11 SERPENTS

11 SERPENTS

Commentaire sur le livre de
PHILIPPE SAIMBERT

*Les yeux grands ouverts, la bouche
en cul de poule, la médium des
familles fixait un point devant elle.
Nul doute, une âme se tenait là et
avait accepté de lui causer.*
(Extrait : 11 SERPENTS, Philippe Saimbert,
Éditeur : Philippe Salamagnou, 2016, numérique
et papier, 255 pages numériques)

La terrible cousine Abeline, aussi riche qu’originale, convie amis et famille dans son domaine pour leur faire une étrange proposition. Elle leur propose un jeu où les participants devront se montrer drôles et machiavéliques.

Elle cédera la moitié de sa fortune à celui ou celle qui remportera le défi. 11 invités. 11 serpents. Le gagnant sera celui qui mordra le plus fort.

 

 

POUR LE PLAISIR DE TOMBER BAS
*Désolé mais dans la vie, celui qui ne rend pas
les coups est destiné à en recevoir de nouveaux…
Mais je vais te dire une chose. Que tu ne devras
jamais oublier. Et qui te servira plus tard. Celui
qui gagne, c’est celui qui baise en dernier !
(Extrait : 11 SERPENTS)

Voyons d’abord le contenu : Abeline est une femme très riche et elle est aussi excentrique que riche*…Cette sacrée bonne femme aurait pu être adorable…mais…elle ne pouvait s’empêcher de se moquer de son entourage, voire de le provoquer. Une maîtresse de la répartie qui tue et de la parole assassine. * (Extrait) Elle convie amis et famille à un jeu particulier. Pendant 8 jours, les convives devront être drôles, machiavélique…*Un jeu d’échec où tous les stratagèmes seront permis pour porter un coup fatal à l’adversaire. Tous sauf un…la violence. Qui sera éliminatoire*(Extrait) …et s’éliminer les uns les autres. L’enjeu : la moitié de la fortune d’Abeline, payable immédiatement à la fin du jeu.

Ce genre de course à l’héritage est loin d’être nouveau en littérature même Saimbert a déjà développé ce thème dans L’HÉRITAGE DE TATA LUCIE. Sujet réchauffé c’est vrai. Je vous assure toutefois que le livre a de quoi brassé le lecteur. Vous excuserez mon français direct mais dans cette réunion d’héritiers potentiels chez Abeline, vous avez le plus beau ramassis de salauds, de Bitchs, de perfides, de manipulateurs, d’hypocrites et de petits Machiavels en puissance…onze personnages odieux…onze serpents. ONZE SERPENTS est le récit de Philippe Depondick, cousin d’Abeline, romancier raté et sympathique, un superbe molasson…*Parce qu’un homme ça aime collectionner les conneries. Et moi, je suis un vrai mec. * (Extrait) Philippe participe au jeu mais est considéré comme perdant d’avance et pour ce qui est de recevoir des coups bas, il ne l’aura pas facile…

Ce livre m’a fait vibrer et est venu me chercher rapidement. C’est une comédie aussi noire qu’amusante, une véritable collection de méchancetés issue d’une imagination pour le moins fébrile. J’ai été choqué par les bassesses des convives qui se tiraient cruellement dans les jambes pour ne pas dire dans le cœur et dans l’âme… J’ai été choqué mais j’ai ri et j’ai pris en pitié Philippe, cette loque avec son dos de canard qui donne toujours l’impression de ne pas avoir dit son dernier mot. Quand je lis un livre, je m’attends d’être atteint, réchauffé, brassé, choqué et je mets le reste dans ce que j’appelle couramment la gamme d’émotions. Mon mot d’ordre à l’auteur est SURPRENEZ-MOI. J’ai été surpris, c’est le moins que je puisse dire. Surpris par autant de méchanceté dont l’exécution s’élève presqu’au niveau de l’art, surpris par la finale superbement imaginée et qui confirme jusqu’où on peut tomber pour être riche. Surpris par la personne qui a gagné ce huis-clos barbare…la personne la moins probable et qui a su s’investir autant en finesse qu’en cruauté. Le livre m’a vraiment accaparé jusqu’à la fin.

Je passerai rapidement sur les irritants de ce livre, c’est-à-dire ses longueurs et ses nombreux développements qui sans être nécessairement longs créent des diversions inutiles et irritantes. Je note aussi cette manie agaçante de Saimbert de prévenir souvent le lecteur qu’il sera sidéré par la suite…un exemple…*Mais pour une fois, mon instinct ne me trompait pas. On n’allait pas être déçu* (Extrait) Ce genre d’insertion est fréquent dans le récit. Mais la plume fébrile de Saimbert nous ramène vite fait dans le fil conducteur. Ce livre est très bon divertissement mais il est acide. La cruauté qui est manifestée dans le récit peut mettre beaucoup de lecteurs mal à l’aise.

