TRUCS DE PEUR 1- Perdues dans le noir

Commentaire sur le livre de
ALEXANDRA LAROCHELLE et YOHANN MORIN

*Rosalie, de son côté, frissonne d’effroi. La maison de leur grand-mère est si vieille et immense…En plus, elle craque de partout ! C’est certain qu’elle est remplie de fantômes ou pire, de monstres qui se cachent sous les lits !

(Extrait : TRUCS DE PEUR, tome 1, PERDUES DANS LE NOIR, texte : Alexandra Larochelle, dessins, Yohann Morin, Éditions de la Bagnole, 2019, papier, 283 pages, très grosses lettres. Jeunesse.)

Mégane et Rosalie sont demi-sœurs et se détestent plus que tout au monde. À 9 ans, Mégane est la plus populaire de sa classe alors que Rosalie, âgée de 8 ans, a peur de tout, même de son ombre. Lorsque leur père les envoie une semaine chez leur grand-mère, muette, le séjour s’annonce horrible ! Ce que les 2 filles ignorent c’est, qu’aidées de leur aïeule, elles auront 7 jours, mais surtout 7 nuits, pour vaincre leurs plus grandes peurs et unir leurs forces afin de surmonter leurs pires cauchemars…dans une maison où les attendent monstres, fantômes et bibittes…

La peur qui rassemble
*-Ça se peut pas…Ça se peut pas…Ça se peut pas…,
répète Mégane en frottant ses yeux derrière ses
lunettes. Les filles s’approchent prudemment de la
tablette, comme si elle risquait de les attaquer. Après
l’avoir regardée un moment sans savoir quoi faire,
Mégane ose la prendre *
(Extrait)

Avec PERDUES DANS LE NOIR, Alexandra Larochelle introduit une nouvelle série très prometteuse pour les premiers lecteurs et les premières lectrices, le thème central de la série étant la peur… la petite ou la grande frousse que les jeunes recherchent.

Une littérature qui permet aux jeunes d’identifier les mécanismes de la peur pour mieux l’affronter et pourquoi pas commencer la série par les coins sombres, portes  grinçantes, bruits inquiétants et de mystérieux textos venus d’on ne sait où…

Cette histoire repose sur la résolution de deux énigmes qui ne sont pas évidentes même pour les adultes. À ce sujet, j’ai beaucoup apprécié les deux principaux personnages créés par Alexandra Larochelle. Parlons-en un peu et voyons, en propos très résumé, ce que raconte le récit.

Voici l’histoire de deux jeunes pré-adolescentes : Mégane 8 ans, sûre d’elle et Rosalie qui est tout le contraire. Elle a 9 ans. Elle a peur de tout même de son ombre. Les deux filles, qui sont demi-sœurs, se détestent singulièrement.

Elles se disputent continuellement au point qu’un bon jour, le bon papa en a ras le bol et décide d’envoyer ses filles chez Mamie Léo, dans sa vieille maison perdue en forêt. Les filles auront sept jours pour s’entendre jusqu’à faire équipe pour affronter les mystères de cette maison. Sept jours…sinon…

Est-ce que sept jours seront suffisants ? L’auteur veut démontrer que s’entendre avec quelqu’un qu’on aime pas, mettre de l’eau dans son vin, faire des concessions, faire preuve de tolérance…tout ça dans un jeu qui se joue à deux, ce n’est pas si simple et il faut y mettre le temps…les filles développeront un point en commun. Elles connaîtront la peur.

C’est une chouette petite histoire. En plus de donner une petite leçon raisonnablement moralisante, les jeunes sont initiés à la forme, la texture et l’épaisseur du livre, c’est-à-dire le nombre de pages. Personnellement, quand je fus premier lecteur, j’aurais été fier de crier sur les toits que j’ai lu au complet un livre de 288 pages. Eh oui…les jeunes lecteurs ne doivent pas avoir peur de l’épaisseur du livre et du nombre de pages.

