LES JOURNALISTES SONT NULS

LES JOURNALISTES SONT NULS

Commentaire sur le livre de
BENOÎT DESCHODT

<Le commentateur sportif est à l’hystérie
ce que Francfort est à la saucisse : une
évidence consubstantielle.>

(Extrait : LES JOURNALISTES SONT NULS,
Benoît Deschodt, Walrus 2012, édition num.
80 pages numériques)

Benoit Deschodt est journaliste : il le confesse volontiers. Mais ce n’est pas parce qu’on fait partie d’une famille respectable qu’on n’a pas le droit d’en dire du mal ! Avec une bienveillance toute relative, une plume habile et une ironie cuisante, l’auteur dresse les portraits des plus beaux spécimens de journalistes que vous pourrez rencontrer si d’aventure, vous vous égarez dans une salle de rédaction. Et personne n’y échappe : de la secrétaire de rédaction au spécialiste des faits divers, du présentateur de journal télévisé au spécialiste du web, chacun en prend pour son grade et pourra se retrouver dans ces tableaux peints au vitriol. À condition d’avoir de l’humour… bien sûr…

ÇA PREND UN JOURNALISTE
POUR SE PAYER LA TÊTE DES JOURNALISTES
*Le journaliste culturel est à l’art ce que la tique
est au vieux chien : un parasite. Mais s’il est
possible au clébard de finir sa vie sans jamais
avoir connu les démangeaisons effroyables de
la tique, il est impossible à l’art de décrépir
tranquillement sans qu’un journaliste culturel
vienne se repaître de ce grand corps mourant.*
(Extrait : LES JOURNALISTES SONT NULS)

 

Même si on assiste à des changements intéressants depuis quelques années dans la présentation des journaux télévisés, en général, les téléspectateurs ont été habitués à voir le présentateur de nouvelles assis à un pupitre, veston, chemise et cravate impeccable avec quelques feuilles à la main et le télex à l’oreille. Maintenant, imaginez un peu ce même présentateur avec ce qu’il a sous le pupitre. Il pourrait très bien être en jeans ou en boxeur si ça se trouve, avec des pantoufles aux pieds. C’est le meilleur rapprochement que je puisse faire avec le livre LES JOURNALISTES SONT NULS. L’auteur Benoit Deschodt, lui-même journaliste *bave* un peu dans la main qui le nourrit en présentant les dessous de différents types de journalistes, développant les petits côtés qui portent à interprétation.

On connait l’archétype du journaliste : calepin et crayon prêts à jaillir, il ne court pas, il se rue, joue de l’épaule, avide de scoops, de sensationnel, pas toujours fidèle à la vérité et portant sur les nerfs. En dehors de cette structure générale, l’auteur y va de ses petits commentaires acidulés sur différents types de journaliste. En fait, tous les genres y passent. En tout, 18 tableaux…18 types de journalistes depuis le correspondant de guerre, jusqu’à la miss météo en passant par le journaliste culturel. Les tableaux sont courts, trois à quatre pages. Ils sont parfois grinçants, mais je n’ai rien senti de foncièrement méchant et c’est tant mieux car j’aurais été gêné pour l’auteur. On sent quand même l’ironie et une petite pincée de malice. L’auteur ne dit-il pas lui-même que ce n’est pas parce qu’on fait partie d’une famille respectable qu’on a pas le droit d’en dire du mal.

Mon tableau préféré est celui concernant l’animateur de talk-show. C’est le journaliste social typique. La façon dont s’exprime l’auteur vous donne une idée assez exacte de l’ensemble de l’ouvrage et j’ai choisi ce tableau parce que le journaliste social est probablement celui qui m’énerve le plus, spécialement celui qui verse dans le potinage : *L’animateur de talk Show est au journalisme ce que Pol Pot était au Cambodge : un fléau* (Extrait) La façon de s’exprimer de Deschodt est très élaborée. Trop même. Je cite en exemple cette façon dont il parle de cette espèce de soupe que l’animateur de talk show sert en général à ses invités : *Un velouté onctueux agrémenté d’une lichette de miel, d’une pincée de soupline et d’un zeste de crème à tartiner. Bref, ça dégouline de partout, c’est dégeu et indigeste, mais le cuistot est fier de sa tambouille .* (Extrait) Langage tantôt argotique, tantôt néologique et qui fait parfois très *sciences sociales*. C’est là où saute aux yeux la principale faiblesse du livre.

Le langage du livre est sûrement très vendéen, je peux le comprendre, mais il est globalement trop *français*. Sans le voir probablement et au nom d’un évident sens de l’humour, Deschodt a utilisé un langage trop haut perché, suffisamment pour embrouiller le lecteur et lui faire perdre de l’intérêt. J’aurais souhaité que l’auteur *universalise* son langage ou tout au moins fasse un effort en ce sens, tout comme l’idée qu’on se fait habituellement du journalisme est universelle. Ainsi le texte aurait été clair autant pour le français que pour l’africain, le québécois ou le belge…

Je veux aussi signaler un irritant : l’auteur s’étend très longtemps sur certains sujets avec des phrases très longues…étalage de savoir avec beaucoup trop de mots descriptifs, argotiques ou régionaux qui obligent le lecteur à relire des paragraphes entiers pour être sûr de comprendre. Ça manque de fluidité. Autrement, le livre se lit très vite, les tableaux sont courts et plusieurs passages et tableaux m’ont arraché des sourires sinon des rires comme s’ils m’avaient imprégné des petits secrets d’une confrérie car j’ai été journaliste moi-même et qu’à certains moments, je me suis reconnu.

C’est un livre à caractère empirique qui n’aura pas un grand impact dans la littérature mais ça se laisse lire et ça fait rire, signe que ça peut au moins avoir un impact personnel. Je serais curieux de savoir ce que ça aurait donné si le livre avait été enrichi de la longue saga du COVID 19.

Après dix ans à parcourir de nombreuses rédactions de France, de la presse quotidienne à la presse magazine en passant même, brièvement, par la télévision, le journaliste indépendant Benoît Deschodt a entrepris de laisser la fiction prendre le pas sur l’information, à moins que ce ne soit l’inverse. Œil gauche du cyclope, il publie une galerie de portraits de journalistes, dans la plus grande objectivité informative.., ou pas… *Benoît Deschodt est un journaliste comme les autres à ceci près qu’il a de l’humour.* (Extrait de la préface). 
N.B. Deschodt se prononce DESKOTT.