C’est un roman définitivement cynique mais il m’a fait rire. Je découvre qu’on peut être choqué en dissimulant une envie de rire. On ne peut pas lire une bombe pareille sans être mitigé. C’est bourré de machinations, d’astuces, de coups bas et l’humour et les répliques sont plutôt noirs. Disons que le temps que j’ai pris pour lire ce livre a passé très vite avec un minimum de pauses.

Philippe Saimbert est un auteur et scénariste français né à Pau en 1962. Il a aussi signé plusieurs albums de bande dessinée en empruntant diverses avenues littéraires telles que la science-fiction, le thriller, l’humour. Ses nombreux polars et sa série LES ÂMES D’HÉLIOS lui ont fait atteindre la notoriété. Je pense entre autres au livre qu’il a écrit en collaboration avec Isabelle Muzart et dont j’ai déjà parlé sur ce site, LE WAGON qui nous plonge dans une atmosphère très particulière qui n’est pas sans rappeler Agatha Christie. Pour lire mon commentaire sur LE WAGON, cliquez ici. Une adaptation au cinéma serait une véritable consécration pour Philippe Saimbert.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 12 décembre 2020

DRÔLE DE MORT

DRÔLE DE MORT
Enquêtes d’outre-tombe # 1

Commentaire sur le livre de
SOPHIE MOULAY

*Tôt ce matin, je suis mort. *
(Extrait : DRÔLE DE MORT,
Sophie Moulay, Les éditions du
38, 2018. Numérique et papier
235 pages.)

Je m’appelle Roger Fournier et je suis mort depuis soixante ans. Assassiné. Ne soyez pas désolé, j’ai eu le temps de m’y habituer. Les plus beaux moments de ma mort ? L’enquête menée par l’inspecteur Tovelle pour découvrir mon meurtrier. Inutile de vous préciser que j’étais aux premières loges ! J’ai découvert le véritable visage de mes proches et appris à mes dépens que toute vérité n’est pas bonne à entendre… Depuis, j’ai su rebondir et me construire une nouvelle vie dans la mort. Un jour, si nous avons le temps, je vous en parlerai davantage. Mais d’abord, laissez-moi vous raconter comment j’ai été assassiné.

ÇA RAPPELLE HERCULE…
*Seul dans la pénombre,
j’ai maintenant l’impression
d’être passé à coté de
moments importants. *
(Extrait)

Ce n’est pas un livre qui tranche par son originalité mais je l’ai trouvé drôle et franchement bien écrit. D’abord, voyons voir la trame : un homme, Roger Fournier, meurt assassiné. À sa mort, il se désincarne bien sûr mais son esprit, ou son fantôme si vous voulez reste sur place. Roger ne comprend pas trop pourquoi mais il décide d’en profiter pour comprendre les causes de sa mort et de suivre l’enquête qui déterminera qui l’a tué : *La sonnette de la porte d’entrée retentit. Je me précipite dans le hall afin d’être le premier à voir les fameux policiers qui vont enquêter sur ma mort. Je ne vais pas les lâcher d’une semelle, pas question que je rate quelque chose d’important, de capital.  * (Extrait) Fournier découvre des choses intéressantes mais il déchante car ce qui saute surtout à ses yeux de spectre est l’hypocrisie de sa famille. Fallait-il se surprendre? Surtout si on tient compte que Fournier laissait à sa mort une fortune considérable.

En plus de l’écriture qui est soignée, je note plusieurs forces dans ce livre. D’abord, malgré le contenu dramatique du récit, l’humour est omniprésent sans connotations noires ou disgracieuses : *Ma mère est morte la première, étouffée par un os de poulet. Ma tante l’a suivie dans la tombe un an plus tard. Un accident de voiture. Elle a voulu éviter une dinde égarée. Depuis, je fuis toute volaille. * (Extrait) Autre force intéressante, la psychologie développée des personnages. Comme ce récit est un huis-clos familial et que chaque personnage est suspect, l’auteure a travaillé et bien campé chaque acteur afin que le lecteur puisse comprendre la démarche des policiers et participer à l’enquête. À ce niveau, je signale deux éléments intéressants : l’auteure met en perspective la solitude des membres de la famille qui n’ont jamais appris à se connaître et deuxièmement, j’ai beaucoup apprécié le personnage de l’inspecteur Tovelle : secret, théâtral et remarquablement intuitif. Je m’y suis attaché rapidement.

Enfin, le livre pose une question intéressante. Je me suis senti un peu interpellé : Est-ce qu’à ma mort, je serais intéressé en tant qu’esprit, à rester sur place pour connaître avec exactitude les vrais sentiments de mon entourage à mon égard. Il y a forcément des petites vérités qui n’ont jamais éclaté, des émotions, des penchants ou des dispositions enfouies. Alors ? Je reste ou je me dis que tout ça est derrière moi et qu’il est temps de passer à autre chose ? J’ai encore un peu de temps j’espère pour y réfléchir.

