L’extraordinaire voyage du fakir…

QUI ÉTAIT RESTÉ COINCÉ DANS UNE ARMOIRE IKÉA  version audio

Commentaire sur le livre de
ROMAIN PUÉRTOLAS

*Le premier mot que prononça l’indien Ajatashatru Lavash Patel en arrivant en France fut un mot suédois, un comble : IKEA.  <Extrait : L’EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR QUI ÉTAIT RESTÉ COINCÉ DANS UNE ARMOIRE IKEA, Romain, Puértolas, Le livre de poche, 2015, version audio : Audiolib éditeur, 2014, durée d’écoute, 5 heures 41 minutes Narrateur : Dominique Pinon.  Édition originale : 2013>

Une aventure rocambolesque et hilarante aux quatre coins de l’Europe et dans la Libye post-Kadhafiste, une histoire d’amour plus pétillante que le Coca-Cola, mais aussi le reflet d’une terrible réalité : le combat que mènent chaque jour les clandestins, ultimes aventuriers de notre siècle.

COINCÉ DANS L’ABSURDE
Il avait fait un extraordinaire voyage de neuf jours,
un voyage intérieur qui lui avait appris que c’est
 en découvrant qu’il existe autre chose ailleurs, que
l’on peut devenir quelqu’un d’autre.
  (Extrait)

C’est une histoire rocambolesque, abracadabrante, improbable. Je ne l’ai pas vraiment trouvé drôle, je dirais plutôt spirituelle. Je suis mitigé en fait. Je n’ai pas du tout été impressionné par le texte mais je dois admettre que ce dernier a été mis en valeur par le narrateur. Puisqu’il est question d’Ikéa, je dirai que Dominique Pinon a sauvé les meubles.

Nous avons ici l’histoire d’un indien : Ajatashatru Lavash Patel (nom tape-à-l’oreille prononcé dans des dizaines de façons différentes) un gentil filou qui part de New Delhi pour Paris afin d’acheter un lit à clou, spécial fakir, en solde chez Ikéa. N’ayant pas les moyens de se payer l’hôtel, Ajatashatru ère dans le grand magasin et pour échapper à toute surveillance, se cache dans une armoire qui sera rapidement retirée afin d’être expédiée…en Angleterre.

Tout le récit relate les tribulations du petit homme aux yeux coca-cola. C’est une histoire loufoque doublée d’un petit caractère sentimental. Le tout me rappelle un peu les comédies d’erreur. L’histoire est bourrée de clichés et d’allusions, certaines fines d’autres grossières : *On pissait aussi mal dans une armoire que dans un avion remarqua l’indien qui n’aurait jamais cru être un jour amené à une telle constatation*. (Extrait) Eh oui, même tapi dans une armoire Ikéa, la vie continue.

On trouve dans le texte beaucoup de jeux de mots, de déformations linguistiques. J’ai senti que l’auteur ne se prenait pas au sérieux et planchait davantage sur le pouvoir des mots que sur le style. Une description de son principal personnage prise au cœur du récit en dit très long : *Ses manières raffinées n’allaient en rien avec le personnage : jeans troués, piercing, cheveux teints en rouge, veste verte délavée, quelque chose entre un fakir et un clown. *(Extrait)

 

Je m’attendais à éclater de rire, j’en ai eu à peine envie. Peut-être qu’on attendait trop de ce roman. Pourtant, il n’est pas sans qualités. Entre autres, il pousse à la réflexion sur la situation des clandestins, humains désenchantés ayant choisi de fuir leur pays pour être finalement davantage exploités. Le texte n’est pas sans rappeler aussi que la vie nous réserve des petits détours qui nous font trouver le bonheur, qu’elle nous réserve des rencontres susceptibles de nous changer, de nous améliorer. Mais pour le reste, j’ai troqué la comédie hilarante pour un simple divertissement.

