LES VOYAGES DE GULLIVER

Les reflets de l'extravagance

LES  VOYAGES DE GULLIVER

Commentaire sur le livre de
JONATHAN SWIFT

*Le roi…ordonnait souvent de m’apporter dans
ma boîte et de me mettre sur la table de son
cabinet. Alors il me commandait de tirer une
de mes chaises hors de la boîte, et de m’asseoir
de sorte que je fusse au niveau de son visage.*

LES VOYAGES DE GULLIVER est un roman satirique. D’abord censuré en première édition au cours de l’année 1726, il faudra attendre jusqu’en 1735 pour avoir l’édition complète. Vu les mœurs de l’époque, la censure était compréhensible car dans ce livre, beaucoup de passages laissent à penser que Swift se moquait éperdument des travers de la société de son époque. Gulliver a fait quatre voyages. Deux en particulier sont demeurés célèbres. Dans son premier voyage, il échoue sur une île étrange appelée Lilliput, peuplée de touts petits hommes mesurant moins de 15 centimètres et qui passent leur temps à faire la guerre. Son deuxième voyage l’amène chez les Brobdingnag, des géants à côté desquels c’est Gulliver qui faisait office de mini-nain. Dans les deux cas, Gulliver frôle la mort. Seules son intelligence et son imagination lui sauvent la vie. C’est une odyssée vraiment extraordinaire.

LE REFLET DE L’EXTRAVAGANCE
*«Il faut supposer d’abord, lui dis-je, que toutes nos maladies viennent de réplétion, d’où nos médecins concluent sensément que l’évacuation est nécessaire, soit par en haut, soit par en bas. Pour cela, ils font un choix d’herbes, de minéraux, de gommes, d’huiles, d’écailles, de sels, d’excréments, d’écorces d’arbre, de serpents, de crapauds, de grenouilles, d’araignées, de poissons, et de tout cela ils nous composent une liqueur d’une odeur et d’un goût abominable, qui soulève le cœur, qui fait horreur, qui révolte tous les sens. C’est cette liqueur que nos médecins nous ordonnent de boire…»*
(Extrait :LES VOYAGES DE GULLIVER)

Comme vous le savez, il m’arrive à l’occasion de développer une petite fringale pour la littérature classique. Inspiré par une adaptation cinématographique vue récemment à la télévision, j’ai choisi cette fois l’œuvre de Jonathan Swift : LES VOYAGES DE GULLIVER et ma foi, je fus autant surpris que fasciné par ce livre qui s’ajoute aux nombreux ouvrages victimes du cinéma. En effet, le septième art nous a habitué aux voyages de Gulliver dans le pays des géants, puis dans le pays des petits nains. Mais dans les faits, Gulliver a fait quatre voyages : les deux plus connus : Lilliput, le pays des tout petits hommes, Brobdingnag, le pays des géants, Laputa, les Banibarbes et autres contrées et où on trouve entre autres une énorme île flottante et enfin, un pays étrange où Gulliver a fait la connaissance des Houyhnhnms, des chevaux qui parlent et qui pensent.

J’ai été séduit par le caractère extravagant de ce livre qui parodie les récits de voyages. D’abord, Gulliver a une femme et deux enfants. On sait qu’ils sont là parce qu’il les rejoint entre chaque voyage. Quand c’est le temps de partir, il les plante là et c’est tout, ivre de liberté, de grands espaces et de bizarreries il faut bien le dire. Par exemple, il découvre que Lilliput et Brobdingnag sont en guerre parce qu’ils ne s’entendent pas sur la façon de casser un œuf : par le petit bout ou par le gros bout. Ça vous donne une idée du caractère profondément satirique du récit, caractère qui monte en crescendo jusqu’à une finale surprenante où j’ai réalisé que Swift avait tourné en dérision, parfois de façon cinglante les travers de sa bonne société anglaise. Je dois dire que ça concerne la société en général jusqu’à nos jours. Autrement dit, ce livre m’a semblé d’une incroyable actualité.

