LES CONTES INTERDITS

BLANCHE NEIGE

Commentaire sur le livre de
L.P. SICARD

Et la série
LES CONTES INTERDITS

*Et curieusement, lorsque cette fenêtre
fut verrouillée, le sentiment de m’avoir
fait prisonnière m’assaillit de plein
fouet. Éteindre la noirceur. Traquer
l’obscurité. Cela devint ma toute
priorité. Il me fallait allumer chacune
des bougies de ce manoir, m’entourer
de clarté.>

(Extrait : BLANCHE NEIGE de la série LES
CONTES INTERDITS, L.P. Sicard, Éditions
AdA, 2017, édition de papier, 200 pages)

AVERTISSEMENT : ce livre contient certains
passages au contenu
explicite.

*Cette sombre réécriture du conte
classique BLANCHE-NEIGE ET LES SEPT
NAINS est un plongeon dans les eaux
noires et visqueuses de la démence…
(4e de couverture)

LA SÉRIE

COMMENTAIRE Partie 1

Ce n’était pas nécessairement dans les intentions de l’éditeur, mais cette série des contes interdits vient réactualiser le côté obscur des frères Grimm, développé et mis en perspective dans de nombreux dossiers et articles littéraires. On en trouve abondamment sur internet. Un de ces dossiers m’a particulièrement intéressé, celui publié par le site Bibliobs.nouvelobs.com On y voit par exemple la reine meurtrière assurer le spectacle lors des noces de Blanche-Neige, obligée de danser jusqu’à la mort dans des souliers de fer chauffé à blanc ; les demi-sœurs de Cendrillon se mutilent les pieds…

On affirme, dans ces dossiers que la version originelle des contes de Grimm est beaucoup plus violente et atroce que leur version contemporaine. Il ne faut pas oublier qu’en plus d’être philologues, les frères Jacob et Wilhelm Grimm étaient collecteurs de légendes et de contes. Il est donc dans la logique des faits que les frères Grimm aient adapté des contes qui n’étaient pas du tout prévu pour les enfants pour en faire les douces et tendres histoires qui ont bercé la petite enfance de tellement de générations.

La série des contes interdits vient détruire cette magie bâtie par les frères Grimm…magie blanche amplifiée et encadrée pour les enfants par des personnages célèbres comme Walt Disney. Les Contes interdits, c’est l’envers de la médaille…c’est plus que le côté B, c’est le côté obscur et glauque de la réalité. Ce sont les petits contes tendres et ouatés qui nous endormaient étant petits qui sont complètement chamboulés, marqués au fer rouge, adaptés en version contemporaine horrifique. Des contes revisités qui mettent en exergue la vision la plus glauque de l’esprit humain. Nous avons maintenant des récits qui inspirent le dégoût et l’horreur dans les thèmes typiques du genre : pédophilie, gore, voyeurisme, drogue, prostitution et même cannibalisme…j’en passe. La sensibilité de beaucoup de lecteurs risque d’être carrément violée.

Ce sera à vous amis lecteurs et amies lectrices de juger si cette série dépasse les limites du bon goût. Personnellement, j’avais mis ce critère de côté au départ car j’étais trop curieux de savoir comment cette série était bâtie et comment les auteurs travaillaient leurs personnages. J’ai misé au départ sur la qualité de l’écriture et l’imagination déployée pour transformer des textes roses bonbon en récits brutalement gores. Je n’ai pas été déçu. La curiosité m’a fait avancer.

Au moment d’écrire cet article, la série compte plus d’une dizaine de titres. J’en ai lu cinq et je m’attarderai, à la prochaine publication sur ce que je considère le mieux écrit des cinq. Mais si vous voulez vous faire une meilleure idée du contenu, j’ai découvert un site internet axé sur l’actualité littéraire qui propose un tableau récapitulatif des principales forces et faiblesses des quatre premier volumes (Les 3 p’tits cochons, Hansel et Gretel, Peter Pan et Blanche Neige) ainsi que des émotions ressenties. Le site propose aussi une critique détaillée de chacun des volumes. Pour visiter le site, cliquez ici. Voilà pour la série. Dans mon prochain article, je parlerai d’un des volumes de cette série plus spécifiquement : BLANCHE NEIGE de L.P. Sicard version CONTES INTERDIS ÉVIDEMMENT.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 28 février 2021

50 chefs-d’oeuvre que vous devez lire avant de mourir

Mes meilleures salutations à vous amis lecteurs, amies lectrices. Aujourd’hui, mon commentaire est un peu hors-norme. Je veux vous parler d’une découverte numérique que j’ai faite récemment chez Kobo. Il s’agit d’une méga-édition qui réunit 50 grands classiques de l’histoire littéraire sous le titre *50 CHEFS-D’ŒUVRE QUE VOUS DEVEZ LIRE AVANT DE MOURIR*. Ce sont 50 titres immortels. Bien sûr, ils sont tous disponibles séparément. Mais si jamais il vous venait à l’idée de lire ces grands classiques à la queue leu leu, vous vous apprêtez à consommer une œuvre numérique de 15,400 pages, ce qui représente plus ou moins 250 heures de lecture, c’est-à-dire 11 jours et demi de lecture en continu. Vous aurez alors pénétré au cœur de l’histoire littéraire, des grands romans, des courants de pensée, des styles et des genres. Rappelez-vous LE GRAND MEAULNES, LE CID, LA REINE MARGOT, LE FANTÔME DE L’OPÉRA.

Il y a dans cette véritable bibliothèque numériquement reliée des titres dont j’ai déjà parlé sur ce site comme LES FLEURS DU MAL de Beaudelaire, L’ILIADE ET L’ODYSSÉE d’Homère, FRANKENSTEIN OU LE PROMÉTHÉE MODERNE et j’en passe. D’autres titres sont dans mes projets de lecture au moment d’écrire cet article comme LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNE, CYRANO DE BERGERAC, DU CÔTÉ DE CHEZ SWANN et plusieurs autres. D’autres titres ne m’attirent pas mais ça ne leur enlève rien de leur prestige. Plusieurs de ces titres ont été adaptés au cinéma comme LES AVENTURES DE TOM SAWYER, VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE et GERMINAL œuvre romanesque extraordinaire d’Émile Zola qui réunissait à l’écran du septième art une distribution tout aussi extraordinaire : Miou Miou, Renaud, Gérard Depardieu, Jean Carmet.

Maintenant, pour ceux et celles qui aimeraient planifier une liste de lectures potentielles, voici les titres proposés, dans l’ordre de parution: LE GRAND MEAULNES d’Alain Fournier, ALCOOLS de Guillaume Apollinaire,  LES DIABOLIQUES de Jules Amédée Barbey d’Aurevilly, LES FLEURS DU MAL de Charles Beaudelaire, UN CRIME D’AMOUR de Paul Bourget, JANE EYRE ou LES MÉMOIRES D’UNE INSTITUTRICE de Charlotte Brontë, LES HAUTS DE HURLE-VENT d’Emily Brontë, ALICE AU PAYS DES MERVEILLES de Lewis Caroll, MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE de François-René de Chateaubriand, LE CID de Pierre Corneille, DE L’ORIGINE DES ESPÈCES de Charles Darwin, DISCOURS DE LA MÉTHODE de René Descartes, CANTIQUE DE NOËL de Charles Dickens, LE MONDE PERDU d’Arthur Conan-Doyle, LA REINE MARGOT d’Alexandre Dumas, L’ÉDUCATION SENTIMENTALE et MADAME BOVARY de Gustave Flaubert, LE JOURNAL D’UN FOU de Nikolaï Gogol, L’ILIADE ET L’ODYSSÉE d’Homère, LE DERNIER JOUR D’UN CONDAMNÉ et COSETTE de Victor Hugo.

