HAUTE TENSION, le livre de RICHARD CASTLE

*Comment c’est possible ça ? Elle avait du sang partout sur elle quand tu l’as trouvée. Elle se vidait. Mais elle a quand même réussi à appeler les secours sans en perdre ne serait-ce qu’une goutte sur le téléphone.* (Extrait : HAUTE TENSION de Richard Castle, City editions, 2016, édition numérique, 350 pages.)

New-York connaît une vague de terreur : dans la ville symbole de la liberté, les islamistes radicaux de Daech viennent de décapiter une journaliste américaine en direct à la télévision. Et c’est Nikki Heat qui est chargée de l’enquête.  Pour la détective, cette affaire est capitale à plus d’un titre. Fraîchement nommée capitaine, elle doit faire ses preuves. Et surtout, le groupe terroriste vient d’annoncer sa prochaine cible : ce sera Jameson Rook, le célèbre journaliste qui n’est autre que le mari de Nikki Heat ! Nikki a beau être une flic d’exception, son travail et sa vie se compliquent encore lorsqu’elle aperçoit fugacement, au détour d’une rue, une femme qui ressemble étrangement à sa mère. Sa mère qui est morte vingt ans plus tôt…

Un roman multipiste

*Quelque part, l’inimaginable se produirait.
Pendant un instant, personne ne bougea. On
aurait dit que la veillée funèbre avait commencé*
(Extrait : HAUTE TENSION)

Sur le plan littéraire, ce livre développe un sujet en surchauffe : le terrorisme islamique. Depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, beaucoup d’éditeurs ont fait du terrorisme leurs choux gras. Il devient difficile d’être original dans l’écriture d’un roman ayant le terrorisme comme toile de fond. Richard Castle a bien essayé, mais le résultat est un peu étrange. Au départ, des islamistes radicaux décapitent une journaliste devant caméra. Nikki Heat prend connaissance de la vidéo et apprend que la prochaine victime annoncée est…son amant, Jameson Rook. Parallèlement, tout à fait par hasard, Nikki aperçoit, au détour d’une rue, sa mère…sa mère morte vingt ans plus tôt : *Sa mère était bien morte dans ses bras non ? Son sang s’était bien vidé sur son chemisier non ? Nikki avait bien vu le couteau planté dans son dos non ? * (Extrait) 

Outre l’enquête sur la décapitation de la journaliste Tam Svejda, plusieurs volets sont développés en parallèle dont l’élection présidentielle américaine et le développement très graduel d’une conspiration majeure. J’avoue que par moment, j’avais de la difficulté à suivre tellement les volets s’imbriquent et s’entremêlent. L’auteur en a peut-être pris conscience en écrivant une petite remarque qui en dit long sur l’état d’esprit de son enquêteur-vedette. Je ne pouvais qu’être d’accord : *Cette fois, ce n’était pas à cause de l’obscurité. C’était parce que, furieuse, elle gardait le regard rivé sur le pare-brise dans l’espoir de parvenir à trouver une logique dans l’enchaînement chaotique de tous ces évènements. * (Extrait) 

Il m’a fallu beaucoup de temps et beaucoup de pages avant d’entrer dans l’histoire, le roman comportant des longueurs irritantes relatives, en particulier à la complicité entre les deux héros Nikki et Jameson et sur leurs petites manœuvres sexuelles. On commence à les connaître un peu puisque HAUTE TENSION est le huitième tome des enquêtes de Nikki Heat. L’histoire n’est pas claire, comme si elle était sous-développé. Pour moi, ça constitue une zone grise dans le roman. Ça devient un peu plus clair vers la fin, mais l’incertitude et le questionnement sont demeurés. 

Tout n’est pas négatif au contraire. Si l’histoire est développée avec une plume un peu naïve et met à l’épreuve la patience du lecteur, je me suis tout de même laissé aller à son rythme jusqu’à la finale que j’ai trouvé intéressante et bien pensée. En fait, je dois admettre que le dernier quart de l’histoire réserve quelques rebondissements assez forts et une conclusion assez spectaculaire de l’enquête sur la décapitation de la journaliste. 

Pour ce qui est de la mère de Nikki, Cynthia, il faut bien y revenir, car la conclusion du livre qui est presque brutale, laisse à penser qu’elle est vivante. Elle était agente secrète et vivait dangereusement. Nikki l’a vu mourir. C’est tout.

