Les invraisemblables aventures de monsieur tout le monde

Commentaire sur le livre de
MAHRK GOTIÉ

*Honnêtement, baillai-je, je n’en ai strictement rien à cirer de ta vie, de ton pouvoir, ni de tout ce qui constitue ta particularité intrinsèque qui, j’en suis convaincu, n’a rien à envier à celle de n’importe quel autre abruti ordinaire. Mais puisque tu ne sembles pas comprendre que tu me dérange, crache ton venin!* (Extrait : LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES DE MONSIEUR TOUT LE MONDE, Mahrk Gotié,
IS Éditions 2014, édition numérique, 160 pages)

Monsieur Tout le monde est comme tout le monde ou presque : il a un travail qu’il déteste, une femme moche, et deux adolescents dont le premier but dans la vie est de ne surtout pas devenir comme lui. Mais Monsieur Tout le monde, ce père de famille ordinaire veut changer tout ça. Il veut rêver, vibrer. Il veut croire que la meilleure partie de son existence n’est pas derrière lui. Alors, un beau jour, il décide de s’affranchir de ses barrières mentales, et part à la découverte d’un monde beaucoup plus déjanté qu’il ne l’avait soupçonné… Il plaque femme et enfants, bien décidé à vivre. Il se lance ainsi dans des aventures invraisemblables qui seront tout sauf ordinaires, à la découverte d’un monde tordu et débridé. Qu’est-ce qui peut bien trotter dans la tête d’un homme décidé à abandonner une vie de platitude pour passer à quelque chose de plus…stimulant disons…

VIRAGE DANS LA VIE
D’UN CASSE-PIED FAINÉANT
*Je n’aime pas les gens et ils me le rendent à
l’identique. Je pisse sur tout le monde et ça
me fait jouir. Détestez-moi, je ne demande
que ça. Je souhaite votre haine et votre
mépris, ma mauvaise réputation me fait
bander comme un âne. Insultez-moi,
salissez mon image, n’hésitez pas…
(Extrait : LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES
DE MONSIEUR TOUT LE MONDE)

J’ai choisi ce livre par curiosité. Le titre n’est pas banal et puis je croyais trouver un monsieur qui me ressemblait un peu. Tel ne fut pas le cas…loin de là. LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES DE MONSIEUR TOUT LE MONDE est un livre déjanté et affublé d’une surdose de cynisme, de machisme et d’égocentrisme. Le sujet était pourtant prometteur : Monsieur tout le monde n’aime pas sa vie, il déteste son travail, il croit que sa femme ne l’aime plus et trouve ses deux ados insignifiants. Il décide donc de tout plaquer, décidé à vivre avant de mourir.

C’est là que l’auteur aurait pu être original. Au contraire de l’originalité et d’un goût recherché, il nous a laissé un récit aux limites du trash : *La médiocrité, moi je vous la sublime, je la divinise, je l’incarne au plus haut point, parce que je suis monsieur-tout-le-monde, comme vous. Et vous savez très bien que nous ne triomphons pas.* (Extrait)

Il est certain que ce livre va plaire aux amateurs de trash qui recherche dans un livre la plume directe et provocante : le trash, l’indécence, la vulgarité et bien sûr la crudité qui ne manque pas dans le livre de Gothier : *Sur cette annonce pour le moins alléchante, une grosse pute d’au moins soixante ans, vieille, immonde et snobe, un gros tas de graisse puant et dégoulinant, un déchet humain repoussant à l’excès avec des yeux enfoncés dans les fentes, un nez porcin, une bouche dégueulasse, s’assit en face de moi avec la prestance d’un tas de merde…* (Extrait)

Le titre du livre a un petit quelque chose qui évoque un peu l’arnaque. À partir du moment où notre monsieur tout-le-monde choisit de dissoudre sa vie, il n’est plus monsieur Tout-le-Monde, mais tombe dans une minorité indigente selon son propre choix. Quel lecteur ou lectrice va se reconnaître là-dedans. Ce genre de monsieur tout-le-monde ne prend même pas le temps de lire un livre. Vous ne devez pas vous attendre à vous reconnaître dans ce genre de vie délabrée.