         

L’ESCLAVE AMOUREUSE de Gustave Le Rouge, LE FANTÔME DE L’OPÉRA et LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNE de Gaston Leroux, JUSTICE DE FEMME de Daniel Lesueur, BABBITT de Sinclair Lewis, L’APPEL DE LA FORÊT de Jack London, JUSTINE ou LES MALHEURS DE LA VERTU du Marquis de Sade, BEL-AMI de Guy de Maupassant, LE CHAT NOIR et DOUBLE ASSASSINAT DANS LA RUE MORGUE d’Edgar Allan Poe,  DU CÔTÉ DE CHEZ SWANN de Marcel Proust, CYRANO DE BERGERAC d’Edmond Rostand,  DU CONTRAT SOCIAL ou PRINCIPES DU DROIT POLITIQUE de Jean-Jacques Rousseau,  FRANKESTEIN ou LE PROMÉTHÉE MODERNE de Mary Shelly,  LE ROUGE ET LE NOIR et LA CHARTREUSE DE PARME de Stendhal.

       

DRACULA de Bram Stoker, L’ART DE LA GUERRE (les treize articles) de Sun Tzu, LES AVENTURES DE TOM SAWYER de Mark Twain, LA BIBLIOTHÈQUE DE MON ONCLE de Rodolphe Töpffer, LE KAMA SUTRA de Vatsyayana, LE TOUR DU MONDE EN QUATRE-VINGTS JOUR et VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE de Jules Verne, CANDIDE ou L’OPTIMISME de Voltaire, L’HOMME INVISIBLE et LA MACHINE À EXPLORER LE TEMPS de H.G. Wells, LE PORTRAIT de DORIAN GRAY d’Oscar Wilde, GERMINAL et J’ACCUSE d’Émile Zola.

       

Voilà chers amis. Vous êtes servis. Et si vous voulez aller plus loin dans votre exploration des titres historiques, Oregan a publié le tome 2 de 50 CHEFS D’ŒUVRE que vous devez lire avant de mourir…50 titres, 18 000 pages, près de 450 heures de lecture si vous projetez de lire tout le pavé. On y retrouve des noms qui figurent dans le volume 1 et d’autres comme Jules Renard, Alphonse Daudet, Alexandre Dumas, Machiavel, Théophile Gauthier et beaucoup d’autres. Pour plus de détails, cliquez ici.

Surtout, n’hésitez pas à me faire part de vos commentaires, suggestions et pourquoi pas nous livrer vos titres préférés…

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le samedi 27 février 2021

EXOMONDE, livre 1

EXOMONDE-LIVRE 1
Perle, le piège du temps

Commentaire sur le livre d’
EMMA CORNELLIS

*dix-sept ans…toujours aucun signal de la terre. Ils
sont les premiers. La toute première mission
spatiale habitée, envoyée hors du système solaire !
Les premiers dans toute l’histoire de l’humanité, à
avoir posé les pieds sur un monde nouveau ! Se
pourrait-il vraiment qu’on les ait abandonnés ? *
(Extrait : EXOMONDE-LIVRE 1, PERLE, LE PIÈGE DU TEMPS
Emma Cornellis, Éditions Hélène Jacob, 2018, 338p.)

Nous sommes en 2323. Lola est à un mois de son 17e anniversaire. Elle est l’unique enfant à avoir vu le jour sur Perle, exoplanète identique à la Terre. Sa mère était membre du tout premier vaisseau habité à s’aventurer hors du système solaire afin d’explorer et étudier ce nouveau monde. Mais à l’approche de leur destination, les astronautes ont été confrontés à une mystérieuse planète dont l’orbite a frôlé celle de Perle. Leur « aplanétage » d’urgence a coûté la vie à la mère de Lola. Élevée par les survivants, la jeune fille est quand même heureuse et épanouie mais les adultes sont inquiets car la catastrophe à l’origine du naufrage est sur le point de se reproduire : la Terre, qui aurait dû répondre depuis longtemps à leurs messages de détresse, semble les avoir oubliés ! Fait plus troublant encore : Lola recommence à parler avec l’ami imaginaire qu’elle s’est inventé durant son enfance. Mais cette fois, elle prétend qu’il est bien réel et est déterminée à le trouver !

UN ENFER PARADISIAQUE
*Le jugement du Chaos éternel nous a été
enseigné par nos ancêtres créateurs : C’est
le dernier recours pour savoir si un être
appartient à l’Obscur ou au limpide ; ce
n’est pas un combat… (Extrait)

Dans l’ensemble, c’est un assez bon roman mais je suis mitigé. La première partie m’a passionné, la deuxième partie m’a énervé. C’est une histoire d’amour singulière dans laquelle s’entremêle la science-fiction, le fantastique, le suspense et un soupçon de mysticisme. Voyons la première partie. Le récit développe un sujet qui intéresse de plus en plus la Société : la découverte d’une exoplanète qui permettrait à nos futures générations de s’installer dans un monde neuf et repartir à zéro. L’équipage de l’explorer 1 arrive sur PERLE à la suite d’un accident provoqué en partie par le passage orbital d’une petite planète appelée petit f, une planète qui n’orbite pas sur le même plan que les autres planètes gravitant autour de PERLE. Lorsque petit f passe très proche de PERLE, une fois à tous les 17 ans, un enchaînement de catastrophes frappe la planète. Lors de cet accident, contrevenant à toutes les règles, une des membres de l’équipage est enceinte. Suivra la naissance de Lola, première humaine extra-terrestre. Le récit débute 17 ans après la naissance de Lola et se concentre sur la jeune fille.

Lola entend une voix, celle de ZVEN. Elle est certaine que ce n’est pas son imagination et décide de partir à la recherche du vrai ZVEN incarné. Ce qui amène Lola à fuguer, à peu près au milieu du récit. Ce sera un virage très sec qui laissera complètement de côté les *Perléens* et qui concentrera l’histoire sur Lola et sur ZVEN qu’elle finira par trouver, personnage énigmatique, issu lui aussi du dernier chaos, comme par hasard, 17 ans, beau comme le jour, fort comme un ours et doté de pouvoirs surnaturels…un moyen coup de dés. Vous vous doutez sans doute que l’amour apparait et que les hormones se réveillent. De plus, ZVEN aura à lutter contre une croyance absurde qui exige le sacrifice d’un élu pour calmer ZRA, C’est ainsi qu’il appelle petit F, lorsqu’elle sera au plus près de PERLE. Une croyance ridicule qui s’explique facilement sur le plan scientifique. C’est la partie suspense de l’histoire. ZVEN devra aussi sauver Lola. Mais ZVEN aura des alliés : *J’ai décidé de t’empêcher de sacrifier ta vie ! Aujourd’hui tu vas m’écouter : Cette nuit, tu refuseras de partir et je t’aiderai à combattre cette bande d’imbéciles sans cervelle s’ils veulent t’y obliger.* (Extrait)

C’est la beauté de l’écriture qui m’a le plus frappé. Malheureusement, j’ai trouvé beaucoup d’irritants. Dans la première partie, l’auteure en dit très peu sur PERLE, son environnement, sa faune, sa flore. J’aurais apprécié un descriptif plus riche. Je déplore aussi que l’auteure se soit complètement désintéressée de l’équipage dans la deuxième partie du récit. Pas de liens, pas de parallèles. L’aspect scientifique du récit est assez fluide et clair, mais j’ai trouvé l’aspect religieux compliqué pour rien et indigeste. Je me suis perdu dans les longues explications sur la nature religieuse du récit. J’aurais souhaité aussi en savoir plus sur les personnages. Ils ne sont pas vraiment creusés à part les deux héros. J’aurais aussi aimé savoir ce qui s’est vraiment passé avec la mère de Lola. Enfin, la finale est très abrupte. Elle annonce évidemment une suite sauf que la coupure est sèche. J’aurais souhaité que l’auteure donne un peu plus d’indépendance à son récit, ce qui n’aurait pas empêché le lecteur d’avoir le goût de continuer.

