NOUVELLES FANTASTIQUES DU XIXe SIÈCLE

Commentaire sur le recueil réunissant les nouvelles de : Théophile Gauthier, E.T.A. Hoffman, Edgar Allan Poe, Alphonse Daudet, Auguste de Villiers de l’Isle Adam, Robert-Louis Stevenson, Bram Stoker, Guy de Maupassant, Marcel Schwob

*…une cafetière se jeta en bas d’une table
où elle était posée, et se dirigea, clopin-
clopant, vers le foyer, où elle se plaça
entre les tisons. Quelques instants après,

les fauteuils commencèrent à s’ébranler.*
(Extrait : LA CAFETIÈRE, nouvelle de Théophile
Gathier, publiée en 1831, insérée dans le recueil
NOUVELLES FANTASTIQUES DU XIXe SIÈCLE,
Éditions l’Anthologiste, 2012, numérique, 100 pages)

Si le XVIIIe fut le siècle des Lumières, le suivant fut peut-être celui des Ténèbres. En effet, ceux qui le traversèrent se prirent d’une fascination maladive pour les évènements surnaturels, les créatures démoniaques, la mort et l’au-delà. Cette anthologie vous propose de découvrir dix nouvelles parmi les plus représentatives de la littérature fantastique du XIXe siècle.

Prenez donc garde, téméraires lecteurs, car vous êtes sur le point de rencontrer le diable, vous allez côtoyer les morts et vous assisterez à des phénomènes étranges et inquiétants. Lorsque tout autour de vous ne sera qu’effroi et désolation, vous perdrez votre jugement et il ne restera que l’angoisse pour vous accompagner dans la nuit.

Certaines de ces histoires ont immédiatement été considérées comme des œuvres majeures et d’autres ont, à l’époque, été jugées plus anecdotiques au regard de l’histoire. Mais le temps, qui seul donne leur vraie valeur aux choses, les a toutes élevées au rang de classiques.

La pause nouvelle

*Barbara Rolloffin…fut emportée par les
airs avec un grand fracas, par-dessus
les toits et les clochers; puis on la
retrouva déposée, sans nul accident,
au milieu d’une prairie hors de Berlin.
(Extrait d’une nouvelle de Ernst Theodor
Amadeus Hoffman : LE DIABLE À BERLIN
insérée dans le recueil NOUVELLES
FANTASTIQUES DU XIXe SIÈCLE.

De gauche à droite : Edgar Allan Poe, E.T.A. Hoffman et Théophile Gauthier

C’est surtout à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle que s’est déclaré un engouement très fort pour la littérature fantastique alors que des auteurs tâtaient le pouls du lectorat, timidement au début, avec des nouvelles d’un genre nouveau qui, sans atteindre l’horreur, abordaient le mystérieux, le surnaturel, l’impossible. Plusieurs de ces nouvelles sont d’ailleurs devenues des chefs d’œuvre. Je pense entre autres au récit d’Edgar Allan Poe, LE CORBEAU qui est inséré dans l’anthologie que je vous propose aujourd’hui. 

En ce qui me concerne, moi, un produit du XXe siècle, la littérature fantastique a commencé à me fasciner dès mon adolescence. J’avais un intérêt particulier pour Bram Stoker. Eh oui, tout a commencé avec Dracula et c’est dans cette période aussi que j’ai commencé à lier intimement la littérature et le cinéma.

J’étais curieux de voir comment Stoker pouvait être adapté au cinéma avec un géant du septième art : Christopher Lee tout comme j’ai adoré celui qui allait devenir mon acteur préféré, Vincent Price, intimement lié à la littérature fantastique d’Edgar Allan Poe, portée au grand écran. Aujourd’hui, après toutes ces années, je suis toujours aussi mordu. 

