LA VENGEANCE DE BAUDELAIRE, Laerhoven

Commentaire sur le livre de
BOB VAN LAERHOVEN

*Edmond(1) affirme, continua le peintre d’un air
soucieux, que l’assassin est fervent admirateur
de Baudelaire qui élimine quiconque a traité

injustement l’artiste de son vivant ou qui a tenu
des propos réprobateurs à son sujet.*

(Extrait : LA VENGEANCE DE BEAUDELAIRE, Bob Van
Laerhoven, Éditions Pratiko, tr. : Marie Hooghe, 2013,
édition numérique, 260 pages.)
(1) Fait référence à Edmond Huot de Goncourt, né à
Nancy le 26 mai 1822 et mort le 16 juillet 1896 dans
la maison d’Alphonse Daudet, écrivain français,
fondateur de l’Académie Goncourt qui décerne chaque
année le prix du même nom.

Paris, septembre 1870, la guerre fait rage. Les premiers obus tombent sur la ville assiégée. Le peuple meurt de faim tandis que l’aristocratie se réfugie dans l’orgie et le spiritisme. C’est dans cette atmosphère chaotique que Paul Lefèvre, énigmatique commissaire assidu des maisons closes parisiennes, et son ami, l’inspecteur Bernard Bouveroux, homme curieux et cultivé, auront à résoudre une série de crimes hors du commun. Toutes les victimes portent un message, sous forme de vers extraits du très controversé recueil Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire, mort trois ans auparavant.

À mesure que l’enquête progresse sur un chemin encombré de subterfuges et de mensonges, les masques tombent, un par un jusqu’à révéler un terrible secret au sein même de la famille Baudelaire. L’enquête conduit le commissaire Lefèvre sur la piste d’un complot ayant des ramifications jusqu’à la cour de Napoléon III. Et d’un secret au sein de la famille Baudelaire, aux lourdes conséquences.

LES FLEURS DU CRIME
Mais quand je rêvais, ma connaissance croissante des plantes
africaines qu’utilisent les féticheurs depuis des siècles
faisait de moi la fleur du mal, l’épouse de Satan qui
déchire le rideau trompeur du temple du monde.
(Extrait)

Ma lecture de LA VENGEANCE DE BAUDELAIRE suit de près ma relecture des FLEURS DU MAL. D’entrée de jeu, je dois dire que j’ai été aussi séduit par le titre et le quatrième de couverture que déçu par le contenu. Voyons d’abord ce que ça raconte : nous sommes à Paris en 1870. La capitale est ébranlée par la guerre franco-prussienne et comme si ce n’était pas suffisant, une série de meurtres horribles retient l’attention des parisiens.

Sur chaque cadavre, on retrouve des vers du recueil de poèmes LES FLEURS DU MAL de Charles Baudelaire, décédé un peu plus tôt en 1867. L’enquête est confiée à Paul Lefèbvre et son collègue Bernard Bouveroux. L’enquête amène Les limiers sur la piste d’un complot mais surtout sur un secret soigneusement gardé par la famille Baudelaire.

Ce ne fut pas une lecture facile. Le fil conducteur est instable, les personnages mal définis, beaucoup de dialogues plus ou moins utiles. Je ne savais pas trop à quoi m’accrocher. Bien sûr on nous confirme par la voix d’un personnage-clé du roman, ce dont on se doutait déjà à propos de Charles Baudelaire : le caractère neurasthénique du poète et sa vie dissolue. Dans le récit, Baudelaire confie une vérité assez crue sur lui-même : *Vous avez devant vous le poète du mal…l’effrayante précision avec laquelle j’analyse l’âme mauvaise de l’homme ne m’empêche pas d’être dans la vie un brave imbécile qui se laisse marcher dessus par tout un chacun*. (Extrait)

Le secret de la famille Baudelaire. Voilà ce qui a retenu le plus mon attention. Je ne crois pas que c’était vraiment le but de l’auteur. D’autre part, je suis surpris que LA VENGEANCE DE BAUDELAIRE soit récipiendaire du prix HERCULE POIROT pour le meilleur roman à suspense, parce que le suspense, je ne l’ai pas senti. Pas de frissons. Pas de battements de cœur accélérés.

Pas de hâte particulière à tourner les pages. J’avais l’impression que les excès de Baudelaire étaient plus importants que l’enquête elle-même qui soit dit en passant était dure à suivre à cause de trop nombreuses digressions. Pourtant le début était prometteur. J’ai été captivé dès le départ, catapulté sur la scène du premier crime et par la suite, ce fut une baisse constante du rythme jusqu’au dernier quart du volume.

C’est en effet dans le dernier quart que se trouvent les forces du récit. Il devient graduellement plus haletant, l’enquête se précise rapidement comme si l’auteur voulait rattraper un énorme terrain perdu. On comprend mieux la démarche des personnages principaux qui sont les enquêteurs Lefèbvre et Bouveroux et surtout, il y a la finale qui m’a laissé pantois même si je l’ai trouvé bâclée.

Même si vous arrivez à suivre parfaitement la progression de l’enquête, il vous sera difficile de déterminer qui est le coupable des meurtres. Moi je n’y suis pas arrivé. On apprend à la dernière page qui est le maître du jeu et pour moi c’était simplement la personne la plus improbable.

On fera alors connaissance alors avec un personnage historique qui a l’escroquerie dans les gênes et dans le sang. Le mobile : lavez Baudelaire des insultes et des railleries qu’il a subies pendant toute sa vie. Je ne peux pas en dire plus évidemment, mais la lecture du dernier quart ma remis dans de bien meilleures dispositions envers l’auteur même si la finale est expédiée en ce sens que j’aurais souhaité plus de contenu sur le rôle et la qualité du mystérieux personnage.

Outre la présence de personnages disons exotiques susceptibles de raviver un peu l’intérêt du lecteur comme Simone Bourbier et ses particularités physiques, je pense aussi à Claire de lune que je vous laisse découvrir, le lecteur sera aux prises avec un enchevêtrement de dialogues qui négligent le fil conducteur et diminue l’intérêt pour l’enquête… Le choix vous appartient bien sûr. Moi j’ai été déçu. Je vous invite à lire mon commentaire sur LES FLEURS DU MAL de Charles Baudelaire. Cliquez ici.

Bob Van Laerhoven est un écrivain belge né le 8 août 1953 à Anvers. Il commence à écrire dès son jeune âge. Il n’aime pas entendre qu’il verse dans la science-fiction. Il préfère parler de sociale-fiction. Certaines de ses nouvelles ont été traduites en anglais, en français, en allemand, en espagnol et en slovène. En 1985, son premier roman voit le jour sous le titre Nachtspel (Jeu nocturne). On y découvre une aisance à aborder des sujets internationaux qui deviendra sa marque de commerce.

Plusieurs des œuvres de fiction de Bob Van Laerhoven reflètent ses voyages en différentes parties du monde dont l’Afrique et le Moyen-Orient. Son œuvre est extrêmement variée : romans, récits de voyages, livres pour enfants, pièces de théâtre, biographies, recueils de poésie, essais, ouvrages de non fiction, lettres, chroniques et articles. Son roman La Vengeance de Baudelaire a remporté en 2007 le prix Hercule Poirot du meilleur roman flamand à suspense.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 31 mai 2020

Le fils du diable est un ange, de KATE OLIVER

*«Cet enfant nous était destiné, mon cher
époux. Quant à savoir d’où il vient, c’est
assurément un cadeau des Dieux, un fils
que nous offre le ciel. Si nous l’appelions
Kaouk?»*
(Extrait : LE FILS DU DIABLE EST UN ANGE,
Kate Oliver, IS édition, 2014, édition
numérique, 275 pages)

