INTIMIDATION, le livre de HARLAN COBEN

*« Papa?
« Quoi?
« Où est maman?
Adam ferma les yeux.
« Je te l’ai dit. Elle est partie à un truc de profs.
« Elle vient d’y aller à un truc de profs.
« C’en est un autre.
« Et ça se passe où?
« À Atlantic City.
Thomas secoua la tête.
« Non.
« Comment ça non?
« Je sais où elle est, dit Thomas. Et c’est pas à Atlantic City.
(Extrait : INTIMIDATION, Harlan Coben, Belfond éditeur, 2016, édition de papier, 390 pages)

Ce récit est la longue quête de la vérité pour Adam, un avocat, marié comme beaucoup d’autres, de toute évidence heureux en ménage comme beaucoup d’autres. Un jour, lors d’une soirée, la vie d’Adam va basculer lorsqu’il sera abordé par un parfait inconnu qui lui révèlera que Corinne lui a fait un terrible mensonge. Adam doit-il donner du crédit à une aussi aberrante révélation venant de quelqu’un qu’il ne connait pas du tout ? Mais que sait-on vraiment de la personne qui partage notre vie. N’en pouvant plus, Adam décide de confronter Corinne, mais cette dernière s’enfuit en lui laissant un énigmatique message. Adam décide d’aller au bout pour connaître une vérité qui risque de faire très mal…Tueurs à gage, réseaux illicites, cybercriminels. Comment une femme aussi tranquille et sans histoire a-t-elle pu se trouver au cœur d’une aussi étrange machination qui devient bientôt effrayante. Quelque chose de terrible est sur le point d’arriver. Adam le sent…

UNE EFFRAYANTE MACHINATION
*Adam scruta l’écran, plutôt de bas en haut
que l’inverse. Au départ, rien de nouveau :
lui, les garçons, les collègues, les amis…
Quand soudain il aperçut un numéro
familier, et son cœur manqua un battement.
(Extrait : INTIMIDATION)

C’est le deuxième livre que je lis d’Harlan Coben. Le premier était SANS UN MOT qui a fait l’objet d’un commentaire sur ce site en octobre 2016. Même s’il ne m’avait pas impressionné, je considère SANS UN MOT supérieur à INTIMIDATION. Les deux titres, soit dit en passant, développe le thème de la cybercriminalité.

C’est courant avec Coben, une grande quantité de personnages qui se croisent et s’entrecroisent, des épisodes de chantage qui s’entrecoupent et qui finissent par converger à la fin. Cette façon d’écrire joue avec la patience du lecteur car dans la première moitié de l’ouvrage, je ne savais pas trop à quoi m’accrocher.

Pourtant, l’histoire en elle-même est originale : Un parfait inconnu aborde Adam dans une soirée et lui murmure à l’oreille que sa femme lui a menti sur toute la ligne. Ainsi Adam découvre que la grossesse de sa femme était bidon…simulée. Adam va enquêter avec acharnement mais son enquête prend des directions anarchiques.

J’ai été patient parce que je voulais connaître la finale. Harlan Coben est réputé pour ses finales surprenantes. À ce titre, je n’ai pas été déçu. Tout s’imbrique rapidement à la fin. Si la finale est satisfaisante pour les lecteurs, la façon d’y arriver m’a un peu découragé.

Le récit a tout de même quelques forces. Le rythme est soutenu parce que l’intrigue s’intensifie au fur et à mesure qu’on se rapproche de la fin. Le lecteur est particulièrement à l’aise dans la deuxième moitié du livre alors qu’on commence à comprendre le cauchemar que vit Adam jusqu’à la finale que j’ai trouvé surprenante.

Les personnages de l’histoire ne sont pas spécialement attachants, même Adam sauf que j’ai pu apprécier son acharnement à connaître la vérité et je me suis rendu compte que pour un temps, je me suis acharné avec lui, surtout dans la 2e moitié de l’histoire. Il y a donc un certain magnétisme qui opère dans la plume.

L’œuvre d’Harlan Coben est assez impressionnante. Près de 50 titres qui ont connu pour la plupart des chiffres intéressants de vente. Il doit y avoir des raisons à cela. Sa façon de diriger le lecteur dans plusieurs directions doit plaire à plusieurs et puis les finales de ses livres sont réputées. J’ai lu plusieurs commentaires de lecteurs et lectrices à ce sujet. Aussi, Coben a une façon bien spéciale d’exploiter le fait divers. Il faut juste être un petit peu patient et attendre que l’ensemble du décor soit planté avant de l’exploiter à fond.

J’ai de la difficulté avec cette façon d’écrire. Ce que je recherche dans un récit peu importe sa longueur, c’est qu’il y ait dès les premiers chapitres un certain brassage d’émotions et que j’aie une bonne idée du profil des personnages.

Si l’auteur tient à ce que les personnages me *parlent*, il prendra soin de leur donner de la profondeur et de faire en sorte que je comprenne leur psychologie. Il devient alors plus facile de ressentir le message ou l’intensité dramatique du livre. Ainsi, je peux ressentir l’empathie, la colère, l’angoisse, etc.

Je n’ai lu que deux livres de Coben, mon commentaire ne peux s’étendre à toute sa bibliographie mais dans les deux cas, il y a eu peu de ressenti et quand on lit un livre avec comme unique intérêt d’arriver à la finale dès que possible, on ne peut pas appeler ça un grand moment de lecture. Heureusement, INTIMIDATION se lit vite et bien avec des chapitres courts et une excellente ventilation.

Voilà…ça fait peut-être très cliché, mais la balle est dans le camp du lecteur.

Harlan Coben est un écrivain américain spécialisé dans le roman policier et né le 4 janvier 1962 dans une famille juive. Il a d’abord suivi ses études supérieures à Livingston puis viennent ensuite les sciences politiques au Amherst college. Il a travaillé dans une agence de voyage que possédait son grand-père avant de s’installer à Ridgwood dans le New Jersey avec sa femme qui est pédiatre et ses quatre enfants. Il est le premier auteur à avoir reçu trois des prix majeurs de la littérature policière aux États-Unis : Le prix Edgar Allan Poe, le prix Shamus et le prix Anthony. L’œuvre d’Harlan Coben est considérable. Pour y jeter un œil, je vous suggère de visiter le site officiel de Harlan Coben en version française. Cliquez ici.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 23 février 2020

DÉFAILLANCES, le livre de B.A. PARIS

*Je retiens ma respiration. Suffoque en silence sous
le choc. C’est comme si on venait de me jeter un
seau d’eau è la figure pour me réveiller. Pour me
faire comprendre l’énormité de ce que j’ai fait…
Pourquoi…pourquoi ai-je fait ça ? *
(Extrait sonore :  DÉFAILLANCES, B.A. Paris, éditions
AUDIBLE studios, 2018. Narration : Maud Rudigoz,
durée d’écoute : 8 heures 55)

L’histoire est celle de Cassandra, appelée Cass et mariée à Mathew depuis un an. Tout commence une nuit d’orage sur une route isolée traversant une vaste forêt. Cette nuit-là, Cass ne s’est pas arrêtée pour offrir son assistance à la conductrice d’une voiture immobilisée au bord de la route…toujours en plein orage. Donc Cass repart sans intervenir. À ce moment, sa vie bascule…Le lendemain, Cass apprend que la conductrice a été sauvagement assassinée. Cassandra est assaillie par la culpabilité. Elle commence à recevoir des coups de fil anonymes qui la chavirent à chaque fois. Est-ce que quelqu’un l’a vu?  Alors que les pertes de mémoire deviennent de plus en plus fréquentes chez Cass dont la mère a été emportée par une démence précoce comparable à la maladie d’Alzheimer, Cassandra commence à douter sérieusement d’elle-même et insidieusement, l’angoisse s’installe et se transforme en terreur.