C’est un très bon livre qui amène ses lecteurs à analyser chaque personnage suspect car dans cette histoire, tout le monde a quelque chose à cacher. L’enquête est riche en rebondissements et j’ai particulièrement aimé suivre Roger Fournier dans son introspection en tant que spectre, curieux, intéressé mais frustré de ne pouvoir dire son mot ou remettre certaines personnes à leur place. En fait sa démarche est une forme d’examen de conscience toute en douceur, sans jugement. Il y a dans le récit, de beaux moments d’émotion et je le dis encore, il m’a arraché de nombreux sourires. J’ai trouvé aussi la finale particulièrement bien imaginée. Qui peut savoir ce que ressent un être exceptionnellement intuitif comme l’inspecteur Tovelle ? De la médiumnité peut-être? Il me rappelle un peu Hercule Poirot celui-là. Légendaire limier créé par Agatha Christie.

Reste à savoir maintenant ce qui se passe avec Roger Fournier une fois faite la conclusion de l’enquête :  *Le reste de la journée s’écoule lentement. Très lentement. Ce que la mort peut être ennuyeuse ! L’éternité risque d’être très longue. *  Un autre très beau moment de lecture pour moi. Je vous recommande DRÔLE DE MORT, le septième roman de Sophie Moulay.

Sophie Moulay a découvert les livres de la Bibliothèque verte au milieu des années 80. À ce moment-là, il était trop tard pour espérer la guérir du virus de la lecture ; elle s’y est donc adonnée avec bonheur. Plus tard, elle découvre les équations et les racines carrées et va même jusqu’à les enseigner au collège.
Elle a commencé à écrire en 2007, mais c’est en 2009 qu’elle imagine le personnage d’Almus, en s’appuyant sur l’expérience acquise au contact des adolescents. Elle développe alors la série « L’Élu de Milnor ». Depuis, elle a commis quelques meurtres dans ses « Enquêtes d’outre-tombe » ; « Drôle de mort » en constitue le premier volet.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 8 novembre 2020

Le mystère de la chambre jaune

LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNE

Commentaire sur le livre de
GASTON LEROUX

*…il n’y a pas de cheminée dans la chambre <jaune>.
Il ne pouvait s’être échappé par la porte… Par la
fenêtre restée fermée avec ses volets clos et ses
barreaux auxquels on n’avait pas touché, aucune
fuite n’avait été possible. Alors? Alors…je
commençais à croire au diable…*
(Extrait : LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNE, Gaston
Leroux, édition originale : Pierre Lafitte, 1907, 236 pages.
Pour la présente, extrait de 50 CHEFS D’ŒUVRE QUE VOUS
DEVEZ LIRE AVANT DE MOURIR, vol. 1, livre-collection
numérique)

 Un soir, malgré la porte de la chambre fermée à clef « de l’intérieur », les volets de l’unique fenêtre solidement fermés eux aussi « de l’intérieur », et en l’absence de toute cheminée ou passage secret, Mlle Stangerson est agressée dans la chambre jaune. Une trace ensanglantée de la main du coupable est retrouvée sur le mur. Qui a tenté de tuer Mlle Stangerson ? Et surtout, par où l’assassin a-t-il pu fuir de la chambre jaune ? Le jeune reporter Rouletabille, limier surdoué d’à peine 18 ans qui raisonne par « le bon bout de la raison », entreprend de trouver la solution de cet affolant problème.

       

ROULETABILLE <au bout de la raison>
*<À l’assassin ! À l’assassin ! Au secours ! > Aussitôt

des coups de revolver retentirent et il y eut un
grand bruit de tables, de meubles renversés, jetés
par terre, comme au cours d’une lutte et encore
la voix de mademoiselle qui criait <À l’assassin !
… Papa ! Papa !>*

Avec LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNE, Gaston Leroux introduit dans la littérature policière un personnage qui va se démarquer : Joseph Joséphin, un jeune reporter d’à peine 18 ans qui travaille au journal L’Époque. Petite taille, le visage rouge comme une tomate, le visage rond comme une boule de quilles d’où le surnom qui va lui rester : ROULETABILLE, deux bosses sur le front : *Mais qui donc pourrait encore se vanter d’avoir la cervelle de Rouletabille ? Les bosses originales et inharmoniques de son front, je ne les ai jamais rencontrées sur un autre front…* (extrait) Il est d’une intelligence remarquable et possède un extraordinaire talent de détective. Son raisonnement est affûté et part du principe qu’on doit affronter une énigme en utilisant le bon bout de la raison. Il me fait penser un peu au célèbre personnage de Hergé, Tintin qui est jeune aussi, reporter et doué pour résoudre les énigmes les plus complexes. Sauf que Tintin ne fume pas la pipe et est infiniment moins prétentieux : *Tu as trop lu Conan Doyle mon vieux ! … Sherlock Holmes te fera faire des bêtises de raisonnement plus énormes que celles qu’on lit dans les livres…* (Extrait) Je trouve le jeune héros imbu de lui-même. Je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher à Rouletabille mais je dois admettre qu’il est surdoué et même génial.

