un si bel accent…peut-être n’allez-vous pas le croire, mais je me suis retrouvé coincé dans cette armoire alors que j’en prenais les mesures dans un grand magasin français…enfin suédois…* (Extrait)

Un livre drôle…non pas vraiment, mais divertissant et par moment, sensiblement attendrissant.

Romain Puértolas, né le 21 décembre 1975 à Montpellier, est un écrivain français. Ballotté entre la France, l’Espagne et l’Angleterre, il devient DJ turntablist, compositeur-interprète, professeur de langues, traducteur-interprète, steward, magicien, avant de tenter sa chance comme découpeur de femmes dans un cirque autrichien. Évincé à cause de ses mains moites, il s’adonne à l’écriture compulsive. Il fait ensuite carrière grâce à son bouquin comique « L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea ».

À écouter également, du même auteur

La carrière de Dominique Pinon prend son véritable envol en 1980 grâce à Jean-Jacques Beineix qui lui ouvre la porte du cinéma dans son premier film Diva en 1980. Il joue dans une foule de seconds rôles où on le retrouve généralement dans la peau du marginal atypique. Mais, c’est principalement sa rencontre avec Jean-Pierre Jeunet qui marque un tournant majeur dans sa vie d’artiste. En effet, sa carrière connaît une envolée sans précédent avec son premier rôle dans Delicatessen. Acteur favori de Jeunet, il est également à l’affiche du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, Alien, la résurrection et Un long dimanche de fiançailles. Sa renommée est telle que les réalisateurs étrangers n’hésitent pas à l’intégrer dans leurs projets. Enfin sa voix est bien connue dans l’univers du livre audio.

Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 26 septembre 2021

 

LA MYSTÉRIEUSE BIBLIOTHÉCAIRE, DOMINIQUE DEMERS

VERSION AUDIO

*<Je viens eeuh pour le poste de bibliothécaire, murmura-
t-elle d’une voix de souris.> Marcel Lenragé s’étouffa de
surprise, ses pieds retombèrent sur le tapis, et sa
fabuleuse pyramide formée de 64 tranches de viande
 dégoulinante de moutarde et de gras, s’effondra brusque-
ment sur son bureau.*
(Extrait LA MYSTÉRIEUSE
BIBLIOTHÉCAIRE, Dominique Demers. Éditeur à l’origine, Québec
Amérique, 1997, 123 pages. Version audio : Audible studio Éditeur,
2018. Durée d’écoute 55 minutes, narratrice : Dominique Demers)


Après avoir été nouvelle maîtresse et factrice, mademoiselle Charlotte est de retour dans un nouveau rôle tout aussi hilarant, celui de bibliothécaire et elle
est très spéciale dans sa nouvelle fonction. Mademoiselle Charlotte est une grand-mère drôle et un brin rebelle qui a inspiré le film à succès La mystérieuse mademoiselle C. Ce classique de Dominique Demers pour les 8 à 11 ans a reçu le prix du livre M. Christie.


UNE INTARISSABLE SOURCE D’HISTOIRES

*Vite ! <Montre nous des fesses> réclama Martin *la 
Boucane tout essoufflé. Mademoiselle charlotte qui
adressa un sourire espiègle en choisissant un livre
intitulé le grand amour d’odilon cochon. Quoi ?
S’offusqua Martin, <c’est pas cochon ça.> !  <C’est
pourtant plein de cochons> répliqua mademoiselle
Charlotte malicieuse…*

Beaucoup d’enfants de 7 à 11 ans connaissent déjà mademoiselle Charlotte, une vieille dame un peu excentrique, fantaisiste, imaginative et terriblement attachante. Ils l’ont connu dans leur bibliothèque scolaire ou encore dans un atelier de lecture animée avec UNE BIEN CURIEUSE FACTRICE et LA NOUVELLE MAÎTRESSE. Charlotte nous revient cette fois dans un nouveau rôle: bibliothécaire à Saint Anatole. Avant d’écouter ce récit qui dure moins d’une heure. Je me suis mis dans la peau d’un enfant.

À ce titre, j’ai un peu d’expérience et à l’écoute de ce récit, j’ai vécu vraiment de belles émotions. J’ai écouté le récit de Dominique avec ravissement et je me suis attaché à des personnages sympathiques et drôles dont Martin La Boucane, un petit rebelle qui joue les durs et qui n’espère trouver à la bibliothèque que des livres qui montrent des fesses. J’ai pu assister à une magnifique transformation graduelle et toute en douceur du garçon.

Je pourrais parler longtemps des personnages. Ils ont tous été bien travaillés et insérés dans un récit sensible et évolutif. Mademoiselle Charlotte est la grande héroïne du récit. Il faut en parler un peu.

Mademoiselle Charlotte est une vieille dame un peu bizarre, très anticonformiste et possédant une imagination débordante. Elle adore les enfants et elle adore les livres et elle s’active à compléter l’équation en faisant en sorte que les enfants adorent les livres. De plus la vieille dame a une particularité.

Occasionnellement, elle est aspirée par le livre qu’elle lit. Son corps devient comme absent et son esprit voyage dans le récit au risque de ne plus revenir ou de ne plus faire la différence entre la fiction et la réalité. Tout en se faisant plaisir, mademoiselle Charlotte travaille à ce que les enfants développent le goût de la lecture, voulant signifier en fait, qu’avec les livres, les enfants ne seront jamais seuls et qu’ils auront toujours des amis pas loin.

De l’ensemble du récit de Dominique Demers transpire une passion extrêmement forte pour les livres. Rien de forcé, d’insistant. Juste un argumentaire développé dans une sorte de jeu de rôle plein d’humour et de tendresse pour amener les enfants à entrer dans le monde merveilleux des livres.

Le dernier point que je veux aborder ici concerne la narration faite par l’auteure elle-même, Dominique Demers. Elle déclame magnifiquement son histoire en stimulant la capacité d’émerveillement des enfants. Elle fait plus que raconter une histoire. Elle la vit et la transmet. L’humour qui caractérise l’histoire semble créer une forme de symbiose entre l’enfant et le livre. 
<C’est bébé niaiseux ! grogna Martin…malgré tout, il resta là à observer mademoiselle Charlotte pendant qu’elle étalait les livres sur la pelouse. Les titres et les pages de couverture donnaient vraiment envie qu’on les ouvre… entre autres…<cadavre au dessert>, <l’énigme des gommes balounes>, <À chacun sa crotte> ainsi que <LE CHAMPION FARCEUR> un livre bourré d’idées pour mille tours pendables.> extrait

L’attirance des enfants pour les livres n’est pas automatique. L’auteur doit gagner leur confiance en proposant une présentation qui stimule l’imaginaire des petits. L’oeuvre de Dominique Demers me conforte dans ma certitude qu’utiliser un support audio pour introduire les enfants à la lecture est une bonne idée.