AU-DELÀ DE L’OBSESSION
*Ce n’est plus de la peur mais de la terreur. *
(Extrait)
DÉFAILLANCES est un thriller psychologique intense et sombre. Son atmosphère est maintenue sensiblement oppressante. Disons que, pour planter le décor, une jeune femme, Cassandra nommée Cass se retrouve en pleine nuit d’orage sur une route traversant une forêt très dense. En roulant, elle voit une voiture stationnée sur l’accotement. Une femme est au volant. Elle ne fait aucun signe et n’utilise pas ses clignotants. Cass décide de ne pas s’en occupée et reprend sa route. Le lendemain, Cass apprend que la femme qu’elle a aperçu la nuit dernière a été retrouvée morte, égorgée.

Dès lors, la vie de Cass bascule. S’installent remords et regrets, sentiment de culpabilité. Pire, Cass développe une paranoïa. Elle a la sensation d’être épiée et même visitée par l’assassin de la femme. Cass reçoit régulièrement des appels silencieux. Elle est persuadée que c’est l’assassin. Ça devient même une obsession qui l’étouffe. Elle s’en ouvre à son mari Mathew et à sa meilleure amie Rachel mais ils prennent ça avec un grain de sel et tentent de rassurer Cass.

Plus étrange encore. Cass a maintenant des blancs de mémoire. Elle oublie parfois ce qu’elle dit et ce qu’elle fait, ce qui double ses inquiétudes d’autant qu’avant de mourir, sa mère était atteinte de démence précoce. Était-ce la première phase de la maladie d’Alzheimer? Alors que la jeune femme dépérissait, elle fit des découvertes qui lui laissèrent supposer qu’elle pouvait être l’objet d’un complot.

Était-ce une nouvelle obsession qui se pointait ajoutant ainsi à cette apparence d’hystérie? Si tel était le cas, devait-elle appliquer le vieux proverbe qui dit : *Tel est pris qui croyait prendre*? Que pouvait-elle faire alors que personne ne la prenait au sérieux? D’autant plus qu’elle prenait des médicaments qui lui faisaient perdre le contact avec la réalité.

Cette histoire est celle d’une descente aux enfers. Le lecteur devient pris dans un étau psychologique qui rappelle un peu certains scénarios d’Alfred Hitchcok. L’affaissement psychologique de Cass est développé graduellement de manière à donner des sueurs au lecteur qui doit prendre un parti entre la démence et la manipulation. La tension va crescendo jusqu’à une finale que j’ai trouvée fort bien ficelée.

Le récit comporte toutefois quelques faiblesses. Il y a de nombreux passages où la suite des évènements est prévisible au point de braquer mon esprit sur le coupable probable…Le seul fait que les appels silencieux soient faits en l’absence de Mathew m’a laissé perplexe au départ. Et puis je me suis interrogé sur l’utilité de ces appels. Les personnages n’ont pas été travaillés en profondeurs, sauf peut-être Cass que j’avais envie de prendre par la main à certains moments donnés.

Mais il reste que DÉFAILLANCE est un huis-clos qui a quelque chose d’étouffant et qui devient addictif dès le moment où le lecteur sent venir le revirement de situation…cette espèce de point de rupture qui fait que n’importe quoi peut arriver. L’Histoire comme telle n’est pas un chef d’œuvre d’originalité mais son développement s’est fait avec une exceptionnelle habilité…une marque de commerce de B.A. Paris.

Quant à la narration, je suis satisfait de la performance de Maude Rudigoz. Son ton de voix colle très bien avec l’essence du récit. Il y a des passages monocordes mais ils sont largement compensés par des déguisements de voix habiles exercés dans les dialogues surtout. Et puis elle a une harmonique vocale assez agréable. En général, elle a fait corps avec l’esprit de l’auteure.

Donc en résumé, DÉFAILLANCES est un très bon thriller psychologique, bien monté, efficace. Récit parfois lourd et prévisible. Stressant. Très bonne narration. Le livre est classé best-seller et je verrais très bien une adaptation cinématographique.

B. A. Paris laisse filtrer peu d’informations sur elle. On sait qu’elle est D’origine franco-irlandaise et qu’elle a été élevée en Angleterre avant de s’installer en France. DERRIÈRE LES PORTES est son premier roman.
Vendu à près d’un million d’exemplaires et meilleures ventes d’e-books en 2016 en Angleterre, il sera traduit dans 33 pays. Behind Closed Doors est dans la liste des finalistes du Prix Thriller Goodreads 2016. On peu en savoir plus sur la chronologie de ses publications en visitant sa page
Facebook.

Bonne écoute
le samedi 22 février 2020
Claude Lambert

MOÏSE ET AUTRES NOUVELLES, Sylvia de Rémacle

Quand le bateau s’est retourné, la mer nous
a engloutis, une eau glacée comme doit l’être
la mort que j’espérais rapide.

(Extrait : Moïse, première nouvelle du recueil du
même nom, Sylvia de Rémacle, ShortEdition,
2013, édition numérique)

MOÏSE ET AUTRES NOUVELLES est le premier recueil de nouvelles de Sylvie de Rémacle : des histoires tumultueuses autour de ses deux grandes sources d’inspiration : les chevaux et la mer…La mer surtout. La tempête n’est jamais loin avec, toujours une maison donnée pour point d’ancrage aux vies agitées, accidentées sans oublier des personnages au caractère bien trempé nés sous sa plume. Sylvia de Rémacle est récipiendaire du prix PRINTEMPS 2011 de la *short litterature* dans la catégorie NOUVELLE. Le recueil comprend six nouvelles dont le titre MOÏSE.

LES TITRES :  

MOÏSE

MALGRÉ TOUT

BLIZZARD

PORT RACINE

LA SEREINE

OCÉAN-NUIT

LA MER PAR TOUTES SES HUMEURS
La mer

Au ciel d’été confond

Ses blancs moutons

Avec les anges si purs

La mer bergère d’azur

Infinie
(Paroles de la chanson LA MER de Charles Trenet)

 Une petite précision pour commencer. Je n’ai jamais parlé ici des supports de lecture. J’aimerais vous en glisser un mot brièvement. Il est vrai que je suis et j’ai toujours été un inconditionnel des livres de papier. En plus de la lecture, j’ai besoin de sentir le papier dans mes mains, tourner les pages, apprécier leur texture.

Toutefois depuis quelques années, sans délaisser les livres de papier, j’explore l’univers numérique et je me suis rendu compte que les deux supports se complètent, que le support numérique donne peut-être un peu plus de chances aux auteurs émergents.

Les visiteurs réguliers de ce site ont dû remarquer que je passe maintenant du papier au numérique et du numérique au papier. Je crois que c’est une bonne chose. Je n’abandonnerai jamais les livres de papier, mais je suis convaincu que lever le nez sur l’univers numérique équivaut à passer à côté de véritables petits chefs d’œuvre littéraires.

