LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE

LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE

Commentaire sur le livre de
ADRIAN J WALKER

*Nous avions été réveillés en sursaut quatre semaines
auparavant, par un vacarme assourdissant et avions
passé tout notre temps, depuis, sous la terre. Pas de
télévision, pas de radio, pas d’internet, pas de
journaux. Nous n’avions pas la moindre idée de ce
qui était arrivé au monde.
(Extrait : LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE, Adrian J Walker,
T.F. : Hugo et compagnie, 2016, collection Hugo thriller, édition
de papier, 560 pages)

À 35 ans, Edgar Hill est un père et un mari absent. C’est un homme éteint. Une chaîne d’évènements va changer sa vie. Séparé de sa femme et de ses enfants par plus de 800 kilomètres. Edgar n’a qu’une option pour les rejoindre : courir. Courir jusqu’à l’épuisement, dépasser ses limites…se battre contre lui-même et pas seulement…de graves dangers le guettent tout au long de sa traversée d’un Royaume-Uni dévasté par une catastrophe. Ce qu’il sait dans l’immédiat, c’est que s’il n’arrive pas à temps, il perdra sa famille. Sa décision est prise. Edgar va courir… courir dans un paysage de fin du monde, à travers les vestiges calcinés de son pays détruit par une frappe foudroyante et la folie qui s’ensuit… courir dans un paysage de désolation et de mort… courir pour ne pas mourir lui-même… courir après une lumière : retrouver sa femme et ses enfants… courir aussi vite qu’il le peut. Est-ce que ça suffira ?

SURVIVRE=COURIR
*«Deux balles, deux têtes, a repris Bryce, fixant le viseur
de son fusil. Bam. Bam. Bonne nuit… -super idée, ai-je
répondu. Tues-en deux, comme ça les autres sauront
où on est. Vas-y , on verra jusqu’où on pourra aller
avant qu’ils nous rattrapent.>
(Extrait : LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE)

L’histoire commence par la catastrophe que, semble-t-il, personne n’attendait : une pluie de météorites gigantesques détruit une partie du monde. L’histoire se concentre sur le Royaume-Uni devenu une icône du chaos et d’une dévastation inimaginable : *Vous ne savez sans doute pas ce que c’est de voir que tout ce qui faisait partie de votre monde s’est soudain arrêté, est mort ou a disparu* (Extrait) L’histoire est celle d’Edgar Hill. Ed, comme on l’appelle est porté volontaire pour trouver de la nourriture dans les villes et les villages des environs. Pendant une de ses missions, donc à son insu, un hélicoptère prend à son bord sa femme et ses enfants pour les évacuer dans un endroit apparemment épargné par les pierres.

Outré autant que découragé, Ed apprend qu’une évacuation est organisée vers la Cornouailles d’où doivent partir des bateaux, sachant que sa famille montera à bord d’un de ces bateaux, il a 30 jours pour rejoindre le port. Ed est à 800 kilomètres de sa famille. Pour la rejoindre, il devra traverser toute l’Angleterre…en courant. Quelques autres personnes se joignent à lui. Ce n’est pas à proprement parler un livre qui pousse à la réflexion sur la condition humaine mais il en dit long sur la capacité d’un être humain de déployer force, énergie et volonté au nom de l’amour. Jusque-là, il n’y a rien de nouveau. Mais qu’un homme puisse courir 800 kilomètres en 30 jours pour rejoindre sa famille, ça, c’est original. Plus, c’est une trouvaille. Comme il n’y a plus de lois, Ed et ses amis doivent affronter des ennemis qui ont pris sur eux de marquer leur territoire et de tuer au nom de la loi du plus fort. Cet aspect de l’histoire transforme le livre en un redoutable thriller.

J’ai beaucoup aimé ce livre malgré ses longueurs. Le livre a 560 pages et à certains moments, l’auteur s’étend longtemps, mais le fil conducteur de l’histoire étant fort et stable, on oublie vite cette petite faiblesse. En fait, le lecteur est happé dès le début. Walker décrit la catastrophe avec une surprenante habileté descriptive et va plus loin, il prend le temps de décrire la façon dont les personnages reprennent leurs esprits et réalisent ce qu’il leur arrive. Un tel souci du détail rend le rythme lent par moment et dans les circonstances ce n’était pas pour me déplaire. Stephen King m’a habitué à ce style, incluant la psychologie des personnages, très bien élaborée dans le livre de Walker qui jongle habilement avec les sentiments induits par la catastrophe : découragement, espoir, amitié, entraide, empathie. J’ai trouvé l’écriture belle et le développement soigné.