BONNE LECTURE
CLAUDE LAMBERT
le dimanche 28 juin 2020

LES FILLES DE CALEB

LES FILLES DE CALEB
tome 1 : Le chant du coq

Commentaire sur le livre d’
ARLETTE COUSTURE

*-Ben, vous savez…son rhume qui traîne depuis
le commencement de l’hiver… Ben… le docteur
a dit que c’est pas un rhume ordinaire…Ça l’air
que… Ben nous autres on pensait que C’était
une pneumonie… Mais le docteur a dit que ça
l’air d’être plus grave…*
(Extrait : LES FILLES DE CALEB, Tome 1 de 3, LE CHANT
DU COQ, Arlette Cousture, Éditions Québec/Amérique,
Édition de papier, 540 pages.)

Ce premier volet de la trilogie Les Filles de Caleb nous fait connaître une héroïne forte et passionnée, Émilie Bordeleau, dont nous suivons le destin de 1892 à 1946. Institutrice dans une humble école de rang de Saint-Tite, Émilie s’éprend d’un de ses élèves, Ovila Pronovost, à qui elle finit par unir sa vie, pour le meilleur et pour le pire. Leur amour, leurs défis, leurs épreuves, voilà ce qui nous est raconté dans ce roman qui n’a cessé d’embraser l’imagination des lecteurs depuis bientôt deux décennies. Cette trilogie est en fait une chronique dans laquelle Arlette Cousture propose aux lecteurs/lectrices de suivre le quotidien de Caleb, sa femme Célina et de ses filles, en particulier d’Émilie dans le décor grandiose de la Mauricie. Une vie avec ses hauts et ses bas mais calquée sur la terre et la vie.

ENTRE BONHEUR ET MALHEUR
LE DÉFI D’UNE VIE
*Il se rendit à peine compte qu’elle
avait enlacé ses épaules de ses
bras tant son âme l’avait
quitté pour rejoindre la voie
lactée*
(Extrait : LES FILLES DE CALEB)

Mon idée au départ était de lire ce classique d’Arlette Cousture pour me faire une idée de la qualité d’adaptation à l’écran. Jamais je n’aurais cru être autant imprégné d’une télé-série. Chaque fois que je lisais une réplique d’ovila, je revoyais Roy Dupuis incarner l’éternel enfant qui affectionnait la liberté et…la bouteille. Chaque fois que je lisais un passage impliquant Caleb, je revoyais Germain Houde jouer le rôle du père à la fois timide et inquisiteur et chaque fois que la parole était à Émilie dans un accès de colère comme dans un accès de gaieté, je revoyais Marina Orsini jouer le rôle d’une jeune fille un peu en avant de son temps avec un caractère bien trempé.

Je ne suis pas un grand adepte du petit écran, mais je me rappelle m’être plongé littéralement dans cette télé-série de 20 épisodes au début des années 90. Aujourd’hui, je me rends compte que la télé a occulté sans peine le livre. En effet, cette télé-série a été une des plus populaires dans l’histoire de la télévision canadienne. Toutefois, avec le recul du temps, le livre pourrait bien sortir de l’ombre car il commence à être en demande à nouveau. Quoiqu’il en soit, j’ai adoré ma lecture à cause de la spontanéité de ses personnages et parce qu’il dépeint un portrait extrêmement réaliste de l’histoire du Québec, fin des années 1800, début des années 1900.

Et puis je peux bien le dire, j’avais un préjugé favorable au départ car l’histoire se déroule dans ma belle Mauricie, à Saint-Tite, Saint-Stanislas et Shawinigan qui est ma ville natale. Arlette Cousture dépeint avec émotion la difficile survie des familles québécoises spécialement dans les campagnes, un taux de mortalité élevé, une économie en dents de scie. L’auteure développe aussi l’autre côté de la médaille : le caractère précieux de la famille, l’entraide, sans compter une magnifique description de la nature et des superbes paysages de la Mauricie. Autre aspect intéressant, Émilie Pronovost était une pionnière étant une des premières femmes laïques à devenir enseignante devant affronter ainsi continuellement le caractère misogyne de son époque, reflet de l’histoire du Québec et je dirais de l’histoire tout court.

Si je me réfère à la trilogie, je crois qu’Arlette Cousture brille par son caractère direct. En effet, l’histoire couvre une longue période, elle comprend trois livres et pourtant, il n’y a pas de longueurs pas de redondances mises à part bien sûr la récurrence inhérente à l’histoire : les nombreuses *brosses* d’Ovila et comme c’était courant à l’époque, un enfant attend pas l’autre.

LES FILLES DE CALEB est essentiellement une histoire d’amour, une histoire triste avec une intensité dramatique addictive qui comprend une bonne dose d’émotion. Le fil conducteur est précis et solide donc le livre se lit très bien et vite. L’écriture est soignée et forte. L’ensemble est bien structuré et se détache par la richesse du langage. Il y a en  effet un bel étalage de jargon québécois mais pas à outrance. Pour moi, ça demeure limpide tout au long du récit. Même si le style va droit au but avec des phrases courtes pour moi, ça ne nuit pas à la compréhension des sentiments qui animent les principaux personnages mais en lisant, j’avais souvent la télé-série en tête ce qui répond peut-être à une de vos interrogations : oui, j’aurais dû lire le livre avant de regarder la télé-série. C’est ce que je fais habituellement. Ici je croyais que tout ce temps écoulé allait me permettre de lire sans influence et en toute indépendance le livre d’Arlette Cousture. Ce ne fût pas le cas.  Mais je crois sans l’ombre d’un doute que LES FILLES DE CALEB est un chef d’œuvre de la littérature québécoise adapté jusqu’en France. À lire ou relire.

À LIRE AUSSI

     

Née à Saint-Lambert en 1948, Arlette Cousture a pratiqué plusieurs métiers avant de se consacrer entièrement à l’écriture. Elle a été animatrice pour différents magazines culturels, recherchiste, journaliste et même relationniste. C’est en 1985 qu’est publié le premier tome de la série Les Filles de Caleb – Le chant du coq. Le deuxième, Le cri de l’oie blanche, sort à peine un an plus tard. En 1995, les deux premiers tomes sont réédités aux Éditions Libre Expression. Le dernier volet de la trilogie, L’abandon de la mésange, paraît en 2003. Au Québec, en France et dans les autres pays de la francophonie, les trois tomes des Filles de Caleb ont été publiés à plusieurs millions d’exemplaires. Cette œuvre a été adaptée à la télévision au début des années 1990 et, plus récemment, en comédie musicale. En 2010, pour souligner les vingt-cinq ans de la série, les trois tomes sont réédités aux Éditions Libre Expression.

