LE BONHOMME DE NEIGE

LE BONHOMME DE NEIGE
Une enquête de l’inspecteur Harry Hole

Commentaire sur le livre de
JO NESBO 

*Au moment de se coucher, elle voulut se
blottir contre lui. Mais elle ne put pas. Ne
put se résoudre à le faire. Elle était impure.
-Nous allons mourir- avait lâché la voix au
téléphone. Nous allons mourir, catin*
(Extrait : LE BONHOMME DE NEIGE, Jo Nesbo,
Gallimard, série noire, 2007, éd. Numérique,
430 pages.)

Un jour de novembre 2004, un bonhomme de neige sorti de nulle part se retrouve dans le jardin des Becker, le regard tourné vers les fenêtres de la maison. La nuit suivante, madame Becker disparaît. Un maigre indice, son écharpe rose se retrouve au cou du bonhomme de neige. Parallèlement, l’inspecteur Harry Hole reçoit une lettre annonçant d’autres victimes. Une lettre signée…*le bonhomme de neige*…un tueur en série sévit en Norvège. Le seul indice récurrent mais bien maigre : un bonhomme de neige…un spectre de la folie…

UN BON CRU(el) NORVÉGIEN
*…le congélateur…laissait voir quelque chose pressé
à l’intérieur…les genoux pliés et la tête appuyée
vers le haut contre l’intérieur du congélateur. Le
corps était couvert de cristaux de glace, comme
une couche de moisissures blanches qui s’en serait
repue, et la position torturée du corps était à
l’unisson du cri de Katerine…*
(Extrait : LE BONHOMME DE NEIGE)

 C’est une histoire complexe développée avec une lenteur parfois exaspérante, très caractéristique de la littérature Norvégienne. La faiblesse du récit réside dans le fil conducteur qui prend souvent toutes sortes de directions. Ajoutons à cela que l’intrigue est bourrée de fausses pistes, de démarches qui n’aboutissent pas, de retours à la case départ. Ça ne m’a pas beaucoup gêné car j’ai compris dès les premières pages que l’auteur me lançait le défi de sortir d’un labyrinthe bourré d’indices, souvent trompeurs, et me laissant le choix de trouver le coupable parmi une foule de candidats potentiels. Mais quand la lumière commence à jaillir dans le dernier quart du livre, ça devient génial.

Ce que j’ai le plus apprécié dans ce livre est la psychologie des personnages, Harry Hole en tête, héro récurrent dans l’œuvre de Nesbo : un personnage précédé par sa réputation d’esprit tordu et d’alcoolique qui évolue laborieusement dans une enquête difficile d’une remarquable minutie où il y a tellement de détails que le lecteur a parfois l’impression de déraper. Mais dans la finale qui est remarquable, on voit l’importance de chaque détail, rassuré à l’idée que l’auteur n’a rien laissé au hasard.

L’histoire est originale. L’idée de précéder les meurtres par l’édification d’un bonhomme de neige est une trouvaille car les bonhommes de neige parlent d’une certaine façon, dévoilent des indices, reflètent la psychologie du tueur et bien sûr obnubilent les policiers. Hole en tête. Tout le livre comporte beaucoup de petites forces qui retiennent le lecteur dans sa toile. Outre la toponymie chantante de la Norvège, la plume est forte, la structure narrative happe le lecteur qui se sent attiré par les nombreux rebondissements. On sent que l’auteur maîtrise son art.

C’est un roman noir. Son atmosphère se fige parfois en une sensation lugubre car les bonhommes de neige conduisent implacablement à des chefs d’œuvre de cruauté de la part d’un tueur aussi froid et dépourvu de moralité que ses œuvres de neige. La découverte très lente et très graduelle de la psychologie de ce monstre m’a tenu en haleine.

Je veux rappeler en terminant que si je recommande ce livre, je le fais sous la réserve suivante : C’est tout le récit dans son ensemble qui fait appel à la patience du lecteur parce qu’il comporte de nombreux changements de direction, de fausses pistes, de virages imprévus. Aussi, bien que l’histoire soit très longue à démarrer, je vous suggère de bien vous concentrer sur les premières pages car elles contiennent des éléments importants qui vous feront apprécier grandement l’ensemble du récit.

Vous êtes maintenant prêts à entrer dans une histoire à donner froid dans le dos et à savourer ainsi toute l’intensité de la plume scandinave.