Voilà qui garantit la suite. On aura peut-être le fin mot de l’histoire dans le tome 9 des aventures de Nikki Heat : ORAGE DE CHALEUR qui entraîne le lecteur dans le trafic de fausse monnaie, le blanchiment d’argent et diverses activités criminelles d’une redoutable organisation mafieuse. 

J’ai suivi le rythme et j’ai pu profiter d’une finale satisfaisante. Mais je ne peux pas dire que cette histoire m’a emballé. Peut-être que pour l’apprécier davantage, il faut lire toute la série, même si les tomes peuvent être lus indépendamment. À la lecture de HAUTE TENSION, je n’en ai pas développé le goût tout simplement et je parierais que ce livre n’est pas le meilleur de la série. 

Bref, un livre plutôt ordinaire mais avec une finale très bien imaginée. Amis lecteurs, amies lectrices, c’est maintenant à vous de voir…

Castle est l’auteur de 26 romans policiers, et autant de livres à succès, les plus connus étant ceux composant la série de « Derrick Storm ». La série commence alors que Castle commence à se lasser de son personnage et choisit de le tuer dans son dernier roman paru, décision critiquée aussi bien par les lecteurs que les collègues écrivains de Castle. Il retrouve l’inspiration à travers un poste de consultant auprès de la police de New York, notamment l’inspectrice Kate Beckett, poste qu’il obtient grâce à son amitié avec le maire de la ville. Elle lui inspire le personnage de « Nikki Hard » (Nikki Heat dans la version originale), personnage décrié en public par son modèle, Beckett estimant qu’elle a « un nom de prostituée ». (source : wikipédia)

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 23 mai 2021

LE GLAIVE DE DIEU tome 1

VENGEANCE tome 1
LE GLAIVE DE DIEU

Commentaire sur le livre de
HERVÉ GAGNON

*Dès que Pierre eut disparu, il prit un chandelier
à sept branches qui trônait sur le grand buffet,
en alluma les bougies et le plaça à la fenêtre.
C’était le signal. Quelqu’un viendrait bientôt.
Il s’assit dans le salon et attendit. Sa tâche se
terminait et celle de son fils débutait. *
(Extrait LE GLAIVE DE DIEU, Hervé Gagnon,
Éditions Hurtubise 2013, édition de papier, 441 p.)

Montréal, 1886. Jeune professeur d’histoire, Pierre Moreau mène une existence simple et paisible jusqu’au jour où son futur beau-père l’entraîne dans une rencontre de francs-maçons. Il est alors loin de se douter que, depuis des siècles, une organisation secrète fonde de grands espoirs sur lui. Il se voit obligé d’entreprendre une quête capitale et mystérieuse, dont l’évocation seule fait trembler les hautes sphères de l’Église. À partir de ce moment, les menaces se multiplient sur son chemin, la mort frappe violemment autour de lui. Sa vie devient un cauchemar. Il apprend qu’il n’est pas celui qu’il croyait être. Ses repères s’effondrent. Pourquoi tant de violences ?

LE TEMPS FORT DES MAÇONS
*Grâce à eux, un jour, les traîtres tomberaient, roulés
dans la fange de leurs mensonges puis exposés au
regard des autres pour ce qu’ils étaient vraiment. La
réputation des innocents serait lavée dans la déchéance
des tyrans. La vengeance serait consommée.
(Extrait : LE GLAIVE DE DIEU)

LE GLAIVE DE DIEU est un thriller théologique qui fait pénétrer les lecteurs et lectrices dans l’univers hermétique de la franc-maçonnerie et des templiers. L’histoire est celle de Pierre Moreau un professeur d’histoire qui, un jour, est entraîné dans une rencontre de francs-maçons par son futur beau-père. Il y est reçu et fera connaissance avec quelques personnages célèbres dont Gédéon Ouimet, ancien premier ministre du Québec et Honoré Beaugrand, célèbre journaliste, écrivain et politicien pour ne nommer que ceux-là. À partir du moment où Moreau est devenu franc-maçon, sa vie bascule violemment car il se retrouve au beau milieu d’une guerre entre deux factions qui veulent s’approprier L’ARGUMENTUM qui contient un secret susceptible de faire imploser l’Église Catholique. Un secret longtemps protégé par les templiers.