Pour l’instant, je ne discute pas les différences de prix ou la qualité de la mise en page. Le numérique est en pleine évolution et se raffine graduellement. Bref, le livre de papier et le livre numérique se complètent et les deux valent la peine d’être explorés.

Justement, le livre du jour est une découverte que j’ai faite dans l’univers numérique et c’est un bijou. Il s’agit du tout premier recueil de nouvelles de Sylvia de Remacle : MOÏSE. Moïse est le titre du recueil et le titre de la première nouvelle qui donne le ton au recueil. Dans ces nouvelles, il y a un thème récurrent : la mer.

Nous sommes dessus, dedans, devant, elle est partout et dans toutes ses humeurs. Les chevaux sont aussi une grande source d’inspiration. À ce titre, j’ai beaucoup aimé la nouvelle intitulée BLIZZARD dans laquelle l’héroïne tente l’impossible pour sauver un de ses poulains en pleine tempête. Dans ce très beau texte, l’héroïne est appelée à faire le point sur le sens de sa vie au cœur d’une grande solitude engendrée par la mort de son époux. J’ai trouvé ce texte d’une touchante sensibilité.

La sensibilité est, je crois, ce qui définit le mieux ce recueil et ce, malgré le caractère bien trempé de plusieurs de ses personnages. Par exemple, dans Port Racine, l’héroïne a tout du garçon manqué, forte, directe, énergique et pourtant son sort appelle à la tristesse alors que les portes sont ouvertes sur une vie d’errance. Il s’agit d’un autre personnage attachant né de la plume d’une auteure fascinée par la mer et par les tempêtes qu’elle provoque comme si la mer et la vie de ses personnages était intimement liées.

Lire MOÏSE, c’est faire une petite randonnée dans l’esprit humain entre la tourmente et l’apaisement. Les textes sont tout simplement beaux et quelques-uns ont un caractère poétique. La plume est délicate et confine parfois à la tristesse. En effet, si l’ensemble est original, il ne faut pas s’attendre à de la gaité genre marins en fête qui chantent et dansent en engloutissant alcool sur alcool. Au contraire, il y a dans tous les textes un petit quelque chose de mélancolique, triste, nostalgique.

Donc la démarche de l’auteur appelle à l’espoir d’une vie toujours meilleure…construire l’avenir comme c’est le cas de Mathieu dans MALGRÉTOUT. Mathieu est un jeune homme qui est en deuil de sa grand-mère autour de laquelle toute sa vie gravitait. Une période d’errance s’annonce pour lui avant que lui vienne une idée lumineuse et porteuse d’avenir. Je crois que cette nouvelle était ma préférée.

Bref, si vous avez envie d’une petite douceur, je vous invite à lire MOÏSE, un recueil de nouvelles d’une grande richesse avec, comme toile de fond avec ses hauts paisibles et ses bas hostiles.

Sylvia de Rémacle est née dans le Puy de Dôme où elle vit. Elle a commencé à écrire à l’adolescence, des poèmes. Plus tard elle s’est essayée au roman, mais c’est dans le format court de la nouvelle qu’elle s’épanouit pleinement, jamais loin de la veine poétique. Pour Moïse, elle a reçu le Prix Printemps 2011 de la short Littérature dans la catégorie Nouvelle.

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 21 février 2020

HEYDRICH, LE GRAAL ET LA MARMOTTE, de Peter Berling

Il est entré dans la SS sans s’interroger sur
les valeurs qui y sont considérées comme
une loi d’airain. Au sein de l’ordre,
l’homosexualité est un crime capital passible
de la peine de mort ! La moindre des
sanctions, c’est le camp de concentration,
et cet idiot de Rahn a pu découvrir
personnellement ce que cela signifiait.
(Extrait : HEYDRICH, LE GRAAL ET LA MARMOTTE,
Peter Berling, éditions Piranha 2016 pour la
traduction française. Édition num. 350 pages)

Max Wittacher est un jeune Suisse. Son don pour les massages lui vaut dès le début des années 1930 les faveurs de l’inquiétant Reinhard Heydrich, qui fait de lui son physiothérapeute personnel. En côtoyant les dirigeants de la SS, Max découvre l’engouement de Himmler pour l’ésotérisme et pour le Graal et est le témoin des rivalités entre cadres du parti. Impliqué malgré lui dans la lutte que se livrent services de sécurité nazis et espions anglais, il observe les mesures de plus en plus radicales prises à l’encontre des Juifs. Avec les aventures de ce héros naïf, Peter Berling revisite les heures les plus sombres de l’Allemagne.

À gauche, Reinhard Heydrich, SS-Obergruppenführer allemand, adjoint direct de Heinrich Himmler.  À droite, un des plus hauts dignitaires du troisième reich, Heinrich Himmler qui était obsédé par le GRAAL.

Le Saint GRAAL est le trésor le plus insaisissable de l’histoire. C’est la coupe que le Christ utilisa lors de son dernier repas, un objet auquel on prête des pouvoirs miraculeux. Le Saint Graal a ensorcelé des chasseurs de trésors depuis plus de 1000 ans et Heinrich Himmler est devenu obsédé par le calice et a tout fait pour le retrouver.

Il a parcouru le monde à sa recherche et on dit aussi qu’il a envoyé des forces spéciales en mission secrète afin de retrouver sa trace. Il mit toutes les forces de la SS à la disposition du plus célèbre chasseur de graal de l’Allemagne qui a donné sa vie dans le but de trouver la Coupe.

LA COUPE À TOUT PRIX
*« Désormais plus rien ne s’oppose à l’exterm… »
Schellenberg s’étrangla, et j’en eus moi aussi
le souffle coupé. « …au nettoyage en masse. »
Schellenberg s’efforçait de conserver une certaine
dignité teintée de colère. « Les portes sont ouvertes  !*
(Extrait : HYDRICH, LE GRAAL ET LA MARMOTTE)

Ce roman est en fait la chronique d’une relation particulière entre Max Wittacher, appelé la marmotte, physiothérapeute de son état mais qui devient beaucoup plus que ça au fil de l’histoire, et Reinard Heydrich, officier SS cruel et impitoyable, un monstre issu des basses fausse Nazies. La première chose qui m’a frappée dans la lecture de ce roman est la façon dont l’auteur a travaillé ses personnages fictifs d’une part et les personnages qui ont vraiment existé d’autre part, réalistes eu égard à leur vraie personnalité et en accord avec l’histoire. C’est un travail minutieux, approfondi et recherché.

Max est la marmotte du titre, sûrement parce qu’il réunit un amalgame de qualités et de défauts attribués à la marmotte qui est ingénieuse et calculatrice mais aussi pusillanime jusqu’à la couardise. Max est un physiothérapeute de talent, remarqué pour son malheur par Heydrich qui exigeait de Max une présence entière et permanente.

La marmotte est donc devenue plus qu’un thérapeute. Il est devenu confesseur d’un esprit chaviré : *Max fréquentait désormais ces gens qui lui faisaient de plus en plus peur et dont les manigances l’étouffaient lentement, comme un gros nuage sulfureux .*  (Extrait) Quant à Heydrich, le personnage est conforme à ce que l’histoire en rapporte : Heydrich s’efforçait d’inspirer la peur. Il voulait s’entourer de l’aura d’un monstre auquel rien, aucune émotion humaine, ne demeure dissimulé. Cela diffusait angoisse et terreur, précisément ce nuage d’un noir profond dans lequel il voulait qu’on le situe .* (Extrait).

