DESTINATION MONSTROVILLE livre 1, MOCHE CAFÉ

Commentaire sur le livre de
NADINE DESCHENEAUX
et
SOPHIE RONDEAU

*Le cri de ralliement du concours s’élève dans la pièce :  <Que le plus dégoûtant gagne ! > Des sifflements et un tonnerre d’applaudissements retentissent. * (Extrait : MOCHE CAFÉ, DESTINATION MONSTROVILLE, tome 1, Nadine Descheneaux/ Sophie Rondeau, Éditions Druide, 2017,édition de papier. 135 pages)
Illustrations : Jessica Lindsay

Hubert, Édouard et Zia se font garder par leur grand-mère. C’est aujourd’hui qu’elle a décidé de leur révéler l’existence de Monstroville, une petite ville secrète où se tient un concours de recettes très spécial…Poussés par la curiosité, les cousins partent à l’aventure dans un moyen de transport inusité : des poubelles qui les mènent directement à Monstroville. Sur place, ils rencontrent des créatures follement répugnantes et, contre toute attente, jouent un rôle déterminant dans le concours se déroulant au Moche Café.

Ces frissons qui font rigoler
*Le cuisinier a le visage bouffi, tout rouge,
et il n’a qu’un unique gros œil au milieu de
son front garni de boutons et de pustules,
Répugnant. Son nez dégouline, son œil
déverse un torrent de larmes et ses lèvres
tremblent continuellement.
(Extrait)

C’est une chouette petite histoire même si le sujet développé n’est pas tout à fait dans mes cordes. Mais je n’ai pas perdu de vue que c’est un livre pour enfant et l’histoire qu’il raconte est loin d’être dédaignée par les jeunes lecteurs et lectrices.

En résumé, Hubert, Édouard et leur cousine Zia sont entraînés dans une chaîne d’évènements qui les amène à aider le cuisinier du Moche café de Monstroville à gagner le concours du plat le plus dégoûtant. *Dégoûtant* est un mot magique qui attire automatiquement la curiosité des enfants : *« Ça va être dégueu ! > * se réjouit Hubert. * (Extrait)

Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur la liste d’ingrédients remplie à l’épicerie Crapaluche du nom de son propriétaire, une espèce d’iguane à tête humaine : morve de dragon, langues de serpents, tranches de bacon de caméléon et autres petites douceurs pour le palais.

Vous excuserez le mot très direct mais une flopée d’assiettes aussi écœurantes les unes que les autres seront soumises aux juges, dont nos amis rapidement pris de nausées, la première assiette étant une mixture de crottes de fromage poilues au lait de vieux chameau. Vraiment, c’est une histoire qui ne manque pas d’imagination. Elle génère un peu de frisson et surtout elle est drôle et pleine de piquant… :

* …la salle, désormais bondée éclate de rire. Tous les monstres, les elfes, les cyclopes, les géants, les squelettes, les poissons sur pattes, tout le monde se tient les côtes (facile pour les squelettes) * (Extrait) Très franchement, ce livre m’a beaucoup amusé et son côté répugnant a un petit quelque chose de caricatural tout à fait sans danger pour les jeunes lecteurs et lectrices. C’est drôle.

C’est un petit livre qui se lit vite et bien. Les lettres sont grosses, les chapitres sont courts et c’est bourré d’illustrations vivantes et expressives. Le livre répond au besoin des enfants : humour, un soupçon de mystère et tout ce qu’il faut pour générer quelques grimaces des jeunes lecteurs et lectrices. 

Pas étonnant que le livre ait été retenu comme finaliste des prix Tamarac et Hackmatack. L’histoire a aussi un côté aventurier, d’autant que Monstroville est une ville secrète à laquelle on ne peut accéder qu’en passant par…des poubelles.

Je recommande chaleureusement ce petit livre comme lecture jeunesse…136 pages de plaisir. Comme vous le voyez plus bas dans cet article. Moche café a une suite qui nous entraînera dans un environnement très différent. Mais tout aussi amusant. En terminant, je vous laisse avec ce petit extrait qui résume assez bien le livre du jour : * Le cri de ralliement du concours s’élève dans la pièce : « Que le plus dégoûtant gagne ! » *.

Rien n’arrête Nadine Descheneaux, journaliste, auteure, maman, blogueuse, Elle se lève très tôt pour écrire ses histoires souvent imaginées et rêvées au cours de la nuit. Elle profite ainsi au maximum de sa journée. Pas étonnant que, depuis 2006, elle ait publié une trentaine de livres-jeunesse dont la série à succès LES SECRETS DU DIVAN ROSE. Chaque année, elle participe à des salons du livre au Québec et au Nouveau-Brunswick en plus d’animer des ateliers littéraires dans de nombreuses écoles.