Cette idée a d’ailleurs déjà été évoquée dans un chouette petit livre pour enfant : LE LIVRE QU’IL NE FAUT SURTOUT, SURTOUT, SURTOUT PAS LIRE de Sophie Laroche. Les récits audios de Dominique Demers constituent un outil motivant et stimulant pour introduire les enfants dans l’univers du livre.

Écrivaine, conférencière et formatrice, Dominique Demers a signé plus de 50 œuvres de fiction pour enfants, adolescents et adultes. Elle a également été journaliste à L’actualité, enseignante à l’Université du Québec à Montréal, critique littéraire au journal Le Devoir, scénariste de long métrage et conteuse à la télé de Radio-Canada. C’est plus de métiers que sa célèbre Mlle C. !

Fruit de trente années d’expérience sur le terrain, Dominique Demers livre, en 2009, l’œuvre d’une vie : AU BONHEUR DE LIRE. Sous-titré Comment donner le goût de lire à son enfant de 0 à 8 ans, l’ouvrage livre de précieux conseils aux parents et éducateurs. Cette même année, madame Demers reçoit le prix Raymond Plante soulignant un engagement remarquable envers la littérature jeunesse.

 ÉGALEMENT À LIRE OU À ÉCOUTER

Bonne écoute
Claude Lambert

LA GUERRE DES BOUTONS, livre de LOUIS PERGAUD

*…un livre où…coula la vie, l’enthousiasme et de rire,
ce grand rire joyeux qui devait secouer les tripes de
nos pères…*

(Extrait : LA GUERRE DES BOUTONS, Louis Pergaud,
édition originale : 1912, révisée en 1972 par Gallimard,
276 pages. Version audio : éditions Thélème, 2016, durée
d’écoute : 7 heures 19. Narrateur : Pierre-François Garel)

Cela fait des générations que les enfants de deux villages voisins, ceux de Longeverne et de Velrans, se font la guerre. Une histoire de tradition sans doute, pour une guerre qui, bien qu’enfantine, n’en reste pas moins d’un grand sérieux. Moins sanglante que celle des adultes bien sûr, mais tout aussi dangereuse pour l’amour-propre de ceux qui, prisonniers, se retrouvent à la merci de leurs ennemis ! En effet, le butin de guerre des deux armées est constitué des boutons et lacets, attributs indispensables sans lesquels les malheureux tombés aux mains de l’ennemi se voient obligés de s’enfuir tout nus, et même parfois copieusement fessés ! De batailles perdues en revanches, cette guerre épique et truculente rythme la vie des enfants de ces deux villages.

UN RELENT D’ENFANCE
*Les Longeverne ont voulu arriver les premiers. Ils ont allongé le pas quand les Velrans s’en sont aperçu, ils se sont mis à courir. Ils ont couru, puis ils se sont regardés de travers, se sont traités de feignants, de voleurs, da salops de pourris. De plus en plus, les deux bandes se rapprochaient. Quand les hommes n’ont plus été qu’à dix pas les uns des autres, ils ont commencé à se menacer, à se montrer le poing, à se bourrer des quinquets comme des matous en chaleur…puis les femmes se sont amenées elles aussi…elles se sont traitées de gourmandes, de rouleuses, de vaches, de putains et les curés aussi mes vieux se regardaient d’un sale œil…* (Extrait)

(Extrait du film LA GUERRE DES BOUTONS réalisé par Yves Robert en 1962)

Début du XXe siècle, dans la campagne française, des enfants décident de se faire une guerre sans merci, façon de parler, mais ils doivent composer avec un tas de défis comme par exemple, faire comme si de rien n’était à l’école et tout cacher au soupçonneux et sévère Père Simon. Ensuite, les enfants devaient éloigner le plus possible leurs parents du théâtre de la guerre.

C’était facile à dire et peu d’entre eux ont échappé à la raclée parentale. Ensuite, il fallait financer la guerre. Je vous laisse découvrir toute l’ingéniosité des enfants à ce chapitre. Enfin, il fallait s’organiser. C’est ainsi que les enfants se sont nommés un général, un lieutenant…les modèles de guerre ne manquant pas…on a fait comme les grands : stratégie, espionnage, ruse, logistique d’approvisionnement, expéditions punitives, quartier général.

Du début jusqu’à la fin, l’auteur a tout prévu, y compris la traîtrise, le châtiment, le trésor de guerre et la fureur des parents.

Ensuite, j’ai été émerveillé et séduit par la richesse et la saveur de la langue et j’ai découvert, à ma grande joie un heureux cousinage entre l’argot français de la Franche-Comté et le jargon québécois : pus au lieu de plus, soye au lieu de soit, les ceusses au lieu de ceux, queque chose au lieu de quelque chose, deusse au lieu de deux , lastic  au lieu d’élastique.

Ça fait un récit chantant, rythmique, extrêmement vivant. Une histoire pleine de candeur et du langage d’enfants : *Si j’aurais su, j’aurais pas venu* (Extrait) Je me suis même beaucoup amusé de cette capacité que l’auteur a prêté aux enfants de *débouler* des jurons en série*Montre-toi donc, hé grand fendu, cudot, feignant, pourri ! Si t’es pas un lâche, montre-la ta sale gueule de peigne-cul ! va ! – Hé grand’crevure, approche un peu, toi aussi, pour voir ! répliqua l’ennemi.*(Extrait)

Ce qui m’amène à parler du narrateur, Pierre-François Garel qui a une voix magnifique et bien modulée. On sent chez lui une longue expérience dans l’enregistrement des livres audio. Il réussit à traduire à merveille l’esprit d’auteurs prestigieux comme Gaudé ou Dostoievsky. Lire le récit de Pergaud fut pour lui un défi. Son expérience au théâtre aidant, la narration de LA GUERRE DES BOUTONS est un véritable enchantement avec un registre parfaitement ajusté à chaque personnage et une extraordinaire maîtrise des dialogues y compris ceux qui sont les moins châtiés… :

*On sait bien pourquoi tu n’oses pas te mettre tout nu…c’pass que t’as peur qu’on voit la tache de vin que t’as au derrière et qu’on se foute de ta fiole. T’as tort Boulo…ben quoi…la belle affaire…une tache au cul…c’est pas être estropié ça…c’est ta mère qui a eu une envie quand elle était grosse…elle a eu l’idée de boire du vin et elle s’est gratté le derrière à ce moment-là.  Beaucoup de passages m’ont fait rire, y compris bien sûr les nombreuses salves de jurons que les enfants se lançaient entre eux… *Salops…triples cochons…andouilles de merdre… batteurs de curés…enfants de putain… charognards… pourritures… civilités…crevures…calotins…sectaires…chats crevés…galleux…, mélinars…combisses…pouilleux. (Extrait)  Je peux vous dire maintenant que Garel ne manque pas de souffle

LA GUERRE DES BOUTONS est un roman-jeunesse mais il convient tout à fait à tous les âges de la vie.  Il n’a pas vieilli et demeure un pur moment de plaisir. Une petite faiblesse si je peux me permettre. L’auteur suit surtout le camp de Longeverne. J’aurais aimé en savoir plus sur les sentiments des Velrans et leur plan d’action. Ça crée un certain déséquilibre. En dehors de ce petit détail, LA GUERRE DES BOUTONS est un livre précieux et qui pousse à la réflexion sur la tolérance entre autres et sur le destin des futurs appelés de la première guerre mondiale au cours de laquelle l’auteur Louis Pergaud a perdu la vie.