Quant au Graal, c’est la principale faiblesse de l’histoire. À part peut-être une mise en scène grotesque dans la deuxième moitié du livre, l’auteur ne m’a pas fait sentir l’importance que le graal aurait dû avoir étant donné qu’il obsédait Himmler comme un instrument qui lui aurait permis de déployer encore plus de puissance.

La force du livre réside principalement dans la façon de faire de la marmotte un témoin des bassesses et des exactions du régime Nazi, le tout dans un crescendo très graduel parsemé de mondanités hypocrites et de plans machiavéliques partant de l’historique nuit de cristal jusqu’à l’holocauste.

La psychologie de Max est particulièrement intéressante. L’histoire se concentre surtout sur Max, Heydrich, Himmler st son aide de camp wolf. Il y a toutefois une grande quantité de personnages plus secondaires, suffisamment pour s’y perdre. Le fil conducteur de l’histoire est parfois fragile.

C’est un bon livre, une histoire qui nous fait voir les hautes sphères du troisième Reich sous un angle différent. Dommage que le Graal n’ait pas été mieux exploité. J’aurais souhaité qu’il soit mieux mis en valeur, que l’auteur par exemple, ait mis en perspective l’importance qu’Himmler accordait au Graal. Car il est avéré que le graal a ensorcelé les chasseurs de trésor pendant plus de 1000 ans et qu’Henrich Himmler, le plus haut dirigeant nazi a tout fait pour le retrouver, investissant temps, argent et ressources humaines, considérant probablement le tout comme un effort de guerre. (Voir documystère.com). Le thème est malheureusement sous-exploité dans le livre. Autrement, c’est un livre qui m’a captivé, Max devenant les yeux et les oreilles du lecteur. Donc à lire…

Peter Berling est un acteur, producteur, scénariste et écrivain allemand né en 1934. Après avoir étudié aux Beaux-Arts de Munich, il se lance dans le cinéma. Malgré une bibliographie respectable (il est l’auteur d’un cycle de livres consacrés à l’ésotérisme et à la quête du Graal traduits dans plus de vingt langues), c’est surtout le septième art qui a contribué à faire connaître Peter Berling. Il tourne beaucoup avec Rainer Werner Fassbinder au début de sa carrière. Il côtoie également Jean-Jacques Anneau pour le film LE NOM DE LA ROSE et dans GANGS OF NEW-YORK de Martin Scorcese sans oublier, du même réalisateur, LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST en 1988.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le jeudi 20 février 2020

MOMENTUM, le livre de PATRICK DE FRIBERG

*À la moindre hésitation de sa part, sa vie, sa carrière, sa légitimité seraient considérées comme celles d’un criminel de droit commun au mieux, et au pire, il serait lâché entre les mains du grand frère américain et de ses débauchés paranoïaques de La CIA* (EXTRAIT : MOMENTUM, Patrick de Friberg, les Éditions
Goélette, 2011, édition de papier, 320 pages)

Beaupré, 1962. Un jeune Soviétique fanatisé est infiltré au Québec sous l’identité d’un immigrant anglais. Moscou, 1985. Le KGB met sur pied un complot qui lui permettra d’ici trois décennies de prendre le contrôle du gouvernement du Canada. Québec, 2012. Gilles Drouin est en tête des sondages. Il sera le prochain premier ministre sur fond de magouilles financières et de meurtres… Au fil des rebondissements de Momentum se dessine ce qui pourrait être notre prochaine campagne électorale. Ajoutons à cela une mission secrète initiée trente ans plus tôt dans un troisième pays, la Russie…une magouille autour du KGB, des services secrets et canadiens et une galerie impressionnante de personnages aux motivations singulières. Question… la fiction pourrait-elle devenir réalité ?


LE CÔTÉ OBSCUR DES SERVICES SECRETS

*Il l’avait laisser débiter son baratin au sujet
de retrouvailles et avait déployé de grands
efforts à la trouver suffisamment belle pour
l’emmener dans la chambre. Jusqu’à lui
faire l’amour. Dans la brume, le soleil se
cachait. Il sortit son pistolet…*
(Extrait : MOMENTUM)

C’est un livre m’a captivé pour plusieurs raisons, d’abord son actualité. Revenons d’abord sur le synopsis : les services secrets russes qu’on appelait autrefois le KGB s’impliquent dans la campagne de Gilles Drouin, pressenti comme prochain Premier Ministre du Québec. La Russie compte ainsi à long terme, prendre le contrôle du gouvernement canadien. Des espions et contre-espions œuvrent dans l’ombre pendant que Gilles Drouin est en tête des sondages et que s’accumulent meurtres et obscurs complots.

Le livre MOMENTUM a été publié en 2011. Je ne sais pas si la plume de Patrick de Friberg était prémonitoire mais son livre est encore aujourd’hui d’une terrifiante actualité si on tient compte du fait que plusieurs observateurs de la politique américaine considèrent que la Russie de Vladimir Poutine s’est impliquée dans l’élection américaine de Donald Trump en 2017.

Le récit est aussi fort intéressant compte-tenu que le Québec est au cœur d’un obscur plan d’action impliquant les services secrets russes et français, la CIA américaine et le gouvernement du Québec. Pour ce qui est de mettre le Québec à l’avant-scène d’un complot d’espionnage, l’auteur Patrick de Friberg a bien tiré son épingle du jeu, d’autant que le cinéma ne nous a pas encore habitué à ce genre d’intrigue, ce qui consacre l’originalité de l’histoire.

Comme je l’ai déjà exprimé en commentant sur ce site le livre de Robert Littel LA COMPAGNIE, le grand roman de la CIA, explorer les souterrains des services secrets, c’est comme plonger dans un panier de crabes. C’est un territoire peu connu, mais on sait toutefois qu’il n’est pas très propre.

Plusieurs pensent que les services secrets ont joué un rôle majeur dans l’équilibre géopolitique actuel, mais à quel prix, meurtres complots, infiltration et même des guerres. Dans MOMENTUM, De Friberg vient nous rappeler que le système n’a jamais vraiment été repensé.

J’ai parlé de panier de crabes plus haut, c’est un peu ce qu’on trouve dans MOMENTUM et c’est là la faiblesse du récit : la trame est complexe parce que l’histoire implique une grande quantité de personnages, plusieurs pays et les motivations politiques de la Russie demeurent assez obscures.

Donc malgré un effort évident de ventilation et de simplification, l’histoire demeure compliquée : Résumons : on a le meurtre d’un diplomate sur le dos, bien qu’il ait été une crapule qui venait d’avouer que le candidat principal à l’élection québécoise était contrôlé par une équipe du FSB. On a une équipe de tueurs russes à nos trousses, mais qui a soudainement renoncé à l’évidente mission de récupération de l’ambassadeur. On a l’élection prochaine d’un premier ministre du Québec dont on sait qu’il était l’amant du mort et qu’il est vraisemblablement un agent du KGB (Extrait)

Donc, c’est pas évident de suivre l’histoire jusqu’au bout sans confondre les personnages dont plusieurs changent de nom. Toutefois, le fait que l’intrigue se déroule en grande partie au Québec et que l’actualité démontre clairement que l’implication d’un pays dans l’élection d’un autre pays est une réalité formant un tout qui motive le lecteur et la lectrice à se concentrer pour bien comprendre le rôle de chacun et où tout le monde s’en va.

