LE PROCÈS DU DOCTEUR FORRESTER

LE PROCÈS DU DOCTEUR FORRESTER

Commentaire sur le livre de
HENRY DENKER

*C’est fini… Elle est partie. –C’est impossible!
protesta Kate. Continuons, nous la ferons
revenir, il le faut ! Briscoe ôta ses mains
gantées de la plaie ouverte et s’écarta de la
table. – Résignez-vous Kate, c’est terminé.*
(Extrait : LE PROCÈS DU DOCTEUR FORRESTER,
Henry Denker, Presses de la Cité, 1993 pour la t.f. ,
édition de papier, 415 pages)

Voici une femme passionnée par son métier de médecin. Mais une nuit, alors qu’elle est le seul médecin de garde dans un grand hôpital de New-York, soumise à une cadence infernale, une jeune fille admise aux urgences meurt brusquement. Pourquoi cette brillante praticienne n’a-t-elle pas diagnostiqué une grossesse extra-utérine responsable du décès ? Incurie ? Négligence ? Le père de la victime, un riche promoteur, va tout faire pour provoquer la radiation de Kate, quitte à soudoyer témoins, juges et experts. De son côté, l’administration de l’hôpital abandonne Kate à son sort. Pour Kate, le seul moyen de démontrer son innocence serait de prouver que la jeune victime lui a dissimulé de précieuses informations, la nuit de son décès. Heureusement, Kate va trouver un allié inattendu en la personne d’un jeune avocat idéaliste, tout aussi dévoué à la justice que Kate l’est à ses malades.

UNE COUPABLE À TOUT PRIX
*Restez et luttez, sachant qu’il y a un risque
que vous soyez vaincue. L’important est que
vous affirmiez haut et fort votre conviction
D’avoir fait ce qu’il fallait pour la jeune
Claudia Stuyvesant.*
(Extrait : LE PROCÈS DU DOCTEUR FORRESTER)

Ce n’est pas une histoire compliquée, au contraire car elle est très ajustée à l’actualité : un médecin est accusée d’incurie suite au décès d’une de ses patientes en Urgence dans un grand hôpital de New-York. La question qui poursuit le lecteur est aussi simple : est-ce que le médecin a trompé sa patiente ou serait-ce la patiente qui aurait trompé le médecin. Le père de la patiente s’appelle Claude Stuyvesant. C’est lui le fil conducteur de l’histoire : un personnage puissant, très riche, influent sur le plan politique et social, celui à qui on doit tout et pour lequel on est rien. Sa seule présence à l’audience transforme les procureurs en lèche-culs : *Vous avez vu comment Hoskins transforme en faute les meilleurs mouvements du cœur…* (Extrait)

Pour s’opposer à cette espèce d’araignée qu’est Claude Stuyvesant : un avocat, jeune, sans trop d’expérience, qui risque l’exclusion de son cabinet en défendant une femme en apparence accablée par les preuves. Son opiniâtreté est belle à voir. C’est un tenace et en plus il est audacieux. En fait, c’est le petit côté irritant du livre, c’est trop beau pour être vrai…aussi irritant que cette espèce d’amourette timide qui tente de s’installer entre deux audiences et qui se heurte à quantité d’objections.

C’est la ténacité de l’avocat Scott Van Cleve qui donne au livre ses lettres de noblesses car le temps lui manque, des témoins lui font défaut ou se désistent et quelque chose lui est caché. Quelque chose est caché à tout le monde d’ailleurs, une information enfouie sous l’épaisseur bétonnée du secret médical…Il se démène comme un diable dans l’eau bénite et trouve le moyen d’avancer, en respectant une logique de droit et le simple bon sens. C’est là que j’admire l’intelligence et l’imagination de Henry Denker , pour le défi posé à son personnage : contourner les suppôts de Stuveysant en lui opposant quelqu’un qui n’en a pas peur et qui souhaite au contraire injecter au richissime pacha une dose d’humilité : *Le visage coloré de Stuyvesant…semblait soudain gris et âgé. Point de mire de tous les regards, il se tenait…comme mis à nu, son hostilité vis-à-vis de Kate réduite à ce qu’elle était : un bouclier derrière lequel il dissimulait sa propre culpabilité* (Extrait)

Ce n’est pas à proprement parler un livre génial. Son sujet n’est pas original mais au contraire réchauffé. Il m’a fait pourtant passé un intéressant moment de lecture : le rythme est très élevé. Il y a des revirements parfois surprenants mais toujours vraisemblables à mon avis, et le sujet n’est pas sans faire réfléchir sur la situation parfois dramatique dans les urgences des hôpitaux américains qui manquent souvent de personnel, d’argent, d’espace, d’équipement et de compréhension. Le sujet vient nous rappeler également que les médecins sont des humains et ne sont pas à l’abri de l’erreur. Aussi, quand on consulte, il est capital de ne rien lui cacher.

