LE PROJET ALICE, livre de MARLÈNE CHARINE

*Pourriez-vous me donner votre nom ? Tout
naturellement, j’ouvre la bouche pour
répondre. Mais aucun son n’en sort. Parce
que je ne sais pas. Je ne sais pas qui je suis.
cette fois, la panique me submerge.*
(Extrait : LE PROJET ALICE, Marlène Charine,
ÉditionsNL.com édition numérique, 400 pages)

Dans un futur très proche, au nord-est des États-Unis, un commando exfiltre une jeune femme d’une base appartenant à l’Agence, une organisation scientifico-militaire. À peine a-t-elle eu le temps de s’affubler du nom d’Ellie Kay qu’une course-poursuite commence. Traquée d’un côté par l’Agence qui cherche à la récupérer, manipulée de l’autre par ceux qui prétendent l’avoir sauvée, Ellie découvre les premiers aspects de sa personnalité : un naturel impatient, d’incroyables aptitudes au tir et au combat rapproché, mais aussi un talent remarquable au violoncelle. Chargé de la remettre en forme, Sean, un membre de l’équipe, la pousse à ses limites, de manière parfois brutale. Une rudesse qui n’est rien en comparaison avec les révélations qui l’attendent au détour d’un voyage en Europe…

CLONE À L’HORIZON
*Réfléchis à ce que tu sais
pour t’aider à trouver ce que tu ignores.
Que sais-je ?*
(Extrait : LE PROJET ALICE)

C’est une histoire originale qui malgré quelques longueurs et digressions, mérite toute votre attention. Voyons d’abord le contenu : Une jeune femme appelée Ellie est arrachée des griffes d’une mystérieuse organisation qui se fait appelée L’AGENCE. Au premier regard, l’agence a des buts nobles comme la création de vaccins ou le développement de moyens efficaces de vaincre le cancer.

Mais cette noblesse camouffle des intentions hégémoniques du genre à organiser d’abominables génocides pour réduire la population mondiale : *Des millions de jeunes filles vaccinées devenant incapables de concevoir. Une génération entière rayée des statistiques. Un massacre raffiné…plus efficace qu’une guerre de territoire, sans aucune goutte de sang versé, mais pas moins terrifiant…>(Extrait) , dominer des peuples militairement, créer et conditionner des clones pour tuer avec indifférence et sans demander d’explications.

Ellie est une de ces clones, conditionnée et reconditionnée pour des horreurs sans noms commises sous le nom de Seven. Vous devinez donc qu’Ellie est le 7e clone d’une même personne : Suzan, principal cobaye d’une odieuse expérience appelée PROJET ALICE, Alice étant la première issue d’un même code génétique. Ça va comme ça jusqu’à Eleven. Ellie finit par être exfiltrée de cette diabolique organisation par un groupe appelé les Fraternels.

Les Fraternels et Ellie, qui cherche sa meilleure identité : *Je ne m’attendais pas à trouver le *petit manuel du clonage facile* ou le *Comment cloner sa fiancée en 10 étapes*. Ça serait juste sympathique d’en savoir un peu plus sur moi.> (Extrait)… n’ont maintenant qu’un objectif : rayer l’Agence de la carte. Il sera extrêmement dangereux de s’opposer à une organisation qui se caractérise par un irrespect total de la vie et une absence complète de scrupules.

J’ai été fasciné par l’imagination, la recherche et de la sagacité que l’auteure a investi dans son histoire. Je sais que la science est très avancée dans la connaissance de l’ADN. Aussi LE PROJET ALICE a provoqué en moi un véritable brassage d’émotions. L’intrigue est prenante et l’ensemble est non seulement crédible mais il m’a amené à faire une recherche sur des questions d’éthique qui demeurent pour moi une énorme zone grise : Est-ce qu’il y a des raisons sérieuse de créer un clone? Est-ce qu’un clone peut avoir une existence sociale reconnue? Une identification?

Est-il comme les autres, avec une âme, une conscience, un libre arbitre? Si un clone n’a pas de reconnaissance sociale formelle, est-il sacrifiable à la science ou pire encore au pouvoir militaire? Peut-on conditionner et reconditionner cérébralement un clone jusqu’à le tuer sans aucun égard aux responsabilités? Le clonage est-il un crime contre la dignité? Où en est-on avec la bioéthique? Je pourrais continuer sur plusieurs pages. Il y a au moins une réponse : LE CLONAGE HUMAIN EST INTERDIT. J’imagine que ça peut être contourné.

Bien sûr dans LE PROJET ALICE, il y a un mélange de fiction et de réel. On ne peut pas vraiment parler d’anticipation car le sujet développé est très actuel. Le rythme du récit est très rapide et il faut parfois s’accrocher car le fil conducteur du récit dérive parfois, l’auteure s’étend parfois longtemps sur Ellie, ses interactions complexes avec les autres sur le plan sentimental par exemple, sans compter un copinage chez les membres des fraternels qui fait un peu ado. Il ne faut pas oublier les multiples identifications d’Ellie.

Elle se cherche. Le lecteur va chercher lui aussi. Il n’empêche que l’intrigue est développée intelligemment. Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer malgré une finale interminable style *bon enfant* qui laisse entrevoir la possibilité d’une suite. Je n’ai aucune idée des intentions de l’auteur à cet effet.

C’est donc un bon thriller que je vous recommande. Il est réactif sur le plan de l’éthique, nerveux sur le plan de l’écriture et captivant sur le plan de la lecture. Pour moi personnellement, il ne m’a pas laissé indifférent. Il ne faut toutefois pas perdre de vue que LE PROJET ALICE est une fiction dans laquelle on a inséré des éléments de la réalité, le tout dans un cadre d’action et d’aventure impliquant des personnages sympathiques mais bien campés et solides.

En terminant, je veux préciser que le clonage reproductif chez l’individu est rejeté quasi unanimement et sans équivoque car non-éthique et irresponsable au niveau médical. Selon les conventions nationales et internationales, le clonage à des fins de production artificielle d’un individu est interdit. Voir à ce sujet les aspects éthiques du clonage.