Partout où elle va, Sophie Rondeau trimballe un gros cahier et plein de crayons au cas où de folles idées germeraient dans son esprit. Car les idées, elle les trouve partout…parfois même dans ses rêves !

Vingt-cinq livres plus tard, elle a toujours de l’imagination à revendre. Quand elle n’a pas un crayon entre les doigts ou un écran d’ordinateur devant ses yeux, Sophie enseigne le français à des ados et essaie de leur transmettre son amour des mots. Quant aux *monstres*, Sophie les connait bien étant mère de quatre enfants. Elle ne compte plus les fois où elle a débusqué ces bestioles sous les lits et dans les garde-robes. Pour faire d’une pierre deux coups, elle les a tous invités à s’établir à Monstroville et elle raconte maintenant leurs aventures avec son amie Nadine.

À part faire du vélo, sur de longues distances pour se perdre dans
ses pensées, cuisiner, déchiffrer des caractères japonais, Jessica Lindsay prend beaucoup de plaisir à dessiner, que ce soit dans son cahier, sur les mains ou sur le visage de son amoureux. Ce ne sont pas les idées qui manquent et elle caresse beaucoup de projets. Au moment d’écrire ces lignes, le Japon est son terrain de jeu. Il se prépare des choses on dirait…!

Les tomes suivants

LE SALON DE DÉCOIFFURE : Catastrophe ! Zia a des poux ! Dans ce tome, les jeunes lecteurs et lectrices s’amuseront ferme en suivant la trace des trois cousins, décidés à obtenir l’aide de Monstrovillois aux compétences très spéciales…
LE LAIDORAMA : C’est l’halloween et les trois cousins confectionnent leur déguisement chez leur grand-mère.

À la recherche d’un accessoire qui rendrait plus crédible le costume de monstre d’Édouard, ils retourneront à Monstroville et y découvriront le Laidorama…
ooZ : Êtes-vous superstitieux ? Craignez-vous les chats noirs qui rôdent les vendredis 13 ? Croyez-vous que passer sous une échelle porte malheur ? Évidemment, à Monstroville, comme tout est différent d’ailleurs, on adore ce qui attire la malchance…
Parcourez la série DESTINATION MONSTROVILLE ici.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 13 juin 2021

8 histoires du futur

8 HISTOIRES DU FUTUR

Commentaire sur un collectif de nouvelles pour enfants

*Sara sort un paquet de son sac à dos :
« Regarde, Papi », dit-elle en lui
tendant une touffe d’herbe. Le vieil
homme n’en croit pas ses yeux :
« De l’herbe violettte ! » s’écrie-t-il.

(Extrait : UN PONEY À LUNETTES, une
histoire de Ghislaine Biondi, du recueil
8 HISTOIRES DU FUTUR. Éditions
Fleurus, 2010, numérique, 64 pages pour
les enfants de 6 à 9 ans. Litt. jeun.)

Martin tombe en panne avec sa voiture qui roule dans l’eau, une baleine va le remorquer. Netto le petit robot laveur de carreaux va arrêter le voleur de la banque. Le poney de Sarah a besoin de lunettes. Il voit l’herbe violette et ne veut plus manger. Léonie la petite souris veut aller dans l’espace…en tout, huit histoires tournant autour du futur et qui visent à favoriser l’introduction des enfants à la lecture. Ce sont des récits futuristes dans lesquels se chevauchent humour et aventure. Chaque histoire est illustrée.

Les ptites nouvelles
LA FUSÉE DE LILI, Agnès Laroche, illustrée par Thierry Laval
-GALAKTA, LA VILLE D’EAU, Sévérine Onfroy, illustrée par Rosalinde Bonnet
-ZOÉ ET SES DEUX ROBOTS, Agnès Laroche, illustrée par Dorothée Jost
-DEUX DÉPANNEUSES ORIGINALES, Charlotte Grossetête, illustrée par Thérèse Bonté
-UNE SOURIS DANS L’ESPACE, Sophie De Mullenheim, illustrée par Gwendal Blondelle
-UN PONEY À LUNETTES, ghislaine Biondi, illustrée par Fred Multier
-UN CABRIOLAGE DANS LES HAUTEURS, Sophie de Mullenheim, illustrée par Delphine Vaufrey
-DANS LA LUNE, Éléonor Cannone, illustrée par Marie Ligier de Laprade.