L’œuvre d’Arlette Cousture a séduit des centaines de milliers de lecteurs de par le monde.

En haut à gauche, Marina Orsini incarne Émilie Bordeleau. En haut à droite, Germain Houde dans le rôle de Caleb Bordeleau. En bas à l’avant-plan, Roy Dupuis incarne Ovila Pronovost, soupirant d’Émilie Bordeleau. Le téléroman est en vingt épisodes réalisés par Jean Beaudin. Il a été diffusé par Radio-Canada d’octobre 1990 à février 1991 et par France 3 de décembre 1992 à avril 1993.

Bonne lecture
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 27 juin 2020

LES FABULEUSES TRIBULATIONS D’ARTHUR PEPPER

LES FABULEUSES TRIBULATIONS
D’ARTHUR PEPPER

Commentaire sur le livre de
PHAEDRA PATRICK

*…Où irait-il ensuite ? Où le mènerait le prochain
indice ? Arthur était trop las pour y réfléchir,
fatigué par le chaos qui régnait dans sa tête.
«un peu de répit par pitié…» , songea-t-il en
tournant un nouveau coin de rue.*
(Extrait : LES FABULEUSES TRIBULATIONS D’ARTHUR
PEPPER, Phaedra Patrick, édition originale : Mira
2015, Bragelonne 2016 pour la présente traduction.
édition numérique, 360 pages)

Un an après la mort de Miriam, Arthur consent enfin à se séparer des affaires de sa défunte épouse. Il découvre alors un bracelet qu’il n’avait jamais vu, et les breloques suspendues à ce bijou par d’épaisses mailles en or massif : Un éléphant, un tigre, une fleur, un livre, un cœur et j’en passe. Toutes ces breloques constituent autant d’énigmes qui lui donnent envie de mener l’enquête. Que sait-il vraiment de celle qui a partagé sa vie pendant plus de quarante ans ?  Sans s’y attendre, il ira au-devant de surprenantes révélations. Une histoire étonnante dont Arthur pourrait bien devenir le héros.

SURPRENANTE QUÊTE SUR LE PASSÉ
D’UNE DÉFUNTE
*En l’espace de quelques semaines, il était
passé du veuf pleurant son épouse défunte
à l’ancien époux qui remettait toute sa
vie en question…*
(Extrait : LES FABULEUSES TRIBULATIONS
D’ARTHUR PEPPER)

Cette histoire est relativement simple. Un an après la mort de sa femme, Arthur Pepper fait une découverte en fouillant dans ses affaires…une découvertes qui allait changer sa vie : *À ma grande surprise, j’ai découvert un bracelet en or caché dans l’une de ses bottes. Je ne l’avais jamais vu, ce bracelet. Il était décoré de nombreux charmes : un éléphant, un cœur, une fleur…* (Extrait). Arthur allait finir par apprendre que chaque charme a une signification particulière. Il n’avait plus qu’une idée en tête : découvrir l’origine de ce bijou et de chacun de ses ornements et tout savoir sur le passé de sa femme : *Je pensais que Miriam et moi n’avions aucun secret l’un pour l’autre et je découvre que je ne sais rien d’elle. Je suis confronté à tout ce…ce vide, et il faut vraiment que je le comble, quand bien même ce que j’apprendrai me laissera effondré*. (Extrait)

Voilà…ce livre est l’histoire d’une obsession et effectivement monsieur Pepper sera entraîné dans de nombreuses tribulations dont quelques-unes assez extraordinaires. Au départ, le titre est justifié. Je précise que cette obsession ne tourne pas à la folie, loin de là. Nous avons ici les aventures d’un homme sensible, affaibli par la solitude, qui adore ses deux enfants et qui va, dans son enquête, me faire passer par toute une gamme d’émotions. Il y a des moments drôles, tendres des fois plus dramatiques. Notre héros se rend tout simplement compte qu’il connaissait mal sa femme ou du moins son passé. Arthur va jusqu’à réaliser qu’il se connait mal lui-même.

Cette histoire est un peu développée à la manière d’un conte. Il y a une légère touche de fantastique, de l’improbable, de petites morales et des liens relativement faibles entre les aventures. C’est une faiblesse du tout : le fil conducteur est instable mais la plume fluide de Phaedra Patrick réussit à entraîner le lecteur dans les tribulations du héros qui va jusqu’au bout du monde pour satisfaire sa curiosité et à rendre ses principaux personnages attachants.

On est loin du chef d’œuvre. L’histoire manque de profondeur, les enchaînements sont faibles et j’ai trouvé la traduction légèrement douteuse. Toutefois, l’idée de base ne manque pas d’originalité car si l’auteur a négligé certains aspects dans la construction de son récit, elle s’est bien gardée de verser dans le mélodramatique et la fleur bleue. Elle a créé un personnage profondément humain mû par l’espoir et l’amour, inquiet de savoir s’il était à la hauteur de sa femme. Il y a quelque chose de doux dans ce récit, de léger : *Des oiseaux chantaient çà et là, et un papillon vulcain se posa même quelques instants sur son épaule. –Salut, toi ! Je suis venu me renseigner sur le passé de ma femme, lui dit-il, avant de lever la tête pour le regarder s’envoler.* (Extrait)

C’est léger et rapide à lire. Une aventure par breloque selon le principe de la chaîne d’évènements. Même avec des liens plutôt minces, ça entraîne le lecteur et le pousse à aller plus loin. Ça peut même pousser au questionnement. Par exemple, est-ce une bonne chose d’occulter complètement son passé à son conjoint ou sa conjointe. Comment définit-on la confiance dans ce cas?

Il est un peu difficile de rentrer dans l’histoire. Il y a des longueurs dès le début. C’est un peu tiré par les cheveux mais graduellement, le lecteur peut être poussé à l’empathie comme je l’ai été pour Arthur Pepper. C’est agréable comme lecture mais pas plus. Je suis resté un peu sur ma faim. Hé bien ami lecteur, amies lectrice, *la balle est dans votre camp*.