Louis Pergaud était un écrivain français. Il est né le 22 janvier 1882 à Belmont dans le Doub. Ses parents s’appelaient Elie Pergaud (père) et Noémie Collette (mère). Il avait deux frères : Pierre et Lucien. Il devient orphelin à 18 ans, son père et sa mère étant morts à Fallerans à un mois d’intervalle. Il a étudié à l’École Normale de 1898 à 1901. C’est un instituteur et un romancier français, surtout connu pour son principal roman : La Guerre des boutons. Il s’est marié avec Marthe Caffot. En août 1914, il est mobilisé pour ce qui deviendra la première guerre mondiale. Il est mort le 8 avril 1915. Son corps n’a jamais été retrouvé.

Bibliographie

L’Aube L’Herbe d’avril  1904
L’Herbe d’avril 1908
De Goupil à Margot 1910,  huit nouvelles qui parlent d’enfants et d’animaux
La Revanche du corbeau  1911
La guerre des boutons, roman de ma douzième année 1912
Le roman de Miraut chien de chasse  1913

Œuvre posthume
Carnet de guerre  1914-1915 (Pergaud raconte sa vie quotidienne pendant la première guerre mondiale).

LA NOUVELLE GUERRE DES BOUTONS, sortie en 1911 du réalisateur Christophe Barratier

Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 28 août 2021

 

 

DÉFENSE D’ENTRER ! 8 votez lolo, de CAROLINE HÉROUX

Même quand je serai grande et que j’aurai le droit
d’utiliser le vrai mot, je vais continuer d’appeler ça
un zizi juste parce que c’est plus beau. Dis donc,

toute une conversation familiale ce soir!?!
(EXTRAIT : DÉFENSE D’ENTRER ! 8 VOTEZ LOLO,
CAROLINE HÉROUX AVEC LA COLLABORATION DE
CHARLES-OLIVIER LAROUCHE, LES ÉDITIONS DE LA
BAGNOLE, 2017, ÉDITION DE PAPIER, 200 PAGES)


En ce début d’année scolaire, des élections pour désigner le président de secondaire 2 vont avoir lieu. Lolo accepte de se présenter mais une candidature inattendue va l’obliger à livrer une campagne sans merci. Entre temps, grande nouvelle à la maison. Il semblerait que Tutu soit un surdoué et qui en plus, met le nez dans les affaires de son frère. Entre les amis, la famille et la campagne électorale, Lolo n’aura pas de répit cet automne…

 

TENTANT!
comme tout ce qui est défendu
*Aaaargh qu’elle est fatigante!!! Elle ne pense
qu’aux drames! (pourtant elle nous demande
toujours de voir le bon côté des choses)
Impossible d’être un enfant normal dans
cette famille.
(Extrait : DÉFENSE D’ENTRER! 8 VOTEZ LOLO)

C’est un livre léger, rafraîchissant et drôle qui nous amène au cœur de l’adolescence. Dans ce huitième opus de la série, Charles-Olivier, appelé affectueusement Lolo, est littéralement poussé vers sa candidature à la présidence de son secondaire.

Nous avons donc ici une chronique quotidienne, entre autres, de la vie d’un ado en campagne électorale dans son école, de ses interactions avec sa famille, et d’une petite confusion de sentiments envers une jolie fille qui ne laisse pas Lolo indifférent : Justine, qui aura toutefois le malheur de se présenter à la présidence contre Lolo. Disons que pour un certain temps, les sentiments passent à la moulinette. 

Ce qui est frappant, à la lecture de ce livre, c’est le ton juste, précis : manière ado, parler ado, attitude ado…ado gossant, flippant, difficile à lever, difficile à coucher et possédant l’art de la réplique : *Je rêvais. Je cauchemardais, plutôt. Ça ne peut pas être un rêve. Un rêve, c’est beau, c’est drôle, c’est joyeux. Maintenant, dès que Justine s’y trouve, ça ne peut être autre chose qu’un cauchemar. Elle est mon pire cauchemar. Je la déteste. Elle me fait pisser dans mes culottes dans mes rêves cauchemars…* (Extrait) 

Caroline Héroux s’est assuré une belle collaboration de son fils, Charles-Olivier qui avait 13 ans au moment de la publication. Dans DÉFENSE D’ENTRER 8 le vrai nom de Lolo est Charles-Olivier. Un peu plus et le livre était éponyme. Quoiqu’il en soit, il ne pouvait y avoir meilleur porte-parole des comportements, répliques et sentiments de l’adolescence. J’ai senti que l’auteure lui a donné beaucoup de place.

À défaut d’un caractère autobiographique avéré, le jeune homme a contribué à donner une âme au livre, à le rendre vivant et à entraîner le lecteur dans ses péripéties. Demander à un ado de participer à l’écriture d’un livre sur le quotidien des ados…vraiment…c’est le secret de la Caramilk… 

Autre élément fascinant de ce livre : sa mise en page. L’auteure a utilisé toutes sortes de polices, avec des lettres de grosseurs variées, de la couleur, sans compter les dessins d’Anne sol et les nombreuses petites digressions à lire hors ligne.

Cette présentation très originale contribue à garder l’attention du jeune lecteur qui sera aussi probablement entraîné par l’humour qui se dégage du texte. C’est bourré d’humour. De plus, ça pousse les lecteurs adultes à se demander : est-ce que j’étais comme ça à treize ans? 

J’ai trouvé un petit peu trop puérile l’utilisation de noms diminutifs comme LOLO, LULU, TUTU, MÉLI. Je trouve que ça cadre mal ici. Ces termes seraient plus adaptés à l’enfance. Ne cherchez pas non plus de fil conducteur car il mène n’importe-où, Prenez le livre comme une chronique de vie quotidienne.