Si j’avais choisi le papier, j’aurais peut-être trouvé le temps long mais le narrateur Dominique Pinon m’a fait passer un bon moment avec son style relâché et un ton en parfaite concordance avec le caractère caricatural du texte. Il m’a gardé dans le coup jusqu’à la fin en donnant à l’ensemble un petit quelque chose de sympathique, de rafraichissant, de léger. À travers les clichés et les innombrables déformations du patronyme de notre héros, j’ai pu quand même m’attacher à un personnage sympathique, un peu naïf et quelque peu décalé…humain quoi…

 

*Eh bien puisque vous me le demandez, je me nomme Ajatashatru Lavash commençant l’indien en usant de son accent britannique le plus oxfordien. Une armoire ne pouvait avoir un si bel accent…peut-être n’allez-vous pas le croire, mais je me suis retrouvé coincé dans cette armoire alors que j’en prenais les mesures dans un grand magasin français…enfin suédois…* (Extrait)

Un livre drôle…non pas vraiment, mais divertissant et par moment, sensiblement attendrissant.

Romain Puértolas, né le 21 décembre 1975 à Montpellier, est un écrivain français. Ballotté entre la France, l’Espagne et l’Angleterre, il devient DJ turntablist, compositeur-interprète, professeur de langues, traducteur-interprète, steward, magicien, avant de tenter sa chance comme découpeur de femmes dans un cirque autrichien. Évincé à cause de ses mains moites, il s’adonne à l’écriture compulsive. Il fait ensuite carrière grâce à son bouquin comique « L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea ».

À écouter également, du même auteur

La carrière de Dominique Pinon prend son véritable envol en 1980 grâce à Jean-Jacques Beineix qui lui ouvre la porte du cinéma dans son premier film Diva en 1980. Il joue dans une foule de seconds rôles où on le retrouve généralement dans la peau du marginal atypique. Mais, c’est principalement sa rencontre avec Jean-Pierre Jeunet qui marque un tournant majeur dans sa vie d’artiste. En effet, sa carrière connaît une envolée sans précédent avec son premier rôle dans Delicatessen. Acteur favori de Jeunet, il est également à l’affiche du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, Alien, la résurrection et Un long dimanche de fiançailles. Sa renommée est telle que les réalisateurs étrangers n’hésitent pas à l’intégrer dans leurs projets. Enfin sa voix est bien connue dans l’univers du livre audio.

Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 26 septembre 2021

 

DESTINATION MONSTROVILLE livre 1, MOCHE CAFÉ

Commentaire sur le livre de
NADINE DESCHENEAUX
et
SOPHIE RONDEAU

*Le cri de ralliement du concours s’élève dans la pièce :  <Que le plus dégoûtant gagne ! > Des sifflements et un tonnerre d’applaudissements retentissent. * (Extrait : MOCHE CAFÉ, DESTINATION MONSTROVILLE, tome 1, Nadine Descheneaux/ Sophie Rondeau, Éditions Druide, 2017,édition de papier. 135 pages)
Illustrations : Jessica Lindsay

Hubert, Édouard et Zia se font garder par leur grand-mère. C’est aujourd’hui qu’elle a décidé de leur révéler l’existence de Monstroville, une petite ville secrète où se tient un concours de recettes très spécial…Poussés par la curiosité, les cousins partent à l’aventure dans un moyen de transport inusité : des poubelles qui les mènent directement à Monstroville. Sur place, ils rencontrent des créatures follement répugnantes et, contre toute attente, jouent un rôle déterminant dans le concours se déroulant au Moche Café.

Ces frissons qui font rigoler
*Le cuisinier a le visage bouffi, tout rouge,
et il n’a qu’un unique gros œil au milieu de
son front garni de boutons et de pustules,
Répugnant. Son nez dégouline, son œil
déverse un torrent de larmes et ses lèvres
tremblent continuellement.
(Extrait)

C’est une chouette petite histoire même si le sujet développé n’est pas tout à fait dans mes cordes. Mais je n’ai pas perdu de vue que c’est un livre pour enfant et l’histoire qu’il raconte est loin d’être dédaignée par les jeunes lecteurs et lectrices.

En résumé, Hubert, Édouard et leur cousine Zia sont entraînés dans une chaîne d’évènements qui les amène à aider le cuisinier du Moche café de Monstroville à gagner le concours du plat le plus dégoûtant. *Dégoûtant* est un mot magique qui attire automatiquement la curiosité des enfants : *« Ça va être dégueu ! > * se réjouit Hubert. * (Extrait)

Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur la liste d’ingrédients remplie à l’épicerie Crapaluche du nom de son propriétaire, une espèce d’iguane à tête humaine : morve de dragon, langues de serpents, tranches de bacon de caméléon et autres petites douceurs pour le palais.

