LE CHÂTEAU DES FANTÔMES, tome 1

LA MOMIE DU PHARAON

Commentaire sur le livre et la série de
SOPHIE MARVAUD

*Au cours de leur vie, ils ont fait une très grosse bêtise.
Quand ils étaient vivants, cette bêtise les empêchait de
dormir. Maintenant qu’ils sont morts, son souvenir les
empêche de s’envoler vers le pays du repos souriant.
De toutes leurs forces, ils espèrent que quelqu’un
viendra les délivrer.
(Extrait : LE CHÂTEAU DES FANTÔMES, 1- LA MOMIE DU
PHARAON, Sophie Marvaud, Édition Adabam 2013, 2e édition,
édition numérique, 88 pages, litt. Jeunesse, 6-8 ans)

Il se passe des choses dans le mystérieux Château des Ombres, où vivent Cléo, Balthazar et Grodof, Chaque soir, à minuit, sept fantômes apparaissent dans le donjon de l’aile nord. Cette nuit, alors que les enfants et le chien espionnent les fantômes, l’un d’eux dépose un objet au bas de l’escalier. Une couronne de pharaon ! En une seconde, ils se retrouvent tous les trois en pleine Égypte ancienne, à l’époque des pyramides et des momies. Ils y retrouvent Le jeune prince Maïherpéra, désespérément à la recherche de ses vrais parents…

 

De l’or pour les premiers lecteurs
*-Voyons Cléo ! Les livres n’ont pas encore été
inventés ! Les Égyptiens utilisent du papier
épais fabriqué à partir d’une plante, le papyrus.
Ils les collent les unes à la suite des autres pour
en faire des rouleaux. *
(Extrait)

LE CHÂTEAU DES FANTÔMES est une série de petits livres publiés par Adabam éditeur e  dont la mission est de contribuer à l’éducation des premiers lecteurs et premières lectrices d’une façon ludique et divertissante en offrant des livres adaptés (déchiffrage, aide à la lecture et à l’orthographe) et des romans jeunesse qui initient les enfants à l’histoire et au fantastique…

La mise en scène de départ est la même partout. C’est le fil conducteur de la série : chaque nuit, dans le château des fantômes, Cléo, Balthazar et leur chien Grodof espionnent les fantômes. Un de ces fantômes dépose par terre un objet magique. Évidemment, nos amis ne peuvent s’empêcher d’y toucher et, ce faisant, sont propulsés dans le passé, à une époque ayant un lien direct avec l’objet abandonné par le fantôme.

Pour revenir chez eux, les jeunes n’ont qu’une condition à remplir : sauver un fantôme. Ainsi, les premiers lecteurs et premières lectrices vivront toutes sortes d’aventures à des époques variées.

Dans le premier tome de la série LE CHÂTEAU DES FANTÔMES, LA MOMIE DU PHARAON, l’objet que laisse tomber le dernier des fantômes tirant son boulet est une couronne de pharaon. En y touchant, nos amis sont immédiatement propulsés dans l’ancienne Égypte des pharaons et arrivent face à face avec une momie. Puis ils font la connaissance d’un adolescent tourmenté par le fait qu’il ne connait pas ses parents. Il a en effet été découvert, nouveau-né devant la porte du palais royal et a été adopté.

Cléo et Balthazar comprennent le sens de leur mission : identifier les parents de l’adolescent appelé Maïerpera et réunir la famille. Durant leur enquête, ils apprendront un tas de choses intéressantes :

J’ai trouvé la présentation tu tome 1 impeccable et même invitante pour les enfants. On y trouve une présentation des jeunes personnages, une présentation sommaire du Château des fantômes et quelques petites explications sur les mystères qui l’animent, une brève introduction, un développement clair, fluide et rythmé, et à la fin, un petit glossaire qui donne la définition des mots qui pourraient être compliqués pour les enfants.

Aussi, je suis sûr que les enfants apprécieront les superbes illustrations de Céline Papazian. La page couverture à elle seule est un petit chef d’œuvre.

Tout est réuni pour rendre la lecture des enfants confortable : des lettres grosses, des chapitres courts et ventilé, de belles illustrations, un petit lexique, une belle présentation chaude et attirante. Le récit comprend une caractéristique généralement appréciée des premiers lecteurs : une touche de mystère, de fantastique…pourquoi pas des fantômes qui s’essoufflent à traîner un boulet : *En montant l’escalier en colimaçon, ils s’énervent contre le boulet qui les tire en arrière* (Extrait)

Dans LA MOMIE DU PHARAON les jeunes vont apprendre des choses très intéressantes sur l’Égypte antique, les traditions, la mode vestimentaire, la royauté et la mentalité aussi, celle par exemple qui veut que les Égyptiens fortunés passent une grande partie de leur vie à préparer leur mort. Ça explique entre autres la présence des pyramides. Instructif, intéressant, attrayant. Je pense que les premiers lecteurs et premières lectrices seront intéressés par la suite.

Sophie Marvaud  est l’auteure de nombreux romans historiques pour adolescents, dont les séries à succès : LE SECRET DES CARTOGRAPHES (Le livre de poche et Plon jeunesse) et SUZIE LA REBELLE (Nouveau Monde éditions). Chez Hachette éducation, elle collabore à la collection TOUS LECTEURS : ADIEU POIMPÉI. Sophie Marvaud a aussi adapté le fameux WINX CLUB pour la bibliothèque rose. LE CHÄTEAU DES FANTÔMES donne à Sophie Marvaud l’opportunité d’associer culture et divertissement, ce qu’elle fait avec beaucoup de talent.

À lire dans la même série

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 21 mai 2022

ASTÉRIX CHEZ LES QUÉBÉCOIS

*Ce livre propose avant tout un regard affectueux sur ce grand classique de la BD à travers les yeux des gens d’ici. Il témoigne de l’impact qu’Astérix a eu, ou du moins semble avoir eu, sur notre société distincte, une collectivité affublée d’une spécificité culturelle tout aussi singulière que l’ADN qui constitue la sève de nos héros gaulois. Qui sait si les combats des irréductibles gaulois, comme par un effet miroir, n’ont pas influencé les nôtres, leur insufflant un volontarisme qui ne nous est pas toujours inné. *

(Extrait, ASTÉRIX CHEZ LES QUÉBÉCOIS, Tristan Demers, Hurtubise éditeur, Les Éditions Albert René/Goscinny-Uderzo, 2018, papier illustré, grand format, 180 pages)

Depuis sa création en 1959 et fort de ses 375 millions d’exemplaires vendus, Astérix n’a cessé de fasciner les lecteurs de tous âges. Accueillant chacun des albums de la série avec enthousiasme, les québécois se sont identifiés à ce petit village gaulois qui poursuit, seul, sa lutte contre l’envahisseur romain.

Ce livre documentaire explique le pourquoi et le comment de cette histoire d’amour franco-québécoise unique. Tous les aspects des rapports établis au fil des ans entre les québécois et l’œuvre de Goscinny et Uderzo sont passés au crible : historique, politique, culturel, publicitaire, muséal, etc… une invitation à la relecture d’une des plus grandes séries de l’histoire mondiale de la bande dessinée : ASTÉRIX.

 Un gaulois par chez nous
*Puisque le village d’Astérix résistant à l’envahisseur est
ce qui nous unit, les gaulois et nous, cela fait des québécois
des lecteurs différents, probablement plus sensibles aux
motivations d’Abraracourcix et de ses villageois. C’est en
tout cas ma conviction profonde, peu importe ce que peuvent
en dire les sceptiques.
(Commentaire de Tristan Demers dans
l’épilogue de ASTÉRIX CHEZ LES QUÉBÉCOIS)

J’avais six ans quand Astérix est né de l’imagination d’Uderzo et Goscinny. Je ne me suis pas tout de suite intéressé au personnage. J’étais en train d’apprendre à lire et je venais tout juste de faire connaissance avec un autre personnage célèbre : Tintin. Le célèbre reporter ainsi que  Milou et le capitaine Haddock que j’affectionnais particulièrement allaient m’accompagner toute mon enfance et une partie de l’adolescence jusqu’à ce que je me penche sur mon premier album d’Astérix.