POUR ATTEINDRE LES ENFANTS
*Tu es grand maintenant…ton papa et moi
avons décidé que ce matin tu pourrais
l’accompagner sur la lune. –Sur la lune !
répéta Lucas, ravi. – Oui. Comme ta maman
n’a plus de poussière d’étoiles pour préparer
Ton gâteau d’anniversaire, nous allons en
acheter ensemble au grand marché lunaire…*
(Extrait : DANS LA LUNE, Éléonore Cannone,
recueil : 8 HISTOIRES DU FUTUR)

Ceux et celles qui me connaissent et qui lisent mes articles sur jailu.mllambert.com savent que j’explore régulièrement l’Univers de la littérature jeunesse. J’aime lire à l’occasion un bon roman pour ados ou jeunes adultes et j’aime être au courant de ce que les maisons d’éditions rivalisent d’imagination et de bonnes idées pour divertir et outiller les jeunes. Le groupe d’âge que je vise aujourd’hui est le 6-9ans. C’est un âge stratégique pour les éditeurs parce que les goûts se développent rapidement et se fixent, tout comme les aversions. J’ai lu récemment quelques ouvrages publiés chez Fleurus pour les 6-9 ans et j’ai été conforté dans mon idée que pour amener les enfants à lire, il faut réunir des conditions bien précises.

Par exemple, les enfants aiment rire. C’est un naturel à alimenter. Si vous leur offrez une lecture drôle, ils y consacreront du temps. Les enfants aiment l’aventure, ils aiment qu’on les surprenne et ils ne dédaignent pas non plus à l’occasion un petit frisson. En général, les jeunes esprits aiment voyager…vagabonder. Si l’aventure est au rendez-vous, les enfants auront davantage d’intérêt et de temps à consacrer aux livres. À une époque où les gadgets électroniques, tablettes, consoles et bien sûr la télévision happent les enfants, créer un bon livre est un défi, plus grand encore le défi d’amener les enfants à aimer la lecture. Ajoutez à cela quelques éléments indispensables qui sont des *Plus-values* dans un livre pour enfants : Des illustrations et dessins qui illustrent le propos de façon pertinente et humoristique, et bien sûr des grosses lettres, de l’espace, de la ventilation…

J’ai lu avec un intérêt particulier 8 HISTOIRES DU FUTUR parce que les enfants sont confrontés avec de petites curiosités du futur et bien que les histoires comme telles sont légères et fantaisistes, elles introduisent tout doucement les enfants dans une avenue littéraire pour laquelle ils conserveront toujours un certain intérêt : La science-fiction. 8 HISTOIRES DU FUTUR réunit à mon avis toutes les qualités que les enfants recherchent dans un livre avec en plus la possibilité d’exploiter de nouveaux supports de lecture comme la liseuse électronique ou la tablette qui met particulièrement en valeur les dessins de nos illustrateurs et illustratrices grâce au rétroéclairage.

Je soulignerai en terminant la valeur pédagogique de ces histoires qui sont toutes porteuses de thématiques chères aux enfants comme l’amitié, la débrouillardise, la découverte. Par exemple, dans la première nouvelle du recueil, qui est ma préférée, Lili voyage dans une fusée faite de matériaux recyclables, doté d’un moteur biodégradable et qui vole à l’essence de feuilles de thé…premier jalon d’une conscience environnementale à laquelle la jeune génération va s’identifier de plus en plus.  J’ai été enchanté par cette nouvelle exploration de la littérature-jeunesse qui m’a fait découvrir les Éditions Fleurus. Ma quête se poursuit. J’y reviendrai, il n’y a rien de plus certain…

Ci-haut, Agnès Laroche, auteure jeunesse, écrivaine née à Paris en 1965. Son esprit fourmille de rêves et d’idées grâce auxquels elle invente des histoires pour les enfants, les adolescents ou leurs parents. Elle est l’auteure de nombreuses fictions diffusées à la radio et de romans pour la jeunesse. À gauche, Thierry Laval, illustrateur. Il s’occupe la plupart du temps à gribouiller. Il a suivi des études d’arts graphiques, il est maquettiste pour la presse et auteur-illustrateur. Il a notamment publié aux Éditions Thierry Magnier et Gallimard jeunesse. Il crée en 2007 la série « Cherche et Trouve » qui remporte un succès toujours grandissant.