Née en 1976 en Suisse, Marlène Charine a décidé qu’une vie, même bien remplie, ça ne suffisait pas. Elle a donc commencé à écrire de manière à expérimenter plusieurs existences différentes, toujours teintées d’imaginaire. Les graines magiques semées ici et là commencent à porter leur fruit en 2016 avec la publication de son premier roman, LE PROJET ALICE et de plusieurs nouvelles. Intéressé à visiter son blog ? Cliquez ici.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 5 juin 2020

LA CONSPIRATION DE ROSWELL, BOYD MORRISON

*Le cataclysme de la Toungouska s’était produit
en l’espace de quelques secondes, un flash
aveuglant dans le ciel immédiatement suivi par
une détonation tonitruante, comme si un million
de canons avaient tonné à l’unisson.*
(Extrait : LA CONSPIRATION DE ROSWELL, Boyd
Morrison, pour cette édition : les éditions Bragelonne
2015, numérique et papier, 425 pages numériques.)

Une organisation terroriste est sur le point d’achever la fabrication de l’arme électromagnétique la plus puissante de tous les temps. Pour la faire fonctionner, elle doit s’emparer d’un mystérieux composant trouvé à Roswell, aux États-Unis, un peu après le crash, en plein désert d’un objet volant non identifié. Une vieille femme prétend posséder ce composant. En acceptant de rencontrer cette femme, Tyler Locke était loin de se douter qu’il serait précipité dans une des plus grandes affaires d’espionnage du siècle et qu’il ferait face à une des plus sérieuses menaces qu’ait connue l’humanité. Dorénavant, le temps est la denrée la plus précieuse.

AVANT-PROPOS :

L’affaire de Roswell concerne l’écrasement, près de Roswell au Nouveau-Mexique, en juillet 1947, de ce qui serait, selon plusieurs versions, un objet volant non identifié, un ovni. Pour les Ufologues, cet élément signifie que la terre a été visitée par une civilisation extra-terrestre avancée.

Pour les autorités militaires et les sceptiques, c’est un mythe moderne, issu de mécanismes sociaux-psychologiques. Le gouvernement américain dit qu’il s’agit d’un ballon-sonde ultra secret. Les partisans de la thèse extra-terrestre soutiennent que l’épave a été récupérée et dissimulée par les militaires. Le phénomène est devenu hyper-médiatisé mais l’énigme n’a jamais vraiment été résolue. (Source : wikipédia) (voir aussi Roswell et la zone 51).

ROSWELL : Matière à mystère
*-Oh ! non. Cela provient sans l’ombre d’un doute
du crash de Roswell. –Comment en êtes-vous si
sûre? Parce que je l’ai ramassé là-bas.*

(Extrait : LA CONSPIRATION DE ROSWELL)

C’est d’abord le titre qui m’a attiré car, comme c’est le cas pour des millions de gens, Roswell est un lieu-évènement qui m’intrigue toujours. En attendant qu’on retrouve la réponse à nos questions dans les basses fosses de la zone 51, voyons ce que dit cette intrigue au rythme très élevé…haletant comme on dit souvent dans les critiques. Ce n’est pas exagéré ici.

L’enjeu de LA CONSPIRATION DE ROSWELL est l’acquisition du Killswitch, une arme terrifiante dont la puissance est décuplée par le xénobium : un métal inconnu sur terre et qui fait office de détonateur. Donc on le considère comme extra-terrestre. En explosant, cette bombe libère une charge extrême de rayons gamma tuant tout le monde dans un large périmètre. Ajoutons à cela que si cette bombe explosait dans l’ionosphère, ce serait la destruction immédiate de toutes les puces et autres matériels électroniques sur une surface aussi énorme que celle des États-Unis.

*Tous les avions à portée de l’impulsion électromagnétique s’écraseront. Les hôpitaux se retrouveront sans électricité. Et sans camion de pompier en état de marche ni de stations de pompage des eaux, les incendies se propageront en toute liberté. Les réacteurs nucléaires des centrales se mettront à fondre. En gros, nous parlons d’un des pires cas d’attaque terroriste qu’il soit possible d’imaginer.* (Extrait)

LA CONSPIRATION ROSWELL est une course effrénée contre la montre car tout le monde veut mettre la main sur le xénobium : les gouvernements, l’armée, les agences secrètes et le FBI et spécialement un disgracié russe appelé Coltchev qui veut retrouver son honneur chez les *tovaritch* de l’Union Soviétique en punissant les méchants États-Unis et je complète la liste avec le célèbre Tyler Locke, agent américain, personnage récurrent dans la bibliographie de Boyd Morrison. Locke et plusieurs autres personnages veulent sauver leur pays d’une arme qui le ramènerait à l’âge de pierre.

La beauté de ce livre est issue d’un savant mélange de fiction et de réalité. Si le xénobium est une fiction, beaucoup d’évènements et de lieux avérés ont été insérés avec brio dans l’histoire. Par exemple, la mystérieuse explosion dans la Toungouska sibérienne en 1908, qui est encore une énigme aujourd’hui, la base de la défense de Pine Gap en Australie, aussi impénétrable que Fort Knox. Pourquoi ? L’île de Pâque et ses étranges statues, les symboles et les lignes de Nazca…tous ces mystères n’ont jamais eu d’explications satisfaisantes et suggèrent tous la visite d’extra-terrestres.

Le livre comporte des faiblesses qui peuvent devenir autant d’irritants. D’abord, il y a des passages très techniques. C’est compliqué, ça détourne l’attention et ça m’a fait fermer le livre quelques fois. Ensuite, l’auteur accuse un peu d’errance par moment et c’est sans rapport avec la psychologie des personnages, celle-ci étant peu développée à mon avis. Enfin, il y a l’éternel cliché : les bons américains et les mauvais russes.

Morrison avait une chance en or d’innover, de mettre dans une voie de garage un vieux standard de la littérature : les russes, pas gentils, qui donnent de la misère à ces parangons de vertus que sont les pauvres américains. Ça me tape sur les nerfs. Je complèterai par une finale très tirée par les cheveux traduisant un manque d’idées.

Le rapport de forces et de faiblesses est passablement équilibré si je tiens compte du fait que l’histoire m’a fait beaucoup voyagé et ça…j’aime beaucoup : la visite des sous-sol de l’Île de Pâque m’a particulièrement impressionné, et Nazca aussi avec ses symboles étranges qui pourraient être, selon une vieille théorie, des balises d’atterrissage.