Ce fut le coup de foudre à l’époque, et c’est encore le coup de foudre aujourd’hui. Soixante ans plus tard, un québécois, mordu de la bande dessinée, Tristan Demers, vient rappeler les débuts d’une grande histoire d’amour entre Astérix et l’ensemble d’un peuple : Le Québec.

Dans un livre à la présentation extrêmement bien soigné et bourré d’illustrations et de photos, Tristan Demers explique cette relation privilégiée en établissant des liens d’identification, des ressemblances, des rapports développés au fil du temps, entre autres sur les plans historiques, culturel et spécialement sur le plan socio-politique :

*Nous pouvons, tout comme vous, évoquer sans rire nos ancêtres les gaulois. Même s’il nous advient de nous sentir cernés comme Astérix dans son village (…) et de songer aussi que l’Amérique du nord tout entière aurait fort bien pu être gauloise plutôt que néo-romaine.* (Extrait du discours du premier Ministre du Québec, René Lévesque devant l’Assemblée Nationale française en novembre 1977, publié dans ASTÉRIX CHEZ LES QUÉBÉCOIS)

Je pense que Tristan Demers, que j’ai eu le plaisir de rencontrer une fois, s’est dépassé en présentant la genèse d’une série qui allait rapidement constituer le fleuron mondial du neuvième art et surtout en expliquant de façon simple et claire ce qui fait qu’on se ressemble et qu’elle a été l’influence des célèbres irréductibles sur les québécois et les québécoises.

Le livre est destiné aux québécois mais il peut bien être lu par l’ensemble de la francophonie mondiale tellement la plume est excellente bien qu’il n’y a que des québécois pour saisir toute la portée des passages les plus intimistes que j’ai personnellement savourés : *Au fond, le village d’Astérix n’est pas très éloigné du modèle type de la FAMILLE PLOUFFE ou de celle des PAYS D’EN HAUT : on y mange, on s’y dispute et on s’y comporte parfois comme des enfants. * Heureusement, les québécois n’ont jamais craint l’auto-dérision. *

Dans son livre, je crois que Tristan Demers n’a rien oublié. Il consacre même un petit chapitre à CINÉ-CADEAU, cette trouvaille géniale de Télé-Québec qui a introduit les aventures d’Astérix et Obélix à toute une génération de jeunes. Mes propres enfants ont connu ces gentils gaulois par le biais de ciné-cadeau. Je n’exagère donc pas en disant que ce livre m’a fait vibrer et il en est ressorti de belles émotions.

ASTÉRIX CHEZ LES QUÉBÉCOIS fera autant le délice des néophytes que des connaisseurs, jeunes et moins jeunes. L’édition est très soignée avec papier semi-glacé. Le livre est bien ventilé et la plume fluide, le tout est une mine d’or en informations.

Je ne suis pas amateur de livres-documentaires mais dans ce cas-ci, pour utiliser un vieux cliché…je crois bien que je suis tombé dans la marmite étant petit…

Tristan Demers est né le 19 septembre 1972, à Montréal. Son intérêt marqué pour la bande dessinée l’incitera à créer sa propre série, Gargouille, à l’âge de 10 ans ! En 1988, les éditions Levain/Mille-Îles publient un premier album de Gargouille : Chasse aux mystères ! Sept autres albums paraissent dans les années qui suivent. Depuis, Tristan compte à son actif plus de 70 000 albums vendus et 250 participations dans les salons du livre et autres festivals de la francophonie, de la Belgique au Liban, en passant par la Suisse et la Côte d’Ivoire!

Gargouille est un des personnages les plus populaire de la bande dessinée québécoise et on le retrouve sous forme de produits dérivés. Le bédéiste est également chroniqueur et illustrateur à télévision depuis des années. Récipiendaire de plusieurs prix, Tristan a lancé, en collaboration avec Jocelyn Jalette et Raymond Parent, au printemps 2006, un guide pédagogique sur la bande dessinée destiné aux enseignants. Enfin, une biographie de l’auteur, publiée en 2003, soulignait les vingt ans de son personnage.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 1er mai 2022

 

American Gods, le livre de NEIL GAIMAN

*Enfin, il va sans dire que tous les personnages
morts ou vivants, ou les deux, de cette histoire
sont imaginaires ou utilisés dans un contexte
imaginaire. Seuls les Dieux sont réels
.*
(Extrait de l’avertissement au début du récit, American
Gods, Neil Gaiman, Au Diable Vauvert éditeur, 2002
papier, 700 pages. Version audio : Audiolib éditeur,
2018, durée d’écoute : 19 heures 11 minutes, narration :
Valentin Merlet.)

À peine sorti de prison, Ombre apprend que sa femme et son meilleur ami viennent de mourir dans un accident de voiture et qu’ils étaient amants. Désemparé, il accepte de travailler pour l’énigmatique Voyageur qui se prétend Roi de l’Amérique. Entraîné dans une aventure étrange, Ombre va découvrir que son rôle dans les desseins de Voyageur est bien plus dangereux qu’il aurait pu l’imaginer. Se prépare une guerre sans merci entre les anciens dieux saxons des premiers migrants, et les nouveaux dieux barbares de la technologie qui prospèrent aujourd’hui en Amérique…

AMÉRIQUE EN DÉRIVE
*si je gagne, je te casse la tête avec mon marteau.
D’abord, tu t’agenouilles, ensuite, je te cogne et
tu ne te relèves pas…Ombre…acquit la certitude
qu’il ne plaisantait pas. * 
(extrait)

American Gods est un récit fantastique qui emprunte un peu au conte initiatique avec des réflexions parfois très profondes et d’autres fois de la philosophie bon marché : *Il n’est nullement trop tard pour passer du côté des vainqueurs, mais bien sûr vous êtes aussi libre de rester exactement où vous êtes. Voilà ce que ça signifie d’être américain. Voilà le miracle de l’Amérique…* (Extrait)

Facile à dire. Voici l’histoire d’un homme appelé Ombre qui deviendra plus tard, Mike. Personne avant de redevenir Ombre. À sa sortie de prison, Ombre se fera embaucher par un mystérieux personnage qui se fait appeler Voyageur. Le contrat consiste à protéger Voyageur et à bousculer un peu si nécessaire.

Ombre sera entraîné dans un  long périple à travers le territoire américain et découvrira que Voyageur est en fait une réincarnation du dieu Odin, le principal dieu de la mythologie nordique qui tente de réunir d’autres anciens dieux et personnages de légende afin de livrer une lutte sans merci aux dieux de la modernité : l’argent, la luxure, internet, les médias. Ici, une foule de manies humaines porteront le nom de *dieu*.

Au milieu de la tourmente, Ombre est-il vraiment libre : *La liberté est une garce à baiser sur un matelas de cadavres…* Toujours est-il qu’il entreprend une quête de son identité, un voyage introspectif dans lequel la mort et la vie s’imbriquent et apparaissent des personnages surfaits ou accomplis comme par exemple sa femme, Laura, morte quelques jours avant la sortie de prison d’Ombre.

C’est un roman intéressant signé par un libre penseur qui impose d’abord à l’auditeur/auditrice, une imposante galerie de personnages dont beaucoup sont surréalistes…parce qu’ils sont ou ils se croient au-dessus de la condition humaine, ils sont des dieux mais on ne peut chasser l’homme de l’homme.

L’auditeur et l’auditrice devront être très attentifs car le récit devient parfois confus. Ce détail est sensiblement occulté par la qualité des personnages dont Ombre lui-même, pour lequel j’ai éprouvé de l’empathie à cause de son caractère anti-héros un peu confus, dépassé par sa condition.

Sa fragilité, sa vulnérabilité tout autant que son courage le rendent attachant. Quand on le perd de vue, parce que ça arrive souvent, l’histoire devient plus morne et accuse du remplissage.

L’histoire comporte en effet beaucoup de longueurs et n’est pas vraiment aboutie. On dirait une suite de petites histoires sans vraiment de finales, mais avec une petite lumière qui s’allume à la fin.

Je m’attendais à mieux quant au développement d’un thème déjà élimé sur le plan littéraire, l’omniprésence de dieux qui se bousculent dans un panthéon définitivement trop petit. Le texte a aussi des forces. Son cachet fantastique est intéressant, spécialement les déplacements d’Ombre au royaume des morts.