L’important est d’entrer dans l’histoire, de s’accrocher au fil conducteur et de se laisser emporter dans des chapitres courts, des enchaînements rythmés et les superbes illustrations de Yohann Morin qui mettent vraiment le texte en valeur, qui ajoutent à l’émotion chez les jeunes lecteurs et lectrices et qui rendent le tout vivant et attrayant. Ce livre constitue une excellente transition de la bande dessinée au roman avec de nombreuses illustrations et chaque chapitre comporte quelques bulles de dialogue.

À chaque fois qu’on tourne la page, une petite araignée descend de sa toile de plus en plus, indiquant ainsi la progression de la lecture. Original et même *joyeusement* lugubre. J’ai essayé de lire ce livre avec un cœur d’ado, mais même les adultes vont le trouver captivant. N’est-ce pas la première qualité qu’on cherche en littérature jeunesse?

Quant à savoir si Mégane et Rosalie vont s’entendre, je vous laisse le découvrir. La finale pourrait vous surprendre. Mais d’une façon ou d’une autre, tout est en place pour une suite ou les jeunes auront sans doute la chance d’aborder un autre aspect de la peur.

Ce livre offre une façon agréable d’introduire les jeunes à la lecture.

Suggestion de lecture : DESMUND PUCKET, LA MAGIE MONSTRE, de Mark Tatulli

Alexandra Larochelle est une jeune écrivaine née à Laval au Québec le 5 mai 1993. Elle a publié en 2004, à l’âge de dix ans, un premier roman, qu’elle avait écrit à l’âge de neuf ans dans sa classe à degrés multiples. AU-DELÀ D’UN UNIVERS, premier tome d’un cycle, elle a publié cinq autres romans de cette série. En 2015, elle publie le roman Des papillons pis de la gravité, suivi en 2016 de Des papillons pis du grand cinéma.

Yohann Morin commence sa carrière comme caricaturiste et illustrateur pour des journaux locaux et étudiants. Il a ensuite participé au magazine Safarir à la fin des années 1990. Parallèlement, il a publié quatre tomes de la série bd Biodôme avec le scénariste Frédéric Antoine.

 Bonne lecture
JAILU/Claude Lambert
janvier 2020

RING (LE CERCLE) livre de KUJI SUZUKI

*Arumi se souvient très bien de la sensation de froid remontant le long de sa colonne vertébrale… -Vous voulez dire que même si la télévision n’était pas branchée vous avez vu des images sur l’écran? …-Tout à fait. J’en tremblais vous savez…* (Extrait de RING de Kuji Suzuki, Pocket Terreur, 1991 édition numérique, 260 pages)

Le journaliste Asakawa Kazayuki enquête sur la mort simultanée de quatre jeunes gens, apparemment d’une crise cardiaque. L’enquête amène le journaliste à la découverte d’une mystérieuse cassette vidéo qui livre un message glacial : celui qui regarde cette vidéo mourra au bout de 7 jours s’il ne suit pas les instructions. Pour éclaircir ce mystère, Asakawa regarde la vidéo et découvre avec horreur que les instructions ont été effacées. S’il veut survivre, il doit comprendre le sens de cette effroyable malédiction, et saisir la signification cachée des images énigmatiques et éprouvantes livrées par la vidéo. 

La cassette qui tue
*Un froid déplaisant entoure ses épaules et descend
le long de sa colonne vertébrale. Son T-shirt est
trempé d’une sueur glacée et elle n’arrive pas à
contrôler les réactions trop violentes de son corps…
Les glaçons dans son verre craquent avec un
bruit sec. Alors, Satoko, comme piquée au vif,
se retourne enfin.
(Extrait : RING v.f. LE CERCLE)

Pour comprendre le lien entre une cassette vidéo maudite et la mort de quatre adolescents, Asakawa, le journaliste ne se donne pas le choix. Il visionne la cassette mortelle, puis son ami Ryuji qui l’aidera dans sa quête la visionne aussi, et, accidentellement, la femme d’Asakawa et ses deux filles.