L’araignée…un des symboles de Nazca

Et il y a bien sûr Roswell (voir avant-propos) là-dessus, Morrison admet lui-même son scepticisme et y va de l’explication d’un sceptique. Bref, on a réponse à rien mais LA CONSPIRATION ROSWELL demeure un *roman qui explore les frontières des possibilités technologiques et propose des explications à des mystères anciens* (Extrait) À vous amis lecteurs, amies lectrices de faire la part des choses. J’aime à croire que les forces ont le dessus sur les faiblesses, je vous recommande donc LA CONSPIRATION ROSWELL.

Le crash de l’ovni à Roswell -extrait du blog de Christian Mace

Boyd Morrison est un auteur américain spécialisé dans le techno-thriler. Il est titulaire d’un doctorat en ingénierie industrielle. Il a d’abord mis sa compétence au service de la NASA puis il a travaillé pour Microsoft, Xbox Games Group et chez Thomson-RCA. Véritable homme-orchestre, Morrison est aussi acteur professionnel. Il est apparu dans des publicités, des pièces de théâtre et même des films.

Comme auteur, Boyd Morrison s’est fait remarquer pour l’intensité de ses thrillers. Il a créé entre autres TYLER LOCKE, dans son premier livre, excellent d’ailleurs : L’ARCHE. Locke deviendra un personnage récurrent de l’œuvre littéraire de Morrison. On le retrouve d’ailleurs dans notre livre du jour : LA CONSPIRATION DE ROSWELL.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 24 mai 2020

HANTISE : LA MAISON HANTÉE, Shirley Jackson

<Voyons se dit-elle, voyons. Ce n’est qu’un bruit, et
un froid terrible, terriblement, affreusement froid.
C’est un bruit au fond du couloir, à l’autre
extrémité. Près de la porte de la nursery, et un
froid terrible. Ce n’est pas ma mère qui frappe le mur.>
(Extrait : HANTISE : LA MAISON HANTÉE, Shirley
Jackson, Éditions Presses Pocket, collection Terreur,
1999, édition numérique, 180 pages.)

Le docteur Montague, intéressé par les phénomènes parapsychologiques, décide de passer un été dans une maison réputée hantée appelée HILL HOUSE. Montague sera accompagné du futur héritier de la maison, et deux femmes qu’il a choisies pour leurs antécédents en paranormal : Théodora et Léonore. Ils se rendent vite compte que les sombres rumeurs sont justes : la maison abrite quelque chose ou quelqu’un…quelqu’un qui ne veut pas se taire. HILL HOUSE est une maison de 80 ans construite par Hugh Crain qui avait des goûts architecturaux très particuliers. La plupart des maisons ont une bonne nature. Certaines sont mauvaises…

UNE BICOQUE BELLIQUEUSE
Un tout petit rire ténu leur parvint, apporté
dans la chambre comme par un courant d’air
un minuscule ricanement teinté de folie, le
plus faible des chuchotements de rire.
(Extrait : HANTISE : LA MAISON HANTÉE)

Encore une maison hantée me direz-vous ? Vous avez raison, le sujet est très réchauffé mais on en a peut-être pas exploité toutes les facettes. Le livre qui nous intéresse aujourd’hui est un classique. Il a corrigé le tir dans certains cas et ouvert la voie dans d’autres cas. Donc comme dans tout classique, il y a des choses qui ne changent pas.

Par exemple, le gentil professeur qui réunit des sujets, autant que possible avec des talents médiumniques afin de vérifier et prouver ses théories : *Mais il comptait bien être récompensé de toutes ses peines par la sensation qui ne manquerait pas de saluer la publication de son ouvrage sur les causes et les effets des perturbations parapsychologiques dans une maison communément dite ‘hantée’.* (Extrait)

C’est l’adaptation du livre à l’écran qui m’a donné l’idée d’entreprendre la lecture du livre. Les deux versions m’ont fait réaliser qu’en général, les auteurs, et surtout les réalisateurs se dépêchent de passer à la violence, l’agressivité, les effets visuels spectaculaires. Dans notre livre du jour, Shirley Jackson installe l’horreur tout doucement, graduellement, donnant une place à l’expression corporelle, au non-dit.

Elle explore avec une lenteur étudiée non seulement la psychologie des personnages, Nellie en particulier, mais aussi à la psychologie de la maison : HILL HOUSE qui…*dressait sa gigantesque tête contre le fond du ciel, sans concessions à l’humanité. C’était une maison sans gentillesse, qui n’était pas destinée à être habitée. Il n’y avait pas en elle la moindre place pour l’homme, ni pour l’amour, ni pour l’espoir* (Extrait)

Le but de l’auteur n’était pas de faire éclater des têtes ou de faire pourrir la chair mais d’installer graduellement une peur qui devient une terreur qui va crescendo. C’est ainsi que le ton s’intensifie et la maison devient alors pire que ce que l’on croyait : *Un réservoir de méchanceté contenue* (Extrait) Il y a une espèce de jeu dans lequel l’auteur tente d’entraîner le lecteur. Ce jeu est en fait celui du docteur Montague qui espère étudier les mécanismes de la peur et arriver à certaines conclusions.

Si le livre a pu me donner l’impression que j’étais un cobaye dans cette étude, c’est je crois parce qu’il a trouvé le ton juste. Ce livre a quelque chose d’hypnotisant. Ses personnages ont été bien développés. En particulier celui de Léonore (NELLIE) dont l’exaltation est un facteur de stress non négligeable. Et encore plus fort : l’énigmatique madame Dudley qui semble la seule à savoir ce qui se passe.

J’ai toutefois trouvé plutôt ordinaire de voir se pointer dans le cours de l’histoire un personnage qui s’insère mal : madame Montague en personne. Une sorte de miss-je-sais-tout qui porte sur les nerfs et accompagné de son sous-fifre : Arthur, un directeur d’école… qui apparemment en sait très long sur à peu près rien. Quant à l’inclusion de ces deux personnages dans l’histoire, je ne suis pas sûr d’avoir bien compris le choix de l’auteur.

Pour toutes les raisons expliquées plus haut, je considère ce livre de Shirley Jackson comme un chef d’œuvre. Ce livre a été plus qu’une addiction pour moi, je suis carrément devenu acteur du drame qui se joue entre les murs de HILL HOUSE. C’est un livre d’horreur écrit avec une grande intelligence et beaucoup d’imagination afin de garder le lecteur alerte. Le talent de Jackson force l’admiration car même lorsque la maison est calme et ses occupants en repos, la grande HILL HOUSE demeure inquiétante. Il y a très peu de coups de théâtre. La force du livre est sa capacité de jouer sur le ressenti et l’atmosphère avec une lenteur calculée et voulue.