La grande force d’AMERICAN GODS ici est la performance du narrateur Valentin Merlet qui est la voix d’Ombre dans la série télé produite en 2017. La narration de Merlet est parfaite, s’activant à capter l’attention de l’auditeur et de l’auditrice avec des registres vocaux spécialement étudiés pour chaque personnage important de l’histoire.

J’ai été particulièrement séduit par sa capacité à reproduire l’accent slave. Sa voix incarne TCHERNOBOB, un petit dieu qui vit dans l’ombre de Voyageur l’arnaqueur, tordu et retors, avec un talent qui force l’attention.

Pour ce qui est de l’histoire, c’est celle des dieux qui s’opposent…ça serait du déjà vu si les anciens dieux n’étaient pas opposés aux dieux de la modernité…ceux des biens matériels, de l’internet et de la technologie.

Ça peut pousser à un certain questionnement qui aurait des échos jusque dans la théologie : est-ce vrai que les dieux qu’on a tendance à oublier sont des dieux mourants ? Laissez-vous tenter. L’écoute en vaut la peine.

Neil Gaiman est un auteur anglais de courts métrages de fiction, de romans, de bandes dessinées, de romans graphiques, de théâtre audio et de films. Il est surtout connu pour la série de bandes dessinées The Sandman et les romans Stardust, American Gods, Coraline et The Graveyard Book.

Lorsqu’il était enfant et adolescent, Gaiman a lu les œuvres de CS Lewis, JRR Tolkien, Lewis Carroll, Mary Shelley, Rudyard Kipling, Edgar Allan Poe et Alan Moore.
Gaiman a également écrit des épisodes de la série de science-fiction Doctor Who de la BBC, dans le cadre de Matt Smith, en tant que Docteur.

Valentin Merlet est un acteur français. Actif dans le doublage, il est notamment la voix française régulière d’Adam Driver et une voix récurrente de Jamie Dornan et Alexander Skarsgård. Le livre audio est une corde supplémentaire à son arc.

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 6 mars 2022


 

 

L’INQUISITEUR, le livre d’HENRI GOUGAUD

*Je sais, dit l’évêque Gui, qu’une centaine de juifs
ont été massacrés, ce matin, par cette bande de
bergers normands que la reine de France nous
envoie, puisqu’il paraît qu’elle les a bénis…*
(Extrait :
L’INQUISITEUR, Henri Gougaud, Éditions du Seuil 1984,
Format numérique, 217 pages.)


À travers la Garonne médiévale, une troupe de paysans massacre les populations juives en invoquant Dieu. À leur tête : Jean le Hongre, dont l’influence sur les foules est grandissante. Prié par la papauté d’agir, le très intraitable Inquisiteur, Jacques Novelli, entend bien rétablir son autorité. Il décide d’enfermer la belle Stéphanie, la sœur de son ennemi. Mais voilà qu’il s’éprend d’elle…

 

 

Quelque chose qui change tout
*Mais ce morveux n’a pas plus de cervelle que de pitié. Je te le dis : Il
est perdu. Sais-tu ce qu’il a fait ? –Il a tué le curé de Castelsarrasin,
répondit Jacques en grimaçant douloureusement. Et sans doute aussi
le viguier. –Tout juste mon bon. Il les a égorgés lui-même en deux
coups d’épée. Ce fut, paraît-il, très horrible. Il dit cela avec un dégoût
de mauvais comédien qui scandalisa Novelli.
* (Extrait)

Ce n’est pas tout à fait le livre auquel je m’attendais. En fait, l’histoire, imaginée par Henri Gougaud développe davantage le profil de l’homme que celui de l’inquisiteur. Quoique le récit soit plus lourd à cause de la psychologie complexe du personnage principal, je l’ai trouvé tout de même très intéressant.

Le rôle d’inquisiteur est donc secondaire…pas de bûcher, pas de cruauté, pas de procès expédiés, pas de violence. L’homme quant à lui devient, après la mort de son oncle cardinal, profondément confus dans ses sentiments. Voyons l’aperçu. Nous sommes à Toulouse en 1321 dans une France où l’Église régente tout et opère une chasse sans merci à l’hérésie.

Un dominicain, Jacques Novelli, inquisiteur réputé intraitable, est chargé par le pape de capturer, juger et exécuter Jean Le Hongre, un meurtrier à la tête d’une bande qui massacre les juifs au nom de Dieu. Au tout début de sa mission, Novelli subit une transformation intérieure avec l’arrivée dans le décor de la belle Stéphanie.

L’inquisiteur devient mou. L’homme devient fragile et ses ambitions s’aplatissent. Son âme s’attendrit, confus devant ce qu’il ressent pour Stéphanie d’autant que Stéphanie est la sœur de Jean Le Hongre.

Il développe l’idée d’abandonner sa charge d’inquisiteur, de faire vœux  de pauvreté en devenant moine errant et mendiant et surtout convertir à la foi catholique un juif coriace dont il s’est pris d’amitié : Salomon d’Ondes. C’est surtout ce dernier aspect de l’histoire qui m’a tenu captif car il s’agit de la confrontation pacifique de deux hommes de caractère sur la base de puissants argumentaires.

Cela s’est traduit par des dialogues savoureux teintés de foi, de sincérité et de conviction mais souvent obscurcis par l’incompréhension et la certitude acquise par chacun d’avoir raison :

*Si donc je dois venir un jour dans votre Église, je n’y serai pas poussé par un enseignement en bonne et claire langue, mais par cette douceur de brise, par ce vent de miracle que l’on sent, parfois, entre deux élans de paroles.

Pour l’heure je vous l’ai dit, nous nous efforçons l’un et l’autre contre un mur qui nous empêche de nous joindre. –Un mur maître Salomon ? Quel est-il ? Désignez-le sans crainte, je l’abattrai, répondit Novelli* (Extrait)

Ce qui précède est un exemple de la qualité des dialogues. Gougaud a inséré dans son roman, un élément qui consacre toute l’originalité du récit : l’ouverture d’esprit qui a toujours cruellement manqué à l’Église. L’INQUISITEUR est donc la description du virage extraordinaire du destin d’un homme de foi.

La force du récit est principalement dans sa richesse descriptive. Je parle surtout de la transformation de Jacques Novelli en insistant sur la différence entre un homme d’Église et un homme de foi. Bien sûr ce type de développement ouvre la voie aux longueurs et à la redondance.

Certains passages sont lourds. C’est la principale faiblesse de l’œuvre. Elle est compensée par la force des personnages, y compris le serviteur et ange gardien de Novelli, le valeureux Frère Bernard qui vient nous rappeler que les hommes d’Église sont d’abord des hommes. Ce détail a échappé à beaucoup de monde dans l’histoire de l’humanité. C’est précisément une étincelle d’humanité qui donne toute sa valeur au récit de Gougaud.

J’ai apprécié l’optimisme qui se dégage du récit, son atmosphère médiévale, sa conclusion brillante et certains éléments de réflexion qui viennent nous rappeler qu’on a encore fort à faire pour sortir de l’obscurantisme religieux. Un bon livre mais attention, le titre est un peu trompeur.

Considéré comme notre plus grand conteur, Henri Gougaud est l’auteur d’une œuvre impressionnante avec des romans, des recueils de contes et des paroles de chansons pour notamment Juliette Gréco et Jean Ferrat. Il a publié chez Albin Michel L’enfant de la neige (plus de 26 000 exemplaires vendus), Le livre des chemins (plus de 25 000 exemplaires vendus) et bien d’autres tel Le secret de l’Aigle avec Luis Ansa.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 20 février 2022

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Commentaire sur le livre de
JONAS JONASSON

*Ceux qui ne savent raconter la vérité,
ne méritent pas qu’on les écoute,
répondait notre grand-père. *
(Extrait : LE VIEUX QUI NE VOULAIT PAS FÊTER SON ANNIVERSAIRE,
Jonas Jonasson, édition originale papier : Presses de la Cité, 2011, 468p.
Édition audio : Audiolib éditeur, 2013, narrateur : Philippe Résimont, durée
d’écoute : 12 heures 49 minutes.)

