LES SENTIERS DES ASTRES 1, Stefan Platteau

 

*La main encore un peu tremblante, je prends ma plume
pour inscrire quelques mots dans le grimoire de bord,
Attiré sur le vélin le fil de l’encre, la tension s’en va peu
à peu. Les questions, elles, demeurent. Fourbe est le vieux
 fleuve et folle qui prétend lire le cours de ses eaux. *

(Extrait de MANESH, premier volet de la série LES SENTIERS
DES ASTRES, Stefan Platteau. À l’origine, J’ai lu Librio éditeur,
2016, 736 pages. Version audio : Audible studios éditeur, 2018,
durée d’écoute : 20 heures 33 minutes, narration : Matthieu Dahan)

Le Roi-Diseur est le dernier espoir d’une nation ravagée par la guerre civile. Le capitaine Rana remonte le fleuve à sa recherche, avec une poignée de braves. Personne n’a jamais navigué si loin. Pourtant, un naufragé dérive à leur rencontre, accroché à une branche. Qui est-il? Est-il un simple humain, ou l’héritier d’un sang plus ancien ? En ces terres du Nord, les géants et les dieux marchent encore sous les arbres. Déjà, la forêt frémit des prémices de leur colère…

Un périple envoûtant
*Puis cette euphorie inattendue s’est dissipée comme
elle était venue. L’aîné des Mahhtmar avait baissé à
nouveau les yeux vers le vieux compagnon qui se
mourrait au sol et toute sa douleur était revenue lui
étreindre les tripes. Alors, sans dire un mot mais en
serrant les dents de chagrin, il avait levé son épée.
(Extrait)

C’est avec MANESH, le premier volet de LES SENTIERS DES ASTRES, que Stefan Platteau se lance dans l’écriture et vient enrichir la littérature de fantasy et de mythologie. La saga compte cinq tomes.

On peut dire six tomes si on tient compte du préquel à l’Univers des Sentiers des Astres : Le dévoreur. Ce récit m’a séduit par la beauté de son écriture qui est un heureux mélange de caractère et de poésie.

L’histoire a une forte empreinte celtique, médiévale et les légendes et la mythologie y ont une place importante. Voyons d’abord comment débute la grande saga. Le narrateur de l’histoire est Fintan Calathyn. C’est un barde à la Cour du royaume, une position élevée. Il est aussi capitaine en second d’un navire qui poursuit une quête très spéciale.

En fait, deux navires sillonnent les bras et estuaires du fleuve framar à la recherche du roi-diseur, un oracle légendaire que le capitaine Frama veut interroger pour connaître l’avenir du Royaume menacé par la guerre civile.

En chemin, les bateliers vont repêcher le corps inanimé d’un homme blessé. Le Capitaine Rama veut savoir à tout prix qui est cet homme, son but et surtout s’assurer qu’il n’est pas un danger pour le Royaume.

Rama charge son second, Fintan, de soigner l’homme et de l’interroger. Malgré un grand état de faiblesse, l’homme accepte de se raconter. Il dit s’appeler LE BATARD. Mais en cours de récit, ce nom ne suffira plus à Fintan. Ce dernier exige de connaître le nom véritable. Il s’appelle MANESH.

C’est ainsi que débute une belle et longue histoire. Étant donné la nature de la quête, il m’est difficile d’en dévoiler davantage mais vous verrez que le voyage des bateliers sur le Framar et le récit de Manesh se recoupent de façon à dévoiler d’étonnantes révélations. Tout le récit est concentré sur l’histoire de Manesh, ses origines, son caractère, sa nature.

Le lecteur et la lectrice feront sa connaissance par le biais de nombreux épisodes de sa vie parmi les plus significatifs. La question est de savoir si LE BATARD est un danger potentiel pour le royaume ou un allié de taille qui pourrait sauver la quête. La réponse est dévoilée à la petite cuillère…très graduellement à travers les aventures du mystérieux personnage.

C’est un roman-fleuve raconté en un peu plus d’une vingtaine d’heures par un narrateur habile qui nous fait oublier, par sa voix envoûtante et sa capacité d’adaptation, les nombreuses longueurs qui auraient tendance à alourdir l’histoire.

Il n’y a pas vraiment d’action dans ce pavé mais le récit est immersif et met en perspective la vie du bâtard, une vie dans laquelle se chevauche la bonté et la cruauté et une intrigue continue sur sa nature.

D’après l’auteur Jean-Philippe Jaworsky, l’auteur de la trilogie MÊME PAS MORT, *Toute la force du livre est d’entrelacer la puissance du mythe avec la structure même du récit. *  (J.-P. Jaworsky) Je le cite ici car je n’aurais pu mieux m’exprimer. Je peux dire que l’auditeur et l’auditrice verront très vite que Manesh est très spécial…

*Manesh avait déjà cette carnation cuivrée que l’on ne retrouvait chez nul autre membre de la famille, le visage rond et une tignasse d’un noir de jais, semblable à celle de sa mère par la couleur mais non par la forme…On aurait dit qu’il cherchait toujours les visages derrière les visages, les mots derrière les mots.

Ses grands yeux verts possédaient une étrange acuité. Ils laissaient parfois à ses proches l’impression de les dépouiller de leur écorce et de les lire en dedans* (Extrait) L’irrésistible besoin d’en savoir plus fera le reste.

Malgré les longueurs, quelques passages un peu plus lourds et le fait que l’intrigue se dévoile très lentement, peut-être un peu trop, j’ai été envoûté par la beauté du récit, la sensibilité de la plume qui n’enlève rien à sa vivacité, ses personnages attachants, la qualité des dialogues et un savant mélange de réalisme et de fantastique, le tout encadré par un narrateur efficace. Vous passerez, je crois, de très belles heures d’écoute.

Stefan Platteau est l’auteur francophone du surgissement mythique. Il revient aux fondations de la fantasy, à cet exotisme magique fait de splendeurs, de fascinations, de terreurs, où l’on tremble devant les dieux, où les actes surnaturels se paient au prix fort, où l’on ne ressort pas indemne des combats.

L’auteur y parvient grâce à un allié de poids : une plume charnue et pleine d’âme. Salué dès son premier ouvrage par de grandes figures de l’imaginaire (Ayerdhal, Jean-Philippe Jaworski, Justine Niogret…), Stefan Platteau aime mêler dans ses textes humanité des personnages et souffle de l’aventure.