Phaedra Patrick est une auteure native du Royaume-Uni. Elle est diplômée en histoire de l’art et marketing. Son parcours atypique lui a fait endosser successivement les rôles d’artisan du vitrail, d’organisatrice de festivals de cinéma et de chargée de communication. Elle vit avec son mari et son fils non loin de Manchester. « Les fabuleuses tribulations d’Arthur Pepper » (The Curious Charms of Arthur Pepper, 2016) est son premier roman.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 21 juin 2020

LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE

LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE

Commentaire sur le livre de
ADRIAN J WALKER

*Nous avions été réveillés en sursaut quatre semaines
auparavant, par un vacarme assourdissant et avions
passé tout notre temps, depuis, sous la terre. Pas de
télévision, pas de radio, pas d’internet, pas de
journaux. Nous n’avions pas la moindre idée de ce
qui était arrivé au monde.
(Extrait : LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE, Adrian J Walker,
T.F. : Hugo et compagnie, 2016, collection Hugo thriller, édition
de papier, 560 pages)

À 35 ans, Edgar Hill est un père et un mari absent. C’est un homme éteint. Une chaîne d’évènements va changer sa vie. Séparé de sa femme et de ses enfants par plus de 800 kilomètres. Edgar n’a qu’une option pour les rejoindre : courir. Courir jusqu’à l’épuisement, dépasser ses limites…se battre contre lui-même et pas seulement…de graves dangers le guettent tout au long de sa traversée d’un Royaume-Uni dévasté par une catastrophe. Ce qu’il sait dans l’immédiat, c’est que s’il n’arrive pas à temps, il perdra sa famille. Sa décision est prise. Edgar va courir… courir dans un paysage de fin du monde, à travers les vestiges calcinés de son pays détruit par une frappe foudroyante et la folie qui s’ensuit… courir dans un paysage de désolation et de mort… courir pour ne pas mourir lui-même… courir après une lumière : retrouver sa femme et ses enfants… courir aussi vite qu’il le peut. Est-ce que ça suffira ?

SURVIVRE=COURIR
*«Deux balles, deux têtes, a repris Bryce, fixant le viseur
de son fusil. Bam. Bam. Bonne nuit… -super idée, ai-je
répondu. Tues-en deux, comme ça les autres sauront
où on est. Vas-y , on verra jusqu’où on pourra aller
avant qu’ils nous rattrapent.>
(Extrait : LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE)

L’histoire commence par la catastrophe que, semble-t-il, personne n’attendait : une pluie de météorites gigantesques détruit une partie du monde. L’histoire se concentre sur le Royaume-Uni devenu une icône du chaos et d’une dévastation inimaginable : *Vous ne savez sans doute pas ce que c’est de voir que tout ce qui faisait partie de votre monde s’est soudain arrêté, est mort ou a disparu* (Extrait) L’histoire est celle d’Edgar Hill. Ed, comme on l’appelle est porté volontaire pour trouver de la nourriture dans les villes et les villages des environs. Pendant une de ses missions, donc à son insu, un hélicoptère prend à son bord sa femme et ses enfants pour les évacuer dans un endroit apparemment épargné par les pierres.

Outré autant que découragé, Ed apprend qu’une évacuation est organisée vers la Cornouailles d’où doivent partir des bateaux, sachant que sa famille montera à bord d’un de ces bateaux, il a 30 jours pour rejoindre le port. Ed est à 800 kilomètres de sa famille. Pour la rejoindre, il devra traverser toute l’Angleterre…en courant. Quelques autres personnes se joignent à lui. Ce n’est pas à proprement parler un livre qui pousse à la réflexion sur la condition humaine mais il en dit long sur la capacité d’un être humain de déployer force, énergie et volonté au nom de l’amour. Jusque-là, il n’y a rien de nouveau. Mais qu’un homme puisse courir 800 kilomètres en 30 jours pour rejoindre sa famille, ça, c’est original. Plus, c’est une trouvaille. Comme il n’y a plus de lois, Ed et ses amis doivent affronter des ennemis qui ont pris sur eux de marquer leur territoire et de tuer au nom de la loi du plus fort. Cet aspect de l’histoire transforme le livre en un redoutable thriller.

J’ai beaucoup aimé ce livre malgré ses longueurs. Le livre a 560 pages et à certains moments, l’auteur s’étend longtemps, mais le fil conducteur de l’histoire étant fort et stable, on oublie vite cette petite faiblesse. En fait, le lecteur est happé dès le début. Walker décrit la catastrophe avec une surprenante habileté descriptive et va plus loin, il prend le temps de décrire la façon dont les personnages reprennent leurs esprits et réalisent ce qu’il leur arrive. Un tel souci du détail rend le rythme lent par moment et dans les circonstances ce n’était pas pour me déplaire. Stephen King m’a habitué à ce style, incluant la psychologie des personnages, très bien élaborée dans le livre de Walker qui jongle habilement avec les sentiments induits par la catastrophe : découragement, espoir, amitié, entraide, empathie. J’ai trouvé l’écriture belle et le développement soigné.

Ce roman me rappelle un peu *2010*, la suite de ODYSSÉE DE L’ESPACE 2001, livre adapté à l’écran en 1984 par Peter Hyams. Le message de la fin du film nous rappelle que nous ne sommes que les locataires de notre planète. Dans le livre de Walker, nous dirons que le loyer s’est fait sérieusement brassé. Vu sous cet angle, le livre véhicule une certaine conscience environnementale : *Comment aurions-nous pu prendre soin de notre planète, alors que nous n’étions déjà pas capables de prendre soin de nos pays, de nos villes, de nos propres communautés ? De nos propres familles. De nous-mêmes, De nos propres corps. De nos propres esprits ?* (Extrait) Ce roman, dans l’ensemble de son développement vient nous rappeler à quel point la surexploitation de notre planète rend l’équilibre de l’humanité fragile.

C’est un livre qui se lit bien mais pas trop vite car la psychologie des personnages est fortement étayée, je le rappelle. Il faut être patient par moment. Certaines longueurs sont de nature descriptive. Tout le long du périple d’Ed, l’auteur décrit avec force détails un décor de malheur, de désolation, de chaos et de destruction. Rien de trop désagréable. Ça se lit bien. La finale m’a laissé un peu sur ma faim. Elle pourrait aussi se prêter à une suite. Bref, une lecture que je recommande : LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE d’Adrian J Walker.

Adrian J Walker est un écrivain australien né dans le bush autour de Sydney. Il a grandi en Angleterre où il vit toujours. Il se passionne pour l’écriture, la musique et la technologie. Sur le plan littéraire, il s’est spécialisé dans la fiction dystopique et spéculative. LES COUREURS DE LA FIN DU MONDE est son tout premier roman en français. Ce roman a une particularité : il commence par la fin. Autres romans prometteurs : FROM THE STORM ET COLORS, première partie de sa trilogie de science-fiction EARTH INCORPORATED. Pour en savoir plus, visitez son site officiel :
livres et blog.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 20 juin 2020

LE SORCIER

LE SORCIER

Commentaire sur le livre de
DAVID MENON

*-Il m’avait confié ce que Georges Lui faisait.
Il m’a pris comme ami et comme protecteur.-
-Et toi tu lu as planté un couteau dans le dos?-
-Mary Griffin a utilisé mon homosexualité
contre moi.- Comment ça?>
(Extrait : LE SORCIER, David Menon, 2013, édition
numérique, 200 pages.)