Jo Nesbo est norvégien. Il est né à Oslo  le 29 mars 1960. C’est ce que j’appelle un homme-orchestre, un talentueux touche-à-tout : auteur-interprète, musicien, journaliste spécialisé en économie et écrivain très renommé. De 1993 à 1998, il a écrit et interprété les grands succès d’un des groupes musicaux les plus populaires de Norvège : DI DERRE. Un an avant de quitter le groupe, il se lance dans l’écriture littéraire. Le succès est instantané avec L’HOMME CHAUVE-SOURIS, prix du meilleur roman policier nordique en 1998. Plusieurs autres romans suivront dont ROUGE-GORGE, consacré meilleur polar norvégien de tous les temps par les lecteurs.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 16 décembre 2017

INFERNO

Commentaire sur le livre
INFERNO
de Dan Brown

*…L’humanité sans régulation se comporte
comme une maladie endémique, un cancer…
nous devenons plus nombreux à chaque
génération et bientôt ce qui nourrissait notre
vertu et notre altruisme sera réduit à néant.
Alors viendra le règne de la bête en nous…
Voici que vient le neuvième cercle de Dante…*
(extrait de INFERNO, Dan Brown, éd. JC Lattès, 2013)

Le sixième roman de Dan Brown : INFERNO met en scène encore une fois, le célèbre professeur et expert en symbologie Robert Langdon. Un jour, Langdon se réveille dans un hôpital de Florence, amnésique. Il n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé dans sa vie dans les 48 dernières heures. À partir de son réveil, les évènements se précipitent. Il semble qu’on en veut à sa vie. Il fuit, aidée par son médecin la docteure Sienna Brooks. Il découvre qu’il transporte à son insu un tube métallique semblable à ceux qu’on utilise pour stocker des virus mortels hautement contagieux. Il semble que tout le monde cherche Langdon. Il est en danger et il a peu de temps pour éclaircir ce mystère car il semble que les habitants de la planète entière courent un grand danger. Il devra alors s’investir dans la résolution d’un enchaînement d’intrigues et d’énigmes…

Les énigmes que Langdon aura à résoudre sont inspirées de l’enfer décrit par DANTE ALIGHIERI, poète florentin du XIIIe siècle dans sa célèbre DIVINE COMÉDIE.

Robert Langdon sera finalement confronté à un savant transhumaniste, Bertrand Zolbrist, célèbre biochimiste, persuadé que l’humanité court rapidement à sa perte si le nombre d’habitants sur terre n’est pas drastiquement réduit.

AVANT-PROPOS : LE TRANSHUMANISME

Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l’usage des sciences et de la technologie pour améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains tels que les handicaps, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort, subis comme inutiles et indésirables.

Comme le transhumanisme présente autant d’avantages que de dangers, la perspective transhumaniste d’une humanité transformée suscite de nombreuses réactions tant positives que négatives, issues de courants de pensée très divers.

En regard du livre de Dan Brown, INFERNO, je préciserai que Robert Langdon sera finalement confronté à une vision du transhumanisme extrapolée jusqu’à en être déformée. L’argumentaire développé à la fin du volume tend à amener le lecteur à prendre position ou l’amène tout au moins à une réflexion sur ce sujet controversé.

L’UNIVERS DE DANTE
*on ne peut voir la vérité
qu’avec les yeux de la mort*

Concernant INFERNO, j’ai lu beaucoup de critiques et de commentaires en provenance de journalistes, chroniqueurs, critiques littéraires et d’internautes. Certaines de ces critiques sont favorables, mais beaucoup sont plutôt acides, disant que la formule *BROWN* est plutôt cuite, que plus ça change plus c’est pareil, qu’on rame dans les mêmes eaux, que c’est toujours le même moule, toujours le même plat mettant en présence un concept scientifique et une œuvre d’art. Beaucoup s’attendaient à mieux de la part de Brown.

Je m’attendais à mieux moi aussi et pourtant, j’ai aimé ce livre. Me voici à contre-courant encore une fois je le crains.

Il est évident que la griffe de Brown est reconnaissable dans INFERNO car tous les ingrédients de sa recette habituelle sont réunis : enchevêtrements de notions d’art, d’histoire, d’architecture, de science et de technologie, une mystérieuse organisation, risques élevés d’une catastrophe de grande envergure, beaucoup de coïncidences et d’invraisemblances et il se trouve ici que l’amnésie de Langdon est bien pratique pour l’auteur mais amène difficilement le lecteur à participer à la solution de l’intrigue.