Ce roman me rappelle un peu *2010*, la suite de ODYSSÉE DE L’ESPACE 2001, livre adapté à l’écran en 1984 par Peter Hyams. Le message de la fin du film nous rappelle que nous ne sommes que les locataires de notre planète. Dans le livre de Walker, nous dirons que le loyer s’est fait sérieusement brassé. Vu sous cet angle, le livre véhicule une certaine conscience environnementale : *Comment aurions-nous pu prendre soin de notre planète, alors que nous n’étions déjà pas capables de prendre soin de nos pays, de nos villes, de nos propres communautés ? De nos propres familles. De nous-mêmes, De nos propres corps. De nos propres esprits ?* (Extrait) Ce roman, dans l’ensemble de son développement vient nous rappeler à quel point la surexploitation de notre planète rend l’équilibre de l’humanité fragile.

C’est un livre qui se lit bien mais pas trop vite car la psychologie des personnages est fortement étayée, je le rappelle. Il faut être patient par moment. Certaines longueurs sont de nature descriptive. Tout le long du périple d’Ed, l’auteur décrit avec force détails un décor de malheur, de désolation, de chaos et de destruction. Rien de trop désagréable. Ça se lit bien. La finale m’a laissé un peu sur ma faim. Elle pourrait aussi se prêter à une suite. Bref, une lecture que je recommande : LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE d’Adrian J Walker.

Adrian J Walker est un écrivain australien né dans le bush autour de Sydney. Il a grandi en Angleterre où il vit toujours. Il se passionne pour l’écriture, la musique et la technologie. Sur le plan littéraire, il s’est spécialisé dans la fiction dystopique et spéculative. LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE est son tout premier roman en français. Ce roman a une particularité : il commence par la fin. Autres romans prometteurs : FROM THE STORM ET COLORS, première partie de sa trilogie de science-fiction EARTH INCORPORATED. Pour en savoir plus, visitez son site officiel :
livres et blog.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 20 juin 2020

Les protecteurs

LES PROTECTEURS

Commentaire sur le livre de
MARIO FECTEAU

*La liste des mondes en attente d’un premier
contact apparut. Elle était assez courte
comme toujours. Mais l’un deux était signalé
par un code d’intervention prioritaire…*
(Extrait : LES PROTECTEURS, des nouvelles de
l’univers, tome 1, Mario Fecteau, Éditions AdA,
2014. Édition de papier, 300 pages.)

Les habitants de la planète Bolmia sillonnent l’espace à la recherche d’autres civilisations, qu’ils souhaitent protéger de l’holocauste nucléaire. Des siècles plus tôt, ils ont échappé à la destruction, étape qu’aucune autre espèce n’a jamais réussi à franchir. Le protecteur okBoKirzilmo a développé un sentiment spécial pour une planète particulière, sur laquelle vit une espèce particulièrement agressive mais extrêmement prometteuse. C’est en travaillant à sauver cette civilisation que Kirzi vivra les moments forts d’une brillante carrière, à surveiller la progression d’une espèce dont les capacités hors du commun éveillent son affection. Une espèce appelée « homme » …

AVANT-PROPOS :
En 1938, l’adaptation radiophonique par Orson Welles de La Guerre des mondes de H.G. Wells sur la radio américaine (CBS) fit croire à un grand nombre d’auditeurs qu’une véritable invasion martienne avait lieu.

La pièce était constituée d’une succession de flashs d’information, interviews, et reportages en direct. Orson Welles avait poussé au plus loin le réalisme de la mise en scène : bien qu’étant annoncé au début de la diffusion comme l’adaptation d’un livre, le programme débute par un bulletin météo, puis une séquence musicale brutalement interrompue par des brèves relatant d’étranges explosions sur Mars. En écoutant l’enregistrement de cette pièce, on comprend aisément que des auditeurs arrivant en cours de programme aient pu paniquer et croire à une véritable invasion extra-terrestre : des personnes appelèrent la police, persuadées d’avoir vu des Martiens ! Le lendemain et durant plusieurs jours, les journaux firent écho de scènes de panique, même s’il est en réalité difficile d’étudier réellement leur ampleur1. On peut écouter l’enregistrement de l’émission sur anecdote-du-jour.com Je vous invite également à lire mon commentaire sur le livre de H.G. Wells. Cliquez ici.

1938 : Orson Wells pendant la transmission radiophonique de LA GUERRE DES MONDES. Son audace et la justesse du ton était telle que des dizaines de milliers d’auditeurs ne faisaient plus la différence entre fiction et réalité. C’est dans ce contexte que l’auteur Mario Fecteau fait atterrir ses protecteurs pour un premier contact sur la terre. Ça promet…

L’ACADÉMIE DES EXTRA-TERRESTRES
*Il avait ensuite trouvé la longueur d’onde
Qu’écoutaient les scientifiques de la
terre et Relda avait lancé un message.
«« BONJOUR À VOUS, GENS DE LA TERRE »»
(Extrait : LES PROTECTEURS, des nouvelles de l’univers,
tome 1)

