LE MAGASIN DES SUICIDES, le livre de JEAN TEULÉ

*Allez, tout le monde dehors…Vous mourrez une autre
fois. Gardez vos tickets numérotés et revenez demain…
Allez, hop, dehors ! Prenez ce revolver jetable à un coup
et ne venez plus nous faire chier avec vos histoires
d’amour. *

(Extrait : LE MAGASIN DES SUICIDES, Jean Teulé,
Éditions Julliard, 2007, édition numérique, 150 pages)

Imaginez un magasin où l’on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l’humeur sombre jusqu’au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre…

MORT OU REMBOURSÉ
*Il ne parvient à y croire…le beau magasin…qui
était sobre comme une morgue d’hôpital, propre,

net, etc…ce qu’il est devenu ! Sur un long calicot
tendu d’un mur à l’autre…est écrit un mot d’ordre :

« Suicidez-vous de vieillesse »

C’est un petit livre étrange et fascinant qui semble vouloir nous exposer sa vision du sens de la vie en passant par l’absurde. Le suicide est le principal sujet, développé d’ailleurs avec une désinvolture dérangeante. Voyons le contenu : nous sommes dans une société loin dans le futur alors que la planète est sous la houlette d’un gouvernement mondial. L’auteur ne s’étend pas sur la démographie, mais on suppose que le suicide est encouragé d’une certaine façon car la promotion du geste ultime est légale.

Aussi, nous suivons la famille Tuvache : Papa Mishima, Maman Lucrèce et les enfants, Marylin, Vincent et Alan. La petite famille tient une petite boutique encastrée dans d’énormes immeubles : c’est le magasin des suicides où on trouve de tout pour mettre fin à ses jours soit avec violence soit avec élégance : *Nous avons de l’acide d’anguille bleue, du poison de grenouille dorée, étoile du soir, fléau des elfes, gelée assommante, horreur grise, huile évanouissante…certains produits sont au rayon frais… où sont exposées quantités de fioles…*(Extrait)

C’est le genre de famille à souligner un anniversaire de naissance avec un gâteau en forme de cercueil…la mort encadrée…*On ne dit pas « au revoir » aux clients qui sortent de chez nous. On leur dit « adieu » *…(Extrait) La mort y est traitée avec légèreté, humour et des prix élevés… Le quotidien de la famille est graduellement perturbé quand on découvre que le cadet de la famille Alan est heureux de vivre…horreur…panique à bord…pas Alan, celui qui a l’air de rien : *Quand, à l’école on lui a demandé ce qu’étaient les suicidés, il a répondu : « Les habitants de la Suisse » *. (Extrait)

Graduellement Alan contamine tout le monde avec sa joie de vivre, son sourire, son énergie positive…*Ah, celui-là, avec son optimisme, il ferait fleurir un désert…* (Extrait) et graduellement, Alan sabote les efforts de sa famille pour vendre ses articles de mort qui subissent mystérieusement quelques petites transformations. Alan est le rabat-joie avec lequel on se dirige vers une finale dramatique et aberrante.

C’est un livre qui peut en choquer plusieurs mais il en dit long sur la vision de l’auteur de la société future, une société égarée, errante, à peine en équilibre sur la corde raide de l’abrutissement. C’est un sujet original car même si la mort et le suicide sont des sujets sérieux qui affectent déjà grandement notre société, Teulé a bourré son récit de traits d’humour.

Avec Alan et son optimisme dérangeant, le roman noir a subitement quelque chose de loufoque, de farfelu et comme on dit souvent au Québec, de fou braque. Au fur et à mesure que je suivais Alan, qui est devenu pour moi un petit frère, mon esprit se détendait mais restait toujours sous le coup d’une émotion. Malheureusement, la finale m’a laissé amer.

Il y a dans le récit de Teulé une logique sociale développée avec finesse. Alan est un symbole qui met en scène des vertus qui se sont figées dans la société décrite par l’auteur : un symbole d’espoir, d’accomplissement. Entendons-nous. J’ai eu froid dans le dos spécialement avec des slogans aussi noirs et triviaux : *Vous avez raté votre vie, avec nous vous réussirez votre mort* (Extrait) mais le développement du récit et surtout la raison de vivre d’Alan a donné à l’ensemble une éthique fort acceptable. Le sujet reste délicat et pourrait ne pas plaire à tous. En ce qui me concerne, malgré la finale qui m’a ébranlé, j’ai trouvé le tout très intéressant.

Vous serez comme moi, porté sans doute à suivre l’évolution d’Alan. Non seulement il est attachant, drôle et spontané (l’auteur le fait même zozoter) mais c’est le petit mouton qui va changer le monde. On dirait que l’auteur met le doigt sur un bobo guérissable. LE MAGASIN DES SUICIDES pourrait bien être un hommage à tous les petits Alan du monde…c’est une lecture pas nécessairement facile, mais elle est originale.

