GEORGES LUCAS UNE VIE, livre de BRIAN JAY JONES

*Un petit peu plus que douze mois avant la sortie programmée dans les salles, si
elle avait vraiment lieu, le projet STARWARS partait à la dérive. Le film allait être une
catastrophe. Lucas en était persuadé.
(Extrait : GEORGES LUCAS une vie, Brian Jay Jones, Hachette, Hachette heroes 2017, édition de papier, 525 pages)


Enfant de Modesto, petite ville californienne, Georges Lucas est sans aucun doute l’incarnation de la réussite américaine. Qu’importe les obstacles tant qu’on y croit. Une chance pour les millions de fans qu’il a fait rêver à travers le monde, de la naissance de Star Wars à la création d’Indiana Jones en passant par AMERICAN GRAFFITI. Georges Lucas y a cru. Brian Jay Jones livre un récit attendu et très révélateur de l’époque et du papa de Luke Skywalker, Hans Solo et de l’intrépide archéologue Indiana Jones.

Conçu, écrit et réalisé par un producteur encore méconnu appelé Georges Lucas, un film, originellement appelé THE STAR WARS, attire rapidement les foules, explose les records au box-office et signe l’avènement d’une nouvelle façon de concevoir un film, entre marketing et merchandising. C’est désormais l’une des franchises cinématographiques les plus adorées de tous les temps – et l’une des plus prospères.

Comme si STAR WARS n’était pas suffisant, Lucas a créé une autre série de blockbusters avec Indiana Jones et a complètement transformé le monde des effets spéciaux et des effets sonores au cinéma. Son imagination, son ambition et son innovation ont entre autres mené à la création de PIXAR et de LUCASFILM.

Dans ce livre, les collègues et amis de Lucas, comme ses détracteurs, livrent des aperçus fascinants de sa vie. Toute sa carrière a été stimulée par des créateurs comme Steven Spielberg et Francis Ford Coppola, des acteurs comme Harrison Ford et toutes les technologies qui ont servi la création de ses films même après leur sortie. (Rabat de couverture)

La force est avec George
Si Lucas était depuis longtemps un des plus grands
réalisateurs au monde, la cession de Lucasfilm
l’avait aussi rendu très, très riche.
En 2015, Forbes
le classa à la quatre-vingt-quatorzième place des
quatre cents plus grandes richesses américaines
avec un patrimoine évalué à cinq milliards de
dollars. Lucas était plus gêné qu’autre chose.
(Extrait : GEORGES LUCAS une vie)

Au moment d’écrire ces lignes, la légende est vivante. Le biographe Brian Jay Jones nous présente George Lucas, père de STAR WARS, d’INDIANA JONES, d’AMERICAN GRAFFITI et de THX1138. Mais l’œuvre de Lucas va beaucoup plus loin, il a créé PIXAR et a propulsé le septième art dans l’ère numérique et dans l’univers extraordinaire des effets spéciaux. Il a fait encore plus…dont de nombreux pieds-de-nez aux grands studios d’Hollywood tels Twenty Century Fox, Warner Bros ou Universal.

Jones a poussé des recherches parfois pointues pour présenter le personnage tel qu’il a toujours été : opiniâtre, acharné, tenace, travailleur infatigable, contrôleur jusqu’à en être borné. Le biographe a manœuvré son esprit et sa plume pour présenter un George Lucas le plus authentique possible, ce qui explique que je n’ai pu m’attacher au personnage.

Lucas a toujours eu une personnalité atypique, introvertie, peu sociable, pas de succès avec les filles et ne fonctionnait que dans un contexte de contrôle absolu. Et pourtant, on se souviendra de George Lucas comme *…un créateur farouchement indépendant qui a donné vie à quelques-uns des films les plus marquants et les plus rentables du cinéma ainsi qu’à des personnages désormais ancrés dans la culture populaire. Lucas a transformé la manière de voir-et de revoir- des films. *  (Extrait) 

Avec un grand souci du détail, Brian Jay Jones retrace les grands moments de la vie de Lucas surtout à partir de l’époque universitaire qui a donné naissance à THX1138, une histoire du futur, celle d’une société sous-terraine qui vit sous calmants. Ce fut le début d’une longue amitié parfois cahoteuse avec le réalisateur Francis Ford Coppola.