Plusieurs croient que LES VOYAGES DE GULLIVER est un conte pour enfant. Je peux maintenant affirmer que ce n’est pas le cas. C’est une idée qui a été entretenue par le cinéma. Au-delà du roman satirique, LES VOYAGES DE GULLIVER est un conte philosophique universel qui a traversé les âges sans vieillir, le récit du docteur Gulliver sur ses grandes aventures. Ce livre a exercé sur moi une forte attraction, premièrement parce qu’au-delà de l’hommerie, il m’a mis le nez sur la bêtise et l’absurdité humaines et encore en utilisant un ton parfois caustique et deuxièmement, sa description des pays imaginaires est d’une remarquable beauté. Étrangement, le regard très critique qu’il jette sur la société ne m’a pas refroidi mais porte à réfléchir…réfléchir entre autres sur le caractère misanthrope et susceptible de l’être humain. Il n’y a pas à se tromper. Si Swift critiquait sa bonne société anglaise des XVII et XVIIIe siècle, j’ai perçu son propos comme une critique de la société sans égard aux époques.

Malheureusement, une partie du contenu et l’esprit du livre ont été occultés voir ostracisés par le cinéma. Mais je considère maintenant ce livre comme un chef d’œuvre. Bien sûr, il faut composer avec le français chantonnant et tonique du XVIIe siècle avec des tournures de phrases qui nous paraissent étranges aujourd’hui mais qui étaient courantes à l’époque. C’est un texte écrit avec intelligence et clairvoyance en plus d’un humour souvent irrésistible. Le texte est complété par l’extrait d’un pamphlet sur l’Irlande qui propose presque joyeusement de vendre les bébés de citoyens irlandais pauvres comme friandises à des citoyens plus fortunés, ce qui résoudrait les problèmes irlandais de famine et de surpeuplement. C’est d’un mauvais goût qui, dans les circonstances, force presque l’admiration. On sent que monsieur Swift avait des reproches à faire à ses contemporains.

Avec Swift, j’ai redécouvert le caractère atavique de la violence, de la guerre, de la soif de pouvoir et surtout l’étroitesse et l’hypocrisie politique. J’ai savouré ce livre qui est devenu pour moi un coup de cœur.

Jonathan Swift (1667-1745) est un écrivain, satiriste, pamphlétaire politique et poète anglo-irlandais né à Dublin. Il a exercé aussi plusieurs fonctions comme celle de clerc, doyen de la cathédrale Saint Patrick de Dublin et secrétaire de l’homme d’État Sir William Temple. Il est devenu célèbre avec la publication de son livre LES VOYAGES DE GULLIVER. Il a aussi publié plusieurs œuvres en utilisant des pseudonymes comme Lemuel Gulliver, entre autres. Passionné d’écriture, il s’est rapidement spécialisé dans la prose satirique, écorchant au passage la culture de son temps avec ses pamphlets humoristiques en général et LE CONTE DU TONNEAU en particulier, œuvre majeure qui jette un regard très critique sur la stupidité de ses contemporains, ce qui déplaira singulièrement à ANNE, alors reine d’Écosse, d’Angleterre et d’Irlande. Enfin, il s’est signalé avec LA BATAILLE DES LIVRES qui défend WILLIAM TEMPLE dans la querelle des Anciens et des Modernes.

LES VOYAGES DE GULLIVER AU CINÉMA

Abstraction faite des films d’animation, il y a eu principalement quatre adaptations cinématographiques des Voyages de Gulliver : 1939, 1960, 1996 et 2010. Ma version préférée est celle de 1960 réalisée par Jack Sher avec l’excellent Kerwin Mathews dans le rôle du docteur Lemuel Gulliver. Les effets spéciaux ont été l’œuvre de Harry Harrihaussen à qui on doit de nombreux classiques du cinéma fantastique et de science-fiction comme LES SOUCOUPES VOLANTES ATTAQUENT, le SEPTIÈME VOYAGE DE SINBAD et plusieurs autres.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 3 mai 2020

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *