CETTE NUIT-LÀ, le livre de LINWOOD BARCLAY

VERSION AUDIO

*Trois types débattant des mérites d’un groupe de rock des années soixante-dix pouvaient-il réellement envisager de m’emmener quelque part pour me tuer ? L’ambiance dans la voiture n’aurait-elle pas été un peu plus sinistre ? *

(Extrait : CETTE NUIT-LÀ. Linwood Barclay, J’ai lu éditeur pour l’édition originale, traduction française. 474 pages. Version audio : Audiolib studios éditeur, 2016. Narrateur : Éric Aubrahn, durée d’écoute : 11h26)

 

Imaginez… Vous êtes une ado de quatorze ans. Vous avez fait le mur pour la première fois. Vous rentrez en cachette la nuit. Au matin, la maison est vide. Toute votre famille a disparu sans laisser de traces. Apparitions suspectes, coups de fils anonymes, messages accusateurs : vingt-cinq ans plus tard, le passé ressurgit… CETTE NUIT-LÀ suit le destin de Cynthia dont les proches disparaissent sans laisser aucun indice…


CRUEL MAL-ÊTRE
<Écoute-moi ducon. Tu sais seulement
à qui tu parles ? Ces types qui t’ont emmené ici.
t’as une idée de ce qu’ils sont capables de faire ?
Tu pourrais finir dans un broyeur à bois. Tu pourrais
être balancé d’un bateau au milieu du détroit…*
(Extrait)

Ce récit de forte intensité raconte l’histoire de Cynthia Bigge et de son mari Terry. L’histoire commence vingt-cinq ans après la disparition de la famille de Cynthia. En effet. Il y a déjà un quart de siècle, au retour d’une petite fugue nocturne bien alcoolisée, alors qu’elle avait quatorze ans, Cynthia constate avec horreur la disparition de sa famille.

Elle n’en aura plus jamais de nouvelles avant au moins 25 ans. La détresse de Cynthia est inimaginable.

Après vingt-cinq ans, Cynthia est obsédée par la disparition de sa famille. Sont-ils morts ? Et pourquoi Cynthia est encore là ? Vingt-cinq ans après, non seulement rien ne s’est arrangé mais Cynthia a développé une véritable obsession :

*Par moment, je les entends. Je les entends parler, maman, mon frère, Papa, je les entends aussi clairement que s’ils étaient dans la pièce. Avec moi. Ils me parlent…* (Extrait)

Décidée à tout essayer pour retrouver son frère et ses parents, Cynthia participe à une émission de télévision appelée DEADLINE qui se spécialise dans l’appel des personnes disparues.

Cette initiative de l’appel télévisé a le don d’entretenir le feu. En effet, Cynthia décèle plusieurs indices qui laissent supposer que sa famille est vivante. Pourquoi ne se montre-t-elle pas. Toute cette histoire ne serait qu’une sordide machination. Même son mari Terry croit que Cynthia pourrait développer une paranoïa.

Terry qui va prendre la relève, décidé à aller au bout de cette histoire grâce à certains jeux d’alliance dont une avec un truand qui était avec Cynthia il y a vingt-cinq ans. Une chose est sûre, quelqu’un sait quelque chose et Linwood Barclay a réussi à jouer avec mes nerfs, curieux de voir un petit prof d’anglais, Terry, aller de découverte en découverte.

Les trois premiers quarts du récit mettent l’accent sur l’obsession et l’opiniâtreté de Cynthia. Le dernier quart enchaînera les revirements et les rebondissements. Il suit Terry dans son enquête qui devient de plus en plus agressive. Ce genre de récit est courant en littérature. Barclay ne réinvente pas le genre et est tombé dans certains pièges : les longueurs et la redondance.

Les trois premiers quarts sont riches en indices, en petites observations intrigantes. L’intrigue est coriace…c’est la qualité de son défaut. Ça tient en haleine, d’autant que Terry prendra conscience de la folie d’une femme qui n’est rien de moins qu’un monstre. Toutefois, la motivation de cette femme est au cœur de milliers d’histoires comme celle-ci.