Vous excuserez le mot très direct mais une flopée d’assiettes aussi écœurantes les unes que les autres seront soumises aux juges, dont nos amis rapidement pris de nausées, la première assiette étant une mixture de crottes de fromage poilues au lait de vieux chameau. Vraiment, c’est une histoire qui ne manque pas d’imagination. Elle génère un peu de frisson et surtout elle est drôle et pleine de piquant… :

* …la salle, désormais bondée éclate de rire. Tous les monstres, les elfes, les cyclopes, les géants, les squelettes, les poissons sur pattes, tout le monde se tient les côtes (facile pour les squelettes) * (Extrait) Très franchement, ce livre m’a beaucoup amusé et son côté répugnant a un petit quelque chose de caricatural tout à fait sans danger pour les jeunes lecteurs et lectrices. C’est drôle.

C’est un petit livre qui se lit vite et bien. Les lettres sont grosses, les chapitres sont courts et c’est bourré d’illustrations vivantes et expressives. Le livre répond au besoin des enfants : humour, un soupçon de mystère et tout ce qu’il faut pour générer quelques grimaces des jeunes lecteurs et lectrices. 

Pas étonnant que le livre ait été retenu comme finaliste des prix Tamarac et Hackmatack. L’histoire a aussi un côté aventurier, d’autant que Monstroville est une ville secrète à laquelle on ne peut accéder qu’en passant par…des poubelles.

Je recommande chaleureusement ce petit livre comme lecture jeunesse…136 pages de plaisir. Comme vous le voyez plus bas dans cet article. Moche café a une suite qui nous entraînera dans un environnement très différent. Mais tout aussi amusant. En terminant, je vous laisse avec ce petit extrait qui résume assez bien le livre du jour : * Le cri de ralliement du concours s’élève dans la pièce : « Que le plus dégoûtant gagne ! » *.

Rien n’arrête Nadine Descheneaux, journaliste, auteure, maman, blogueuse, Elle se lève très tôt pour écrire ses histoires souvent imaginées et rêvées au cours de la nuit. Elle profite ainsi au maximum de sa journée. Pas étonnant que, depuis 2006, elle ait publié une trentaine de livres-jeunesse dont la série à succès LES SECRETS DU DIVAN ROSE. Chaque année, elle participe à des salons du livre au Québec et au Nouveau-Brunswick en plus d’animer des ateliers littéraires dans de nombreuses écoles.

Partout où elle va, Sophie Rondeau trimballe un gros cahier et plein de crayons au cas où de folles idées germeraient dans son esprit. Car les idées, elle les trouve partout…parfois même dans ses rêves !

Vingt-cinq livres plus tard, elle a toujours de l’imagination à revendre. Quand elle n’a pas un crayon entre les doigts ou un écran d’ordinateur devant ses yeux, Sophie enseigne le français à des ados et essaie de leur transmettre son amour des mots. Quant aux *monstres*, Sophie les connait bien étant mère de quatre enfants. Elle ne compte plus les fois où elle a débusqué ces bestioles sous les lits et dans les garde-robes. Pour faire d’une pierre deux coups, elle les a tous invités à s’établir à Monstroville et elle raconte maintenant leurs aventures avec son amie Nadine.

À part faire du vélo, sur de longues distances pour se perdre dans
ses pensées, cuisiner, déchiffrer des caractères japonais, Jessica Lindsay prend beaucoup de plaisir à dessiner, que ce soit dans son cahier, sur les mains ou sur le visage de son amoureux. Ce ne sont pas les idées qui manquent et elle caresse beaucoup de projets. Au moment d’écrire ces lignes, le Japon est son terrain de jeu. Il se prépare des choses on dirait…!

Les tomes suivants

LE SALON DE DÉCOIFFURE : Catastrophe ! Zia a des poux ! Dans ce tome, les jeunes lecteurs et lectrices s’amuseront ferme en suivant la trace des trois cousins, décidés à obtenir l’aide de Monstrovillois aux compétences très spéciales…
LE LAIDORAMA : C’est l’halloween et les trois cousins confectionnent leur déguisement chez leur grand-mère.

