NOIRE PROVIDENCE, le livre de JAMES ROLLINS

*La jeune femme leva le bras vers lui, comme pour lui faire signe d’approcher. L’américain vit alors qu’elle brandissait un pistolet. Elle braqua l’arme sur le torse de Pierce et fit feu.*
(Extrait : NOIRE PROVIDENCE, James Rollins, Fleuve Editions, Univers Poche pour la traduction française, Fleuve Noir 2017, édition numérique, 470 pages.)

Alors qu’une étrange comète s’approche de la terre, au Vatican, un mystérieux colis est livré au préfet des Archives secrètes. À l’intérieur se trouvent un crâne humain gravé de phrases en araméen ancien et un livre relié en peau humaine. Un test ADN révèle qu’il s’agit de la peau de Gengis Khan, le grand conquérant mongol dont la tombe disparue contiendrait d’inestimables trésors en particulier une croix au pouvoir surnaturel. Au même moment, un satellite d’observation américain s’écrase en Mongolie après avoir envoyé une ultime photo montrant la Côte est des États-Unis détruite. La Sigma Force se mobilise dans une course contre la montre pour retrouver le satellite et la croix sacrée afin d’empêcher le déclenchement de l’apocalypse annoncée. Alors que la comète se fait de plus en plus menaçante, un ennemi aussi invisible qu’implacable semble bien décidé à ce que le pire se déchaîne.

Le passé participe au présent
*En tournant la page, vous découvrirez que nous
avons frôlé notre propre destruction et verrez
ressurgir un moment oublié où la civilisation
occidentale a failli se briser sur la pointe d’une
épée, une lame appelé L’Épée de Dieu*
(Extrait : NOIRE PROVIDENCE)

NOIRE PROVIDENCE est un récit complexe dans lequel le suspense d’espionnage chevauche le drame scientifique avec, comme toile de fond, l’imminence de l’apocalypse. En effet, une comète menaçante s’approche de la terre et il semble que sa trajectoire, ainsi que la trajectoire de géocroiseurs défient la logique. Entre temps, un géologue met la main sur une mystérieuse relique : un crâne humain et un livre relié avec de la peau humaine qui serait celle, d’après des tests ADN, de Gengis Khan.

Une analyse de l’interprétation révèle que la fin du monde est imminente mais la relique dévoile la façon d’éviter la fin de toutes choses. Au même moment, le satellite qui observe la comète est détruit et sa dernière observation dévoile les images horrible d’une destruction totale de la Côte est américaine. Ce n’est qu’une image qui devance de quelques jours ce qui va arriver mais qui laisse supposer une déformation spatio-temporelle autour de la terre. 

Donc une chasse à l’homme s’annonce avec, comme enjeu, de retrouver les débris du satellite nécessaire pour activer la relique et sauver le monde. Tout le monde cherche le satellite pour assoir un certain pouvoir : la pègre, les militaires, les scientifiques, les politiques. Le récit met surtout l’accent sur la recherche du satellite et les morts qui s’accumulent autour de l’enjeu.

C’est dommage parce que l’aspect scientifique de l’histoire est extrêmement intéressant. Beaucoup de faits et de théories scientifiques sont avérés d’ailleurs dans le récit. J’ai trouvé un peu difficile de faire la part des choses mais l’auteur fait une mise au point à la fin du livre. Dès le début toutefois, le lecteur a une bonne idée du défi qui l’attend. 

Le rythme du récit est haletant car le lecteur cherche à savoir qui finalement mettra la main sur le satellite. Il y a des passages qui sont complètement tirés par les cheveux : *La croix antique que nous recherchons aurait pu être sculptée dans un morceau de comète tombé lors de son dernier passage. Qu’elle pourrait avoir conservé une part de son énergie sombre et que les deux objets sont reliés par l’intrication quantique* (extrait) autrement dit, l’énergie contenue dans la petite croix attirerait la comète vers la terre. C’est un peu gros.

Quant à l’énergie sombre, elle existe en théorie et fait l’objet de beaucoup de recherches. Le phénomène de l’intrication est aussi intéressant mais son rôle dans le récit est plutôt sous-développé. Bien entendu, NOIRE PROVIDENCE est une fiction mais repose sur des théories dont certaines m’ont semblé fantaisistes, enlevant un peu de crédibilité à l’ensemble. 

Il y a aussi dans l’histoire beaucoup de bonnes idées ayant une saveur scientifique mais surtout ésotérique : *en vertu de la mécanique quantique, notre conscience est intriquée avec tous les multivers. Ce qui veut dire que lorsqu’on meurt, notre conscience achève son parcours dans cette vie pour en entamer une autre dans un univers parallèle* (Extrait) l’idée est très intéressante et ouvre la porte à beaucoup de débats et de recherches. En tout cas, c’est une possibilité qui a un petit quelque chose de rassurant. 

Pour résumer, l’histoire est très documentée mais l’auteur a mis l’accent sur une chasse à l’homme…poursuites, disparitions, meurtres. C’est dommage, l’aspect scientifique est sous-développé et l’intrigue, elle, est développée à la façon d’un film. C’est un livre intéressant mais qui ne fait que s’ajouter sans trop d’éclat à une presse littéraire surchauffée dans le domaine des thrillers apocalyptiques.

Ici, l’auteur avait une chance d’innover mais il est passé à côté à mon avis. Donc pour moi, c’est mi-figue mi-raisin. Je m’accrochais aux passages scientifiques quand ils se présentaient. Ce sont ces passages, dans plusieurs desquels l’auteur émet ses propres hypothèses, qui font que finalement, NOIRE PROVIDENCE est un livre qui constitue un bon divertissement. 

Le rythme essoufflant qui caractérise le récit pourrait plaire à beaucoup de lecteurs. En ce qui me concerne, je n’ai pas vraiment trouvé ce que je cherchais

James Rollins, de son vrai nom Jim Czajkowski, est né en 1961 à Chicago. À l’origine de nombreux romans à succès, il est considéré comme l’un des auteurs majeurs de thrillers aux États-Unis. Il a notamment écrit Amazonia (2010), Mission Iceberg (2011) et La Civilisation des abysses (2012). L’Ordre du Dragon (2007) met en scène les aventures de l’équipe Sigma Force, que l’on retrouve dans La Bible de Darwin (2009), La Malédiction de Marco Polo (2010), Le Dernier Oracle (2010), La Clé de l’Apocalypse (2012), La Colonie du diable (2013), Le Complot des immortels et Le Fléau d’Éden (2014). En 2015 paraît Le Sang de l’Alliance, premier tome de la trilogie L’Ordre des Sanguinistes coécrite avec Rebecca Cantrell. Il est suivi du deuxième tome La Dernière Tentation (2015) et du troisième tome Le Faux Prophète (2016). Tous ses romans sont publiés chez Fleuve Éditions et repris chez Pocket. James Rollins vit à Sacramento en Californie.

BONNE LECTURE
Claude Lambert

le dimanche 30 mai 2021




 

JE TE VOIS, livre de CLARE MACKINTOSH

*…une femme dont la photo a été publiée a été assassinée et, apparemment, tout le monde se moque de savoir qui sera la prochaine victime. -Pas moi. Moi ça m’intéresse répond fermement l’agent Swift après un silence. Dites-moi tout ce que vous savez. *
(Extrait : JE TE VOIS, Clare Mackintosh, Marabout, le livre de poche, 2016, édition de papier, 540 pages)

Comme des milliers de Londoniens, Zoe Walker emprunte quotidiennement le métro et feuillette le journal distribué sur le quai. Un matin, elle découvre sa propre photo dans les petites annonces, sous l’adresse d’un site internet. Qui a pris ce cliché à son insu ? Dans quel but ? Et puis est-ce bien elle ? Sa famille n’en est guère convaincue. Zoe ne trouve qu’une oreille attentive : celle de Kelly Swift, un agent de la police du métro. Car une succession d’incidents étranges, puis le meurtre d’une femme qui avait également découvert sa photo dans le journal persuadent Kelly que quelqu’un surveille les moindres faits et gestes des passagères. Chacune de leur côté, Zoe et Kelly vont lutter contre cet ennemi invisible et omniprésent.