Alors que tous dans la maison de retraite s’apprêtent à célébrer dignement son centième anniversaire, Allan Karlsson décide de fuguer. Chaussé de ses plus belles charentaises, il saute par la fenêtre de sa chambre et prend ses jambes à son cou. Débutent alors une improbable cavale à travers la Suède et un voyage décoiffant au cœur de l’histoire du XXe siècle. * Quand la vie joue les prolongations, il faut bien s’autoriser quelques caprices. * 

Histoire du monde revisitée
*La mauvaise nouvelle, dit Julius en baissant un
peu la voix, c’est qu’avec tout ça on a oublié
d’éteindre la chambre froide avant d’aller se coucher
 hier soir.  <Et alors> s’enquit Allan.  <Et alors le gars
à l’intérieur est un ptit peu mort à l’heure qu’il est>.
(Extrait)

Voici l’incroyable histoire d’Allan Karlsson, vénérable maître artificier, spécialiste de la dynamite. Le jour de son centième anniversaire, notre héros décide de déserter la maison de retraite alors que tous s’apprêtaient à le fêter. Mais Allan s’en moquait. À partir du moment où il a sauté par la fenêtre, c’est un retour en arrière que l’auteur nous propose…

l’histoire d’une vie aventureuse, rocambolesque qui va propulser Allan partout dans le monde pour y faire les plus inimaginables rencontres : Une petite réunion  avec Harry Truman, une rencontre diplomatique avec le général de Gaule, un dîner avec Staline, qui sera traité plus tard de cinglé…dîner qui sera interrompu abruptement par une question déplacée d’Allan : Tu ne trouves pas que tu devrais raser cette moustache ? La soirée se termina sur cette question. L’interprète avait perdu connaissance. * (Extrait)

Ajoutons à cela des conversations édifiantes avec le général Franco, une dégustation de nouilles avec Mao Tse Tong qui sera qualifié de gros lard sans oublier quelques flirts à la cour de Suède. La liste n’est pas exhaustive.

Le récit je le rappelle est rocambolesque. Il y a des longueurs, du papotage, un peu d’errance. L’ensemble est improbable et caricatural. Mais c’est drôle. Personnellement j’ai beaucoup apprécié Allan, dynamiteur, destructeur de pont, buveur invétéré, espion et diplomate souvent en carence de diplomatie.

J’ai aimé son *je m’en foutisme*, son sens de la répartie et sa philosophie à deux dollars : *<La vengeance ne sert à rien.> le sermonna Allan. Il en est de la vengeance comme de la politique. L’une mène à l’autre et le mauvais conduit au pire qui aboutit en fin de compte à l’intolérable. *

L’auteur est habile car avec le parcours de la vie d’Allan, il survole les grands moments de l’histoire. L’intervention d’Allan dans l’histoire est tordue, l’auteur ayant imaginé entre autres que son héros ait été responsable en partie de l’effondrement de l’Union Soviétique.

Ce parcours n’est pas sans me rappeler un film extraordinaire : FOREST GUMP qu’on qualifiait de simple d’esprit et qui est devenu malgré lui un acteur et même l’instigateur des grands évènements qui ont marqué les États-Unis entre les années 1950 et 1980.

J’ai trouvé le récit satirique, ce qui n’est pas pour me déplaire. Je rejoins l’auteur entre autres pour sa description des personnages politiques qui ont marqué l’histoire, descriptions loin d’être flatteuses et qui sont même parfois virulentes, par exemple, le fait que le numéro un soviétique Leonid Brejnev puait et pas à peu près.

Ce roman, si je vais au-delà de son petit caractère burlesque, a été pour moi une grande évasion car non seulement l’histoire est originale et bourrée de trouvailles mais le récit a toutes les qualités littéraires que je recherche : histoire bien imaginée alternant le présent et le passé (concentration requise), L’écriture est soignée. L’histoire est extravagante mais la plume soutient une logique qui tient lieu de fil conducteur.

Je vous invite donc à faire la connaissance d’un grand petit monsieur : Allan Karlsson, un personnage zen, spontané, résolument jovial, ne connaissant pas la colère. Je crois que l’auteur s’est arrangé pour que j’aie envie de connaître Allan.

Pour terminer mon commentaire, j’extrais du roman une petite phrase qui résume à merveille la motivation de l’auteur dans le montage de son histoire et qui fait qu’on peut pardonner au récit, du moins comprendre son cachet mondain, déjanté et un peu excessif : *Sa vie avait été passionnante.  Mais rien ne dure éternellement.  À part peut-être la bêtise humaine. *

Né en Suède en 1961, Jonas Jonasson, ancien journaliste et consultant pour les médias, est l’auteur du Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, son premier roman, qui a connu un immense succès dans la trentaine de pays où il a été publié et qui a été adapté au cinéma (voir ci-bas) L’Analphabète qui savait compter est son deuxième livre.

AU CINÉMA



Photo de Robert Gustafsson extraite du film éponyme, réalisé par Féix Herngren
et sorti en mai 2014



Philippe Résimont brûle les planches depuis plus de 20 ans dans des registres très différents (Cyrano de Bergerac, Ladies night) Il participe aussi à quelques aventures cinématographiques comme LES CONVOYEURS ATTENDENT et MATERNELLE. Enfin il performe magnifiquement dans l’univers du livre audio avec, entre autres DANS L’OMBRE et PASSAGE DES OMBRES d’Arnaldur Indridason, ALEX en version française de Pierre Lemaitre et bien sûr LE VIEUX QUI NE VOULAIT PAS FÊTER SON ANNIVERSAIRE de Jonas Jonasson.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 18 décembre 2021

TERRES DE SANG ET DE LUMIÈRE, JOCELYNE GODARD

TOME 1 
L’APPEL AU DÉPART

*Pour apaiser les conflits, Urbain II se mit à prêcher une croisade en Terre Sainte…En 1095, il organisa un concile… appelant les foules venues d’Italie, d’Espagne, d’Angleterre et de France. Au cœur de l’été 1096, une fièvre délirante secoua le peuple et ce fût le départ de la première croisade.*(Extrait : TERRES DE SANG ET DE LUMIÈRE, tome 1 L’APPEL AU DÉPART, Jocelyne Godard, format numérique, Éditions du 38, 2019. 1675 Kb, 190 pages pour l’édition imprimée)

En l’an 1096, la jeune franque Mahaut de Saint-Victor se prépare à quitter le château familial en Picardie pour accompagner ses oncles et son frère qui vont délivrer Jérusalem, à la demande du pape Urbain II, ainsi qu’il le prêche aux futurs croisés lors de l’immense rassemblement qu’il a convoqué devant l’abbaye de Clermont en Auvergne. <illustration ci-haut, appel à la croisade d’Urbain II, détails ici>

Cette première croisade, celle « Des Chevaliers », sera le plus exécrable des voyages jamais vécus à cette époque, d’autant plus que leurs familles, femmes et enfants participeront à l’expédition. Il faut préparer les convois, chariots, chevaux et bœufs, puis la nourriture, les bâches, les couvertures, les armes, les casques et les cottes de maille.

Tous ceux qui reviendront de Jérusalem délivrée de la main des impies seront pardonnés de tous leurs péchés. C’est ce que prêche le pape. L’ Église est ferme : il faut se libérer de la menace turque qui pèse en Palestine et tuer les hérétiques.

Dotée de sa foi chrétienne, Mahaut part avec sa famille pour rejoindre le gigantesque rassemblement à Clermont d’où partira la croisade, menée par Godefroy de Bouillon, en direction de l’Orient.

Une grande saga médiévale en 8 tomes, qui se poursuit avec le tome 2, Violent Danube.

Du sang pour Jérusalem
*Les émotions étaient communicatives, les sensibilités
à fleur de peau, les craintes amplifiées, les esprits
échauffés et la haine envers les Infidèles augurait un
dénouement aussi barbare qu’inattendu. Urbain II
cherchait le moyen de répondre à ces angoisses qui
ne présageaient rien de bon.
*
(Extrait)

Dans une série de 8 tomes, Jocelyne Godard nous entraîne dans des temps agités, début du deuxième millénaire, dans la première croisade d’abord prêchée par le pape Urbain II dans les campagnes de France afin de lever une gigantesque armée dans le but de délivrer Jérusalem des Infidèles, c’est-à-dire des Musulmans et d’y assurer une domination chrétienne.