Quant à savoir si on doit lire le livre avant de voir le film. Moi, c’est ce que je recommande. Le réalisateur et les scénaristes ont fait de beaux efforts, mais le livre est plus prenant, assorti d’un rythme efficace. J’ajoute que le livre exploite vraiment bien le personnage de madame Dudley, personnage beaucoup plus discret dans le film. C’est donc un bon livre à lire à la lueur d’une chandelle, juste pour le plaisir et vous laissez la porte de votre penderie ouverte. Qui sait si elle ne va pas se fermer toute seule…

Shirley Jackson est une romancière américaine née à North Bennington, Vermont. C’est une spécialiste du récit fantastique et dhorreur. Elle a écrit entre autres NOUS AVONS TOUJOURS VÉCU AU CHÂTEAU, considéré comme un chef d’œuvre. Son livre LA MAISON HANTÉE est tenu par Stephen King pour lun des meilleurs romans fantastiques du XXe siècle. Diplômée de l’Université de Syracuse en 1940, elle épouse la même année lécrivain Stanley Edgar Hyman. Le couple sinstalle au Vermont et donne naissance à quatre enfants, Cette vie familiale rangée et heureuse trouve un écho dans des publications autobiographiques tardives de Shirley Jackson. En 1948 paraît THE ROAD THROUGHT THE WALL, un premier roman dhorreur, suivi dune série de nouvelles réunies plus tard dans le recueil LA LOTERIE ET AUTRES HISTOIRES. Sy déploient les qualités qui ont fait la notoriété de lauteur : une mise en situation ancrée dans un quotidien banal, le passé trouble des personnages, lentretien diabolique du doute sur les évènements surnaturels qui simposent peu à peu. (voir Polars pourpres)

LA MAISON HANTÉE AU CINÉMA

 Je suis peut-être à contre-courant de plusieurs critiques mais je trouve l’adaptation du livre de Shirley Jackson au grand écran en 1999, très intéressante. Il s’agit donc du film réalisé par Jan De Bont. Il est possible toutefois que j’ai un parti pris car la distribution de LA MAISON HANTÉE comprend deux de mes acteurs préférés : Liam Neeson dans le rôle du docteur David Marrow (Montague) et la magnifique Marian Seldes qui incarne l’énigmatique madame Dudley, un personnage tout à fait fascinant de la distribution du film et omniprésent dans le livre.


À gauche l’affiche du film, à droite, Liam Neeson incarne le docteur Marrow qui est en fait le docteur Montague dans le livre. Les deux ont les mêmes motivations.

Marian Seldes incarne madame Dudley. Ce quon sait de madame Dudley tient dans une stressante routine verbale qui va au-delà du domaine domestique : *Je ne reste pas, une fois que jai préparé le dînerje ne reste pas ici après la tombée de la nuit. Je men vais avant quil ne commence à faire noirce qui veut dire quil ny aura personne dans les environs si vous avez besoin daidenous ne pourrions pas vous entendre, pendant la nuitpersonne ne pourrait vous entendrependant la nuitdit madame Dudley avec un large sourire. Cette dame a quelque chose de glaçant, terrifiant. Je suis peut-être naïf mais selon moi, elle est le personnage le plus énigmatique du moins si je me limite à laspect littéraire.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le jeudi 6 février 2020

MALA VIDA, le livre de MARC FERNANDEZ

*Franco est mort, pas les franquistes. Les
électeurs ont la mémoire courte et
quarante-cinq ans de dictature n’ont pas
suffi. Le peuple a choisi de donner le
bâton pour se faire battre de nouveau.*
(Extrait : MALA  VIDA, Marc Fernandez, Préludes
éditions, librairie générale française, 2015,
édition numérique et papier, num. : 200 pages)

En Espagne, la droite dure vient de remporter les élections après 12 ans de pouvoir socialiste. Une majorité absolue pour les nostalgiques de Franco dans un pays qui a la mémoire courte. Au milieu de ce renversement, une série de meurtres est perpétrée à travers le pays. Les victimes : un homme politique, un notaire, un médecin, un banquier et une religieuse. Rien ne semble relier ces crimes… sur fond de crise économique mais aussi de retour à un certain ordre moral, un journaliste radio spécialisé en affaires criminelles, Diego Martin, tente de garder la tête hors de l’eau malgré la purge médiatique. Lorsqu’il s’intéresse au premier meurtre, il ne se doute pas que son enquête va le mener bien plus loin qu’un simple fait divers, au plus près d’un scandale national qui perdure depuis des années, celui dit des *bébés volés* de la dictature franquiste.

AVANT-PROPOS :
Les bébés volés de l’Espagne

En Espagne, sous le régime de Franco, entre 1939 et 1975, plus de 30 000 enfants sont retirés à leur mère, pour des raisons idéologiques, basées sur les thèses controversées d’un psychiatre lui-même proche de Franco, le docteur Antonio Vallejo Nagera. Complètement dépourvu de fondement scientifique, le rapport du docteur déclare: *…Les relations intimes existant entre le marxisme et l’infériorité mentale sont évidentes et concluent, sur base de ce postulat, que la mise à l’écart des sujets, dès l’enfance, pourrait affranchir la société de cette idéologie.* 
Les enfants étaient déclarés mort-nés puis placés dans des familles franquistes. Les estimations relatives au nombre réel de ces enlèvements sont sous-évaluées et pourraient même atteindre 300 000 victimes. Après la mort de Franco, les enlèvements, délaissant l’idéologie pour des allures de commerce, se sont poursuivis jusqu’aux années 1980. Cette affaire qui entache l’histoire espagnole est toujours d’actualité et faisait tout récemment encore  l’objet de procès.

LE RÈGNE DE LA HONTE
*Ils nous ont indiqué une tombe dans le cimetière
non loin de l’hôpital, où ils disaient avoir enterré
mon  enfant. Je suis sûre qu’elle est vide. Que mon
fils ne s’y trouve pas pour la simple raison qu’il ne
s’y trouve pas…Ils ont volé mon bébé…*
(Extrait : MALA VIDA)

C’est dans le contexte expliqué en avant-propos que se développe le récit de Marc Fernandez. Il est difficile de séparer les faits historiques avérés des éléments de fiction. Donc il ne s’agit pas d’un roman historique. Le roman ne brille pas non plus par les techniques policières. Appelons cela une intrigue avec un fort penchant pour le roman noir. Y a-t-il en effet plus cauchemardesque pour une mère de se faire voler son bébé alors que le cordon ombilical vient à peine d’être coupé ? Voilà donc la véritable signification du titre : MALA VIDA : Mal de vivre. Quelle mère peut s’en remettre.