À une époque du Moyen-âge où se mêlent magie et sortilèges, Kaouk, enfant de la honte et du déshonneur, s’est juré de déjouer les plans machiavéliques de Mortador, un redoutable sorcier, épaulé de surcroît par le sanguinaire Volcos et une armée de renégats. Le chemin de Kaouk sera jalonné d’embûches, de batailles épiques et de rencontres inattendues…C’est ainsi qu’il fera la connaissance d’une magicienne vivant au Royaume des Lépreux, dont les visions lui parleront de mystérieuses Entités susceptibles de l’aider à rendre aux villageois opprimés leur liberté perdue. Kaouk aura aussi d’autres aides précieuses: Nand, un farfadet malicieux, et Opaline, son amie d’enfance, qui l’aideront sans doute à trouver la force nécessaire pour mettre fin aux exactions du tyran. Mais avant tout, Kaouk se trouve à la croisée des chemins. Entre Bien et Mal, pardon et vengeance, il devra faire des choix qui bouleverseront son destin à jamais…

UN VENT FRAIS DANS LE REGISTRE
DE LA FANTASY
*Une mousse grouillante de mouches bleuâtres
s’agglutina sur la plaie. Sous les yeux
stupéfaits de Kaouk, qui avait entre-temps
repris ses esprits, les insectes secrétèrent une
mousse baveuse qui, en se solidifiant, se
transforma en chair.*
(Extrait : LE FILS DU DIABLE EST UN ANGE)

Ça faisait longtemps que je n’avais pas commenté un livre dans le registre *fantasy*. J’en avais vraiment le goût ces temps-ci et mon choix s’est porté, avec bonheur d’ailleurs sur le tout premier livre de Kate Oliver. Bien sûr c’est du *fantasy*. Alors il y a des sorcières, des magiciens, des créatures infernales, il y a un héros qui combat un monstrueux guerrier sorcier, on attaque à grands coups de sortilèges. Bref, la lutte du bien contre le mal avec des armes tranchantes ou perçantes et ce pouvoir fantastique qui caractérise ce genre littéraire tellement populaire : le pouvoir de commander aux forces de l’univers.

Pour parler un peu du contenu, nous sommes à une époque très lointaine dans le futur. Kaouk, un enfant de la honte, s’est juré de déjouer les plans machiavéliques de Mortador, un puissant et malfaisant guerrier qui commande une créature sanguinaire, Volcos, et une armée de renégats. Kaouk a lui aussi des alliés qui l’aideront à libérer son peuple du joug cruel et despotique de Mortador mais il devra faire des choix qui pourraient sceller définitivement son destin.

La première chose qui m’a frappé dans ce roman est la qualité des personnages. Ils ont été travaillés, approfondis sur le plan humain et psychologique. On les a dotés d’une aura qui repousse, ou qui attire mais qui assurément attise l’émotion du lecteur et de la lectrice. Ces personnages sont attachants et ombrageux. Je mets Mortador à l’exception. C’est le vilain de l’histoire mais c’est un personnage très intense et doté d’un caractère très bien trempé.

Le deuxième point fort réside dans la densité de la plume et le pouvoir de l’intrigue. Je pense à un long passage ou le guerrier du bien s’oppose à celui du mal avec des sortilèges et des contre-sortilèges qui sont issus avant tout de l’extraordinaire imagination de l’auteur. Au début je me disais que c’est une guerre qui s’étend longtemps…

j’ai vite changé d’idée par les multiples trouvailles qui consacrent l’originalité de l’ouvrage, incluant l’introduction de Nand, un Farfadet tout petit mais à l’incroyable pouvoir de métamorphose. Son amitié avec Kaouk constituera un tournant dans l’histoire.

Le dernier point, et c’est peut-être celui qui m’a le plus agréablement surpris : c’est un passage qui lie l’histoire à nos temps modernes où les humains des années 2000 auraient un urgent besoin d’intensifier leur conscience environnementale : *…oui, un monde qui s’est éteint un jour de l’an deux mille cinquante-deux. Les hommes étaient comme des bêtes enragées et leur convoitise a fini par transformer leurs terres nourricières en vastes champs de ruines stériles. Ils n’ont jamais tenu compte des avertissements de Dame Nature et les humains se sont multipliés dans le plus grand désordre…* (Extrait) La seule faiblesse que je veux signaler est dans le début de l’histoire. Le début est lent et long. Les personnages sont longs à prendre leur place. Je dis au lecteur : persévérez. Le meilleur est à venir.

Donc finalement, nous avons ici un ouvrage qui tranche par son originalité et que j’ai trouvé rafraîchissant parce que d’une certaine façon, il sort des sentiers battus. Son rythme est constant malgré plusieurs passages qui évoquent le passé des personnages. L’intrigue est développée avec un brin de malice et beaucoup d’intelligence. Enfin, toute l’histoire se déroule dans un seul tome mais la finale met la suite en place. À découvrir donc : LE FILS DU DIABLE EST UN ANGE de Kate Oliver.

Mariée depuis 1972 et installée en Normandie, Kate OLIVER est mère de deux garçons, tous deux enseignants. L’un d’eux est également écrivain. Dotée d’une imagination incroyable, son goût pour la littérature historique, les voyages et les contes fantastiques l’ont conduite à écrire son premier roman, « Le fils du Diable est un Ange ». Publié en 2014 dans la collection SF & FANTASY de IS édition, suivi deux ans plus tard du tome 2: LE FILS DU DIABLE EST UN ANGE T2 , LE DIABLE EST ÉTERNEL. Kate Oliver est une auteure émergente à suivre à suivre de près.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le samedi 30 mai 2020

LE COMPLOT MALONE, de STEVE BERRY

*« Dites-leur bien que je ne suis pas encore mort ! » répliqua le président avec un de ses célèbres sourires. Mais personne n’ignorait qu’il déclinait, et qu’aucune puissance au monde n’y pouvait rien* (Extrait : LE COMPLOT MALONE, Steve Berry, trad. Fr. : Éditions Le Cherche Midi, 2015, édition de papier, pocket, 610 pages)

Un employé du Trésor américain a dérobé de mystérieux documents relatifs à un secret d’état qui, s’il était révélé, risquerait de changer la face du monde. Cotton Malone, est sollicité pour les récupérer. Et il n’est pas seul à vouloir mettre la main sur les fameux papier… Des mystères des Pères Fondateurs des États-Unis jusqu’à une énigmatique entrevue clandestine entre  Roosevelt et son secrétaire d’État au Trésor, une nuit de 1936, en passant par les signes ésotériques cachés dans les symboles de l’Amérique, Cotton Malone va ainsi aller de révélation en révélation. 

AU BORD DE LA CATASTROPHE
*Il était impossible de prévoir la tournure qu’allaient
prendre les évènements, et cette incertitude était ce
qu’il y avait de plus pénible. Mais elle avait confiance :
Ils trouveraient le moyen de gérer la situation.>
(Extrait : LE COMPLOT MALONE)

Nous retrouvons ici un héros récurrent dans l’œuvre de Steve Berry : Harold Earl Malone, appelé affectueusement Cotton et même Pappy par un certain agent plus jeune, un figurant important du récit. Cotton Malone est un libraire scandinave installé à Copenhague au Danemark. C’est surtout un agent à la retraite de la division Magellan, la redoutable unité des services secrets du département américain de la Justice. Dans LE COMPLOT MALONE, Cotton reprend du service avec une investigation complètement différente : une enquête fiscale.

Il faut être très attentif au début de l’histoire, plus précisément au prologue qui raconte une mystérieuse rencontre secrète, une nuit de 1936 entre le président américain de l’époque, Théodore Roosevelt et son secrétaire au Trésor, Andrew Mellon. Ces deux personnages se détestent singulièrement. Mellon finit par poser une énigme au président.

Entre temps des documents importants sont volés, susceptibles d’ébranler irrémédiablement le système politique et financier américain. Un fonctionnaire, Anan Wayne Howell est poursuivi parce qu’il ne paye pas ses impôts. Il prétend que l’impôt américain est illégal. Tout est en lien. Il existe semble-t-il des preuves à l’effet que le 16e amendement établi en 1936 est truffé d’irrégularités rendant l’impôt illégal ce qui mettrait les États-Unis en faillite et bouleverserait l’économie mondiale.

Entre temps, le président de la Coré du Nord, Kim Yong-jin, un monstre assoiffé de pouvoir tente l’impossible pour mettre la main sur la preuve de l’illégalité du 16e amendement dans l’unique but de détruire les États-Unis par l’intérieur, une implosion pure et simple. Vu la complexité de l’affaire, on appelle Cotton ainsi que des agents d’autres services, notamment le Trésor Américain.