À la recherche d’un accessoire qui rendrait plus crédible le costume de monstre d’Édouard, ils retourneront à Monstroville et y découvriront le Laidorama…
ooZ : Êtes-vous superstitieux ? Craignez-vous les chats noirs qui rôdent les vendredis 13 ? Croyez-vous que passer sous une échelle porte malheur ? Évidemment, à Monstroville, comme tout est différent d’ailleurs, on adore ce qui attire la malchance…
Parcourez la série DESTINATION MONSTROVILLE ici.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 13 juin 2021

LES PERLES NOIRES DE JACKIE O, Stéphane Carlier

«C’est un collier qui a appartenu à Jackie Kennedy.» «Pas elle? Personnellement? Oui…» «Dis donc c’est pas rien…Ils ne plaisantent pas avec ça à New-York,
tu peux en prendre pour vingt ans…»
(Extrait : livre audio : LES PERLES NOIRES DE JACKIE O. Stéphane Carlier. Éd. or. Le Cherche midi, 2016, 416 page version intégrale audio : Studio Audible, 2018, narratrice : Marie Lenoir)

Gaby, la soixantaine déprimée, est femme de ménage dans les beaux quartiers new-yorkais. Un matin, elle trouve par hasard la combinaison du coffre-fort d’un de ses employeurs, un vieux marchand d’art fortuné. Décidée à mettre la main sur son contenu – et notamment sur un collier ayant autrefois appartenu à Jackie Onassis -, elle imagine un plan particulièrement audacieux. Seulement, cambrioler un appartement huppé de l’Upper East Side, c’est un peu comme plier un drap sans se faire aider, ça demande un certain entraînement…

UNE MAGOUILLE EN HUMOUR
*hah…bah…ce n’est pas moi qui s’en plaindrai ! s’exclama
Irving avant de pousser un piaillement bizarre entre l’éclat
de rire et le croassement de corbeau…Cela dit, il faut que
je me dépêche de vieillir parce que je n’ai que 59 ans humhum !
aahh le menteur ! Frank savait très bien qu’il en avait 76 !
(Extrait)

C’est un petit roman drôle qui raconte une histoire abracadabrante. Voyons d’abord un peu le contenu. Voici l’histoire de Gabriella Navajo, elle se fait appeler Gaby. C’est une femme sans histoire qui travaille depuis une quinzaine d’années pour Irving Zukerman, un millionnaire excentrique et extraverti qui

a en particulier, une passion pour les beaux jeunes hommes bien faits, bien tournés…sexys. Un jour, elle décide qu’elle en a marre de sa vie de pauvresse, aidée en cela par la découverte, dans une corbeille à papier chez son employeur, d’une boulette de papier dont elle prend connaissance et qui contient rien de moins que la combinaison du coffre-fort d’Irving. Elle ouvre le coffre et y découvre cent-soixante mille dollars, 6 lingots d’or et…un collier magnifique composé de perles noires très rares.

Elle découvrira plus tard qu’il s’agit d’un collier hors de prix, ayant appartenu à Jackie Onassis. Elle imagine un plan extravagant pour voler le contenu du coffre et se fait aider pour cela d’une vieille connaissance qui ne brille pas par son honnêteté, Nando qui se fera aider à son tour par une équipe d’incapables. S’ensuit une chaîne d’évènements rocambolesques et loufoques.

Ce n’est pas un roman qui brille particulièrement par la qualité de son scénario ni par son originalité. Une bande de pattes folles qui tente un cambriolage accumulant gaffes et sottises…c’est loin d’être nouveau en littérature. Mais, hormis tous ces détails qui auraient une importance capitale dans un roman dramatique par exemple, ce livre ne m’a pas laissé de répit parce que j’ai ri beaucoup et je me suis attaché à des personnages sympathiques. Dans sa structure, cette histoire contient des éléments qui me rappellent les comédies d’erreur : beaucoup sont prévisibles mais il faut apprécier de quelle façon les choses se passent ainsi que la réaction des personnages.

À ce niveau, je dirais que la version audio donne un tout beaucoup plu désopilant grâce à la narration de Marie Lenoir qui rehausse magnifiquement le caractère hilarant du récit avec un registre vocal particulièrement bien travaillé pour chaque personnage. Étant donnés les clichés plutôt abondants dans l’histoire et l’incohérence que j’ai observée dans le scénario, la version audio est peut-être plus à conseiller vu la qualité de la narration.