Ça prend Rouletabille pour résoudre le mystère de la chambre jaune. En effet, on tente d’assassiner une jeune scientifique, mademoiselle Stangerson dans sa chambre. Mais on ne comprend pas comment l’assassin a pu quitter la chambre jaune après son forfait. La porte de la chambre et la fenêtre étant verrouillées de l’intérieur. Pas de cheminée. Le mystère est total. Il fera d’ailleurs époque en littérature introduisant d’une certaine façon le problème du *local clos*. Toute l’enquête, le roman autrement dit devient une manifestation allant crescendo d’instinct, de réflexion, d’inférence, de déductions, de raisonnement et de raison. Le sujet, original, m’a gardé en haleine jusqu’à la finale où le coupable identifié était pour moi le plus improbable. L’ensemble est extrêmement imaginatif et il y a un petit quelque chose de surréaliste dans le déroulement de l’enquête. Je l’ai ressenti dès le début alors que le drame éclate dans la chambre jaune. J’avais pensé à quelque chose de surnaturel mais le triomphe de la raison s’est dévoilé très graduellement, brillamment…écriture efficace, teintée d’action et de rebondissements jusqu’au revirement final.

C’est un bon livre. Son style est un peu vieillot mais la publication remonte quand même au début du 20e siècle. Toutefois le sujet qu’il développe et sa complexité en ont fait un classique. L’intrigue s’étire et parfois, les raisonnements ne finissent pas de finir et ça donne des passages indigestes et lourds comme par exemple, les passages où Rouletabille explique sa conception du *bon bout de la raison*. Le héros comme tel n’a pratiquement aucun magnétisme et ses manifestations d’intelligence sont souvent teintées d’orgueil. Je ne l’ai trouvé ni sympathique ni attachant. Mais le récit demeure solide et l’intrigue, très singulière. LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNE demeure un des huis-clos les plus extraordinaires de la littérature policière.

Je laisse le mot de la fin à Joseph Joséphin dit Rouletabille qui s’exprime sur le mystère de la chambre jaune : *-En vérité ! En vérité ! Acquiesça Rouletabille, qui s’épongeait toujours le front, semblant suer moins de son récent effort corporel que de l’agitation de ses pensées. En vérité ! C’est un très grand et très beau et très curieux mystère ! *(Extrait)

LA CHAMBRE JAUNE AU CINÉMA

LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNE a été adapté cinq fois au cinéma : 1913 (muet), 1919, 1930, 1949 et 2003. On en a fait aussi un téléfilm en 1965, un feuilleton radiophonique en 1983. Je signale aussi plusieurs adaptations en bandes dessinées. Ma version cinématographique préférée est celle réalisée en 1949 par Henri Aisner avec Serge Reggiani dans le rôle de Joseph Rouletabille.

   

Serge Reggiani incarne Joseph Rouletabille dans LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNE adapté au cinéma du livre de Gaston Leroux en 1949

Auteur français natif de Paris, Gaston Leroux (1868-1927) poursuit des études de droit puis devient avocat en 1890. Grand aventurier, il n’est pas comblé par ce métier et se tourne plutôt vers le journalisme. Il travaille pour l’Echo de Paris dès 1892 puis accomplit des missions de grand reportage dans le monde entier pour de nombreux journaux. Il publie ses premiers feuilletons au Matin dès 1894 mais rencontre véritablement le succès avec son personnage de Rouletabille. Cet ingénieux reporter gagne le coeur des français dans LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNEle Fantôme de l’opéra et bien d’autres encore. S’en suit alors la série des Chéri-Bibi, à partir de 1913, qui remporte le même succès.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 23 août 2020

LES NAUFRAGÉS DE LA SALLE D’ATTENTE, de TOM NOTI

«Debout les morts, il va falloir nous supporter
encore un moment ! Pas moyen de sortir de ce
cimetière ! Si vous avez de quoi bouffer glissez-
le sous la porte ! Mais pas de viande humaine
s’il-vous-plaît, je suis végétarien !»
*
(Extrait : LES NAUFRAGÉS DE LA SALLE D’ATTENTE,
Tom Noti, Paul&Mike éditions, 2016, édition num.)

François, Hervé, Gabriela. Ils sont trois dans la salle d’attente d’un psychologue grenoblois. Trois personnes qui ne se connaissent pas. Bloqués par une porte électrique en panne, ils attendent… Dehors un terrible accident de tramway a plongé le quartier dans l’obscurité. Aucun d’entre eux ne sait quand cela prendra fin, tandis qu’un invité-surprise joue avec leurs nerfs. Peu à peu, les prisonniers de la salle d’attente vont commencer à interagir entre eux et puis ils auront tout le temps pour une sérieuse introspection, prenant conscience de leur vie et de leur environnement. L’attente, l’angoisse, révèlent de douloureux passés, courbant même la trajectoire de ces existences toutes tracées.