Autour de Moreau, les cadavres s’empilent, sa fiancée est enlevée, lui-même est traqué car on le soupçonne d’être porteur d’une clé menant à l’argumentum. Deux factions s’opposent très violemment pour en finir : Le gladius dei veut mettre la main sur l’argumentum pour le détruire afin de protéger l’Église Catholique et l’opus Magnum une créature des templiers, réactualisée par les Francs-Maçons qui veut récupérer l’argumentum pour le rendre public et discréditer définitivement l’Église. Même Moreau est traqué je le rappelle. On tente de le tuer plus d’une fois. Les meurtres perpétrés dans cette histoire sont rituels et d’un haut degré de sadisme. Je vous avertis donc que certains passages pourraient vous soulever le cœur.

C’est un livre un peu tourne-page. Il est difficile d’en décrocher. Le ton est donné dès le départ et les évènements s’enchaînent rapidement, parfois imprévisibles, jusqu’à la finale qui m’a laissé pantois. On s’attache rapidement à Pierre Moreau car pour des raisons qu’il ignore complètement, sa vie devient un enfer et le lecteur se surprend presque à espérer fort que ça s’arrête car il me semble que ce qui est imposé à Moreau va bien au-delà de ses forces pris entre deux espèces de sectes qui ont plein de secrets à protéger, des signes pour se reconnaître, des réunions dans des endroits adaptés pour tout de sortes de rituels parfois absurdes, l’une qui s’acharne à détruire l’Église, l’autre qui s’acharne à la protéger, le tout dans un climat de violence sans nom.

Ce qui est un peu compliqué dans ce livre, c’est de séparer le vrai du faux. Heureusement, l’auteur a écrit une note à la fin de l’ouvrage, une annexe qui départage la fiction des faits historiques. Personnellement, je ne la trouve pas complète, mais elle touche tout de même l’essentiel. Dans son histoire, le trésor mettant en péril la survie de l’église est imaginaire. De plus, Hervé Gagnon précise :  *Les sources utilisées sont diverses et tiennent davantage de la théorie du complot que de la pratique historienne. * (extrait) Les personnages principaux sont imaginaires et évidemment la franc-maçonnerie existe et elle a même une longue histoire et il est vrai qu’elle a ses rituels.

Je me demande si l’hermétisme mentionné dans cette histoire est toutefois réel. C’est un des nombreux points que Gagnon ne précise pas dans sa note.C’est un bon livre, une histoire solide. Bien sûr, rien n’est réglé dans ce livre, il faut se référer à la suite pour connaître le sort de Pierre Moreau entre autres. L’auteur s’est arrangé pour donner le goût au lecteur de se diriger vers le tome 2 avec une finale assez singulière. La première moitié du roman accuse des longueurs et le personnage principal qui est passablement brassé dans cette histoire fait un bon misérabiliste. J’ai pu facilement passer à côté de ces petits irritants car l’auteur m’a fait faire un très beau voyage dans le temps, l’espace, l’histoire par le biais d’une plume nerveuse et magnifiquement documentée. C’est un excellent roman.

Vivement le tome 2 dans lequel Pierre Moreau est résolu à découvrir l’argumentum.

Hervé Gagnon, né en 1963, a enseigné l’histoire et la muséologie dans diverses universités. Depuis 2000, il a écrit plusieurs romans pour la jeunesse, dont plusieurs ont été primés. Il est l’auteur de la très populaire série Le Talisman de Nergal.  La série Malefica, qui se penche sur les heures sombres de l’Inquisition et le sort des femmes guérisseuses, a paru chez Hugo Roman en 2014 et 2015. Il est également l’auteur de trois romans policiers ou l’enquête est menée par le journaliste Joseph Laflamme : parus aux éditions Libre Expression. (source)

LA SUITE

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 30 octobre 2020

LA CONSPIRATION DE ROSWELL, BOYD MORRISON

*Le cataclysme de la Toungouska s’était produit
en l’espace de quelques secondes, un flash
aveuglant dans le ciel immédiatement suivi par
une détonation tonitruante, comme si un million
de canons avaient tonné à l’unisson.*
(Extrait : LA CONSPIRATION DE ROSWELL, Boyd
Morrison, pour cette édition : les éditions Bragelonne
2015, numérique et papier, 425 pages numériques.)