Dans ce livre, il faut bien saisir toute la portée du prologue et y revenir au besoin. LE COMPLOT MALONE est un récit complexe dans lequel intervient une grande quantité de personnages. Par rapport aux autres livres de Berry, Cotton Malone est plutôt effacé dans LE COMPLOT MALONE mais son rôle demeure crucial. Il y a du monde, beaucoup de monde…trop je crois. Les agents se bousculent d’une certaine façon. La plupart des personnages sont plus ou moins bien travaillés et j’ai un peu l’impression que Berry a compliqué l’histoire inutilement.

Mais si on a bien compris qui fait quoi, si on a bien saisi l’importance de cette discussion entre Roosevelt et son secrétaire au Trésor ainsi que les motivations des belligérants, en particulier le dictateur coréen et Howell, il nous reste le plaisir de se *frotter* aux forces du récit : il est vif, intense et fertile en rebondissement.

De plus l’auteur a ajouté dans son histoire une petite note mystique, des signes ésotériques étant enfouis dans quelques grands symboles américains figurant entre autre sur les billets de banque. Cet aspect du récit rappelle un peu les livres de Dan Brown si on tient compte du symbolisme et de l’iconographie, mais ici s’arrête la comparaison.

La principale force du roman est son caractère intrigant. Ce roman a comme toile de fond l’impôt sur le revenu. Essayons de nous imaginer qu’est-ce qui se passerait si dans notre pays, quelqu’un réussissait à prouver que l’impôt sur le revenu est illégal depuis son entrée en vigueur. Ça ferait un sacré remboursement au contribuable. Ça pousserait surtout le système à la faillite et s’ensuivrait chaos et anarchie. Bref, il y a des choses sur lesquelles il vaut mieux fermer les yeux.

LE COMPLOT MALONE n’est pas à proprement parlé un roman historique. Il faut juste bien comprendre ce qui s’est passé en 1936. Le livre est très bien documenté et dans une postface extrêmement pertinente, l’auteur sépare la réalité de la fiction. Apparemment l’histoire est simple mais dans les faits elle se complique au fil des chapitres. La plume est un peu lourde et redondante mais le caractère intrigant du récit m’a gardé captif. J’ai fini par dévoré ce livre…donc je vous le recommande.

Steve Berry est un avocat et auteur américain vivant dans l’état de Géorgie. Il s’est spécialisé dans les thrillers sur fond d’énigmes historiques. Il a publié plusieurs romans aux Éditions Le Cherche Midi dont LE TROISIÈME SECRET (2006), L’HÉRITAGE DES TEMPLIERS (2007), LA PROPHÉTIE CHARLEMAGNE (2010), LE COMPLOT ROMANOV (2011), LE CODE JEFFERSON (2012) et L’HÉRITAGE OCULTE (2014).

La plupart des titres sont disponibles chez Pocket. Au moment d’écrire ces lignes, LE COMPLOT MALONE (2015) est son plus récent roman. Traduits dans une quarantaine de langues, les thrillers de Berry ont figuré sur la liste des best-sellers dès leur parution aux États-Unis. Vous pouvez retrouver toute l’actualité de Steve Berry en visitant
www.steveberry.org  (site en anglais)

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 29 mai 2020

LA CONSPIRATION DE ROSWELL, BOYD MORRISON

*Le cataclysme de la Toungouska s’était produit
en l’espace de quelques secondes, un flash
aveuglant dans le ciel immédiatement suivi par
une détonation tonitruante, comme si un million
de canons avaient tonné à l’unisson.*
(Extrait : LA CONSPIRATION DE ROSWELL, Boyd
Morrison, pour cette édition : les éditions Bragelonne
2015, numérique et papier, 425 pages numériques.)

Une organisation terroriste est sur le point d’achever la fabrication de l’arme électromagnétique la plus puissante de tous les temps. Pour la faire fonctionner, elle doit s’emparer d’un mystérieux composant trouvé à Roswell, aux États-Unis, un peu après le crash, en plein désert d’un objet volant non identifié. Une vieille femme prétend posséder ce composant. En acceptant de rencontrer cette femme, Tyler Locke était loin de se douter qu’il serait précipité dans une des plus grandes affaires d’espionnage du siècle et qu’il ferait face à une des plus sérieuses menaces qu’ait connue l’humanité. Dorénavant, le temps est la denrée la plus précieuse.

AVANT-PROPOS :

L’affaire de Roswell concerne l’écrasement, près de Roswell au Nouveau-Mexique, en juillet 1947, de ce qui serait, selon plusieurs versions, un objet volant non identifié, un ovni. Pour les Ufologues, cet élément signifie que la terre a été visitée par une civilisation extra-terrestre avancée.

Pour les autorités militaires et les sceptiques, c’est un mythe moderne, issu de mécanismes sociaux-psychologiques. Le gouvernement américain dit qu’il s’agit d’un ballon-sonde ultra secret. Les partisans de la thèse extra-terrestre soutiennent que l’épave a été récupérée et dissimulée par les militaires. Le phénomène est devenu hyper-médiatisé mais l’énigme n’a jamais vraiment été résolue. (Source : wikipédia) (voir aussi Roswell et la zone 51).

ROSWELL : Matière à mystère
*-Oh ! non. Cela provient sans l’ombre d’un doute
du crash de Roswell. –Comment en êtes-vous si
sûre? Parce que je l’ai ramassé là-bas.*

(Extrait : LA CONSPIRATION DE ROSWELL)

C’est d’abord le titre qui m’a attiré car, comme c’est le cas pour des millions de gens, Roswell est un lieu-évènement qui m’intrigue toujours. En attendant qu’on retrouve la réponse à nos questions dans les basses fosses de la zone 51, voyons ce que dit cette intrigue au rythme très élevé…haletant comme on dit souvent dans les critiques. Ce n’est pas exagéré ici.

L’enjeu de LA CONSPIRATION DE ROSWELL est l’acquisition du Killswitch, une arme terrifiante dont la puissance est décuplée par le xénobium : un métal inconnu sur terre et qui fait office de détonateur. Donc on le considère comme extra-terrestre. En explosant, cette bombe libère une charge extrême de rayons gamma tuant tout le monde dans un large périmètre. Ajoutons à cela que si cette bombe explosait dans l’ionosphère, ce serait la destruction immédiate de toutes les puces et autres matériels électroniques sur une surface aussi énorme que celle des États-Unis.

*Tous les avions à portée de l’impulsion électromagnétique s’écraseront. Les hôpitaux se retrouveront sans électricité. Et sans camion de pompier en état de marche ni de stations de pompage des eaux, les incendies se propageront en toute liberté. Les réacteurs nucléaires des centrales se mettront à fondre. En gros, nous parlons d’un des pires cas d’attaque terroriste qu’il soit possible d’imaginer.* (Extrait)

LA CONSPIRATION ROSWELL est une course effrénée contre la montre car tout le monde veut mettre la main sur le xénobium : les gouvernements, l’armée, les agences secrètes et le FBI et spécialement un disgracié russe appelé Coltchev qui veut retrouver son honneur chez les *tovaritch* de l’Union Soviétique en punissant les méchants États-Unis et je complète la liste avec le célèbre Tyler Locke, agent américain, personnage récurrent dans la bibliographie de Boyd Morrison. Locke et plusieurs autres personnages veulent sauver leur pays d’une arme qui le ramènerait à l’âge de pierre.

La beauté de ce livre est issue d’un savant mélange de fiction et de réalité. Si le xénobium est une fiction, beaucoup d’évènements et de lieux avérés ont été insérés avec brio dans l’histoire. Par exemple, la mystérieuse explosion dans la Toungouska sibérienne en 1908, qui est encore une énigme aujourd’hui, la base de la défense de Pine Gap en Australie, aussi impénétrable que Fort Knox. Pourquoi ? L’île de Pâque et ses étranges statues, les symboles et les lignes de Nazca…tous ces mystères n’ont jamais eu d’explications satisfaisantes et suggèrent tous la visite d’extra-terrestres.