Vous trouverez des personnages terriblement attachants comme LOLO. Comme moi, vous pourriez apprécier le petit caractère rebelle mais aussi le grand cœur des ados. Je suis adulte et ce livre m’a fait rire et m’a fait vivre des moments savoureux sans compter l’apprentissage de termes typiquement ados… 

Un dernier point très intéressant en faveur du livre, ce sont les petits thèmes qu’il développe en douce et qui donnent un sens à l’adolescence : l’amitié, l’esprit de famille, l’esprit d’équipe, l’humour. Les aventures de ces jeunes ne sont pas sans mettre en perspective l’estime de soi et l’engagement.

Ces thèmes ne sont pas imposés mais plutôt traités comme s’ils allaient de soi. Il n’y a rien de moralisateur, rien qui soit pointé du doigt. DÉFENSE D’ENTRER 8 est une occasion en or d’entrer dans l’antre secret de la préadolescence. 

Bref, ça se lit très vite, la lecture est agréable, c’est convivial, c’est très vivant, c’est drôle, et c’est surtout très réaliste. Parfait pour les 10 ans et plus.

Œuvrant dans le milieu du cinéma, de la télévision et du spectacle depuis plus de vingt ans, Caroline Héroux s’est d’abord fait connaître à Los Angeles où elle a produit plus de 300 concerts sur Sunset Boulevard pour la compagnie Billboard Live. Au Québec, elle s’est surtout démarquée en scénarisant et en produisant les films À VOS MARQUES…PARTY ! (I et II) et SUR LE RYTHME. Elle a aussi produit les dernières saisons et le long métrage de LANCE ET COMPTE. UN COIN DE PARADIS est son premier roman. Pour DÉFENSE D’ENTRER ! 8, son neuvième roman, elle a eu la collaboration de son fils de treize ans (au moment d’écrire cet article), Charles-Olivier Larouche.

UNE SÉRIE À SUCCÈS :

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 31 juillet 2021

HISTOIRES À LIRE AVANT LA FIN DU MONDE

Commentaire sur le recueil de
PAUSE-NOUVELLE

*Et puis, nous allons certainement assister à des scènes horribles…les gens vont céder à la panique, et qui sait de quoi ils seront capables alors. De brèves images de déchaînements de brutalité et de décors chaotiques me traversent l’esprit et un frisson
me parcourt l’échine.
(Extrait : HISTOIRES À LIRE AVANT LA FIN DU MONDE, collectif, L’Anthologiste éditeur, 2012, numérique, 80p)

Cette anthologie est exclusivement consacrée à la fin du monde, histoire de coller un peu à l’actualité. En effet, d’après plusieurs exégètes, notre destruction est imminente. 10 auteurs vous présentent leur vision de l’Apocalypse. Interventions divines, guerres nucléaires et autres cataclysmes sont au rendez-vous. Et la plupart ne laissent pas beaucoup de place à l’espoir. Alors que faire lorsque l’on est condamné ? Certains en profitent pour renouer des liens, d’autres pour régler leurs comptes. Entre destructions massives et dénouements cocasses, découvrez ces histoires à lire avant la fin du monde.

LES NOUVELLES

  • NÉMÉSIS ET TARTE AU RIZ de Frédéric Muller. 15 minutes
  • AU TABLEAU d’Alain Kotsov. 5 minutes
  • MÊME PAS REPU de Raphaël Deux-Ailes. 10 minutes
  • OZOPOLY de Daniel Bruet. 15 minutes
  • BYE BYE BABY de Josepha Alberti. 10 minutes
  • DISPARITIONS de Stéphane Chamak. 10 minutes
  • UNE MAUVAISE MIGRAINE d’Aurélien Poilleaux. 15 minutes
  • ERREURS DE GENÈSE d’Emmanuelle Cart-Tanner. 10 minutes
  • PUNURRUNHA de Michael Chosson, 20 minutes
  • VU DE LÀ de Stéphane Schler. 10 minutes

100% catastrophe
*La bande grandit à vue d’œil au cours des minutes
qui suivent, une barrière poussiéreuse, un rouleau
charriant cendres et fragments de vie réduits en
poudre. Un rouleau poussé en avant, inépuisable.
Sans échappatoire.
(Extrait)

La fin du monde est sans doute le sujet véhiculant le plus de discussions, d’émotions, de prédictions et d’exégèses à travers le monde. Tout le monde y pense tôt ou tard. Il ne faut pas se surprendre que le sujet soit extrêmement répandu en littérature même si la prédiction la plus étoffée du XXIe siècle, celle de décembre 2012 a été balayée, comme toutes les autres d’ailleurs.

Pourtant, tout le monde semble unanime, il y aura une fin. Nombre d’auteurs continuent d’exploiter ce que j’appelle un filon en littérature sauf qu’ici, les auteurs réunis dans ce cinquième tome de PAUSE-NOUVELLES couchent surtout leurs émotions sur le papier. La catastrophe vient après. Si je savais la fin du monde imminente, je ne suis pas sûr que je choisirais ce livre pour me remonter le moral. Voici un bref survol des sous-thèmes traités.

Némésis et tarte au riz de Frédéric Muller : Une météorite va pulvériser la Terre. Privée d’espoir et au bord de la destruction, l’espèce humaine se révèle dans ses aspects les plus misérables.
Au tableau ! d’Alain Kotsov : Julius est interrogé par la maîtresse. Il doit citer le nom des villes détruites au cours de l’histoire …la liste est interminable.
Même pas repu ! de Raphaël Deux-Ailes : Tous les mots qui ne sont pas autorisés par le Syndicat du langage sont interdits. Un auteur attend impatiemment une livraison de nouveaux mots
Ozopoly de Daniel Bruet : Pendant une partie d’Ozopoly, le pollumètre se met en alerte 4.
Bye bye, baby de Josepha Alberti : Quelques jours avant la fin, un étudiant traverse New-York pour empêcher sa sœur de commettre l’irréparable.

Disparitions de Stéphane Chamak : Des êtres humains se mettent à disparaître, Des centaines d’abord puis des milliers et des millions…
Une mauvaise migraine d’Aurélien Poilleaux : des policiers tentent de faire craquer un jeune homme porteur d’un lourd secret.

Erreurs de Genèse d’Emmanuelle Cart-Tanneur : Dieu aurait fait des erreurs dans sa conception du monde. Il a été long avant de créer les océans. Un ingrédient manquait.
Punurrunha de Michael Chosson : Les hauteurs ne te mettront pas à l’abri. Le monde s’embrase.
Vu de là de Stéphane Schler : La fin vue de l’espace.

Comme c’est le cas pour la plupart des recueils, j’ai composé dans celui-ci avec des hauts et des bas, des sujets qui défilent en dents-de-scies. L’ensemble est très varié quant à la longueur des textes, leur sujet et aussi leur sens. Car je dois bien le dire, j’ai eu un peu de difficulté à saisir le sens de certaines nouvelles.