Une organisation terroriste est sur le point d’achever la fabrication de l’arme électromagnétique la plus puissante de tous les temps. Pour la faire fonctionner, elle doit s’emparer d’un mystérieux composant trouvé à Roswell, aux États-Unis, un peu après le crash, en plein désert d’un objet volant non identifié. Une vieille femme prétend posséder ce composant. En acceptant de rencontrer cette femme, Tyler Locke était loin de se douter qu’il serait précipité dans une des plus grandes affaires d’espionnage du siècle et qu’il ferait face à une des plus sérieuses menaces qu’ait connue l’humanité. Dorénavant, le temps est la denrée la plus précieuse.

AVANT-PROPOS :

L’affaire de Roswell concerne l’écrasement, près de Roswell au Nouveau-Mexique, en juillet 1947, de ce qui serait, selon plusieurs versions, un objet volant non identifié, un ovni. Pour les Ufologues, cet élément signifie que la terre a été visitée par une civilisation extra-terrestre avancée.

Pour les autorités militaires et les sceptiques, c’est un mythe moderne, issu de mécanismes sociaux-psychologiques. Le gouvernement américain dit qu’il s’agit d’un ballon-sonde ultra secret. Les partisans de la thèse extra-terrestre soutiennent que l’épave a été récupérée et dissimulée par les militaires. Le phénomène est devenu hyper-médiatisé mais l’énigme n’a jamais vraiment été résolue. (Source : wikipédia) (voir aussi Roswell et la zone 51).

ROSWELL : Matière à mystère
*-Oh ! non. Cela provient sans l’ombre d’un doute
du crash de Roswell. –Comment en êtes-vous si
sûre? Parce que je l’ai ramassé là-bas.*

(Extrait : LA CONSPIRATION DE ROSWELL)

C’est d’abord le titre qui m’a attiré car, comme c’est le cas pour des millions de gens, Roswell est un lieu-évènement qui m’intrigue toujours. En attendant qu’on retrouve la réponse à nos questions dans les basses fosses de la zone 51, voyons ce que dit cette intrigue au rythme très élevé…haletant comme on dit souvent dans les critiques. Ce n’est pas exagéré ici.

L’enjeu de LA CONSPIRATION DE ROSWELL est l’acquisition du Killswitch, une arme terrifiante dont la puissance est décuplée par le xénobium : un métal inconnu sur terre et qui fait office de détonateur. Donc on le considère comme extra-terrestre. En explosant, cette bombe libère une charge extrême de rayons gamma tuant tout le monde dans un large périmètre. Ajoutons à cela que si cette bombe explosait dans l’ionosphère, ce serait la destruction immédiate de toutes les puces et autres matériels électroniques sur une surface aussi énorme que celle des États-Unis.

*Tous les avions à portée de l’impulsion électromagnétique s’écraseront. Les hôpitaux se retrouveront sans électricité. Et sans camion de pompier en état de marche ni de stations de pompage des eaux, les incendies se propageront en toute liberté. Les réacteurs nucléaires des centrales se mettront à fondre. En gros, nous parlons d’un des pires cas d’attaque terroriste qu’il soit possible d’imaginer.* (Extrait)

LA CONSPIRATION ROSWELL est une course effrénée contre la montre car tout le monde veut mettre la main sur le xénobium : les gouvernements, l’armée, les agences secrètes et le FBI et spécialement un disgracié russe appelé Coltchev qui veut retrouver son honneur chez les *tovaritch* de l’Union Soviétique en punissant les méchants États-Unis et je complète la liste avec le célèbre Tyler Locke, agent américain, personnage récurrent dans la bibliographie de Boyd Morrison. Locke et plusieurs autres personnages veulent sauver leur pays d’une arme qui le ramènerait à l’âge de pierre.

La beauté de ce livre est issue d’un savant mélange de fiction et de réalité. Si le xénobium est une fiction, beaucoup d’évènements et de lieux avérés ont été insérés avec brio dans l’histoire. Par exemple, la mystérieuse explosion dans la Toungouska sibérienne en 1908, qui est encore une énigme aujourd’hui, la base de la défense de Pine Gap en Australie, aussi impénétrable que Fort Knox. Pourquoi ? L’île de Pâque et ses étranges statues, les symboles et les lignes de Nazca…tous ces mystères n’ont jamais eu d’explications satisfaisantes et suggèrent tous la visite d’extra-terrestres.