Le livre comporte des faiblesses qui peuvent devenir autant d’irritants. D’abord, il y a des passages très techniques. C’est compliqué, ça détourne l’attention et ça m’a fait fermer le livre quelques fois. Ensuite, l’auteur accuse un peu d’errance par moment et c’est sans rapport avec la psychologie des personnages, celle-ci étant peu développée à mon avis. Enfin, il y a l’éternel cliché : les bons américains et les mauvais russes.

Morrison avait une chance en or d’innover, de mettre dans une voie de garage un vieux standard de la littérature : les russes, pas gentils, qui donnent de la misère à ces parangons de vertus que sont les pauvres américains. Ça me tape sur les nerfs. Je complèterai par une finale très tirée par les cheveux traduisant un manque d’idées.

Le rapport de forces et de faiblesses est passablement équilibré si je tiens compte du fait que l’histoire m’a fait beaucoup voyagé et ça…j’aime beaucoup : la visite des sous-sol de l’Île de Pâque m’a particulièrement impressionné, et Nazca aussi avec ses symboles étranges qui pourraient être, selon une vieille théorie, des balises d’atterrissage.

L’araignée…un des symboles de Nazca

Et il y a bien sûr Roswell (voir avant-propos) là-dessus, Morrison admet lui-même son scepticisme et y va de l’explication d’un sceptique. Bref, on a réponse à rien mais LA CONSPIRATION ROSWELL demeure un *roman qui explore les frontières des possibilités technologiques et propose des explications à des mystères anciens* (Extrait) À vous amis lecteurs, amies lectrices de faire la part des choses. J’aime à croire que les forces ont le dessus sur les faiblesses, je vous recommande donc LA CONSPIRATION ROSWELL.

Le crash de l’ovni à Roswell -extrait du blog de Christian Mace

Boyd Morrison est un auteur américain spécialisé dans le techno-thriler. Il est titulaire d’un doctorat en ingénierie industrielle. Il a d’abord mis sa compétence au service de la NASA puis il a travaillé pour Microsoft, Xbox Games Group et chez Thomson-RCA. Véritable homme-orchestre, Morrison est aussi acteur professionnel. Il est apparu dans des publicités, des pièces de théâtre et même des films.

Comme auteur, Boyd Morrison s’est fait remarquer pour l’intensité de ses thrillers. Il a créé entre autres TYLER LOCKE, dans son premier livre, excellent d’ailleurs : L’ARCHE. Locke deviendra un personnage récurrent de l’œuvre littéraire de Morrison. On le retrouve d’ailleurs dans notre livre du jour : LA CONSPIRATION DE ROSWELL.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 24 mai 2020

LA CIBLE, de ROBERT MORCET, série LE CELTE

*Mais vous êtes fou, cria-t-elle en se débattant.
Une gifle monumentale lui arracha la tête. Pendant
quelques secondes, elle ne vit qu’un arc-en-ciel
d’étoiles filantes…Dans la voiture de devant, les
deux autres ne bronchaient pas.>
(Extrait : LA CIBLE, copyright Robert Morcet 2016,
édition numérique, 200 pages.)

LA CIBLE raconte l’histoire d’Angie. Un jour, dans le ministère où elle travaille comme secrétaire, elle verrouille son bureau à la fermeture et sort, descend vers la sortie, se rend compte qu’elle a oublié son téléphone portable, remonte à son bureau et c’est alors qu’un homme d’origine arabe tente de la tuer. Qu’a-t-elle surpris ? Elle sait maintenant quelque chose qu’elle n’aurait jamais dû savoir. Elle se confie à son amie Florence. Le Celte, héros récurrent de l’œuvre de Morcet se met sur l’affaire. Les dossiers des employés du ministère visé sont passés au crible. Il semble que certains de ces dossiers comportent des ombres. Angie est en danger…en grand danger. On ne donne pas cher de sa peau.

PASSE-MOI LE CELTE
*Le Celte attira le sac vers lui. Il était bien
lourd pour un sac de sport. Qu’est-ce
qu’il y  mettait dedans? Trois paires
d’altères? Il tira la fermeture éclair.
Bon Dieu…il se redressa. «Patron,
venez voir»*

La série LE CELTE est composée de 47 titres. J’en en lu un, simplement pour en faire l’essai. Il se trouve que c’est un des plus récents, façon de parler, LA CIBLE a été publié en 2016. J’ai passé un assez bon moment de lecture sans toutefois être emballé. Ici, LA CIBLE s’appelle Angie, une secrétaire brutalement agressée dans son bureau.

Les pisteurs soupçonnent Angie d’avoir capté une conversation pas du tout destinée à ses oreilles. Et nous voici plongés dans l’histoire classique de la femme qui en sait trop, sans saveur, sans originalité. Il y a toutefois de l’action, quelques rebondissements et des passages qui forcent l’attention : *Le Celte attira le sac vers lui. Il était bien lourd pour un sac de sport. Qu’est-ce qu’il y mettait dedans ? Trois paires d’altères ? Il tira la fermeture éclair. Bon Dieu…il se redressa. <Patron, venez voir.>* (Extrait)

Il est à mon avis exagéré de qualifier le livre de <cocktail d’action et de suspense> du début à la fin. Certains chroniqueurs attribuent cette petite fleur à toute la série. C’est un peu fort. Même si je n’ai pas lu d’autres tomes, je suis à peu près certain qu’on peut trouver mieux dans la série.

Peut-être que j’ai choisi un tome alors que la série s’essoufflait. Peut-être ai-je aussi été exaspéré par la qualité du format numérique que j’ai utilisé, encadré de travers avec un orthographe plus que douteux. Quant au Celte lui-même, je ne peux pas dire que j’ai trouvé Loïc très attachant et pas aussi alerte que la Presse a bien voulu nous le faire croire. Enfin je n’ai pas trop compris pourquoi la Presse littéraire a été aussi dithyrambique à l’endroit de LA CIBLE. Quand je lis dans Ouest-France <une écriture-choc pour des polars percutants>, ça aussi c’est un peu fort.

Dans l’ensemble, j’ai quand même aimé malgré tout mais c’est le genre de titre que je suis porté à oublier malheureusement. Sachant qu’il n’y a pas deux personnes pareilles en matière de goût, faites-en l’essai. Choisissez un titre dans la série. Au lieu d’aller vers la fin de la série comme moi, allez au début… ça pourrait être intéressant. Vous verrez bien.

Né le 27 septembre 1949 à Saint Ouen, Robert Morcet est un ancien délinquant. Condamné à 15 ans de réclusion criminelle pour braquage de banque, respecté dans les milieux policiers et chez les voyous, il a assumé seul ses erreurs passées. Son premier livre, TENDRE VOYOU, édité en 1987 chez Carrère contient son autobiographie. Robert Morcet s’est rendu célèbre par sa série LE CELTE, qui compte 47 titres et a connu un énorme succès depuis sa lancée en 1988. LE CELTE, c’est Loïc Le Goënet, un capitaine de l’ancienne brigade antigang. Il travaille principalement pour Phoenix, une organisation para-gouvernementale qui combat la délinquance de ceux généralement considérés comme des intouchables. Ceux qui se croient au-dessus des lois. Goënet se fait appeler LE CELTE à cause de ses origines bretonnes, mais aussi parce que c’est plus pratique.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 23 mai 2020

LA CHAMBRE DES OMBRES GLACÉES, PIERRE H RICHARD

<-Comment on va la descendre de là?
Michel semblait hypnotisé par la
jeune fille sur la croix.·>
(Extrait : LA CHAMBRE DES OMBRES
GLACÉE, Pierre H. Richard, Éditions
Pratiko, 2006, édition numérique…)

Le jeune Jérémie découvre une mystérieuse enveloppe dans la cave de son grand-père. Il y trouve une dizaine de gravure de Polchak. Une de ces gravures est en double. Jérémie en garde une pour lui et prête l’autre à son meilleur ami Michel. Par la suite, Jérémie, Michel et leur amie Lorraine sont subitement entraînés dans un monde étrange. Ils ne peuvent tout simplement pas reculer. Ils traversent comme une espèce de bouche et aboutissent dans ce qui a les apparences d’une salle de torture. En plus, l’atmosphère de cette inquiétante pièce est glacée. Pendant ce temps, une *enveloppe* prend la place de Jérémie et de ses amis pour concocter un plan diabolique. En fait, depuis que Jérémie a ouvert l’enveloppe, plusieurs trucs bizarres surviennent. Entre autres, des gargouilles…des créatures belliqueuses qui ont envie de mordre. Pour nos amis, il devient urgent de trouver une issue…

DANS L’OMBRE DE POE
*Depuis plus de trois heures qu’ils avançaient,
la salle s’assombrissait et les plaintes des
suppliciés s’éteignaient. Les personnages
torturés avaient cédé leur place à un
cimetière de machines de bois et de métal…*
Extrait

Dans ce récit, plusieurs évènements bizarres se produisent à partir du moment où Jérémie découvre, dans la cave de son grand-père une enveloppe contenant des gravures de Polchak. Une des gravures est en double. Jérémie en garde une pour lui et prête l’autre à son ami Michel. Peu après, Jérémie, Michel et leur amie Lorraine sont catapultés dans une sorte de monde parallèle peuplé d’ombres menaçantes qui rappellent les gargouilles de Polchak.