Le biographe raconte aussi la rencontre de Lucas avec Steven Spielberg, début d’une longue amitié, la création de Lucasfilm, Pixar et ILM. Comment Star Wars a pris naissance dans l’esprit bouillonnant de Lucas? Comment est venue l’idée d’Indiana Jones et les premières rencontres avec Harrison Ford. Bref, comment ce pionnier entêté qu’on appelle Georges Lucas a changé à jamais la face d’un 7e art réfractaire en le propulsant dans l’ère numérique 

Brian Jay Jones n’a rien négligé afin de livrer une biographie riche et passionnante avec des témoignages, extraits d’entrevues, anecdotes, comptes-rendus, quelques petites indiscrétions et une foule de détails minutieusement livrés qui confirment le personnage comme visionnaire et créateur incontournable du cinéma et on sait que la pérennité de ses entreprises fera encore rêver encore longtemps des millions de fans de par le monde. Jones met finalement en perspective une phrase maintenant célèbre de Lucas : Tout est possible. 

J’ai beaucoup apprécié ma lecture de ce livre malgré certains petits irritants, le principal étant le caractère misérabiliste du livre spécialement dans sa première moitié. Tout fonctionnait toujours de travers. Rien ne marchait. Il recommençait, accumulait les échecs qui le rendaient plus fort. Il y a parfois de longs passages où Lucas ne fait que traîner ses misères. Mais bon, comme c’était la réalité de Lucas,

Jones n’avait pas le choix. Aussi dans la création des nombreuses entreprises de Lucas. Jones n’était pas avare de détails. Ça crée des longueurs parfois lassantes. Mais surtout, Jones a planché sur une écriture neutre en exposant sans détour la sincérité et l’authenticité du personnage mettant au grand jour son intelligence, son audace et sa ténacité. Jones a présenté Lucas tel qu’il est, sans artifice.

Je ne ferais pas copain-copain avec lui mais je reconnais grâce à ce livre, l’héritage extraordinaire que Lucas lègue au cinéma. J’ai appris beaucoup de choses sur l’homme, mais comme lui a toujours voulu que les choses changent, ça m’a permis d’en apprendre beaucoup sur les coulisses, pour ne pas dire les dessous du cinéma. 

C’est un récit très révélateur sur un homme qui ne l’a pas eu facile et qui est devenu adulé au fil du temps. C’est un livre fascinant sur un homme qui, avec le temps, a su composer avec la force…

ILS ONT INSPIRÉ GEORGES LUCAS

De gauche à droite, Richard Dreyfuss, Harrison Fort et Steeven Spielberg.

Brian Jay Jones est un auteur américain né à Kansas city, élevé à Albuquerque, Nouveau-Mexique. Il a été près de 10 ans assistant législatif et rédacteur de discours au Sénat des États-Unis. Il s’est spécialisé dans la politique relative à l’éducation, les droits civiques, la réforme de bien-être. Il a également été surintendant adjoint de l’éducation pour l’État de l’Arizona et conseiller auprès de plusieurs élus du Maryland. Il est marié, a une fille et au moment d’écrire ces lignes, la petite famille vit en Virginie. L’écriture et la recherche biographique sont des cordes supplémentaires à son arc.

Bonne lecture 
Claude Lambert
le vendredi 25 juin 2021

L’ANTRE DE LA HAMMER partie 2

L’ANTRE DE LA HAMMER

Commentaire sur le livre de
MARCUS HEARN

Partie 2

*L’objectif de ce livre n’est pas de proposer une histoire exhaustive de la Hammer, mais de partager le meilleur de ses archives, film par film. Les classiques sont présentés aux côtés d’une sélection judicieuse d’autres titres, tous datés de l’année où la production a débuté.* (Extrait de L’ANTRE DE LA HAMMER, introduction)

Si vous voulez d’abord revenir
sur la première partie de
l’article, cliquez ici.

.

LA MYTHIQUE MAISON

*Le scénariste Anthony Hinds imagina une intrigue qui voyait le baron de Peter Cushing s’enfoncer plus encore dans la dépravation, et le réalisateur Terence Fisher baigna le film dans une atmosphère sombre et décadente…FRANKESTEIN AND THE MONSTER FROM HELL sortit finalement en 1974, six ans avant la mort de Terence Fisher. Le dernier des films traditionnels à la Hammer était aussi le dernier chapitre de la carrière du plus grand réalisateur de la compagnie.* (Extrait de L’ANTRE DE LA HAMMER, de l’article : FRANKENSTEIN ET LE MONSTRE DE L’ENFER, p 150-151)

Comme je l’ai indiqué dans la première partie de cet article, la Hammer a occupé une place importante dans ma vie. Pendant mon enfance mais surtout dans l’adolescence, je surveillais chaque sortie de film, étudiais longuement chaque affiche, surveillais l’horaire des films à la télé et recherchais tous les articles des revues spécialisées qui suivaient les carrières de mes acteurs fétiches… Boris Karloff, Vincent Price, Peter Cushing, Christopher Lee, Barbara Shelly, Betty Davis, Michael Ripper et plusieurs autres… et même encore aujourd’hui je reste à l’affût. C’est avec une joie indescriptible que j’ai dévoré le livre de Marcus Hearn L’ANTRE DE LA HAMMER, je parle de la réédition de 2016 revue et augmentée.