L’EUPHORIE DE LA TRAQUE
*Pendant toutes ces années passées à m’inquiéter
que mon fils puisse être la proie d’un cyber-
agresseur, il ne m’a pas traversé l’esprit une
seule fois qu’il puisse en être un lui-même.
C’est impossible me dis-je aussitôt. Je le saurais.*
(Extrait)

JE TE VOIS est un thriller psychologique d’assez forte intensité. Pour le décrire, imaginez le scénario suivant : Vous êtes une jeune femme, belle sans être un canon. Vous travaillez. Vous vous rendez tous les matins à votre travail. Vous suivez le même itinéraire pour vous rendre au métro que vous attendez à peu près toujours à la même place. Dans l’attente, vous replacez un peu vos cheveux, inspectez vos lèvres et votre maquillage avec un petit miroir. La rame arrive, vous vous assoyez toujours au même endroit.

Vous sortez votre livre et vous lisez jusqu’à ce que vous sortiez. De là, toujours le même itinéraire pour vous rendre au bureau sauf que tous les jours à la même heure, vous arrêtez dans une beignerie, toujours la même pour vous acheter un café et un beigne au miel. Vous arrivez dans l’édifice où vous travaillez avec arrêt à la salle de bain pour un brin de toilette. Vous faites ça tout le temps, tous les jours. Ça s’appelle une routine. Vous avez aussi vos routines de fin de semaine.

Imaginez maintenant que quelqu’un dans l’ombre notre scrupuleusement chaque détail de votre routine et inscrit le tout dans un site internet en ajoutant des détails extrêmement précis sur votre physique, vos tics et vos manies. Le but de l’opération : vendre votre trajet à un client prêt à payer un bon prix pour jouer un peu avec vous.

C’est la trame de JE TE VOIS sauf qu’ici des vies basculent et le jeu inventé par trouvel-amesoeur.com fait des morts : *J’ai du mal à accepter la réalité des femmes agressées, assassinées pour certaines parce qu’on a mis en vente leur trajet quotidien. C’est grotesque, digne d’un roman de science-fiction.* (extrait)

À partir du moment ou Zoé découvre une photo d’elle non autorisée sur trouvel-amesoeur.com, la réalité rattrape vite les services policiers…*trois meurtres, six agressions sexuelles et recueilli les témoignages de plus d’une dizaine de victimes de harcèlement, de tentatives d’agression sexuelle et d’incidents suspects tous liés au site trouvel-amesoeur.com* (extrait)

Le livre se concentre sur Zoé qui, craignant pour sa fille décide de trouver et affronter le maître de l’interface, l’ombre qui se profile derrière le site maudit. La découverte de l’ombre fera l’effet d’une bombe dans le cœur de Zoé. Mais la véritable surprise, c’est le lecteur qui l’aura dans une finale pour le moins surprenante.

Le roman est aussi puissant que son rythme est lent. L’auteur s’étend sur la psychologie de ses personnages, Zoé et sa fille Kathie en particulier et par la bande, son fils Justin et son conjoint Simon. Car faut-il le dire, tout le monde est suspecté. L’auteure met très bien en place, un par un, graduellement les éléments d’une intrigue incroyablement actuelle, basée sur les nouvelles technologies dont les réseaux sociaux sont les fleurons.

L’auteure a pris soin aussi de créer un personnage qui est vite devenu mon préféré : Kelly Swift, une tête de mule opiniâtre et sympathique, la seule au départ qui a pris le temps d’écouter Zoé. Au fil des pages, le récit devient angoissant, inquiétant et le dernier tiers de l’histoire devient délirant et carrément adidictif. Bien sûr, il y a plusieurs pistes à suivre, mais on peut se fier au fil conducteur du récit. Il est solide et permet à l’auteur de frapper fort.

La seule faiblesse du livre est son départ qui est lent et décousu. Le premier quart accuse des longueurs qui deviennent plus rares au fil du récit. Mais dans l’ensemble, telle une araignée vigoureuse, Clare Mackintosh a tissé une toile solide qui opère une forte attraction sur le lecteur…une toile qui accuse la toile car le livre n’est pas sans nous faire réfléchir sur la cybercriminalité qui est tentaculaire et souvent subtile, ainsi que sur l’influence des réseaux sociaux qui me donnent souvent l’impression que tout le monde sait tout sur tout le monde.

Je recommande JE TE VOIS. Vous reconsidérerez peut-être votre opinion sur internet.

Femme de lettres britannique spécialisée dans le thriller psychologique, Clare Mackintosh a passé douze ans dans les forces de police, qu’elle a quittées en 2011 pour devenir journaliste indépendante et consultante en médias sociaux avant de se consacrer à l’écriture. Elle a fondé le festival littéraire de Chipping Norton.

Son premier roman, Te Laisser partir, a été récompensé en 2016 par le prix Theakston’s Crime Novel et par le prix « Polar » du Meilleur Roman International du Festival de Cognac en octobre 2016. Une adaptation en série télévisée est en cours. Son second roman, Je te vois, est paru en France le 22 mars 2017. Il s’est déjà vendu à plus de 100 000 exemplaires depuis sa sortie en Grande-Bretagne. Les droits ont été cédés dans 26 pays.

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 21 mai 2021

LA BALLE SAINTE

LA BALLE SAINTE

Commentaire sur le livre de
LUIS MIGUEL ROCHA

*Sache que tous les êtres humains ont leurs faiblesses.
La mienne est l’Église ; la tienne, l’excès de confiance.
Méfie-toi ! C’est souvent une grande erreur. Retire ton
ego de l’équation. Alors seulement tu pourra être sûr de
ne pas faillir.*
(Extrait : LA BALLE SAINTE, Luis Miguel Rocha, Éditions de
L’Aube, 2015, collection l’Aube Noire, COMPLOTS AU
VATICAN, t 2, édition numérique, 490 pages)

Mai 1981, Cité du Vatican. Alors que vingt mille croyants se pressent sur la place Saint-Pierre, attendant l’audience hebdo­madaire du pape Jean-Paul II, un jeune homme ­déambule parmi eux. Lorsque la papamobile passe devant lui, Mehmet Ali Aca sort un pistolet et tire six fois sur le pape avant d’être maîtrisé. Au fil des ans, l’attentat contre Jean-Paul II a fait l’objet d’intenses spéculations. Mais personne n’est parvenu à expliquer ce qui s’est réellement passé, pourquoi le pape a été pris pour cible et par qui exactement. Personne, jusqu’à maintenant, ne s’était approché de la vérité… LA BALLE SAINTE est le 2e tome de la quadralogie COMPLOTS AU VATICAN.

BONDIEUSERIES IMPROPRES
*Le pape sait-il que vous êtes ici ? Pourquoi ne pas le lui
demander vous-même ? -C’est une idée…je vais y
réfléchir. J’ai beaucoup de questions à vous poser
Père Raphaël Santini…un vif éclat brille un instant
dans le regard du russe. Il est temps de montrer ses
armes.*
(Extrait)

He oui, encore des livres avec, comme toile de fond, la face cachée de l’Église catholique ou devrais-je dire plutôt son côté obscur. La balle Sainte est le deuxième tome d’une quadralogie intitulée COMPLOTS AU VATICAN. Ceux qui ont lu le tome 1 retrouveront sans doute avec ravissement Rafael Santini, agent secret du Vatican, Sarah Monteiro, étoile montante du journalisme et l’énigmatique JC maître de la loge P2 qui ne serait pas étrangère à la mort du pape Jean-Paul 1er. L’histoire suit plusieurs personnages et évènements en convergence, à commencer par l’attentat contre le pape Jean-Paul II sur lequel Mehmet Ali agca tire six fois avant d’être maîtrisé. Une de ces balles, apparemment mortelle, aurait été miraculeusement déviée, ce que Jean-Paul II attribuera plus tard à la Sainte Vierge. Le projectile a été qualifié de balle sainte et le titre laisse à penser qu’on tente encore de comprendre aujourd’hui pourquoi Jean-Paul II a été choisi comme cible et bien au-delà de l’arrestation d’Agca, qui a pu commanditer cette tentative d’assassinat.