Alors qu’ils débouchent sur la Chambre des Ombres glacées qui est en fait une salle de torture, les trois ados réalisent que les ombres veulent envahir leur esprit. Les jeunes deviennent des enveloppes pour les entités de l’ombre. Mais pourquoi ? Dans quel but ? Et comment nos amis vont se sortir de cette dangereuse aventure ?

LA CHAMBRE DES OMBRES GLACÉES est un nouveau titre qui vient enrichir la littérature jeunesse dans le genre fantastique. On y suit trois adolescents qui vivent une situation pénible dans un monde paranormal. C’est loin d’être nouveau…le héros de l’histoire entraîné dans un livre, dans un jeu vidéo, dans un monde parallèle, dans les enfers et j’en passe.

Le sujet a été abondamment développé en littérature et au cinéma. Cependant, ce livre de Pierre H. Richard a quelque chose de particulier. En cours de lecture, j’essayais de me rappeler dans quel livre ou dans quel film j’avais été enveloppé d’une telle atmosphère. Donc ce n’était pas au niveau de la lecture ou du visionnement mais au niveau du ressenti, du non-dit. La lumière s’est faite lorsque je suis arrivé à l’épisode du puits et de la pendule.

Ça m’a rappelé THE PIT AND THE PENDULUM, cette nouvelle écrite par Edgar Allan Poe en 1842, insérée plus tard dans un de ses recueils NOUVELLES HISTOIRES EXTRAORDINAIRES, finalement traduite par Charles Baudelaire et adaptée mainte fois au cinéma.

Dans cette histoire, un prisonnier de l’inquisition espagnole est soumis à la torture alors qu’une grande lame très aiguisée en forme de pendule se balance au-dessus de lui et se rapproche lentement de sa poitrine. C’est exactement à ce traitement qu’est soumis un de nos héros dans la chambre des ombres glacées pendant qu’un autre attend la congélation sur une croix.

Ce n’est pas seulement cet épisode de la pendule mortelle qui a retenu mon attention mais c’est toute l’atmosphère qui se dégage du récit, spécialement quand les jeunes évoluent dans le monde des ombres. C’est toute la tension ressentie qui m’a rappelé Edgar Allan Poe. Nous avons ici une nouvelle extraordinaire version jeunesse.

L’histoire est un peu difficile à saisir au début mais elle s’ouvre graduellement à notre compréhension : <Bon, ce que Polchak dit dans son testament, c’est que les deux gravures identiques d’une gargouille qui sont sensées accompagner ces documents sont en fait des «portes» qui lui permettront de revenir se venger des dirigeants de l’église Orthodoxe et d’enfin faire reconnaître sa mission «divine». Pour y arriver, les deux images doivent être séparées l’une de l’autre. Et grâce à ces portes, il affirme pouvoir saisir les énergies nécessaires à son retour.> (Cet extrait fait référence à l’inquisition espagnole et à la salle de torture appelée LA CHAMBRE DES OMBRES GLACÉES, d’où le lien avec Edgar Allan Poe).

Donc, bien que pas trop originale, l’histoire est intéressante, la plume est fluide, facile à suivre. Principale faiblesse : la profondeur des personnages. Je n’ai pas réussi à m’y attacher vraiment. Principale force : l’atmosphère qui imprègne le récit, parfois oppressante, parfois flottante. Elle m’a fait vibrer. C’est un des critères importants que je recherche dans ce genre d’ouvrage. Ça devrait plaire à beaucoup de lecteurs et lectrices.

La torture du puits et de la pendule
d’après une nouvelle d’Edgar Allan Poe

Pierre H. Richard, auteur et traducteur qui s’est spécialisé dans la politique fiction et le roman policier, élargit maintenant ses horizons en s’attaquant au fantastique avec LA CHAMBRE DES OMBRES GLACÉES. Je vous suggère aussi, du même auteur SOLUTION ULTIME, un roman surprenant dont l’action se déroule dans l’univers trouble des vendeurs d’armes…

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 22 mai 2020

L’HOMME QUI MIT FIN À L’HISTOIRE, de KEN LIU

L’HOMME QUI MIT FIN À L’HISTOIRE

Commentaire sur le livre de
KEN LIU

*(1931) Nous sommes à la périphérie de Harbin, dans le district de Pingfang. Même si ce nom n’évoque rien à la plupart des occidentaux, certains n’hésitent pas à surnommer ce lieu L’ « Auschwitz d’Asie ». L’unité 731 de l’armée impériale japonaise y a mené durant la guerre d’atroces expériences sur des milliers de chinois et Alliés captifs pour permettre au Japon de   créer des armes biologiques et de conduire des recherches sur les limites de l’endurance humaine. * (Extrait : L’HOMME QUI MIT FIN À L’HISTOIRE, Ken Liu, origine 2011, présente édition, numérique, Le Bélial, collection une heure-lumière)

Futur proche. Deux scientifiques mettent au point un procédé révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée, pour une seule et unique personne, sans possibilité d’interférer avec l’objet de son observation. Une révolution qui promet la vérité sur les périodes les plus obscures de l’histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d’État. Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, l’Unité 731 se livra à l’expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d’un demi-million de personnes…

L’Unité 731, à peine reconnue par le gouvernement japonais en 2002, passée sous silence par les forces d’occupation américaines pendant des années, est la première cible de cette invention révolutionnaire. La vérité à tout prix. Quitte à mettre fin à l’Histoire.

La vérité à tout prix
*Ce que je souhaite vraiment, c’est que
ce que j’ai vu ne se soit jamais produit.
Mais personne ne peut m’exaucer…*
(Extrait : L’HOMME QUI MIT FIN À L’HISTOIRE)

C’est un livre très original, un documentaire présenté sous diverses formes narratives : interviews, allocutions, mémoires, correspondances, citations…Des scientifiques réussissent à isoler des particules subatomiques appelées BOHM-KIRINO. Adéquatement manipulées, ces particules permettent un voyage dans le temps, essentiellement le passé, une seule fois par endroit visité par une seule personne qui ne pourra jamais interférer dans ce qu’il voit et entend.

Évidemment, c’est très limité mais ça permet de résoudre des mystères et les énigmes du passé et ça permet aussi de connaître la vérité sur des évènements pénibles, longtemps cachés par les gouvernements, couverts d’abjection, d’opprobre et de honte.

Le livre cite un de ces évènements : les basses œuvres de l’unité 731, une section japonaise de recherches qui, pendant la deuxième guerre, s’est livrée à d’indescriptibles et innommables expérimentations avec des hommes, femmes et enfants vivants : *Il arrivait qu’un médecin tire une balle dans le ventre d’un prisonnier pour simuler une blessure de guerre sur laquelle nous perfectionner. Après les opérations, l’un des officiers décapitait le sujet chinois ou l’étranglait. Les vivisections servaient parfois pour les stagiaires de leçons d’anatomie et de distractions. * (Extrait)

J’ai été captivé par ce livre même si j’ai senti que les particules BOHM-KIRINO ne sont qu’un prétexte pour rappeler les méfaits de l’Unité 731 et tenter de leur donner une finalité afin de forcer les gouvernements impliqués à s’excuser. Ce qui m’a surtout fasciné dans ce livre qui ne fait qu’une centaine de pages, c’est la matière à réflexion qu’il induit. Par exemple, un gouvernement doit-il reconnaître les erreurs d’un passé dont il n’est pas responsable.