Résultat : un récit oppressant et horrifiant dans lequel l’auteur garde constamment l’effroi, l’angoisse et la peur sur les talons de son personnage principal qui a une semaine pour élucider le mystère et conjurer le sort.

C’est un récit puissant, bien bâti, qui laisse peu de répit et qui propulse le lecteur dans le monde peu rassurant du paranormal car toutes les questions que se pose Asakawa relèvent de ce domaine : Comment les images étranges de cette cassette ont-elles pu provoquer la mort des jeunes exactement une semaine après leur visionnement?

Serait-ce un sortilège et si oui comment le conjurer? Et l’auteure de cette macabre malédiction, Sadako, qui était-elle vraiment et quelles étaient ses motivations. Le mal pourrait-il se répandre comme un virus?

En fait, RING est une longue enquête journalistique menée avec une incroyable minutie par le journaliste Asakawa. Le but : sauver sa femme, ses filles et son ami d’une mort horrible provoquée par une cassette maudite.

Cette minutie et de nombreux détails aussi pertinents qu’intrigants ne sont pas évidents dans l’adaptation cinématographique. C’est pourquoi je recommande fortement de lire le livre avant de regarder le film. Ring est peut-être une des histoires les plus horrifiantes que j’ai lues.

Avant de conclure, j’aimerais mentionner une chose importante. Je ne crois pas vraiment que Suzuki ait dévié du style habituel de la littérature d’horreur asiatique mais j’ai compris que tous les éléments de son histoire baignent dans une sauce typiquement japonaise et j’ai fait une recherche pour mieux comprendre la culture et la mentalité japonaise en matière de croyances.

D’abord, j’ai découvert que RING est inspiré de faits véridiques et ensuite que la capacité des fantômes à se manifester sur des supports audiovisuels est une croyance tenace encore très répandue au Japon. Cette compréhension de la culture japonaise, qui est loin d’être complète m’a quand même permis d’apprécier davantage cette histoire que je ne suis pas prêt d’oublier.

Enfin, la conclusion de RING laisse la porte ouverte à une suite…

*Il peut se passer n’importe quoi dans le futur. En mettant en œuvre toute la sagesse des hommes, peut-être pourrions-nous trouver une solution. C’est une épreuve pour l’humanité. Les démons apparaissent sous des formes différentes à chaque époque. On a beau essayer de s’en débarrasser, ils reviennent toujours.*

Je vous laisse donc le soin de découvrir la suite DOUBLE HÉLICE de Kôji Suzuki publiée en 1995.

Koji Suzuki est un auteur et romancier japonais de science-fiction né le 13 mai 1957. Il a écrit entre autres Double hélice, la boucle, une nouvelle : L’eau flottante (de laquelle a été tiré le film DARK WATER). Ring est son deuxième roman. Sa montée en popularité a été fulgurante et le roman est devenu rapidement un best-seller.

L’adaptation de RING au cinéma par Gore Verbisnky en 2002 a réactualisé l’œuvre de Suzuki, les ventes du livre atteignant plus de 3 millions d’exemplaires. Bien sûr, Ring a une suite. En 1995, Suzuki a publié le deuxième volet de la trilogie : Rasen, DOUBLE hélice en version française, récipiendaire du prix Yoshikama Eiji pour les jeunes écrivains. Loop, le troisième volet a été publié en 1998.

COMPLÉMENT CINÉMA:



LE CERCLE du réalisateur Gore Verbinsky et qui est sorti en 2002 est un *remake* du film RINGU réalisé par le Japonais Hideo Nakata quatre ans plus tôt. Inspiré d’une légende urbaine le film est devenu un classique du cinéma d’horreur. Nakata a aussi réalisé LE CERCLE 2, production americano-japonaise sortie en 2005 et qui reprend à peu près la même recette avec toutefois quelques nuances. Les effets spéciaux de RING sont époustouflants. On y trouve entre autres ce qui est devenu une image-culte du cinéma d’horreur moderne : La fille qui sort de la télévision.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 6 août 2017