Donc dans l’ensemble, le récit accuse un faible pouvoir descriptif, les personnages sont peu définis, ajoutons à cela un aspect mystique complexe à se perdre. Quelques points forts, car il y en a : L’écriture est belle et fluide. Sauf quand il est question de croyances et de folklore, il n’y a pas de longueur. Les sentiments d’adolescents de ZVEN et Lola ainsi que le besoin d’amour et de reconnaissance qui caractérisent leur âge sont traités avec subtilité et une remarquable délicatesse. Comme ça tient la moitié du récit, c’est donc un aspect intéressant. Malgré tous les irritants que j’ai cités, j’ai quand même le goût de voir la suite pour voir comment ZVEN et Lola s’en sortent et surtout pour retrouver l’équipage, les *Perléens* auxquels je commençais à peine à m’attacher.

Emma Cornellis est née à Lyon et a vécu dans le sud de la France jusqu’à l’âge de 22 ans. Diplômée d’une maîtrise de langues étrangères appliquées, elle s’installe ensuite aux Pays-Bas pour l’amour d’un étudiant hollandais rencontré à Barcelone lors d’un programme ERASMUS.
Après une courte carrière d’attachée commerciale, elle reprend ses études à l’Académie des Beaux-Arts de La Haye. Dix années, trois enfants et un Bachelor en Art plus tard, elle est de retour en France, toujours avec son hollandais ! Elle se consacre désormais à l’écriture, ses trois enfants et la vie associative et culturelle de son village.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 21 février 2021

PROJET ELEONOR

PROJET ÉLÉONOR
Contact  (tome 1)

Commentaire sur le livre de
YOHAN MALTAIS

*Le visage de la terre était en train de changer et
ce n’était qu’une question de temps avant que ce
château de cartes social ne s’écroule.*
(Extrait : PROJET ÉLÉONOR CONTACT, Yohan
Maltais, AdA éditions 2018, édition de papier, 500 p.)

2125. L’OMS annonça la venue d’une nouvelle pandémie qui allait s’étendre à la planète entière. À ce rythme, vingt années auraient suffi à mener la race humaine à une extinction totale et définitive. West corporation arriva tel un sauveur en annonçant la création d’un vaccin qu’ils nommèrent HOPE. La pandémie frappa durement, suivit d’une grande peste. Une migration naturelle vers les grandes villes s’amorça, rayant de la carte des milliers de petites bourgades ce qui redessina les frontières de monde. Londres 2149. Dylan Thomas, un chercheur en oncologie sans histoire est assailli par de violentes migraines qui déclenchent des visions de son futur. Recherché, Dylan Thomas devra braver le froid, la peur et la mort pour connaître la vérité.

DES BRIDES DU FUTUR
*Étranglé par une douleur profonde, aucun
son ne sortit de sa gorge serrée.  Elle ne
savait plus si elle voulait en connaître
davantage. Et ce qu’elle avait vu n’était
que la pointe de l’iceberg ?*
(Extrait)

PROJET ÉLÉONOR nous plonge dans un monde futuriste où les nouvelles technologies biogénétiques et cybernétiques sont poussées au-delà de l’entendement au profit d’un scientifique psychopathe tordu et givré. Un monstre sans conscience appelé George Weller. Ce cinglé dirige dans l’ombre un projet ultra secret protégé par une façade, une puissante compagnie dirigée par Allan West qui a créé le vaccin HOPE. Le projet ultra secret appelé Éléonor travaille à régénérer les tissus humains et à augmenter leurs capacités. Je ne peux pas en dévoiler plus sans spolier mais rappelons-nous que la nanorobotique peut altérer un être humain au point d’en faire une machine biologique meurtrière qui obéit aux ordres programmés. Le lecteur pourrait être surpris d’apprendre la véritable nature du vaccin HOPE.

L’histoire est celle de trois personnes intimement liées : Peter, un agent des forces spéciales, Sophie, une scientifique en recherche pour la Société West et Dylan, un oncologue qui joue un rôle-clé dans le récit. Les trois personnages subissent l’attraction d’un système pourri et inhumain à la tête duquel, agissant dans l’ombre se trouve George Weller, un être immoral aussi puissant que monstrueux. La deuxième moitié du livre se concentre sur Dylan Thomas, activement recherché par Weller. Dylan cherche à connaître la vérité et surtout à la comprendre. Cette démarche complexe annonce une suite pour le moins intrigante.

La technique d’écriture de ce livre rappelle les scénarios de film d’action. Cette écriture est forte et très visuelle. J’ai dû persévérer pour lire le livre au complet. Je ne l’ai pas regretté mais j’ai trouvé ça un peu ardu. Le fil conducteur est fragile. Il y a beaucoup de personnages, beaucoup de forces mystérieuses en présence, beaucoup d’éléments qui s’entrecoupent et parfois même, le passé s’imbrique dans le présent à cause, en particulier, des capacités prémonitoires de Dylan Thomas. Il faut vraiment se concentrer sinon, on perd le fil rapidement. En contrepartie, le récit décrit avec habileté une ambition démesurée dans une société dépassée par sa technologie : *Chacun essayait de trouver sa place dans cette orgie technologique et en apparence, ils y arrivaient, mais en réalité, cette société façonnée, mécaniquement viable selon les modèles simulés, agonisait. * (Extrait) Certains passages risquent d’ébranler le lecteur car Yohan Maltais a une écriture aussi directe que descriptive et ne fait pas dans la dentelle. Faites vos propres découvertes mais notez bien cet extrait : C’est de la putain de science-fiction ! pesta Sandy en attrapant le verre sèchement. Votre compagnie est le diable incarné.* (Extrait) Science-fiction ? oui.

Mais j’ai trouvé ce récit réaliste à bien des égards et je dois dire que sur ce plan, si je me réfère à l’explosion de l’avancement technologique actuel, ce récit fait peur.Un dernier détail intéressant. J’ai trouvé une petite coquille que seuls les amateurs d’Harry Potter pourront comprendre : *Ces sphères détenaient tous les secrets du monde et par leur allure rappelaient vaguement les «vifs d’or» d’une ancienne histoire de magicien, sans les ailes évidemment.*

Donc pour résumer, j’ai eu de la difficulté à entrer dans l’histoire, mais une fois qu’on a saisi la motivation des principaux personnages, on se laisse emporter par un récit au rythme élevé qui devient même effréné dans le dernier quart qui ne m’a laissé que peu de répit. C’est bourré de trouvailles technologiques. Beaucoup d’action, de rebondissements mais attention, on peut perdre le fil facilement.

Au début de cet article, j’ai dit que PROJET ÉLÉONOR nous plonge dans un monde futuriste. Ça va plus loin que ça en fait, c’est une chute dans la démesure. Je crois que j’attaquerai avec plaisir le tome 2 qui est à venir (au moment d’écrire ces lignes).