C’est un bon livre, mais il n’est pas un de ces ouvrages qu’on garde en mémoire. On finit par l’oublier mais le chantier de lecture comme tel a un petit quelque chose de *page turner*. Il se lit vite et bien et sa finale, quoiqu’un peu rapide est bien travaillée. La psychologie des personnages est peu développée. C’est une faiblesse du récit. Il aurait été intéressant d’en savoir plus sur les STUYVESANT : Claudia, morte dans des circonstances mystérieuses qu’on finira par éclaircir de peine et de misère car on s’est dépêché pour des raisons tout aussi mystérieuses d’incinérer le corps.

Maman Stuyvesant qui a peur de son mari et vit dans son ombre prendra  tout le monde par surprise…bien trouvé et Papa Claude…j’en ai déjà parlé, c’est le bon Dieu faute de mieux…j’aurais préféré que l’auteur approfondisse davantage ces personnages. Enfin, il faut se rappeler que Kate va trouver un allié inattendu : Scott Van Cleve, jeune avocat qui est rapidement convaincu de son innocence. Ce roman raconte un combat acharné. C’est loin d’être novateur mais j’ai trouvé sa lecture satisfaisante d’autant qu’elle colle un intouchable sur la touche…

Henry Denker a commencé à écrire pendant ses études à l’Université de New-York. Il a renoncé à sa carrière de juriste pour l’amour de l’écriture. Il a été scénariste, directeur et producteur. Il a également écrit six pièces de théâtre, toutes jouées à Broadway. Il a enfin écrit de nombreux romans comme L’ENFANT QUI VOULAIT MOURIR et ELVIRA. Denker partageait son temps entre la Californie et les Adirondack. Plusieurs de ses romans ont été adaptés à l’écran. Henry Denker est mort presque centenaire en 2012.

Bonne lecture
Claude Lambert

Le dimanche 14 mars 2021

La guerre des mondes version audio

LA GUERRE DES MONDES version audio

De HERBERT G. WELLS

Commentaire sur le livre audio lu par
BERNARD PETIT

*La façon dont les martiens peuvent si rapidement
et silencieusement donner la mort est encore un
sujet d’étonnement…cette nuit-là sous les étoiles,
près de quarante personnes gisaient autour du
trou, carbonisées, défigurées, méconnaissables…*
(Extrait, LA GUERRE DES MONDES, Herbert G. Wells,
version audio, narration : Bernard Petit, éditions Le Livre
qui parle, 2017,  durée d’écoute : 6 heures 36 minutes)

Londres, les Martiens débarquent. Afin de préserver leur espèce, ils envahissent la Terre et sèment terreur et désolation. Le roman décrit l’aventure du point de vue d’un seul personnage qui seul (ou presque) tente de rejoindre sa femme. Entre temps, partout sur la terre c’est la panique et la désorganisation totale. Tous les efforts des armées et des scientifiques pour contrer l’envahisseur sont vains jusqu’à ce qu’un allié imprévu donne un vibrant espoir à l’humanité.

UN BARYTON
POUR LE GRAND CLASSIQUE DE LA SF
*«…car je me rendais clairement compte que
les environs de Londres allaient être
inévitablement le théâtre d’une lutte
désastreuse avant que de pareilles
créatures puissent être détruites…*

Après avoir lu le livre, regarder les films et maintenant après avoir écouté LA GUERRE DES MONDES grâce à Bernard Petit, je demeure convaincu que LA GUERRE DES MONDES de H.G. WELLS demeure un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature de science-fiction et principal précurseur de la science-fiction moderne tout au moins dans le développement d’un thème privilégié par le 7e art : les extra-terrestres et les ovnis. Pour parler de l’histoire, je vous invite à lire le commentaire que j’ai publié sur ce site en avril 2016. Allez-y sans crainte, l’œuvre de H.G. Wells n’a pas vieilli d’une ride. Vous y trouverez mon commentaire, quelques photos des films, LA GUERRE DES MONDES AU CINÉMA et pour terminer, une belle frousse provoquée par Orson Wells sur le thème de la guerre des mondes. Intéressé? Cliquez ici.