Marc Fernandez ne se gêne pas pour dévoiler les détails de l’opération la plus sordide réalisée sous l’ère de Franco, le tout sur fond de vendetta. Cinq meurtres qui ne sont apparemment pas liés mais qui ont un point en commun : une balle dans la tête…genre *règlement de compte*.

Entre temps, un parti d’extrême droite vient de prendre le pouvoir laissant à penser que le peuple d’Espagne n’a retenu aucune leçon de la dictature encore récente d’un monstre. Évitant presque miraculeusement la purge médiatique, un journaliste, Diego Martin veut élucider ces meurtres. Il ne se doute pas qu’il s’approche d’un scandale national d’une incroyable ampleur. Parallèlement, une avocate, Isabelle Ferrer fonde l’Association Nationale des Enfants Volés et réveille la douleur de l’Espagne.

Même s’il est difficile de séparer le vrai du faux dans ce récit, j’ai quand même senti une certaine précision dans la plume de Fernandez qui dévoile le scandale à la petite cuillère, lentement, graduellement. Ça donne au récit un caractère haletant et bien sûr ça garde le lecteur chaud.

Et puis Fernandez sait quand même de quoi il parle ayant travaillé longtemps au COURRIER INTERNATIONAL comme spécialiste de l’Espagne et de l’Amérique latine. C’est crédible, bien documenté. Mais pour bien séparer l’intrigue du caractère historique, j’ai dû faire une recherche sur le scandale des bébés volés. Cette recherche, brève et précise m’a permis de mieux apprécier le livre.

C’est vrai, l’histoire est haletante et choquante. Les détails sont dévoilés au compte-goutte avec un exceptionnel savoir-faire. Ça compense pour le style plutôt froid des personnages. Ils sont peu attachants et pas tous crédibles. Leur psychologie est peu développée, en particulier celle du tueur ou de la tueuse en série (je vous laisse découvrir). Il y a toutefois un personnage intéressant pour son profil de femme active, débrouillarde, imaginative et efficace : Ana, une transsexuelle, ancienne prostituée devenue détective privée et qui semble avoir un carnet de contact très bien fourni. J’aime bien ce genre de personnage coloré sur qui on peut compter pour faire bouger les choses.

Dans l’ensemble, MALA VIDA n’est pas un roman d’une grande profondeur. Son style est plutôt journalistique, parfois télégraphique. Je comprends ce type de développement. Aller au fond des choses aurait nécessité des milliers de page. Mais le récit évoque la douleur profonde de milliers de mères privées sur le coup de leur raison de vivre, une douleur d’autant pénible qu’encore de nos jours, elle fait grimacer l’Espagne.

Donc MALA VIDA est un roman actuel au rythme très élevé. Pas de temps morts, excellente ventilation. La réalité chevauche la fiction, mais en revanche, il vient chercher le lecteur par les questions qu’il pose et qui sont de grands classiques : comment dénoncer et éviter les exactions et abus de pouvoir d’un gouvernement, Est-ce que la justice devrait dépénaliser le fait de se faire justice soi-même, Est-ce que la communauté internationale devrait intervenir dans une dictature et est-ce que le principe de l’amnistie est acceptable. Beaucoup de matière à réflexion quoi…


Marc Fernandez, cofondateur et rédacteur en chef de la revue Alibi consacrée au polar, est journaliste depuis plus de quinze ans. Il a longtemps été chargé de suivre l’Espagne et l’Amérique latine au Courrier international. Il est également coauteur de plusieurs livres d’enquêtes (La ville qui tue les femmes, Hachette Littératures). Mala Vida est son premier roman en solo

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 2 novembre 2019

WARDAY, de W. STRIEBER et J. KUNETKA

*La maladie causée par les radiations se développa
en moi jusqu’à devenir une horreur invincible, un
mal affreux et destructeur qui me secouait de
convulsions et me laissait si faible que je ne pouvais
même pas bouger les mains, encore moins parler…
Avec ma femme et mon fils à mon chevet, j’attendis
la mort.*
(Extrait : WAR DAY, Whitley Strieber et James W. Kunetka,
Éditions Stock, 1984, édition de papier, 385 pages)

28 octobre 1988, 16h, New-York, les premières bombes soviétiques viennent de tomber sur le sol américain. Quelques minutes plus tard survient la riposte américaine et la Russie à son tour reçoit quelques bombes thermonucléaires. Trente-six minutes après son déclenchement, la première guerre nucléaire de l’Histoire est terminée. 15 millions de morts et autant de mourants. Cinq ans après ce qu’il est convenu d’appeler le *WARDAY*, deux survivants décident de voir ce qu’il est advenu du territoire américain. Ce qu’ils vont découvrir est pour le moins extraordinaire, voire effrayant. Sols vitrifiés, camps de transit, les lierres qui grimpent à l’assaut des gratte-ciel, des meutes de chiens affamés. Tout ce qui était électronique est détruit. Nos explorateurs traversent le chaos…

Un cauchemar encore plausible
*Depuis le warday, le nombre des gens en thérapie
a baissé de plus de moitié. Je crois que la plupart
d’entre nous travaillent si dur, que nous n’avons
pas le temps d’être zinzins. Et personne dans ce
groupe n’est vraiment fou, pas au sens classique.
(Extrait : WARDAY)

C’est un livre intéressant qui se présente sous la forme d’un reportage romancé comprenant des descriptions détaillées, des entrevues, des documents. Je sais qu’il est très difficile d’éviter un certain caractère spectaculaire dans ce genre de récit et d’être original, le drame post apocalyptique étant abondamment développé en littérature. Je ne peux pas dire que c’est un livre original mais les auteurs ont fait un effort pour se modérer dans les artifices pour réaliser cette fiction.

Leur but n’était pas de décrire la guerre comme telle. Celle-ci dure à peine trente minutes et détruit la moitié du monde. Le but était surtout de décrire les effets de la guerre nucléaire et de la contamination radioactive sur la santé, l’environnement et particulièrement sur la société qui cherche désespérément à survivre et à se rebâtir.