Ce livre est un peu comme son personnage principal. Il n’a pas de but. Ça raconte, un peu comme dans une chronique, mais avec plus d’errance, des pirouettes sexuelles qui relèvent de l’obsession et surtout avec une philosophie de supermarché facile mais bien tournée toutefois. Par exemple :

*Ouais, je rate toutes ces choses qui valent le coup et ça me plait, parce que c’est moi et personne d’autre qui décide de les rater. J’apprécie la beauté de l’inutile.*
*Au final, chaque homme se révèle minable. Faut juste attendre le moment où il ne dissimule plus sa véritable nature.*
*J’aime la décadence et la saleté, et tout ce qui ne tourne pas comme vous le voulez. Parce que je ne suis qu’un vieux con qui n’en a plus rien à foutre car il sait qu’il va bientôt crever.*
(Extraits)

Ce sont des phrases bien tournées mais qui n’ajoute pas grand-chose à l’intérêt du livre sauf peut-être à la psychologie du personnage principal. Je terminerai en disant qu’au moins le livre est bref, très ventilé, il se lit vite et bien et annonce peut-être une suite…je ne commenterai pas. Conclusion, ce livre ne deviendra sûrement pas un fleuron de la littérature.

Mahrk Gotié est un jeune auteur émergent, un peu philosophe mais surtout provocateur. Il ne semble pas trop s’en faire avec la vie. Pendant un séjour de quelques années sur l’Île de la Réunion, il décide d’écrire nouvelles et poèmes qui apparaîtront ici et là dans quelques revues littéraires jusqu’à la publication de son premier roman : modeste mais se voulant comique et tout à fait cynique voire dérangeant : LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES DE MONSIEUR TOUT LE MONDE.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 14 octobre 2018

UNE PLACE À PRENDRE, de J.K. ROWLING

*La lame libérait la douleur qui occupait Toutes ses pensées et la faisait hurler en Silence, pour la transformer en pure Incandescence bestiale par le truchement des nerfs et de la peau à vif. Chaque Entaille était un soulagement…*
(Extrait de UNE PLACE À PRENDRE de J.K. Rowling, Bernard Grasset éditeur. 2012)

L’action se déroule à Pagford, un petit village apparemment calme. Dans cette petite bourgade ou le quotidien des uns est imbriqué dans celui des autres, un personnage populaire, membre influent du Conseil Paroissial et instructeur de l’équipe féminine d’aviron, Barry Fairbrother meurt subitement.

Cette tragédie mettra tout le village en émoi évidemment. Elle mettra surtout en perspective le chaos dans lequel l’ambition peut faire plonger une petite communauté, car après tout…la place de Barry Fairbrother est à prendre…

Sur UNE PLACE À PRENDRE, j’ai lu dans des sites internet que le livre est classé *comédie de mœurs*. C’est la seule chose de drôle qui me vient à l’esprit en évoquant ce livre si je me base sur le portrait psychologique détaillé des nombreux personnages réunis dans ce livre qui n’a rien d’une comédie.

Ceci dit, je m’attendais à plus et à mieux de J.K. Rowling. Malgré tout c’est un roman assez intéressant malgré des irritants susceptibles de décourager des lecteurs aux attentes élevées : une introduction interminable d’une grande quantité de personnages (on s’y perd un peu), une toile de fond trop *noire* inutilement, une accumulation excessive de commérages, papotages et faits divers (phénomène normal quand une histoire se déroule dans un petit village, mais ici c’est trop) et enfin un style un peu trop cru. Et puis dans ce livre, personne n’est irréprochable sauf le héros mort en première page : Barry Fairbrother à qui on a attribué une pureté trop belle pour être vraie.

Toutefois, il y a dans ce livre des éléments intéressants qui m’ont gardé suffisamment captif pour en apprécier l’ensemble. En effet, ce livre pousse à une réflexion sur le pouvoir d’Internet et des réseaux sociaux potentiellement dangereux quand ils sont utilisés à des fins de délation, de petites vengeances, de médisances, de calomnies…les effets dévastateurs pouvant être décuplés dans de petites agglomérations où tout le monde connait tout le monde et où il est facile de pointer du doigt l’ambition et la lâcheté de tout un chacun sans se soucier de séparer le vrai du faux. Je crois que ce thème a été inséré dans le roman avec finesse et intelligence.

Aussi, dans le dernier quart du livre, Rowling fait errer ses personnages en convergence en augmentant de façon graduelle et constante l’intensité dramatique. Toute la puissance de l’écriture de Rowling est concentrée vers la fin. C’est agaçant mais ça vaut la peine de s’y rendre.

On est très loin du livre innovant, mais UNE PLACE À PRENDRE est quand même un assez bon roman, quoique très insuffisant pour mettre Harry Potter dans l’ombre.

BONNE LECTURE

Claude Lambert
AVRIL 2013

(En Complément…)