Lire ce livre, c’est pénétrer dans la crypte de la Hammer, s’accaparer un héritage d’une extraordinaire richesse. Ce livre m’a d’autant plus comblé que j’ai découvert des aspects de la Hammer qui m’étaient inconnus ou sur lesquels j’étais très peu documenté comme par exemple, la série QUATERMASS EXPERIMENT de Nigel Kneale qui a eu dans les années 1950 un impact énorme sur les spectateurs et sur la critique. Autre exemple : The CURSE OF FRANKESTEIN qui fût le premier film d’horreur gothique, à la source de la notoriété internationale de la Hammer et qui introduisit un des piliers du cinéma d’épouvante : Peter Cushing…

Dans cet ouvrage exhaustif, j’ai passé en revue toutes les productions de la Hammer à travers des documents inédits dont des correspondances, lettres, notes privées, dessins et maquettes et des photos par centaines dont certaines sont très rares. Dans ce livre, il n’y a pas de commentaires analytiques sur les tendances de la Hammer. Ce n’est pas non plus une anthologie. Ce livre, c’est LA HAMMER : son évolution, ses artisans, ses héros et son matériel promotionnel particulièrement abondant. J’y ai découvert entre autres que la Société Britannique produisait des films dans tous les genres : comédies, fantastiques, polars, historiques et même des films classés X dans les années 50, Évidemment, la notoriété de la Hammer repose sur l’horreur et l’épouvante avec entre autres un des personnages les plus exploités dans l’histoire de la Hammer : Dracula qui a permis de mettre en scène un des acteurs les plus productifs de l’histoire : Christopher Lee.

J’ai passé un extraordinaire moment de lecture et de visionnement. C’est un véritable livre de collection, luxueux présentant un graphisme superbe, papier glacé, une présentation globale très agréable, bourré de photos et d’annotation comportant beaucoup d’inédits y compris des détails sur les projets avortés. Une fête pour les yeux et l’esprit, que vous soyez inconditionnel de la Hammer comme moi ou néophyte. J’ai fait beaucoup de découvertes et j’ai compris que le cinéma d’aujourd’hui ne serait peut-être pas le même s’il n’avait subi l’influence et l’attraction de la Hammer. En tout cas, une plongée au cœur des archives de la société anglaise m’en a convaincu. Comme son auteur est reconnu comme l’historien officiel de la Hammer, vous aurez entre les mains un livre d’histoire complet, attractif et passionnant. Et un petit détail en passant…vous connaissez bien Daniel Radcliff pour avoir incarné Harry Potter, L’ANTRE DE LA HAMMER vous le fera connaître sous un jour nouveau et différent.

Je recommande fortement L’ANTRE DE LA HAMMER…un moment d’évasion total…

Marcus Hearn est un auteur natif du Royaume-Uni. Il est aussi éditeur et spécialiste de la Hammer, qualifié par plusieurs d’historien de la célèbre firme. Après avoir amorcé sa carrière chez Marvel en 1993, Hearn écrit pour quelques journaux et contribue aux livrets de près d’une centaine de DVDs. Son œuvre comprend les biographies de cinéastes tels George Lucas, réalisateur de Star Wars et Gerry Anderson. Hearn est aussi chercheur associé au Centre Télévisuel Historique de Cinéma et l’historien officiel de de la Hammer.
Il est aussi l’auteur de L’ART DE LA HAMMER. (voir plus bas)

À LIRE AUSSI

Il y a plus de cinquante ans, avec la sortie de La Malédiction de Frankenstein et la performance légendaire de Christopher Lee dans Dracula, la Hammer a ouvert une nouvelle ère dans le cinéma, mêlant le sexe et l’horreur avec un style et un panache qui ont fait la renommée mondiale de la petite société britannique. L’art de la Hammer rassemble les meilleures et les plus emblématiques affiches de films produits pour le studio Hammer. Cet ouvrage somptueux rassemble des œuvres rares venues du monde entier. Mettant en vedette les plus grands films Hammer, dont La Malédiction de Frankenstein, la série Dracula, et bien d’autres encore.