En quatre livres puissants (Manesh – prix Imaginales du roman francophone 2015), Dévoreur (Prix « les petits mots des libraires » 2016), Shakti (2016) et Meijo (2018), l’écrivain belge s’impose comme une voix importante de la fantasy de langue française.
(Les moutons électriques)

SUITE À LIRE OU À ENTENDRE

Bonne écoute
Claude Lambert
les samedi 26 mars 2022

 

LES DOUZE ROIS DE SHARACKHAÏ de Bradley P. Beaulieu

COMMENTAIRE


Tome 1, version audio

*Elle fit glisser ses doigts calleux sur son torse, son ventre, ses hanches avant de descendre quelques centimètres plus bas. Elle se figea et échangea un sourire carnassier avec l’ancien guerrier. Rien de plus…*

(Extrait : LES DOUZE ROIS DE SHARAKHAÏ, tome 1, Bradley P Beaulieu, Bragelonne éditeur, 2016, 575 pages. Version audio : Hardigan éditeur, 2018, narratrice : Anne Cardonna,. 21 heures 12)

Grand centre culturel et marchand du désert, la cité de Sharakhaï est dirigée depuis des siècles par douze rois immortels, cruels et omnipotents. Ils ont écrasé tout espoir de liberté avec leur armée et leur unité d’élite de guerrières. Çeda, jeune fille des quartiers pauvres, va pourtant braver leur autorité. Le lien qu’elle découvre entre les secrets des tyrans et les énigmes de son propre passé pourrait bien changer son destin… comme celui de Sharakhaï. <<douze Rois immortels, protégés par leurs guerrières surentraînées règnent d’une main de fer sur une population à la fois apeurée et révoltée.>> (smallthings.fr)

L’ombre des mille et une nuits
*<Il reposera en dessous de l’arbre tordu
jusqu’à la mort par son engeance portée
Par les larmes de Lanamaee et par la
crainte divine, le sang du sang gagnera
les sombres terres>*
(Extrait)

Dans un royaume dirigé par douze rois tyranniques pour autant de tribus, nous suivons une jeune fille : Çedamin  Ayaneshala, appelée au cours du récit Çeda. Nous suivons aussi l’ami de toujours de Çeda : Emery. Çeda a perdu sa mère alors qu’elle avait huit ans.

Elle a été pendue en public par les rois pour donner l’exemple et d’autres raisons plus politiques mais sans fondement. Très graduellement, Çeda entreprend une recherche pour comprendre cette barbarie qui hante Sharakhaï et l’assassinat froid et cruel de sa mère.

Très tôt dans son investigation, Çeda découvre un livre écrit par sa mère et qui prend la forme d’un journal dans lequel se trouvent des poèmes. C’est un de ses poèmes qui fera germer dans l’esprit de Çeda l’idée de venger sa mère. Le livre lui fera aussi comprendre que Çeda a été trompée sur ses origines.

Tout est en place pour le développement d’une longue saga : *Il reposera en dessous de l’arbre tordu- Jusqu’à la mort par son engeance portée- par la crainte divine- Le sang du sang gagnera les sombres terres. * (Extrait) Tout est dans ce poème. Il est à l’origine de tout. C’est la quête de Çeda : découvrir le sens de ce poème. 

Pour exercer sa vengeance, le cheminement de Çeda sera très long, complexe et physiquement très dur. Il n’y avait qu’un moyen pour elle d’arriver à ses fins : adhérer à la garde rapprochée des rois, et pour ce faire, Çeda subira de nombreuses épreuves dont elle n’est pas du tout certaine de sortir vivante. Mais Çeda était stimulée par la nécessité de mettre fin au règne de ces 12 rois cruels qui ont piétiné tout espoir de liberté.

Un de ces rois avait tué sa mère. Au cours de ces terribles épreuves, Çeda apprendra la vérité sur ses origines, une vérité qui l’ébranlera jusqu’au plus profond de son âme. Le récit mêle habilement quête personnelle, vengeance, univers mythologique, cruauté des rois à la tête d’une société dystopique et ambiance orientale.

L’histoire est très complexe, j’en ai autant d’ailleurs pour le personnage principal Çeda. Mais la plume est habile. Elle dévoile très graduellement la personnalité, au départ embrouillée, de notre héroïne.

C’est un récit très long qui fait cheminer le lecteur dans un environnement littéraire qui me rappelle un peu les CONTES DES MILLE ET UNE NUIT développés dans une atmosphère arabo-musulmane d’une forte intensité, style fantasy avec magie, des dieux, légendes, des mythes. La saga comprenant plusieurs tomes, on comprend que l’auteur prend son temps.

J’avais cru au départ que j’aurais à subir des longueurs, de la lourdeur, mais non. L’auteur livre les secrets de son univers avec une lenteur qui peut paraître désespérante, mais suivre Çeda vers son destin est un bonheur.

En fait, le récit comporte deux éléments addictifs : Çeda et la Cité de Sharakhaï elle-même qui est décrite tout au long de l’œuvre avec un extraordinaire souci du détail : ses modes, ses traditions, ses façons de vivre et même sa gastronomie.

Un bon point pour Bradley Beaulieu, il n’a rien négligé comme s’il s’était imprégné de cet univers avant de nous en livrer les secrets. Et ce souci du détail sera très utile pour la suite.

Du côté des faiblesses, plusieurs lecteurs/lectrices pourraient être irrités par la longueur du récit, près de 22 heures en mode audio. Si vous vous accrochez comme moi à la nature des personnages, ça devrait aller. Sinon, vous risquez de trouver le compte-gouttes passablement serré et l’aspect dramatique dilué.

Ensuite, pour un récit aussi long et qui est en plus le premier volet d’une saga, et avec une aussi imposante galerie de personnages, l’auteur aurait dû faire une présentation des personnages principaux au début. J’y aurais référé souvent.

Ajoutons à cela l’utilité d’un glossaire et un petit tableau résumant les mythes et légendes. Le lecteur pourrait se sentir livré à lui-même pour le premier quart du volume. À mon avis, les éditeurs devraient imposer cette règle pour les bouquins de plus de 500 pages. Quant à la narration, je l’ai trouvé perfectible mais acceptable.

Bref, ce livre est une mise en place pour une très longue histoire…longue mais prometteuse si je me réfère au tome 1.

Bradley P. Beaulieu a commencé à écrire son premier roman fantastique au collège. Il ne l’a pas terminé. 

La volonté d’écrire est revenue au début des années 2000, au cours de laquelle Brad s’est consacré au métier, écrivant plusieurs romans et apprenant sous la direction d’écrivains comme Nancy Kress, Joe Haldeman, Tim Powers et beaucoup d’autres. Les romans de Beaulieu ont fait l’objet de nombreux éloges.

En plus d’être lauréat du prix L. Ron Hubbard pour les écrivains du futur, les récits de Brad ont paru dans diverses publications, notamment le magazine Realms of Fantasy, Writers of the Future 20 et plusieurs anthologies de DAW Books.  Son histoire, « Aux yeux du chat de l’impératrice », a été élue Histoire remarquable de 2006 dans le Million Writers Award.

LA SUITE

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
Le vendredi 27 août 2021

MY ABSOLUTE DARLING, de GABRIEL TALLENT

version française audio

*-Je ne sais pas quoi te dire. L’humanité s’autodétruit. Elle chie dans l’eau de son bain. Les humains chient lentement, dangereusement et collectivement sur le
monde. Juste parce qu’ils sont incapables de concevoir l’existence de ce monde. *


(Extrait : MY ABSOLUTE DARLING, version française, Gabriel tallent, Galllemeiste éditeur, 2018, version sonore : Audiolib éditeur, durée d’écoute : 12 heures 52. Narratrice :
Marie Bouvet, octobre 2018)

À quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la Californie avec un fusil pour seuls compagnons. Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle fascine. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour. 