NOTE SUR L’AUTEUR

Je n’ai malheureusement trouvé aucune information utile sur l’auteur Yohan Maltais à ce jour. En fait,  en matière d’édition, je n’ai jamais trouvé une mise en marché aussi peu intéressée, aussi peu soignée. J’ai quand même lu ce livre et j’ai décidé de le commenter pour la simple raison qu’au moment de publier cet article, notre planète est aux prises avec la pandémie du COVID 19 et que la distribution d’un vaccin à l’échelle du monde est plus que douteuse. L’auteur n’a probablement pas prévu cette pandémie mais l’a imaginée en y ajoutant un projet diabolique à glacer le sang. J’ai donc choisi d’en parler à cause d’un évident lien entre cette histoire et l’actualité.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 20 février 2021

LE ONZIÈME PION

LE ONZIÈME PION

Commentaire sur le livre de

HEINRICH STEINFEST

*Ne le prenez pas personnellement, fit une voix
à côté de lui. –Je le prends on ne peut plus
personnellement, répliqua Stransky, estomaqué
par sa propre ironie. Il faut préciser que le blond
trapu, arrivé sans le moindre bruit par une
minuscule ruelle, lui braquait un revolver sur la
tempe. «Bonne nuit, dit l’homme.*

(Extrait : LE ONZIÈME PION, Heinrich Steinfest, Carnets
nord pour la traduction française. Édition numérique, 2012,
410 pages)

Georg Stransky dîne avec femme et enfant dans sa maison de banlieue lorsqu’un étrange projectile perturbe ce moment de paix : une pomme brise une vitre et finit sa course sous la table. Un incident vite oublié, si ce n’est qu’au matin, Georg a disparu. Pour Lilli Steinbeck, spécialiste des questions d’enlèvement, cette mise en scène n’est pas nouvelle. Sept hommes ont déjà disparu dans des circonstances similaires, avant d’être retrouvés morts aux quatre coins du monde, bien loin de leur Allemagne natale. Rien ne semble les relier, à part un passage à Athènes. C’est donc là que commence l’étrange enquête de Lilli Steinbeck, femme de pouvoir, attirante malgré son nez déformé. Le début d’une course étonnante, de Sanaa à l’île Saint-Paul, de la Namibie à la Forêt noire, pour ramener Georg Stransky à la maison.

LES POMMES QUI MYSTIFIENT
*Il ouvrit la bouche et mordit dans un fruit qui
n’existait peut-être que dans son imagination,
mais qui avait pourtant un goût douceâtre. Ni
céleste ni infernal, pas d’âmes réduites en purée
Ni de surdose quelconque. Un goût de pomme.*

(Extrait : LE ONZIÈME PION)

C’est le caractère bizarroïde de ce récit qui a maintenu mon intérêt jusqu’au bout. C’est en effet une histoire très bizarre, déjantée, hors-norme, surprenante. Ça reste un polar, mais l’écriture est très singulière et l’ensemble est assez insolite. L’histoire est d’autant originale qu’elle prend son envol grâce à une pomme… une simple pomme qui est passée par la fenêtre et a atterri sur la table des Stransky : Georg et Viola. Ça ressemble au mauvais coup classique d’un gamin mais, le lendemain matin, Georg n’était plus là. Il avait bel et bien disparu. L’enquête est confiée à Lili Steinbeck, une policière peinarde qui tranche par un nez spectaculaire et une routine bien précise incluant le coucher à 22 heures. Pour l’aider, Lili achètera les services de Spiridon Kallimachos, un obèse énorme qui fume comme un pompier, dort n’importe où et à n’importe quel moment et se déplace avec la grâce d’un hippopotame. Spiridon a aussi une mystérieuse particularité : la mort le fuie. On ne peut pas le tuer.

Pour faire court, Lili apprend que 7 personnes sont déjà disparues suivant le même scénario. Elle apprend surtout qu’elle se trouve au cœur d’un jeu sordide opposant Esha Ness, un monstre d’égocentrisme et qui tue à toutes fins pratiques pour s’amuser et le docteur Antigonis qui tente, avec sa femme, Zoe de sauver les pions car comme dans un jeu d’échec, les pions sont vite sacrifiables. Sauf qu’ici, il y a dix pions. Sept sont morts, le huitième est celui qu’on suit dans le récit, et deux sont à venir. Il est facile de s’imaginer qui est le onzième pion. La règle est simple, on enlève un pion, on l’expédie à l’autre bout du monde. On le relâche et on le tue. Une seule chose peut sauver un pion. Qu’il réussisse à retourner sain et sauf dans sa maison. Après il devient intouchable. Mais quel est le sort du huitième pion ? Qu’est-ce qui attend le onzième ? Et puis quel est ce lien à la fois mystérieux et cocasse qui unit Steinbeck et un bébé braillard appelé Léon ? Est-ce que quelqu’un viendra à bout de Kallimachos ? Quel est le sens de ce jeu tordu ?

Ce roman sort vraiment de tous les sentiers battus. Il y a dans le récit des rebondissements qui semblent défier la logique et une finale très curieuse, inattendue et encore une fois, j’ose utiliser l’expression *hors-norme*. J’aurais pu être déçu mais j’ai vu les choses différemment. Je crois que Heirich Steinfest fait délibérément bande à part en imprégnant ses histoires d’un caractère mystificateur avec une petite touche de surnaturel ou tout au moins d’inexplicable. Il va à contre-courant des formes classiques ou habituelles du polar avec en plus, une forme d’humour instantané que je décrirais de frisquet. C’est le cas spécialement dans les dialogues impliquant Lili Steinbeck et bien sûr le gros Kallimachos qui fera l’objet, chez le lecteur, de tous les questionnements.

Parlons-en des personnages d’ailleurs : ils sont bien travaillés, approfondis. Plusieurs sont attachants, particulièrement ce cher Spiridon. Je n’ai pas vraiment pu établir sa véritable utilité dans le récit mais très rapidement, il devient indispensable comme une poutre de soutien : incassable. Je pense enfin à Georg Stransky, le huitième pion : attachant à sa façon avec son esprit scientifique dédié à la zoologie et plus particulièrement à l’ornithologie et qui croise pendant sa tentative de sauvetage une espèce d’oiseau qu’on croyait éteinte.

Donc, nous avons ici une histoire abracadabrante qui met continuellement le lecteur en questionnement sur le développement parfois saugrenu de l’histoire. Je me suis souvent posé la question : Où est-ce que Steinfest veut en venir? Il faut bien s’en tenir au fil conducteur de l’histoire. Il est assez stable, mais il faut bien admettre qu’il dérape vers la fin du récit. Moi j’aime bien cette espèce de volonté de faire différent même si ça mène à une certaine *indiscipline littéraire*. C’est original. Enfin je ne jurerais de rien mais j’ai l’impression que l’auteur s’est ménagé une petite sortie pour une suite éventuelle. Pourquoi pas ? Étant donné qu’il y a encore plusieurs pions en suspension…

Donc c’est un livre qui m’a plu. Si vous décidez de l’attaquer, attendez-vous simplement à quelque chose d’audacieux, de différent.