Bonne Lecture
Claude Lambert
le samedi 23 janvier 2021

L’ANTRE DE LA HAMMER partie 1

L’ANTRE DE LA HAMMER

Commentaire sur le livre de
MARCUS HEARN

Partie 1

*Dans les années 1950, l’horreur à la sauce Hammer était l’expérience la plus terrifiante que le cinéma pouvait offrir. Cette terreur était alors incarnée par un astronaute mutant, un scientifique amoral ou un vampire assoiffé de sang. La mort et le sexe n’étaient plus laissés à l’imagination du spectateur et la Hammer enrichissait cette promesse d’un large support promotionnel…

…Le voyage commence en 1954, avec l’expérience qui a transformé à la fois la Hammer et l’histoire du cinéma britannique…*
(Extrait de L’ANTRE DE LA HAMMER, édité en 2016 par Akileos pour la traduction française, Marcus Hearn, édition de papier avec archives, photos, illustrations. 32.5 X 24.5 cm, 185 pages)

Ce voyage exceptionnel dans l’antre de la Hammer présente des accessoires de tournage, des pages de scripts annotées, des designs de production, des documents publicitaires rares et des correspondances privées. Des centaines de photos rares et inédites permettent de s’immerger dans un panorama complet de l’héritage de la Hammer, des classiques classés X des années 50 jusqu’aux dernières productions du studio. Écrit et compilé par Marcus Hearn, l’historien et spécialiste de la Hammer, et comprenant des contributions exclusives des acteurs et réalisateurs associés au nom du studio, cet ouvrage est le plus prestigieux jamais publié sur le légendaire Studio de l’Horreur.

PRÉSENTATION DE LA HAMMER

Nous avons tous été impressionnés tôt ou tard par les logos et les œuvres des grands studios de cinéma tels Paramount, Universal, Warner Bros ou Disney pour ne nommer que ceux-là et c’est sans parler des réalisateurs, tout aussi illustres. Mais pour moi qui vous écris, qui vous parle aujourd’hui, c’est la HAMMER FILMS qui remporte la palme ayant pris une place très importante dans ma vie d’enfance et d’adolescence et même encore aujourd’hui, la Hammer me fascine et m’attire dans une incroyable orbite d’horreur, d’ésotérique, de fantastique, de mystère, le tout mis en évidence par les effets spéciaux réalisés avec les moyens qu’on avait à l’époque : 1940-1970…pas d’ordinateur…du fait-maison… à la mitaine comme un dit au Québec. Quand j’étais ado, visionner un film de la Hammer était une fête.

Maintenant, avec le recul, du temps, je me suis intéressé à l’histoire et à l’évolution, en particulier qui fera l’objet de mon commentaire sur le livre de Marcus  Hearn dans la deuxième partie de ce dossier. Pour l’heure, je résumerai très brièvement les débuts de la Hammer. Premier pas important : Enrique Carreras, directeur d’une chaîne de salles de cinéma s’associe avec William Hinds, propriétaire d’une chaîne de bijouteries pour fonder une société de production cinématographique qui sera 100% britannique. Comme Hinds jouait à l’occasion au théâtre sous le nom de Will Hammer. Les nouveaux associés en ont profité pour baptiser la Société HAMMER FILMS.

DES GRANDS NOMS

Trois monstres sacrés qui ont défini le genre de la Hammer : en haut à droite, SIR CHRISTOPHER LEE (1922-2015) acteur britannique le plus prolifique de l’histoire avec 225 films. Au centre, VINCENT PRICE (1911-1993) acteur américain spécialisé dans les films d’épouvante. Et à gauche, PETER CUSHING (1913-1994), acteur britannique, célèbre pour son rôle de Victor Frankestein bien sûr, mais aussi pour avoir incarné le fameux détective Sherlock Holmes. Lee et Cushing furent les premiers à apparaître dans une production à succès de la Hammer film.

Peter Cushing, réactualisé dans LA GUERRE DES ÉTOILES, incarne le seigneur Tarkin.

 

Christopher Lee, réactualisé dans LE SEIGNEUR DES ANNEAUX. Il incarne SAROUMANE.

 

Terence Fisher, réalisateur britannique (1904-1980) célèbre pour avoir réalisé les plus grands succès de la Hammer, renouvelant le mythe du fantastique en jouant sur les couleurs, les décors réalistes, l’esthétisme et surtout sur une ambiance gothique.