Du chaos à la renaissance
*Turtle dégaine le couteau à sa ceinture et le lui donne.
Il le soupèse. Tu sais combien de gorges il a tranché
avec ça ? Turtle baissait les yeux vers son assiette.
42 ? C’est bien ça ? 42 acquiesce papy. *
(Extrait)

C’est un roman qui frappe fort. Sur le plan émotionnel, il est dur. Turtle Alveston est une jeune fille de 14 ans, caractérielle quoique très attachante. En fait, son vrai nom est Julia. Pour tout le monde, elle est Turtle sauf pour son père, Martin qui l’appelle Croquette. Martin est un bipolaire frustré, violent et imprévisible qui abuse de sa fille sexuellement et psychologiquement.

Turtle traîne ce boulet pénible et cruel et la plume de Tallent est telle que le lecteur et la lectrice traînent aussi ce boulet, souffrent et sont piégés dans une intense empathie pour l’héroïne.

*Ça n’est jamais allé chez nous et ça n’ira jamais. Elle pense : je ne sais même pas à quoi ça ressemble d’aller bien. Je ne sais pas ce que ça signifie. Quand il est au meilleur de sa forme, on va mieux que bien…Mais il a quelque chose en lui : un défaut qui empoisonne tout.* (Extrait) 

Les amis de Turtle sont des armes : fusil, pistolet, elle ne déteste pas les armes blanches. Toutefois, en cours de récit, deux garçons entreront dans sa vie : Jacob et Brett. Jacob en particulier précisera sans le savoir le destin de Turtle.

Mais le poids qui pèse sur le coeur de Turtle est lourd. Imprévisible, son père l’agresse de toutes les façons et fait preuve d’une violence inimaginable. Turtle est coriace et pourtant, aussi paradoxal que ça puisse paraître, elle aime son père, ce qui la rend confuse dans ses sentiments. Un effet pervers de l’inceste.

Quelques-uns se sont exprimés sur le danger que représente Martin : * Turtle, ton père est un immense, un titanesque, un colossal enfoiré, un des pires qui ait jamais vogué sur les mers de verveine-citron. Un enfoiré de première dont les profondeurs et l’ampleur de *l’enfoiritude* dépasse l’entendement et défie l’imagination…* (Extrait)

Soit dit en passant, cet extrait est à l’image du langage exprimé dans le texte : très argotique, avec une utilisation démesurée du mot *putain* et ses composés : *putain de merde*, *putain de bordel de merde* et j’en passe. Du mot *con* et ses gentils dérivés : *conne connasse connard*. Pour cette fois, le langage est très ajusté au contexte. J’ai été davantage irrité par l’emploi d’un titre en anglais, même s’il est justement exprimé.

C’est un roman dur, sombre et très violent. Pourtant, c’est un chef-d’œuvre d’écriture car l’auteur a évité le piège du sensationnalisme, du spectaculaire et du voyeurisme. L’absence d’artifices confère au récit une implacable crédibilité pouvant être éprouvante pour beaucoup d’auditeurs et d’auditrices.

Tout comme l’écriture de Gabriel Tallent, exempte de poudre aux yeux, le registre vocal de Marie Bouvet a une signature pour chaque personnage, évite les excès tout en demeurant empreint de conviction et de sincérité. Ce roman est un coup de poing au cœur. Soyez-en averti. Il est brutal jusqu’à en être malsain.

Plusieurs auditeurs et auditrices pourraient le trouver lourd. En ce qui me concerne, mon évaluation est le reflet de mon ressenti, forcé d’admettre que, lourd ou pas, brutal ou pas, ce récit est une merveille d’écriture.

Si la plume est exempte d’artifices, elle est aussi exempte de censure. Donc elle est directe et parfois fait mal.

Ce roman est une fiction mais il témoigne d’une réalité cruelle dans laquelle le secret enveloppe la honte et la culpabilité. Les auditeurs et auditrices, spécialement les sensibles doivent être bien au fait du contenu avant de s’adonner à l’écoute.

Suggestion de lecture : PROIES, de Mo Hayder

Gabriel Tallent est né au Nouveau-Mexique et a été élevé sur la côte de Mendocino par deux mères. Il a obtenu son baccalauréat ès arts de l’Université Willamette en 2010 et, après l’obtention de son diplôme, a passé deux saisons à la direction d’équipes de jeunes dans les sentiers dans l’arrière-pays du Pacifique Nord-Ouest. Tallent vit à Salt Lake City.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 22 août 2021

Le prédateur du fleuve, de PIERRE CUSSON

vol 1 : LE MARINIER
Sur son visage squelettique quune barbe de plusieurs
jours enlaidit, Claudia peut lire de la peur. S
ûrement à
cause du fait d’être passé si près de se faire percuter
par la voiture
. Pourtant, à bien y regarder, son
expres
sion dénote plutôt une certaine anxiété qui
n
a rien à voir avec laccident.

(Extrait : LE PRÉDATEUR DU FLEUVE, tome 1 : LE
MARINIER, Pierre Cusson, Éditions Pratiko, 2014, PolarPresse,
édition numérique, La Boîte de Pandore, 170 pages)

Quoi de mieux que le fleuve Saint-Laurent pour servir de trame de fond et de complice à un dangereux psychopathe. Ce dernier s’est lancé dans une croisade terrifiante : assainir la planète. Jetant l’ancre à DuVallon, l’impitoyable prédateur pourra évoluer dans le décor enchanteur de ce village côtier. L’écrivaine Claudia Bernard s’y trouve d’ailleurs en panne d’inspiration, mais elle s’apprête à côtoyer la peur et l’horreur alors qu’autour d’elle, des gens disparaissent ou sont assassinés. Le hasard conduit  Claudia sur les traces du sadique. Son désir d’accéder à une certaine notoriété pourrait-il supplanter la folie du meurtrier ?

LE DERNIER DEGRÉ DE LA FOLIE
*L’horreur se lit instantanément sur le visage de
Julie. Son cœur s’accélère pour atteindre un rythme
fou. Tout autour de son masque de plongée,
des bulles d’air s’échappent. Sa gorge se
serre à tel point que l’oxygène commence à manquer.*

(Extrait : LE PRÉDATEUR DU FLEUVE tome 1 LE MARINIER)

C’est un roman très noir. Le caractère sordide du récit et le style direct de la plume devraient plaire aux amateurs de gore : *Il n’y a pas moins de vingt petites culottes sur lesquelles des photos sont épinglées. Des photos de femmes mutilées…Le monstre ne se contente pas tout simplement de les tuer, il les viole, les martyrise, les charcute et porte l’odieux jusqu’à les photographier pour en garder le souvenir.* (Extrait)

Ce livre est loin de trancher par son originalité. On a toujours l’impression que le thème du tueur en série sature la littérature policière. Ici l’auteur ne renouvelle rien. Et puis que dire de cette jeune auteure en panne d’inspiration qui se retrouve au cœur de cette sombre histoire de meurtres crapuleux et qui tient subitement un sujet qui pourrait peut-être faire sa fortune.

L’auteur qui risque sa vie pour un livre potentiel n’est pas non plus une nouveauté en littérature. Enfin, il y a un petit détail qui m’a irrité . Qu’on commence à s’interroger sur quarante disparitions après 10 ans me semble un peu facile, sinon tiré par les cheveux.

Cela dit, ce livre a des forces dignes de mention. D’abord qu’une écrivaine plongeant au cœur de cette sombre histoire espère en profiter pour atteindre la notoriété est une chose mais qu’elle tente de supplanter la folie du meurtrier est un défi beaucoup plus inspirant que l’auteur a relevé préparant ainsi les lecteurs à une finale un peu spéciale et bien imaginée, une finale qui a un petit côté frustrant mais qui prépare la suite.