Quelques passages sont particulièrement intéressants. Le long monologue de Serge Merceau (pas sûr de l’orthographe à cause de la version audio) par exemple, un ancien amant d’Irving, un passage simpliste, déclamé aux limites de la caricature, mais on ne peut faire autrement que d’en rire : *Cette époque gardera toujours pour moi l’odeur de la grande pièce où nous prenions nos repas…un mélange atroce de renfermé et de lait caillé…et le goût des testicules de bœuf qu’on me forçait à avaler dans l’espoir de me viriliser…comme rien n’y faisait, on m’envoya chez les curés pour détourner un garçon de ses pulsions homosexuelles, il fallait y penser…*

Ce petit extrait n’est qu’un aperçu du monologue. Oui, ça fait clicher, ça contribue à traîner l’histoire en longueur mais ça vous arrache un sourire, c’est obligé et ça ajoute aussi une petite touche d’émotion. Avec tout ça, est-ce que Gaby réussira à s’approprier la fortune de Zukerman. Faut voir.

Ce livre est loin d’être un chef d’œuvre. C’est un peu n’importe quoi. Mais ce récit m’a apporté quelque chose : de l’évasion, de la détente et du rire. C’est une histoire loufoque, volontairement tirée par les cheveux et comme c’est le cas dans les comédies d’erreur, la qualité du scénario n’est pas toujours une priorité.

Personnellement je crois qu’un tel enchaînement de gaffes et de catastrophes devrait être porté à l’écran. Avec une mise en scène soignée, ça pourrait être un film à se tordre les boyaux. En attendant, le lecteur bénéficie de la plume volatile de Stéphane Carlier et d’une narration irrésistible de Marie Lenoir.

STÉPHANE CARLIER

C’est par des chemins détournés que Stéphane Carlier est arrivé au roman. Hypokhâgne, études d’histoire et piges dans diverses rédactions parisiennes, avant d’entrer au ministère des Affaires étrangères qui l’affecte aux Etats-Unis, où il passe dix ans. Il y écrit Actrice, qu’il signe Antoine Jasper et envoie par la poste. Le livre, qui raconte le retour à l’écran d’une star du cinéma français tombée dans l’oubli, est salué par la critique. Encouragé par ce succès, Stéphane continue à écrire « des histoires avec des femmes à qui il arrive de belles choses » : Grand Amour, où l’héroïne prend la route pour aller retrouver en Auvergne un joueur de rugby qu’elle a vu dans un calendrier, et Les gens sont les gens, l’histoire d’une psychanalyste qui recueille un porcelet dans son appartement parisien. Après avoir passé trois ans en Inde, Stéphane s’est installé à Lisbonne en 2014. (lisez.com)

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 1er août 2020

DEUX NUANCES DE BROCOLI, de Marie Laurent

*Oui, que peut-il me trouver, cet homme riche, jeune
et beau comme un acteur de séries pour ados ? Un
coup d’œil à la glace au-dessus du buffet me renvoie
à mon insignifiance : front, yeux, nez et bouche
moyens, cheveux réfractaires au brushing; voilà pour
le haut. Le bas n’est pas plus inspirant : des seins
banalement en pore, une taille grassouillette et un
derrière qui a une fâcheuse tendance à frôler le
gazon.*

(Extrait : DEUX NUANCES DE BROCOLI, Marie Laurent,
éditions NL, 2017, édition numériques,  140 pages num.)

Amalia Faust, brave fille complexée et un peu nunuche, caissière chez Brico, croise par hasard  Edouard Green, le séduisant patron d’une boîte de sex toys. Green propose bientôt à Amalia un étrange pacte. Elle découvre un univers insoupçonné où sexe, légumes et soumission sont étroitement associés. Mais à la longue, les positions inconciliables des deux héros risquent de rendre leur relation difficile. Il s’agit de ce que certains médias appellent gentiment une parodie légumineuse de 50 NUANCES DE GREY. En plus d’être dominée par la couleur verte, la relation entre les deux protagonistes deviendra très singulière.