DE LA PSY SANS PSY
*Ça fera 80 euros pour la consultation, madame.
Elle m’a touché à nouveau le bras. -C’est moins
cher que ça une consultation de psychologue !
-Mais je ne suis pas psychologue madame. Je suis
acteur, c’est pour ça que je suis affreusement cher !
Un intermittent du cerveau ! On a ri tous les deux…*
(Extrait : LES NAUFRAGÉS DE LA SALLE D’ATTENTE)

 Voici un récit pas mal original qui représente un défi pour l’auteur et pour le lecteur car il s’agit d’un huis-clos avec seulement trois personnages auxquels l’auteur donne la parole à tour de rôle. On peut qualifier l’histoire de drame psychologique. Le défi du lecteur, tel fut le mien, est de se mettre à la place d’un des personnages pour comprendre cette espèce de chimie qui se développe dans la petite salle d’attente. Voyons d’abord la scène, elle se déroule dans la salle d’attente du psychologue Vignier.

On y découvre François, qui vient discuter de sa fille avec le psy, Gabriela qui vient seulement pour prendre rendez-vous et enfin, Hervé, un comédien venu passer une audition à l’étage du dessus et qui s’est retrouvé chez le psy à la recherche des toilettes. Soudain, juste en face du cabinet, un spectaculaire accident fait chuter un pylône électrique. Panne totale. Nos trois personnages sont bloqués dans la salle d’attente par une porte électrique. Aussi, il semble qu’un mystérieux personnage est enfermé dans le bureau du psy…bruit de verre cassé…mystère.

Revenons maintenant au défi du lecteur ou de la lectrice. Vous voilà isolé avec deux autres personnes. Des points communs ? Trois personnes ordinaires, sans histoires…on peut supposer que dans un trio ou un petit groupe, il y a toujours une personne qui a envie de parler et souvent les autres suivent. Sujets banals d’abord : la météo, qu’est-ce qu’il fait le psy, la longueur du temps et soudain, la conversation s’enrichit de petites révélations, de confidences, des propos parfois très personnels qui poussent à l’introspection.

Le lecteur sentira l’atmosphère s’intensifier graduellement et assistera à de petites explosions du caractère de chacun. Les carapaces cèdent et dévoilent trois personnalités plus fragiles qu’elles en avaient l’air. Les échanges deviennent plus intimistes et forcément, les masques tombent. Même des petits sentiments se développent. L’auteur a eu, je crois, le génie d’y aller au rythme de la nature humaine sans artifice et sa principale force est d’être allé au bout. Alors ami lecteur, amie lectrice, êtes-vous toujours dans le coup ?

Ce que j’ai particulièrement aimé dans cette histoire c’est que l’auteur ne la limite pas à la salle où sont bloqués François, Gabriela et Hervé. Ça va au-delà…bien après l’ouverture de la fameuse porte électrique. Mais là, il faut être attentif car les personnages se multiplient et les interactions deviennent plus complexes et puis il y a des sauts dans le temps. Mais en quelques heures, des personnages qui ne se connaissaient ni d’Adam ni d’Ève apprennent à se connaître.

La plume de Noti est d’une remarquable subtilité…<Maintenant, on en était là. Devoir se quitter pour ne plus se revoir. Je ne pouvais pas me sentir liée à des inconnus en l’espace de quelques heures. Pourtant, en les regardant dans cette salle d’attente, assis tous les deux autour de moi, je me disais que je ne m’étais jamais autant trouvée à ma place…je n’avais jamais été autant entourée d’attentions, autant comprise peut-être…> (Extrait)

C’est un roman d’une grande profondeur qui fait tomber les masques et qui vient nous rappeler que les apparences sont trompeuses, que chasser le naturel n’est pas si simple. C’est un roman qui se lit facilement et très vite parce qu’il est très bien ventilé et que les chapitres sont courts.

Aussi, je le rappelle, chaque personnage a la parole à tour de rôle. J’adore cette façon de faire en littérature car l’auteur pousse plus facilement ses personnages à la confidence. Ça crée une intimité, une dynamique entre le lecteur et les personnages et c’est efficace. Après un huis-clos pareil, je me suis même demandé si un psy aurait été nécessaire tellement l’échange entre les trois pouvait avoir valeur de psychothérapie.

Quant au mystérieux personnage enfermé dans le bureau du psy, ça c’est la principale intrigue de l’histoire. Elle n’est pas très développée. Sans en être certain, je crois que c’est un choix de l’auteur. Ça peut être discutable mais on connaît le fin mot de l’histoire à la fin et ça m’a un peu surpris. Une belle histoire, développée avec rigueur et une belle compréhension de la nature humaine et qui démontre qu’on peut être naufragé sans être épave. J’ai fermé le livre à regret.