 

Dans ma prochaine publication, je parlerai de l’héritage de la Hammer qui est le véritable objet du livre de Marcus Hearn : L’ANTRE DE LA HAMMER.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 17 janvier 2021

UN MANIAQUE AU CHALET

UN MANIAQUE AU CHALET

Commentaire sur le livre de
JULIE ROYER

*Tout y est. Avant de prendre le chemin de la campagne,
il a cambriolé un petit commerce, prenant des caméras,
des projecteurs et tout le matériel dont il aura besoin
pour tourner son interprétation d’UN MANIAQUE AU
CHALET. Il sait d’ailleurs où il créera son œuvre. Qui en
seront les vedettes. ET IL SE SENT INSPIRÉ. *
(Extrait : UN MANIAQUE AU CHALET, Julie Royer, SLALOM
2018, Boomerang éditeur jeunesse, papier, 290 pages)


Une fin de semaine de rêve s’annonce pour Charlie et ses amis Louis et Maggie, grands amateurs de films d’horreur. Ils comptent tourner une reprise d’Un maniaque au chalet, la nouvelle œuvre de leur cinéaste favori, Hemon Globill.
Alors qu’ils se préparent au tournage, au chalet des arrière-grands-parents de Charlie, au fin fond de la forêt, un criminel surnommé le Cinéaste s’évade de prison. Il veut lui aussi reprendre le dernier film de Globill, mais à sa façon, pour vrai. Le vieux chalet sera son décor, et Charlie et ses amis, ses « comédiens ».

SCÈNES ET MISES EN SCÈNE
*Louis écoute Stéphanie en avalant
difficilement sa salive. Pour lui,
perdre la vie dans des eaux sombres
et glacées, c’est la fin la plus
ABOMINABLE QUI SOIT*
(Extrait)

C’est un petit livre intéressant pour les jeunes lecteurs de neuf ans et plus amateurs de sensations fortes. Le terme *émotions extrêmes* apparaissant sur le quatrième de couverture est peut-être un peu fort mais les jeunes y trouveront tout de même une bonne dose de frisson et auront un intéressant défi à relever : séparer dans le texte, la fiction de la réalité ce qui demande une certaine dose de concentration. Voyons un peu le contenu.

L’histoire suit les péripéties de Charlie et ses amis, trois préados grands amateurs de films d’horreur comme la plupart des jeunes de leur âge et les parents de Charlie, Jimmy et Stéphanie, tous deux cinéastes professionnels. Le cinéaste préféré de Charlie, Louis et Maggie s’appelle Hemon Globill, réalisateurs de films d’horreur aux titres pompeux et révélateurs comme LA MAISON AUX POUPÉES TUEUSES ou L’OGRE DU CPE. Mais le film préféré de ces trois amis est définitivement UN MANIAQUE AU CHALET qui raconte l’histoire de trois jeunes venus passer une fin de semaine au chalet, dans un endroit isolé, avec leurs parents cinéastes. Leurs vacances tournent au cauchemar quand un vrai maniaque entre en scène avec sa caméra. Vous voyez où je veux en venir, un maniaque appelé LE CINÉASTE, échappé d’un hôpital psychiatrique veut tourner *à sa façon* une réplique du film de Globill mais avec de vraies victimes pendant que ces victimes potentielles, Charlie, Louis et Maggie et les parents de Charlie se préparaient à tourner le même film.

Le jeune lecteur ne doit pas perdre le fil de l’histoire car tout au long du récit, il aura à comprendre dans quel film il se trouve exactement : *Couvert de boue, un spectre ligoté rampe sur le sol, près de la rivière à côté de la chaloupe, en déployant de grands efforts pour se relever. -C’est…c’est…c’est…le…le…fan…LE FANTÔME DE LOUIS, bégaie Marie qui tremble de tous ses membres. * (Extrait) Dans les moments les plus dramatiques, les jeunes lecteurs devront s’assurer de bien cerner le texte pour séparer la fiction de la réalité du texte. Il faut prendre cette nécessité de concentration comme un intéressant défi de compréhension de texte…un défi tout à fait à la portée des jeunes.

Je ne peux pas dire que ce récit tranche par son originalité. Mais il m’a paru évident que la principale force du livre réside dans sa présentation : une écriture fluide, des chapitres courts et ventilés, des grosses lettres, une utilisation ciblée et efficace des caractères gras, un développement modérément rapide, une intrigue soutenue, un texte bien encadré par les magnifiques illustrations de Sabrina Gendron. Et j’ajoute un élément important pour le jeune lectorat, un certain sens de l’humour : *Ce n’est pas parce qu’on tourne un film d’horreur qu’on ne peut pas rigoler un peu ! * (Extrait) La seule faiblesse que j’ai trouvée au récit est un certain manque d’émotions par endroit.