C’est le genre d’observation qui laisse à penser qu’il pourrait y avoir autant de perceptions que de lecteurs. Je note dans l’ensemble qu’il y a de l’originalité dans les récits, que je n’ai pas trop eu l’impression de déjà lu ou de déjà-vu. Je me suis attardé à certains textes comme DISPARITION question de donner à l’humour noir une petite place.

Et puis j’ai déjà imaginé en rêve ce genre de disparition mais moi ça concernait l’évaporation de tout ce que la planète comptait de tueurs, de violeurs et autres…mais l’auteur, Stéphane Chamak a eu une autre idée…pas mauvaise je dirais. Ma nouvelle préférée est ERREURS DE GÉNÈSE qui présente un Dieu plutôt étourdi qui cherche l’ingrédient final à ajouter pour compléter la création des océans. Drôle et bien imaginée.

Il y a plus de pour que de contre. J’ai apprécié ce livre. Certains textes viendront vous chercher, comme moi. Ils offrent tous matière à réflexion. Autre point en commun, aucun ne dédramatise la Fin du Monde, aucun ne fait de prédictions, plusieurs évoquent la folie des hommes, d’autres l’acte de Dieu.  C’est un peu noir mais la Fin du Monde prête rarement à la fête. Je vous invite à lire ce recueil, ne serait-ce que pour apprécier de très bonnes idées mises de l’avant par des auteurs prometteurs.

***************

Avec PAUSE-NOUVELLE, vous sautez d’un univers à un autre, plongez dans d’improbables situations, rencontrez des personnages hilarants, touchants, machiavéliques ou simplement malchanceux. Vous pouvez les suivre dans leurs aventures les plus rocambolesques, les plus romantiques ou les plus sombres. Les volumes sont publiés par thème, toutefois, l’intégrale des 80 nouvelles est maintenant disponible au rayon numérique. Si vous préférez par thèmes, voici quelques suggestions :

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 19 juin 2021

P’TIT BOUT

P’TIT BOUT

Commentaire sur le livre d’
ALEX WHEATLE

*McKay m’a regardé comme si j’étais un extra-terrestre
qui a mauvaise haleine. «…Pourquoi toi ? C’est vrai
quoi… t’es un nabot ! Les canons craquent pas pour
les nabots d’habitude. C’est juste…pas normal. C’est
pas logique…» Je suis sorti de ce gymnase et, pour la
première fois de ma p’tite vie, j’avais l’impression
d’être…grand.*
(Extrait : P’TIT BOUT, Alex Wheatle, Éditions Au Diable
Vauvert, numérique et papier, 347 pages. 2017.
Littérature jeunesse)

Voici l’histoire de Lemar, un ado près de ses 14 ans qui vit avec sa grand-mère, sa mère et sa sœur dans un petit logement au cœur d’une ville anglaise. Lemar est, physiquement, ce qu’on appelle un petit format. Petit mais énergique, Lemar, appelé p’tit bout, caresse de grands rêves. Un jour,  Quand Venetia King, la fille la plus sexy du collège, commence à s’intéresser à lui, une autoroute semble s’ouvrir vers son premier rendez-vous. Mais le chef du gang le plus célèbre de South Crongton a d’autres projets pour lui… Voyons voir comment P’tit bout va se débrouiller pour aller au bout d’un de ses rêves…

 

PETITES LEÇONS D’HUMANITÉ
*Est-ce que je devais l’embrasser sur la joue quand j’aurais
fini de la dessiner ? Est-ce que je devais lui montrer ma
chambre ? … En fait, vaut mieux que j’oublie l’idée du
baiser, j’veux pas foirer mes chances de passer aux étapes
supérieures. Dans deux semaines, on ira peut-être se faire
un ciné ou quelque chose. Ouaip, et c’est là que je lui ferai
du bouche à bouche.
*
(Extrait)

Voici un petit roman léger, drôle et divertissant. Il a un aspect dramatique mais il est développé intelligemment. Voyons ce qu’il en est : C’est l’histoire de Lemar, un garçon de 14 ans, tout à fait normal à une exception près : il est petit pour son âge et d’aspect fragile. Tellement qu’il se fait appeler P’TIT BOUT. Mais il ne faut pas trop se fier aux apparences. Ce n’est pas un détail qui obsède Lemar : *Tout le monde m’ignorait. Parfois, être un minus présentait un avantage. Personne ne voyait en moi un danger ou ne me considérait d’une quelconque importance.* (Extrait) Lemar travaille presqu’à temps plein pour attraper dans ses filets le canon du lycée, la fille de ses rêves: la belle Venetia King. Malheureusement, les plans de Lemar sont continuellement chamboulés par les demandes étranges et capricieuses de Manjaro, un petit truand du quartier sud de de Crongton, un caïd auquel il est difficile de dire non. Or ce petit mafieux est le beau-frère de P’TIT BOUT, ex petit ami de sa sœur Élaine et père de son neveu, Jérôme, le bébé d’Élaine. P’TIT BOUT joue un jeu très dangereux. Un drame est inévitable…je vous laisse le découvrir…

L’attirance de Lemar pour la belle Vénetia devient magnétique : *Elle était si sexy qu’elle m’a donné plus chaud qu’un chili épicé sous un soleil de ouf au Mexique. Mon fantasme de plage hawaïenne a eu raison de tout ce que j’avais d’autre dans la tête.* (Extrait) Les sujets développés dans ce petit roman sont très proches des jeunes : les garçons, les filles, l’éveil des sentiments, les séparations, les familles recomposées…tout ça au beau milieu d’une guerre de gangs et d’une série de règlements de compte qui met Lemar en danger ainsi que sa famille, sa mère, sa grand-mère et bien sûr le petit Jérôme et sa maman Élaine.

P’TIT BOUT est un livre rafraîchissant que j’ai savouré page par page. Lemar est terriblement attachant. C’est un garçon authentique qu’on prendrait plaisir à garder à nos côtés. Dans les petits hics, j’ai trouvé la finale un peu platonique parce qu’elle ne met pas la suite en place. Mais en réalité, Alex Wheatle écrit une trilogie dans laquelle on peut suivre Lemar. Je suis donc content que ça ne s’arrête pas là. Autre petit irritant : le niveau de langage : *Je pensais l’avoir fâchée en n’acceptant pas son argent, mais comment j’aurais pu prendre sa thune alors que je voulais qu’elle soit ma meuf ?* (Extrait) Eh oui, ça se pourrait bien que le langage très argotique déployé dans le texte énerve les québécois. Ainsi les filles deviennent des meufs, les policiers sont des keufs, la maison familiale est une case et bien sûr, les fesses sont évoquées à tous les égards. Ici, on ne fait pas attention, on fait gaffe à ses fesses. On ne s’assoit pas, on pose ses fesses, on ne revient pas, on ramène ses fesses, on ne poursuit pas en justice, on colle un procès aux fesses. C’est un roman à la sauce très…très française. Ça m’énerve, ça me fatigue, ça m’irrite mais P’TIT BOUT est un tel rayon de soleil qu’on passe à côté de ces désagréments. Que je l’aie voulu ou pas, je me suis senti happé par le récit et impliqué d’une certaine façon car j’avais vraiment envie d’aider et d’assister Lemar.