Je crois que ça vaut la peine de bien saisir l’intrigue car elle nous mène à une finale surprenante…une finale qui m’a donné des frissons dans le dos. Donc ce livre m’a aspiré et a provoqué bien sûr quelques questionnements sur la vie privée entre autres et sur l’espionnage. Entendons-nous…je ne deviens pas paranoïaque mais on peut quand même se questionner. Un bon divertissement…à lire : MOMENTUM de Patrick de Friberg.

Patrick de Friberg est un écrivain français né en 1964. Il a vécu quelques temps au Canada, plus précisément à Château-Richer près de Québec. Il se spécialise dans les romans d’espionnage et d’anticipation. Son œuvre, en pleine évolution, est déjà doté d’honneurs significatifs dont le grand prix 2011 du Cercle Littéraire Caron. Il a été élu Chevalier des arts et des lettres en 2015. Patrick de Friberg a traduit LA VÉRITABLE HISTOIRE DE L’AMÉRIQUE DES SIXTIES de John Barnet. Il a publié près d’une vingtaine de livres et ça continue.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 16 février 2020

MONSIEUR MOZART SE RÉVEILLE, EVA BARONSKY

*Quelque chose n’allait pas. Il n’était plus
à la maison. Sa couche était différente,
plus molle et inégale, plus souple en fait;
un parfum subtil, féminin s’y trouvait. Où
l’avait-on amené? Qui pouvait donc bien
être ces méchants bougres?*
(Extrait : MONSIEUR MOZART SE RÉVEILLE, Eva
Baronsky, Édition Piranha pour la présente
version électronique, aussi en version papier,
200 pages sur liseuse, 2009 original, t.f. : 2014)

Il se souvient de tout : il s’appelle Wolfgang Mozart et hier soir encore, il était étendu sur son lit de mort. À son réveil, il ne trouve aucune explication à ce monde différent, étrange, où la lumière ne provient pas des bougies, où la musique se passe de la présence d’un orchestre, où les carrosses se déplacent sans chevaux…est-il aux portes de l’enfer ou dans l’antichambre du ciel ? Tout ce qui lui arrive ne peut avoir qu’une seule raison : il a la mission divine de terminer l’œuvre de sa vie, son Requiem. Et le voici, anachronisme vivant déambulant dans les rues survoltées de la Vienne du début du XXIe siècle, où la musique est sa seule boussole. Tant de nouveaux compositeurs, tant de sonorités inédites ! Mais, plus le temps passe, plus il se demande ce qu’il adviendra de lui, une fois son chef-d’œuvre terminé…

LE TEMPS D’UN REQUIEM
*Avec respect, presque tendrement, il passa
la main sur la fine écriture. En voilà un qui
était à la hauteur du requiem de Mozart,
qui savait l’achever et…qui damait le pion
au génie de Mozart avec une légèreté qu’
il n’aurait jamais cru possible.
(Extrait : MONSIEUR MOZART SE RÉVEILLE)

L’idée n’est pas nouvelle en littérature : réveiller un mort célèbre, lui laisser tous ses souvenirs et en faire un anachronisme vivant dans un but précis. Pourtant, j’ai trouvé le livre de Baronsky extrêmement bien construit. Il m’a fait rire et surtout, il m’a ému. Quand un livre parvient à ce résultat avec moi, je suis comblé. Alors imaginez un peu.

Deux cents ans après sa mort. Mozart se réveille avec le même esprit, dans un environnement dénaturé, étrange. Il faut dire qu’au départ Mozart ne savait pas, ne comprenait pas qu’il venait de sauter deux cents ans d’évolution : *Il comprit par la suite que derrière la plupart des miracles ne se cachait rien d’autre qu’une nouvelle forme d’énergie…* (Extrait)

Au début, ce fut une dure épreuve : Où se loger ? Comment se nourrir ? Restait à comprendre le but de ce miracle : *Chez soi, ce ne pouvait être qu’un petit endroit, au plus profond de soi…tout au fond de son cœur, au plus profond de lui-même, il y avait la musique, rien que la musique et il n’y aurait jamais rien d’autres.* (Extrait)

Mozart comprit qu’il devait finir le célèbre requiem, œuvre majeure mais inachevée au moment de sa mort. La chose la plus difficile pour Mozart dans ce récit était d’établir son identité et ça devenait urgent car son talent s’imposait. Chose difficile voire impossible. Personne ne comprenait : *Wolfgang Musterman. Il n’avait pas été le seul à remarquer ce nom singulier, la presse l’avait fait aussi. Un pianiste surgi du néant, sans parcours de vie, sans que quiconque ait pu apprendre quelque chose sur lui. Un phénomène ! * (Extrait)

Un jour, le musicien miraculé en a eu marre et a fini par dévoiler son véritable nom à un impresario qui avait besoin d’une preuve d’identité : *Oui, reconnut Wolfgang à voix basse. Joannes Chrysostomus Wolfgangus Théophilus Mozart. Né à Salzbourg le 27 janvier 1756. Puis-je m’en aller maintenant ?* (Extrait) Cette explosion de sincérité a fini par amené Mozart dans un hôpital psychiatrique.

J’ai adoré cette histoire parce qu’elle m’a émue. Elle m’a émue parce que l’auteur Eva Baronsky a réveillé Mozart en lui conservant toutes ses qualités de corps, de cœur et d’esprit. Mozart était un être bon, généreux mais aussi brouillon, désordonné et insouciant, sans le sou et pas toujours facile à vivre. Son temps, sa passion sa vie…pour Mozart, tout n’était que musique. Alors l’auteure a planché sur la musique. La musique est partout dans le récit qui est profondément imprégné de l’esprit de Mozart.

J’ai trouvé aussi le récit drôle parce qu’après un sommeil de deux-cents ans, Mozart se débrouillait plutôt mal avec la modernité ce qui a donné lieu à beaucoup de situations cocasses. Enfin, j’ai trouvé le récit touchant pour plusieurs raisons : la qualité des personnages, la profondeur de leur psychologie. Par exemple, l’auteur a mis sur le chemin de Mozart un personnage appelé Piotr, musicien violoniste polonais qui a prix Mozart en amitié et l’a pris sous son aile car Piotr a compris qu’au-delà des qualités de cœur, Mozart était un génie de la musique avec un talent qui avait quelque chose de surnaturel.

Dans l’optique d’une résurrection de Mozart, Piotr pouvait très bien être un ange. Autre personnage un peu plus intriguant celui-là : c’est Anju, l’amour de la nouvelle vie de Mozart, celle qui a touché son cœur et qui apportera une contribution extraordinaire jusqu’à la finale qui est particulièrement poignante.

C’est donc un livre que je recommande. On sent bien que l’auteure admire Mozart. Elle a imprégné son récit du cœur et de la musique de Mozart et avec humour car elle a exploité les anachronismes qui ne manquaient pas d’ébranler le génie musical. Par exemple, pouvez-vous imaginer comment Mozart a interprété le nom AC/DC trouvé sur un chandail ? Ne se doutant pas qu’il s’agissait d’un des groupes rock les plus populaires de l’heure. Mozart lui, a trouvé une toute autre interprétation : *AC/DC. Il se tortilla le sourcil : Adorate, Cherubim, Dominum Cantu. Adorez le Seigneur avec vos chants. Oui, ça devait être cela* (Extrait)  Un récit magnifique, profondément humain…un coup de cœur.