Jocelyne Godard s’appuie sur une réalité historique en commençant par l’appel à la Croisade d’Urbain II garantissant la rémission des péchés des futurs morts.

Je dis ça en passant mais c’est une comédie crasse jouée par l’église pendant des siècles. Il suffisait de dire *c’est la volonté de Dieu * pour faire des milliers de morts. C’est très personnel mais je crois que dans l’histoire du monde et des religions, rien n’a été plus mal interprété que la volonté de Dieu. Mais bon…passons.

Disons que ce livre m’a fait réagir car il a exacerbé certaines émotions. Son ton est juste et son portrait de la mentalité de l’époque et des réalités religieuses est documenté et crédible. Voyons comment Jocelyne Godard imbrique la fiction dans la réalité.

Le récit est peuplé de personnages authentiques mais le personnage principal est fictif. Il s’agit de Mahaut de Saint-Victor, une jeune franque qui s’apprête à quitter le château familial en Picardie pour se rendre à l’immense rassemblement convoqué par Urbain II devant l’abbaye de Clermont en Auvergne. La première croisade est décidée avec une mission précise : libérer Jérusalem et tuer les hérétiques.

C’était, pour ceux qui y tenaient, la volonté de Dieu. Cette croisade allait être dirigée par le prestigieux Godefroy de Bouillon, personnage authentique, héritier du Royaume de France et descendant de Charlemagne. Le but de Jocelyne Godard dans ce premier tome L’APPEL AU DÉPART.

Ce but qui est aussi le fil conducteur, est de décrire avec précision tous les préparatifs de ce voyage rapporté par l’histoire comme étant infernal : le recrutement, l’approvisionnement, le financement, le transport, la logistique, les préparatifs militaires, l’armement et la création de la chaîne de commandement.

À travers tous ses préparatifs expliqués en détail, et je ne m’en suis jamais lassé soit-dit en passant, l’auteure s’attarde sur la vie sentimentale de Mahaut à qui on a promis la main de Jean de Villedieu, un chevalier qu’elle ne connait pas, qu’elle n’a jamais vu. Bref on lui a dit que c’est un bon garçon. Ils vont se marier ça s’arrête là. C’était la mentalité de l’époque. Mais Mahaut qui a 16 ans, a un caractère bien trempé. Il y a, disons un froid en vue, peut-être même de la glace.

Enfin, dans cet appel au départ, l’auteure exploite de façon exhaustive non seulement les préparatifs de la 1ère croisade mais aussi les émotions, les craintes et les peurs que suscite cette dernière et elles sont de taille car les turcs et les sarrasins sont des guerriers féroces et impitoyables.

Ils avaient raison d’avoir peur car la croisade a fait plus de 120,000 morts sur le champ de bataille et pendant le voyage des pèlerins. Et dire que sept autres croisades vont suivre. Je sais pas mais il me semble qu’il y a quelqu’un quelque part qui n’a rien compris mais tous connaissait la puissance de ces trois mots : DIEU LE VEUT.

J’ai été séduit par la plume de Jocelyne Godard. C’est une belle écriture toute en nuance. Elle a développé un sujet qui n’est pas facile sans artifice ou exagération. Ses personnages ont été travaillés, en particulier Mahaut qui sera spécialement appréciée par le lectorat féminin. Elle est attachante et authentique.

Je me suis rapidement identifié à elle à cause entre autres, de son questionnement sur la logique de l’Église : *Décidément, Mahaut ne saisissait plus les mots du Pontife. Pourquoi poussait-il autant les pèlerins à donner leur vie au cours de ce voyage en échange de leur rédemption ? Tout à l’heure, il se désespérait devant les chrétiens massacrés par les turcs, à présent, il s’enthousiasmait devant ceux qui périrait pour le Christ…*  (Extrait)

Naïveté ou plus sûrement un questionnement sur l’utilité d’autant de morts. Jamais en 2000 ans le problème de Jérusalem, centre de toutes les fois du monde, n’a été réglé.

La fluidité de la plume fait en sorte que le temps passe vite. La lecture est facile et agréable et le souci du détail historique est intéressant. Internet regorge de sites qui parlent des croisades. Mais il sera particulièrement intéressant de suivre la saga TERRES DE SANG ET DE LUMIÈRES ne serait-ce que pour voir comment évoluera Mahaut. Très belle lecture en vue.



Née dans la Sarthe, Jocelyne Godard a longtemps vécu à Paris. Les sagas et biographies romancées qu’elle a publiées au fil du temps ont toujours donné la priorité à l’Histoire et aux femmes célèbres des siècles passés.

Ces femmes qui ont marqué leur temps, souvent oubliées ou méconnues, et qui, par leurs écrits, leurs œuvres, leurs engagements, leurs talents, leurs amours, ont signé l’Histoire de leur présence qu’elle n’a cessé de remettre en lumière. L’Égypte ancienne et le Japon médiéval l’ont fortement influencée. Puis elle s’est tournée vers l’époque carolingienne, le Moyen-Âge et la Renaissance.

Plus récemment, elle a mis en scène, avec l’éclairage qui leur revient, une longue saga sur l’investissement des femmes durant la Grande Guerre. Lorsque ses héroïnes sont fictives, elles ont toujours un lien étroit avec les femmes qui ont fait la Grande Histoire. Dans ses plus jeunes années, elle s’est laissé guider par la poésie et elle a publié quelques recueils.

Puis elle s’est tournée vers le journalisme d’entreprise auquel elle a consacré sa carrière tout en écrivant ses romans. Depuis son jeune âge, l’écriture a toujours tenu une grande place dans son quotidien. Un choix qui se poursuit.

La suite

BONNE LECTURE
CLAUDE LAMBERT
le dimanche 17 octobre 2021

L’ODYSSÉE DU TEMPS, livre 1 ARTHUR C. CLARKE

L’OEIL DU TEMPS

*Josh fut le premier à entendre le crépitement. Il
se tourna vers l’est pour voir les nuages de
poussière soulevée dans les airs. Ça recommence.
J’ai déjà entendu ça. Rudy, accaparé par le
déferlement de violence en cours marmonna : Qu’
est-ce qu’il y a encore ? *
(Extrait : L’ODYSSÉE DU TEMPS, tome 1 L’ŒIL DU TEMPS,
Arthur C. Clarke, Stephen Baxter, édition originale, 2003,
édition de consultation : Bragelonne, 2010, 381 pages. Version
audio : Hardigan 2017, durée d’écoute : 11 heures 3 minutes,
narration : Arnauld Le Ridant.)

En un instant, une force inconnue a morcelé la Terre en une mosaïque d’époques, de la préhistoire à l’an 2037. Un gigantesque puzzle qui résume l’évolution de l’espèce humaine. Depuis, des sphères argentées planent sur toute la planète, invulnérables et silencieuses. Ces objets mystérieux, issus d’une technologie prodigieuse, sont-ils à l’origine de ces bouleversements ? La réponse se trouve peut-être dans l’antique cité de Babylone, dont proviennent des signaux radios… Une poignée de cosmonautes et de casques bleus sont jetés dans cette situation incroyable, les uns dans l’armée d’Alexandre le Grand, les autres aux côtés des hordes de Gengis Khan ! Tous convergent vers Babylone, déterminés à connaître son secret… et accaparer le pouvoir qu’elle recèle. Mais une puissance mystérieuse observe les deux armées, attendant l’issue de la bataille…

MORCELLEMENT TEMPOREL
*La lente rotation du vaisseau offrait maintenant à Kolia
une vue de l’immense disque de la terre. Ils survolaient
l’Inde en train de s’enfoncer dans le crépuscule. Au nord
du sous-continent, l’ombre des chaînes de montagnes
s’allongeait mais il paraissait y avoir des changements
à la surface de la terre. Des tavelures, comme le jeu des
reflets du soleil sur le front d’un lac aux eaux agitées.
(Extrait)

Au départ, tout m’a attiré dans ce livre : la page couverture, le synopsis, la réputation des auteurs et le titre qui évoque un de mes thèmes favoris dans l’univers de la science-fiction : LE TEMPS et bien sûr, ce qui découle du thème : voyage dans le temps, paradoxes temporels, compression de l’espace et du temps. Lire des histoires qui manipulent le temps est une passion pour moi car la plupart du temps, ces histoires posent des problèmes qui constituent pour le lecteur un véritable défi.