Le livre comporte des faiblesses qui peuvent devenir autant d’irritants. D’abord, il y a des passages très techniques. C’est compliqué, ça détourne l’attention et ça m’a fait fermer le livre quelques fois. Ensuite, l’auteur accuse un peu d’errance par moment et c’est sans rapport avec la psychologie des personnages, celle-ci étant peu développée à mon avis. Enfin, il y a l’éternel cliché : les bons américains et les mauvais russes.

Morrison avait une chance en or d’innover, de mettre dans une voie de garage un vieux standard de la littérature : les russes, pas gentils, qui donnent de la misère à ces parangons de vertus que sont les pauvres américains. Ça me tape sur les nerfs. Je complèterai par une finale très tirée par les cheveux traduisant un manque d’idées.

Le rapport de forces et de faiblesses est passablement équilibré si je tiens compte du fait que l’histoire m’a fait beaucoup voyagé et ça…j’aime beaucoup : la visite des sous-sol de l’Île de Pâque m’a particulièrement impressionné, et Nazca aussi avec ses symboles étranges qui pourraient être, selon une vieille théorie, des balises d’atterrissage.

L’araignée…un des symboles de Nazca

Et il y a bien sûr Roswell (voir avant-propos) là-dessus, Morrison admet lui-même son scepticisme et y va de l’explication d’un sceptique. Bref, on a réponse à rien mais LA CONSPIRATION ROSWELL demeure un *roman qui explore les frontières des possibilités technologiques et propose des explications à des mystères anciens* (Extrait) À vous amis lecteurs, amies lectrices de faire la part des choses. J’aime à croire que les forces ont le dessus sur les faiblesses, je vous recommande donc LA CONSPIRATION ROSWELL.

Le crash de l’ovni à Roswell -extrait du blog de Christian Mace

Boyd Morrison est un auteur américain spécialisé dans le techno-thriler. Il est titulaire d’un doctorat en ingénierie industrielle. Il a d’abord mis sa compétence au service de la NASA puis il a travaillé pour Microsoft, Xbox Games Group et chez Thomson-RCA. Véritable homme-orchestre, Morrison est aussi acteur professionnel. Il est apparu dans des publicités, des pièces de théâtre et même des films.

Comme auteur, Boyd Morrison s’est fait remarquer pour l’intensité de ses thrillers. Il a créé entre autres TYLER LOCKE, dans son premier livre, excellent d’ailleurs : L’ARCHE. Locke deviendra un personnage récurrent de l’œuvre littéraire de Morrison. On le retrouve d’ailleurs dans notre livre du jour : LA CONSPIRATION DE ROSWELL.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 24 mai 2020

Une toile machiavélique

Amies lectrices, amis lecteurs, mes meilleures salutations.

Aujourd’hui, je vous propose un article plus long qu’à l’accoutumée.

Ça pourrait être justifié par la longueur du livre, mais ça va beaucoup plus loin. Imaginez en effet que plane sur l’existence humaine un péril nouveau genre, ourdi par…le cinéma.

Je vous invite à lire mon article et à plonger avec moi, le temps d’une lecture, dans *le Côté obscur de la Force*.

Aller lire le commentaire sur La conspiration des ténèbres

JAILU

LA CONSPIRATION DES TÉNÈBRES, THÉODORE ROSZAK

alors même que leurs crimes son repoussants.
Ils nous apparaissent comme les victimes d’un
Sort cruel qui a détruit ce qu’ils avaient de
Meilleur. Nous sentons leur combat et nous
Savons qu’il est vain, car le mal contre lequel
Ils se battent est trop grand. C’est un mal
Phénoménal.
(extrait de La conspiration des ténèbres,
Theodore Roszak, le Cherche midi, 2004)

En fréquentant des cinémas de Los Angeles peu recommandables, Jonathan Gates, un universitaire, étudiant en cinéma, découvre l’œuvre cinématographique de Max Castle, un réalisateur prodige qui a tourné quelques films avant d’être oublié. Graduellement, Gates développe une fascination pour l’œuvre et la personnalité de Castle. Cette fascination tournera à l’obsession quand Gates découvrira des mystères entourant la vie et l’œuvre de Castle…mystères qu’il décide d’élucider par tous les moyens.