J’ai beaucoup aimé aussi l’atmosphère qui se dégage du récit et le caractère glauque prêté au fleuve Saint-Laurent dont une petite île devient le théâtre d’horreurs sans noms. L’auteur a réussi à m’imprégner de cette ambiance éthérée, de peurs non-exprimées. La véritable action du récit commence d’ailleurs sur une fausse piste.

Et puis il y a LE MARINIER qui vient nous rappeler qu’on est toujours chez les humains. C’est le rassembleur du village comme l’était l’auberge chez Ti-Père ou le magasin général du célèbre Saint-Adèle de Claude-Henri Grignon. On y échange des nouvelles. Le Marinier est en fait un resto-bar qui est tout au bord du Saint Laurent, au cœur de la place, où rôde un esprit malade capable d’une incroyable cruauté.

Ce livre sort donc gagnant d’un rapport établi entre les forces et les faiblesses. Il ne réinvente pas le genre mais il aspire le lecteur avec facilité. Simple et agréable à lire, bien ventilé, chapitres de longueur raisonnable. Le dernier quart du livre est particulièrement haletant et donne peu de répit au lecteur qui s’applique à détester un coupable qui pourrait bien ne pas être le bon…un autre petit côté bien travaillé.

Reste maintenant à savoir quelle sera la suite car la finale du tome 1 est frustrante et tout autant incitative à voir ce qui va se passer par la suite dans la vie de l’écrivaine. Cette suite s’intitule L’ARTISTE. J’y reviendrai sans doute. Je me limiterai à dire que cette chère Claudia sera encore confrontée à un psychopathe.

J’espère que ce tome 2 n’ouvrira pas la porte à une *abonnement* du type Jason ou Vendredi 13. Entre temps, LE PRÉDATEUR DU FLEUVE tome 1, LE MARINIER est un très bon polar et je n’hésite pas à le recommander, spécialement aux âmes pas trop sensibles…

Suggestion de lecture : ÉCRIRE LE MAL de Claude Champagne

LA SUITE

Au moment d’écrire ces lignes, les notes biographiques sur Pierre Cusson étaient à peu près inexistantes. Je sais qu’il est né en 1951 en Montérégie au Québec et que son enfance a été imprégnée des histoires d’Hergé, Verne et d’autres auteurs qui ont contribué au développement de l’imagination fertile de Pierre Cusson. Pour le suivre, cliquez ici

Bonne lecture
Claude Lambert
le jeudi 18 mars 2021

11 SERPENTS, le livre de PHILIPPE SAIMBERT

*Les yeux grands ouverts, la bouche en cul de poule, la médium des familles fixait un point devant elle. Nul doute, une âme se tenait là et avait accepté de lui causer.*(Extrait : 11 SERPENTS, Philippe Saimbert, Éditeur : Philippe Salamagnou, 2016, numérique et papier, 255 pages numériques)


La terrible cousine Abeline, aussi riche qu’originale, convie amis et famille dans son domaine pour leur faire une étrange proposition. Elle leur propose un jeu où les participants devront se montrer drôles et machiavéliques.

Elle cédera la moitié de sa fortune à celui ou celle qui remportera le défi. 11 invités. 11 serpents. Le gagnant sera celui qui mordra le plus fort.

 


POUR LE PLAISIR DE TOMBER BAS

*Désolé mais dans la vie, celui qui ne rend pas
les coups est destiné à en recevoir de nouveaux…
Mais je vais te dire une chose. Que tu ne devras
jamais oublier. Et qui te servira plus tard. Celui
qui gagne, c’est celui qui baise en dernier !
(Extrait : 11 SERPENTS)

Abeline est une femme très riche et excentrique. Elle convie amis et famille à un jeu particulier. Pendant 8 jours, les convives devront être drôles, machiavélique…*Un jeu d’échec où tous les stratagèmes seront permis pour porter un coup fatal à l’adversaire. Tous sauf un…la violence. Qui sera éliminatoire*(Extrait) …et s’éliminer les uns les autres. L’enjeu : la moitié de la fortune d’Abeline, payable immédiatement à la fin du jeu.

Ce genre de course à l’héritage est loin d’être nouveau en littérature même Saimbert a déjà développé ce thème dans L’HÉRITAGE DE TATA LUCIE. Sujet réchauffé c’est vrai. Toutefois, le livre a de quoi brassé le lecteur. Dans cette réunion d’héritiers potentiels chez Abeline, vous avez le plus beau ramassis de salauds, de Bitchs, de perfides, de manipulateurs et d’hypocrites …onze personnages odieux…onze serpents.

ONZE SERPENTS est le récit de Philippe Depondick, cousin d’Abeline, romancier raté et sympathique, un superbe molasson…*Parce qu’un homme ça aime collectionner les conneries. Et moi, je suis un vrai mec. * (Extrait) Philippe participe au jeu mais est perdant d’avance et pour ce qui est de recevoir des coups bas, il ne l’aura pas facile…

Ce livre m’a fait vibrer et est venu me chercher rapidement. C’est une comédie aussi noire qu’amusante, une véritable collection de méchancetés issue d’une imagination pour le moins fébrile. J’ai été choqué par les bassesses des convives qui se tiraient cruellement dans les jambes pour ne pas dire dans le cœur et dans l’âme…

J’ai été choqué mais j’ai ri et j’ai pris en pitié Philippe, cette loque avec son dos de canard qui donne toujours l’impression de ne pas avoir dit son dernier mot. Quand je lis un livre, je m’attends d’être atteint, réchauffé, brassé, choqué et je mets le reste dans ce que j’appelle couramment la gamme d’émotions. J’ai été surpris, c’est le moins que je puisse dire.

Surpris par autant de méchanceté dont l’exécution s’élève presqu’au niveau de l’art, surpris par la finale superbement imaginée et qui confirme jusqu’où on peut tomber pour être riche. Surpris par la personne qui a gagné ce huis-clos barbare…la moins probable et qui a su s’investir autant en finesse qu’en cruauté. Le livre m’a vraiment accaparé jusqu’à la fin.

Je passerai rapidement sur les irritants de ce livre, c’est-à-dire ses longueurs et ses nombreux développements qui sans être nécessairement longs créent des diversions inutiles et irritantes. Je note aussi cette manie agaçante de Saimbert de prévenir souvent le lecteur qu’il sera sidéré par la suite…

Mais la plume fébrile de Saimbert nous ramène vite fait dans le fil conducteur. Ce livre est très bon divertissement mais il est acide. La cruauté qui est manifestée dans le récit peut mettre beaucoup de lecteurs mal à l’aise.

C’est un roman définitivement cynique mais il m’a fait rire. Je découvre qu’on peut être choqué en dissimulant une envie de rire. On ne peut pas lire une bombe pareille sans être mitigé. C’est bourré de machinations, d’astuces, de coups bas et l’humour et les répliques sont plutôt noirs. Disons que le temps que j’ai pris pour lire ce livre a passé très vite avec un minimum de pauses.

Philippe Saimbert est un auteur et scénariste français né à Pau en 1962. Il a aussi signé plusieurs albums de bande dessinée en empruntant diverses avenues littéraires telles que la science-fiction, le thriller, l’humour. Ses nombreux polars et sa série LES ÂMES D’HÉLIOS lui ont fait atteindre la notoriété.