 Aussi pour les 6-9 ans chez Fleurus :

       

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 14 novembre 2020

 

L’HOMME QUI N’AVAIT PAS DE NOMBRIL

Commentaire sur le livre de
Michel Leboeuf

*Non, non, lecteurs de premières pages en librairie,
ne me quittez pas! Ne refermez pas le bouquin si
vite. Lisez la dernière page tant qu’à faire. Vous
allez voir, la fin est pas mal du tout. Vous arriverez
peut-être même à vous réconcilier avec moi, le
personnage principal.*
(Extrait : L’HOMME QUI N’AVAIT PAS DE NOMBRIL,
Michel Leboeuf, Éditions Michel Quintin, num. 480 pages)

L’HOMME QUI N’AVAIT PAS DE NOMBRIL est un thriller psychologique. C’est le récit de Philippe Morel, 53 ans, un professionnel des relations publiques. Morel a une particularité extrêmement rare : il n’a pas de nombril. Évidemment ce signe particulièrement distinctif a marqué sa vie. Cette vie tourmentée, Morel nous la raconte : une vie de moqueries et de mépris de la part de son entourage. Il passe en revue toutes les étapes de son destin, y compris les épisodes où il fait l’objet de D’expériences scientifiques. Mais le récit déborde de la science. C’est l’histoire d’un homme qui n’a pas été uni à sa mère par un cordon ombilical et qui ne connaîtra rien de moins qu’une véritable descente aux enfers.

LE DRAME DE L’HOMME-OPOSSUM
*Dans mon berceau, me voilà saisi d’une sorte
de pressentiment…la voix douce me camoufle
la vérité, elle l’enrobe de rose bonbon…
J’ai peur, j’ai la certitude que ce qui vient ne
sera ni rose ni bonbon. Après ça, on
s’étonnera du fait que je veuille vivre tout
seul, en parfaite autarcie, le plus loin
possible des hommes.
(Extrait : L’HOMME QUI N’AVAIT PAS DE NOMBRIL)

Ce livre raconte l’histoire très particulière de Philippe Morel, né sans nombril, comme un opossum. Pour apprécier ce livre, il y a deux conditions : 1) Bien comprendre la situation très singulière de Morel. Il est né sans nombril comme si dès le départ, la nature l’avait débranché de sa mère.

Comme cette nouvelle va faire le tour du monde, le phénomène étant assez rare, on peut penser qu’étant trop différent des autres, Morel devienne comme débranché de la société avec des rapports humains réduits au minimum. Quant à savoir ce qui se passe dans sa tête, je vous laisse lire le livre pour le savoir, mais je peux vous mettre sur le sentier en vous dévoilant que Philippe Morel adore tuer des mouches en les brulant avec une loupe. Ça vous donne une petite idée…je dis bien petite.

Si vous arrivez à bien saisir la psychologie du personnage, sa tare plutôt embarrassante, et ses motivations, il vous faudra accepter maintenant la deuxième condition. 2) s’armer de patience. Le roman est très intéressant et tranche un peu par son originalité mais il traîne en longueur.

C’est très long avant de pouvoir s’accrocher à l’histoire ou aux personnages qui ne sont pas particulièrement attachants. C’est long d’autant que le récit est narré à la première personne par Morel qui n’a pas toujours des choses intéressantes à raconter. Pour toutes ces raisons, je préfère utiliser le terme DRAME qui convient mieux que THRILLER.

Là où le roman devient intéressant, à partir du moment où il prend son rythme, après au moins une bonne centaine de pages, c’est quand on commence à comprendre les motivations de Morel. Ça m’a poussé à me demander qu’est-ce que je ferais à sa place et c’est là que le roman devient un peu dérangeant. Morel devient un peu bizarre, violent et la finale, sans être spectaculaire, est intéressante, voire surprenante jusqu’à un certain point.

Même si ce livre est parfois long à en être pénible, je pense surtout à la première moitié, l’histoire a quelque chose de particulier, elle a un caractère étrange et la plume de Michel Leboeuf est tout aussi étrange nous entraînant dans les méandres d’un esprit confus : l’homme dont on a discuté du cas dans les plus grandes facultés de médecine et qui servira de cobaye pour des expériences bizarres sera dorénavant appelé l’homme-opossum et tentera le plus possible de retourner à l’anonymat. Ce ne sera pas simple et c’est là qu’est le point fort du roman : la relation devenant graduellement et irrémédiablement tordue entre Philippe Morel et son environnement.

Malgré ses faiblesses, l’histoire est intéressante et appelle une suite de deux autres tomes : Le tome 2 : L’HOMME QUI N’AVAIT PAS DE NOMBRIL Alter Ego et le tome 3 : L’HOMME QUI N’AVAIT PAS DE NOMBRIL Alma Mater.

Michel Leboeuf est un écrivain, scientifique, naturaliste et communicateur québécois né à Trois-Rivières en 1962. Après avoir œuvré pendant plusieurs années en écologie forestière, il consacre maintenant tout son temps dans le secteur des médias et de l’édition. Il est rédacteur en chef du magazine NATURE SAUVAGE et auteur de 14 livres documentaires sur la flore et la faune, d’essais et d’œuvres de fiction. Il a été deux fois lauréat du prix HUBERT-REEVES qui récompense l’excellence littéraire dans le domaine de la vulgarisation scientifique en français au Canada.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 11 février 2018