Je n’ai pas pu vraiment m’attacher aux personnages. Difficile de dire pourquoi mais une étincelle manquait. Certains même me tapaient sur le système comme Vince, ce petit dur qui me donnait l’impression de caricaturer un cowboy sortant d’un saloon avec l’envie de tuer.

Toutefois, je crois que le poids des forces excède celui des faiblesses. CETTE NUIT-LÀ est un suspense efficace doublé d’un thriller psychologique.

Le rythme est élevé, l’écriture efficace, le fil conducteur est solide et le tout maintient le lecteur ou l’auditeur dans une espèce de zone grise qui l’oblige à jongler avec des indices dont plusieurs sont très intéressants.

J’ajoute à cela que j’ai été enchanté par la performance narrative d’Eric Aubrahn qui a trouvé globalement le ton juste avec une signature vocale très distincte pour chacun des principaux personnages. CETTE NUIT-LÀ ne réinvente pas le genre, mais le thriller est fort bien ficelé et il m’a fait l’effet que j’attendais de lui : il m’a gardé captif.

Un thriller qui tient en haleine…à lire.

Suggestion de lecture : NE TE RÉVEILLE PAS, de Liz Lawler

Star aux États-Unis et en Angleterre, Linwood Barclay s’est fait un nom dans le club très fermé des grands maîtres du thriller. Belfond a déjà publié treize de ses romans, dont Cette nuit-là (2009), Fenêtre sur crime (2014), La Fille dans le rétroviseur (2016), ou encore la série des aventures de Zack Walker. Tous sont repris chez J’ai lu. Après Fausses promesses (2018 ; J’ai lu, 2019) et Faux Amis (2018), Vraie folie clôt la trilogie consacrée à la petite ville fictive de Promise Falls.

Bonne écoute
Claude Lambert

LE LIVRE qu’il ne faut surtout, surtout pas lire

COMMENTAIRE SUR LE LIVRE DE
SYLVIE LAROCHE

*Il a lu et puis…rien. Aucun effet. Alors, il a essayé à voix haute. Fiasco. Les mots se dégonflaient sur le bord de ses lèvres comme des ballons de Baudruche. De rage, Max a balancé le bouquin à l’autre bout de sa chambre. Et tant pis si ce n’était pas le sien ! Le vendredi suivant,  pourtant, il a retrouvé toute la magie de l’histoire dans la voix de madame Coquelicot. Il s’est dit ce jour-là qu’il appartenait à l’espèce rare et méconnue de ceux qui lisent avec leurs oreilles.*  

(Extrait : LE LIVRE QU’IL NE FAUT surtout, surtout, surtout pas lire, Sophie Laroche, éditions de Mortagne 2019,  réédition, MicMac, papier, 293 pages)

<L’AVENTURE DE TES RÊVES> est le dernier livre à la mode. Tout le monde le lit. Tout le monde sauf Max ! Il déteste la lecture ! Surtout depuis que cet étrange livre a envoûté toute l’école, surtout ses meilleurs copains. Plus personne ne joue à l’heure de la récré. Il y a de quoi se poser quelques questions.

Max est le seul à pouvoir percer le mystère de ce livre plus qu’inquiétant… Seul ? Ça reste encore à voir… Il y a des alliés qu’on imagine pas !

L’INTERDIT QUI ATTIRE
*Max, seul face à sa feuille blanche fulmine.
Il n’a aucune idée. Enfin, oui, il en a bien
une. «Ce serait l’histoire d’un escroc qui
se fait passer pour un écrivain et d’élèves
qui se laissent berner. Sauf un. Parce qu’il
a horreur de lire.*
(Extrait)

C’est une belle petite histoire. Elle n’a rien de spectaculaire ni de compliqué et pourtant, il en sort comme une espèce de magie. Faut-il se surprendre que le héros d’un livre soit quelqu’un qui n’aime pas lire ? Max est un jeune préado qui déteste lire. Depuis quelque temps il est seul. Pourquoi? Parce que tout le monde est plongé dans la lecture d’un livre qui envahit d’un coup le marché de la littérature jeunesse et qui est signé Marc Norenêt.