Je pense entre autres au livre qu’il a écrit en collaboration avec Isabelle Muzart et dont j’ai déjà parlé sur ce site, LE WAGON qui nous plonge dans une atmosphère très particulière qui n’est pas sans rappeler Agatha Christie. 

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 12 décembre 2020

INDOMPTABLE, le livre de MILEY AARON

*Elle reconnaît John. Il est sur le brancard et sous respirateur. Son visage et son corps sont couverts de sang. Un médecin urgentiste lui donne les premiers soins Lorsqu’elle s’approche, son cœur se serre. C’était donc ça le message… * (Extrait : INDOMPTABLE, Miley Aaron, Érato Éditions, collection Kama, 2016, édition numérique, 360 pages)

Il y a parfois des questions qui restent sans réponses. Il y a des types qui ont le besoin de faire du mal aux autres pour se prouver qu’ils existent. Et si de nos jours, un jeune PDG mondialement connu, bien sous tous rapports en apparence, n’était en réalité qu’un masque ? Un peu trop sadique sur les bords. Pourquoi toutes les jeunes femmes qui deviennent son assistante disparaissent-elles sans laisser de traces ? Dans ses locaux, seules ses règles comptent. Gare à celui qui les outrepasse.

L’ADDICTION AU MAL
Ava jeta un coup d’œil sur le test de
grossesse : La réponse est là devant
ses yeux. –Maintenant je sais que je
ne porte pas le fils du diable en moi.
(Extrait : INDOMPTABLE)

C’est un livre qui ébranle et je vous avertis tout de suite, il ne s’adresse pas aux personnes sensibles. L’histoire est celle d’une jeune femme nommée Avalon. Si, dans LE CYCLE DU GRAAL, Avalon était l’île où a été emmené le roi Arthur après sa dernière bataille, c’est aussi l’endroit où a été forgée l’épée EXCALIBUR qui bien représenter le caractère bien trempé de la jeune femme. Elle en aura besoin car elle va passer un sale quart d’heure.

Avalon a eu deux plaies dans sa vie : son beau-père, un fou sadique, violent et manipulateur qui la battait pour le plaisir. Elle a fini par s’en échapper pour retomber dans un autre redoutable filet, celui de Ryan Evans, un jeune PDG assis sur un pouvoir aussi énorme que sa fortune.

Un autre cinglé dangereux qui s’amuse à faire souffrir psychologiquement et physiquement jusqu’à une mort lente et horrible de sa victime, toujours des jeunes femmes, dont Avalon, qui ont lié un obscur contrat avec Evans.

Dylan, le beau-père et Ryan Evans sont deux cinglés tordus qui adorent faire souffrir et qui n’hésitent pas à tuer avec le sourire avant de passer à la victime suivante. Avalon est prise dans ce piège mais elle est différente des autres. C’est une battante. Le chef de la sécurité d’Evans le remarque et il se développe un petit quelque chose entre eux. Ryan l’apprend et ça va le rendre encore deux fois plus fou.

C’est un livre dans lequel deux pervers malades se livrent à un jeu de pouvoir avec des raffinements de cruauté et de sadisme, sans aucune compassion, aucun remord…absence totale d’empathie. Il aurait été intéressant d’avoir plus d’éléments pour comprendre la psychologie de Dylan et Ryan Evans en particulier, l’intrigue est bien construite mais les souffrances et les remords s’empilent et j’ai trouvé qu’il y avait une certaine redondance.

Le fil conducteur est très solide et la plume acérée de Miley Aaron m’a poussé à tourner page après page. Le rythme est rapide et en cours de lecture, il est intéressant de voir évoluer la relation entre John et Avalon et surtout d’essayer de deviner comment ils vont se sortir d’un étau qui se resserre lentement et cruellement.

C’est un livre que les amateurs du genre *extrême violence*  vont sûrement beaucoup apprécié. Les souffrances infligées et les meurtres perpétrés sont sans pitié, sans compassion, sans empathie et répondent à un besoin profond de jouir du pouvoir de vie et de mort.

INDOMPTABLE n’est pas mon genre, je n’ai pas trop aimé…trop de haine, de morts, de violence, pas d’échappatoires, de diversions, aucun humour… mais je sais qu’il y a de la qualité dans le développement et que la trame est haletante. Je suis sûr que les lecteurs et lectrices au cœur solide devraient aimer ce livre qui se lit quand même vite et bien.

Je pourrais ajouter en terminant que cette œuvre, réalisée par un auteur émergent n’est pas sans faire réfléchir sur les dangers du pouvoir et surtout la combativité. Aaron est donc à suivre. Juste un petit mot sur la finale…elle est étrange et un peu expédiée. Elle ouvre la voie en tout cas à une suite. Où se positionneront Avalon et John dans tout ça? Je me demande si la suite sera aussi oppressante… À suivre.

——————————————

Encore une autre qui se cache derrière l’objectif. On sait peu de choses de l’auteure.

Miley Aaron, est une écrivaine émergente. Dans son blog elle se présente comme suit : Anciennement perfectimperfection, je reviens avec un nouveau blog et en pleine forme =)! Venez découvrir la routine d’une ordinary girl qui souffre de douleur chronique au dos mais qui a décidé de croquer la vie à pleine dents et de se battre contre la maladie quoi qu’il arrive 🙂 !

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 22 mars 2020

DANS L’OMBRE DE CLARISSE, MADELEINE ROBITAILLE

<Au moment où Luce mettait les pieds sur la galerie,
la tête pleine de supputations, un long hurlement
lui fit dresser les cheveux sur la tête. Les plaintes
derrière la porte de la salle de bain continuaient,
plus sourdes. Charlotte ne se plaignait jamais pour
rien.>
(Extrait : DANS L’OMBRE DE CLARISSE, Madeleine
Robitaille, Éditions de Mortagne, 2009, édition
numérique, 200 pages, papier : 380 pages)

Clarisse est la grand-mère de Charlotte et de ses sœurs: nez plat, front large, des mains comme des battoirs, un corps massif et imposant, et une voix qui s’apparente à un grognement. D’où le surnom dont l’ont affublée ses petites-filles : la Bouledogue. Le jour où Clarisse doit venir s’installer chez elles, à la suite d’un drame qui laisse leurs parents incapables de s’occuper d’elles, l’existence des quatre sœurs prend la tournure d’un cauchemar. La bouledogue ne lésine pas sur les méthodes les plus cruelles. Charlotte, la rebelle, regrettera de ne pas avoir plié l’échine. Sa résistance la conduira tout droit à l’horreur, à l’inimaginable.

LE CRÉPUSCULE DES AURORES
*Cette souffrance qui transperçait chacune
de ses cellules, qui précipitait son souffle…
elle serrait les mâchoires, griffait son
matelas. La limite de l’insupportable
approchait…*
Extrait

Ce livre est un cauchemar qui se prête bien au cliché comptant parmi les plus répandus : ÂMES SENSIBLES S’ABSTENIR. Dans cette histoire le fil conducteur s’installe rapidement et est relativement simple : Un père de famille, Daniel a un accident et se retrouve dans un coma irréversible.