Voyons ce qui se passe dans L’OEIL DU TEMPS : Nous sommes en 2037, l’hélicoptère Little Bird des Nations unies s’écrase au Pakistan avec son équipage formé des trois officiers, l’Américain Casey Othic, la Britannique Bisesa Dutt, et l’Afghan Abdikadir Omar. Un évènement extraordinaire va alors basculer la vie de nos héros. Les naufragés, qui sont tous sains et saufs, sont alors capturés par des soldats de l’empire britannique de l’an 1885 et ramenés dans la forteresse de Jamrud, sur la frontière du Nord-Ouest où ils feront la connaissance du célèbre écrivain britannique Rudyard Kipling. Toutefois, en 1885, Kipling est jeune et encore inconnu. Que s’est-il passé…un saut de 2037 è 1885.

Nos héros ont été victimes d’une déchirure du temps, une discontinuité temporelle qui a départagé le monde en portions spatio-temporelles et va le reconstruire,  forçant Casey, Bisesa et Abdikadir à forger des alliances improbables avec des gens d’époques différentes. C’est ainsi que Rudyard Kipling s’est retrouvé dans le décor et qu’on assiste au déplacement de deux méga-armées : celle de Gengis Khan (1155-1227) fondateur de l’Empire Mongol et l’armée d’Alexandre Le Grand (356 avant J.C.-323 avant J.C.) considéré comme un des plus grands généraux de l’histoire et qui a présidé pendant 20 ans aux destinées de la Macédoine.

La discontinuité spatio-temporelle réunit deux personnages historiques de premier plan dont les armées convergent vers Babylone, source d’un signal et même d’un mystérieux pouvoir. Ces évènements sont observés de très près par des sphères étranges que l’auteur appelle *des oeils* et qui s’alignent tout le long du parcours de nos héros dans cette terre refaçonnée par un caprice du temps. Mais en fait, s’agit-il d’un caprice ou d’une machination?

C’est un roman plein de trouvailles, riche en histoire et en science bien sûr, je pense à la célèbre théorie de la relativité du non moins célèbre Albert Einstein et de la théorie des cordes qui expliquerait la réorganisation de l’espace conjuguée avec celle du temps. J’avais peur que les auteurs se perdent dans des envolées scientifiques interminables. Mais non. Je dirais que le roman est parfaitement en équilibre. Il est magnifiquement documenté sur les plans de l’histoire, de la science et de la géographie. L’histoire a été bien imaginée et bien travaillée. On sent que les auteurs ont vraiment travaillé fort à chercher une vraisemblance quant aux effets d’un morcellement du temps et de l’espace.

La richesse des dialogues est aussi digne de mention. Nos héros philosophent sur le devenir de l’humanité, les mécanismes du temps et bien sûr sur les paradoxes temporels : *Ces deux-là sont un seul et même homme, le moinillon et le vieux lama réunis par les failles temporelles et le garçon sait que quand il sera vieux, il se verra un jour tout jeune arrivé à la steppe…* (Extrait)

Dans ce livre, la matière à se creuser la tête ne manque pas et c’est un vrai régal. Par exemple, dans L’ŒIL DU TEMPS, si Kipling meurt jeune et inconnu, est-ce que ses écrits célèbres disparaîtront si on tient compte du fait qu’ils n’ont jamais été écrit. Il y a beaucoup à dire sur un livre comme celui-là mais je dois me limiter et je terminerai avec les personnages. Je les ai trouvés bien travaillés, soignés et d’une belle profondeur et ils sont attachants. On est bien quand ils sont là.

Bref, très bon livre. L’histoire est assortie d’une intrigue solide comprenant des sous-intrigues qui seront finalement résolues au fil de la saga comme les mystérieuses sphères. Le domaine mystérieux du temps y est abordé d’une façon crédible et originale. Excellent divertissement.

Sir Arthur C. Clarke (1917-2008) est l’un des plus grands écrivains de science-fiction de l’histoire avec H.G. Wells et Isaac Asimov. Il a livré d’innombrables classiques et des chefs-d’œuvre tel que le célèbre 2001 : l’odyssée de l’espace. À ce propos, Le 10 septembre 2007, alors qu’il ne peut plus se déplacer autrement qu’en fauteuil roulant à cause des séquelles de la poliomyélite, il envoie depuis le Sri Lanka un message de félicitations pour le survol par la sonde Cassini du satellite de Saturne JAPET. Cet évènement représente pour lui une référence à son roman 2001 : l’Odyssée de l’espace.

Son œuvre visionnaire et humaniste a influencé d’autres grands auteurs comme Stephen Baxter. Né en 1957, ce dernier est l’un des chefs de file de la SF contemporaine, avec plus de trente romans à succès, dont Voyage et Les Vaisseaux du temps.

Auteur très prolifique si on ajoute à ses trente romans plus de 150 nouvelles, Baxter écrit de la science-fiction critique, pointilleuse, basée sur des découvertes technologiques et scientifiques solidement attestées. La conquête spatiale et les défis technologiques, politiques et humains qu’elle pose font parties de ses thèmes de prédilection (Titan, Voyage, Poussière de Lune). Il situe ses œuvres dans un futur proche, ou même revisite le passé pour recomposer l’histoire de la conquête spatiale, ce qui ne l’empêche pas du tout de cultiver un sens aigu de l’intrigue.

LA SUITE

Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 19 septembre 2021

 

CHARLES LE TÉMÉRAIRE, l’intégrale d’YVES BEAUCHEMIN

*Les sectes ambitionnaient de plus en plus de remplacer les organisations paroissiales en pleine débâcle et tentaient pour cela de répondre dans la mesure de leurs moyens aux différents besoins de la vie quotidienne familiale. Peut-être un emploi l’attendait-il qui lui permettrait de…voyager un peu partout au Québec… Le romancier inaccompli en lui le réclamait avec force* (Extrait : CHARLES LE TÉMÉRAIRE, Yves Beauchemin, Fidès, éd. Or. 2006. Post-édition numérique, 1 320 pages)

Né en 1966, dans un quartier populaire de l’est de Montréal, Charles Thibodeau est de la trempe des véritables héros, qui savent transformer les mauvais coups du sort en revanches sur le destin. On le croyait mort à sa naissance ? Plus vigoureux que jamais, il revient à la vie entre les mains de l’ambulancier qui l’accueille dans ce monde. Sa mère meurt alors qu’il a quatre ans. Son père est un ivrogne calamiteux.

Qu’à cela ne tienne ! Vif, intelligent, débrouillard, candide, le gamin se dote d’une vraie famille grâce à quelques alliés précieux : le quincaillier Fafard, une maîtresse d’école compatissante, l’épagneul Bof, créature du bitume, tout comme son maître, et tant d’autres encore… Autour de ce téméraire de charme gravite ainsi tout un monde de personnages attachants, qui font un heureux contrepoids à certaines figures maléfiques que l’existence jettera sur sa route.

Roman d’apprentissage, Charles le téméraire est une fresque aussi ambitieuse que remarquable. De la garderie à l’école, du camp de vacances à la salle de billard, Charles grandit, et avec lui le Québec effervescent de la seconde moitié du XXe siècle. Au cours de cette passionnante chevauchée, le lecteur aura vu la crise d’Octobre 70 à travers les yeux d’un enfant, il aura découvert Balzac avec la sensibilité à fleur de peau d’un adolescent qui, nouveau Rastignac, entre dans l’âge adulte en s’écriant : À nous deux, Montréal ! Yves Beauchemin est au sommet de son art.

Une peinture sociale
*Le plus cruel d’entre tous (soucis), celui qui lui
faisait passer des nuits blanches pendant
lesquelles il avait l’impression de dormir sur
un lit d’aiguilles et qui l’empêchait même
parfois de satisfaire les désirs légitimes de son
épouse, était la question du référendum*

(Extrait, tome 3)

Pour apprécier le récit de Beauchemin, il convient de bien cerner le personnage principal, Charles Thibodeau, car c’est toute l’histoire qui repose sur ses attributs physiques, sociaux et politiques. Je dis physique parce que Charles est un beau garçon et il fera un bel homme. C’est un détail important car il fera autant son bonheur que son malheur. Charles est issu d’une famille dysfonctionnelle, père alcoolique et violent.

