LES VOYAGES DE GULLIVER, JONATHAN SWIFT

*Le roi…ordonnait souvent de m’apporter dans ma boîte et de me mettre sur la table de son cabinet. Alors il me commandait de tirer une de mes chaises hors de la boîte, et de m’asseoir de sorte que je fusse au niveau de son visage.* (extrait)

Roman satirique.  Gulliver a fait quatre voyages. Deux en particulier sont demeurés célèbres. Dans son premier voyage, il échoue sur une île étrange appelée Lilliput, peuplée de touts petits hommes mesurant moins de 15 centimètres et qui passent leur temps à faire la guerre. Son deuxième voyage l’amène chez les Brobdingnag, des géants à côté desquels c’est Gulliver qui faisait office de mini-nain. Dans les deux cas, Gulliver frôle la mort. Seules son intelligence et son imagination lui sauvent la vie. 

LE REFLET DE L’EXTRAVAGANCE
*«Il faut supposer d’abord, lui dis-je, que toutes nos maladies viennent de réplétion, d’où nos médecins concluent sensément que l’évacuation est nécessaire, soit par en haut, soit par en bas. Pour cela, ils font un choix d’herbes, de minéraux, de gommes, d’huiles, d’écailles, de sels, d’excréments, d’écorces d’arbre, de serpents, de crapauds, de grenouilles, d’araignées, de poissons, et de tout cela ils nous composent une liqueur d’une odeur…qui soulève le cœur…»*
(Extrait :LES VOYAGES DE GULLIVER)

Inspiré par une adaptation cinématographique vue récemment à la télévision, j’ai choisi cette fois l’œuvre de Jonathan Swift : LES VOYAGES DE GULLIVER et ma foi, je fus autant surpris que fasciné par ce livre qui s’ajoute aux nombreux ouvrages victimes du cinéma. En effet, le septième art nous a habitué aux voyages de Gulliver dans le pays des géants, puis dans le pays des petits nains.

Mais dans les faits, Gulliver a fait quatre voyages : les deux plus connus : Lilliput, le pays des tout petits hommes, Brobdingnag, le pays des géants, Laputa, les Banibarbes et autres contrées et où on trouve entre autres une énorme île flottante et enfin, un pays étrange où Gulliver a fait la connaissance des Houyhnhnms, des chevaux qui parlent et qui pensent.

J’ai été séduit par le caractère extravagant de ce livre. Quand c’est le temps de partir, Gulliver plante sa famille là et se lance, ivre de liberté, de grands espaces et de bizarreries. Par exemple, il découvre que Lilliput et Brobdingnag sont en guerre parce qu’ils ne s’entendent pas sur la façon de casser un œuf : par le petit bout ou par le gros bout.

Ça vous donne une idée du caractère profondément satirique du récit, caractère qui monte en crescendo jusqu’à une finale surprenante où j’ai réalisé que Swift avait tourné en dérision, parfois de façon cinglante les travers de sa bonne société anglaise. En fait, ça concerne la société en général. Ce livre m’a semblé d’une incroyable actualité.

Plusieurs croient que LES VOYAGES DE GULLIVER est un conte pour enfant. Ce n’est pas le cas. C’est une idée qui a été entretenue par le cinéma. Au-delà du roman satirique, LES VOYAGES DE GULLIVER est un conte philosophique universel qui a traversé les âges sans vieillir avec le récit du docteur Gulliver sur ses grandes aventures.

Ce livre a exercé sur moi une forte attraction, premièrement parce qu’au-delà de l’hommerie, il m’a mis le nez sur la bêtise et l’absurdité humaines et encore en utilisant un ton parfois caustique et deuxièmement, sa description des pays imaginaires est d’une remarquable beauté.

Étrangement, le regard très critique qu’il jette sur la société ne m’a pas refroidi mais porte à réfléchir…réfléchir entre autres sur le caractère misanthrope et susceptible de l’être humain.

Il n’y a pas à se tromper. Si Swift critiquait sa bonne société anglaise des XVII et XVIIIe siècle, j’ai perçu son propos comme une critique de la société sans égard aux époques.

Malheureusement, une partie du contenu et l’esprit du livre a été occultée voire ostracisée par le cinéma. Mais je considère maintenant ce livre comme un chef d’œuvre. Bien sûr, il faut composer avec le français chantonnant et tonique du XVIIe siècle  C’est un texte écrit avec intelligence et clairvoyance en plus d’un humour souvent irrésistible.

Le texte est complété par l’extrait d’un pamphlet sur l’Irlande qui propose presque joyeusement de vendre les bébés de citoyens irlandais pauvres comme friandises à des citoyens plus fortunés, ce qui résoudrait les problèmes irlandais de famine et de surpeuplement. C’est d’un mauvais goût qui, dans les circonstances, force presque l’admiration. On sent que monsieur Swift avait des reproches à faire à ses contemporains.