L’humanité avait à présent la réponse
à l’une des plus vieilles questions, depuis
que les premiers hominidés avaient levé
les yeux vers le ciel.
IL EXISTAIT D’AUTRES ESPÈCES
INTELLIGENTES DANS L’UNIVERS.
(extrait)

Dès le départ, je vous dirai que j’ai trouvé le livre de Mario Fecteau LES PROTECTEURS, des Nouvelles de l’Univers passionnant et tout à fait original. Il s’agit de littérature pour jeunes adultes mais ça peut intéresser tout le monde car dans son développement, le récit rejoint chacun de nous et pose des questions intéressantes. Jusqu’à ce que Steven Spielberg décide d’aller à contre-courant avec RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE en 1977, le cinéma et la littérature nous avaient habitué à des extra-terrestres laids et méchants dont le seul but était de tuer et détruire. Dans le livre de Mario Fecteau, c’est tout le contraire : des extra-terrestres parcourent l’Univers pour sauver des mondes de la destruction nucléaire et s’intéressent en particulier à la terre, un monde de contrastes pas nécessairement prévisible.

Est-ce que l’auteur est tombé dans la facilité en faisant atterrir le vaisseau Bolmien en 1938, aux États-Unis pendant la diffusion de LA GUERRE DES MONDES sur les ondes radiophoniques de CBS? Beaucoup le croit, c’est très possible en fait. Moi je crois simplement que l’auteur a voulu nous démontrer comment la peur et l’ignorance peuvent conduire à l’anarchie et à la bêtise. C’est là que le récit nous pose une question intéressante à débattre : comment je réagirais si je me trouvais subitement devant deux extra-terrestres semblant désarmés et qui ont une apparence très différente de la mienne? Je chercherais une arme pour les tuer? Je tenterais de communiquer?

Pour être plus précis, LES PROTECTEURS 1-Des nouvelles de l’Univers est le long récit du Protecteur Bolmien okBoKirzilmo appelé Kirzi à la spationaute et biologiste britannique de 34 ans Clara Jenner, déléguée par les nations Unies pour établir en bonne et due forme le premier contact avec un extra-terrestre. Il lui explique le but de sa mission et répond à toutes ces questions. Il est évident que Kirzi a plus qu’un préjugé favorable pour la terre, il l’a prise en affection. Il faut voir pourquoi en lisant ce livre qui envoie un vibrant message d’espoir à l’humanité : *Kirzi…remonta le temps, jusqu’au premier contact avorté. Tous les moments forts de sa carrière étaient reliés à cette planète d’apparence banale, mais aux habitants tellement hors du commun.*(Extrait : LES PROTECTEURS 1)

L’intrigue est principalement basée sur les énormes obstacles que doivent rencontrer les protecteurs avant d’établir un premier contact officiel avec les humains. Malheureusement, l’auteur a choisi de commencer par la fin. Dans ce cas, l’intrigue est quelque peu diluée. C’est la principale faiblesse du livre. Le récit comme tel manque un peu de profondeur et malgré les beaux efforts de vulgarisation, l’aspect technique est parfois difficile à suivre. À cet effet, il serait intéressant de faire une petite recherche sur la théorie de la relativité d’Einstein. Pour aider un peu à la compréhension de la relativité.

Les principales forces : l’écriture est puissante et donne envie de tourner les pages. La psychologie des personnages n’est pas très approfondie mais ils sont terriblement attachants et drôles à la limite, Kirzi en particulier qui pousse le lecteur à partager ses convictions. On connait la fin dès le départ. Je n’ai jamais été friand de cette formule. Il reste à nous rabattre sur le *pourquoi* et surtout le *comment*. À ce niveau, l’écriture est limpide surtout si on ne s’arrête pas trop aux aspects scientifiques parfois pesants. Bref, ce livre est un très bon divertissement, se lit vite et bien.

Mario Fecteau est un écrivain québécois né en 1962. Après avoir vu le film LA GUERRE DES ÉTOILES à la fin des années 70, il a fait le vœu de devenir écrivain. Il était passionné par la science-fiction. Il a par la suite publié son premier roman, LES PIRATES DE L’ESPACE. Soucieux de se perfectionner, Fecteau est allé plus loin. Sous l’impulsion de l’auteur Bertrand Bergeron et de l’éditeur Gaylor, il a écrit d’autres romans en ajoutant une touche de fantasy. Je pense à l’envol du dragon. Par la suite, après une petite période d’introspection et fasciné par la trilogie cinématographique LE SEIGNEUR DES ANNEAUX, il adopte le genre fantasy en créant la série LES MAÎTRES DU PENTACLE. Les livres LES PROTECTEURS,  tome 1 : DES NOUVELLES DE L’UNIVERS et tome 2 LA PLANÈTE DE LA DISCORDE semblent pour le moment faire bande à part dans l’œuvre de Mario Fecteau.

À LIRE AUSSI

BONNE LECTURE

le samedi  mai 2020

Claude Lambert