Tout jeune enfant, sa mère meurt suivie de sa petite sœur Madeleine. Après des sévices psychologiques et physiques, Charles sera recueilli par la quincailler Fernand Fafard et sa femme Lucie. Cette enfance pénible amènera Charles à devenir un peu excessif, impulsif, peu patient. Rien d’excessif.

À l’opposé, il est très intelligent, volontaire, doué pour le français, le journalisme et pour gagner la confiance des chiens même les plus féroces, un détail qui a toute son importance. Sur le plan politique, Charles ne sera pas actif en tant que tel mais il développera une sympathie pour l’indépendance du Québec, comparant l’avancée politique du Québec de l’époque à la démarche d’une tortue.

J’ai lu la trilogie éditée en un seul volume numérique. Ça fait tout de même un pavé de 1 350 pages. Je peux vous assurer que je ne me suis jamais ennuyé. J’ai souffert avec Charles, j’ai partagé ses joies, ses peines. Parfois, j’avais envie de le féliciter de l’encourager, d’autres fois, je lui aurais botté les fesses. Sa démarche amoureuse est compliquée et l’auteur la développe habilement sans tomber dans la mièvrerie.

À travers le quotidien de Charles, c’est tout une fresque sociale que peint Yves Beauchemin. En effet, Charles sera au cœur d’effervescences historiques qui ont secoué le Québec. La crise d’octobre 1970, les référendums de 1980 et 1985, la crise du verglas de 1998, la fusillade au parlement de Québec, 1984.

À travers tous ces évènements, Charles a développé un don pour la littérature, l’écriture, les relations publiques et il aura été entouré d’une magnifique brochette de personnages aussi attachants les uns que les autres : *…et puis Lucie et Fernand, Rosalie et Roberto, Bof, le notaire Michaud et sa drôle d’Amélie, mademoiselle Laramée, Simon l’ours blanc, le frère Albert, Blonblon, Henri, Céline et même Sylvie, si froide et distante qui a su le soutenir, elle aussi, à sa façon. Cela fait beaucoup de monde, comme une petite troupe qui l’a épaulé dans son combat contre des ennemis quelques fois redoutables. * (Extrait) sans oublier Bernard Délicieux, un personnage aussi singulier que son patronyme qui a semé un petit quelque chose dans l’esprit de Charles qui aura contribué à canaliser son impatience et à le maturer : *Vous savez Charles, tout commence par un début…* (Extrait)

Comme cela m’est arrivé dans la lecture d’un autre chef-d’œuvre d’Yves Beauchemin, LE MATOU, CHARLES LE TÉMÉRAIRE m’a fait ressentir beaucoup d’émotions comme par exemple toutes les pages consacrées à la crise du verglas décrite avec une intensité dramatique remarquable mettant en perspective les élans de solidarité et d’entraide qui caractérisent les québécois.

Les aventures sentimentales de Charles, les premières en particulier, ont été traitées avec beaucoup de doigté. Le rythme de la plume permet d’approfondir chaque personnage mais il n’y a pas de longueurs. Le langage est coloré à la québécoise mais sans excès. CHARLES LE TÉMÉRAIRE est une l’œuvre extraordinaire d’un conteur de talent. L’écriture est simple et touchante et laisse une bonne place aux rebondissements.

La lecture de ce livre a été pour moi un pur délice.

Né à Rouyn-Noranda, Yves Beauchemin est un écrivain phare de la littérature québécoise. Auteur des célèbres romans Le Matou, Juliette Pomerleau, et La Serveuse du Café Cherrier, il est membre de l’Académie des lettres du Québec. En 2011, il s’est vu décerné le prix Ludger-Duvernay, qui souligne la contribution exceptionnelle d’un écrivain au rayonnement du Québec. Dans Les Empocheurs, il s’amuse avec  verve et humour  à railler la gourmandise pour l’argent et le pouvoir de certains de nos contemporains. Plusieurs de ses livres ont remporté des prix dont LE MATOU, prix du roman de Cannes 1982.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 1er août 2021

HIVER ROUGE, par l’auteur du VILLAGE : DAN SMITH

*Serrant les dents, je baissai la tête. J’avais besoin de ma famille. Elle seule pourrait dissiper les ténèbres qui, chaque jour un peu plus, engloutissaient mon âme. Elle était forcément là, quelque part. Il fallait que je la trouve.* (Extrait : HIVER ROUGE, Dan Smith, t.f. : Éditions du Cherche-Midi,  collection thrillers, 2015, édition numérique et de papier, 470 pages)

1920, Russie centrale. La terreur s’est abattue sur le pays. À la mort de son frère, Nikolaï Levitski a déserté l’Armée rouge pour aller l’enterrer dans son village. Mais lorsqu’il arrive dans la petite communauté, perdue en pleine nature, c’est la stupéfaction. Les rues sont vides et silencieuses. Les hommes ont été massacrés dans la forêt alentour, les femmes et les enfants ont disparu. Nikolaï se met alors sur la piste des siens. C’est le début d’une quête aussi désespérée que périlleuse dans une nature hostile, au cœur d’un pays ravagé par la guerre civile.

C’est donc une enquête palpitante qui s’amorce au cœur de la Russie Bolchévique. Famine et combats dans un cadre historique. Tel est le menu que propose Dan Smith.

La sombre réalité du totalitarisme
*on les tuera tous. Je nous imaginai, nous barricadant
dans cette isba minuscule au toit crevé pour attendre
Larrivée de Kroukov et de son unité de soldats bien
entraînés, mais ce scénario ne pouvait sachever que dans
Un bain de sang. Le nôtre.*
(Extrait : HIVER ROUGE)


HIVER ROUGE est le récit de Nikolaï Levitsky, soldat déserteur, ancien membre de la Tcheka
qui s’est réveillé à peu près à temps pour se rendre compte que la Tcheka n’était qu’un vaste crime contre l’humanité allant au-delà de toutes les horreurs imaginables. Au passage, je note que la Tchéka n’est qu’une des idées tordues et idiotes de Lenine pour mettre le peuple russe au pas en utilisant la terreur et la violence.

Donc nous sommes en 1920, à la mort de son frère Alek, Nilolaï déserte l’armée pour regagner son village afin d’enterrer son frère. À son retour au village, stupéfaction et consternation.

Nikolaï constate avec horreur que tout le monde a été massacré ou enlevé. La vision d’horreur qui s’offrait à lui prouvait la visite des exécuteurs les plus cruels de la doctrine bolchévique : les tchékistes. Alors, le déserteur entreprend une quête qui sera très dure : retrouver sa famille disparue, sa femme Marianna et ses fils Pavel et Micha. 

Tout en avançant et en se faisant quelques rares alliés, Nikolaï développe la certitude que le redoutable Kochtchei, personnage horrible et cruel des contes russes se serait incarné pour faire souffrir davantage le peuple russe.

Cette histoire, très bien ficelée développe donc une quête très rude au cœur de l’immensité glaciale de la Russie et qui met en perspective les abus du totalitarisme qui n’a jamais eu de respect pour la vie humaine :

*Rien de ce que j’avais pu voir au cours de la guerre n’était plus perturbant que le tableau macabre qui s’offrait à mon regard. Après toutes ces années, je ne savais que trop bien de quelles horreurs les hommes étaient capables les uns envers les autres, mais je n’avais jamais vu une telle variété d’atrocités réunies au même endroit. * (Extrait) 

La plume est très directe, très dure. Je n’ai pas eu l’impression de *poudre aux yeux*. Une petite recherche rapide confirme les bassesses sans noms imposées par des dégénérés comme Lenine au nom de la révolution.

L’ouvrage est donc crédible et son caractère réaliste est de nature à secouer le lecteur : *Et merci à vous. –Pourquoi ? –Pour ne pas m’avoir tué. » Et ces mots confirmèrent pour moi quel terrible pays notre patrie était devenue, pour qu’un homme arrive à en remercier un autre de l’avoir laissé vivre. * (Extrait) 

Le livre aurait pu s’intituler HIVER ROUGE dans un enfer blanc, tellement l’auteur met en évidence la rudesse du climat de l’hiver russe : froid mordant, neige, glace, vents, bourrasques. Survivre dans ces conditions est un pari.