Cinq ans après la catastrophe, les auteurs décident de se documenter sur les effets du WARDAY en entreprenant un voyage dans cette Amérique dévastée afin de constater où en sont les choses et de réunir chronologiquement tous les éléments dans un carnet de voyage qui prend l’allure d’un reportage.

C’est parfois lourd, très technique, un brin philosophique et j’avais une impression de déjà vu en lisant ce livre qui est loin d’inventer la roue. Toutefois, je ne regrette pas de l’avoir lu pour deux raisons : premièrement à cause du caractère exhaustif de la liste des effets du WARDAY. Tout y passe et je crois avoir appris des choses intéressantes en particulier sur l’argent et l’économie (car n’oublions pas que l’impulsion électromagnétique a détruit tous les comptes bancaires, ordinateurs, voitures…tout ce qui est électronique), la culture, les églises se réunissent pour accepter et sanctionner le suicide assisté…la liste des conséquences est très longue et il s’y trouve beaucoup d’éléments auxquels je n’avais pas pensé.

Deuxièmement j’ai trouvé un thème extrêmement intéressant qui est omniprésent dans le récit, il s’agit de l’émergence du déstructuralisme, une tendance sociale qui cherche à démanteler toute autorité civique ou gouvernementale ainsi qu’à condamner tout recours à la technologie, n’admettant qu’une seule forme de gouvernement, la plus basique qui soit : la famille.

Enfin, ce n’est pas nouveau me direz-vous, mais tout le livre évoque un vaste avertissement comme en fait foi cette citation extraite de la postface : *la seule existence d’armes nucléaires était le symptôme le plus révélateur de ce qu’il y avait de déséquilibré dans notre passé.* (extrait)

J’ai trouvé L’ensemble assez instructif. Peut-être que tout le monde devrait le lire y compris et surtout les grands pontes des gouvernements et leurs pendants militaires…

Louis Whitley Strieber est un auteur américain né le 13 juin 1945 au Texas. Il s’est spécialisé dans les romans d’horreur et de science-fiction. Il s’est fait connaître en particulier avec COMMUNION : un récit dans lequel il raconte son terrifiant contact avec les extraterrestres, un peu comme l’a fait Georges Adamski mais en plus dramatique. Son livre WOLFEN qui oppose la nature et la civilisation a été adapté au cinéma en 1981 par Michael Wadleigh sur la musique de James Horner avec, en tête de distribution Albert Finney. Son livre LES PRÉDATEURS a aussi été adapté au cinéma en 1983 par Tony Scott…

James William Kunetka est un auteur américain né à Bexar, Texas en 1944, auteur de 3 romans de science-fiction. Il en a co-écrit deux avec Whitley Strieber : JOUR DE GUERRE : ET LA POURSUITE DU VOYAGE en 1984 et FIN DE LA NATURE en 1986.  Il a écrit SHADOW MAN en solo en 1988.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 11 juin 2017

L’EXÉCUTEUR, le livre de CATHERINE DORÉ

*Tu pensais avoir tout compris hein salope?…
J’ai des petites nouvelles pour toi ma beauté.
C’est moi qui dirige! Moi! Michel L’exécuteur!
Je suis le bras armé de Dieu!…J’exécute sa
volonté, et, aujourd’hui, sa volonté réside
dans ton exécution!*
(Extrait : L’EXÉCUTEUR, Catherine Doré, Éditions de
Mortagne, 2005, édition de papier, 500 pages)

Désirant fuir l’agitation des grandes villes, Marie-Paule et Pierre se portent acquéreurs d’une maison de campagne pour y couler des week-ends paisibles. Malheureusement, la paix ne sera pas au rendez-vous car en plus d’avoir des voisins pour le moins étranges et son énigmatique ancien propriétaire qui est souvent sur son chemin, une chaîne d’évènements amène Marie-Paule à se pencher sur le mystérieux passé de la région : disparitions, morts suspectes et même des exorcismes en plus du troublant suicide de la mère d’un enfant jadis rejeté par la communauté. La curiosité et les recherches de Marie-Paule l’amènent à rencontrer Simon Bernard, un détective rebelle à l’autorité qui suit la piste d’un tueur en série. Un genre de collaboration s’installe entre Simon et Marie-Paule mais cette collaboration pourrait bien précipiter la jeune femme vers un destin dramatique.

PASSÉ TROUBLE
*Oh Michel! Michel! Qu’as-tu fait? Ton obsession déraisonnable
pour cette femme! Tes colères incontrôlées…Cette funeste
rencontre avec cette incroyable femme. Les cloisons ne sont
plus étanches…! La terre sacrée a été profanée! Michel est
hors de contrôle. L’enfant se cache, terrorisé par les
évènements. Le porteur commence à se douter de quelque
chose. Nous devons agir…*
(Extrait : L’EXÉCUTEUR)

 L’exécuteur est le premier roman de Catherine Doré et je crois que c’est un bon départ. C’est un thriller intéressant qui amalgame efficacement l’intrigue, les énigmes et l’action. Le rapport de forces et de faiblesses est positif, la principale faiblesse étant que l’histoire est un peu prévisible. C’est dans l’originalité que réside la principale force. L’auteure n’a pas choisi la facilité car elle a attribué à son tueur psychopathe le syndrome dissociatif de la personnalité.

Ce syndrome, appelé aussi *trouble de la personnalité multiple* a toujours été pour la psychiatrie un défi de taille et pas facile du tout à soigner. À une certaine époque où le syndrome n’était pas formellement identifié, on parlait de possession démoniaque. Rien de moins. Le défi pour le lecteur, et c’est là que je me suis régalé, est de démêler toutes les personnalités de l’assassin qui ont chacune leur caractère propre. Pour que le tout se tienne et amène le lecteur à la compréhension des motivations du psychopathe, l’auteure a du faire une sérieuse recherche, non seulement sur le trouble identifié comme tel mais aussi sur la psychopathologie, la psychiatrie, la parapsychologie et même sur l’exorcisme car cet art est évoqué dans l’histoire.

Le défi était autant intéressant qu’une des personnalités du tueur n’était rien d’autre que le bras vengeur de Dieu. L’Église et des prêtres sont donc impliqués dans cette fiction ce qui n’est pas sans nous inciter à nous questionner sur tout ce que l’église a à cacher. C’est une fiction bien sûr, mais elle a un petit quelque chose de très actuel sur les plans scientifique, psychologique, social et judiciaire.