P’TIT BOUT est un récit chaleureux et humain qui brasse un peu les émotions et qui pousse à l’empathie. Faut-il s’en surprendre ? L’auteur, que j’ai envie d’appeler amicalement Alex est né de famille haïtienne, a grandi dans les ghettos pauvres de Londres. Entre autres activités littéraires, il a organisé des ateliers d’écriture dans des maisons de redressement. Il en sait long sur les jeunes et sur leur inépuisable soif de vivre, d’amour et de reconnaissance. Peut-être le récit a-t-il un cachet autobiographique. Une chose est sûre, que vous soyez petit et frêle au point de vous faire appeler *demi-portion*, *minus*, semi-homme, petit format ou autres sobriquets blessants, P’TIT BOUT, le livre d’Alex Wheatle vient nous rappeler que ce n’est pas parce qu’on est petit qu’on manque de grandeur.

Alex Wheatle est un auteur jamaïcain né à Londre et qui a grandi à Brixton où se situe l’action de plusieurs de ses romans… son premier livre, Brixton Rock (1999), raconte l’histoire d’un garçon de 16 ans de race mixte, dans les années 80 à Brixton. Brixton Rock a été adapté pour la scène et présenté au Young Vic en 2010. Sa suite, Brenton Brown a été publiée en 2011. Parmi les autres romans, citons In The Seven Sisters (2002), dans lequel quatre garçons échappent à une vie abusive dans une maison d’enfants; et Checkers (2003), écrit avec Mark Parham, a été publié en 2003. En 2010, il écrit et fait la tournée de l’autobiographie solo, Uprising . Sa pièce, Shame & Scandal , a fait ses débuts au Théâtre Albany de Deptford en octobre 2015. Alex Wheatle vit à Londres. Il a reçu un MBE pour services rendus à la littérature en 2008.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 13 mars 2021

LE MONDE DE BARNEY

LE MONDE DE BARNEY

Commentaire sur le livre de
MORDECAI RICHLER

*Si je m’aventure dans cette pagaille, dans ce ratage
qu’est l’histoire de ma vie, c’est uniquement pour
répondre aux venimeuses calomnies que Terry
McIver répand dans son autobiographie à paraître*
(Extrait : LE MONDE DE BARNEY, Mordecai Richler,
Éditions Albin Michel, livre de poche, 1999, papier, 600p.)

Mécontent du livre de souvenirs que vient de publier un écrivain qu’il a fréquenté dans sa jeunesse, Barney Panofsky, 67 ans, canadien issu de la communauté juive de Montréal, décide de donner sa version des faits et d’écrire ses mémoires. Passionné de hockey, grincheux, alcoolique, caustique et d’une redoutable mauvaise foi, Barney règle ses comptes : québécois francophones nationalistes, écrivains ratés ou pédants, antisémites, mais aussi ses coreligionnaires, gens de droite, de gauche, personne n’est épargné. Il ne manque pas d’évoquer ses trois mariages et les villes où il est passé au gré de ses diverses activités : Paris, New-York, Toronto et bien sûr Montréal. Autobiographie fictive et drôle.

UN OURS MAL LÉCHÉ
*Je suis un impulsif. Un type qui trouve préférable de
commettre des erreurs plutôt que de regretter ce
qu’il n’a pas fait. Eh bien, dans la catégorie des
erreurs, l’une des pires fut mes fiançailles puis mon
mariage avec Mrs Panofsky II. Ce qui n’excuse
aucunement mon abominable comportement au
cours de notre lune de miel.
(Extrait)

Avec LE MONDE DE BARNEY, vous allez faire la connaissance d’un personnage très singulier : Barney Panofsky, un misanthrope juif de 67 ans, natif de Montréal. Panofsky est un personnage grognon, chialeur et mal embouché en plus d’être très porté sur la bouteille. Panofski sait ce qu’il vaut : *Bon sang ! Me voici, moi, un vieux schnoque de soixante-sept ans qui rétrécit à vue d’œil, affligé d’une queue qui fuit, et je reste toujours incapable d’expliquer un deuxième mariage qui me coûte…dix-mille dollars par mois…* (Extrait) De ce qu’on peut bien penser de lui, Barney s’en contrefout. Ça lui donne d’ailleurs un petit côté attachant, peut-être à cause du destin tragique qui l’attend. Ça peut être dû aussi à la philosophie de supermarché qui caractérise ce personnage perçu par son entourage comme un mufle de première :
*…car c’était encore un temps…où il n’y avait pas un dentiste particulier pour les gencives, un autre pour les molaires, un autre pour les couronnes, un autre pour les extractions, non, un seul abruti se chargeait de tout à la fois*. (Extrait)

LE MONDE DE BARNEY, narré par Barney en personne, ce qui garantit un récit des plus colorés est le dernier roman de la belle carrière de Mordecai Richler, publié en 1997. Il a la saveur d’un testament littéraire mais aussi celle d’une petite fresque sociale qui étudie les mœurs de l’époque, sociales, sportives et politiques et qui décrit surtout un personnage loufoque qui ira jusqu’à être accusé de meurtre. La critique de son entourage passe d’abord par l’idée qu’il se fait de lui-même : *J’étais et je demeure un sale bonhomme, un grincheux impénitent, toujours prompt à me réjouir des fautes de ceux qui me dominent socialement. * (Extrait) Le livre est divisé en trois parties, une pour chaque mariage de monsieur Barney. C’est surtout à la suite de ses relations tordues et conflictuelles avec ses femmes que Barney décide de revoir sa misérable vie et là, il règle ses comptes.

Bien que le récit soit centré sur ses relations difficiles avec madame Panofsky 1, 2 et 3, Barney devient caustique, par la bande, sans jeu de mot, avec les Canadiens de Montréal, les racistes, les féministes, les indépendantistes et même les juifs. Dans son œuvre, Richler aurait même été perçu comme antisémite par sa propre communauté. Tout ça parce qu’il n’était pas content d’un livre de souvenirs publié par un écrivain qu’il a fréquenté dans sa jeunesse, ce qui l’a poussé à écrire ses mémoires. Enfin, *Avant que son cerveau ne commence à s’atrophier, Barney Panofsky est resté fidèle à deux intimes convictions : la première, que la vie est absurde; la seconde, que personne ne peut vraiment comprendre autrui. * (Extrait)

Au cours de la lecture de ce livre, je ne me suis pas ennuyé un seul instant. Difficile de ne pas s’attacher à ce grognon acide. Peut-être parce que moi non plus, je ne crains pas le ridicule mais surtout parce que j’ai décelé chez Barney une sensibilité parfois exacerbée couplée à un mal de vivre profond. Par l’intensité de sa plume, l’auteur amène le lecteur à apprécier davantage la comédie de la vie que son caractère tragique. Malgré un récit en dents de scie, j’ai trouvé le volume riche en imagination, en humour et en vocabulaire. Barney boit comme un trou, fume comme un pompier, on se perd un peu dans sa philosophie désorganisée et effectivement, le récit est parfois dur à suivre sans fil conducteur apparent, mais Barney Panofsky demeure un personnage original, drôle et émouvant qui gagne à être connu.