Tom Noti est Italien mais il habite actuellement Grenoble où il enseigne. C’est un solitaire, passionné de lecture. LES NAUFRAGÉS DE LA SALLE D’ATTENTE est son troisième roman. Noti a publié auparavant SOULIGNER LES FAUTES en 2012 et ÉPITAPHES en 2015. C’est un auteur à surveiller.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 15 mars 2020

DIX PETITS NÈGRES, d’AGATHA CHRISTIE

Dix petits Nègres s’en allèrent dîner.
L’un d’eux s’étrangla et il n’en resta plus que
Neuf.
Neuf petits Nègres veillèrent très tard.
L’un d’eux oublia de se réveiller et il n’en resta plus que
Huit.
Huit petits Nègres voyagèrent dans le Devon.
L’un d’eux voulut y demeurer et il n’en resta plus que
Sept.
Sept petits Nègres cassèrent du bois avec une hachette.
Un se coupa en deux et il n’en resta plus que
Six
Six petits Nègres jouèrent avec une ruche.
Un bourdon piqua l’un d’eux et il n’en resta plus que
Cinq

(Extrait : LES DIX PETITS NÈGRES, Agatha Christie, édition
originale : 1939, traduction française : 1940. Éd. Librairie
des Champs-Élysées, collection Le Masque #299. Papier
244 pages.)

Pour ce livre, j’ai utilisé la version audio
éditée en français par AUDIOLIB, publié
le 16 mars 2016.

NARRATEUR : GREGORY GADEBOIS

Dix personnes sont invitées à séjourner dans une magnifique demeure sur l’île du Nègre. L’hôte inconnu est absent. Dix statuettes trônent dans le salon, une comptine passe dans les chambres. « Dix petits Nègres s’en allèrent dîner. L’un d’eux s’étrangla et il n’en resta plus que neuf ». Une voix mystérieuse accuse de crime chacun des vacanciers. Un premier convive décède comme dans la chanson, une statuette disparaît. C’est le début de l’hécatombe, les invités semblent à la merci d’un dangereux psychopathe.

SECONDE PAUSE AGATHA
Une œuvre à part
Cinq petits Nègres étudièrent le droit.
L’un d’eux devint avocat et il n’en resta plus que
Quatre.
Quatre petits Nègres s’en allèrent en mer.
Un hareng saur avala l’un d’eux et il n’en resta plus que
Trois.
Trois petits Nègres se promenèrent au zoo.
Un gros ours en étouffa un et il n’en resta plus que
Deux.
Deux petits Nègres s’assirent au soleil.
L’un d’eux fut grillé et il n’en resta plus que
Un.
Un petit Nègre se trouva tout seul.
Il alla se pendre et il n’en resta plus
Aucun.
<extrait>
Dans la bibliographie de plusieurs auteurs, on trouve un livre qui fait bande à part. Un livre qui se sépare des autres par son style, sa nature. Je pense à Stephen King avec LA TOUR SOMBRE, ou à Patrick Sénécal avec CONTRE DIEU. Je crois que c’est aussi le cas d’Agatha Christie avec DIX PETITS NÈGRES, retitré en 2020 ILS ÉTAIENT DIX.

Ici, pas de Miss Marple ou d’Hercule Poirot pour résoudre un meurtre énigmatique mais plutôt dix personnes, sans  lien entre elles, condamnées à mort sans le savoir, qui acceptent l’invitation d’un mystérieux personnage appellé O’nyme à se rendre sur l’île du Nègre à une date et une heure bien précises. Une fois tout le monde arrivé, monsieur O’nyme envoie un message pour signaler son retard. Il arrivera le lendemain. Après le premier repas sur l’île, une voix mystérieuse venue de nulle part s’élève et lance des accusations de meurtre ou de complicité de meurtre touchant chaque invité.

La sentence va s’appliquer selon les règles d’une comptine qu’on retrouve dans chaque chambre établissant l’élimination systématique de dix petits nègres. (Voir extrait) Et la ronde des exécutions commence après le repas alors qu’un des accusés s’étouffe en buvant une boisson et meure : *Dix petits nègres s’en allèrent dîner, l’un d’eux s’étrangla et il n’en resta plus que neuf…* (Extrait)

La panique s’installe. Certains l’extériorise, d’autres la vivent à l’intérieur. Chacun prétend n’avoir rien à se reprocher mais on dirait que les consciences ne sont pas nettes. Le juge Wargrave qui fait partie des invités condamnés prend l’enquête en main afin de comprendre ce qui leur arrive exactement. Après la première exécution, il est clair que le nombre d’invités est appelé à diminuer…inexorablement.

Dès le départ, ce récit m’a accroché, d’abord à cause de l’île, moins mystérieuse que son nouveau propriétaire qui doit être un richissime excentrique mais qui semble en savoir très long sur chaque invité. Ensuite, j’ai été fasciné par le génie d’Agatha Christie à pousser ses personnages à l’introspection me révélant graduellement les secrets que chacun gardait enfouis.

Je découvrais que chacun avait quelque chose à se reprocher. Ils avaient tous, d’une certaine façon, échappés à la justice et quelqu’un avait organisé une complexe mise en scène pour corriger cette situation. Ajoutons à cela l’atmosphère crée par l’auteure dans ce huis-clos hanté par la suspicion, l’incompréhension, la peur qui devient terreur…une ambiance d’angoisse et de panique qui fait crescendo. J’ai été prisonnier de la grande dame, le temps de me creuser la tête à comprendre qui pouvait être l’exécuteur.