Je suis particulièrement heureux de voir émerger des anthologies comme NOUVELLES FANTASTIQUES du XIXe SIÈCLE qui propose les nouvelles, au nombre de 10, parmi les plus représentatives de la littérature du XIXe siècle. Si plusieurs de ces nouvelles s’inscrivent dans la continuité du mouvement romantique, plusieurs ont été considérées comme des pièces majeures de la littérature. Les nouvelles contenues dans NOUVELLES FANTASTIQUES DU XIXe SIÈCLE ont toutes été élevées rapidement au titre de classiques de la littérature.

Cette anthologie m’a permis de découvrir certains auteurs sous un angle différent comme Robert-Louis Stevenson à qui l’on doit, entre autres, L’ÉTRANGE CAS DU DOCTEUR JEKYLL ET DE MISTER HIDE ou comme Alphonse Daudet qui signe dans cette anthologie mon texte préféré : WOOD’STOWN, un récit à consonance écologique qui a conservé une étonnante actualité.

De gauche à droite : Alphonse Daudet, Auguste de Villiers de l’Isle Adam
et Robert-Louis Stevenson.

Dans WOODS’TOWN, le fantastique côtoie l’écologique, ce qui n’est pas pour me déplaire. Imaginez ne serait-ce qu’un instant une forêt qui reprend ses droits et qui envahit tout. La nouvelle a un petit caractère oppressant avec comme toile de fond ce qui pourrait rappeler une manifestation paranormale , un affrontement entre l’homme et la forêt avec comme perdant, pour une fois : le pire cancer de la planète : l’homme .

*Regardez donc la forêt! Et l’on s’aperçoit avec terreur que depuis deux jours le demi-cercle verdoyant s’était beaucoup rapproché. La forêt avait l’air de descendre vers la ville. Toute un avant-garde de ronces, de lianes s’allongeaient jusqu’aux premières maisons des faubourgs. Alors Woods’town commença à comprendre et à avoir peur* (Extrait) La peur s’immisçant subtilement, voilà ce qui me faisait tripper pour utiliser un terme élégant du vocabulaire de mon adolescence. 

Je vous recommande NOUVELLES FANTASTIQUES DU XIXe SIÈCLE : 10 magnifiques petits morceaux d’anthologie à lire ou relire. Idéal aussi pour les jeunes lecteurs intéressés à une introduction en douceur dans l’univers de la littérature fantastique. J’ai été heureux de renouer avec les plus grands dans ce petit recueil.

 Bram Stoker, Guy de Maupassant et Marcel Schwobb
À lire...

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 28 mai 2021

LES 1001 LIVRES qu’il faut avoir lus dans sa vie

COLLECTIF

Commentaire sur le livre réalisé
sous la direction de
PETER BOXALL

*Ce n’est pas encore tout à fait le paradis de
la lecture qui vous est offert aujourd’hui :
c’est son programme nécessaire et très
précieux, ses échantillons, son délicieux
avant-goût.
(Extrait, LES 1001 LIVRES qu’il faut avoir lus dans
sa vie, sélection de romans réalisé sous la direction
de Peter Boxall avec un avant-propos de Peter
Ackroyd, 2008, Éditions du Trécarré pour la traduction
Canadienne Française. Édition de papier, 960 pages.)

Voici une liste de 1001 livres que l’équipe de rédaction considère comme les plus importants à lire dans sa vie. Il s’agit essentiellement de romans, présentés de façon chronologique à partir des 1001 NUITS publié au 9e siècle. Pour chaque titre recensé, l’éditeur propose des détails de l’édition, des prix littéraires, un synopsis et un bref commentaire. LES 1001 LIVRES constitue une sorte de catalogue pour un éventuel plan de lecture…une énorme bibliographie qui, sans être exhaustive, donne d’intéressantes pistes de lecture.