Il m’a semblé que les enfants traduisaient mal la peur qu’ils ressentaient pour certains passages du récit. À ce niveau, le texte manque de constance. Mais j’admets volontiers que la perception des jeunes peut-être très différente de celle des adultes.

Les jeunes ont toujours été attirés par la littérature et le cinéma d’horreur. Je n’ai pas fait vraiment de recherches sur le sujet mais c’est un fait avéré. Les jeunes aiment avoir peur et les adultes ne donnent pas leur place dans la recherche de frissons. Moi-même, je suis un amateur inconditionnel. Cette littérature est en développement au Québec actuellement et le live de Julie Royer y ajoute un élément plus qu’intéressant.

Julie Royer est titulaire d’un certificat en arts plastiques, d’un baccalauréat et d’une maîtrise en études littéraires. Depuis vingt-quatre ans, elle va où on l’invite, avec ses chansons, ses livres et sa guitare, afin d’éveiller les enfants à la lecture. Elle écrit des livres pour les petits et les grands. De plus, elle écrit et coanime Gribouille Bouille, une émission diffusée sur les ondes de COGECOTV . En 2015 et en 2016, son émission reçoit le trophée COGECOTV pour la meilleure série télévisuelle destinée à la jeunesse. Par ailleurs, son roman intitulé Urbain – Être agent secret, c’est pas du gâteau fait partie de la sélection 2016-2017 de Communication-Jeunesse.

Bonne lecture
Claude Lambert

Le dimanche premier novembre 2020

HERGÉ FILS DE TINTIN, partie 2 de BENOÎT PEETERS

*Une information a circulé, dès le lendemain de
la mort de Hergé : il n’y aura plus de nouveaux Tintin.
À tel point que certains, croyant que tous les albums
allaient être retirés de la vente se sont précipités
chez les libraires pour compléter leur collection. Le
vrai message est plus simple…*
(Extrait : HERGÉ, FILS DE TINTIN voir partie 1 pour les
détails d’édition)

Les principaux personnages de la série TINTIN

Salutations amis lecteurs et lectrices. Aujourd’hui, je poursuis et complète mon article sur le livre de Benoît Peeters : HERGÉ, FILS DE TINTIN. D’abord, quelques mots sur l’auteur Benoît Peeters :
HERGÉ FILS DE TINTIN est une des nombreuses biographies de Georges Rémi dit Hergé. Je l’ai choisie parce que son auteur, Benoît Peeters est considéré comme une référence. Dans son livre, Benoît Peeters  explore la personnalité de l’homme et l’artiste dans toutes ses nuances, avec toutes ses contradictions et explique comment l’homme est devenu artiste en donnant naissance à une œuvre unique: LES AVENTURES DE TINTIN.

C’est une série qui a enchanté plusieurs générations de lecteurs partout dans le monde avec, outre le jeune reporter, des personnages colorés comme le capitaine Haddock, le professeur Tournesol, Dupont et Dupond, Nestor, Bianca Castafiore…tous ces personnages qui sont devenus rapidement pour moi, des frères, des sœurs, des amis d’enfance… Les péripéties de Tintin constituent une autobiographie indirectement car Hergé a placé en Tintin toutes ses espérances, ses rêves, ses souhaits, ses désirs.

Ce livre est comme une sorte de journal dans lequel on pourrait lire les événements qui ont marqué la vie de Hergé. C’est ce qui explique le titre qui donne à penser que c’est Tintin lui-même qui a enfanté son créateur. En ouvrant le livre, le lecteur entre dans les coulisses d’une personnalité en apparence insaisissable et qui s’est donné à son œuvre jusqu’à l’épuisement.

Benoît Peeters est né en 1956 à Paris. Écrivain, réalisateur et scénariste de bandes dessinées, Benoît Peeters est connu comme étant l’un des meilleurs spécialistes de Hergé. Il est aussi, avec François Schuiten l’auteur de la célèbre série LES CITÉS OBSCURES. En « Champs Flammarion», il a publié LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS en 2002 et LIRE LA BANDE DESSINÉE en 2003. Pour ce qui est de Tintin et surtout de son créateur, Peeters a écrit trois livres qui ont fait époque : Le Monde d’Hergé (Casterman, 1983), notre livre du jour: Hergé, fils de Tintin (Flammarion, 2002,revu, enrichi et réédité en 2006) et Lire Tintin. Les Bijoux ravis (Les Impressions Nouvelles, 2007). Son exploration rigoureuse et profonde de l’univers de Tintin et d’Hergé fait de Benoît Peeters un véritable exégète, crédible et recherché.