Trois cadavres sont retrouvés dans une vieille maison à côté de l’Université de Manchester. La maison était autrefois un pensionnat de garçons et l’inspecteur en chef Jeff Barton et son équipe mettent à jour la terrifiante époque de brutalité et d’abus qui s’y déroula. Leur enquête les mène sur les traces de l’ancien directeur et de sa femme à présent installés dans une villa en Espagne. Des secrets et mensonges familiaux remontent à la surface et avec eux, leur liste de victimes. Mais Jeff, père célibataire depuis la mort de sa femme, tiraillé entre un travail exigeant et Toby, son fils de cinq ans découvre peu à peu ce que personne ne voit. Un plan audacieux et implacable fomenté par une ancienne victime pensionnaire désormais déterminée à se venger. Si Jeff voit juste, alors lui et son  équipe doivent agir vite avant que la maîtrise de la sentence ne leur échappe pour de bon.

ILS ÉTAIENT CENSÉS ÊTRE EN SÉCURITÉ
*Depuis des années, ce réseau gagne des milliers et des milliers
avec la vente et la distribution de ses films de pédopornographie
particulièrement violents et écœurants. Ils s’en sont sortis en
cachant leurs activités derrière des vitrines respectables, mais
le mode opératoire a toujours été le même. Dans tous les
pays, ils utilisent des enfants des quartiers défavorisés, qui
sont une institution en eux-mêmes.
(Extrait : LE SORCIER)

C’est une histoire très sombre et elle commence sur des chapeaux de roues. Au cours des rénovations entreprises dans un vieux bâtiment qui servait autrefois de pensionnat pour jeunes garçons, des travailleurs font la découverte de cadavres dans les sous-sols. Les travaux sont arrêtés, la police mandée sur les lieux. L’enquête s’annonce complexe. On fait appel à l’enquêteur chef Jeff Barton, personnage récurrent de l’œuvre de David Menon. Il aura besoin d’aide et d’un estomac solide car si l’enquête met à jour de la crasse au départ, la suite devient une histoire d’horreur sans nom.

Dans ce livre, la plume de Menon a deux qualités particulières : elle ne vous fera jamais dévier de l’histoire et elle entretient minutieusement l’intrigue jusqu’à la fin. C’est une force remarquable qui pousse à tourner page après page. Je vous avertis toutefois que certains passages sont à soulever le cœur, le principal suspect n’étant rien de moins qu’un monstre sans conscience, un tordu complètement dénué d’empathie et de compassion, persuadé dans son obsession qu’il rendait service aux enfants : *« C’était dans le donjon qu’ils faisaient leurs films. Ils y emmenaient certains garçons et les gardaient toute la nuit. C’était des trucs SM. Les garçons étaient attachés par les entraves fixées au plafond. Griffin les violait et c’était filmé. »* (Extrait)

C’est une histoire très bien ficelée avec une intrigue solide et un développement en crescendo. L’auteur y a imprégné suffisamment de réalisme pour faire frissonner le lecteur. Je parle de réalisme car bien qu’étant une fiction, toutes les sociétés ont connu des drames semblables à celui développé dans le SORCIER. À ceux et celles qui seraient tentés de faire un rapprochement avec les orphelins de Duplessis, je précise tout de suite que dans LE SORCIER, l’histoire va beaucoup plus loin. Bien que ce soit une bonne histoire, elle est très dure et je ne la recommande pas aux cœurs sensibles. : *…Cette enquête plongeait de plus en plus dans les méandres d’esprits aussi malades que tordus.* (Extrait)

La principale faiblesse de cette histoire est la quantité de personnages. On s’y perd un peu parce que les monstruosités commises sur les garçons ont provoqué à moyen terme des drames d’un autre type : suicides, éclatements familiaux, maladies mentales, peur et paranoïa et j’en passe. Des familles s’imbriquent, les personnages s‘entrecroisent. L’identité de plusieurs de ces personnages risque de vous échapper. Il y a moyen de surmonter cette faiblesse en se concentrant bien sur le début de l’histoire. Puisqu’on parle de personnages, je ne peux pas dire vraiment que j’ai réussi à m’y attacher. Je les ai trouvés un peu froids sauf peut-être Jeff Barton à qui l’auteur a donné un rôle aussi capital qu’effacé. Ça peut paraître étrange mais Menon a prêté à son principal personnage une qualité qui a poussé d’autres personnages bien connus dans des sommets de gloire comme Hercule Poirot ou Sherlock Holmes. Cette qualité, c’est l’intuition. Barton m’a surpris. C’est une des grandes qualités que je recherche dans un livre.

Quelques petits points en terminant. Je me demandais pourquoi LE SORCIER comme titre. Je l’ai compris dans les dernières pages. L’auteur aurait pu faire mieux là-dessus. Ensuite j’ai trouvé la finale un peu expédiée et j’ai été un peu déçu du sort de certains personnages. À vous de voir. Enfin l’édition que j’avais comportait une mise en page douteuse. La version numérique n’était guère mieux, mais *j’ai fait avec*. Recommandé pour les cœurs solides et amateurs d’émotions…LE SORCIER de David Menon.

« J’aime écrire dans le genre de crime parce que je peux couvrir toutes les différentes classes sociales, sexe, race, sexualité, histoire, contemporain … c’est vraiment un grand pinceau et ma motivation d’écrire vient d’un désir de divertir les gens avec une bonne histoire. »

David Menon

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 14 juin 2020

LE SIXIÈME HIVER

LE SIXIÈME HIVER

Commentaire sur le livre de
DOUGLAS ORGILL et JOHN GRIBBIN

*Les températures que nous avons en ce moment
en Saskatchewan sont incroyablement basses et
il n’y a aucune chance qu’elles remontent. Nous
avons pris hier à Ottawa une décision qui sera
annoncée demain. Nous allons évacuer
Winipeg…*
(Extrait : LE SIXIÈME HIVER, Douglas Orgill & John
Gribbin, Éditions du Seuil, t.f. 1982, édition de papier
355 pages)

Sur une route du Dakota du sud, un automobiliste bloqué par une tempête de neige voit soudain une espèce de colonne blanche tourbillonnante effacer un village de la carte…Dans des régions habitées d’union Soviétique. On a observé des hordes de loups…Signe avant-coureur, d’une mutation brutale du climat que le docteur William Stovin avait annoncée sans être entendu: après un intermède de 15 000 ans, la terre retourne à sa condition normale et une nouvelle ère glaciaire commence. New-York, Chicago, Montréal, Hambourg, Moscou, rapidement inhabitables, finissent par disparaître. Il n’y a plus ni essence ni électricité. La famine s’étend. Les survivants tentent de s’organiser,  mais voilà…l’humanité a-t-elle encore un avenir ? 