Rachel, la mère, essaie de gérer le mieux possible avec ses quatre enfants : Les jumelles Janet et Coralie appelées affectueusement les sauterelles, Luce et la plus vieille, Charlotte, 17 ans que le lecteur suit plus particulièrement.

Pour aider Rachel dans sa tâche, Clarisse la mère de Daniel, une femme dans le milieu de la soixantaine, baraquée et à la mentalité d’un autre âge s’installe comme si de rien n’était et impose sa présence dès le départ. La présence de cette femme devient un cauchemar pour la famille :

*Maman, c’est une vieille chnoque! Elle veut tout contrôler! Imagine-toi qu’elle m’a même fait épousseter les prises du téléphone, en plus, écoute bien celle-là, j’ai nettoyé les robinets de la salle de bain avec des cotons-tiges.* (Extrait) Disons que c’était mal barré et effectivement c’est allé très loin.

Les quatre sœurs appelaient Clarisse *la bouledogue*. Mais dans les faits, c’était pire que ça. En peu de temps, tout a dégénéré dans cette famille. Selon Clarisse, l’éducation c’était se soumettre ou souffrir. Elle a pris les affaires en main et a mis Rachel au repos en la gavant de somnifères.

Autrement dit, Clarisse a mis Rachel hors d’état de nuire pour mettre les enfants au pas, en particulier Charlotte qui subira une torture particulièrement destructrice pour son âge : *L’indisciplinée a fini de se rebeller. On lui a tout coupé! On lui a tout enlevé! La méchante fille a été redressée. Sa grand-mère l’a excisée. Si le fil lâche, elle va te recoudre. Te recoudre. Te recoudre.* (Extrait)

Je vous fais grâce des sévices, punitions et tortures inventés par un esprit malade. En effet, Clarisse est une maritorne costaude, acariâtre. Elle est aussi schizophrène, elle entend la voix de sa défunte mère qui lui dicte ses vieux principes de la discipline de fer, elle est colérique et mentalement instable.

Sa cruauté ne connaît pas de limites. Vous vous demandez peut-être s’il y aura des morts ? Oui il y en aura. Est-ce que justice sera faite ? Ça, c’est à vous de le découvrir.

Ce qui soulève davantage le cœur c’est qu’on suppose que ce genre de drame s’est déjà produit dans notre société ou qu’il pourrait se produire. Cette histoire me rappelle un peu le livre d’André Mathieu : LA PETITE AURORE L’ENFANT MARTYRE ce livre, adapté à l’écran raconte une histoire vraie.

Aurore Gagnon est une petite fille que sa mère a abruti et torturé jusqu’à sa mort à l’âge de 10 ans. DANS L’OMBRE DE CLARISSE est un thriller difficile à soutenir parce qu’il implique des enfants, que l’auteure a rendu attachants d’ailleurs, y compris Charlotte la rebelle qu’on aurait envie de soigner et d’apaiser.

L’histoire comme telle est bien construite mais elle est cruelle, dure et soulève parfois le cœur. La plume de Madeleine Robitaille est ouverte, directe, abrupte et verse dans l’horreur sans même qu’on s’en aperçoive. Elle ne fait pas dans la dentelle et son style d’écriture brasse des émotions qui amènent le lecteur et la lectrice à admettre que Clarisse est folle, à la haïr généreusement et à avoir mal pour les pauvres enfants.

L’histoire soulève aussi des questions comme par exemple comment reconnaître les premiers signes de la maladie mentale. Mais même si les enfants avaient pu reconnaître ces signes, croyez-moi quand je vous dit que l’auteure a tout prévu. Elle a vraiment été très habile.

Donc l’histoire est bien montée, le rythme relativement élevé, il n’y a pas de longueur. Le livre est recommandable mais pas pour tout le monde, les âmes sensibles en particulier. Mais si vous avez envie de flirter avec l’insoutenable et l’inimaginable et la matière à nausée, essayez d’entrer DANS L’OMBRE DE CLARISSE. De deux choses l’une : ou vous allez essayer d’oublier ça rapidement ou vous l’aurez dans la mémoire longtemps… Moi, je verse dans la première option.

Madeleine Robitaille est née à Mont-Laurier dans les années 1960. C’est dans la magnifique municipalité de Kiamika en haute Laurentides qu’elle trouve un chez-soi. Le goût de l’écriture a toujours été présent mais ce n’est qu’à l’âge adulte qu’elle se lance dans la rédaction d’un premier roman. Madeleine est très inspirée par les sursauts de la température : la chaleur, le froid, la pluie, la neige. ces caprices de la nature sont prétextes à une histoire et adore explorer la psychologie  de ses personnages. Pour elle,  ses romans sont essentiellement des thrillers psychologiques.

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 15 novembre 2019

LE BONHOMME DE NEIGE, livre de JO NESBO

*Au moment de se coucher, elle voulut se
blottir contre lui. Mais elle ne put pas. Ne
put se résoudre à le faire. Elle était impure.
-Nous allons mourir- avait lâché la voix au
téléphone. Nous allons mourir, catin*
(Extrait : LE BONHOMME DE NEIGE, Jo Nesbo,
Gallimard, série noire, 2007, éd. Numérique,
430 pages.)

Un jour de novembre 2004, un bonhomme de neige sorti de nulle part se retrouve dans le jardin des Becker, le regard tourné vers les fenêtres de la maison. La nuit suivante, madame Becker disparaît. Un maigre indice, son écharpe rose se retrouve au cou du bonhomme de neige. Parallèlement, l’inspecteur Harry Hole reçoit une lettre annonçant d’autres victimes. Une lettre signée…*le bonhomme de neige*…un tueur en série sévit en Norvège. Le seul indice récurrent mais bien maigre : un bonhomme de neige…un spectre de la folie…

UN BON CRU(el) NORVÉGIEN
*…le congélateur…laissait voir quelque chose pressé
à l’intérieur…les genoux pliés et la tête appuyée
vers le haut contre l’intérieur du congélateur. Le
corps était couvert de cristaux de glace, comme
une couche de moisissures blanches qui s’en serait
repue, et la position torturée du corps était à
l’unisson du cri de Katerine…*
(Extrait : LE BONHOMME DE NEIGE)

C’est une histoire complexe développée avec une lenteur parfois exaspérante, très caractéristique de la littérature Norvégienne. La faiblesse du récit réside dans le fil conducteur qui prend souvent toutes sortes de directions. Ajoutons à cela que l’intrigue est bourrée de fausses pistes, de démarches qui n’aboutissent pas, de retours à la case départ.

Ça ne m’a pas beaucoup gêné car j’ai compris dès les premières pages que l’auteur me lançait le défi de sortir d’un labyrinthe bourré d’indices, souvent trompeurs, et me laissant le choix de trouver le coupable parmi une foule de candidats potentiels. Mais quand la lumière commence à jaillir dans le dernier quart du livre, ça devient génial.

Ce que j’ai le plus apprécié dans ce livre est la psychologie des personnages, Harry Hole en tête, héro récurrent dans l’œuvre de Nesbo : un personnage précédé par sa réputation d’esprit tordu et d’alcoolique qui évolue laborieusement dans une enquête difficile d’une remarquable minutie où il y a tellement de détails que le lecteur a parfois l’impression de déraper. Mais dans la finale qui est remarquable, on voit l’importance de chaque détail, rassuré à l’idée que l’auteur n’a rien laissé au hasard.