Avec Swift, j’ai redécouvert le caractère atavique de la violence, de la guerre, de la soif de pouvoir et surtout l’étroitesse et l’hypocrisie politique. J’ai savouré ce livre qui est devenu pour moi un coup de cœur.

Jonathan Swift (1667-1745) est un écrivain, satiriste, pamphlétaire politique et poète anglo-irlandais né à Dublin. Il est devenu célèbre avec la publication de son livre LES VOYAGES DE GULLIVER. Il a aussi publié plusieurs œuvres en utilisant des pseudonymes.

Passionné d’écriture, il s’est rapidement spécialisé dans la prose satirique, écorchant au passage la culture de son temps avec ses pamphlets humoristiques en général et LE CONTE DU TONNEAU en particulier, œuvre majeure qui jette un regard très critique sur la stupidité de ses contemporains, ce qui déplaira singulièrement à ANNE, alors reine d’Écosse, d’Angleterre et d’Irlande. 

LES VOYAGES DE GULLIVER AU CINÉMA

Abstraction faite des films d’animation, il y a eu principalement quatre adaptations cinématographiques des Voyages de Gulliver : 1939, 1960, 1996 et 2010. Ma version préférée est celle de 1960 réalisée par Jack Sher avec l’excellent Kerwin Mathews dans le rôle du docteur Lemuel Gulliver.

Les effets spéciaux ont été l’œuvre de Harry Harrihaussen à qui on doit de nombreux classiques du cinéma fantastique et de science-fiction comme LES SOUCOUPES VOLANTES ATTAQUENT, le SEPTIÈME VOYAGE DE SINBAD et plusieurs autres.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 3 mai 2020

LES AUTRES, C’EST TOUJOURS RIEN QUE DES SALES TYPES

Comme son nom l’indique, le psychorigide
a l’âme calcifiée, ou, au choix, le mental
bronchiteux, la pneumonie ontologique,
bref : le pneu à plat. Il manque d’air. Ce
qui ne l’empêche pas d’être gonflant.

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Des tas de gens meurent de la maladie,
mais beaucoup commencent par en vivre.
(extraits de LES AUTRES, C’EST RIEN QUE
DES SALES TYPES. De Jacques A. Bertrand
Éditions Julliard, 2009)

commentaire sur le livre
De Jacques A. Bertrand

Dans ce petit recueil, Jacques Bertrand décrit et critique très librement notre société actuelle à travers 20 grandes catégories d’êtres humains, présentés comme des *sales types* parce qu’ils dérangent, agacent, déplacent de l’air, irritent, exaspèrent, énervent. On retrouve entre autres l’enthousiaste, le végétarien,  le psychorigide, l’agélaste (celui qui ne rit jamais) , le touriste, le con et l’imbécile heureux.

C’est un livre intéressant qui va au-delà de l’humour. En effet, le ton est carrément satirique. Je mentionne tout de suite que dans ce livre, les humains sont analysés voire psychanalysés par un Français. Il ne faudra donc pas s’étonner de lire un chapitre consacré au parisien, considéré lui aussi comme un sale type par l’auteur. Autre fait intéressant, tous les chapitres débutent par une allusion aux chiens.

Dès le début de la lecture, j’ai senti que l’auteur s’amusait bien à décrire les humains, mais au-delà de l’amusement, Jacques Bertrand analyse la société en utilisant toute la richesse de la langue française pour mettre en perspective les travers de l’être humain.

Si certains propos sont parfois acides, l’ensemble est drôle et amusant pouvant même pousser les lecteurs (qui n’ont pas peur de se moquer d’eux-mêmes) à se trouver une place dans une ou plusieurs catégories. considérant sans doute que l’humain et le chien sont intimement  liés. Par-delà son humour parfois grinçant, l’auteur nous laisse le choix de classer l’animal comme sale type version canine, sale chien ou…comme le dindon de la farce.

C’est un livre drôle mais pas vraiment méchant. Du moins pas à outrance. C’est d’abord une merveille d’exploitation linguistique. Pour terminer, mes petites questions satiriques à moi seraient…est-ce que l’auteur lui-même pourrait se reconnaître dans une ou plusieurs catégories de sales types et puis en fin de compte, qui pourrait ne pas être considéré comme un sale type???

Je crois que ça va vous plaire…

Suggestion de lecture : LE VIEUX QUI NE VOULAIT PAS FÊTER SON ANNIVERSAIRE, de Jonas Jonasson

BONNE LECTURE
JAILU
DÉCEMBRE 2013

(En complément…)