CAUCHEMAR BLANC
*Voici ce que vit alors Stoven. Un grand rectangle
d’une centaine de mètres carrés était entouré
 
d’une barrière construite à la hâte. Et, sous de
grandes bâches, étaient allongés des corps par
 
centaines, entassés les uns au-dessus des
autres…il n’y avait pas eu un seul survivant.*
(Extrait : LE SIXIÈME HIVER)

Bien que publié en 1982, ce livre a conservé toute son actualité. C’est un récit original à plusieurs égards en particulier parce qu’on y développe l’idée d’une fin du monde indépendante des méfaits de l’humanité. Les auteurs décrivent la fin d’un cycle pour notre bonne vieille terre qui est précipitée dans la sixième ère de glaciation de son histoire et les signes annonciateurs sont d’une horreur sans nom, entre autres, la manifestation de ce que les autochtones appellent le danseur : une gigantesque tornade de neige et de glace qui élimine une ville de la carte en quelques secondes.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les auteurs ont trouvé le ton juste car c’est un récit à faire froid dans le dos, ceci dit sans jeu de mots : *Ce froid, dit Stovin, n’est pas de ce monde. Véritablement pas de ce monde. Quelle est la température à une vingtaine de kilomètres de haut ? Même au-dessus de l’équateur. Quelque chose comme quatre-vingts degrés en-dessous de zéro…* (Extrait) L’histoire laisse à penser que les humains sont de biens petits formats devant une nature déchaînée : *Si l’on ne tient pas compte des effets à long terme, ce qui a frappé cette ville est plus terrible que la bombe atomique d’Hiroshima* (Extrait) Les phénomènes de glaciation décrits dans ce livre sont foudroyants et sont de nature à ne pas laisser le lecteur indifférent.

Si vous avez vu le film LE JOUR D’APRÈS de Rolland Emmerich, vous avez automatiquement une bonne idée du livre. LE SIXIÈME HIVER, tout comme le scénario du film se divise en deux grandes parties : la description très détaillée d’une chaîne de catastrophes et une opération de sauvetage, le tout baignant dans une philosophie de conscientisation : *On ne va pas comprendre ce qui arrive en s’occupant uniquement du climat. Il faut élargir le champ de vision. Il va falloir que nous comprenions ce qui arrive grâce à ce qui se passe…* (Extrait) ce qui nous amène à un élément classique dans ce genre d’histoire : la science des premières nations, la culture inuit en particulier qui a pu s’adapter au fil des siècles et qui semble encore y parvenir.

J’ai trouvé ce livre excellent, crédible et captivant. Il est présenté sous forme de roman mais il a les qualités d’une étude sérieuse de la société, une analyse des comportements qui va au-delà de la science et de la psychologie humaine, je pense aux scientifiques américains et soviétiques coincés autant dans la neige que dans leur mentalité politique. Alors maintenant, imaginez un monde où il n’y a plus de frontières et dans lequel il faut s’organiser avec l’objectif immédiat de survivre.

Je n’ai que deux petits reproches à faire. D’abord la vitesse incroyable des évènements. On peut l’observer dans le livre tout comme dans le film LE JOUR D’APRÈS. Ce qui doit prendre des centaines d’années à arriver se passe en quelques jours C’est le côté catastrophiste du récit par opposition au terme catastrophique. On manque de place, on manque de temps alors on précipite tout : *…il ne s’agissait pas de débattre si la terre se refroidissait ou non…elle se refroidit. Mais beaucoup de chercheurs continuaient de se cramponner à l’idée que les changements de climat sont…très lents…les pessimistes pensaient…environ deux siècles. Les optimistes disaient dix mille ans .* (Extrait) Que l’humanité soit confrontée à une catastrophe de grande envergure, je n’en doute pas. Mais d’instinct, je pense que ça ne se fera pas en claquant du doigt. Est-ce que l’humanité aura la sagesse de s’y préparer ? Ça c’est une toute autre histoire.

Enfin, c’était peut-être plus fort que les auteurs ou c’était inconscient, peu importe. J’ai senti dans le livre le petit côté *bon capitaliste* *mauvais communiste*. Je pense en particulier au président américain à qui on a prêté dans le récit un côté condescendant qui tape sur les nerfs. Ça pose tout de même un problème intéressant. Est-ce que l’homme pourrait survivre en éliminant complètement les barrières politiques et culturelles ? C’est là je crois une formidable matière à débat. Donc un très bon livre, pas loin du chef d’œuvre qui se lit vite et bien…à lire avec une petite laine…

John Gribbin

Douglas Orgill (1922-1984) était un écrivain américain. Il a écrit plusieurs romans d’espionnage et policiers et publié quelques livres sur les deux guerres mondiales. Collaborateur du Daily Express et aussi, auteur d’un essai sur Laurence d’Arabie, il débute en 1979 une collaboration avec John Gribbin pour publier deux livres dont LE SIXIÈME HIVER pour lequel il a effectué des voyages en Sibérie et en Alaska pour recueillir des données utiles à son oeuvre.

John Gribbin est un écrivain et scientifique britannique né en 1946. Après des études d’astronomie et d’astrophysique à l’Université du Sussex et à Cambridge, il a collaboré à Nature, l’une des plus prestigieuses revues scientifiques du monde. Auteur de divers ouvrages destinés au grand public, dont plusieurs consacrés à la climatologie, Gribben a publié près d’une centaine d’œuvres.

UN FILM À LA MÊME ENSEIGNE

Film catastrophe américain réalisé par Roland Emmerich et sorti en 2004. Le climatologue Jack Hall avait prédit l’arrivée d’un autre âge de glace, mais n’avait jamais pensé que cela se produirait de son vivant.
Un changement climatique imprévu et violent à l’échelle mondiale entraîne à travers toute la planète de gigantesques ravages : inondations, grêle, tornades et températures d’une magnitude inédite. Jack a peu de temps pour convaincre le Président des États-Unis d’évacuer le pays pour sauver des millions de personnes en danger, dont son fils Sam.
A New York où la température est inférieure à – 20° C, Jack entreprend une périlleuse course contre la montre pour sauver son fils.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 7 juin 2020

LE RITUEL

LE RITUEL

Commentaire sur le livre de
ADAM NEVILL

*…dans ce spectacle rouge et jaune d’une brutalité
inattendue, tous distinguèrent le sourire osseux
d’un maxillaire. Juste au-dessus de l’os se trouvait
un œil, aussi gros qu’une boule de billard, vitreux
et terne. Autour, un long crane, de profil.
(Extrait : LE RITUEL, Adam Nevill, édition originale :
2011, Éditions Bragelonne 2013 pour la présente
traduction. Édition numérique, 400 pages.)