Le livre DEUX NUANCES DE BROCOLI peut être lu indépendamment. Mais comme c’est une parodie, celle de CINQUANTE NUANCES DE GREY, et pour ceux qui veulent jouer au jeu de la comparaison, il est bon de rappeler ici que CINQUANTE NUANCES DE GREY est une romance érotique qui raconte l’histoire d’Anastasia Steel, étudiante en littérature qui accepte la proposition de son ami journaliste de prendre sa place pour interviewer Christian Grey, un jeune et riche homme d’affaires de Seattle. Dès le premier regard, Anastasia est à la fois séduite et intimidée. Pourtant, convaincue que leur rencontre a été désastreuse, elle tente de l’oublier jusqu’à ce qu’il débarque dans le magasin où elle travaille pour lui proposer un rendez-vous. Anna est follement attirée par cet homme. Lorsqu’ils entament une liaison passionnée, elle découvre son pouvoir érotique ainsi que le côté obscur qu’il tient à dissimuler.

Nouvelle tendance en littérature
LE SEXE LÉGUMIER
*Le cuni nature, je connaissais pour l’avoir expérimenté
une fois avec Gérard…le cuni avec Nutella, confiture
ou miel, je connaissais aussi, par ouïe dire. Par contre
je ne soupçonnais pas l’existence d’un cuni bio jusqu’à
ce moment.*
(Extrait : DEUX NUANCES DE BROCOLI)

 Le seul intérêt de ce livre est qu’il est magnifiquement ajusté avec CINQUANTE NUANCES DE GREY qui est probablement le livre le plus insipide que j’ai lu…près de 550 pages de platitudes. Le livre n’a pour moi à peu près aucune valeur littéraire. Je suis très étonné que la trilogie se soit vendu à 125 millions d’exemplaire dans le monde.

Toujours est-il que, comme dans CINQUANTE NUANCES DE GREY, DEUX NUANCES DE BROCOLI raconte la petite aventure de deux personnages caricaturés : d’une part, un cruchon sexuellement tordu et végétarien jusque dans la couchette : Édouard Green, un nom très recherché puisque tout est vert dans sa vie d’autant qu’il a un faible pour…le brocoli.

D’autre part, une nounoune de première classe : *Le chemin d’Amalia Faust, brave fille complexée et un peu nunuche, caissière chez Brico, croise par hasard celui d’Edouard Green, le séduisant patron d’une boîte de sex toys. Green propose bientôt à Amélia un étrange pacte. Elle découvre un univers insoupçonné où sexe, légumes et soumission sont étroitement associés .* (Extrait)

Et voilà, nous assistons à l’entrée triomphale du sexe brocolien en littérature. Le poireau a même été invité…ça doit être la deuxième nuance : *Je crains que vous n’ayez pas très bien compris, Amalia. Pour moi, le sexe est inséparable des légumes. Sans leur intervention, je le trouve d’un ennui mortel .* (Extrait)

 Évidemment, vous vous doutez sans doute qu’Amalia finit par déchanter : *Pointilleux me paraît faible pour qualifier Green. Tyrannique serait plus adapté, ou chiant, pour un vocabulaire moins soutenu .* (Extrait) Et bien sûr, l’humour s’en mêle…*Je jette un regard de biais à son zizi, si impérial tout à l’heure et à présent, réduit à un macaroni Barilla…À défaut de faire l’amour, Green fait la moue, tel un enfant boudeur. Il est irrésistible ainsi : tout nu avec son brocoli dans la main et sa zigounette taille XXS.* (Extrait)

En entreprenant la lecture de ce livre, j’ai pris un risque craignant de tomber sur un désastre comme CINQUANTE NUANCES DE GREY. Mais non, DEUX NUANCES DE BROCOLI m’a fait rire, comblant d’une certaine façon le vide qui caractérise (selon moi) le livre de EL James. Les ressemblances avec l’œuvre parodiée sont poussées à la limite de la caricature. J’ai trouvé les scènes sexuelles très drôles d’autant qu’elles sont commentées d’une façon légèrement vitrioliques par Amalia qui tient le rôle de narratrice.

Côté faiblesse, le live accuse des rebondissements sous-exploités et une finale expédiée. Dans le dernier quart du livre, subitement, je me retrouve avec un récit d’Amélia qui vient de laisser *Brocoli man* sans avertissement. C’est l’histoire du cheveu dans la soupe qui laisse à penser que l’auteure commençait à manquer d’inspiration ou en avait marre.