L’histoire est originale. L’idée de précéder les meurtres par l’édification d’un bonhomme de neige est une trouvaille car les bonhommes de neige parlent d’une certaine façon, dévoilent des indices, reflètent la psychologie du tueur et bien sûr obnubilent les policiers. Hole en tête.

UNE PLUME FORTE MAIS NOIRE

Tout le livre comporte beaucoup de petites forces qui retiennent le lecteur dans sa toile. Outre la toponymie chantante de la Norvège, la plume est forte, la structure narrative happe le lecteur qui se sent attiré par les nombreux rebondissements. On sent que l’auteur maîtrise son art.

C’est un roman noir. Son atmosphère se fige parfois en une sensation lugubre car les bonhommes de neige conduisent implacablement à des chefs d’œuvre de cruauté de la part d’un tueur aussi froid et dépourvu de moralité que ses œuvres de neige. La découverte très lente et très graduelle de la psychologie de ce monstre m’a tenu en haleine.

Je veux rappeler en terminant que si je recommande ce livre, je le fais sous la réserve suivante : C’est tout le récit dans son ensemble qui fait appel à la patience du lecteur parce qu’il comporte de nombreux changements de direction, de fausses pistes, de virages imprévus.

Aussi, bien que l’histoire soit très longue à démarrer, je vous suggère de bien vous concentrer sur les premières pages car elles contiennent des éléments importants qui vous feront apprécier grandement l’ensemble du récit.

Vous êtes maintenant prêts à entrer dans une histoire à donner froid dans le dos et à savourer ainsi toute l’intensité de la plume scandinave.

Jo Nesbo est norvégien. Il est né à Oslo  le 29 mars 1960. C’est un talentueux touche-à-tout : auteur-interprète, musicien, journaliste spécialisé en économie et écrivain très renommé. De 1993 à 1998, il a écrit et interprété les grands succès d’un des groupes musicaux les plus populaires de Norvège : DI DERRE. Un an avant de quitter le groupe, il se lance dans l’écriture littéraire. Le succès est instantané avec L’HOMME CHAUVE-SOURIS, prix du meilleur roman policier nordique en 1998. Plusieurs autres romans suivront dont ROUGE-GORGE, consacré meilleur polar norvégien de tous les temps par les lecteurs.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 16 décembre 2017

MEURTRES POUR RÉDEMPTION, Karine Giébel

*Le poison continua son étrange cheminement.
Ouvrant au hasard les tiroirs de son cerveau.
Elle bascula brusquement dans le passé. Là où
elle n’aurait pas aimé retourner…l’angoisse lui
paralyse le cerveau et les muscles. Elle a peur.
Son ventre se tord…*
(Extrait de MEURTRES POUR RÉDEMPTION, Karine
Giébel, réédition :  Fleuve Noir, 2010, 765 pages, num.)

Marianne de Gréville, 20 ans est emprisonnée à vie pour de multiples meurtres. À cause de son caractère orageux, instable et violent, elle est détestée par ses codétenues et harcelée par ses gardiennes qui veulent la *casser* en la torturant et l’humiliant, ce qui est fort mal connaître la nature meurtrière et vengeresse de cette furie. Toutefois, un homme la remarque et tombe sous le charme de la sauvagesse. Alors que l’espoir et l’amour se pointent et que se développe lentement  le désir de se racheter, Marianne se retrouve devant un horrible choix : tuer encore et gagner sa liberté ou se laisser dompter et gagner par l’espoir…

Au fond des bas-fonds
*Si je te faisais bouffer cette merde,
hein De Gréville?
Tu crèverais non?
-Vas-y, essaye!
Nouveau coup de matraque.
Nouveau hurlement.*
(extrait de MEURTRES POUR RÉDEMPTION)

C’est une histoire très longue…près de 800 pages…une brique de violence et d’actions désespérées et l’auteure Karine Giébel ne fait pas dans la dentelle, propulsant le lecteur dans un effroyable dédale de violence, de cruauté et de sadisme.

Il faut être préparé pour lire un tel livre car la plume de Giébel est incroyablement efficace. J’ai pensé que pour mettre en perspective toute la noirceur de cette histoire, l’idéal est encore de rassembler des extraits forts évocateurs…et j’avais un choix pratiquement illimité :

*Trente jours. Dans ce trou infâme, pestilentiel. Sept cent vingt heures de solitude. Quarante-trois mille deux cents minutes d’une lente déchéance…Deux millions cinq cent quatre-vingt-douze mille secondes de désespoir…*

*Je vais lui faire du mal! Gémit Marianne. J’vais lui faire du mal! Je sais faire que ça! Je suis mauvaise, pourrie jusqu’à l’os.*

*Après la douleur, ce fût la peur qui explosa en elle.*

*Comment pouvait-elle héberger tant de cruauté? Quel mal la rongeait pour la rendre aussi insensible? Aussi monstrueuse?*

*Pariotti semblait avoir perdu tout contrôle. Elle se vengeait de la terre entière, se vautrait dans la barbarie avec une frénésie sanguinaire. Marianne encaissa encore plusieurs chocs…*

*Il lui écrasait le dos avec sa chaussure. Avec ses cent quarante kilos de cholestérol pur. Elle criait de douleur…*

*Une nouvelle bestiole à mille pattes rampa sur son pieds, elle secoua la jambe en gémissant.*

*…Parce que sa vie se résumait à des maux sans fin. Parce qu’elle était Marianne. Qu’elle n’avait toujours connu que le malheur, l’horreur. La noirceur d’une vie sordide.*

Dans MEURTRES pour rédemption, pas de soleil…pas d’espoir et surtout, pas de répit pour le lecteur. Je trouve extraordinaire que Giébel ait réussi à insérer une histoire d’amour crédible dans ce drame infernal…et encore, je ne peux pas dire que cette histoire soit imbibée d’eau de rose.

C’est un livre à l’écriture puissante quoique j’ai pensé que 100 ou  200 pages en moins de cruauté, de torture, de haine et de trahison auraient tout de même fait l’affaire. Il y a des longueurs et c’est sans compter les petits retours en arrière qui sont parfois agaçants.

Malgré tout, il y a de très grandes forces dans ce livre qui vient nous rappeler que s’il y a quelque chose de pourri dans les basses fosses que sont les prisons européennes pour meurtriers et récidivistes irrécupérables, on trouve aussi de la pourriture dans les hautes sphères de la société qui elles, s’en tirent à bon compte.

Quant au personnage principal. Marianne, classée comme un monstre, elle a un petit quelque chose d’attachant qui appelle la compréhension circonstancielle du lecteur.

Elle a une forte personnalité teintée de rudesse mais sans être foncièrement mauvaise. Voici une autre citation qui illustre mon propos :*Oh oui! Et tu es encore plus jolie à l’intérieur. Malgré tout ce que tu as commis…Malgré tout ce que tu as subi aussi…Tu restes capable du meilleur.*

Comment décrire ainsi une machine à tuer et est-ce plausible? C’est au lecteur de le découvrir. Ce livre ne m’a laissé aucun répit. Il est d’une noirceur opaque et pousse continuellement le lecteur à se demander comment les choses peuvent dégénérer à ce point. C’est un livre d’une violence parfois insoutenable, même la rédemption dont il est question dans le titre est dramatique.