Dans ce deuxième opus, on retrouve encore des espions, agents secrets, agents doubles, taupes, loges secrètes, la CIA de mystérieux ecclésiastiques envoyés par d’obscures créatures de l’église dont l’Opus Dei qu’on a appris à connaître un peu dans le livre de Dan Braun DA VINCI CODE. Cette histoire est un vaste chassé-croisé de personnages qui ne font pas dans la dentelle et dont le but premier est de protéger l’église de tout ce qui pourrait nuire au dogme et à sa pérennité quitte à tuer, harceler, intimider, faire disparaître. Comme des milliers de livres tendent à démontrer que L’Église est historiquement assise sur le mensonge, les justiciers de la foi sont donc très occupés.

Un aspect très intéressant du livre touche la principale menace qui concerne l’église, la plus crédible dans l’histoire eu égard à cet énorme jeu du chat et de la souris qui s’étend sur 490 pages. Cela concerne un personnage qu’on retrouvera ici et là au cours du récit. Il s’appelle Abou Rachid. C’est un musulman à qui apparaît quotidiennement la Vierge Marie. Un musulman qui parle à la vierge c’est tout un scandale pour l’Église. Il doit disparaître. Quelqu’un s’y emploie. Mais la sérénité, le calme et le mysticisme de Rachid opérant quelques miracles, ce ne sera pas simple pour l’église de le mettre à l’écart. L’idée même qu’un musulman soit dans les confidences de la Sainte Vierge m’en dit long personnellement sur l’utilité des religions. L’Église doit suivre un chemin. Que celui-ci mène au diable ou à la trinité Ça n’a pas d’importance. On ne doit pas déroger point. Il y aurait gros à perdre, argent, pouvoir et de colossales richesses.

Dans cette histoire, tout y est…jeux politiques, bondieuseries, manipulation, mensonge, espionnage, meurtres bref un tas de détails qui laissent à penser que l’Église n’est pas propre propre. Donc, tout y est mais il n’y a rien de neuf. C’est bien rythmé, c’est même rocambolesque. C’est une histoire complexe et peu originale avec une galerie de personnages qui donne le tournis. Deux de ces personnages portent des noms qui rappelleront sans doute des souvenirs aux baby-boomers amateurs de série culte :
Simon Templar (Le Saint) et James Phelps (Mission impossible). Je n’ai pas compris ce choix qui fait un peu ridicule. Je dois admettre que l’auteur imbrique avec grand art l’histoire et la fiction et imprègne à son récit une intrigue assez solide. Donc au thriller s’ajoute une dimension historique et une incursion dans le monde impitoyable de l’espionnage.

C’est un bon thriller j’en conviens. Le fil conducteur est un peu pénible et ça manque d’originalité. On ne réinvente pas la roue. Mais bon, j’ai lu tellement de ces histoires qui se ressemblent, je m’attendais simplement à autre chose. Un peu de nouveauté quoi…

Né à Porto en 1976, Luis Miguel Rocha a vécu en Angleterre et au Portugal. Romancier, scénariste, il est devenu le premier écrivain portugais à figurer dans la liste des best-sellers du New York Times. Il décède en 2015, âgé de seulement trente-neuf ans. LA BALLE SAINTE est le deuxième volume de la série « Complots au Vatican », après LE DERNIER PAPE (Folio Policier).

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le samedi 3 octobre 2020

LE COMPLOT MALONE, de STEVE BERRY

*« Dites-leur bien que je ne suis pas encore mort ! » répliqua le président avec un de ses célèbres sourires. Mais personne n’ignorait qu’il déclinait, et qu’aucune puissance au monde n’y pouvait rien* (Extrait : LE COMPLOT MALONE, Steve Berry, trad. Fr. : Éditions Le Cherche Midi, 2015, édition de papier, pocket, 610 pages)

Un employé du Trésor américain a dérobé de mystérieux documents relatifs à un secret d’état qui, s’il était révélé, risquerait de changer la face du monde. Cotton Malone, est sollicité pour les récupérer. Et il n’est pas seul à vouloir mettre la main sur les fameux papier… Des mystères des Pères Fondateurs des États-Unis jusqu’à une énigmatique entrevue clandestine entre  Roosevelt et son secrétaire d’État au Trésor, une nuit de 1936, en passant par les signes ésotériques cachés dans les symboles de l’Amérique, Cotton Malone va ainsi aller de révélation en révélation. 

AU BORD DE LA CATASTROPHE
*Il était impossible de prévoir la tournure qu’allaient
prendre les évènements, et cette incertitude était ce
qu’il y avait de plus pénible. Mais elle avait confiance :
Ils trouveraient le moyen de gérer la situation.>
(Extrait : LE COMPLOT MALONE)

Nous retrouvons ici un héros récurrent dans l’œuvre de Steve Berry : Harold Earl Malone, appelé affectueusement Cotton et même Pappy par un certain agent plus jeune, un figurant important du récit. Cotton Malone est un libraire scandinave installé à Copenhague au Danemark. C’est surtout un agent à la retraite de la division Magellan, la redoutable unité des services secrets du département américain de la Justice. Dans LE COMPLOT MALONE, Cotton reprend du service avec une investigation complètement différente : une enquête fiscale.

Il faut être très attentif au début de l’histoire, plus précisément au prologue qui raconte une mystérieuse rencontre secrète, une nuit de 1936 entre le président américain de l’époque, Théodore Roosevelt et son secrétaire au Trésor, Andrew Mellon. Ces deux personnages se détestent singulièrement. Mellon finit par poser une énigme au président.

Entre temps des documents importants sont volés, susceptibles d’ébranler irrémédiablement le système politique et financier américain. Un fonctionnaire, Anan Wayne Howell est poursuivi parce qu’il ne paye pas ses impôts. Il prétend que l’impôt américain est illégal. Tout est en lien. Il existe semble-t-il des preuves à l’effet que le 16e amendement établi en 1936 est truffé d’irrégularités rendant l’impôt illégal ce qui mettrait les États-Unis en faillite et bouleverserait l’économie mondiale.

Entre temps, le président de la Coré du Nord, Kim Yong-jin, un monstre assoiffé de pouvoir tente l’impossible pour mettre la main sur la preuve de l’illégalité du 16e amendement dans l’unique but de détruire les États-Unis par l’intérieur, une implosion pure et simple. Vu la complexité de l’affaire, on appelle Cotton ainsi que des agents d’autres services, notamment le Trésor Américain.

Dans ce livre, il faut bien saisir toute la portée du prologue et y revenir au besoin. LE COMPLOT MALONE est un récit complexe dans lequel intervient une grande quantité de personnages. Par rapport aux autres livres de Berry, Cotton Malone est plutôt effacé dans LE COMPLOT MALONE mais son rôle demeure crucial. Il y a du monde, beaucoup de monde…trop je crois. Les agents se bousculent d’une certaine façon. La plupart des personnages sont plus ou moins bien travaillés et j’ai un peu l’impression que Berry a compliqué l’histoire inutilement.

Mais si on a bien compris qui fait quoi, si on a bien saisi l’importance de cette discussion entre Roosevelt et son secrétaire au Trésor ainsi que les motivations des belligérants, en particulier le dictateur coréen et Howell, il nous reste le plaisir de se *frotter* aux forces du récit : il est vif, intense et fertile en rebondissement.

De plus l’auteur a ajouté dans son histoire une petite note mystique, des signes ésotériques étant enfouis dans quelques grands symboles américains figurant entre autre sur les billets de banque. Cet aspect du récit rappelle un peu les livres de Dan Brown si on tient compte du symbolisme et de l’iconographie, mais ici s’arrête la comparaison.

La principale force du roman est son caractère intrigant. Ce roman a comme toile de fond l’impôt sur le revenu. Essayons de nous imaginer qu’est-ce qui se passerait si dans notre pays, quelqu’un réussissait à prouver que l’impôt sur le revenu est illégal depuis son entrée en vigueur. Ça ferait un sacré remboursement au contribuable. Ça pousserait surtout le système à la faillite et s’ensuivrait chaos et anarchie. Bref, il y a des choses sur lesquelles il vaut mieux fermer les yeux.