LE RITUEL raconte l’histoire de quatre copains qui décident de s’aventurer dans la nature sauvage scandinave simplement pour marcher, camper quelques jours s’évader du quotidien et aussi pour le plaisir de se retrouver ensemble tous les quatre : Hutch, Luke, Phil et Dom. Toutefois, l’enthousiasme des amis est miné par la pluie incessante, l’inexpérience et le surplus de poids de Phil et Dom entre autres et en l’espace de quelques heures, leur randonnée tournera au cauchemar. Perdus et affamés dans des bois inexplorés depuis des temps anciens. La situation leur échappe à la vitesse grand V : mises en scène macabres et sacrifices païens en l’honneur d’une créature millénaire. Face à l’innommable, la folie guette ceux qui font désormais partie du RITUEL. Aux dires de Jonathan Maberry, auteur de APOCALYPSE ZOMBIE. LE RITUEL est une plongée aliénante dans les abîmes de la terreur. Profondément dérangeant… 

IMMERSION  EN ÉPOUVANTE 
*Ils méritaient de mourir. Il voulait qu’ils
meurent. Il voulait verser leur sang jeune
et toxique, effacer cette misérable partie
du monde de la surface de la terre. Oui, ils
avaient raison…*
(Extrait: LE RITUEL)

LE RITUEL, c’est 400 pages de cauchemar et d’horreur pour lecteurs avisés. Le sujet est pourtant courant surtout au cinéma : des amis…quatre copains : Hutch, Phil, Dom et Luke qui décident d’échapper à la routine quotidienne et décident de partir à l’aventure dans la forêt scandinave. Dès qu’ils pénètrent dans la forêt, rien ne va plus, ils tournent en rond. Impossible de revenir en arrière. La situation se complique du fait que deux des hommes, Phil et Dom accusent une importante surcharge pondérale et finissent par se blesser, retardant dangereusement le groupe. Même la boussole les trompe.

Puis, lors d’une tentative de sortir de cette inquiétante forêt, les copains découvrent un cadavre d’animal éviscéré suspendu à un arbre. La suite est une série d’épisodes cauchemardesques et de noirceur : *Une terreur devant laquelle l’esprit ne peut qu’admettre sa défaite, se réfugiant dans des rêvasseries imbéciles. Puis, ils l’entendirent de nouveau, sur leur gauche. Tellement proche : le même mugissement…* (extrait) Angoisse et horreur sont omniprésentes avec une toile de fond à caractère surnaturelle.

J’ai dit plus haut que c’est du déjà vu…le scénario m’a rappelé à plusieurs égards le deuxième volet de la série cinématographique PROJET BLAIR : LE LIVRE DES OMBRES. Ceux et celles qui l’ont vu se rappelleront qu’il a été tournée sur les lieux même du tournage de Projet Blair. On sait que l’histoire repose sur l’hystérie collective inconsciente des jeunes qui ont été poussés à faire un carnage indescriptible. Maintenant, rappelez-vous l’ambiance du film, l’atmosphère pesante, les lourds silences alternant avec des bruits mystérieux amplifiés en plus des bruits de la forêt que la noirceur rend inquiétants. Dans LE RITUEL, vous avez la même atmosphère sinon pire parce que couchée dans un livre à l’assaut de votre imagination. Dans l’ensemble, c’est quand même ce que j’appellerais du réchauffé.

Le succès de ce livre repose en grande partie sur le non-dit…la plume s’en remet à l’esprit du lecteur : *Hutch prit peu à peu conscience du silence, mais décida de ne pas partager cette observation avec ses deux compagnons, qui clopinaient à côté et derrière lui, il imagina la forêt retenant son souffle par anticipation* (Extrait) Malheureusement mon enthousiasme s’arrête là. J’ai bien peur de vous décevoir car ce livre comporte une grande faiblesse.

Je dirais même un irritant qui m’a fait tomber de haut. Au milieu du récit, il y a un changement brusque dans le rythme, le décor…un virage qui amène le lecteur dans la partie disons surnaturelle du récit. On passe de l’angoisse et la peur de la première partie à la folie pure dans le second volet. Changement drastique dérangeant pour le lecteur d’autant que la crédibilité n’y est plus. C’est n’importe quoi. Le livre passe ainsi dans la série B. On dirait que cette partie a été écrite par un autre auteur plus versé dans les scénarios pour jeunes ados.

C’est dommage. J’ai été quand même ébranlé par la première moitié à cause de l’atmosphère qui s’en dégage, une espèce d’éther malsain, le tout rendu par une plume habile qui provoque l’addiction…j’ai malheureusement déchanté au beau milieu du récit. La magie s’est perdue et j’ai commencé à trouver le temps long à cause du caractère abusif des descriptions et des redondances. Je me suis quand même rendu au bout du récit, espérant une finale au moins en lien avec la noirceur du récit, mais là encore, j’ai été déçu.

J’ai l’impression d’avoir lu deux livres. Un bon et un beaucoup moins bon. Pas de cohérence. Subitement la cadence s’affaisse et ça devient carrément ennuyant. Est-ce que j’irais jusqu’à vous recommander un livre à cause de sa première partie. Moi je trouve ça tentant. Vous pourriez peut-être trouver quelque chose qui m’échappe. Personnellement je ne déteste pas ce genre de challenge. Une chose est sûre, c’est glauque d’un bout à l’autre…à vous de décider…

Adam Nevill est né en 1969 à Birmingham en Angleterre. Il s’est spécialisé dans la littérature d’horreur. Son livre APPARTEMENT 16 a connu un succès fulgurant dès sa publication en 2011. DERNIERS JOURS publié en 2014 a décroché le prix BRITHISH FANTASY du meilleur roman d’horreur en 2013 (Pour l’édition anglaise publiée en 2012). LE RITUEL a gagné le même prix en 2012. Pour en savoir plus, visitez www.adamlgnevill.com