En ce qui concerne la présentation, j’ai eu plaisir à renouer avec la voix de Bernard Petit que j’ai déjà entendue dans nombre de films institutionnels et documentaires dont LES DERNIERS JOURS DE L’URSS. Sa voix de baryton force l’attention de l’auditeur spécialement parce qu’elle est riche d’intonations parfaitement liées au contexte. Ce genre de défi, quand il est bien relevé contribue souvent l’auditeur à aller au-delà de la voix, je parle d’apprécier l’œuvre dans son ensemble. Comme j’ai déjà vu les versions cinématographiques, j’ai laissé, avec un indescriptible plaisir, Bernard Petit, créer dans mon esprit, des images liées en particulier au film LA GUERRE DES MONDES réalisé en 2005 par Steven Spielberg avec Tom Cruise. Ici, Bernard Petit décrit les tripodes géants avec une conviction qui force l’admiration.

J’aime à croire que j’aurais eu le même plaisir si un film n’était pas lié au livre. Je n’ai pas eu encore le plaisir d’écouter un livre complètement indépendant du 7e art. Je ne manquerai pas d’en faire l’expérience. Film ou pas, un bon narrateur est capable de créer l’image suggérée par le texte dans l’esprit de l’auditeur. La qualité première de Bernard Petit est d’exploiter la totalité de sa voix passant du chuchotement de l’intimité au cri rauque et glacial de la peur et de l’horreur. Cette voix est en mesure de faire passer l’auditeur par toute une gamme d’émotions. Je me demandais si j’allais pouvoir vivre le petit frisson que j’ai parfois dans le dos en lisant. Mission accomplie…ça ne pouvait faire autrement.

Excellente présentation générale bien soignée par *le livre qui parle*. On ne pouvait trouver mieux comme nom d’édition d’un livre audio.

Narrateur professionnel, Bernard Petit séduit par son timbre de voix chaud et profond qu’il a la capacité de nuancer par rapport aux textes qui lui sont soumis. C’est un comédien reconverti dans la voix off. Il a prêté sa voix à de nombreuses réalisations audio-visuelles, livres audio et contes, documentaires sur chaînes généralistes et thématiques, films institutionnels, multimédias, jeux vidéo, audio-guides, bornes de musées, lectures publiques. Bernard Petit est aussi siffleur un talent qu’il utilise surtout en publicité.

Herbert George Wells (1866-1946)

Pour en savoir plus sur LA GUERRE DES MONDES et H.G. Wells, le livre et les adaptations, lisez mon commentaire sur jailu… Cliquez ici.

BONNE ÉCOUTE
Claude Lambert
le samedi 13 février 2021

 

LA SORCIÈRE DU PALAIS

LA SORCIÈRE DU PALAIS

Commentaire sur le livre de
SOPHIE BÉRUBÉ

*Aucune trace d’Édouard. Elle se dirige
vers la cuisine. Elle entend une sorte de
ronflement. Il y a du sang partout. Mais
c’est le ronflement qui égratigne les
nerfs de Julie.*
(Extrait : LA SORCIÈRE DU PALAIS, Sophie
Bérubé,  Les Éditions Coup d’œil, 2017.
Édition de papier, 385 pages)

Dans les couloirs du palais de justice, tous connaissent Maître Julie De Grandpré, avocate redoutable, séduisante et sans merci. Surnommée «La Sorcière», elle a quitté la couronne pour représenter la défense, un acte hors du commun pour un avocat. Mais pour l’enquêteur Mathieu Langlois, le surnom et la réputation de Julie De Grandpré ne l’intéressent pas autant que le fait qu’elle a disparu depuis trois semaines. Qui peut bien en vouloir à la «sorcière» ? Au fil des découvertes étonnantes sur le passé de l’avocate, de graves révélations viendront assouplir l’affaire, mettant au jour un important scandale judiciaire. Langlois va de surprises en surprise.