Je n’ai pas trouvé beaucoup d’informations sur cet auteur sorti des sentiers battus, un peu rebelle, pamphlétaire. On sait qu’il est né en Australie mais issu d’une famille autrichienne. Il a grandi à Vienne. Au moment d’écrire ces lignes, il vit à Stuttgart où il est peintre et écrivain. Steinfest est un des opposants les plus connus au projet STUTTGART 21 contre lequel il a participé à plusieurs manifestations et manifestes. Son premier roman DER ALLESFORSCHER met en scène son propre frère, Michael Steinfest, mort à 23 ans dans un accident de montagne.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 19 février 2021

RÊVES ET CAUCHEMARS

RÊVES ET CAUCHEMARS

Commentaire sur le livre d’
ALEXANDRE CHARBONNEAU

*…et l’autre derrière m’a donné un coup de
couteau dans le dos. Ensuite, je me suis
écroulé et l’autre avait un bâton de baseball,
je crois…il me frappait encore et encore un
peu partout.*
(Extrait : RÊVES ET CAUCHEMARS, Alexandre
Charbonneau, DAD Éditions, collection
Panache, 2018, édition de papier, 330 pages)

Voici l’histoire d’un adolescent dont les nuits sont hantées de cauchemars inquiétants, cauchemars qui ne s’évanouissent pas toujours aux premières lueurs du jour ; Droite ou gauche ? La plupart du temps, c’est un choix anodin. Vous êtes dans une nouvelle école, perdu, et si ce n’est pas le bon corridor, vous essayez l’autre, tout simplement. Un choix plutôt banal qui ne vous coûtera au pire qu’un peu de temps. Ici, c’est différent. Ici, peut-être que la droite mènera à une jouissance infinie, une euphorie totale, mais éphémère, qui rendra ensuite la vie bien morne et misérable. Le chemin de gauche, lui, mènera peut-être à une souffrance insoutenable, une longue agonie constituée de chaos et d’épouvante. Et quand tout cela se répète indéfiniment, quand il n’y a pas possibilité de faire marche arrière et quand, au bout du compte, c’est le hasard cruel qui décide lequel de ces deux enfers il faudra affronter, tout ce qu’on espère, finalement, c’est de ne pas y laisser derrière, à l’embranchement, la raison. Car en perdant la raison, on perd aussi l’envie de se battre

CHAOS SUR FOND DE FANTASY
*Ça ne va pas être un défi des plus facile.
Le surnaturel tente de s’approprier le réel.
Livide, la panique lui creuse le ventre.
La terreur marque ses bras tremblants.
Une angoisse déchirante le fait haleter…*

(Extrait : RÊVES ET CAUCHEMARS)

RÊVES ET CAUCHEMARS est l’histoire de Léandre, un adolescent tourmenté par des cauchemars dont le réalisme est perturbant. Ses rêves débutent invariablement par la vue de deux escaliers, un à gauche, l’autre à droite. Un de ces escaliers mène au rêve, l’autre au cauchemar, et c’est aléatoire. Chaque fois qu’il sort d’un cauchemar, Léandre apporte une petite contribution onirique au monde réel. C’est ainsi que son père devient bizarre, que son environnement subit des changements, très sensibles au début, mais de plus en plus en plus, Morphée tente de s’emparer du monde réel en créant une forte attraction entre l’univers onirique de Léandre et le monde réel. Les amis de Léandre s’introduisent dans ses rêves. On dirait un jeu dont la cruelle issue serait une distorsion permanente de la réalité.

D’un cauchemar à l’autre, la quête de Léandre se précise : *Encore sous le choc, Léandre finit par rire nerveusement quand il se rappelle sa tâche d’imposer sa réalité. Ça ne va pas être un défi des plus facile. Le surnaturel tente de s’approprier le réel…songe-t-il. Livide, la panique lui creuse le ventre. La terreur marque ses bras tremblants. Une angoisse déchirante le fait haleter plus que jamais. (Extrait) Ce que je note en premier lieu de ce livre, c’est l’effort que l’auteur a déployé pour rendre le tout cohérent car plus le récit avance plus les éléments de l’univers onirique s’imbriquent dans la réalité et Léandre, un ado attachant mais torturé par cette folie surnaturelle qui se plante au milieu du décor comme un chevalier de *donjon et dragon* et fait de son mieux. En fait, Léandre EST l’instrument de la cohérence. Ça lui coûtera cher en douleur, en souffrance, en doute. Il y a peut-être un sens à tout ça, mais c’est loin d’être évident : *« Tu sais ce qu’on dit hein Léandre ? Tuez-les bien, tues-les mal, mais tuez-les !» Le cœur de Léandre bat comme une locomotive. Louis ne pourra pas être raisonné, il le sait à présent. On dirait que toute la logique dans sa tête s’est fracassée en mille morceaux. (Extrait)

Le fil conducteur de l’histoire est instable ce qui rend le livre un peu difficile à suivre. On sait que Léandre fait des cauchemars, et que ceux-ci s’évanouissent de moins en moins au réveil. On dirait que Léandre est au centre d’une convergence de forces surnaturelles qui échappent à la compréhension humaine. Pourtant, il faut y mettre fin. Le lecteur doit vraiment se concentrer pour comprendre où s’en va Léandre, autrement dit, où veut en venir l’auteur. Il y a de la cohérence dans le crescendo, elle permet une certaine compréhension vers la fin. Toutefois, j’ai trouvé la finale étrange, un peu frustrante, suspendue entre le rêve et la réalité

Une des grandes forces du récit réside dans son pouvoir descriptif. D’abord, Charbonneau a bien travaillé son personnage principal Léandre est attachant, combattif et ombrageux. Sa solidité et son endurance dépassent l’entendement. Personnellement, je crois que je n’aurais pas survécu à un tel chambardement mental et émotionnel. Le personnage est surréaliste et ça m’a plu je dois dire. L’auteur a planté des décors tantôt simples tantôt spectaculaires et mettant l’emphase sur leur caractère onirique. Tout y passe : formes, couleurs, tailles. La description des mondes est superbement travaillée. Tout est intense, saisissant, impressionnant. L’auteur décrit le monde onirique de Léandre avec un remarquable souci du détail et même parfois de l’humour : * …Les murs sont peints en rouge sang. Il y a de nombreuses affichettes qui arborent des publicités quelconques. Un vaste escalier s’élève devant lui, menant à une large porte grise en métal. Aucune fenêtre. Deux statues de gargouille installées de chaque côté. Étrange endroit. On dirait un accouplement entre une boîte de nuit et le château de Dracula.*.

Il m’a fallu de l’attention, de la concentration pour comprendre la démarche de Léandre, c’est-à-dire le jeu imaginé par l’auteur et qui met en présence le rêve et la réalité qui se fondent un dans l’autre. J’aurais préféré une finale un peu moins glauque, Mais dans l’ensemble, j’ai considéré RÊVES ET CAUCHEMARS comme un beau défi de lecture…agréable et divertissant et…ah oui…pas mal intriguant.

Alexandre Charbonneau est un auteur québécois spécialisé dans la littérature fantastique et fantasy. Je n’ai pas trouvé beaucoup de choses sur le parcours d’Alexandre mais je vous livre tout de même un extrait fort intéressant de sa présentation Facebook :

*Déjà quand j’étais tout petit, je me réfugiais dans mes mondes imaginaires. Je transformais une feuille de papier en une multitude de donjons sombres ou en vaisseaux spatiaux en mission. Assez jeune, j’ai découvert la série Un livre dont vous êtes le héros que j’ai adoré. J’aime tout ce qui est fantasy et fantastique. J’ai créé la série Les mercenaires en m’inspirant un peu de Game of Thrones et de Tarantino ; j’aime toute l’idée de la dynamique entre plusieurs personnages principaux différents tout au long d’une histoire. *

Alexandre Charbonneau est sur Facebook.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 14 février 2021

 

La guerre des mondes version audio

LA GUERRE DES MONDES version audio

De HERBERT G. WELLS

Commentaire sur le livre audio lu par
BERNARD PETIT

*La façon dont les martiens peuvent si rapidement
et silencieusement donner la mort est encore un
sujet d’étonnement…cette nuit-là sous les étoiles,
près de quarante personnes gisaient autour du
trou, carbonisées, défigurées, méconnaissables…*
(Extrait, LA GUERRE DES MONDES, Herbert G. Wells,
version audio, narration : Bernard Petit, éditions Le Livre
qui parle, 2017,  durée d’écoute : 6 heures 36 minutes)

Londres, les Martiens débarquent. Afin de préserver leur espèce, ils envahissent la Terre et sèment terreur et désolation. Le roman décrit l’aventure du point de vue d’un seul personnage qui seul (ou presque) tente de rejoindre sa femme. Entre temps, partout sur la terre c’est la panique et la désorganisation totale. Tous les efforts des armées et des scientifiques pour contrer l’envahisseur sont vains jusqu’à ce qu’un allié imprévu donne un vibrant espoir à l’humanité.