La technique d’écriture d’Agatha Christie me surprendra toujours. Car, comme toujours, le coupable est le dernier personnage qu’on pourrait soupçonner…ce que j’ai constaté dans une finale qui m’a laissé pantois. J’ai savouré ce livre. Plus que jamais, Agatha m’a happé dans son délire et a fait de moi un prisonnier de l’île du Nègre.

Le point commun avec son œuvre globale est toujours le déploiement de déductions et de raisonnements. Mais c’est tout. L’œuvre globale est remarquable mais DIX PETITS NÈGRES pourrait être le meilleur livre que j’ai lu d’Agatha Christie. Depuis sa publication en 1939, le livre ne s’est jamais démodé.

En terminant, vous vous doutez sans doute que DIX PETITS NÈGRES a été adpaté plusieurs fois à l’écran, je pense entre autres à la version de 1974 du réalisateur Peter Collinson avec le grand Charles Aznavour. J’ai vu également la version de 1945 du réalisateur René Clair qui a remplacé les petits nègres par les petits indiens dans le titre et la fin du film diffère du roman.

Où je veux en venir ? Lisez le livre d’abord. C’est ce que je recommande et je suis sûr que vous ne serez pas déçu. On comprendra que DIX PETITS NÈGRES est le livre qui s’est le plus vendu parmi les livres signés par Agatha Christie et un best-seller à l’échelle mondiale.

Agatha Mary Clarissa Miller devenue Agatha Christie est une des romancières les plus appréciées de l’histoire de la littérature. Elle a vécu de 1891 à 1976. Auteure de 84 romans, une vingtaine de pièces de théâtre et de plusieurs recueils de nouvelles, elle a présidé à l’élaboration de règles de base pour un bon roman policier avec ses fameux détectives Hercule Poirot et Jane Marple  qui ont une  approche originale et hautement intuitive de la résolution d’énigmes. Évidemment, il y aurait beaucoup à dire sur la grande dame. La place et le temps me manquent mais pour en savoir plus sur la célèbre romancière, je vous invite à consulter le site internet  http//agatha.christie.free.fr/

Le roman LES DIX PETITS NÈGRES d’Agatha Christie a été adapté plusieurs fois à l’Écran dont 2017, 1974 et la première adaptation, photo à droite, remonte à 1945 alors que le réalisateur René Clair avait choisi de titrer le film DIX PETITS INDIENS. Il s’agit bel et bien de l’adaptation du livre d’Agatha Christie qui mettait en vedette entre autres Rolland Young et Barry Fitzgerald. Le film s’est vu récompensé en recevant le prestigieux LEOPOLD D’OR au festival du film international de Locarno en 1946. C’est Dudley Nicholls qui avait scénarisé le prestigieux roman. Sans être adaptés, plusieurs films ont été inspirés par le roman qui a aussi été adapté plusieurs fois au théâtre.

Acteur de théâtre et de cinéma français né en 1976, Grégory Gadebois a imposé ces dernières années sa sensibilité à fleur de peau dans le paysage dramatique français. Sa carrière décolle en 2012, année durant laquelle il remporte le César du meilleur espoir masculin pour son rôle dans Angèle et Tony, toujours aux côtés de son amie Clotilde Hesme. C’est d’ailleurs sur le tournage du film qu’il rencontre sa compagne, assistante de production. Grégory Gadebois triomphe également dans la série à succès Les Revenants sur Canal+ et surtout sur les planches, où la pièce Des fleurs pour Algernon lui vaut le prix du meilleur comédien au Palmarès du théâtre 2013 et le molière seul en scène en 2014. Au cinéma, on l’a récemment vu tourner pour Benoît Jacquot (Les Adieux à la Reine), Frédéric Videau (À moi seule), Jean-Michel Ribes (Brèves de comptoir). Il n’a pas beaucoup de livres audios à son actif. Il faut espérer qu’il persévèrera dans ce domaine.

Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 7 mars 2020

DÉFAILLANCES, le livre de B.A. PARIS

*Je retiens ma respiration. Suffoque en silence sous
le choc. C’est comme si on venait de me jeter un
seau d’eau è la figure pour me réveiller. Pour me
faire comprendre l’énormité de ce que j’ai fait…
Pourquoi…pourquoi ai-je fait ça ? *
(Extrait sonore :  DÉFAILLANCES, B.A. Paris, éditions
AUDIBLE studios, 2018. Narration : Maud Rudigoz,
durée d’écoute : 8 heures 55)

L’histoire est celle de Cassandra, appelée Cass et mariée à Mathew depuis un an. Tout commence une nuit d’orage sur une route isolée traversant une vaste forêt. Cette nuit-là, Cass ne s’est pas arrêtée pour offrir son assistance à la conductrice d’une voiture immobilisée au bord de la route…toujours en plein orage. Donc Cass repart sans intervenir. À ce moment, sa vie bascule…Le lendemain, Cass apprend que la conductrice a été sauvagement assassinée. Cassandra est assaillie par la culpabilité. Elle commence à recevoir des coups de fil anonymes qui la chavirent à chaque fois. Est-ce que quelqu’un l’a vu?  Alors que les pertes de mémoire deviennent de plus en plus fréquentes chez Cass dont la mère a été emportée par une démence précoce comparable à la maladie d’Alzheimer, Cassandra commence à douter sérieusement d’elle-même et insidieusement, l’angoisse s’installe et se transforme en terreur.

