ÉTRANGES RIVAGES

Un polar très nordique

ÉTRANGES RIVAGES

Commentaire sur le livre d’
ARNALDUR INDRIDASON

*Lombre dun homme vacille sur la cloison,
il l
aperçoit en un éclair : il a le dos tourné
et baisse la tête, lair désespéré. Cette vision
le fait sursauter avec une telle violence que
la lampe lui échappe et tombe sur le sol où
elle s
éteint à nouveau.*
(Extrait : ÉTRANGES RIVAGES, Arnaldur
Indridason, Éditions Métailié, 2010, édition
numérique, 300 pages)

Erlendur est de retour dans ce roman noir d’Arnaldur Indridason. Parti en vacances dans les régions sauvages des fjords de l’Est, le commissaire est hanté par le passé. Le sien et celui des affaires restées sans réponses. Dans cette région, bien des années auparavant, se sont déroulés des événements sinistres. Un groupe de soldats anglais s’est perdu dans ces montagnes pendant une tempête. Certains ont réussi à regagner la ville, d’autres pas. Cette même nuit, une jeune femme a disparu dans la même région et n’a jamais été retrouvée. Cette histoire excite la curiosité d’Erlendur, qui va fouiller le passé pour trouver coûte que coûte ce qui est arrivé… Une histoire étrange…

UN POLAR TRÈS NORDIQUE
*Je n’ai jamais entendu parler de ces gémissements…
Si c’était la réalité, ça impliquerait qu’il était sacrément
résistant…- mais je connais des histoires où il est
question d’une résistance exceptionnelle au froid et
d’un instinct de survie hors du commun…*
(Extrait : ÉTRANGES RIVAGES)

L’histoire se déroule dans une magnifique contrée appelée ISLANDE, littéralement, «terre de glace», un état insulaire de l’Océan Atlantique Nord, situé entre le Groenland et la Norvège. Superficie : 103 000 km carrés. Population : 331,000 habitants. La capitale est Reykjavik. La langue nationale est l’Islandais. Le climat de l’Islande en est un de toundra, soumis aux vents froids polaires. La raison pour laquelle je livre ces détails est très simple : c’est tout le livre d’Indridason qui respire l’Islande. Même la langue, qui comprend quantité de mots presqu’imprononçables pour les francophones est présente dans chaque page du livre et donne à l’ensemble un rythme que j’ai trouvé agréable de par la toponymie rythmique Islandaise. L’intrigue du livre se déroule dans les fjords de l’est digne des paysages de GAME OF THRONES (il y a plusieurs lieux de tournages de cette série en Islande) où on peut voir des troupeaux de rennes, des glaciers, des aurores boréales ainsi que les hautes terres intérieures, soumises à d’impitoyables caprices météorologiques. La première chose que je peux dire de ce livre, c’est L’Islande comme si j’y étais.

Le livre raconte l’histoire d’Erlandur, (Personnage récurent de l’œuvre d’Arnaldur Indrisadon) policier à Reykjavik qui prend quelques jours en vacance et décide d’aller vagabonder dans son patelin natal : les fjords de l’est. Le commissaire est hanté par son passé et est devenu intéressé, même obsédé par les disparitions et des disparitions, il y en a eu sur les étranges rivages des fjords. Celle de son frère par exemple. Mais surtout, la même nuit où les soldats britanniques se sont perdus en pleine montagne pendant une violente tempête, presque au même moment, une jeune femme, Mathildur disparaît et n’a jamais été retrouvée. Pour Erlandur, elle est très étrange cette disparition pour ne pas dire suspecte. Après avoir découvert que Mathildur était au centre d’un triangle amoureux, Erlandur décide d’aller au bout de la vérité.

La quête d’Erlandur est au cœur du récit. Celui-ci créera involontairement un lien entre son enfance qui le hante et Mathildur. J’ai pu apprécier l’incroyable minutie de l’auteur dans son développement. J’ai été touché et emporté par l’opiniâtreté d’Erlandur, policier buté qui n’était pas en fonction officielle. Il n’était qu’en vacance, mais en fait ce seront les vacances les plus pénibles de sa vie. Son cœur tangue. Il est obsédé par la découverte de la vérité mais il sait qu’elle fera mal. Il s’interroge :

*À qui la découverte de la vérité serait-elle utile après toutes ces années, toutes ces décennies ? Pourquoi exhumer des choses que, sans doute, il valait mieux ne pas remuer ? À qui cela profiterait-il ? (Extrait)  En fait, Erlandur ne cherchait pas au départ à résoudre un crime. C’est le crime qui est venu à lui. Indridason a magnifiquement calibré son récit. Son atmosphère est glauque et la ténacité du policier est enveloppante. Imaginez comment Peter Falk pouvait être achalant dans les scénarios de la série COLOMBO. Erlandur est pire. Mais par le pouvoir d’une plume qui dégage d’intenses émotions, mon cœur est avec Erlandur. On sait ce qu’il veut, on se doute qu’il l’aura, mais comment ? Pour moi, ÉTRANGES RIVAGES est un roman noir dans un cadre blanc, profondément islandais dans son environnement, sa mentalité, son climat dur et imprévisible, son anthroponymie et sa toponymie imprononçables. Le rythme du roman est lent mais l’intrigue est très bien ficelée

Donc j’ai aimé ce livre mais je le répète, je l’ai trouvé dur. Il y a même des passages pénibles qui semble vouloir pousser le lecteur à se demander comment les choses font pour en arriver là. On y trouve tout de même de très belle séquences et l’histoire pousse à une réflexion sur les écarts de l’amour. Erlandur est attachant même si on peut s’interroger parfois sur ses motivations. Il se dégage de l’ensemble une mélancolie qui pousse un peu à la poésie. Quant à la finale, je l’ai trouvé magnifique, psychologiquement bien manœuvrée. C’était pour moi, une de mes rares incursions dans la littérature islandaise. Je me promets bien d’y revenir.

Arnaldur Indridason est né à Reykjavík le 28 janvier 1961. Diplômé en histoire, il est d’abord journaliste et critique de films, avant de se consacrer à l’écriture. Ses nombreux romans, traduits dans quarante langues, ont fait de lui un des écrivains de polar les plus connus en Islande et dans le monde, avec douze millions de lecteurs. Il a reçu le prix Clef de verre à deux reprises, en 2002 pour La Cité des jarres, et en 2003 pour La Femme en vert (également couronné par le Gold Dagger Award et le Prix des lectrices de Elle) et plusieurs autres prix prestigieux dont le prix espagnol du roman noir en 2013 pour Passage des Ombres. Douze de ses romans mettent en scène le personnage d’Erlendur Sveinsson, inspecteur de la police de Reykjavík. Plusieurs autres sont consacrés à des énigmes historiques ou des affaires d’espionnage.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le samedi 24 octobre 2020


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