Mais l’écriture est magistrale et d’une efficacité qui fige le lecteur dès le début et le garde sur le qui-vive d’un rebondissement à l’autre. Notez que je parle ici de la narration car les dialogues sont sans doute la principale faiblesse du livre.

Une dernière petite remarque peut-être…j’ai trouvé cocasse que l’auteure cite Dostoïesvki dans son livre…*Nous ne pouvons juger du degré de civilisation d’une nation qu’en visitant ses prisons.* Dostoïesvski  Voilà qui en dit long sur ce qu’on appelle la civilisation.

Je recommande ce livre aux âmes pas trop sensibles mais gardez-vous du temps, car il est très long et l’incroyable magnétisme de la plume de Giébel risque de vous retenir…prisonnier…

Suggestion de lecture : MEURTRES EN SOUTANE, de Phyllis Dorothy James

Karine Giébel est une auteure française née en 1971. Pendant ses études de droit, elle a développé un goût prononcé pour l’écriture  et  complète en 2004 un premier polar salué par la critique : TERMINUS ELICIUS qui reçoit en 2005 le grand prix marseillais du polar. MEURTRES POUR RÉDEMPTION est son deuxième roman, publié en 2006 et nominé pour le prix Polar Cognac. Suivront deux autres volumes primés : LES MORSURES DE L’OMBRE en 2009 et JUSTE UNE OMBRE en 2012. Son œuvre est rehaussée par une impressionnante collection de prix littéraires.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
NOVEMBRE 2015

Le scandaleux Héliogabale d’EMMA LOCATELLI

Empereur, prêtre et pornocrate

*Un seul mot et tu peux faire tomber toutes ces têtes.
Tu es l’empereur.
Il se souvint alors de tous ceux qu’il avait raillés et
humiliés au cours de ses banquets, victimes tremblantes
et pathétiques de ses farces cruelles.*
(extrait LE SCANDALEUX HÉLIOGABALE, Emma Locatelli,
Nouveau Monde éditions, 2006, num. 510 pages)

Rome, en 217 de l’ère chrétienne. Varius devient empereur. Adorateur mystique d’une obscure divinité orientale appelée l’Elagabal solaire, il prendra le nome de HÉLIOGABALE. Ainsi commence le règne qui durera un peu moins de quatre ans d’un monstre homosexuel, travesti, débauché, excentrique et cruel, totalement dépourvu d’empathie et de toutes morales. Dans son livre, Locatelli décrit toute la démesure de ce jeune homme âgé de 14 ans au début de son règne…le règne décadent d’un couronné perturbé, capricieux, instable et immature, exécré par le Sénat et l’armée. L’empire romain n’aura jamais connu pire… 

Fou à attacher…
*Jamais je n’aurais pu me décider à écrire la vie
d’Héliogabale Antonin, qui fût aussi appelé Varius,
et à faire connaître au monde que les romains ont
eu pour prince un pareil monstre, si déjà avant lui
ce même empire avait eu les Caligula,  les Néron et
les Vitellius.
(Aelius Lampridius, historien, contemporain de Dioclétien et
Constantin le Grand. Bibliothèque latine, HISTOIRE AUGUSTE
tome 2, seconde série.  Remacle.org )

Héliogabale ou Élagabal est empereur romain de 218 à 222 sous le nom de Marcus Aurelius Antoninus (Héliogabale Antonin). Il nait, vers 203, à Émèse, en Syrie. C’est le fils de Julia Soemias et de Varius Marcellus

HELIOGABALE est un roman historique…une histoire tellement incroyable que j’ai dû consulter les différents textes, récits et analyses issus des bibliothèques latines et grecques sur la vie et le règne de Marcus Aurelius Antoninus dit Héliogabale afin de m’assurer de la crédibilité du roman d’Emma Locatelli.

Effectivement, le roman est crédible, je dirais même que Locatelli a fait preuve d’une certaine retenue, évitant un penchant disons trop croustillant et spectaculaire, misant davantage sur la cruauté et la violence psychologique exercée par le jeune Héliogabale et là encore, l’auteure n’a pu éviter des passages choquants allant jusqu’à soulever le cœur par moment.

Cela dit, Emma Locatelli nous raconte l’histoire d’un inimaginable monstre : Marcus Aurelius Antonius, devenu le 29e empereur de l’empire romain à l’âge de 15 ans, un garçon dégénéré, apathique, capricieux, cruel, mentalement instable et misanthrope endurci.

Non seulement il rejoint les tyrans qui ont ensanglanté l’histoire de l’empire, tels Néron, Caligula, Tibère et Dioclétien mais il les dépasse largement par le raffinement de sa cruauté et de son despotisme. Heliogabale n’avait de respect ni pour la vie, ni pour les lois, ni pour la tradition.

De plus, il était manipulable et à ce titre, les femmes de son entourage, sa mère, sa grand-mère et sa tante s’en sont servi pour leurs basses ambitions. Bien sûr, elles n’avaient pas prévu perdre le contrôle d’un être aussi fourbe et avide. L’atmosphère de la Cour était carrément pourrie et l’empire en souffrait.

C’est un bon livre qui lève le voile sur un sale moment de l’histoire…l’auteure décrit sans concession le règne d’un enfant-roi dominé par la débauche et la démesure. La plume est habile et pousse le lecteur à se demander jusqu’au ira l’empereur fou et décadent. Il est par conséquent difficile de fermer le livre sans l’avoir terminé. C’est un livre violent, une histoire que je ne conseille pas aux âmes sensibles d’autant qu’elle est historiquement vraie.

J’ai senti que l’auteure ne porte pas de jugement. Elle rapporte, tout simplement, durement, mais objectivement, allant même jusqu’à préciser dans son prologue que si des empereurs ont souillé le nom de Rome par leur cruauté et leur fourberie tels Héliogabale, Néron, Caligula et Commode, d’autres furent des législateurs et des administrateurs sages et avisés, tels César Auguste, Vespasien, Trajan, Marc-Aurèle pour ne nommer que ceux-là.

Bien que ce ne soit pas dramatique, ce qui manque le plus à cet ouvrage est un développement sur la mentalité de l’époque car je dois le confesser, j’ai beaucoup de difficulté à saisir la réalité culturelle de l’époque des empereurs romains.

Je me pose encore les mêmes questions : comment pouvait-on permettre à un enfant de régner sur un aussi vaste empire sans régence sérieuse et surtout, comment a-t-on fait pour tolérer pendant trois ans un être aussi brutal, cruel et incompétent?

Un livre dur, déroutant mais fascinant…

Suggestion de lecture : BORGIA, de Michel Zévaco

Emma Locatelli est française. Femme de lettre, romancière et enseignante, elle partage son temps entre l’écriture et son métier d’enseignante. Outre la biographie romancée d’Héliogabale, elle a aussi écrit un thriller historique : MALEFICUS qui évoque une affaire de sorcellerie au XVIIe siècle et son roman LES HAINES PURES (roman historique sur l’après-guerre et ses blessures) sorti en 2013 chez Albin Michel a reçu le prix des lecteurs du Festival du Livre de Mouans Sartoux ainsi que le prix Coup de Cœur de la 25e heure du Livre du Mans

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
NOVEMBRE 2015