AU-DELÀ DE L’OBSESSION
*Ce n’est plus de la peur mais de la terreur. *
(Extrait)
DÉFAILLANCES est un thriller psychologique intense et sombre. Son atmosphère est maintenue sensiblement oppressante. Disons que, pour planter le décor, une jeune femme, Cassandra nommée Cass se retrouve en pleine nuit d’orage sur une route traversant une forêt très dense. En roulant, elle voit une voiture stationnée sur l’accotement. Une femme est au volant. Elle ne fait aucun signe et n’utilise pas ses clignotants. Cass décide de ne pas s’en occupée et reprend sa route. Le lendemain, Cass apprend que la femme qu’elle a aperçu la nuit dernière a été retrouvée morte, égorgée.

Dès lors, la vie de Cass bascule. S’installent remords et regrets, sentiment de culpabilité. Pire, Cass développe une paranoïa. Elle a la sensation d’être épiée et même visitée par l’assassin de la femme. Cass reçoit régulièrement des appels silencieux. Elle est persuadée que c’est l’assassin. Ça devient même une obsession qui l’étouffe. Elle s’en ouvre à son mari Mathew et à sa meilleure amie Rachel mais ils prennent ça avec un grain de sel et tentent de rassurer Cass.

Plus étrange encore. Cass a maintenant des blancs de mémoire. Elle oublie parfois ce qu’elle dit et ce qu’elle fait, ce qui double ses inquiétudes d’autant qu’avant de mourir, sa mère était atteinte de démence précoce. Était-ce la première phase de la maladie d’Alzheimer? Alors que la jeune femme dépérissait, elle fit des découvertes qui lui laissèrent supposer qu’elle pouvait être l’objet d’un complot.

Était-ce une nouvelle obsession qui se pointait ajoutant ainsi à cette apparence d’hystérie? Si tel était le cas, devait-elle appliquer le vieux proverbe qui dit : *Tel est pris qui croyait prendre*? Que pouvait-elle faire alors que personne ne la prenait au sérieux? D’autant plus qu’elle prenait des médicaments qui lui faisaient perdre le contact avec la réalité.

Cette histoire est celle d’une descente aux enfers. Le lecteur devient pris dans un étau psychologique qui rappelle un peu certains scénarios d’Alfred Hitchcok. L’affaissement psychologique de Cass est développé graduellement de manière à donner des sueurs au lecteur qui doit prendre un parti entre la démence et la manipulation. La tension va crescendo jusqu’à une finale que j’ai trouvée fort bien ficelée.

Le récit comporte toutefois quelques faiblesses. Il y a de nombreux passages où la suite des évènements est prévisible au point de braquer mon esprit sur le coupable probable…Le seul fait que les appels silencieux soient faits en l’absence de Mathew m’a laissé perplexe au départ. Et puis je me suis interrogé sur l’utilité de ces appels. Les personnages n’ont pas été travaillés en profondeurs, sauf peut-être Cass que j’avais envie de prendre par la main à certains moments donnés.

Mais il reste que DÉFAILLANCE est un huis-clos qui a quelque chose d’étouffant et qui devient addictif dès le moment où le lecteur sent venir le revirement de situation…cette espèce de point de rupture qui fait que n’importe quoi peut arriver. L’Histoire comme telle n’est pas un chef d’œuvre d’originalité mais son développement s’est fait avec une exceptionnelle habilité…une marque de commerce de B.A. Paris.

Quant à la narration, je suis satisfait de la performance de Maude Rudigoz. Son ton de voix colle très bien avec l’essence du récit. Il y a des passages monocordes mais ils sont largement compensés par des déguisements de voix habiles exercés dans les dialogues surtout. Et puis elle a une harmonique vocale assez agréable. En général, elle a fait corps avec l’esprit de l’auteure.

Donc en résumé, DÉFAILLANCES est un très bon thriller psychologique, bien monté, efficace. Récit parfois lourd et prévisible. Stressant. Très bonne narration. Le livre est classé best-seller et je verrais très bien une adaptation cinématographique.

B. A. Paris laisse filtrer peu d’informations sur elle. On sait qu’elle est D’origine franco-irlandaise et qu’elle a été élevée en Angleterre avant de s’installer en France. DERRIÈRE LES PORTES est son premier roman.
Vendu à près d’un million d’exemplaires et meilleures ventes d’e-books en 2016 en Angleterre, il sera traduit dans 33 pays. Behind Closed Doors est dans la liste des finalistes du Prix Thriller Goodreads 2016. On peu en savoir plus sur la chronologie de ses publications en visitant sa page
Facebook.

Bonne écoute
le samedi 22 février 2020
Claude Lambert