Wolfgang Mozart est né le 27 janvier 1756 à Salzbourg. Lui et sa sœur Maria-Anna sont des enfants prodiges de la musique, encore jeunes quand leur père Leopold exhibe leurs talents musicaux à travers l’Europe.  Wolfgang joue du violon et sa sœur du piano. Ces voyages permettent à Mozart de découvrir de nombreux musiciens et d’effectuer d’importants progrès.

Ainsi, Mozart écrit son premier opéra à l’âge de 11 ans ! Mozart devient de plus en plus connu : il est payé pour écrire de la musique. Puis, il se marie avec Constance Weber et travaille comme professeur de musique particulier auprès de familles riches. Mais, s’il gagne beaucoup d’argent, il ne sait pas le gérer. Mozart passe des années difficiles avec la mort de son père, la maladie et des dettes.

En 1791, il compose tout de même deux chefs-d’œuvre : la Flûte enchantée et le Requiem. Mozart meurt à Vienne, en Autriche, le 5 décembre 1791 à seulement 35 ans, en laissant plus de 600 œuvres à la postérité. Le REQUIEM est une œuvre inachevée de Mozart, la première version complétée peu de temps après sa mort fût de Franz Xaver SüBmayr. L’idée de Baronsky était de donner du temps à Mozart pour achever lui-même le REQUIEM.

Eva Baronsky est une auteure allemande née en 1968. Après des études de marketing et de communication, elle a été tour à tour consultante en communication, graphiste, vendeuse de confiture et journaliste. MONSIEUR MOZART SE RÉVEILLE est son premier roman, publié en allemand sous le titre HERR MOZART WACHT AUF en 2009. Avant sa traduction en français plusieurs années plus tard, l’œuvre de Baronsky a reçu le prix Friedriech Hölderlin, un prix d’encouragement de renommée internationale.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le samedi 15 février 2020

PETITES HISTOIRES DE LA MYTHOLOGIE,

Commentaire sur la série écrite par
HÉLÈNE MONTARDRE

 Quelques livres de la série

À la demande de Minos, le roi de Crète, Dédale, génial inventeur, a imaginé un labyrinthe pour y enfermer le Minotaure, monstre à la tête de taureau. Mais il aide le jeune Thésée à tuer ce monstre et à s’enfuir. Furieux, le roi fait enfermer Dédale et son jeune fils, Icare, dans le Labyrinthe. Dédale ne connaît qu’une seule façon de s’en échapper : en se fabriquant des ailes, avec de la cire et des plumes d’oiseaux. Icare et lui s’envolent. Mais Icare, enivré par ce voyage dans les airs, ne prend pas garde et s’approche trop près du soleil. Lentement, la cire fond et il tombe dans la mer. Dédale se réfugie en Sicile. Mais Minos est toujours sa poursuite…

Achille est un guerrier invincible, car il a été doté par sa mère, la néréide Thétis, d’une force incroyable. Seule une partie de lui reste fragile : son talon. Malgré son talent de guerrier, Achille se cache lorsque s’annonce la guerre de Troie, car sa mère lui a prédit qu’il y trouvera la mort. il se déguise même en jeune fille pour ne pas être reconnu ! Mais Ulysse, le roi d’Ithaque, parvient à le retrouver. Achille doit alors participer à la guerre contre les Troyens, et affronter son destin…

Jason a été dépossédé du trône d’Iolcos par son oncle Pélias. Pour le récupérer, il doit rapporter de Colchide la Toison d’or. Jason rassemble les plus valeureux héros pour mener à bien cette expédition : le colosse Hercule, le héros Thésée, les jumeaux Castor et Pollux, l’aède Orphée… À bord du navire l’Argo, les cinquante Argonautes partent pour la Colchide. Là-bas, Jason devra surmonter des épreuves pour obtenir la Toison du roi Aétés : maîtriser des cracheurs de feu, anéantir des guerriers Spartes. Il y parvient grâce à l’aide de Médée, la fille du roi Aétés, qui est également magicienne… l’amour vient finalement au secours de Jason

La Grèce est un pays extraordinaire, magique diront certains. J’ai toujours été fasciné par la Grèce, ses îles, ses ports, ses décors magnifiques, son histoire, les philosophes qui en sont issus. Pour être franc, je dois dire que c’est surtout la mythologie qui est venue me chercher. L’Olympe nous a laissé la mémoire des dieux, déesses mais surtout des héros qui sont venus émoustiller mon enfance et mon adolescence et encore aujourd’hui.

C’est le cinéma qui m’attirait à l’époque, les adaptations d’histoires homériennes avec leur caractère fantastique et bien sûr les effets spéciaux. Puis je suis passé à la lecture parce qu’elle m’offrait des horizons beaucoup plus larges. Malheureusement à cette époque. La littérature jeunesse balbutiait quelque peu. Mais avec le temps, elle s’est enrichie de trésors extraordinaires.

Voici une magnifique petite collection que j’aurais dévoré quand j’étais tout jeune (et aujourd’hui, je ne me suis pas gêné) PETITES HISTOIRES DE LA MYTHOLOGIE. Une série de petits livres écrits par Hélène Montardre et illustrés par Nicolas Duffault. Chaque livre adapte une mythologie à la compréhension des jeunes lecteurs de 9 à 13 ans toujours en respectant l’esprit des textes originaux. Les ouvrages rapportent très simplement les légendes qui lient la vie des Dieux, des humains, des créatures mythiques et aussi des demi-dieux comme Hercule, Achille, Persée et plusieurs autres.

La collection comprend une vingtaine de volumes. Pour vous en parler, j’en ai lu douze afin d’identifier les points en commun. Mon volume phare est LES DOUZE TRAVAUX D’HERCULE, Hercule étant mon héro mythologique préféré. Pour d’autres, ce sera Thésée, la belle Hélène de Troie, ou encore Jason qui, avec ses argonautes, est allé chercher la toison d’or au bout du monde.

Pour d’autres, ce sera Ulysse, Persée ou même Pégase. Qu’à cela ne tienne, ils y passent tous. Le meilleur pour moi fut définitivement hercule, fils de Zeus, héros grec de Thèbes, descendant de Persée et dotée d’une force extraordinaire, tellement que son nom s’est frayé un chemin jusque dans le langage francophone moderne (quand on parle de force herculéenne).

LES PHARES DE LA MYTHOLOGIE
*-J’ai vaincu le lion de Némée, l’hydre de
Lerne, la biche de Cérynie, le sanglier
D’érymanthe et les oiseaux du lac Stymphale.
Ton taureau ne m’effraie pas !- affirme Hercule.*
(Extrait : LES DOUZE TRAVAUX D’HERCULE)

De tous temps, les hommes ont eu besoin de modèles de force, de bravoure, de héros. Hercule est mon personnage préféré de la mythologie grecque pour ces raisons mais aussi, il faisait preuve d’un très bel équilibre entre la force et la douceur. Peut-être est-ce à cause de cet équilibre qu’Hercule est devenu le héros le plus renommé de la mythologie. En mettant l’accent sur la dimension humaine du personnage, l’auteure raconte l’épisode probablement le plus intense de la vie d’Hercule : pour expier une faute grave, Zeus ordonne à Heraclès de se mettre au service d’Eurysthée. Ce dernier soumet le demi-dieu à 12 travaux…

Ce qui m’a le plus émerveillé dans ces petits livres est la simplicité de la présentation et la beauté du langage. L’auteure a su relever le défi de tamiser la violence et le pouvoir parfois trop descriptifs du langage homérien pour rendre le tout accessible à la jeunesse.