L’aspect divertissant d’un livre est évidemment important pour moi, mais j’aime aller au-delà. J’aime apprendre, observer, réfléchir et méditer sur les thèmes et éléments divers qui portent à réflexion. Comme dans INFERNO, le lecteur est poussé à réfléchir et méditer sur les dangers potentiels d’une augmentation exponentielle de la population mondiale.

Il se trouve aussi que j’aime l’histoire et l’architecture. Quant aux invraisemblances, je crois qu’elles ont toujours fait partie de l’univers du roman, même si elles doivent avoir une limite.

Il faut donner à Brown ce qui lui revient. Ses livres sont très bien documentés et les aspects pédagogiques qui en ressortent sont crédibles. Je note aussi que dans INFERNO, le fil de l’histoire est solide, stable et continu. Il tient sur la notion de transhumanisme décrite plus haut et sur un chef d’œuvre historique de la poésie : LA DIVINE COMÉDIE DE Dante Alighieri, une œuvre remarquable connue et étudiée dans le monde entier.

Le poète y narre un voyage à travers les trois règnes supraterrestres : INFERNO (l’enfer), PURGATORIO (le purgatoire) et PARADISO (le paradis). Toutes les énigmes du livre de Brown sont basées sur le premier règne : INFERNO qui est devenu le titre du livre. Je savais peu de choses de Dante Alighieri et de la DIVINE COMÉDIE. Maintenant, je me considère pratiquement initié.

À ces aspects culturels et pédagogiques qui ajoutent à la valeur littéraire de INFERNO, j’ajoute quelques éléments intéressants que j’aime bien retrouver dans un suspense : des chapitres courts (il y en a une centaine dans ce livre de 525 pages, édition numérique), des rebondissements, mystère, intrigues haletantes et une finale un peu spéciale qui n’est pas sans faire réfléchir comportant un argumentaire sur les motivations du savant qui a tout déclenché.

En fin de compte j’ai aimé ce livre même si je m’attendais à de la nouveauté et aussi à un peu plus d’originalité. Brown reste fort mais un petit changement de recette serait sûrement le bienvenu. J’aurais envie de lui dire, pour le prochain livre, cette fois, surprend-moi…

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Août 2013

(En complément…)

1958 à 2011 Durée du voyage : 2 minutes

C’était plus fort que moi, il fallait que je me jette corps et âme dans le dernier-né des univers de Stephen King.

Dans un article un peu plus long que de coutume, je vous invite à lire mon commentaire sur le dernier livre de King :  22/11/63 un roman qui transcende un fait historique qui a conservé jusqu’à aujourd’hui toute sa complexité : le meurtre de John Fitzgerald Kennedy.

Je serai très heureux de lire vos propres commentaires à ce sujet.

Aller lire l’article 22/11/63 DE STEPHEN KING

Bonne lecture
JAILU

1958 à 1120 – Durée du voyage : 2 minutes

*…La figure d’Oswald est apparue juste
au-dessus  de l’épaule du grand bonhomme
et j’ai vu quelque chose de plus surprenant
encore : Lee Harvey Oswald souriait…*

***

*…Mrs Kennedy avait emporté une autre
tenue dans l’avion…il s’agissait d’un tailleur
en lainage rose agrémenté d’un col noir.
Le tailleur serait bien assorti avec les roses
qu’on allait lui offrir à Love Field, mais
certainement moins avec le sang qui
souillerait sa jupe, ses bas et ses souliers…*

(extraits de 22/11/63, Stephen King,
Éditions Albin Michel, 2013 t.f.)

Commentaire sur le livre
22/11/63 de Stephen King

2011, le restaurateur Al Templeton détient un secret extraordinaire. En effet, il y a, dans son arrière-boutique un passage temporel qui relie 2011 à 1958. Al conçoit un projet non moins extraordinaire : utiliser ce passage temporel, soit  jusqu’à 1958 et patienter par la suite jusqu’en 1963 et empêcher le meurtre du président John Kennedy. Mais Al en est empêché par un cancer très agressif et il confie cette mission à son ami Jake Epping, un enseignant de Lisbon, Maine. Jake accepte mais il lui faudra du temps pour comprendre qu’il transgresse les règles naturelles du temps et surtout pour comprendre les paradoxes du temps et le fameux effet Papillon. Ainsi Jake s’installe dans l’Amérique des années 50 à la recherche d’un mystérieux personnage errant, possiblement le plus médiatisé de l’histoire américaine : Lee Harvey Oswald. Deux questions : tricher avec le temps amènerait quelles conséquences? Et est-ce que le jeu en vaut la chandelle?