LE COMPLOT MALONE n’est pas à proprement parlé un roman historique. Il faut juste bien comprendre ce qui s’est passé en 1936. Le livre est très bien documenté et dans une postface extrêmement pertinente, l’auteur sépare la réalité de la fiction. Apparemment l’histoire est simple mais dans les faits elle se complique au fil des chapitres. La plume est un peu lourde et redondante mais le caractère intrigant du récit m’a gardé captif. J’ai fini par dévoré ce livre…donc je vous le recommande.

Steve Berry est un avocat et auteur américain vivant dans l’état de Géorgie. Il s’est spécialisé dans les thrillers sur fond d’énigmes historiques. Il a publié plusieurs romans aux Éditions Le Cherche Midi dont LE TROISIÈME SECRET (2006), L’HÉRITAGE DES TEMPLIERS (2007), LA PROPHÉTIE CHARLEMAGNE (2010), LE COMPLOT ROMANOV (2011), LE CODE JEFFERSON (2012) et L’HÉRITAGE OCULTE (2014).

La plupart des titres sont disponibles chez Pocket. Au moment d’écrire ces lignes, LE COMPLOT MALONE (2015) est son plus récent roman. Traduits dans une quarantaine de langues, les thrillers de Berry ont figuré sur la liste des best-sellers dès leur parution aux États-Unis. Vous pouvez retrouver toute l’actualité de Steve Berry en visitant
www.steveberry.org  (site en anglais)

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 29 mai 2020

L’ESPIONNE, le livre de PAULO COELLHO

*J’avais été baptisée avec le sang de la femme d’Andreas, et, grâce à ce baptême,
j’étais libre pour toujours, bien que nous ne sachions, ni lui ni moi, jusqu’où cette
liberté nous mènerait.
(Extrait : L’ESPIONNE, Paulo Coellho, Flammarion 2016. Édition de papier, t.f. 200 pages)

Arrivée à Paris sans un sou en poche, Mata Hari, de son vrai nom Margaretha Geertruida « Grietje » Zelle s’impose rapidement comme une danseuse vedette du XXe siècle. Elle a un charisme extraordinaire. Elle séduit le public, ensorcèle les hommes les plus riches et les plus puissants de l’époque. Aurait-elle accumuler des secrets monnayables ? Plusieurs le pensaient. Toujours est-il que son mode de vie flamboyant fait scandale et attire bientôt les soupçons tandis que la paranoïa s’empare du pays en guerre. Arrêtée en 1917 dans sa chambre d’hôtel sur les Champs-Élysées, elle est accusée d’espionnage. Elle fut donc jugée, reconnue coupable d’espionnage au profit de l’empire allemand et exécutée. En faisant entendre la voix de Mata Hari, Paulo Coelho nous conte l’histoire inoubliable d’une femme qui paya de sa vie son goût pour la liberté.

INSAISISSABLE ET INDÉPENDANTE
*…il n’avait qu’un but et il n’avait pas besoin
de me dire lequel : coucher avec moi. J’étais
immensément embarrassée avec cet homme
laid, mal élevé, aux yeux écarquillés, et qui
se jugeait le plus grands d’entre les grands.*
(Extrait : L’ESPIONNE)

Dans une longue lettre à son avocat, Maître Clunet, Mata Hari raconte et explique la chaîne d’évènements qui a précédé son exécution à Vincennes en 1917 pour espionnage et trahison. C’est donc Mata Hari qui a la parole : une femme courageuse, résolument libre mais dont le mode de vie flamboyant a fait scandale et a attiré les soupçons à une époque instable où la guerre fait rage. Oui, elle a couché avec beaucoup d’hommes puissants et influents, oui il y a peut-être eu échanges de propos sensibles.

Est-ce que ça fait d’elle une espionne ? Une chose est sûre, Mata Hari n’a pas vu venir le panier de crabes dans lequel elle devait s’enliser. Mais toujours, elle garde la tête haute : *Je suis une femme qui s’est trompée d’époque et rien ne pourra corriger cela. Je ne sais pas si l’avenir se souviendra de moi, mais si c’est le cas, qu’on ne me voit jamais comme une victime, mais comme quelqu’un qui a vécu avec courage et n’a pas eu peur de payer le prix fort. * (Extrait)

Cette version que nous propose Paulo Coelho est comme beaucoup d’autres versions qui laissent à penser que Mata Hari a été reconnue coupable d’espionnage et de trahison sur des preuves plus que douteuses. Il fallait absolument un coupable pour assoir le jeu de pouvoir d’un personnage important et haut placé….Pourquoi pas…on l’a bien fait avec le soldat Dreyfus…tant qu’à sombrer dans la crasse et l’incompétence.

J’ai trouvé ce livre bien écrit, passionnant à lire. Il débute avec l’exécution de Mata Hari, fusillée la tête haute parce qu’elle tapait sur *le système du système*. Puis on peut lire la longue lettre à son avocat, un pantin désarticulé et dépassé, puis, une longue lettre de ce même avocat à Mata Hari…une lettre qu’elle ne lira jamais.

Même si ce sont les mœurs qui devancent son temps qui ont amené Mata Hari devant le peloton d’exécution et sans doute aussi son incapacité de *regarder où elle mettait les pieds*, l’écriture de Coelho pousse le lecteur et la lectrice vers un sentiment d’injustice. Tout le long du récit, j’ai senti l’investissement de Coelho en authenticité et en sensibilité et j’ai réalisé dans la deuxième moitié du récit que Mata Hari aimait l’argent et le luxe, autre élément soi-disant incriminant poussant l’artiste vers sa chute.

Espionne ? Vraiment ? : *ce qu’il voulait dire, sans avoir le courage de le prononcer, c’était le mot : espionne. Quelque chose que je ne ferais jamais de ma vie. Comme vous devez vous le rappeler, excellentissime Maître Clunet, j’ai dit cela dans cette farce de procès : «Prostituée, oui. Espionne, jamais. * (Extrait)

Bien que ce livre soit le témoignage d’une femme hors du commun, il ne s’agit pas d’une biographie en tant que telle. Quoique la vie de Mata Hari s’inspire de faits réels dans les grandes lignes aux dires de l’éditeur et que l’auteur a tenté de reconstituer la vie de Mata Hari à partir de données historiques, ce livre demeure une œuvre de fiction. Il mérite toutefois d’être lu. Il est poignant, il rend captif, il se lit vite, son contenu est crédible et plausible. Je serais curieux de lire les dossiers de presse de l’époque…dans un contexte de guerre, la justice diffère.

Mata Hari aura été victime autant d’elle-même que d’une parodie de justice. Mais toutes les versions s’entendent pour dire que l’artiste aura gardé la tête haute, même quelques minutes avant d’apparaître devant les fusilleurs : *Je sais ce que je vais faire maintenant, avant d’entendre les pas dans le couloir et l’arrivée du Petit-déjeuner. Je vais danser. Je vais me rappeler chaque note de musique et je vais bouger mon corps au rythme des mesures, parce que cela me montre qui je suis : une femme libre* (Extrait)

Une belle écriture…un excellent moment de lecture

Paulo Coelho est un romancier et interprète brésilien né à Rio de Janeiro. Il a vendu plus de 210 millions de livres à travers le monde, traduits en plusieurs dizaines de langues. Son premier livre, LE PÈLERIN DE COMPOSTELLE a été publié en 1987, mais c’est le livre suivant L’ALCHIMISTE qui vaudra à Coelho une notoriété internationale. Il a gagné de nombreux prix littéraires dont une mention au prix littéraire de Dublin pour VÉRONIKA DÉCIDE DE MOURIR.


En novembre 2014, Paulo Coelho a achevé de mettre en ligne près de 80 000 documents – manuscrits, journaux, photos, lettres de lecteurs, coupures de presse – créant ainsi une vitrine sur le net pour la Fondation Paulo Coelho qui est basée à Genève.