Tout le monde a le nez dans ce livre, les jeunes, les parents et même le directeur de l’école. Max ne comprend pas et trouve même louche cet engouement soudain pour un livre et surtout d’une directive capitale de son auteur pour ne pas raconter l’histoire aux autres. Max décide de tirer tout ça au clair. Mais pour enquêter, il aura besoin d’alliés.

Une élève de sa classe, Hortense pour laquelle le livre a un peu moins d’attraction et madame Coquelicot, la bibliothécaire, acceptent d’aider Max dans son enquête. Ce qu’ils vont découvrir va les laisser pantois…non seulement sur le contenu du livre mais sur son auteur, le fameux Marc Norenêt, tant adulé.

Tout m’a attiré dans ce livre. D’abord, l’originalité. Regardez à nouveau l’image plus haut : un gros cadenas verrouillé sur des chaînes liées dans le quatrième de couverture. Pour les jeunes lecteurs et lectrices le titre peut être à double sens. Soit qu’il ne faut pas lire ce livre ou que CE LIVRE PARLE d’un livre qu’il ne faut surtout pas lire.

C’est peut-être mêlant mais avouez que c’est de l’interdit plutôt attractif, surtout si on tient compte de pages de garde remplies de têtes de mort qui sont comme on le sait, les symboles du poison.

Donc la présentation est fort originale, attire l’attention et attise la curiosité. Ça ne s’arrête pas là. J’ai beaucoup apprécié Max. Beaucoup de jeunes de 9 à 13 ans vont se reconnaître à travers ce gentil bonhomme. C’est vrai, il n’aime pas lire mais il aime qu’on lui fasse la lecture, idée que je trouve excellente et qui fait un beau clin d’œil aux livres audios.

En général, tous les personnages sont attachants et sympathiques. les illustrations de Jean Morin expressives et vivantes et bien sûr je ne parlerai pas de ce qui rend ce livre si addictif. Je mentionnerai simplement que j’ai trouvé l’idée excellente.

La petite faiblesse de l’histoire réside dans le développement du procédé qui rend le livre addictif. L’idée est géniale, mais à mon avis, elle est sous-développée. Peut-être l’auteure a-t-elle reculé devant les explications techniques qui auraient pu rebuter les jeunes lecteurs. l’idée première es d’encourager les jeunes lecteurs à lire et je ne soulignerai jamais assez l’importance de développer ce goût de la lecture.

C’est très personnel, et je suis loin d’avoir 10 ans (dans mon cas, il faut multiplier un peu) mais j’aurai aimé en savoir plus sur les facteurs qui rendent le livre si irrésistible ainsi que sur les agissements et la personnalité de Marc Norenêt.

Pour résumer, c’est une petite lecture irrésistible dont le but à la base est de donner le goût de la lecture aux lecteurs et lectrice de première génération et d’établir certains des principes de l’addiction. Sincèrement, j’espère avoir d’autres nouvelles de Max…ce jeune homme qui aime *lire avec les oreilles*…

Suggestion de lecture : ROBINSON CRUSOÉ, de Daniel Defoe

   

Sophie Laroche a grandi au bord de la mer, à Wimereux, dans le Pas-de-Calais. Mère de trois enfants, elle partage sa vie entre l’écriture pour la jeunesse, la rédaction d’articles comme pigiste pour un magazine féminin et les rencontres dans les écoles. Elle a obtenu plusieurs Prix de littérature jeunesse dont le Prix Au Fil des Pages, -le Prix Graines de lecteur de Pau, le Prix Renaudot des Benjamins. Elle a signé près d’une quarantaine de livres.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 24 septembre 2021

 

BASTIEN, GAMIN DE PARIS, de BERTRAND SOLET

*…la viande rationnée à cinquante grammes par jour, bientôt introuvable…on mange du chien maintenant, il vaut cher : quatre à cinq francs la livre. Le rat est à deux ou trois francs pièce et encore on n’en trouve plus. Le chat est un mets de riche. Dans les restaurants, il est appelé «agneau». Personne n’est dupe…* (Extrait : BASTIEN, GAMIN DE PARIS, Bertrand Solet, Nouveau Monde éditions,  2009, 145 pages, édition
numérique.)