Donc ça fait beaucoup d’éléments à démêler mais le fil conducteur est solide et la tension dramatique est palpable, spécialement dans le dernier quart du livre ou je réussissais à me mettre à la place du détective Simon Bernard qui naviguait d’énigmes en énigmes alors que les secondes était comptées. L’ensemble est bien dosé et l’action monte en crescendo.

L’histoire est d’autant intéressante qu’elle m’a fait réfléchir un peu sur les interactions existantes entre le domaine judiciaire et la psychiatrie. Ce n’est pas simple. Disons que dans L’EXÉCUTEUR, un meurtrier reste un meurtrier et rien ne l’excuse. C’est à la cour de trancher et je vous laisse découvrir si on se rendra là.

Bref, j’ai savouré un scénario développé avec intelligence dans lequel on trouve des personnages dotés de caractère fort et où on est appelé à essayer de comprendre ce qui se passe dans un corps qui semble abriter plusieurs âmes…

Divertissant…ça se lit vite et bien.

NOTE BIOGRAPHIQUE SUR CATHERINE DORÉ

Malheureusement, au moment de rédiger cet article, je n’ai pu trouver aucune photo acceptable de l’auteure.

Catherine Doré est une écrivaine québécoise. Elle a évolué comme professionnelle de la recherche au département de psychologie de l’UQAM. Son intérêt pour la lecture s’est manifesté dès la préadolescence. Dans la jeune quarantaine, elle se met à l’écriture et produit un recueil expérimental de nouvelles mais le produit fini se transforme en fin de compte par un roman de 450 pages : L’EXÉCUTEUR.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
10 JUILLET 2016

 

LE PRISONNIER, livre de Thomas DISCH

*-Vous êtes prisonnier numéro 6, C’est aussi simple que cela. -Je doute que, même dans ce village, rien ne soit aussi simple que cela. Je ne suis pas numéro 6, je ne suis pas un prisonnier, je suis un homme libre. (extrait de LE PRISONNIER, Thomas Disch, 1969. Presses de la Renaissance 1979 pour la traduction française. Édition numérique, 295 pages.)

Après avoir démissionné avec fracas, un agent des services secrets britanniques est kidnappé et envoyé dans un joli petit hameau isolé et bien organisé qu’on appelle le Village. Les citoyens du Village ne sont identifiés que par un numéro. Le nouvel arrivant porte le numéro 6. Le village est dirigé par le numéro 2  Son objectif : arracher des renseignements au numéro 6 et comprendre pourquoi il a démissionné et quels sont les secrets d’état qu’il aurait pu vendre éventuellement à l’étranger. Tous les moyens sont bons : drogues, lavage de cerveau, contraintes psychologiques…bons moyens,  mais peu efficaces… son esprit semble impénétrable.

Bonjour chez vous…

*-Où suis-je?
-Au Village.
-Qu’est-ce que vous voulez?
-Des renseignements.

-Vous n’en aurez pas.
-De gré ou de force, vous parlerez.
-Qui êtes-vous?
-Je suis le nouveau numéro 2.
-Qui est le numéro 1?
-Vous êtes le numéro 6…*
-Je ne suis pas un numéro
Je suis un homme libre.
(extrait : Télésérie  LE PRISONNIER)

Le livre de Thomas Disch évoque une des séries les plus énigmatiques de l’histoire de la télévision : LE PRISONNIER, une série de 17 épisodes que j’ai vue et revue et qui m’en apprend encore. Je ne peux faire autrement que de lier les deux intimement aux fins de mon commentaire. Il y a tout de même des différences importantes.

Dans le livre, les villageois ne se saluent pas par un joyeux  BONJOUR CHEZ VOUS.  Cette expression est une trouvaille de Jacques Thébo, la voix française du numéro 6. Autres différences : dans le livre, le numéro 2 ne change pas et on ne le voit pratiquement pas. Le livre est  beaucoup moins enlevé que la série, Disch concentrant davantage l’intrigue sur la pression psychologique exercée sur le numéro 6.

Pour le reste, tout y est : le rôdeur, la sphère gardienne du village, on ne sait pas qui est le numéro 1, le numéro 6 s’échappe une fois et se retrouve à Londres avant d’être repris et ne communiquera jamais les renseignements demandés, etc.

Les lecteurs et lectrices qui ont vu la télésérie feront obligatoirement des liens. Sinon ils découvriront simplement une dystopie un peu étouffante qui n’est pas sans faire réfléchir sur les fondements et les limites de la liberté. Et c’est ici que je veux m’attarder un peu sur le livre de Thomas Disch.

C’est un livre étrange à caractère fortement onirique. En fait, il m’a forcé à jongler avec le rêve et la réalité et dans cette histoire la frontière est fragile. Une phrase captée en cours de lecture illustre bien ma pensée : *Moi je n’ai jamais su avec certitude à quel moment on m’avait sorti de ce foutu aquarium. Les rêves étaient absolument aussi réels que vous l’aviez annoncé. Beaucoup plus réels que tout ça…-Qui peut dire que c’est réel? Cela ne porte aucune des écorniflures de la réalité. Je suis sûre que tant que vous demeurerez au village, vous serez dans le doute…*

Donc c’est parfois difficile de s’y retrouver. Si Disch force le lecteur à se concentrer, il force aussi son admiration car il l’installe dans un labyrinthe psychologique sans entrée ni sortie et dans lequel interviennent des personnages profonds et énigmatiques…gardiens ou geôliers, réels ou oniriques, sympathiques ou belliqueux? C’est un défi pour le lecteur qui pourrait lire le livre 10 fois et en tirer autant d’interprétations.

Ce livre est truffé de double-sens et d’énigmes et met continuellement à l’avant-plan le sens de la réalité du lecteur : *Allez donc donner un coup de pied dans un rocher pour permettre au rocher de prouver à votre pied qu’ils sont aussi réels l’un que l’autre.*

Comme la plupart des dystopies, la trame de cette histoire est complexe et étouffante et ce, même si la cage est dorée. Le numéro 6 est un sujet d’expérience et c’est au lecteur d’en tirer les conclusions car dans le livre, le jeu n’aboutit pas vraiment… une intéressante réflexion sur notre place dans la société et sur la définition de la liberté.