Quant à la finale, comme ça se produit souvent dans les parodies, elle est rapide, sous forme de lettres ou de réflexion écrite et se termine par une narration. Cette façon de faire contraste avec la trame de l’histoire et surtout les répliques parfois hilarantes d’Amalia. Malgré tout, ce livre m’a déridé. Il m’a fait rire et j’ai apprécié sa fraîcheur et sa spontanéité. J’ai aussi trouvé Amalia particulièrement attachante et drôle avec ses remarques et ses observations vigoureuses et truculentes.

Ce livre n’aura peut-être pas 125 millions de lecteur, mais je lui en souhaite un maximum. Ce n’est pas l’idée du siècle mais elle est originale, son développement est sarcastique. Il a des petits côtés coquins mais pas à outrance. L’histoire a le mérite d’être moins ridicule que CINQUANTE NUANCES DE GREY. Et surtout, le livre est drôle. À essayer avec ou sans légumes.

Marie Laurent est une auteure française qui se spécialise dans les romans historiques comme L’AVENTURIÈRE EN DENTELLES, une romance napoléonienne. Sa période préférée est le 19e siècle. Mais il lui arrive aussi d’écrire des nouvelles et des poèmes.  DEUX NUANCES DE BROCOLI ne fait pas bande à part dans l’œuvre de l’auteure. J’ai découvert que sa production est d’une très grande variété. Par internet, j’ai vu peu d’informations sur cette auteure. Pour en savoir plus, l’idéal est encore de consulter sa pages FACEBOOK. Cliquez ici.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 6 octobre 21

L’ÉCUME DES JOURS, le livre de BORIS VIAN

*Prenant son élan, sauvagement, il lui décocha
un formidable coup de patin sous le menton et
la tête du garçon alla se ficher sur une des
cheminées d’aération de la machinerie tandis
que Colin s’emparait de la clé, que le cadavre,
l’air absent, tenait encore à la main. Colin ouvrit
une cabine, y poussa le corps, cracha dessus et
bondit vers la 309.*
(Extrait : L’ÉCUME DES JOURS, Boris Vian, Société
nouvelle des Éditions Pauvert, 1979, 1996, 1998,
Livre de poche, édition de papier, 320 pages)

L’ÉCUME DES JOURS est le roman phare de Vian dans lequel s’entrecroisent deux histoires d’amour qui font se côtoyer le rêve et la réalité. Colin est un jeune rentier élégant qui épouse Chloé. Son ami Chick entretient une relation avec Alise. Tout irait pour le mieux si ce n’était de l’état de Chloé qui souffre d’une maladie qui lui dévore les poumons et de l’obsession qu’entretient Chick pour un philosophe. Le drame contamine graduellement la pureté et la légèreté qui s’annonce avec tant de fierté au début du récit. C’est une histoire farfelue qui rappelle un peu les liaisons passionnées entre éternels adolescent mais qui évoquent aussi les liaisons caricaturées par les structures sociales et les mentalités de l’époque. Les personnages évoluent dans une atmosphère étrange où le jazz est omniprésent, dans une chaîne.

LA CULTURE DE L’INCOHÉRENCE
*-Je ne tiens pas à travailler. Je n’aime pas ça.
-Personne n’a le droit de dire ça, dit le chef de
la production. Vous êtes renvoyé, ajouta-t-il.
-Je n’y pouvais rien, dit Chick. Qu’est-ce que
C’est que la justice? –Jamais entendu parler,
dit le chef de la production.*
(Extrait : L’ÉCUME DES JOURS)

Je n’ai jamais lu d’histoire d’amour. Ça ne m’a jamais vraiment attiré jusqu’à ce que, tout récemment, je décide d’en faire l’essai. Pour cette première, j’ai décidé de me tourner vers la littérature classique et pour ma plus grande satisfaction, je suis tombé sur un livre qui va au-delà de la simple histoire d’amour.

Personnellement, L’ÉCUME DES JOURS est une de mes plus belles découvertes. L’amour conditionnel (Alise et Chick) y côtoie l’amour inconditionnel (Colin et Chloé). Dans les deux cas, le destin est tragique. Boris Vian a imprégné cette œuvre magistrale d’une dualité qui confine à la tension dramatique, spécialement à la fin qui est tragique et inspire la colère..

Sur fond de poésie, l’ambiance glauque alterne de façon imprévisible avec une atmosphère de sensibilité et de légèreté. Comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas un lecteur de roman d’amour mais j’ai tout de même compris qu’il n’y a rien de conventionnel dans le récit de Vian.