Ce froid, je l’ai ressenti. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai dû lire le livre avec une *petite laine*, mais la justesse du ton et la sensibilité de la plume m’ont atteint : *…c’était le pouvoir de la neige. Elle recouvrait tout, de la boue et des feuilles couleur de flamme de l’automne aux sons de la forêt et aux corps laissés dans le sillage des armées et des oppresseurs.* (Extrait)

C’est un thriller dur, qui m’a fait frémir. Au-delà des horreurs qu’on découvre, on y trouve des éléments de réflexion sur la valeur de la vie et les difficultés pour des sociétés de s’organiser dans le respect des droits et libertés face à la soif de pouvoir et d’ambition de bouchers despotes comme Lénine et Hitler qui ont répandu leur crasse sur l’histoire. 

Je n’ai pas réussi à m’attacher totalement au personnage principal entre autre à cause de son stoïcisme et parce qu’il avait beaucoup de choses à cacher jusqu’à la fin. Mais son enquête est très intrigante, doublée d’une traque, une chasse à l’homme. Et cette intrigue, elle est bien bâtie. Elle mystifie le lecteur autant que le caractère enveloppant de la forêt russe.

C’est un roman de tension et de violence qui donne une place, petite mais douce, à l’amour et à l’amitié. C’est une lecture qui secoue et qui ne laisse pas indifférent…un coup de cœur.

Dan Smith a grandi en suivant ses parents de par le monde. Il a vécu en de nombreux endroits, notamment en Sierra Leone, à Sumatra, dans le nord et le centre du Brésil, en Espagne et en Union Soviétique.

Aux dernières nouvelles, il habitait Newcastle avec sa famille. Son premier roman, DRY SEASON, a fait partie des œuvres sélectionnées pour le BEST FIRST NOVEL AWARD de l’Authors’club et a été nominé pour le prix littéraire international IMPAC d Dublin. Juste avant la publication de HIVER ROUGE, son livre LE VILLAGE a connu un grand succès.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 18 juin 2021

L’ANTRE DE LA HAMMER partie 2, Marcus Hearn

*L’objectif de ce livre n’est pas de proposer une histoire exhaustive de la Hammer, mais de partager le meilleur de ses archives, film par film. Les classiques sont présentés aux côtés d’une sélection judicieuse d’autres titres, tous datés de l’année où la production a débuté.* (Extrait de L’ANTRE DE LA HAMMER, introduction)

Si vous voulez d’abord revenir
sur la première partie de
l’article, cliquez ici.

.

LA MYTHIQUE MAISON

*Le scénariste Anthony Hinds imagina une intrigue qui voyait le baron de Peter Cushing s’enfoncer plus encore dans la dépravation, et le réalisateur Terence Fisher baigna le film dans une atmosphère sombre et décadente…FRANKESTEIN AND THE MONSTER FROM HELL sortit finalement en 1974, six ans avant la mort de Terence Fisher.

Le dernier des films traditionnels à la Hammer était aussi le dernier chapitre de la carrière du plus grand réalisateur de la compagnie.* (Extrait de L’ANTRE DE LA HAMMER, de l’article : FRANKENSTEIN ET LE MONSTRE DE L’ENFER, p 150-151)

Comme je l’ai indiqué dans la première partie de cet article, la Hammer a occupé une place importante dans ma vie. Pendant mon enfance mais surtout dans l’adolescence, je surveillais chaque sortie de film, étudiais longuement chaque affiche, surveillais l’horaire des films à la télé.

Je recherchais tous les articles des revues spécialisées qui suivaient les carrières de mes acteurs fétiches… Boris Karloff, Vincent Price, Peter Cushing, Christopher Lee, Barbara Shelly, Betty Davis, Michael Ripper et plusieurs autres… et même encore aujourd’hui je reste à l’affût. C’est avec une joie indescriptible que j’ai dévoré le livre de Marcus Hearn L’ANTRE DE LA HAMMER, je parle de la réédition de 2016 revue et augmentée.

Lire ce livre, c’est pénétrer dans la crypte de la Hammer, s’accaparer un héritage d’une extraordinaire richesse. Ce livre m’a d’autant plus comblé que j’ai découvert des aspects de la Hammer qui m’étaient inconnus ou sur lesquels j’étais très peu documenté comme par exemple, la série QUATERMASS EXPERIMENT de Nigel Kneale qui a eu dans les années 1950 un impact énorme sur les spectateurs et sur la critique.

Autre exemple : The CURSE OF FRANKESTEIN qui fût le premier film d’horreur gothique, à la source de la notoriété internationale de la Hammer et qui introduisit un des piliers du cinéma d’épouvante : Peter Cushing…

Dans cet ouvrage exhaustif, j’ai passé en revue toutes les productions de la Hammer à travers des documents inédits dont des correspondances, lettres, notes privées, dessins et maquettes et des photos par centaines dont certaines sont très rares. Dans ce livre, il n’y a pas de commentaires analytiques sur les tendances de la Hammer.

Ce n’est pas non plus une anthologie. Ce livre, c’est LA HAMMER : son évolution, ses artisans, ses héros et son matériel promotionnel particulièrement abondant. J’y ai découvert entre autres que la Société Britannique produisait des films dans tous les genres : comédies, fantastiques, polars, historiques et même des films classés X dans les années 50.

Évidemment, la notoriété de la Hammer repose sur l’horreur et l’épouvante avec entre autres un des personnages les plus exploités dans l’histoire de la Hammer : Dracula qui a permis de mettre en scène un des acteurs les plus productifs de l’histoire : Christopher Lee.

J’ai passé un extraordinaire moment de lecture et de visionnement. C’est un véritable livre de collection, luxueux présentant un graphisme superbe, papier glacé, une présentation globale très agréable, bourré de photos et d’annotation comportant beaucoup d’inédits y compris des détails sur les projets avortés. Une fête pour les yeux et l’esprit, que vous soyez inconditionnel de la Hammer comme moi ou néophyte.

J’ai fait beaucoup de découvertes et j’ai compris que le cinéma d’aujourd’hui ne serait peut-être pas le même s’il n’avait subi l’influence et l’attraction de la Hammer. En tout cas, une plongée au cœur des archives de la société anglaise m’en a convaincu. Comme son auteur est reconnu comme l’historien officiel de la Hammer, vous aurez entre les mains un livre d’histoire complet, attractif et passionnant.

Et un petit détail en passant…vous connaissez bien Daniel Radcliff pour avoir incarné Harry Potter, L’ANTRE DE LA HAMMER vous le fera connaître sous un jour nouveau et différent.

Je recommande fortement L’ANTRE DE LA HAMMER…un moment d’évasion total…

Marcus Hearn est un auteur natif du Royaume-Uni. Il est aussi éditeur et spécialiste de la Hammer, qualifié par plusieurs d’historien de la célèbre firme. Après avoir amorcé sa carrière chez Marvel en 1993, Hearn écrit pour quelques journaux et contribue aux livrets de près d’une centaine de DVDs. Son œuvre comprend les biographies de cinéastes tels George Lucas, réalisateur de Star Wars et Gerry Anderson. Hearn est aussi chercheur associé au Centre Télévisuel Historique de Cinéma et l’historien officiel de de la Hammer.
Il est aussi l’auteur de L’ART DE LA HAMMER. (voir plus bas)

À LIRE AUSSI

Il y a plus de cinquante ans, avec la sortie de La Malédiction de Frankenstein et la performance légendaire de Christopher Lee dans Dracula, la Hammer a ouvert une nouvelle ère dans le cinéma, mêlant le sexe et l’horreur avec un style et un panache qui ont fait la renommée mondiale de la petite société britannique. L’art de la Hammer rassemble les meilleures et les plus emblématiques affiches de films produits pour le studio Hammer, des œuvres rares venues du monde entier. Mettant en vedette les plus grands films Hammer, dont La Malédiction de Frankenstein, la série Dracula, et bien d’autres encore.

Bonne Lecture
Claude Lambert
le samedi 23 janvier 2021