Chaque livre est bien ventilé et facile à lire. Par exemple, dans mon volume phare, chacun des travaux d’Hercule est très bien identifié et magnifiquement décrit. Les enfants peuvent aisément interrompre leur lecture et la reprendre plus tard. Reprendre le fil de l’histoire est facile. Chaque récit est imprégné du caractère fantastique de la mythologie grecque. Cette omniprésence de la magie stimule la capacité d’émerveillement de l’enfant et les parents peuvent être tranquilles car la violence qui caractérise l’œuvre originale est très bien feutrée dans les livres d’Hélène Montardre. Ce sont d’excellentes adaptations.

Enfin, comme pour aller au-devant des questions que les enfants pourraient se poser en cours de lecture, chaque histoire se termine par un petit documentaire présenté sous forme de questions-réponses. Par exemple, dans mon livre phare, l’auteure explique qui est Hercule. A-t-il déjà existé ? C’est quoi un centaure ?

Les jeunes trouveront de nombreuses réponses susceptibles de satisfaire leur inépuisable curiosité. Donc je n’hésite pas à inviter les jeunes lecteurs et lectrices à se lancer à la découverte de cette magnifique série, près d’une vingtaine de volumes qui sont autant d’épisodes phares de la mythologie et complétés par une petit documentaire très accessible.

Née en 1954 à Montreuil, Hélène Montardre est passionnée depuis toujours par les voyages, l’écriture et les enfants. La littérature jeunesse lui a offert ce dont elle a toujours eu envie. À travers ses livres, elle veut transmettre les rêves, l’espoir mais aussi la force et la fragilité de la vie et de la mémoire. Ses livres, romans, contes, albums, documentaires s’adressent à tous ceux et celles qui aiment le fantastique.

Comme il le dit lui-même avec humour, Nicolas Duffaut a commencé sa carrière sur les murs de sa chambre. Au fil du temps, l’illustrateur a mis ses talents au service de Milan jeunesse, Nathan, Bayard, le poisson soluble, Flammarion, Magnard, Tourbillon et plusieurs autres. Ses outils : un ordinateur, une bonne tablette graphique, quelques calques, une pincée d’acrylique et quelques carnets de croquis. On peut suivre l’artiste : http://pendantcetempsailleurs.blog.spot.fr/


BONNE LECTURE

Claude Lambert

Le dimanche  février 2020

HANTISE : LA MAISON HANTÉE, Shirley Jackson

<Voyons se dit-elle, voyons. Ce n’est qu’un bruit, et
un froid terrible, terriblement, affreusement froid.
C’est un bruit au fond du couloir, à l’autre
extrémité. Près de la porte de la nursery, et un
froid terrible. Ce n’est pas ma mère qui frappe le mur.>
(Extrait : HANTISE : LA MAISON HANTÉE, Shirley
Jackson, Éditions Presses Pocket, collection Terreur,
1999, édition numérique, 180 pages.)

Le docteur Montague, intéressé par les phénomènes parapsychologiques, décide de passer un été dans une maison réputée hantée appelée HILL HOUSE. Montague sera accompagné du futur héritier de la maison, et deux femmes qu’il a choisies pour leurs antécédents en paranormal : Théodora et Léonore. Ils se rendent vite compte que les sombres rumeurs sont justes : la maison abrite quelque chose ou quelqu’un…quelqu’un qui ne veut pas se taire. HILL HOUSE est une maison de 80 ans construite par Hugh Crain qui avait des goûts architecturaux très particuliers. La plupart des maisons ont une bonne nature. Certaines sont mauvaises…

UNE BICOQUE BELLIQUEUSE
Un tout petit rire ténu leur parvint, apporté
dans la chambre comme par un courant d’air
un minuscule ricanement teinté de folie, le
plus faible des chuchotements de rire.
(Extrait : HANTISE : LA MAISON HANTÉE)

Encore une maison hantée me direz-vous ? Vous avez raison, le sujet est très réchauffé mais on en a peut-être pas exploité toutes les facettes. Le livre qui nous intéresse aujourd’hui est un classique. Il a corrigé le tir dans certains cas et ouvert la voie dans d’autres cas. Donc comme dans tout classique, il y a des choses qui ne changent pas.

Par exemple, le gentil professeur qui réunit des sujets, autant que possible avec des talents médiumniques afin de vérifier et prouver ses théories : *Mais il comptait bien être récompensé de toutes ses peines par la sensation qui ne manquerait pas de saluer la publication de son ouvrage sur les causes et les effets des perturbations parapsychologiques dans une maison communément dite ‘hantée’.* (Extrait)

C’est l’adaptation du livre à l’écran qui m’a donné l’idée d’entreprendre la lecture du livre. Les deux versions m’ont fait réaliser qu’en général, les auteurs, et surtout les réalisateurs se dépêchent de passer à la violence, l’agressivité, les effets visuels spectaculaires. Dans notre livre du jour, Shirley Jackson installe l’horreur tout doucement, graduellement, donnant une place à l’expression corporelle, au non-dit.

Elle explore avec une lenteur étudiée non seulement la psychologie des personnages, Nellie en particulier, mais aussi à la psychologie de la maison : HILL HOUSE qui…*dressait sa gigantesque tête contre le fond du ciel, sans concessions à l’humanité. C’était une maison sans gentillesse, qui n’était pas destinée à être habitée. Il n’y avait pas en elle la moindre place pour l’homme, ni pour l’amour, ni pour l’espoir* (Extrait)

Le but de l’auteur n’était pas de faire éclater des têtes ou de faire pourrir la chair mais d’installer graduellement une peur qui devient une terreur qui va crescendo. C’est ainsi que le ton s’intensifie et la maison devient alors pire que ce que l’on croyait : *Un réservoir de méchanceté contenue* (Extrait) Il y a une espèce de jeu dans lequel l’auteur tente d’entraîner le lecteur. Ce jeu est en fait celui du docteur Montague qui espère étudier les mécanismes de la peur et arriver à certaines conclusions.

Si le livre a pu me donner l’impression que j’étais un cobaye dans cette étude, c’est je crois parce qu’il a trouvé le ton juste. Ce livre a quelque chose d’hypnotisant. Ses personnages ont été bien développés. En particulier celui de Léonore (NELLIE) dont l’exaltation est un facteur de stress non négligeable. Et encore plus fort : l’énigmatique madame Dudley qui semble la seule à savoir ce qui se passe.

J’ai toutefois trouvé plutôt ordinaire de voir se pointer dans le cours de l’histoire un personnage qui s’insère mal : madame Montague en personne. Une sorte de miss-je-sais-tout qui porte sur les nerfs et accompagné de son sous-fifre : Arthur, un directeur d’école… qui apparemment en sait très long sur à peu près rien. Quant à l’inclusion de ces deux personnages dans l’histoire, je ne suis pas sûr d’avoir bien compris le choix de l’auteur.

Pour toutes les raisons expliquées plus haut, je considère ce livre de Shirley Jackson comme un chef d’œuvre. Ce livre a été plus qu’une addiction pour moi, je suis carrément devenu acteur du drame qui se joue entre les murs de HILL HOUSE. C’est un livre d’horreur écrit avec une grande intelligence et beaucoup d’imagination afin de garder le lecteur alerte. Le talent de Jackson force l’admiration car même lorsque la maison est calme et ses occupants en repos, la grande HILL HOUSE demeure inquiétante. Il y a très peu de coups de théâtre. La force du livre est sa capacité de jouer sur le ressenti et l’atmosphère avec une lenteur calculée et voulue.