Cette quête plongera Jonathan Gates des hautes sphères de l’industrie cinématographique jusqu’au cœur des sociétés secrètes. Sa ténacité l’amènera à dévoiler un étonnant complot et surtout il apprendra qui était véritablement ce génial maître des illusions que fut Max Castle.

château cathare

AVANT-PROPOS : LE CATHARISME

Le catharisme est un mouvement chrétien médiéval. Les Cathares étaient en fait des Albigeois. Le terme Cathare a été développé par l’Église pour désigner de dangereux hérétiques condamnés et pourchassés par l’Inquisition pour de graves manquements aux doctrines de l’Église. Les Cathares envisageaient un salut passant par un strict zèle religieux poussant jusqu’à l’ascétisme avec interdiction formelle de procréer, chasteté complète.

Les Cathares devaient s’abstenir de toute méchanceté, de tout vice. Ils ne devaient pas tuer les animaux. Ils devaient s’abstenir de toute consommation issue de la reproduction animale : pas de viande, pas de lait, pas d’œufs, pas de produits dérivés. Ils étaient astreints à des carêmes éprouvants, voire mortifiants.

Le but des Cathares était de prêcher la plus stricte morale évangélique, sans temple ni aucun artifice *sacerdotal*.  Avec une telle radicalité,  il n’est pas étonnant que l’inquisition qualifie les Cathares de parfaits. Le paradoxe avec l’opulence de l’Église était pour le moins spectaculaire.

croix cathare

C’est un livre tout en longueur, (800 pages) avec une somme énorme de faits insolites, de détails sordides et d’anecdotes formulées parfois avec une crudité bouleversante. L’évolution de l’intrigue est d’une lenteur exaspérante. Mais j’invite le lecteur à persévérer car en plus d’apprendre beaucoup de choses sur l’âge d’or et les dessous d’Hollywood, l’auteur implique le  cinéma ainsi qu’une secte religieuse machiavélique dans un vaste complot, une machination diabolique qui vise à sceller définitivement le sort de l’humanité. Le sujet est original et bien que l’histoire est parfois prévisible, elle m’a tenu en haleine de par sa toile aussi captivante qu’effrayante.

C’est toutefois le livre le plus noir qu’il m’a été donné de lire. En effet dans cette histoire, le héros-narrateur Jonathan Gates étudie l’œuvre de deux êtres déviants et tordus : Max Castle et Simon Dunkle, réalisateurs et metteurs en scènes de bacchanales cinématographiques qui font plonger les cinéphiles dans un univers de stupre, de haine, de violence et de sang.

Ces réalisateurs à l’esprit torturé n’hésitent  pas à exploiter la technique de l’image subliminale et d’autres moyens sophistiqués dans le but de prôner le catharisme, un enseignement religieux qui, à mon avis est inapplicable parce qu’il exige l’ascétisme, l’abnégation totale, une chasteté complète, la mortification et un régime alimentaire absolument ridicule. Bref, une perfection tout à fait à l’opposé de la nature humaine, autrement dit, l’autodestruction de la chair.

Vous voyez un peu où je veux en venir. Il y a complot. Et ce complot nous est dévoilé par Roszak de façon très graduelle, avec une lenteur étouffante et des détails parfois dégoûtants jusqu’à soulever le cœur.

Outre le fait que le livre est très long, avec des personnages un peu fades et une conclusion qui n’en finit pas de finir et qui m’a déçu quelque peu, je classe LA CONSPIRATION DES TÉNEBRES comme un grand thriller historique d’une grande érudition, porteur d’une profonde réflexion sur l’énorme pouvoir du septième art, c’est-à-dire, sur cette capacité qu’a le cinéma de façonner les esprits, de créer des tendances, d’influencer les modes de pensées et d’apprentissages. Imaginez tout ce qu’on peut sortir sur le potentiel cinématographique du cinéma.

Il est facile d’imaginer aussi je pense le mal que peut faire le cinéma s’il tombait entre les mains d’esprits malveillants à cheval entre le génie et la folie. C’est un livre à la fois excitant et effrayant.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert

Février 2014

(En Complément…)