 Je vous propose maintenant deux lectures parallèles issues de l’extraordinaire bibliographie annexée au livre de Benoît Peeters. Le premier concerne mon personnage préféré après Tintin : le capitaine Haddock, fier marin au caractère très trempé, grand amateur de whisky et aussi réputé pour sa capacité à proférer des jurons et des insultes dans de surprenantes envolées…

Nul autre que l’auteur lui-même n’est mieux placé pour décrire ce petit livre consacré à un personnage extraordinaire : LE CAPITAINE HADDOCK.
Le Haddock illustré est à la fois un lexique donnant signification et emploi des termes haddockiens et un instrument culturel présentant explications historiques et étymologiques, modifications de sens, archaïsmes, régionalismes et haddockismes. Insultes, injures, jurons : pour la première fois, tout l’arsenal des “mots” du Capitaine est présenté et analysé avec autant de sérieux que d’humour.

« Puisse le lecteur trouver ici de quoi insulter ses contemporains en s’instruisant. Qu’élargissant à son tour les limites de la langue, il fasse preuve de la féroce fantaisie du Capitaine. »
Albert Algoud

Ce personnage, Nestor, important et injustement négligé des aventures de Tintin, nous fait part, grâce à Serge Provencher, de sa vision de la vie à Moulinsart et en révèle certains détails méconnus. Un portrait très attachant de ce discret personnage.  Les mémoires de Nestor, Récit – Serge Provencher. Livre de 1991, édité par Le Jour / Vlb éditeur, 203 pages. Nestor y dévoile tantôt les dessous d’un album, tantôt un secret bien gardé, mais, surtout, des détails sur son quotidien auxquels nous n’avions pas toujours songé. Il nous réserve également un certain nombre de belles surprises.

TINTIN AU CINÉMA

TINTIN ET LE MYSTÈRE DE LA TOISON D’OR est un film d’aventures franco-belge réalisé par Jean-Jacques Vierne et sorti en 1961. C’est le premier film inspiré des aventures de Tintin de l’auteur-dessinateur HERGÉ. Il s’appuie sur un scénario original et des acteurs réels.

Jean-Pierre Talbot Tintin par Julius Anudasson

En haut à gauche, l’affiche du film TINTIN ET LES ORANGES BLEUES, un film d’aventures franco-espagnol réalisé par Philippe Condroyer et sorti en 1964. En haut à droite, image extraite du film d’animation LE SECRET DE LA LICORNE, production américano-néo-zélandaise en capture de mouvement 3D réalisé par Steven Spielberg et produit par Peter Jackson. Le film est sorti en 2011. En bas, une mosaïque de photos de JEAN-PIERRE TALBOT réalisée par Julius Anudasson.

Durant son adolescence, alors qu’il est moniteur de sport sur une plage d’Ostende, Jean-Pierre Talbot est remarqué par Jacques Van Melkebeke pour sa ressemblance physique avec Tintin. On le présente à Hergé avec qui il sympathise immédiatement. En 2008, Jean-Pierre Talbot publie son autobiographie, revenant sur sa brève incursion dans le milieu du cinéma :

J’étais Tintin au cinéma.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 19 janvier 2020

Une toile machiavélique

Amies lectrices, amis lecteurs, mes meilleures salutations.

Aujourd’hui, je vous propose un article plus long qu’à l’accoutumée.

Ça pourrait être justifié par la longueur du livre, mais ça va beaucoup plus loin. Imaginez en effet que plane sur l’existence humaine un péril nouveau genre, ourdi par…le cinéma.

Je vous invite à lire mon article et à plonger avec moi, le temps d’une lecture, dans *le Côté obscur de la Force*.

Aller lire le commentaire sur La conspiration des ténèbres

JAILU

LA CONSPIRATION DES TÉNÈBRES, THÉODORE ROSZAK

alors même que leurs crimes son repoussants.
Ils nous apparaissent comme les victimes d’un
Sort cruel qui a détruit ce qu’ils avaient de
Meilleur. Nous sentons leur combat et nous
Savons qu’il est vain, car le mal contre lequel
Ils se battent est trop grand. C’est un mal
Phénoménal.
(extrait de La conspiration des ténèbres,
Theodore Roszak, le Cherche midi, 2004)

En fréquentant des cinémas de Los Angeles peu recommandables, Jonathan Gates, un universitaire, étudiant en cinéma, découvre l’œuvre cinématographique de Max Castle, un réalisateur prodige qui a tourné quelques films avant d’être oublié. Graduellement, Gates développe une fascination pour l’œuvre et la personnalité de Castle. Cette fascination tournera à l’obsession quand Gates découvrira des mystères entourant la vie et l’œuvre de Castle…mystères qu’il décide d’élucider par tous les moyens.