Il y a trop de responsabilités qui s’imbriquent et de changements dans les juridictions. Par exemple, cet extrait : *Avec l’expérience d’Evan Wei, la juridiction sur le passé n’empiétait guère dans le réel : on se demandait au pire, si c’était à l’Espagne ou aux États-Unis de récupérer le trésor d’un galion espagnol du XVIe siècle naufragé dans les eaux américaines actuelles…Les enjeux se révèlent désormais beaucoup plus élevés. * 

Est-ce qu’on peut mettre fin à l’histoire, est-il sain d’avoir le dernier mot à l’histoire. Qu’est-ce qu’on ferait de toute cette crasse enterrée par l’histoire. En plus d’être fasciné par la réflexion et la recherche que Ken Liu me pousse à faire, le livre contient beaucoup d’idées intéressantes : *À moins qu’on ne doive tenir le passé pour un bien commun administré par les Nations-Unies au bénéfice de l’humanité entière* (Extrait)

Mais que faire d’une vérité qui fait aussi mal que celle sur les boucheries de l’Unité 731 et comment limiter les responsabilités au Japon quand on sait que le général américain MacArthur, commandant en chef des forces alliées, a préservé les membres de l’Unité 731 de toutes poursuites judiciaires pour crimes de guerre afin de récupérer les résultats de leurs expériences et de soustraire les dites données à l’Union soviétique.

Plus de 3000 personnes sont mortes dans les laboratoires de l’horreur de l’Unité 731. On peut en ajouter des dizaines de milliers si on tient compte des expérimentations bactériologiques. Je pourrais continuer longtemps…vous avez compris que ce livre est venu me chercher. Les abominations décrites dans ce livre sont une négation de la vie et le livre comme tel est une dénonciation du négationnisme.

Malgré tout, je n’ai pas senti chez l’auteur de haine ou de désir de vengeance. L’aspect science-fiction du livre permet à l’auteur de pointer sévèrement le doigt sur un épisode sanglant et honteux de l’histoire. Ça sent le prétexte.

C’est un livre qui m’a ébranlé, choqué et qui m’a fait réfléchir. Le sujet est difficile, mais il est traité avec une remarquable intelligence. L’auteur réussit à imbriquer avec finesse la science-fiction dans la réalité historique. Il en découle un caractère philosophique subtil, dépourvu de lourdeur et de langage compliqué.

L’auteur ne condamne pas, mais se demande plutôt qu’est-ce qu’on peut faire pour que ces horreurs ne se reproduisent pas. Je vous avertis, il y a des passages à soulever le cœur. Je ne crois pas qu’il s’agisse de sensationnalisme prémédité. C’était tout simplement inévitable. Bref, je vous recommande L’HOMME QUI MIT FIN À L’HISTOIRE…un petit livre qui ne manque pas de grandeur. Il est très fort et ne vous laissera pas indifférent.

Ken Liu est un écrivain américain d’origine chinoise né en 1976. Il est aussi informaticien et juriste et de plus, il se définit comme un traducteur de science-fiction spéculative. D’ailleurs, il a déjà reçu un prix pour l’excellence de ses traductions en science-fiction et fantasy. Ses nouvelles et textes ont été publiés dans de nombreux magazines prestigieux. Les œuvres de Liu ont été récompensés par de nombreux et prestigieux prix littéraires, notamment les prix HUGO, WORLD FANTASY, NEBULA et LOCUS. Il continue son œuvre dans le domaine des nouvelles et romans courts.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche mai 2020

L’ÉTRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON

Commentaire sur le livre de
FRANCIS SCOTT FITZGERALD

*Ici, ça va pour les jeunes, qui ne sont pas dérangés
par grand-chose. Ça pleure, ça piaille : je n’ai pas
réussi à fermer l’œil. J’ai demandé quelque chose à
manger- et d’une voix stridente il s’insurgea- et ils
n’ont rien trouvé de mieux à me donner qu’un
biberon de lait.
Extrait : L’ÉTRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON,
Francis Scott Fitzgerald, neobook éditions, 2013, collec-
tion classique, édition numérique, 80 pages num.

Jamais Roger Button n’aurait pensé que la seule évocation de son nom puisse, un jour, faire trembler d’effroi un hôpital voire une ville tout entière… Et pourtant… En ce matin de septembre 1860 M. Button, n’en croit pas ses yeux. En pleine maternité, se dresse dans le berceau de son nouveau-né tant attendu, un homme de 70 ans à la barbe vénérable ! Et il s’agit bien de son fils ! Après cette entrée en fanfare dans la vie, Benjamin Button ne pouvait mener une existence comme les autres : né vieillard, il va vieillir jeune, à rebours des autres, de la nature, des ans. Il va voir ses parents se voûter, s’éteindre, sa jeune femme s’empâter et décliner tandis qu’il va retrouver peu à peu santé, vigueur, s’illustrer brillamment à la guerre, courir les fêtes et les mondanités… Au bout du voyage ? Une histoire étrange, extraordinaire et… le néant.

UNE VIE À CONTRESENS
<Quel nom vas-tu me donner, papa? «bébé»
pour l’instant? En attendant de trouver
quelque chose de mieux? M. Button grogna
et d’un air revêche lui dit : – Je n’en sais rien.
Je crois qu’on va t’appeler Mathusalem.>
Extrait : L’ÉTRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON

L’ÉTRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON est une nouvelle. Donc c’est un roman très court mais aussi très troublant car il représente un véritable défi pour le raisonnement. Amies lectrices, amis lecteurs, essayez de vous projeter quelques instants dans l’incroyable tableau que je vous propose ici et qui représente la situation exacte de Benjamin Button : À votre naissance, vous êtes un vieillard de 70 ans, plissé, presque sans cheveux, doué de paroles et d’intelligence. Dès votre arrivée au monde, vous commencez à rajeunir au même rythme qu’une personne normale vieillit. À la vieillesse, s’enchaîne l’âge adulte, puis l’adolescence, la pré-puberté, l’enfance et…

C’est déjà un tableau complexe mais continuons un peu. Vingt ou vingt-cinq ans après votre extraordinaire naissance, vous vous mariez. Votre femme va vieillir, mais vous, vous irez en rajeunissant. Vous aurez un enfant. Il va vieillir, mais vous, vous allez toujours rajeunir. Imaginez un instant que c’est votre fils qui vous reconduit un beau matin au jardin d’enfance ou la garderie.

Vous avez ici le début du commencement d’une incroyable chaîne de problèmes pour Benjamin et sa famille : une incroyable vie à rebours qui amène son lot de sueurs et de bizarreries : *En 1920, le premier enfant de Roscoe Button vint au monde. Toutefois, au cours des festivités qui s’ensuivirent, personne ne crut qu’il fut de bon ton de révéler que le vilain petit garçon, d’une dizaine d’années, qui jouait dans la maison avec ses soldats de plomb et son cirque miniature était le propre grand-père du nouveau-né* (Extrait)

Évidemment, c’est une nouvelle à caractère fantastique, donc la logique est mise au rancart. Et comme le roman a moins de 20 pages, l’auteur a fait des choix précis. J’aurais aimé pourtant qu’il parle de la mère. Le début de l’histoire arrache un certain sourire. Imaginez le père qui découvre son bébé à la pouponnière : un vieillard de plus de 70 ans qui essaie de comprendre ce qu’il fait là. Pratiquement rien sur la mère.

J’aurais trouvé intéressant de voir l’état de la mère après avoir accouché d’un *gériatron* d’un mètre 70. Je ne peux rien dire sur la finale sinon que je l’ai trouvée expédiée et frustrante. Autrement dit, le thème a été sous-exploité. Je comprends que c’est une nouvelle, mais il y aurait eu matière à un volumineux roman et on ne se serait pas ennuyé. Ceci étant dit l’adaptation du livre à l’écran mérite d’être visionné.