UN BARYTON
POUR LE GRAND CLASSIQUE DE LA SF
*«…car je me rendais clairement compte que
les environs de Londres allaient être
inévitablement le théâtre d’une lutte
désastreuse avant que de pareilles
créatures puissent être détruites…*

Après avoir lu le livre, regarder les films et maintenant après avoir écouté LA GUERRE DES MONDES grâce à Bernard Petit, je demeure convaincu que LA GUERRE DES MONDES de H.G. WELLS demeure un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature de science-fiction et principal précurseur de la science-fiction moderne tout au moins dans le développement d’un thème privilégié par le 7e art : les extra-terrestres et les ovnis. Pour parler de l’histoire, je vous invite à lire le commentaire que j’ai publié sur ce site en avril 2016. Allez-y sans crainte, l’œuvre de H.G. Wells n’a pas vieilli d’une ride. Vous y trouverez mon commentaire, quelques photos des films, LA GUERRE DES MONDES AU CINÉMA et pour terminer, une belle frousse provoquée par Orson Wells sur le thème de la guerre des mondes. Intéressé? Cliquez ici.

En ce qui concerne la présentation, j’ai eu plaisir à renouer avec la voix de Bernard Petit que j’ai déjà entendue dans nombre de films institutionnels et documentaires dont LES DERNIERS JOURS DE L’URSS. Sa voix de baryton force l’attention de l’auditeur spécialement parce qu’elle est riche d’intonations parfaitement liées au contexte. Ce genre de défi, quand il est bien relevé contribue souvent l’auditeur à aller au-delà de la voix, je parle d’apprécier l’œuvre dans son ensemble. Comme j’ai déjà vu les versions cinématographiques, j’ai laissé, avec un indescriptible plaisir, Bernard Petit, créer dans mon esprit, des images liées en particulier au film LA GUERRE DES MONDES réalisé en 2005 par Steven Spielberg avec Tom Cruise. Ici, Bernard Petit décrit les tripodes géants avec une conviction qui force l’admiration.

J’aime à croire que j’aurais eu le même plaisir si un film n’était pas lié au livre. Je n’ai pas eu encore le plaisir d’écouter un livre complètement indépendant du 7e art. Je ne manquerai pas d’en faire l’expérience. Film ou pas, un bon narrateur est capable de créer l’image suggérée par le texte dans l’esprit de l’auditeur. La qualité première de Bernard Petit est d’exploiter la totalité de sa voix passant du chuchotement de l’intimité au cri rauque et glacial de la peur et de l’horreur. Cette voix est en mesure de faire passer l’auditeur par toute une gamme d’émotions. Je me demandais si j’allais pouvoir vivre le petit frisson que j’ai parfois dans le dos en lisant. Mission accomplie…ça ne pouvait faire autrement.

Excellente présentation générale bien soignée par *le livre qui parle*. On ne pouvait trouver mieux comme nom d’édition d’un livre audio.

Narrateur professionnel, Bernard Petit séduit par son timbre de voix chaud et profond qu’il a la capacité de nuancer par rapport aux textes qui lui sont soumis. C’est un comédien reconverti dans la voix off. Il a prêté sa voix à de nombreuses réalisations audio-visuelles, livres audio et contes, documentaires sur chaînes généralistes et thématiques, films institutionnels, multimédias, jeux vidéo, audio-guides, bornes de musées, lectures publiques. Bernard Petit est aussi siffleur un talent qu’il utilise surtout en publicité.

Herbert George Wells (1866-1946)

Pour en savoir plus sur LA GUERRE DES MONDES et H.G. Wells, le livre et les adaptations, lisez mon commentaire sur jailu… Cliquez ici.

BONNE ÉCOUTE
Claude Lambert
le samedi 13 février 2021

 

ALLIANCE OBSCURE

ALLIANCE OBSCURE

Commentaire sur le livre de
JEAN-FRANÇOIS THIERY

<C’est son fils, si tu allais chercher dans les mains courantes
des services sociaux, tu y trouverais son dossier. Il est à vomir.
Elle lui fait vivre un enfer à ce gamin, depuis toujours. Elle lui
fait payer sa propre déchéance et elle en use et en abuse à
tous les degrés. C’est un bon gosse. Il ne dit rien, il ne fait rien.
D’ailleurs que peut-il faire ?>
(Extrait : ALLIANCE OBSCURE, Jean-François Thiery, éditions
Ex Aequo, collection Rouge, 2015, édition numérique. 50p.)

Qui tue ces femmes d’un unique coup de poignard en plein cœur ? Bratislava a peur. Un tueur en série sévit près de la tour UFO, le célèbre bâtiment de la capitale slovaque. Les victimes sont des femmes délinquantes. Elles sont tuées d’un coup de poignard dans le cœur, un seul, sans autre forme de violence.
L’inspecteur Théo Fusko est sur la brèche. Malgré l’aide de son énigmatique collègue, Néo, l’enquête piétine. La méthode du binôme ne figure nulle part dans les manuels de Police ; elle intrigue une jeune profileuse, Lydia Kacinova. La jeune femme s’inquiète ; elle y reconnaît les symptômes de pathologies psychiatriques, mais une vérité beaucoup plus dérangeante la guette, une vérité au-delà de l’explicable…

UNE VÉRITÉ AU-DELÀ DU RÉEL
*Théo Fusko est couché sur le dos. Il tremble…
Les spasmes s’accompagnent de gémissements…
Un couteau ensanglanté est à ses côtés, à portée
de main. Il se cabre encore et pousse un cri
effrayant, bascule sur un côté avant de s’effondrer.*
(Extrait)

C’est un roman aussi bref qu’étrange. Pour résumer, un tueur en série poignarde des femmes dans la ville de Bratislava, capitale de la Slovaquie. Le tueur, rusé et habile est difficile à traquer. L’enquête est confiée à l’inspecteur Théo Fusko, un policier étrange qui ne sera pas toujours au bon endroit au bon moment. Dans sa tâche, Théo est aidé par un énigmatique et insaisissable personnage qui vit dans l’ombre et qui donne de précieuses indications à son allié. Cette alliance intrigue au plus haut point Lydia Kacinova, une profileuse judiciaire venue de Prague pour tenter d’établir le profil psychologique du tueur. Elle croit reconnaître dans le comportement de théo des signes de pathologie psychiatrique. Trouble dissociatif, syndrome de la personnalité multiple? En fouillant, Lydia va s’apercevoir qu’il y a encore pire…encore plus étrange.

Tout au cours de ce récit, j’ai cru verser dans la littérature fantastique alors que la finale en est une de science-fiction qui est plus proche de la réalité qu’on pense. Le récit n’est pas sans me rappeler le film de Jack Gold LA GRANDE MENACE avec Richard Burton, une excellente production qui évoque l’incroyable pouvoir du cerveau humain, et par la bande, la réalité des pouvoirs paranormaux. Ceux-ci sont poussés à l’extrême dans le film tandis que Thierry, dans son livre, fait preuve d’une certaine retenue, ce qui n’a pas nui du tout au récit. Je ne peux pas en dévoiler plus car cela reviendrait à dévoiler le secret de l’histoire et ici, je crois qu’il vaut la peine d’être préservé même si le thème s’apparente quelque peu à bon nombre d’histoires développées dans la littérature fantastique et qui évoquent en surface les pouvoirs paranormaux. Malgré tout, le récit a une certaine originalité.