LE CÔTÉ OBSCUR DE LA JUSTICE
*…il ne faut pas oublier qu’on s’attaque à
gros. Au ministre de la Justice, au
procureur en chef et au président d’une
multinationale. On a pas le choix de
vérifier ce qui est écrit là-dedans.*
(Extrait : LA SORCIÈRE DU PALAIS)

LA SORCIÈRE DU PALAIS est un thriller judiciaire qui explique un peu comment, pour faire une enquête, on peut partir d’à peu près rien et finir par résoudre l’affaire. Mais cette affaire est étrange : Une avocate, Julie De Grandpré disparait dans de mystérieuses circonstances…pas d’indices, pas de mots…et un chat éventré découvert dans sa cuisine par la femme de ménage. Le mystère est total. Julie De Grandpré est célèbre pour avoir basculé de la Couronne à la défense sans explication. C’est une avocate redoutable qui a aussi une réputation douteuse. Tout ce que Mathieu Langlois, policier spécialisé dans les disparitions, sait de l’avocate au moment de débuter son enquête, c’est qu’on l’appelle la sorcière dans les couloirs du palais de justice. Sa tâche ne sera pas facile.

Dans une intrigue qu’elle fait évoluer très habilement, Sophie Bérubé présente un portrait pas très flatteur de la justice et très tôt dans le récit, le lecteur se demande si Julie De Grandpré était du bon côté de la justice au moment de faire basculer sa carrière. Elle doit composer, et l’enquêteur Langlois aussi avec la mafia, des gangs de rue, des criminels sans compassion. L’enquête rappelle un peu une course à obstacles qui sont autant de rebondissements pour le lecteur. L’auteure implique aussi un personnage très important dans son intrigue : Marc Thiffaut, journaliste qui, lui aussi va voir sa carrière basculer alors que son patron le fait passer d’éditorialiste à journaliste aux affaires judiciaires. Il se crée, entre Thiffaut et Langlois une interaction très intéressante. Les journalistes peuvent être les pires casse-pieds mais ils peuvent être aussi d’une précieuse utilité. J’ai beaucoup apprécié ce jeu de donnant-donnant favorable à la justice. Ça m’a semblé crédible et réaliste.

Il n’y avait, pour moi, qu’un seul petit côté irritant dans ce récit, c’est le petit côté fleur bleue ou rose bonbon du policier Mathieu Langlois. C’est classique. C’est un cliché. L’image du policier qui fait passer son travail avant sa femme, qui a le quart de la moitié d’une petite aventure avec sa *cliente* et qui vient près de perdre sa famille pour ça. L’histoire du policier dont la vie de ménage est fragilisée et qui étale ses états d’âme, ça m’énerve et c’est malheureusement courant en littérature policière. Je dois toutefois avouer que l’auteure a donné à son personnage principal une sensibilité qui le rend attachant. J’en profite pour souligner d’ailleurs que tous les personnages de l’histoire sont étoffés et bien travaillés.

Donc c’est un ouvrage au rythme enlevant, aux rebondissements multiples et à la finale qui était pour moi totalement imprévisible. Je brûle de vous en parler mais vous trouverez particulièrement satisfaisant de la découvrir vous-même. Cette finale comme telle est un revirement. J’ai été happé par le livre dans son ensemble mais je dois dire que le dernier quart fut particulièrement addictif. L’ouvrage m’a aussi fait réfléchir sur la crasse qui obstrue la justice. Ce n’était peut-être pas son but mais c’était inévitable. En lisant le quatrième de couverture, vous avez tout de suite la puce à l’oreille : pourquoi une avocate de la couronne réputée faire des miracles passe-t-elle subitement à la défense et pourquoi est-ce qu’on l’appelle LA SORCIÈRE DU PALAIS. Je me suis posé ces questions avant d’aborder la page 1 et je me suis laissé aller dans une lecture dont l’intrigue allait en crescendo.

On sait que l’univers littéraire policier est riche et se caractérise par l’abondance. Faire son chemin dans cette tendance ne doit pas être nécessairement facile vu la nécessité de trancher par l’originalité, la subtilité, la nouveauté, le tout pour un lectorat qui semble toujours demandé la même chose : SURPRENEZ-MOI.. À ce titre, je crois que Sophie Bérubé est une auteure à surveiller.

Sophie Bérubé est une auteure québécoise. Elle a évolué dans le droit, le journalisme, l’écriture, la critique, la production et l’animation.  Elle pratique actuellement le métier d’avocate-médiatrice. Elle anime aussi des émissions de télévision. Avec sa passion de l’écriture,  elle a publié quatre romans : SANS ANTÉCÉDANTS, son premier roman a franchi le cap des 20 000 exemplaires vendus, le roman érotique PREMIÈRE FOIS, son petit dernier, au moment d’écrire ces lignes : sur un plateau d’argent. LA SORCIÈRE DU PALAIS est son deuxième roman. Véritable femme-orchestre, Sophie Bérubé évolue dans plusieurs domaines tous liés au monde des communications.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 10 novembre 2019