Un dernier détail digne de mention je crois, une situation qui n’est presque pas développée dans le récit. Si aujourd’hui, j’ai rajeuni d’une journée par rapport à hier et si je prends le principe au pied de la lettre, est-ce que je peux considérer que la journée de la veille n’a jamais existé et que par conséquent, je ne me rappellerai de rien de ce qui s’est passé dans ma vie la veille ?

Je pense que c’est le grand mérite de ce récit, il soulève des questions et atteint l’esprit. C’est déjà beaucoup, mais j’aurais souhaité beaucoup plus.  J’ai l’impression que l’auteur a eu comme un éclair de génie, l’a mis sur papier, lui a fait un enrobage bâclé et l’a envoyé dans le champ. Pas de développement, pas de fini.

La principale faiblesse de cette histoire et je crois qu’elle n’a rien à voir avec les choix de l’auteur, c’est l’absence d’émotion. Elle se fait cruellement sentir dès le début alors que la naissance de Benjamin est perçue comme un scandale alors qu’elle aurait pu être perçue au moins comme une curiosité scientifique.

Les personnages sont froids. Devant un évènement aussi original et extraordinaire, l’auteur n’a fait que mettre en perspective les travers de la nature humaine. Sans crier au gâchis, je m’attendais à beaucoup plus et beaucoup mieux. Le film, qui n’a pas grand-chose à voir avec le livre, se rapproche beaucoup plus de ce que j’aurais souhaité lire.

Si vous souhaitez lire ce livre, misez sur l’aspect que j’ai développé au début de l’article, cette histoire est un défi pour l’esprit : comprendre les sentiments de Benjamin Button dans le contexte d’une vie à rebours. Ça m’a occupé assez longtemps.

Francis Scott Fitzgerald (1896-1940) est un écrivain et scénariste américain. Il a publié des romans inoubliables comme GATSBY LE MAGNIFIQUE, TENDRE EST LA NUIT et l’inachevé DERNIER ABAB inspiré de son expérience de scénariste à Hollywood où il meurt en 1940 à l’âge de 36 ans, ravagé par l’alcool et le désespoir. Le couple qu’il a formé avec Zelda est devenu mythique et il participe sans aucun doute au halo de mystère et de glamour qui entoure encore aujourd’hui l’écrivain américain, lui qui a sillonné la Côte d’Azur où il a publié L’ÉTRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON dans les années 20, a côtoyé le jet set de l’époque, a lancé la carrière d’Ernest Hemingway (1899-1961) et vécu dans les lumières et les ombres holywoodiennes. Le mythe ne doit pas occulter l’œuvre importante, celle d’un des grands écrivains du XXe siècle.

BENJAMIN BUTTON AU CINÉMA

L’ÉTRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON est un film fantastique américain réalisé par David Fincher et sorti en 2008. L’histoire d’Eric Roth et Robin Swicors est inspirée de la nouvelle du même titre datant de 1922 et écrite par Francis Scott Fitzgerald. Le film, avec Brad Pitt dans le rôle de Benjamin Button, s’est vu attribué l’Oscar des meilleurs effets visuels et a été nominé pour l’Oscar du meilleur film et l’Oscar du meilleur acteur.

Bonne lecture
JALU/Claude Lambert

le samedi 16 mai 2020

L’ESPIONNE, le livre de PAULO COELLHO

*J’avais été baptisée avec le sang de la femme d’Andreas, et, grâce à ce baptême,
j’étais libre pour toujours, bien que nous ne sachions, ni lui ni moi, jusqu’où cette
liberté nous mènerait.
(Extrait : L’ESPIONNE, Paulo Coellho, Flammarion 2016. Édition de papier, t.f. 200 pages)

Arrivée à Paris sans un sou en poche, Mata Hari, de son vrai nom Margaretha Geertruida « Grietje » Zelle s’impose rapidement comme une danseuse vedette du XXe siècle. Elle a un charisme extraordinaire. Elle séduit le public, ensorcèle les hommes les plus riches et les plus puissants de l’époque. Aurait-elle accumuler des secrets monnayables ? Plusieurs le pensaient. Toujours est-il que son mode de vie flamboyant fait scandale et attire bientôt les soupçons tandis que la paranoïa s’empare du pays en guerre. Arrêtée en 1917 dans sa chambre d’hôtel sur les Champs-Élysées, elle est accusée d’espionnage. Elle fut donc jugée, reconnue coupable d’espionnage au profit de l’empire allemand et exécutée. En faisant entendre la voix de Mata Hari, Paulo Coelho nous conte l’histoire inoubliable d’une femme qui paya de sa vie son goût pour la liberté.

INSAISISSABLE ET INDÉPENDANTE
*…il n’avait qu’un but et il n’avait pas besoin
de me dire lequel : coucher avec moi. J’étais
immensément embarrassée avec cet homme
laid, mal élevé, aux yeux écarquillés, et qui
se jugeait le plus grands d’entre les grands.*
(Extrait : L’ESPIONNE)

Dans une longue lettre à son avocat, Maître Clunet, Mata Hari raconte et explique la chaîne d’évènements qui a précédé son exécution à Vincennes en 1917 pour espionnage et trahison. C’est donc Mata Hari qui a la parole : une femme courageuse, résolument libre mais dont le mode de vie flamboyant a fait scandale et a attiré les soupçons à une époque instable où la guerre fait rage. Oui, elle a couché avec beaucoup d’hommes puissants et influents, oui il y a peut-être eu échanges de propos sensibles.

Est-ce que ça fait d’elle une espionne ? Une chose est sûre, Mata Hari n’a pas vu venir le panier de crabes dans lequel elle devait s’enliser. Mais toujours, elle garde la tête haute : *Je suis une femme qui s’est trompée d’époque et rien ne pourra corriger cela. Je ne sais pas si l’avenir se souviendra de moi, mais si c’est le cas, qu’on ne me voit jamais comme une victime, mais comme quelqu’un qui a vécu avec courage et n’a pas eu peur de payer le prix fort. * (Extrait)

Cette version que nous propose Paulo Coelho est comme beaucoup d’autres versions qui laissent à penser que Mata Hari a été reconnue coupable d’espionnage et de trahison sur des preuves plus que douteuses. Il fallait absolument un coupable pour assoir le jeu de pouvoir d’un personnage important et haut placé….Pourquoi pas…on l’a bien fait avec le soldat Dreyfus…tant qu’à sombrer dans la crasse et l’incompétence.

J’ai trouvé ce livre bien écrit, passionnant à lire. Il débute avec l’exécution de Mata Hari, fusillée la tête haute parce qu’elle tapait sur *le système du système*. Puis on peut lire la longue lettre à son avocat, un pantin désarticulé et dépassé, puis, une longue lettre de ce même avocat à Mata Hari…une lettre qu’elle ne lira jamais.

Même si ce sont les mœurs qui devancent son temps qui ont amené Mata Hari devant le peloton d’exécution et sans doute aussi son incapacité de *regarder où elle mettait les pieds*, l’écriture de Coelho pousse le lecteur et la lectrice vers un sentiment d’injustice. Tout le long du récit, j’ai senti l’investissement de Coelho en authenticité et en sensibilité et j’ai réalisé dans la deuxième moitié du récit que Mata Hari aimait l’argent et le luxe, autre élément soi-disant incriminant poussant l’artiste vers sa chute.

Espionne ? Vraiment ? : *ce qu’il voulait dire, sans avoir le courage de le prononcer, c’était le mot : espionne. Quelque chose que je ne ferais jamais de ma vie. Comme vous devez vous le rappeler, excellentissime Maître Clunet, j’ai dit cela dans cette farce de procès : «Prostituée, oui. Espionne, jamais. * (Extrait)

Bien que ce livre soit le témoignage d’une femme hors du commun, il ne s’agit pas d’une biographie en tant que telle. Quoique la vie de Mata Hari s’inspire de faits réels dans les grandes lignes aux dires de l’éditeur et que l’auteur a tenté de reconstituer la vie de Mata Hari à partir de données historiques, ce livre demeure une œuvre de fiction. Il mérite toutefois d’être lu. Il est poignant, il rend captif, il se lit vite, son contenu est crédible et plausible. Je serais curieux de lire les dossiers de presse de l’époque…dans un contexte de guerre, la justice diffère.