Mordecai Richler est né en 1931 à Montréal. Il a vécu à Paris, en Espagne et en Angleterre, puis en 1972. Il s’est réinstallé au Canada. Journaliste, mais surtout écrivain renommé, il a publié plusieurs romans dont L’APPRENTISSAGE DE DUDDY. Mordecai Richler est décédé le 3 juillet 2001.

LE MONDE DE BARNEY AU CINÉMA

Extrait de l’adaptation cinématographique LE MONDE DE BARNEY
sortie en 2010 et réalisée par Richard J. Lewis avec Paul
Giamatti, Rosamund Pike et Dustin Hoffman.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 16 janvier 2021

 


8 histoires du futur

8 HISTOIRES DU FUTUR

Commentaire sur un collectif de nouvelles pour enfants

*Sara sort un paquet de son sac à dos :
« Regarde, Papi », dit-elle en lui
tendant une touffe d’herbe. Le vieil
homme n’en croit pas ses yeux :
« De l’herbe violettte ! » s’écrie-t-il.

(Extrait : UN PONEY À LUNETTES, une
histoire de Ghislaine Biondi, du recueil
8 HISTOIRES DU FUTUR. Éditions
Fleurus, 2010, numérique, 64 pages pour
les enfants de 6 à 9 ans. Litt. jeun.)

Martin tombe en panne avec sa voiture qui roule dans l’eau, une baleine va le remorquer. Netto le petit robot laveur de carreaux va arrêter le voleur de la banque. Le poney de Sarah a besoin de lunettes. Il voit l’herbe violette et ne veut plus manger. Léonie la petite souris veut aller dans l’espace…en tout, huit histoires tournant autour du futur et qui visent à favoriser l’introduction des enfants à la lecture. Ce sont des récits futuristes dans lesquels se chevauchent humour et aventure. Chaque histoire est illustrée.

Les ptites nouvelles
LA FUSÉE DE LILI, Agnès Laroche, illustrée par Thierry Laval
-GALAKTA, LA VILLE D’EAU, Sévérine Onfroy, illustrée par Rosalinde Bonnet
-ZOÉ ET SES DEUX ROBOTS, Agnès Laroche, illustrée par Dorothée Jost
-DEUX DÉPANNEUSES ORIGINALES, Charlotte Grossetête, illustrée par Thérèse Bonté
-UNE SOURIS DANS L’ESPACE, Sophie De Mullenheim, illustrée par Gwendal Blondelle
-UN PONEY À LUNETTES, ghislaine Biondi, illustrée par Fred Multier
-UN CABRIOLAGE DANS LES HAUTEURS, Sophie de Mullenheim, illustrée par Delphine Vaufrey
-DANS LA LUNE, Éléonor Cannone, illustrée par Marie Ligier de Laprade.

POUR ATTEINDRE LES ENFANTS
*Tu es grand maintenant…ton papa et moi
avons décidé que ce matin tu pourrais
l’accompagner sur la lune. –Sur la lune !
répéta Lucas, ravi. – Oui. Comme ta maman
n’a plus de poussière d’étoiles pour préparer
Ton gâteau d’anniversaire, nous allons en
acheter ensemble au grand marché lunaire…*
(Extrait : DANS LA LUNE, Éléonore Cannone,
recueil : 8 HISTOIRES DU FUTUR)

Ceux et celles qui me connaissent et qui lisent mes articles sur jailu.mllambert.com savent que j’explore régulièrement l’Univers de la littérature jeunesse. J’aime lire à l’occasion un bon roman pour ados ou jeunes adultes et j’aime être au courant de ce que les maisons d’éditions rivalisent d’imagination et de bonnes idées pour divertir et outiller les jeunes. Le groupe d’âge que je vise aujourd’hui est le 6-9ans. C’est un âge stratégique pour les éditeurs parce que les goûts se développent rapidement et se fixent, tout comme les aversions. J’ai lu récemment quelques ouvrages publiés chez Fleurus pour les 6-9 ans et j’ai été conforté dans mon idée que pour amener les enfants à lire, il faut réunir des conditions bien précises.

Par exemple, les enfants aiment rire. C’est un naturel à alimenter. Si vous leur offrez une lecture drôle, ils y consacreront du temps. Les enfants aiment l’aventure, ils aiment qu’on les surprenne et ils ne dédaignent pas non plus à l’occasion un petit frisson. En général, les jeunes esprits aiment voyager…vagabonder. Si l’aventure est au rendez-vous, les enfants auront davantage d’intérêt et de temps à consacrer aux livres. À une époque où les gadgets électroniques, tablettes, consoles et bien sûr la télévision happent les enfants, créer un bon livre est un défi, plus grand encore le défi d’amener les enfants à aimer la lecture. Ajoutez à cela quelques éléments indispensables qui sont des *Plus-values* dans un livre pour enfants : Des illustrations et dessins qui illustrent le propos de façon pertinente et humoristique, et bien sûr des grosses lettres, de l’espace, de la ventilation…

J’ai lu avec un intérêt particulier 8 HISTOIRES DU FUTUR parce que les enfants sont confrontés avec de petites curiosités du futur et bien que les histoires comme telles sont légères et fantaisistes, elles introduisent tout doucement les enfants dans une avenue littéraire pour laquelle ils conserveront toujours un certain intérêt : La science-fiction. 8 HISTOIRES DU FUTUR réunit à mon avis toutes les qualités que les enfants recherchent dans un livre avec en plus la possibilité d’exploiter de nouveaux supports de lecture comme la liseuse électronique ou la tablette qui met particulièrement en valeur les dessins de nos illustrateurs et illustratrices grâce au rétroéclairage.