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 6 juin 2020

LE PROJET ALICE

LE PROJET ALICE

Commentaire sur le livre de
Marlène Charine

*Pourriez-vous me donner votre nom ? Tout
naturellement, j’ouvre la bouche pour
répondre. Mais aucun son n’en sort. Parce
que je ne sais pas. Je ne sais pas qui je suis.
cette fois, la panique me submerge.*
(Extrait : LE PROJET ALICE, Marlène Charine,
ÉditionsNL.com édition numérique, 400 pages)

Dans un futur très proche, au nord-est des États-Unis, un commando exfiltre une jeune femme d’une base appartenant à l’Agence, une organisation scientifico-militaire. À peine a-t-elle eu le temps de s’affubler du nom d’Ellie Kay qu’une course-poursuite commence. Traquée d’un côté par l’Agence qui cherche à la récupérer, manipulée de l’autre par ceux qui prétendent l’avoir sauvée, Ellie découvre les premiers aspects de sa personnalité : un naturel impatient, d’incroyables aptitudes au tir et au combat rapproché, mais aussi un talent remarquable au violoncelle. Chargé de la remettre en forme, Sean, un membre de l’équipe, la pousse à ses limites, de manière parfois brutale. Une rudesse qui n’est rien en comparaison avec les révélations qui l’attendent au détour d’un voyage en Europe…

CLONE À L’HORIZON
*Réfléchis à ce que tu sais
pour t’aider à trouver ce que tu ignores.
Que sais-je ?*
(Extrait : LE PROJET ALICE)

C’est une histoire originale qui malgré quelques longueurs et digressions, mérite toute votre attention. Voyons d’abord le contenu : Une jeune femme appelée Ellie est arrachée des griffes d’une mystérieuse organisation qui se fait appelée L’AGENCE. Au premier regard, l’agence a des buts nobles comme la création de vaccins ou le développement de moyens efficaces de vaincre le cancer. Mais cette noblesse camouffle des intentions hégémoniques du genre à organiser d’abominables génocides pour réduire la population mondiale : *Des millions de jeunes filles vaccinées devenant incapables de concevoir. Une génération entière rayée des statistiques. Un massacre raffiné…plus efficace qu’une guerre de territoire, sans aucune goutte de sang versé, mais pas moins terrifiant…>(Extrait) , dominer des peuples militairement, créer et conditionner des clones pour tuer avec indifférence et sans demander d’explications.

Ellie est une de ces clones, conditionnée et reconditionnée pour des horreurs sans noms commises sous le nom de Seven. Vous devinez donc qu’Ellie est le 7e clone d’une même personne : Suzan, principal cobaye d’une odieuse expérience appelée PROJET ALICE, Alice étant la première issue d’un même code génétique. Ça va comme ça jusqu’à Eleven. Ellie finit par être exfiltrée de cette diabolique organisation par un groupe appelé les Fraternels. Les Fraternels et Ellie, qui cherche sa meilleure identité : *Je ne m’attendais pas à trouver le *petit manuel du clonage facile* ou le *Comment cloner sa fiancée en 10 étapes*. Ça serait juste sympathique d’en savoir un peu plus sur moi.> (Extrait)… n’ont maintenant qu’un objectif : rayer l’Agence de la carte. Il sera extrêmement dangereux de s’opposer à une organisation qui se caractérise par un irrespect total de la vie et une absence complète de scrupules.

J’ai été fasciné par l’imagination, la recherche et de la sagacité que l’auteure a investi dans son histoire. Je sais que la science est très avancée dans la connaissance de l’ADN. Aussi LE PROJET ALICE a provoqué en moi un véritable brassage d’émotions. L’intrigue est prenante et l’ensemble est non seulement crédible mais il m’a amené à faire une recherche sur des questions d’éthique qui demeurent pour moi une énorme zone grise : Est-ce qu’il y a des raisons sérieuse de créer un clone? Est-ce qu’un clone peut avoir une existence sociale reconnue? Une identification? Est-il comme les autres, avec une âme, une conscience, un libre arbitre? Si un clone n’a pas de reconnaissance sociale formelle, est-il sacrifiable à la science ou pire encore au pouvoir militaire? Peut-on conditionner et reconditionner cérébralement un clone jusqu’à le tuer sans aucun égard aux responsabilités? Le clonage est-il un crime contre la dignité? Où en est-on avec la bioéthique? Je pourrais continuer sur plusieurs pages. Il y a au moins une réponse : LE CLONAGE HUMAIN EST INTERDIT. J’imagine que ça peut être contourné.

Bien sûr dans LE PROJET ALICE, il y a un mélange de fiction et de réel. On ne peut pas vraiment parler d’anticipation car le sujet développé est très actuel. Le rythme du récit est très rapide et il faut parfois s’accrocher car le fil conducteur du récit dérive parfois, l’auteure s’étend parfois longtemps sur Ellie, ses interactions complexes avec les autres sur le plan sentimental par exemple, sans compter un copinage chez les membres des fraternels qui fait un peu ado. Il ne faut pas oublier les multiples identifications d’Ellie. Elle se cherche. Le lecteur va chercher lui aussi. Il n’empêche que l’intrigue est développée intelligemment. Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer malgré une finale interminable style *bon enfant* qui laisse entrevoir la possibilité d’une suite. Je n’ai aucune idée des intentions de l’auteur à cet effet.

C’est donc un bon thriller que je vous recommande. Il est réactif sur le plan de l’éthique, nerveux sur le plan de l’écriture et captivant sur le plan de la lecture. Pour moi personnellement, il ne m’a pas laissé indifférent. Il ne faut toutefois pas perdre de vue que LE PROJET ALICE est une fiction dans laquelle on a inséré des éléments de la réalité, le tout dans un cadre d’action et d’aventure impliquant des personnages sympathiques mais bien campés et solides. En terminant, je veux préciser que le clonage reproductif chez l’individu est rejeté quasi unanimement et sans équivoque car non-éthique et irresponsable au niveau médical. Selon les conventions nationales et internationales, le clonage à des fins de production artificielle d’un individu est interdit. Voir à ce sujet les aspects éthiques du clonage.

Née en 1976 en Suisse, Marlène Charine a décidé qu’une vie, même bien remplie, ça ne suffisait pas. Elle a donc commencé à écrire de manière à expérimenter plusieurs existences différentes, toujours teintées d’imaginaire. Les graines magiques semées ici et là commencent à porter leur fruit en 2016 avec la publication de son premier roman, LE PROJET ALICE et de plusieurs nouvelles. Intéressé à visiter son blog ? Cliquez ici.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 5 juin 2020