Mata Hari (1876-1917)

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le vendredi 15 mai 2020

MOMENTUM, le livre de PATRICK DE FRIBERG

*À la moindre hésitation de sa part, sa vie, sa carrière, sa légitimité seraient considérées comme celles d’un criminel de droit commun au mieux, et au pire, il serait lâché entre les mains du grand frère américain et de ses débauchés paranoïaques de La CIA* (EXTRAIT : MOMENTUM, Patrick de Friberg, les Éditions
Goélette, 2011, édition de papier, 320 pages)

Beaupré, 1962. Un jeune Soviétique fanatisé est infiltré au Québec sous l’identité d’un immigrant anglais. Moscou, 1985. Le KGB met sur pied un complot qui lui permettra d’ici trois décennies de prendre le contrôle du gouvernement du Canada. Québec, 2012. Gilles Drouin est en tête des sondages. Il sera le prochain premier ministre sur fond de magouilles financières et de meurtres… Au fil des rebondissements de Momentum se dessine ce qui pourrait être notre prochaine campagne électorale. Ajoutons à cela une mission secrète initiée trente ans plus tôt dans un troisième pays, la Russie…une magouille autour du KGB, des services secrets et canadiens et une galerie impressionnante de personnages aux motivations singulières. Question… la fiction pourrait-elle devenir réalité ?


LE CÔTÉ OBSCUR DES SERVICES SECRETS

*Il l’avait laisser débiter son baratin au sujet
de retrouvailles et avait déployé de grands
efforts à la trouver suffisamment belle pour
l’emmener dans la chambre. Jusqu’à lui
faire l’amour. Dans la brume, le soleil se
cachait. Il sortit son pistolet…*
(Extrait : MOMENTUM)

C’est un livre m’a captivé pour plusieurs raisons, d’abord son actualité. Revenons d’abord sur le synopsis : les services secrets russes qu’on appelait autrefois le KGB s’impliquent dans la campagne de Gilles Drouin, pressenti comme prochain Premier Ministre du Québec. La Russie compte ainsi à long terme, prendre le contrôle du gouvernement canadien. Des espions et contre-espions œuvrent dans l’ombre pendant que Gilles Drouin est en tête des sondages et que s’accumulent meurtres et obscurs complots.

Le livre MOMENTUM a été publié en 2011. Je ne sais pas si la plume de Patrick de Friberg était prémonitoire mais son livre est encore aujourd’hui d’une terrifiante actualité si on tient compte du fait que plusieurs observateurs de la politique américaine considèrent que la Russie de Vladimir Poutine s’est impliquée dans l’élection américaine de Donald Trump en 2017.

Le récit est aussi fort intéressant compte-tenu que le Québec est au cœur d’un obscur plan d’action impliquant les services secrets russes et français, la CIA américaine et le gouvernement du Québec. Pour ce qui est de mettre le Québec à l’avant-scène d’un complot d’espionnage, l’auteur Patrick de Friberg a bien tiré son épingle du jeu, d’autant que le cinéma ne nous a pas encore habitué à ce genre d’intrigue, ce qui consacre l’originalité de l’histoire.

Comme je l’ai déjà exprimé en commentant sur ce site le livre de Robert Littel LA COMPAGNIE, le grand roman de la CIA, explorer les souterrains des services secrets, c’est comme plonger dans un panier de crabes. C’est un territoire peu connu, mais on sait toutefois qu’il n’est pas très propre.

Plusieurs pensent que les services secrets ont joué un rôle majeur dans l’équilibre géopolitique actuel, mais à quel prix, meurtres complots, infiltration et même des guerres. Dans MOMENTUM, De Friberg vient nous rappeler que le système n’a jamais vraiment été repensé.

J’ai parlé de panier de crabes plus haut, c’est un peu ce qu’on trouve dans MOMENTUM et c’est là la faiblesse du récit : la trame est complexe parce que l’histoire implique une grande quantité de personnages, plusieurs pays et les motivations politiques de la Russie demeurent assez obscures.

Donc malgré un effort évident de ventilation et de simplification, l’histoire demeure compliquée : Résumons : on a le meurtre d’un diplomate sur le dos, bien qu’il ait été une crapule qui venait d’avouer que le candidat principal à l’élection québécoise était contrôlé par une équipe du FSB. On a une équipe de tueurs russes à nos trousses, mais qui a soudainement renoncé à l’évidente mission de récupération de l’ambassadeur. On a l’élection prochaine d’un premier ministre du Québec dont on sait qu’il était l’amant du mort et qu’il est vraisemblablement un agent du KGB (Extrait)

Donc, c’est pas évident de suivre l’histoire jusqu’au bout sans confondre les personnages dont plusieurs changent de nom. Toutefois, le fait que l’intrigue se déroule en grande partie au Québec et que l’actualité démontre clairement que l’implication d’un pays dans l’élection d’un autre pays est une réalité formant un tout qui motive le lecteur et la lectrice à se concentrer pour bien comprendre le rôle de chacun et où tout le monde s’en va.

Je crois que ça vaut la peine de bien saisir l’intrigue car elle nous mène à une finale surprenante…une finale qui m’a donné des frissons dans le dos. Donc ce livre m’a aspiré et a provoqué bien sûr quelques questionnements sur la vie privée entre autres et sur l’espionnage. Entendons-nous…je ne deviens pas paranoïaque mais on peut quand même se questionner. Un bon divertissement…à lire : MOMENTUM de Patrick de Friberg.

Patrick de Friberg est un écrivain français né en 1964. Il a vécu quelques temps au Canada, plus précisément à Château-Richer près de Québec. Il se spécialise dans les romans d’espionnage et d’anticipation. Son œuvre, en pleine évolution, est déjà doté d’honneurs significatifs dont le grand prix 2011 du Cercle Littéraire Caron. Il a été élu Chevalier des arts et des lettres en 2015. Patrick de Friberg a traduit LA VÉRITABLE HISTOIRE DE L’AMÉRIQUE DES SIXTIES de John Barnet. Il a publié près d’une vingtaine de livres et ça continue.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 16 février 2020

La guerre des boutons, livre de LOUIS PERGAUD

*Il répliqua par un « À cul les Velrans !» aussi sonore
que le cri de guerre de son rival et les épieux et les
sabres de Longeverne pointèrent encore une fois en
avant leurs estocs durcis.>
(Extrait : LA GUERRE DES BOUTONS, Louis Pergaud, 1912,
libre de droit, réédition : Fleurus, 2011, édition numérique,
150 pages.

Entre les Longeverne menés par Lebrac et les Velrans du village voisin, la guerre est aussi acharnée qu’immémoriale. Mais le jour où les Velrans surprennent Grangibus et Tigibus dans le bois et les apostrophent d’une insulte jusque-là inconnue des Longeverne, pourtant experts en jurons fleuris, la guerre prend un tour nouveau. L’idée de base est d’arracher les boutons et les bretelles des ennemis et d’en faire un trésor de guerre. Armes de guerre : bâtons, cailloux, pieds et poings. Cette épopée truculente de Louis Pergaud devenue un classique évoque l’amitié autant que la cruauté avec une verve très particulière. Ce livre qui traverse les âges de façon active et dont le contenu est extrêmement visuel a fait l’objet de cinq adaptations cinématographiques, trois bandes dessinées et même un opéra réalisé par Philippe Servain en 1996. On ne compte plus le nombre de rééditions de ce roman qui a finalement été illustré par Claude Lapointe chez Gallimard en 1977.

LA GUERRE DES BOUTONS
roman de ma douzième année
(titre complet)

*« Ah Prussiens ! Ah salauds ! –triples cochons !
-andouilles de merde ! –bâtards de curés !
-enfants de putain ! –charognards ! –pourriture !
-civilités ! –crevures ! –calotins ! –sectaires ! –
chats crevés ! –galeux ! –mélinards ! –combisses !
-pouilleux ! telles furent quelques-unes des
expressions qui s’entrecroisèrent avant l’abordage.
Non, on peut le dire, les langues ne chômaient pas.
(Extrait : LA GUERRE DES BOUTONS)

*Un Langeverne a traité un Velrans de couilles molles* 

C’est par une simple insulte que s’est déclenchée la guerre des boutons entre les garçons de deux villages : Longeverne avec les troupes du général Lebrac et Velrans, avec les troupes du général L’Aztèque. On joue du bâton, on lance des cailloux, coups de pied, coups de poing et comme trophées de guerre…des boutons de culotte et autres accessoires comme des jarretières, bretelles, bas etc. pas de pitié. Les prisonniers sont mis à nus, insultés, frappés et délestés de leurs boutons, ce qui met les parents en furie. Mieux vaut ne pas se faire prendre tout compte fait.