Jean Teulé est un romancier français aux multiples facettes. Homme de télévision, dessinateur, comédien, cinéaste et surtout écrivain, il est le compagnon de l’actrice Miou-Miou. Né le 26 février 1953 à Saint-Lô, Jean Teulé ne se prédestinait pas vraiment à une carrière littéraire et pourtant, il a signé de nombreux scénarios de bandes dessinées, et plusieurs romans dont DARLING, la touchante biographie d’une naufragée de la société. Le magasin des suicides a été adapté au cinéma par Patrice Lecomte cinq ans après sa publication.

Image du film LE MAGASIN DES SUICIDES, long métrage musical d’animation franco-belgo-canadien réalisé par Patrice Lecomte et sorti en 2012. Adaptation cinématographique du roman éponyme de Jean Teulé.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le samedi 22 août 2020

Quelques mots sur Québec Loisir

Bonjour a tous,

Il y a un certain temps, je vous parlais d’un livre reçu d’une erreur de commande de la part de Québec Loisir. J’aimerais vous en dire un peu plus sur cette entreprise à laquelle je me suis abonné il y a bientôt 8 ans.

Pas France Loisir
Attention je parle ici de Québec Loisir et non de France Loisir. Le seul lien que je connais entre ces deux entreprises, c’est que Québec Loisir vend plusieurs livres publiés par les éditions France Loisir (Voir le complément). Les propos rapportés ici sont basés sur mon expérience avec Québec Loisir et je ne peux pas dire s’ils s’appliquent à France Loisir.

Fonctionnement Général
L’abonné doit acheter 4 livres par an, pendant un minimum de deux ans.  Seul les livres sont concernés ici. Les cd/dvd, abonnements magasines, jeux de société et cossins également disponibles ne comptent pas comme des achats trimestriels. Ceux qui ne respectent pas leur obligation d’achat subiront la sélection Québec Loisir, constituée d’un ou deux livres sélectionnés je ne sais trop comment. Personnellement j’ai toujours tout fait pour éviter cette sélection douteuse, ce qui est plutôt facile d’ailleurs. Le processus d’achat en ligne est simple, rapide et efficace. On peut payer par transfert bancaire, carte de crédit, ou sur réception. Pas de paypal malheureusement. Les délais de livraison ont rarement dépassé les 3 jours.

A qui ça s’adresse?
Soyez assuré que le représentant qui voudra vous convaincre au milieu du centre d’achat aura des arguments peu importe le profil de lecteur qu’il aborde. Vous êtes un grand lecteur? Québec Loisir enrichira votre bibliothèque! Vous êtes un petit lecteur? Quatre livres par an, c’est parfait pour vous, et moins cher qu’ailleurs! Vous ne lisez pas? C’est l’occasion parfaite pour vous y mettre!
Ne vous laissez pas avoir… Personne ne commencera à lire simplement parce qu’il est obligé d’acheter des livres. Et on connait tous quelqu’un qui achète des tonnes de livres et ne les ouvre jamais. Et le grand lecteur a-t-il vraiment besoin de cette source d’approvisionnement en livre? Surement pas.
A mon avis, pour éviter les frustrations d’un abonnement inutile, il faut être du genre à lire au moins une dizaine de livres par année, et avoir un budget lecture plutôt flexible.

Des livres moins chers? Pas vraiment
L’autre argument de vente des représentants est que le prix est très avantageux, et que cet avantage s’accroît avec les années. Personnellement, j’en suis à sept ans, et je n’ai jamais vraiment eu l’impression de payer mes livres moins chers. Les prix accotent ceux des magasins grandes surfaces, et même s’ils présentent une économie intéressante, celle-ci est anéantie par les frais de livraison. Notez quand même que, pour les commandes d’un peu plus de 40$, Québec Loisir offre un petit cadeau qui est parfois assez attrayant. J’ai ainsi mis la main entre autre sur un bon petit ouvrage de synergologie ou un autre traitant des étiquettes de produits de supermarché.

Une sélection faible, mais des trésors de passage
Je crois que la principale raison qui me garde abonné, c’est que malgré le choix de livres plutôt faible (en dehors des succès commerciaux et des nouveautés), il arrive à l’occasion que paraisse un petit trésor, ou même un joyau de bibliothèque. Un truc rare, un livre original, un roman auquel je n’aurais jamais pensé. Grâce à Québec Loisir, je dispose d’un incroyable ouvrage imagé sur les batailles de toutes époques. Je me suis emparé de deux petits livres aux reliures fines contenant une multitude de contes issus de la sagesse indienne et tibétaine, et j’ai fait une découverte extraordinaire en me procurant un étrange livre orange fluo intitulé « ORANGE MÉCANIQUE« . Ces trouvailles trop rares ne restent jamais très longtemps alors d’un trimestre à l’autre il faut être a l’affût.
Depuis peu Québec Loisir s’est affilié avec numico.ca pour offrir des ebooks. L’achat d’un ebook remplit l’obligation d’achat de l’abonné. Bien que cette affiliation enrichit beaucoup leur librairie virtuelle, je trouve que les prix y sont beaucoup trop élevés pour du numérique.

J’espère que ces informations vous seront utiles!

PHENIXGOGLU
JUILLET 2013

(En Complément…)