Le mystérieux partenaire de Théo s’appelle Néo. Ce dernier s’applique à guider Théo pour l’aider à préciser sa pensée sur le tueur tant recherché : *Il est en colère. Il nous connaît bien : il a découvert la relation très spéciale qui nous unit. Ce lien le met en danger. Il veut le briser. Je ressens beaucoup de haine à ton égard. Il t’en veut mon ami. Bien plus qu’à moi. Mais je ne permettrai pas qu’il te tue.* (Extrait) Ajoutons à ce mystère une atmosphère épaisse, une énigme savamment entretenue et développée, un non-dit bien dosé…c’est efficace.

L’histoire est très intéressante, intrigante, mais l’auteur a développé son idée de façon à créer un roman de la taille d’une nouvelle. Il ne fait qu’une quarantaine de pages. Je l’ai évidemment dévoré en moins d’une heure. J’ai été saisi par une finale surprenante et pourtant, je suis resté sur ma faim. Le thème est sous-développé. J’aurais souhaité que Thiéry développe davantage la psychologie de ses personnages dévoile un petit historique du lien entre Théo et Néo en dévoile plus sur les motivations du tueur. J’ai eu l’impression que le récit est issu d’une idée géniale que l’auteur n’avait pas vraiment envie de développer. C’est un peu dommage. Malgré tout, j’ai aimé. C’est une bonne histoire qui mise en fait sur la nature de la connexion entre Néo et Théo. C’est le principal élément qui entretient l’intrigue…maladie mentale ou pouvoir surnaturel? l’œuvre du tueur en série devient plus accessoire on dirait.

Donc en résumé, trop court avec le résultat que le potentiel de l’histoire est sous-développé. Si on prend l’histoire sous l’angle de la nouvelle. C’est efficace et le lecteur y plonge rapidement.

L’auteur : Jean-François Thiery est cadre informaticien dans l’industrie automobile. Il réside en France, dans le pays de Montbéliard. Il commence à écrire en 2009, et publie des nouvelles et des romans. Dans son écriture, l’écrivain aime associer l’humour à la gravité, créer des intrigues solides avec des dénouements étonnants, planter des scènes avec un regard cinématographique. La psychologie des personnages est la chair de ses pages. Il s’agit de caractères épais, souvent minés par des démons intérieurs. Ils ne sont ni complètement bons ni complètement mauvais. Ils évoluent dans un entre-deux qui nous est proche, une zone trouble que l’auteur considère comme une mine littéraire inépuisable.

Bonne lecture
Claude Lambert
dimanche 7 février 2021

La jeune fille et la nuit

LA JEUNE FILLE ET LA NUIT

Commentaire sur le livre de
GUILLAUME MUSSO

*…C’était un corps. Le cadavre d’une femme, abandonné
sur les rochers. Plus elle s’approchait, plus elle était
saisie d’horreur. Ce n’était pas un accident. Le visage
de la femme avait été fracassé pour n’être plus qu’une
bouillie sanguinolente. <Mon Dieu>.*
(Extrait : LA JEUNE FILLE ET LA NUIT, Guillaume Musso,
Calmann-Lévy éditeur,  2018, édition de papier, 435 p. )

Un campus prestigieux figé sous la neige
Trois amis liés par un secret tragique
Une jeune fille emportée par la nuit
Côte d’Azur – Hiver 1992

Une nuit glaciale, alors que le campus de son lycée est paralysé par une tempête de neige, Vinca Rockwell, 19 ans, l’une des plus brillantes élèves de classes prépas, s’enfuit avec son professeur de philo avec qui elle entretenait une relation secrète. Pour la jeune fille, « l’amour est tout ou il n’est rien ». Personne ne la reverra jamais.
Côte d’Azur – Printemps 2017
Autrefois inséparables, Fanny, Thomas et Maxime – les meilleurs amis de Vinca – ne se sont plus parlés depuis la fin de leurs études. Ils se retrouvent lors d’une réunion d’anciens élèves. Vingt-cinq ans plus tôt, dans des circonstances terribles, ils ont tous les trois commis un meurtre et emmuré le cadavre dans le gymnase du
lycée. Celui que l’on doit entièrement détruire aujourd’hui pour construire un autre bâtiment. Dès lors, plus rien ne s’oppose à ce qu’éclate la vérité.

Dérangeante
Douloureuse
Démoniaque…

FRANÇAIS À OUTRANCE
<C’est ce que je n’ai jamais aimé
chez les types comme toi
Stéphane : cette intransigeance,
ce côté procureur et donneur de
leçons. Le Comité de salut public
version Robespierre. >
(Extrait: LA JEUNE FILLE ET LA NUIT)

LA JEUNE FILLE ET LA NUIT attire le lecteur dans une toile complexe, machiavélique. C’est un thriller que je peux qualifier de psychologique car il met plusieurs personnages en position d’introspection. L’histoire est celle de Thomas Degalais, un écrivain qui traîne avec lui depuis 25 ans un secret très lourd. En effet, avec la complicité de ses inséparables amis, Fanny et Maxime, ils commettent un meurtre et emmurent le cadavre dans le gymnase de leur lycée. Vingt-cinq ans plus tard, Maxime apprend à Thomas que le gymnase sera détruit pour faire place à la construction d’un nouveau bâtiment. Le secret enfoui risque d’être révélé et il y a pire. Quelqu’un est au courant du drame…quelqu’un qui veut se venger. Thomas se rend sur place, secoué par une insidieuse angoisse.

Si l’histoire est celle de Thomas, le pivot, le personnage central de ce récit est une jeune fille très spéciale : Vinca Rockwell, le genre de fille qui fait pâmer tous les garçons, entière, authentique, belle comme le jour et sensuelle. On connaîtra aussi son côté volage et passionné et plus encore…une sirène capable d’intrigues et de manipulation. Or après le meurtre d’Alexis Clément, Vinca disparaît mystérieusement et on ne la reverra jamais. Après 25 ans, le mystère n’est pas résolu. On sait toutefois qu’Alexis Clément, tué et emmuré au lycée était le professeur de philosophie de Vinca et les deux étaient passionnément amoureux mais où est-elle. Ceci n’est qu’une toute partie de l’engrenage dans lequel le lecteur est entraîné.

L’intrigue est intense, prenante et complexe. Elle promène le lecteur et la lectrice d’un rebondissement à l’autre. Il (elle) doit composer avec de nombreux revirements, beaucoup d’imprévus, d’erreurs sur la personne. Impossible pour le lecteur d’établir un pronostic, il ne sera jamais bon. C’est la force du livre : l’intrigue est prenante jusqu’à la fin parce que farcie de retournements et de révélations improbables qui débouchent sur une finale toute aussi imprévisible même si je la trouve un peu tirée par les cheveux. C’est un récit fort, mis en relief par une écriture fluide et audacieuse. Ne vous fiez pas trop au quatrième de couverture. Je l’ai trouvé un peu simpliste. On a voulu être original peut-être mais le synopsis ne témoigne pas vraiment de l’intensité du récit. Comme il y a de nombreux retours en arrière, 25 ans, ce qui nous amène dans les années 1990, j’ai apprécié les nombreuses références sociales et culturelles qui caractérisent cette époque et qui *tapissent* le récit.

En matière de faiblesses, je viserai d’abord le fil conducteur du récit. Il est difficile de s’y accrocher car il prend de nombreuses directions donnant ainsi l’impression que Musso a voulu un peu trop en mettre. Le texte comporte beaucoup de clichés et est un peu trop politisé à la française. Quant aux personnages, je les ai trouvés peu convaincants. Certains frôlent la caricature si je me réfère en particulier à Vinca dont le magnétisme est exacerbé ou Thomas, un parfait mollasson. Il m’a été impossible de m’attacher aux acteurs de ce drame. J’ai toutefois apprécié Stéphane Pianelli, un journaliste redoutable qui joue un rôle important allant même jusqu’à donner quelque sueur.