Est-ce la proximité de la première guerre mondiale qui a inspiré Louis Pergaud ou les petites guerres de clan qui isolaient les enfants en bande dans les régions rurales de la France au début du XXe siècle. Peu importe, LA GUERRE DES BOUTONS est un roman puissant aux effluves d’enfants qui a conservé toute son actualité et qui, je n’en doute pas, traversera les âges. Pergaud a dû partir d’une prémisse très simple : pour connaître la nature humaine, il faut d’abord comprendre la nature des enfants et indirectement, les notions d’hérédité et d’atavisme. J’ai trouvé ce roman génial à plusieurs égards.

D’abord, l’auteur a tout prévu. Je n’ai trouvé aucune faille dans l’ensemble. Des enfants ont décidé de se faire une guerre sans merci, façon de parler, mais ils doivent composer avec un tas de défis comme par exemple, faire comme si de rien n’était à l’école et tout cacher au soupçonneux et sévère Père Simon. Ensuite, les enfants devaient éloigner le plus possible leurs parents du théâtre de la guerre.

C’était facile à dire et peu d’entre eux ont échappé à la raclée parentale. Ensuite, il fallait financer la guerre. Je vous laisse découvrir toute l’ingéniosité des enfants à ce chapitre. Enfin, il fallait s’organiser. C’est ainsi que les enfants se sont nommés un général, un lieutenant…les modèles de guerre ne manquant pas…on a fait comme les grands : stratégie, espionnage, ruse, logistique d’approvisionnement, expéditions punitives, quartier général.

Ensuite, j’ai été émerveillé et séduit par la richesse et la saveur de la langue et j’ai découvert, à ma grande joie un heureux cousinage entre l’argot français de la Franche-Comté et le jargon québécois : pus au lieu de plus, soye au lieu de soit, les ceusses au lieu de ceux, queque chose au lieu de quelque chose, deusse au lieu de deux , lastic au lieu d’élastique, guernouilles au lieu de grenouilles… bref, l’auteur a prévu un petit dictionnaire d’argot de plus de 500 mots à la fin du récit.

Ça fait un récit chantant, rythmique, extrêmement vivant. Une histoire pleine de candeur et du langage d’enfants : *Si j’aurais su, j’aurais pas venu* (Extrait) Je me suis même beaucoup amusé de cette capacité que l’auteur a prêté aux enfants de *débouler* des jurons en série…*Montre-toi donc, hé grand fendu, cudot, feignant, pourri ! Si t’es pas un lâche,montre-la ta sale gueule de peigne-cul ! va ! – Hé grand’crevure, approche un peu, toi aussi, pour voir ! répliqua l’ennemi.*(Extrait)

LA GUERRE DES BOUTONS est un roman-jeunesse mais il convient tout à fait à tous les âges de la vie. Au moment d’écrire ces lignes, le roman a 105 ans. Il n’a pas vieilli et demeure un pur moment de plaisir. Deux petites faiblesses si je peux me permettre. La finale est excellente mais un peu rapide. J’avais l’impression d’avoir manqué quelque chose. Dans LA GUERRE DES BOUTONS, l’auteur suit surtout le camp de Longeverne. J’aurais aimé en savoir plus sur les sentiments des Velrans et leur plan d’action. Ça crée un certain déséquilibre,

En dehors de ces petits détails, LA GUERRE DES BOUTONS est un livre précieux et qui pousse à la réflexion sur la tolérance entre autres et sur le destin des futurs appelés de la première guerre mondiale au cours de laquelle l’auteur Louis Pergaud a perdu la vie.

À lire absolument : LA GUERRE DES BOUTONS.

Louis Émile Vincent Pergaud (1882-1915) est un romancier et instituteur français. Ses deux livres les plus mondialement connus sont DE GOUPIL À MARGOT qui décroche le prix Goncourt en 1910 et bien sûr la guerre des boutons, paru en 1912 et réédité par la suite plus de trente fois avant de devenir libre de droit. Du point de vue stylistique, Pergaud se réclame de Rabelais, notamment pour sa science de l’énumération. Il en est beaucoup question au début de la guerre des boutons. Louis Pergaud meurt au champ d’honneur en 1915 et est déclaré MORT POUR LA France en aout 1921.

LA GUERRE DES BOUTONS SUR L’ÉCRAN

Ma version préférée de la guerre des boutons, celle réalisé par Yves Robert et sortie en avril 1962. On retrouve dans la distribution, Martin Lartigue, André Treton et le grand Michel Galabru.

Autre version intéressante de LA GUERRE DES BOUTONS : celle réalisée par Yan Samuell en 2011 avec, parmi les principaux acteurs : Éric Elmosnino, Mathilde Seigner, Alain Chabat et Vincent Bress.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le vendredi 20 septembre 2019

CHASSEURS DE TÊTE, de MICHEL CRESPY

*Ça doit être effrayant le barrage qu’il s’est
construit pour tout refouler. Et ce qui fermente
derrière. Non, ce qui me fait peur, c’est qu’il
n’a pas de limites. Il est tellement sûr de lui…
Les autres n’existent pas, ce ne sont que des
reflets de son égo.*
(Extrait : CHASSEURS DE TËTES, Michel Crespy,
Éditions DenoÏL, 2000, numérique, 200 pages)

Jérôme Carceville, cadre supérieur au chômage, reçoit un e-mail d’un prestigieux cabinet de recrutement :  De Wavre international, une agence ultraspécialisée qui recherche les meilleurs éléments, la crème de la crème des candidats éventuels pour des emplois de hauts niveaux dans les grandes entreprises. Carceville réussit la sélection pour participer au test final :  Carceville et les autres candidats retenus sont séquestrés dans un endroit secret pour des épreuves qui dureront plusieurs jours. Entrevues piégées, mises en situation, résolution d’énigmes et pour la grande finale, un jeu de rôle, mais pas du tout celui auquel les candidats s’attendaient. Il s’agit de la simulation d’une guerre économique … les candidats sont maintenant piégés dans une machine infernale. Ce qui se voulait au départ une chasse aux talents devient une chasse à l’homme.

LES LIMITES DE L’AMBITION
*Attends, tu vas pas me tirer dessus…tu es
complètement fou ! Pourquoi ferais-tu ça?
…-Par plaisir? Eh bien ça ne me déplairais
pas.*
(Extrait : CHASSEURS DE TÊTES)

Ne pas confondre avec chasseurs de primes, coupeurs de têtes ou chasseurs de scalps…blague à part, les chasseurs de tête dont il est question dans le livre de Michel Crespin sont des recruteurs ultraspécialisés qui font du head hunting, ce que l’on appelle en français de la chasse de tête. Ils existent réellement. Vous faites une petite recherche internet et vous aurez le choix…on sait que les méthodes d’approche et de sélection varient d’un chasseur à l’autre.

Ces méthodes sont en général très pointues, agressives jusqu’à un certain point et vise à recruter, pour le compte de grandes entreprises des candidats de haut-niveau, avec un profil précis : la denrée rare, le top, la crème de la crème. Dans le récit de Crespin, la firme de chasseurs de tête est fictive et a pour nom De WAVRE.

Le recruteur et examinateur s’appelle Del Rieco et le principal de sa méthode est de réunir ses seize candidats sur une île isolée mais pourvue de tout le confort, et de les lancer dans un jeu de rôle : trois équipes, trois grandes entreprises en concurrence dans un marché difficile au point de pousser à la faillite à moins d’être particulièrement habile. Le temps est limité…l’enjeu est crucial.