UN INVENTAIRES DE RÊVES ET D’AVENTURES
*…d’une façon ou d’une autre, le bonheur de lire
est demeuré. C’est un plaisir silencieux né de la
solitude et de la concentration, qui produit rêves
et réflexion, flirte avec la passion, entraîne
aventures et transformations. Un roman peut
littéralement changer une vie.*
(Extrait : LES 1001 LIVRES QU’IL FAUT AVOIR LUS DANS
SA VIE.  De la préface de Peter Ackroyd )

                     

À gauche : LES CONTES DES 1001 NUITS, auteurs anonymes,  première parution au IXe siècle vers 850, langue arabe. Au centre : VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE, de Jules Verne, première parution en 1864. À droite, LE DOCTEUR ZHIVAGO de Boris Posternak, première parution en 1957.

C’est un livre qui réunit…des livres, tout simplement…essentiellement des romans…un long pavé de près de 1000 pages dans lequel l’équipe de rédaction propose sa liste de 1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie. Évidemment, ce genre d’ouvrage qui est un genre de catalogue a toujours un petit côté arbitraire. Si j’avais à faire ma propre liste des meilleurs romans de l’histoire de l’humanité, elle différerait sans doute de celle proposée par Peter Boxall. Si vous aviez à faire la vôtre, elle différerait de la mienne sans doute. Mais on s’entend pour dire qu’une grande quantité de titres sont définitivement incontournables.

                    

À gauche : TROPIQUE DU CANCER de Henry Miller, première parution en 1934. Au centre : CASINO ROYALE d’Ian Flemming avec son fameux personnage James Bond, agent 007, première parution : 1953. À droite : LE PETIT PRINCE d’Antoine de Saint-Exupéry, première parution : 1943.

J’ai lu ce livre en entier et je crois que les passionnés en feront autant car on se pose tous la même question : QU’EST-CE QUI M’A ÉCHAPPÉ? Dans cet ouvrage, j’ai trouvé une grande quantité de livres que j’ai déjà lus. Aussi, je l’avoue franchement, j’ai trouvé une grande quantité de titres qui ne m’intéressent pas, mais surtout, j’ai trouvé une grande quantité de titres qui sont devenus pour moi des projets de lecture. Voilà ce qu’est ce livre, un vaste tour d’horizon des grands moments de la littérature mondiale qui rappelle un peu l’histoire du roman avec ses errances et ses débordements.

                 

À gauche : DON QUICHOTTE de Miguel De Cervantès Saavedra, Espagne, première parution : 1605-1615. Au centre : DES SOURIS ET DES HOMMES de John Steinbeck, États-Unis, première parution : 1937, prix Nobel de littérature en 1962. À droite : L’HISTOIRE DE PI de Yann Martel, Espagne, première parution en 2001.

Voilà ce qu’est ce livre, un florilège de titres de romans qui ont marqué l’histoire de la littérature. Je pourrais aussi la qualifier «d’anthologie suggérée». Pour moi cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Aucun ouvrage de ce genre ne peut être exhaustif car *Des livres naissent d’autres livres dans un processus ininterrompu de pollinisation croisée, et il est parfois difficile de savoir où s’arrête l’inspiration d’un ouvrage et où débute la source d’un autre.* (Extrait  de l’avant-propos de Peter Ackroyd) C’est une chaîne sans fin. Comme le dit Jean d’Ormesson, 1001 livres, c’est beaucoup. Même les plus cultivés n’ont pas la connaissance précise de chaque livre inscrit dans la liste. Aussi, j’ai pris ce livre pour ce que je crois qu’il est en réalité : un instrument de découverte et ça m’a pleinement satisfait.

Peter Boxall a dirigé la réalisation et la publication de LES 1001 LIVRES QU’IL FAUT AVOIR LUS DANS SA VIE. Il est enseignant au département de littérature anglaise de l’Université du Sussex et a publié une vingtaine d’ouvrages critiques sur la littérature du XXe siècle. Après la publication des 1001 LIVRES, il a commencé une monographie consacrée à la fiction contemporaine. Pour les 1001 LIVRES, Boxall a travaillé avec la complicité de Jean D’Ormesson de l’Académie française, auteur de plusieurs best-sellers, et Peter Ackroyd, auteur de plusieurs romans historiques et des biographies de T.S. Eliot, Charles Dickens et William Blake.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 30 septembre 2018