Il faut aussi se concentrer quelque peu car des personnages, il y en a beaucoup et plusieurs sont tordus. Ici, c’est donc l’intrigue qui fait pencher la balance. Sa construction est solide et bien sûr, je dois tenir compte de l’effet qu’elle a eu sur moi : À partir du milieu du récit, le livre est devenu *tourne-page* et j’ai développé une addiction. Un dernier petit point intéressant : ce livre sent la Côte d’Azur à plein nez. Guillaume Musso étant né à Antibes, il n’est pas étonnant de trouver de nombreuses références géographiques un peu comme Stephen King se réfère souvent au Maine dont il est natif. Ça donne au récit un côté rafraîchissant. À lire donc : LA JEUNE FILLE ET LA NUIT

De roman en roman, Guillaume Musso a noué des liens particuliers avec les lecteurs. Il a pris goût à la lecture à l’âge de 10 ans et s’est mis à rêver d’écrire un roman…un jour. Né en 1974 à Antibes, il a commencé à écrire pendant ses études et n’a plus jamais cessé, même quand il exerçait son métier de professeur d’économie. En 2004, la parution de ET APRÈS… consacre sa rencontre avec le public. Suivront notamment LA FILLE DE PAPIER, DEMAIN, CENTRAL PARK, UN APPARTEMENT À PARIS…traduits en quarante et une langues, plusieurs fois adaptés au cinéma, tous ses livres ont connu un immense succès en France et dans le monde.

Bonne lecture

Claude Lambert
Le samedi 6 février 2021

TOMBENT LES ANGES

TOMBENT LES ANGES

Commentaire sur le livre de
MARLÈNE CHARINE

*Tu nous a fait quoi, là, Choupette ? Dit Boris, un
pli d’inquiétude sur le front. –Je ne sais pas vraiment.
Je suis entrée et j’ai été frappée par une vague de
détresse. Quelque chose de démesuré. De trop costaud
pour moi…C’était une émotion pure…-Du chagrin, de la
douleur…De la surprise aussi. Et puis le froid. Comme
les autres fois.*
(Extrait : TOMBENT LES ANGES, Marlène Charine, éditions
NL.com, 2017, éditions numérique, 1066kb, 274 pages)

Lors d’une perquisition de routine, Cécile, jeune policière désabusée et limite *borderline* vit une expérience hors du commun qui va faire basculer son existence. Audrey, jolie infirmière de 25 ans met fin à ses jours dans la salle de bain de son luxueux appartement du XVe arrondissement. Elle ne s’y trouve pas seule. Contactée par le lieutenant Kermarec, Cécile n’a pas d’autres choix que d’écourter ses vacances forcées. Et après tout, il est bien le seul à ne pas la prendre pour une cinglée. Ainsi Cécile se lance dans une enquête qui chevauche le surnaturel…une enquête troublante…

ÉMOTIONS À CHAUD
*Un frisson la traversa de part en part.
Elle entoura la tasse de ses paumes,
but une nouvelle gorgée. Les cinq
paires d’yeux fixés sur elle
commençaient à la mettre mal à
l’aise. Surtout avec ce qu’elle était en
train de raconter.*
(Extrait: TOMBENT LES ANGES)

TOMBENT LES ANGES est un thriller policier avec du paranormal en toile de fond. Ça ne réinvente pas le genre mais je l’ai trouvé bien ficelé…disons *tricoté serré* dans l’évolution de son intensité. La trame est simple et facile à suivre : une policière à la limite dépressive reprend du service à la demande du lieutenant Merlin Kermarec. Une mort qui a toutes les apparences d’un suicide, mais quelque chose cloche. L’affaire s’annonce complexe. La policière, Cécile Rivère, a un don. Elle peut voir des entités et ressentir des choses. C’est un don très rare. Mais peut-on faire avancer une enquête sur des preuves surnaturelles ? Le défi de l’auteure Marlène Charine était d’insérer le surnaturel à l’enquête tout en demeurant crédible. À ce titre, elle m’a surpris. Il n’y a rien dans le récit que je pourrais tourner en dérision. C’est là l’originalité de l’œuvre. Le point fort.

Autre élément intéressant qui contribue à la crédibilité du récit est le fait que Cécile a peur de son don, elle le craint. Elle l’utilise une fois forcée ou avec parcimonie. Mais dans l’enquête sur la mort d’Audrey, l’infirmière, des entités appellent à la vengeance et leur force est telle que Cécile ne peut la contourner. Il lui reste à utiliser cette force pour déterminer comment exactement Audrey est morte. Car il est clair pour les policiers qu’il ne s’agit pas d’un suicide. L’enquête est bien travaillée, l’intrigue va crescendo et la finale réserve une surprise. J’en ai eu un petit frisson dans le dos. Mission accomplie pour Marlène Charine, elle m’a tenu en haleine.

Je signalerais peut-être un dernier élément qui m’a plu. Le ou les coupables est ou sont particulièrement monstrueux (Je ne veux pas être trop précis pour ne pas vous enlever le plaisir de la découverte). L’auteure aurait pu gaver son récit de passages croustillants et d’épisodes de charcutage sanglants, un peu comme l’a fait Sénécal avec LES 7 JOURS DU TALION, mais ce n’est pas le cas. Ça reste très violent mais j’ai senti une retenue de l’auteure et cette retenue a bien servi la trame, particulièrement dans le dernier quart du récit que je peux qualifier de haletant.

Il y a deux irritants principalement. Je les signale même s’ils ne nuisent pas trop à l’œuvre. L’auteure s’étend beaucoup sur l’état d’âme des policiers Rivère et Karmerec, des êtres *bardassés* par la vie, qui ont passé de sales quarts d’heures, qui maudissent leurs supérieurs mais qui sont définitivement policiers jusque dans l’âme. Et puis, il y a l’inévitable petite romance entre les deux…un petit sentiment, un peu de sexe, quelque chose qui ressemble d’abord à l’amour d’un grand frère et qui devient par la suite plus ou moins mal défini.

Les états d’âme et la romance sont deux clichés extrêmement courants en littérature policière. Il m’arrive toutefois de lire des romans policiers qui sont exempts de ces clichés ennuyeux et bouche-trous. Je considère ça comme une surprise et je le signale dans mes commentaires. Je ne l’ai pas fait souvent jusqu’à maintenant. Petit point positif, dans le livre de Charine, le sexisme est combattu…jusqu’à un certain point.

Donc en conclusion et pour résumer, TOMBENT LES ANGES développe une enquête extrêmement intrigante. En passant le titre est très bien choisi, vous découvrirez pourquoi, enfin vous commencerez à en avoir une idée à partir du milieu du récit. Tout est brillamment lié, tension constante et atteignant un paroxysme à la fin. Bien que certains passages soient tirés par les cheveux, l’appel au surnaturel demeure crédible. L’auteure a évité la caricature et provoque l’empathie. Bref, un très bon livre qui mérite d’être lu.

Marlène Charine est une auteure scientifique et nouvelliste suisse née en 1976. Le nez en permanence plongé dans un livre depuis l’enfance, Marlène Charine a sauté le pas de l’écriture il y a un quelques années. Sans doute pour compenser la rigueur de son métier scientifique, ses récits, romans ou nouvelles, ont tous une saveur d’imaginaire. Le Projet Alice, un thriller teinté d’anticipation, est son premier roman.

Intéressé à lire mon commentaire sur le tout premier roman de Marlène Charine ? Cliquez ici.

BONNE LECTURE
Claude Lambert

Le dimanche 31 janvier 2021