AVANT PROPOS :
L’EFFET PAPILLON

L’effet papillon ou théorie de la prédictibilité a été élaborée en 1972 par le météorologue Edward Lorenz lors d’une conférence à l’Association Américaine pour l’Avancement de la Science. La théorie se base sur une question beaucoup plus complexe qu’elle en a l’air : *le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas?*

La question devient plus fluide si on ajoute le battement d’ailes de milliards de papillons auxquels on ajoute le battement d’ailes de milliards d’oiseau etc. Lorenz précise bien que si le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut provoquer une tornade au Texas, il peut aussi l’empêcher. Ça nous rapproche considérablement de la théorie du chaos et du déterminisme.

En regard du roman de King, ce qu’il faut surtout retenir, c’est que si l’Effet Papillon s’applique aussi aux humains, cela voudrait dire que des changements de comportement semblant insignifiants au départ pourraient déclencher des bouleversements à grande échelle. Cette théorie à elle seule rendrait le voyage dans le temps extrêmement hasardeux.

Stephen King veut sauver JFK
(figaro.fr)

Je suis heureux qu’un de mes auteurs préférés soit resté aussi fort et alerte parce que 22/11/63 est un roman très fort, un coup de génie de Stephen King qui a décidé de mettre l’horreur de côté pour s’attaquer à une des énigmes les plus complexes du 20e siècle : le meurtre de John Fitzgerald Kennedy. D’ailleurs cette énigme déchire encore les historiens et les milieux politiques américains. L’Amérique a opté pour l’Acte isolé mais la théorie du complot est encore tenace. Il y a encore de l’obscurité sur cette affaire et ce nouveau livre de King demeurera d’actualité longtemps.

Il faut préciser que King n’apporte aucune réponse à l’énigme du meurtre de Kennedy, mais l’auteur ne croit pas à la théorie du complot. Il m’a semblé évident qu’il est parti du principe de l’acte isolé et l’opinion qu’il se fait du meurtrier de Kennedy Lee Harvey Oswald est frappante : un minable sans envergure. Le livre de King n’est pas une enquête. L’auteur a simplement imaginé une chronologie, une chaîne d’évènements en utilisant le voyage dans le temps.

Je crois avoir déjà expliqué sur ce site que développer le thème du voyage dans le temps pose un défi de taille : comment rester cohérent et composer avec les risques théoriques du voyage temporel : les paradoxes temporels et l’effet papillon. Voilà la première force du roman de King : La cohérence. Il s’est donné des principes clairs au départ et s’y est tenu. Voyons voir :

1) Chaque saut temporel dure deux minutes au temps de départ. Exemple, Jake a fait un saut de 2011 à 1958. Il est resté 5 ans dans l’ancien monde. Son absence en 2011 n’a duré que deux minutes.

2) Dès qu’un étranger fait intrusion dans le passé, il y a harmonisation par rapport aux effets de sa présence sur le futur. Autrement dit, le passé est tenace et refuse de changer.

3) La théorie de la prédictibilité est incontournable. Même une simple respiration dans le passé peut influencer le futur. C’est l’effet papillon.

4) Enfin, si Jake fait le saut en 1958 et qu’il revient en 2011, un retour éventuel en 1958 annulera tout ce qui a été fait dans le premier saut. C’est ce que King appelle une remise à zéro. Ça j’ai trouvé ça génial et vous découvrirez pourquoi en cours de lecture.

Pour le reste, Stephen King demeure égal à lui-même : son roman est très long (près de 1000 pages),  il prend bien son temps pour introduire ses personnages et comme dans la plupart de ses livres, il accuse des longueurs en exposant la psychologie de ses personnages.  Fait intéressant, King brosse un portrait très riche des années 60 : la mode, les tendances, les mentalités, la politique, les relations internationales et bien sûr l’incontournable menace nucléaire.

C’est un roman intense, complexe et extrêmement captivant qui pousse le lecteur à se poser une question non moins complexe : Que serait notre monde d’aujourd’hui si Kennedy n’avait pas été tué en 1963?

Ce à quoi peut s’attendre le lecteur et la lectrice repose sur une magnifique petite phrase très explicite écrite quelque part dans le livre de King et je cite :

*quand on essaye de changer le passé, il mord* (citation de Georges Amberson, extraite de 22/11/63 de Stephen King)

Je crois que vous ne serez pas déçu.