Récit d’un adolescent de 14 ans, Sébastien Blanchard dit Bastien né dans le Faubourg Saint-Antoine près de la Bastille à Paris. Son récit est consigné dans un journal qui débute en 1870 et dans lequel il décrit ses aventures et les épreuves qu’il a dû subir pendant la guerre franco-prussienne de 1870, marquée par la domination militaire de la Prusse et de ses alliés sur Paris. Il décrit aussi la misère engendrée par la Commune de Paris, une période insurrectionnelle qui dura un peu plus de deux mois. Enfin, Bastien parle de sa participation à une enquête policière sur les agissements d’un espion allemand. Bref…une adolescence agitée.  

Un ado en eaux troubles
*Tout à coup, d’énormes détonations m’ont
déchiré les tympans; les pavés se sont
soulevés juste devant moi…nous avons
riposté; l’air sentait la poudre, on ne
s’entendait plus; des gardes tout autour
tombaient à terre. J’étais plein de
fièvre…*
(Extrait : BASTIEN, GAMIN DE PARIS)

BASTIEN, GAMIN DE PARIS est un court roman historique écrit pour les jeunes et auquel se greffe une petite intrigue policière. Je ne dirais pas que c’est un récit génial mais il m’a accroché à quelques égards.

Je crois qu’il devrait plaire aux jeunes parce que Solet met en scène un ado de 14 ans qui fait face beaucoup trop vite aux soubresauts de la vie et à la bêtise des hommes…je fais référence ici aux nombreuses guerres, révolutions, rébellions et insurrections qui ont marqué l’histoire de la France.

Dans son récit, Bastien consigne dans son journal les souffrances qu’il a endurées pendant la guerre franco-prussienne de 1870 et plus particulièrement pendant la mort lente et douloureuse des communes, spécialement celle de Paris.

Ça devrait intéresser les jeunes lecteurs parce que, entre autres raisons, le jeune personnage principal est crédible. Solet n’en a pas fait un héros infaillible qui sait tout et qui a tout vu. Au contraire, Bastien est sensible, il a du courage mais il fait des erreurs. La chance n’est pas toujours avec lui, mais il est inventif, il a de l’imagination. Il est facile de s’identifier à lui. En fait le jeune lecteur va s’inquiéter pour lui et même souffrir pour lui.

Le récit développe une chaîne d’évènements, avérés sur le plan historique, qui viennent basculer une adolescence jusque-là paisible. Ce n’est pas sans faire réfléchir sur la situation intenable des enfants de partout dans le monde qui sont souvent les premières victimes des guerres et des insurrections, sans parler des enfants-soldats, un rôle pénible que joue Bastien pendant un temps.

C’est un petit livre agréable à lire. Le fil conducteur tient dans l’intrigue policière. L’ensemble est crédible sur le plan historique malgré une faiblesse dans les détails contextuels, ce qui ne devrait pas trop déranger le jeune lectorat. L’idée du journal comme réceptacle du récit est intéressante et bien exploitée…

*Tout à l’heure je fouillais le grenier, cherchant je ne sais plus quoi. Je suis tombé sur ce cahier aux feuilles jaunies…je l’ai relu, souriant de mes naïvetés enfantines, mais le cœur serré par certains souvenirs brusquement resurgis de très loin. Je me souviens…je ferme les yeux et je me souviens.* (Extrait : BASTIEN, GAMIN DE PARIS)

Les jeunes et même les adultes devaient se laisser tenter. Ce livre est une valeur sûre pour les 9-14 ans.

Bertrand Solet, de son vrai nom Bertrand Soletchnik est un auteur français né à Paris en 1933. Il est issu d’une famille d’émigrés russes. C’est pendant un épisode douloureux où il fut atteint de poliomyélite qu’il développa une passion pour la lecture et l’écriture. Comme il adorait l’histoire, il s’est spécialisé dans la littérature historique pour la jeunesse. Pour plusieurs, son œuvre majeure est IL ÉTAIT UN CAPITAINE, devenu un classique, plusieurs fois réédité et qui aborde de façon remarquable L’AFFAIRE DREYFUS à l’intention des jeunes. Son œuvre a été récompensé de plusieurs prix prestigieux.

BONNE LECTURE
JAILU/CLAUDE LAMBERT
le 2 avril 2017