Ce qui m’a le plus fasciné dans ce roman, c’est l’incroyable variété des niveaux de langage qu’impose Boris Vian qui passe avec une facilité déconcertante du grossier au familier, jusqu’au langage haut perché. Je mentionne aussi que le livre est truffé de jeux de mots et de signifiants, de fantaisies grammaticales et de néologisme à la Vian…c’est ainsi qu’un réfrigérateur devient un frigiploque, un peintre devient un peintureur, un pompier devient un pompeur, une sacristie devient une sacristoche.

On pourrait avoir l’impression que Vian cultive l’absurde sur les plans physiques et contextuels (des murs qui rétrécissent, une souris qui parle, Colin qui trouve un travail consistant à annoncer les malheurs 24 heures à l’avance…) Ajoutons à cela l’omniprésence dans le récit du jazz, en particulier de Duke Ellington, de la gastronomie (Nicolas est cuisinier, obsédé par Jules Gouffé, le célèbre cuisiner et pâtissier français (1807-1877) et de Jean-Sol Partre, qui vous l’avez compris, est un anagramme de Jean-Paul Sartre, le célèbre philosophe (1905-1980) que Vian a déjà rencontré d’ailleurs. Il faut voir aussi comment Jean-Sol Partre fait le malheur de Chick dans L’ÉCUME DES JOURS. C’est du grand art.

L’incroyable quantité d’invraisemblances qu’on trouve dans le texte donne à l’œuvre un puissant caractère surréaliste. Trop surréaliste…si je peux faire un tout petit reproche à Vian. On s’y perd un peu. Toutefois, l’onirisme qui imprègne le récit vient apporter un bel équilibre.

Donc, en entreprenant la lecture de L’ÉCUME DES JOURS, attendez-vous à pénétrer dans un monde surréaliste, voir surnaturel, teinté d’humour et où l’amour est malmené et pas seulement l’amour… j’ai senti que Vian prenait plaisir à tourner en dérision les structures sociales, la finance, la police et même la religion.

Il y a entre autres, vers la fin du récit, un dialogue entre Colin et un prêtre que vous risquez de trouver assez décapant. Ce petit côté moqueur m’a beaucoup plu, ainsi qu’un petit côté extravagant qui permet un peut tout, y compris amalgamer sinon mêler le réalisme et l’onirisme, l’amour impossible et l’amour vrai, la vie et la mort, le possible et l’impossible.

J’ai savouré L’ÉCUME DES JOURS. L’écriture est d’une beauté envoûtante, le style de Vian est puissant car il a ce pouvoir de faire rire et pleurer…bref de nous faire passer par toute une gamme d’émotions.

L’ÉCUME DES JOURS…à lire absolument et éventuellement à relire…

L’ÉCUME DES JOURS AU CINÉMA
La plus récente adaptation cinématographique a été réalisée par Michel Gondry d’après la scénarisation de Luc Bossi. On retrouve entre autres dans la distribution Audrey Tautou, Romain Duris, Gad Elmaleh et Omar Sy. Le film est sorti en avril 2013.

Homme aux multiples talents, véritable homme-orchestre, Boris Vian (1920-1959) a été écrivain, poète, parolier, chanteur, musicien, critique, conférencier, ingénieur, traducteur, acteur et peintre. Il a aussi produit des pièces de théâtre. Même en matière littéraire, Vian a été un vrai touche-à-tout, exploitant la poésie, la chronique, la nouvelle, le roman et même le documentaire.

C’est surtout sous le pseudonyme de VERNON SULLIVAN que Vian s’est fait connaître, publiant de nombreux romans dont J’IRAI CRACHER SUR VOS TOMBES qui a fait scandale, qui a été censuré et qui lui a presque valu la prison. C’est d’ailleurs Lors de la projection privée du film tiré de son roman J’irai cracher sur vos tombes, que Boris Vian s’éteint brutalement. 

 Il a aussi publié de nombreux autres ouvrages sous différents pseudonymes. L’oeuvre de Boris Vian n’a été vraiment reconnu qu’après sa mort, dans les années 60. L’ÉCUME DES JOURS en particulier est un chef d’œuvre devenu incontournable dans l’univers littéraire.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 3 juin 2018