Je ne ferai pas ici le bilan biographique de Stephen King. Comme vous vous en doutez, il est assez impressionnant. Je vous invite plutôt à visiter le site
www.stephenking999.com .
Ainsi vous saurez tout sur le grand maître de l’étrange. Je vous invite aussi à lire mon article intitulé LE MONDE À PART de Stephen King concernant la septologie LA TOUR SOMBRE, disponible ICI

BONNE LECTURE

JAILU/Claude Lambert
JUILLET 2013 

Einstein – Comment je vois le monde

« La condition des hommes s’avérerait pitoyable s’ils devaient être domptés par la peur d’un châtiment ou par l’espoir d’une récompense après la mort. »

« Mais c’est la personne humaine, libre, créatrice et sensible qui façonne le beau et le sublime, alors que les masses restent entraînées dans une ronde infernale d’imbécillité et d’abrutissement. »

« Ceux qui aiment marcher en rangs sur une musique : ce ne peut être que par erreur qu’ils ont reçu un cerveau, une moelle épinière leur suffirait amplement.

« Je crois que l’exagération de l’attitude férocement intellectuelle, sévèrement orientée sur le concret et le réel, fruit de notre éducation, représente un danger pour les valeurs morales. Je ne pense pas aux risques inhérents aux progrès de la technologie humaine, mais à la prolifération des échanges intellectuels platement matérialiste, comme un gel paralysant les relations humaines. »

« Et pourtant je crois profondément en l’humanité. Je sais que ce cancer aurait dû depuis longtemps être guéri. Mais le bon sens des hommes est systématiquement corrompu. Et les coupables se nomment: école, presse, monde des affaires, monde politique. »

« C’est le rôle essentiel du professeur d’éveiller la joie de travailler et de connaître. »
(Voir le complément pour plus!)

« Si l’on sépare le judaïsme des prophètes, et le christianisme tel qu’il fut enseigné par Jésus-Christ de tous les ajouts ultérieurs, en particulier ceux des prêtres, il subsiste une doctrine capable de guérir l’humanité de toutes les maladies sociales. »

« Je m’imagine qu’une des motivations les plus puissantes qui incitent à une oeuvre artistique ou scientifique, consiste en une volonté d’évasion du quotidien dans sa rigueur cruelle et sa monotonie désespérante, en un besoin d’échapper aux chaînes des désirs propres éternellement instables. Cela pousse les êtres sensibles à se dégager de leur existence personnelle pour chercher l’univers de la contemplation et de la compréhension objectives. »

-Comment je vois  le monde, Albert Einstein

Ce sont ces citations et extraits qui m’ont poussé à chercher le livre Comment je vois le monde, de Albert Einstein. Il ne s’agit pas d’une biographie, ça semble plutôt être une réelle volonté d’Einstein d’en dire d’avantage sur sa vision des choses, ses idées, ses opinions. J’avoue qu’après une première lecture (et même la relecture de certains passages), eh bien je n’ai vraiment pas tout compris. Le texte est par moment dense et technique. Le livre est divisé en quatre grands thèmes (Le pacifisme, la lutte contre le nazisme, les problèmes juifs, et la science), eux même subdivisés en plusieurs articles. Ça aide un peu la lecture, mais ça ne rend pas vraiment le tout plus assimilable.

Ce que j’ai retenu surtout de Comment je vois le monde, c’est qu’Einstein parle de la paix, de la démilitarisation, de l’abolition du service militaire obligatoire, du désarmement. Il est aussi question de science évidement, et aussi de religion, surtout du judaïsme. Le tout à travers des textes personnels, des échanges de lettres et des discours  Certains passages sont parfaitement clairs et inspirants, alors que d’autres furent insaisissables pour un non-initié comme moi, quand il aborde la philosophie ou la physique par exemple.

Je ne regrette pas la lecture de ce livre, car malgré tout j’ai pu en apprendre beaucoup sur le personnage et son époque également (ce livre couvre de 1934 à 1955, l’année de la mort d’Einstein). Mais si quelqu’un veut vraiment se documenter, je conseillerais plutôt de partir en quête d’une bonne biographie. Je ne recommande ce livre qu’aux connaisseurs, aux collectionneurs, aux « Einsteinologues » en devenir.

Phenixgoglu
Mars 2013
(En complément…)