Del Rieco voit tout ce qui se passe mais…il voit surtout que tout ne se passe pas du tout comme prévu…la barre est très haute. Les trois entreprises vendent la même chose : des hameçons. On peut comprendre que quelqu’un va tomber. Il ne faut pas perdre de vue que les candidats sont humains et qu’il y a des têtes plus fortes que d’autres, il y a aussi des serpents, des timorés, des flagorneurs.

Ce qui est au départ une mise en situation de management concurrentiel devient un féroce combat économique, et sous l’impulsion de la tête forte : Jérôme Carceville qui ne voit dans ce jeu de rôle que de l’espionnage et du contre-espionnage, tout part à la dérive, tout bascule : *Ils veulent voir comment ça se passe quand on est ensemble et qui survivra à la jungle effrayante des relations humaines dans un climat de compétition…mais quand on vous plonge par surprise dans un grand tonneau de fumier, les éclaboussures sont inévitables.* (extrait)

Si le lecteur peut survivre aux interminables explications techniques, économiques et boursières, des irritants qui poussent à l’ennui, il verra que l’auteur l’entraîne dans une incroyable dégradation des conditions humaines. Plus on avance dans le récit, plus la tension est palpable. Ce qui était au départ une concurrence même féroce, devient un combat à mort. Le désir d’être le meilleur vendeur d’hameçons a poussé au carnage. Quelle limite amène les hommes à devenir des bêtes ?

*Ces hommes froids et rationnels s’étaient subitement mués en garnements de cour de récréation se battant dans la boue. En coqs armés de fusils. Moi-même, j’étais en proie aux sentiments les plus primitifs : ceux que j’avais tenu à distance ma vie durant : la peur, la haine, le désir de vengeance, l’envie de tuer…* (Extrait)

Ce livre a des forces, des qualités que j’aime à découvrir en cours de lecture. D’abord son sujet est original. Puis je me suis vite aperçu que Crespin a une très bonne connaissance de la psychologie humaine.

Ses personnages sont bien définis et travaillés. L’auteur s’est montré aussi très habile à changer une situation en poudrière. La plume est fébrile, tendue, prête à nous lancer d’un rebondissement à l’autre et une finale étonnante qui montre jusqu’à quel point l’être humain peut avoir le don du gâchis.

Côté irritant… Les longues explications techniques qui sont dans les faits plus éprouvantes qu’éclaircissantes. La finale a de quoi surprendre. Elle est malheureusement sous-exploitée. Là où le livre aurait pu devenir un petit chef d’œuvre, on s’est laissé aller à une conclusion qui, quoique intéressante, est malheureusement bâclée.

Enfin, le récit est classé littérature policière, mais il n’y a pas l’ombre d’un policier. On a fini par les rejoindre…genre avant dernière page… Le livre vaut tout de même la peine d’être lu car il nourrit une réflexion intéressante sur les côtés crasses du capitalisme et sur la complexité des relations humaines en situation de concurrence.

Quand même un bon moment de lecture

Michel Crespy est un sociologue, journaliste et romancier français né en 1946. C’est aussi un passionné de la politique. Il a milité entre autre pour le parti socialiste. En tant qu’écrivain, il a publié quelques romans psychologiques et études de mœurs, puis en 2000, il choisit la voie du roman policier avec CHASSEURS DE TÊTES et ça lui a réussi car ce titre traduit en près d’une dizaine de langue a remporté le grand prix de la littérature policière en 2001. Le livre, publié chez Denoël a été réédité par la suite chez Gallimard. Le livre est d’ailleurs toujours en demande.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 18 août 2019

IMPACT, le livre de DOUGLAS PRESTON

*J’ai en ma possession un disque dur classé secret…
contenant toutes les photos de mars en haute
définition. Freeman me l’a envoyer avant de se
faire tuer. Sur ce disque se trouve l’image d’une
machine extra-terrestre… Aucune chance que vous
la trouviez par vous-même. Moi je sais où elle se
trouve.
*
(Extrait : IMPACT, Douglas Preston, Éditions L’Archipel,
t.f. : 2011, édition numérique, 430 pages.)

Un météore s’abat au large des côtes du Maine… Parmi les rares témoins, Abbey, une jeune astronome amateur. Peu après, un enquêteur doit faire la lumière sur l’apparition subite, au Cambodge, de pierres précieuses radioactives d’origine inconnue, qui excitent les convoitises. Bientôt, deux scientifiques ayant fait le lien entre les deux événements sont assassinés. Quand l’enquêteur finit par prendre connaissance d’images satellites de la Nasa, il commence à comprendre… Ce n’est pas un météore qui s’est abattu, mais un puissant rayon gamma, tiré depuis Mars, qui a transpercé la Terre de part en part. Intuition confirmée quand un second rayon, plus puissant encore que le premier, atteint la Lune. Une course contre la montre s’engage pour Abbey et l’enquêteur Ford : il leur faut envoyer un message de paix à une mystérieuse entité extraterrestre, tout en évitant le tueur lancé à leur trousse par un islamiste bien décidé à profiter de cette menace pour faire régner la terreur…

PAS DE TERRE SANS LUNE
*On y voit un objet à la surface de Mars.
J’ai l’intime conviction que cet objet a
tiré sur la terre au mois d’avril et sur la
lune ce soir.*
(Extrait : IMPACT)

Même si je n’ai pas été emballé par ce livre, il comporte suffisamment d’éléments originaux pour lui attribuer un peu plus que la note de passage. Ce n’est pas le livre auquel je m’attendais en se fiant au synopsis et à l’image de la page couverture. IMPACT verse plus dans le thriller d’espionnage que dans le drame de science-fiction et oui, vous vous en doutez, la terre est menacée de destruction, deux personnages marginaux : un ex-agent de la CIA et une jeune universitaire qui s’est fait viré entreprennent une course contre la montre pour sauver l’humanité.

Eux même sont poursuivis par un tueur… etc etc… c’est un thème surexploité. Il y a d’autres irritants j’y reviendrai plus loin. Mais j’ai quand même appris un fait nouveau dont on parle rarement dans la littérature de science-fiction. Il est question ici de matière étrange.

La matière étrange, aussi appelée strangelet est un état spécifique de la matière nucléaire exotique d’une extrême densité. Plusieurs pensent que le strangelet serait lié à une éventuelle fin du monde.

Pour l’instant c’est très hypothétique mais Preston reprend cette théorie à son profit et ajoute à une trame usée quelque chose de neuf. Il faut aussi savoir qu’est-ce que c’est que ces astéroïdes qui ont frappé la terre, et frapper est-il le mot juste? Et si ces chutes de météorites constituaient une attaque? Il y a donc dans le récit des éléments suffisamment intéressants pour attiser la curiosité et pousser le lecteur à aller toujours plus loin.

Même si l’écriture est fluide, la première partie du récit traîne en longueur. Les personnages, un peu stéréotypés mettent du temps à se mettre en place. On dirait que l’auteur a voulu imposer un mystère qui n’aura finalement pas grand-chose de mystérieux.

Je dirais plutôt intriguant. Le fil conducteur peine à être stable parce que l’histoire est développée sur plusieurs fronts mais, ces histoires convergent. Tout devient plus évident dans la deuxième partie du volume. L’ensemble devient beaucoup plus solide, le récit haletant.

Trahison et complot sont au programme ainsi que la possibilité d’une invasion extra-terrestre mais celle-ci n’est évoquée que très tard dans le récit et quand elle se précise, le reste de l’histoire devient un peu prévisible. Il y a quand même des qualités.

Comme je le mentionne plus haut l’écriture est fluide. Ceux qui connaissent le style d’écriture de Douglas Preston savent qu’il est très accessible et qu’il sait maintenir un rythme rapide, le tout assorti d’une traduction française satisfaisante.

Il faut faire attention, si vous vous attendez à un scénario-catastrophe, vous pourriez être déçu. À ce titre la représentation de l’éditeur est un peu faussée. Le livre se concentre beaucoup plus sur l’enquête menée par l’ex-agent de la CIA et l’astronome amateur que sur l’aspect science-fiction même s’il y a de nombreux passages scientifiques pas toujours faciles à comprendre.