Mata Hari aura été victime autant d’elle-même que d’une parodie de justice. Mais toutes les versions s’entendent pour dire que l’artiste aura gardé la tête haute, même quelques minutes avant d’apparaître devant les fusilleurs : *Je sais ce que je vais faire maintenant, avant d’entendre les pas dans le couloir et l’arrivée du Petit-déjeuner. Je vais danser. Je vais me rappeler chaque note de musique et je vais bouger mon corps au rythme des mesures, parce que cela me montre qui je suis : une femme libre* (Extrait)

Une belle écriture…un excellent moment de lecture

Paulo Coelho est un romancier et interprète brésilien né à Rio de Janeiro. Il a vendu plus de 210 millions de livres à travers le monde, traduits en plusieurs dizaines de langues. Son premier livre, LE PÈLERIN DE COMPOSTELLE a été publié en 1987, mais c’est le livre suivant L’ALCHIMISTE qui vaudra à Coelho une notoriété internationale. Il a gagné de nombreux prix littéraires dont une mention au prix littéraire de Dublin pour VÉRONIKA DÉCIDE DE MOURIR.


En novembre 2014, Paulo Coelho a achevé de mettre en ligne près de 80 000 documents – manuscrits, journaux, photos, lettres de lecteurs, coupures de presse – créant ainsi une vitrine sur le net pour la Fondation Paulo Coelho qui est basée à Genève.

Mata Hari (1876-1917)

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le vendredi 15 mai 2020

KOBOLTZ MISION ULURU, de BENOIT GRELAUD

*Vous avez vu toutes ces pauvres bêtes ? … Dans
quel état elles sont?! Il faut faire quelque chose !
«Commencez donc par lever les mains en l’air !»
ordonna une voix derrière eux, tandis que des
pointes en acier leur piquaient le dos…*

(Extrait : LES KOBOLTZ, MISSION ULURU, Tome 1, Benoit
Grelaud,  ill. : Sylvain Even, édition Slalom, 2017, édition
de papier, 200 pages, littérature jeunesse 8-15 ans)

Les Koboltz ont pour véritable obsession de ne pas polluer la planète. Ils ne mangent aucun animal, cultivent leurs céréales, leurs fruits et légumes sans produits chimiques, et traitent absolument tous leurs déchets. Alors quand les hommes décident de créer un insecticide pouvant entraîner une véritable catastrophe écologique, le petit peuple vivant sous terre décide de mener une mission afin d’empêcher la création de ce poison. Mais pour cela, ils vont avoir besoin de l’aide de Rakiriko, un koboltz banni de son peuple plusieurs années auparavant, mais qui seul sait comment se rendre invisible aux yeux des humains.  Les défis sont de taille : convaincre Rakiriko de venir en aide à son peuple et arriver à temps pour stopper les humains et préserver la planète ? Entre aventure, maladresse et sentiments, Tammpo et ses compagnons vont devoir faire face à de nombreux obstacles.

UN GRAND DÉFI POUR UN PETIT PEUPLE
*Vous allez nous attendre ici. Kalistah et moi,
nous allons nous rendre près des stocks
d’insecticide. Là, j’utiliserai une formule dont
j’ai le secret, un véritable tour de magie. Je
vous promets que vous vous en souviendrez !
(Extrait : LES KOBOLTZ, MISSION ULURU)

C’est un livre très intéressant et original si on tient compte surtout de sa qualité première : stimuler la conscience environnementale des ados qui font partie de ce que l’on appelle la génération Alpha, celle qui est le plus susceptible de changer les choses quant à la protection de l’environnement. L’histoire est simple. En fait on développe surtout la culture Koboltz par le biais d’une mission. Une suite de ce livre était planifiée au moment d’écrire ces lignes. Voyons d’abord la mission.

Dans la civilisation Kobolts, des petits êtres d’apparence humaine mais qui ne mesurent que huit centimètres, ont appris que les hommes sont sur le point de créer un insecticide puissant extrêmement dangereux susceptible d’empoisonner toutes les nappes d’eaux potables de la terre. Les Koboltz vivent sous terre. Ce sont des génies du recyclage et de la dépollution. Lorsqu’ils remontent à la surface, ils bénéficient d’une heure d’invisibilité pour réparer les gaffes humaines.

Mais il faudra beaucoup plus que ça pour empêcher la création de l’insecticide mortel. Aussi, cinq Koboltz, Alvyane, Klayni, Tammpo, Elmione et Mananann se voient confier une mission capitale : retrouver Rakiriko, magicien banni de leur village il y a plusieurs années. Lui seul est capable de prolonger leur invisibilité aux yeux des humains à la surface et ainsi augmenter les chances de sauver la planète d’une terrible menace.

J’ai bien aimé cette histoire. C’est un roman mais il a plutôt l’allure d’un conte je dirais ou d’un docudrame ou docufiction. Il se dégage en effet de ce petit livre un aspect documentaire intéressant et pas trop lourd donc très accessible pour les jeunes lecteurs et lectrices. Moi-même, en lisant ce livre, j’ai appris beaucoup de choses intéressantes, vérifiables sur le plan scientifique.

J’ai appris par exemple, à faire la différence entre un stalactite et un stalagmite : Les stalactites descendent du plafond expliqua Tammpo. Dans stalactite, tu as un *t* comme dans «tomber». Alors que dans stalagmite, tu as un *M* comme dans «monter».* (Extrait)

Dans ce petit roman, les personnages sont attachants, colorés et drôle : *Kornikedouille, il est fou celui-là ! s’exclama Mananann en jetant un œil à son caleçon légèrement déchiré Un peu plus, il me transformait en fille !* Les petits personnages sont très sympathiques et attachants malgré leur obsession de la protection de l’environnement. Mais dans l’optique d’une littérature thématique pour ados et préados, je pense que c’est très crédible.

Le livre est très ajusté à l’actualité mais ne se prend heureusement pas trop au sérieux. C’est un petit vent de fraîcheur qui vient titiller un peu la conscience écologique des enfants, jeunes et moins jeune et je ne doute pas que les jeunes ont tous une connaissance intuitive de l’environnement et de plus en plus de jeunes développent un souci de protection. En ce sens, le livre de Benoit Grelaud est un outil magnifique. J’ajoute à cela que j’ai été séduit par les magnifiques illustrations de Sylvain Even qui sont chaudes et très vivantes et illustrent fort bien le thème développé.

La petite faiblesse tient dans le fait qu’il y a beaucoup de personnages et qu’on peut s’y perdre. Ça crée des longueurs par moments et ça fragilise le fil conducteur. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est décourageant pour les jeunes lecteurs.

Ça vaut la peine de persévérer parce que ce petit livre est un bijou. J’ai trouvé aussi que la finale était quelque peu expédiée. Mais comme je le dis plus haut, il y a une suite. Merveilleuse lecture pour les jeunes jusqu’à 16 ans mais elle ferait aussi du bien à beaucoup d’adultes intéressés par une petite introspection car c’est vraiment un livre porteur de réflexion.

À mettre sans hésiter dans votre bibliothèque.

Benoît Grelaud est né en mai 1968 à Luçon, en Vendée. Véritablement touché par la Bretagne qu’il découvrira grâce à sa femme, il ressentira alors l’envie d’en faire écho au sein des aventures du « Maître des Clés ». Les paysages sauvages, l’attachement du peuple breton à ses racines et la culture celtique seront autant de points d’appuis qui le guideront dans son écriture. Le jour où il commença à coucher sur papier l’histoire qu’il racontait le soir à ses enfants, Benoît Grelaud bascula plusieurs dizaines d’années en arrière. A cette époque où, chaque semaine, son grand-père venait le chercher pour de longues escapades à vélo, dans la campagne environnante… Tout comme les Koboltz. Benoît Grelaud est un amoureux de la nature et a imaginé ces petits êtres féériques pour parler de ce sujet qui lui tient à cœur.

Fort d’un parcours prestigieux dans des sociétés telles que les Éditions Hachette, Gründ et Albin Michel, Sylvain Even, infographiste-illustrateur et animateur 3D a su mettre à profit son habileté et son génie lors de ses divers travaux. Il contribue largement à donner vie aux Koboltz dans MISSION ULURU.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le jeudi 14 mai 2020