J’ai apprécié la lecture de ce livre mais je sais que je devrai y retourner tôt ou tard. Il est étrange, mais l’idée est originale. Quant à savoir s’il a exercé sur moi la même fascination que la télésérie…alors là, pas du tout mais je pressens toutefois qu’il ferait une excellente base pour le scénario d’un film…

Thomas M. Disch (1940-2008) est un écrivain américain de science-fiction. Ses premières nouvelles sont publiées en 1960. Il atteint la notoriété avec deux romans à saveur politique : GÉNOCIDE en 1965 et CAMP DE CONCENTRATION EN 1970. En 1969, il publie LE PRISONNIER qui préfigure la série télévisée du même nom. En 1983, pour récompenser l’excellence en littérature de science-fiction, il crée le prix PHILIP K. DICK en hommage au célèbre auteur. Après la mort de son compagnon en 2005 et souffrant de dépression, Thomas Disch se suicide le 5 juillet 2008.

Patrick McGoohan (1928-2009) était un acteur américain. Il connaîtra la consécration de vedette internationale grâce à l’espion britannique JOHN DRAKE qu’il incarne dans la série DESTINATION DANGER au début des années 60. Puis, comme s’il s’agissait d’une suite logique, il conçoit, produit, scénarise et réalise la série LE PRISONNIER. Il a joué dans plus d’une vingtaine de films sans compter les épisodes de Colombo aux cotés de Peter Falk. Il a également prêté sa voix dans un épisode des SIMPSON où il incarnait son propre personnage de la série LE PRISONNIER.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
JANVIER 2015

HEUREUX QUI LIT…

Bonjour,

Ray Bradbury est un de mes écrivains préférés. Le moment est venu pour moi de vous parler de ce grand maître de l’anticipation,  et plus particulièrement de son livre FARENHEIT 451.

Je vous invite à lire mon article et à plonger cette fois dans un univers dystopique où la lecture d’un livre est…interdite.

Bonne lecture

JALU

FAHRENHEIT 451, le livre de RAY BRADBURY

*…Chaque homme doit être l’image de l’autre, comme ça tout le monde est content :
plus de montagnes pour les intimider, leur donner un point de comparaison. Conclusion! un livre est un fusil chargé dans la maison d’à côté. Brûlons-le, déchargeons l’arme. Battons en brèche l’esprit humain…
(extrait de FAHRENHEIT 451, Ray Bradbury, 1953, réédité en 1981, Éditions Denoël) 

Fahrenheit 451 est une dystopie qui évoque un état totalitaire dans lequel l’unique rôle des pompiers consiste à…brûler les livres parce que ceux-ci sont considérés comme dangereux pour le régime politique et pour l’humanité. Considéré comme le meilleur pompier de son unité, Guy Montag fait la rencontre de Clarisse, une jolie jeune femme, intelligente et curieuse.

Ces rencontres vont se multiplier. Étonné par l’intelligence de Clarisse et sa soif de connaissance, Montag développera dans son esprit des *idées sacrilèges*  genre **…mais au fond quel mal y a-t-il à lire**.

 

Un jour, avec son unité, Montag est appelé sur les lieux de la découverte d’une bibliothèque appartenant à une vieille dame. Les ordres sont clairs : BRÛLEZ TOUT. La vieille dame, refusant de quitter son trésor, est brûlée avec les livres. Écœuré, Montag devient rebelle et commence à lire en cachette. Sa femme Mildred le découvre et le dénonce. Il est condamné à brûler sa propre maison. Il fuit et se cache. Devenu traître à l’état et transfuge, Montag se joint à un groupe rebelle caché dans les bois et dont chaque membre s’est mis en devoir d’apprendre un livre par cœur avant de le détruire, et ce dans le but de le transmettre oralement.

Extrait du film Fahrenheit 451 adapté par François Truffaut

C’est un livre en trois parties, un peu difficile à suivre par moment, mais la richesse descriptive de l’ensemble est telle qu’elle fait oublier ce détail au lecteur même s’il lui faut beaucoup de concentration pour bien suivre l’évolution de l’histoire.

Ce qu’il faut retenir surtout, c’est que ce livre mythique a conservé toute son actualité. Si sa trame évoque quelque peu *1984* de George Orwell, autre dystopie incontournable, l’extraordinaire sens de l’anticipation de l’auteur n’est pas sans me rappeler l’essence visionnaire de Jules Verne.

Ray Bradbury décrit le drame d’une société sans âme privée du droit de lire pour des raisons de sécurité nationale (typique d’un régime totalitaire). En contrepartie, la société adule l’image, à tel point que même les murs des maisons sont devenus des écrans. En privilégiant la consommation de l’image en particulier et de masse en général, le régime engourdit les esprits et embellit ce qui n’est en réalité qu’un cauchemar : une société menottée en perpétuel lavage de cerveau, continuellement au bord de la guerre et dont l’ignorance est entretenue avec des raffinements de savoir-faire.

FARENHEIT 451 propose une profonde réflexion sur le pouvoir des livres, dans ce qu’ils ont de positif, bénéfique et stimulant pour l’ensemble de la société qui a le droit sacré à la liberté d’expression. Voilà pourquoi ce livre publié il y a 60 ans garde toute son actualité.  Dans une société où la télé exerce une force presque irrésistible sur les esprits et où internet semble vouloir prendre le contrôle de *L’ÉCRIT*, Bradbury avertit qu’en négligeant le livre, la société se punit en se privant d’un énorme potentiel de découverte, endort ses talents, brime sa liberté d’expression, bref elle frôle la décadence.

FARENHEIT 451 est un livre sans âge d’une beauté extraordinaire et d’une prodigieuse clairvoyance qui force l’admiration. Son auteur n’a négligé aucun détail. Il ne faut donc pas se surprendre que la température de combustion d’un livre soit de…451 degrés Farenheit…

BONNE LECTURE
JAILU
AVRIL 2014

(À lire en complément…)

1958 à 2011 Durée du voyage : 2 minutes

C’était plus fort que moi, il fallait que je me jette corps et âme dans le dernier-né des univers de Stephen King.

Dans un article un peu plus long que de coutume, je vous invite à lire mon commentaire sur le dernier livre de King :  22/11/63 un roman qui transcende un fait historique qui a conservé jusqu’à aujourd’hui toute sa complexité : le meurtre de John Fitzgerald Kennedy.

Je serai très heureux de lire vos propres commentaires à ce sujet.

Aller lire l’article 22/11/63 DE STEPHEN KING

Bonne lecture
JAILU