Certains de ces passages m’ont fait frémir, celui par exemple qui explique que si la Matière étrange se déversait sur la terre, celle-ci diminuerait sa taille pour atteindre celle d’une orange. Moyen régime et je ne parle pas de la densité de cette orange.

Donc, IMPACT est un ouvrage qui m’a fait découvrir des choses et m’a poussé à la recherche, en particulier sur la matière étrange, sujet peu développé en matière de littérature. Rythme élevé, spécialement dans la deuxième partie. J’ai trouvé la finale étrange et un peu bâclée. Malgré tout ça, j’ai trouvé au livre un petit cachet original qui m’a incité à vous le suggérer : IMPACT de Douglas Preston.

Douglas PRESTON est un auteur américain né en 1956 à Cambridge dans le Massachusetts, diplômé de littérature anglaise. Il a démarré sa carrière en tant qu’auteur et éditeur pour le Muséum d’histoire naturelle de New York. Il a aussi enseigné à l’université de Princeton. Durant ses huit ans passés au Muséum, il a écrit son premier livre de non-fiction. À la même époque, il fait la connaissance de Lincoln Child, rencontre qui a été déterminante pour sa future carrière d’écrivain.

Depuis, il a publié plusieurs autres romans du même genre avant de coécrire des livres à suspense avec Child. Leurs fans décrivent leur œuvre comme une ingénieuse combinaison alliant investigations scientifiques et intrigue captivante. Aujourd’hui, Preston continue à écrire pour différents magazines. Il est aussi coproducteur d’une série de la chaîne américaine ABC. (Sources : L’Archipel, J’ai Lu)

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 10 mars 2019

L’EMPIRE DU SCORPION, de SYLVAIN MEUNIER

*Une fois qu’elles furent bien installées, Dorothy lui
demanda d’être assez aimable de la laisser parler
sans l’interrompre et de ne pas lui poser de questions.
Le récit qu’elle s’apprêtait à faire était en elle depuis
longtemps. <Je suis consciente que la chose sera
impossible, Emma, mais l’idéal serait que vous oubliiez
ce que je m’apprête à vous raconter.>*
(Extrait : L’EMPIRE DU SCORPION, Sylvain Meunier, Guy
Saint-Jean Éditeur, 2014, édition de papier, 485 pages)

Percival Imbert accompagne sa femme au Centre commercial de son quartier. Sur place il la laisse aller et s’installe sur un banc. Après un certain temps il commence à s’inquiéter. Qu’est-ce qu’elle fait? Paniqué, il fait lancer un appel. Pas de réponse. Marie Doucet a disparu. Enlèvement? Meurtre? Aucune possibilité n’est écartée, y compris la participation d’un être obscur, ignoble, régnant dans les hautes sphères de la politique canadienne, à l’abri de sa fortune colossale qui magouille, fait chanter en toute impunité et signe des crimes sordides. L’enquête  amènera l’inspectrice Jacinthe Lemay  plus loin qu’elle pensait.

INTRODUCTION À LA POLITIQUE-FICTION
*«Pauvre vieille ordure…Si puissant, si brillant et
tellement aveugle…Vous n’avez rien compris,
Père, rien vu. J’aurais pu passer outre l’horreur
du viol. C’était la première fois que vous vous
intéressiez à moi, après tout…ce qui a rendu
toute forme de pardon impossible, c’est qu’après,
je n’ai pas pu vous garder pour moi, pour moi
toute seule.
(Extrait : L’EMPIRE DU SCORPION)

On aurait pu intituler ce livre LA MYSTÉRIEUSE FEMME DU MYSTÉRIEUX PERCIVAL IMBERT. Je m’explique. Lors d’un magasinage de Noël dans un centre commercial, Percival Imbert perd de vue sa femme Marie Doucet. Il ne la reverra plus. L’enquête est confiée à Jacinthe Lemay qui se lancera dans une investigation extrêmement complexe. Jacinthe apprendra beaucoup de choses très troublantes.

Jacinthe en viendra à se demander si Marie Doucet existe réellement. En fait, elle ne trouve aucune trace de son existence. Elle doit fouiller encore plus loin, cette fois au risque de sa vie car elle commence à en savoir un peu trop, entre autres que le nom de Marie Doucet est associé à d’obscures manœuvres politiques à l’époque où le Parti québécois annonce la tenue d’un référendum.

Il semble que Marie Doucet travaille pour un obscur organisme gouvernemental qui ne reconnait pas son existence. Jacinthe apprendra aussi que les principaux personnages dont elle-même auraient d’étranges liens de parenté. Il semble aussi que Percival Imbert doit combattre un monstre qui est en lui.

Les questions vont se bousculer dans l’esprit du lecteur : qui est Percival Imbert, ce personnage introverti qui parle toujours de lui à la troisième personne du singulier ? Le monstre qui l’habite serait-il en fait le syndrome de la double personnalité?  A-t-il inventé Marie Doucet? (Même dans sa propre maison, tout ce qui aurait un rapport avec Marie Doucet a été complètement occulté) Sinon que lui est-il arrivé? Meurtre, enlèvement ?

Je ne veux pas aller trop loin, mais je peux vous dire que Jacinthe Lemay fera des découvertes pour le moins surprenantes. Ce qui était au départ une simple disparition devient une saga d’espionnage, une obscure et surprenante histoire de famille, une guerre de pouvoir, le tout dans un contexte politique explosif, celui du Québec des années 80.

J’ai beaucoup aimé ce livre, en particulier à cause de cette capacité de l’auteur de maintenir une aura de mystère autour des trois principaux personnages et ce jusqu’à la fin de l’histoire. De pages en pages, le lecteur se questionne, s’interroge, s’accroche. Ce que j’ai trouvé banal au départ est devenu captivant puis addictif.

C’est un récit très spécial par la qualité de son développement, le magnétisme de ses personnages et la plume de Sylvain Meunier que j’ai trouvé très forte en intrigue, en précision et en subtilité. Je mentionne aussi que le récit est très fluide et sa finale est surprenante. Et l’ensemble n’est pas dénué d’humour : *« … à l’impossible, nul n’est tenu, et au possible non plus, si le nul en question travaille au gouvernement ! »*
(Extrait)

Si je peux me permettre de rapporter une petite faiblesse, dans le récit, il n’y a pas vraiment de temps morts, mais il y a beaucoup de personnages secondaires dont plusieurs font des apparitions plutôt aléatoires. Ça devient mêlant un peu, j’ai dû revenir en arrière dans ma lecture pour replacer certains personnages dans leur contexte. Mais ça n’a rien de rebutant. Il suffit de se concentrer, dans un endroit calme et de se fier au fil conducteur de l’histoire qui ne souffre d’aucune déviation.

Un bon livre…d’autant que ça se passe au Québec et que je me suis reconnu dans son environnement géographique et politique. En terminant, je vous laisse sur un autre petit mystère : Le titre. Pourquoi L’EMPIRE DU SCORPION comme titre : le mot empire pourrait évoquer le pouvoir, le mot scorpion pourrait évoquer le venin. Venin et pouvoir vont bien ensemble je pense. C’est à vous cher ami lecteur de résoudre le mystère. Un petit indice peut-être ? Le mot scorpion est intimement lié au mystérieux Percival Imbert.

On ne s’en sort pas…il faut se rendre au bout…et c’est un plaisir.

Sylvain Meunier est né en 1949, à Lachine (Québec). Il obtient un baccalauréat en Études françaises avec une spécialité en éducation à l’Université de Montréal. Retraité de l’enseignement depuis 2006, il a été professeur dans plusieurs écoles de Montréal, en français et en anglais, puis en adaptation scolaire. Il a surtout écrit pour les jeunes, à LA COURTE ÉCHELLE des contes pour les tout-petits, la série GERMAIN pour les  jeunes lecteurs. En 2001, Sylvain  Meunier publie pour les adolescents L’ARCHE DU MILLÉNAIRE. Il récidivera en 2007 avec PIERCINGS SANGLANTS. Trois fois finaliste au Prix du Gouverneur Général du Canada, Sylvain Meunier remportera le prix Création en littérature du premier Gala de la Culture de la ville de Longueuil pour la série RAMICOT BOURCICO.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 20 janvier 2019