Je soulignerai en terminant la valeur pédagogique de ces histoires qui sont toutes porteuses de thématiques chères aux enfants comme l’amitié, la débrouillardise, la découverte. Par exemple, dans la première nouvelle du recueil, qui est ma préférée, Lili voyage dans une fusée faite de matériaux recyclables, doté d’un moteur biodégradable et qui vole à l’essence de feuilles de thé…premier jalon d’une conscience environnementale à laquelle la jeune génération va s’identifier de plus en plus.  J’ai été enchanté par cette nouvelle exploration de la littérature-jeunesse qui m’a fait découvrir les Éditions Fleurus. Ma quête se poursuit. J’y reviendrai, il n’y a rien de plus certain…

Ci-haut, Agnès Laroche, auteure jeunesse, écrivaine née à Paris en 1965. Son esprit fourmille de rêves et d’idées grâce auxquels elle invente des histoires pour les enfants, les adolescents ou leurs parents. Elle est l’auteure de nombreuses fictions diffusées à la radio et de romans pour la jeunesse. À gauche, Thierry Laval, illustrateur. Il s’occupe la plupart du temps à gribouiller. Il a suivi des études d’arts graphiques, il est maquettiste pour la presse et auteur-illustrateur. Il a notamment publié aux Éditions Thierry Magnier et Gallimard jeunesse. Il crée en 2007 la série « Cherche et Trouve » qui remporte un succès toujours grandissant.

 Aussi pour les 6-9 ans chez Fleurus :

       

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 14 novembre 2020

 

DRÔLE DE MORT

DRÔLE DE MORT
Enquêtes d’outre-tombe # 1

Commentaire sur le livre de
SOPHIE MOULAY

*Tôt ce matin, je suis mort. *
(Extrait : DRÔLE DE MORT,
Sophie Moulay, Les éditions du
38, 2018. Numérique et papier
235 pages.)

Je m’appelle Roger Fournier et je suis mort depuis soixante ans. Assassiné. Ne soyez pas désolé, j’ai eu le temps de m’y habituer. Les plus beaux moments de ma mort ? L’enquête menée par l’inspecteur Tovelle pour découvrir mon meurtrier. Inutile de vous préciser que j’étais aux premières loges ! J’ai découvert le véritable visage de mes proches et appris à mes dépens que toute vérité n’est pas bonne à entendre… Depuis, j’ai su rebondir et me construire une nouvelle vie dans la mort. Un jour, si nous avons le temps, je vous en parlerai davantage. Mais d’abord, laissez-moi vous raconter comment j’ai été assassiné.

ÇA RAPPELLE HERCULE…
*Seul dans la pénombre,
j’ai maintenant l’impression
d’être passé à coté de
moments importants. *
(Extrait)

Ce n’est pas un livre qui tranche par son originalité mais je l’ai trouvé drôle et franchement bien écrit. D’abord, voyons voir la trame : un homme, Roger Fournier, meurt assassiné. À sa mort, il se désincarne bien sûr mais son esprit, ou son fantôme si vous voulez reste sur place. Roger ne comprend pas trop pourquoi mais il décide d’en profiter pour comprendre les causes de sa mort et de suivre l’enquête qui déterminera qui l’a tué : *La sonnette de la porte d’entrée retentit. Je me précipite dans le hall afin d’être le premier à voir les fameux policiers qui vont enquêter sur ma mort. Je ne vais pas les lâcher d’une semelle, pas question que je rate quelque chose d’important, de capital.  * (Extrait) Fournier découvre des choses intéressantes mais il déchante car ce qui saute surtout à ses yeux de spectre est l’hypocrisie de sa famille. Fallait-il se surprendre? Surtout si on tient compte que Fournier laissait à sa mort une fortune considérable.

En plus de l’écriture qui est soignée, je note plusieurs forces dans ce livre. D’abord, malgré le contenu dramatique du récit, l’humour est omniprésent sans connotations noires ou disgracieuses : *Ma mère est morte la première, étouffée par un os de poulet. Ma tante l’a suivie dans la tombe un an plus tard. Un accident de voiture. Elle a voulu éviter une dinde égarée. Depuis, je fuis toute volaille. * (Extrait) Autre force intéressante, la psychologie développée des personnages. Comme ce récit est un huis-clos familial et que chaque personnage est suspect, l’auteure a travaillé et bien campé chaque acteur afin que le lecteur puisse comprendre la démarche des policiers et participer à l’enquête. À ce niveau, je signale deux éléments intéressants : l’auteure met en perspective la solitude des membres de la famille qui n’ont jamais appris à se connaître et deuxièmement, j’ai beaucoup apprécié le personnage de l’inspecteur Tovelle : secret, théâtral et remarquablement intuitif. Je m’y suis attaché rapidement.

Enfin, le livre pose une question intéressante. Je me suis senti un peu interpellé : Est-ce qu’à ma mort, je serais intéressé en tant qu’esprit, à rester sur place pour connaître avec exactitude les vrais sentiments de mon entourage à mon égard. Il y a forcément des petites vérités qui n’ont jamais éclaté, des émotions, des penchants ou des dispositions enfouies. Alors ? Je reste ou je me dis que tout ça est derrière moi et qu’il est temps de passer à autre chose ? J’ai encore un peu de temps j’espère pour y réfléchir.

C’est un très bon livre qui amène ses lecteurs à analyser chaque personnage suspect car dans cette histoire, tout le monde a quelque chose à cacher. L’enquête est riche en rebondissements et j’ai particulièrement aimé suivre Roger Fournier dans son introspection en tant que spectre, curieux, intéressé mais frustré de ne pouvoir dire son mot ou remettre certaines personnes à leur place. En fait sa démarche est une forme d’examen de conscience toute en douceur, sans jugement. Il y a dans le récit, de beaux moments d’émotion et je le dis encore, il m’a arraché de nombreux sourires. J’ai trouvé aussi la finale particulièrement bien imaginée. Qui peut savoir ce que ressent un être exceptionnellement intuitif comme l’inspecteur Tovelle ? De la médiumnité peut-être? Il me rappelle un peu Hercule Poirot celui-là. Légendaire limier créé par Agatha Christie.

Reste à savoir maintenant ce qui se passe avec Roger Fournier une fois faite la conclusion de l’enquête :  *Le reste de la journée s’écoule lentement. Très lentement. Ce que la mort peut être ennuyeuse ! L’éternité risque d’être très longue. *  Un autre très beau moment de lecture pour moi. Je vous recommande DRÔLE DE MORT, le septième roman de Sophie Moulay.

Sophie Moulay a découvert les livres de la Bibliothèque verte au milieu des années 80. À ce moment-là, il était trop tard pour espérer la guérir du virus de la lecture ; elle s’y est donc adonnée avec bonheur. Plus tard, elle découvre les équations et les racines carrées et va même jusqu’à les enseigner au collège.
Elle a commencé à écrire en 2007, mais c’est en 2009 qu’elle imagine le personnage d’Almus, en s’appuyant sur l’expérience acquise au contact des adolescents. Elle développe alors la série « L’Élu de Milnor ». Depuis, elle a commis quelques meurtres dans ses « Enquêtes d’outre-tombe » ; « Drôle de mort » en constitue le premier volet.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 8 novembre 2020