Cette quête plongera Jonathan Gates des hautes sphères de l’industrie cinématographique jusqu’au cœur des sociétés secrètes. Sa ténacité l’amènera à dévoiler un étonnant complot et surtout il apprendra qui était véritablement ce génial maître des illusions que fut Max Castle.

château cathare

AVANT-PROPOS : LE CATHARISME

Le catharisme est un mouvement chrétien médiéval. Les Cathares étaient en fait des Albigeois. Le terme Cathare a été développé par l’Église pour désigner de dangereux hérétiques condamnés et pourchassés par l’Inquisition pour de graves manquements aux doctrines de l’Église. Les Cathares envisageaient un salut passant par un strict zèle religieux poussant jusqu’à l’ascétisme avec interdiction formelle de procréer, chasteté complète.

Les Cathares devaient s’abstenir de toute méchanceté, de tout vice. Ils ne devaient pas tuer les animaux. Ils devaient s’abstenir de toute consommation issue de la reproduction animale : pas de viande, pas de lait, pas d’œufs, pas de produits dérivés. Ils étaient astreints à des carêmes éprouvants, voire mortifiants.

Le but des Cathares était de prêcher la plus stricte morale évangélique, sans temple ni aucun artifice *sacerdotal*.  Avec une telle radicalité,  il n’est pas étonnant que l’inquisition qualifie les Cathares de parfaits. Le paradoxe avec l’opulence de l’Église était pour le moins spectaculaire.

croix cathare

C’est un livre tout en longueur, (800 pages) avec une somme énorme de faits insolites, de détails sordides et d’anecdotes formulées parfois avec une crudité bouleversante. L’évolution de l’intrigue est d’une lenteur exaspérante. Mais j’invite le lecteur à persévérer car en plus d’apprendre beaucoup de choses sur l’âge d’or et les dessous d’Hollywood, l’auteur implique le  cinéma ainsi qu’une secte religieuse machiavélique dans un vaste complot, une machination diabolique qui vise à sceller définitivement le sort de l’humanité. Le sujet est original et bien que l’histoire est parfois prévisible, elle m’a tenu en haleine de par sa toile aussi captivante qu’effrayante.

C’est toutefois le livre le plus noir qu’il m’a été donné de lire. En effet dans cette histoire, le héros-narrateur Jonathan Gates étudie l’œuvre de deux êtres déviants et tordus : Max Castle et Simon Dunkle, réalisateurs et metteurs en scènes de bacchanales cinématographiques qui font plonger les cinéphiles dans un univers de stupre, de haine, de violence et de sang.

Ces réalisateurs à l’esprit torturé n’hésitent  pas à exploiter la technique de l’image subliminale et d’autres moyens sophistiqués dans le but de prôner le catharisme, un enseignement religieux qui, à mon avis est inapplicable parce qu’il exige l’ascétisme, l’abnégation totale, une chasteté complète, la mortification et un régime alimentaire absolument ridicule. Bref, une perfection tout à fait à l’opposé de la nature humaine, autrement dit, l’autodestruction de la chair.

Vous voyez un peu où je veux en venir. Il y a complot. Et ce complot nous est dévoilé par Roszak de façon très graduelle, avec une lenteur étouffante et des détails parfois dégoûtants jusqu’à soulever le cœur.

Outre le fait que le livre est très long, avec des personnages un peu fades et une conclusion qui n’en finit pas de finir et qui m’a déçu quelque peu, je classe LA CONSPIRATION DES TÉNEBRES comme un grand thriller historique d’une grande érudition, porteur d’une profonde réflexion sur l’énorme pouvoir du septième art, c’est-à-dire, sur cette capacité qu’a le cinéma de façonner les esprits, de créer des tendances, d’influencer les modes de pensées et d’apprentissages. Imaginez tout ce qu’on peut sortir sur le potentiel cinématographique du cinéma.

Il est facile d’imaginer aussi je pense le mal que peut faire le cinéma s’il tombait entre les mains d’esprits malveillants à cheval entre le génie et la folie. C’est un livre à la fois excitant et effrayant.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert

Février 2014

(En Complément…)