Quant à savoir si on doit lire le livre avant de voir le film. Moi, c’est ce que je recommande. Le réalisateur et les scénaristes ont fait de beaux efforts, mais le livre est plus prenant, assorti d’un rythme efficace. J’ajoute que le livre exploite vraiment bien le personnage de madame Dudley, personnage beaucoup plus discret dans le film. C’est donc un bon livre à lire à la lueur d’une chandelle, juste pour le plaisir et vous laissez la porte de votre penderie ouverte. Qui sait si elle ne va pas se fermer toute seule…

Shirley Jackson est une romancière américaine née à North Bennington, Vermont. C’est une spécialiste du récit fantastique et dhorreur. Elle a écrit entre autres NOUS AVONS TOUJOURS VÉCU AU CHÂTEAU, considéré comme un chef d’œuvre. Son livre LA MAISON HANTÉE est tenu par Stephen King pour lun des meilleurs romans fantastiques du XXe siècle. Diplômée de l’Université de Syracuse en 1940, elle épouse la même année lécrivain Stanley Edgar Hyman. Le couple sinstalle au Vermont et donne naissance à quatre enfants, Cette vie familiale rangée et heureuse trouve un écho dans des publications autobiographiques tardives de Shirley Jackson. En 1948 paraît THE ROAD THROUGHT THE WALL, un premier roman dhorreur, suivi dune série de nouvelles réunies plus tard dans le recueil LA LOTERIE ET AUTRES HISTOIRES. Sy déploient les qualités qui ont fait la notoriété de lauteur : une mise en situation ancrée dans un quotidien banal, le passé trouble des personnages, lentretien diabolique du doute sur les évènements surnaturels qui simposent peu à peu. (voir Polars pourpres)

LA MAISON HANTÉE AU CINÉMA

 Je suis peut-être à contre-courant de plusieurs critiques mais je trouve l’adaptation du livre de Shirley Jackson au grand écran en 1999, très intéressante. Il s’agit donc du film réalisé par Jan De Bont. Il est possible toutefois que j’ai un parti pris car la distribution de LA MAISON HANTÉE comprend deux de mes acteurs préférés : Liam Neeson dans le rôle du docteur David Marrow (Montague) et la magnifique Marian Seldes qui incarne l’énigmatique madame Dudley, un personnage tout à fait fascinant de la distribution du film et omniprésent dans le livre.


À gauche l’affiche du film, à droite, Liam Neeson incarne le docteur Marrow qui est en fait le docteur Montague dans le livre. Les deux ont les mêmes motivations.

Marian Seldes incarne madame Dudley. Ce quon sait de madame Dudley tient dans une stressante routine verbale qui va au-delà du domaine domestique : *Je ne reste pas, une fois que jai préparé le dînerje ne reste pas ici après la tombée de la nuit. Je men vais avant quil ne commence à faire noirce qui veut dire quil ny aura personne dans les environs si vous avez besoin daidenous ne pourrions pas vous entendre, pendant la nuitpersonne ne pourrait vous entendrependant la nuitdit madame Dudley avec un large sourire. Cette dame a quelque chose de glaçant, terrifiant. Je suis peut-être naïf mais selon moi, elle est le personnage le plus énigmatique du moins si je me limite à laspect littéraire.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le jeudi 6 février 2020

LES CLOCHES DE L’ENFER, de JOHN CONNOLLY

*Longtemps Mme Abernathy avait partagé
le désir de son maître de voir la terre
transformée en une autre version de
l’enfer, mais quelque chose avait changé.*
(Extrait : LES CLOCHES DE L’ENFER, John Connoly,
T.F. Éditions l’archipel, 2012, papier, 340 pages)

À 11 ans, Samuel Johnson déjoue les plans machiavéliques de l’horrible Ba’al, un démon qui prépare l’invasion de la terre et l’avènement de son maître : le mal Suprême. Deux ans plus tard, Ba’al n’a toujours pas digéré son échec quand arrive enfin l’heure de la revanche. Et c’est ainsi que Samuel et son chien Boswell se retrouvent propulsés en enfer… Ba’al n’en fera qu’une bouchée ! Promis, juré.

Mais il oublie un peu vite les ressources insoupçonnées de Samuel et de ses compagnons d’infortune : quatre nains énervés, deux agents de police tatillons et un marchand de glaces. Et puis Samuel pourra aussi compter sur le soutien d’une vieille connaissance : Nouilh, petit démon aussi gaffeur que poltron. Qui donc, à la fin, se fera sonner les cloches ?

ENFER HORS-SENTIER
*Dans le chaos et le fracas qui avaient suivi l’échec de
l’invasion, personne n’avait remarqué que deux
phacochères nommés Shan et Gath avaient disparu,
et qu’il y avait donc deux paires de bras en moins
pour jeter des pelletées de charbon dans les grands
brasiers de l’enfer.*
(Extrait : LES CLOCHES DE L’ENFER)

 LES CLOCHES DE L’ENFER est un livre aussi étrange que fascinant, davantage que ne le laisse croire la page couverture et le titre qui ne prend sa véritable signification que vers la fin du récit. Mais pour commencer par le commencement, je dois préciser que ce livre est la deuxième partie de la saga de Samuel Johnson. N’ayant pas trouvé la première partie (LES PORTES), je me suis rabattu sur la deuxième qui peut se lire indépendamment. Je précise aussi que l’auteur fait un retour sur le premier volet donc le confort avec l’histoire s’installe rapidement.

Voyons rapidement l’histoire. Deux ans après avoir déjoué les plans diaboliques de Ba’al, incarné dans le récit par l’horrible madame Abernathy, Samuel et son chien Boswell sont subitement propulsés en enfer par Abernathy, fort désireuse de finaliser son plan de vengeance afin de se réconcilier avec le Mal Suprême. Mais Samuel a des ressources et des amis aussi : quatre nains énervés, deux agents de police, un marchand de glace et Nouilh, un petit démon maladroit mais très sympathique. Il est évident que tôt ou tard, quelqu’un quelque part va se faire sonner les cloches.

C’est un livre très original et comme je le précise au début, il est un peu étrange, mettant en scène des personnages disparates dans un univers peuplé de créatures bizarres et où règne le mal évidemment avec le grande Maître du Mal et ses lieutenants dont Abigor et Abernathy, des noms qui évoquent la trahison, la soif de pouvoir et un ardent désir d’envahir la terre pour en faire une prolongation de l’enfer. Cet univers a été bien imaginé. Il y a un petit quelque chose de folklorique dans le récit. L’auteur étant Irlandais, il ne faut peut-être pas trop s’en surprendre,

Ce n’est pas un livre qui va vous donner des cauchemars bien au contraire. Le sens de l’humour de Connolly est particulièrement aiguisé partout : le titrage, le texte et les renvois en bas de pages qui à eux seuls consacrent le caractère rafraîchissant de l’ouvrage : *Pas même le travail des démons les plus nuls comme Dhïnhg-Dhônhg, le démon des gens qui sonnent à la porte quand on est sur le point de passer à table; Woüa, le démon des choses mortes qui flottent dans la soupe (et du proverbial cheveu dans la soupe); Floutch, le démon des choses qui remontent à la surface quand il vaudrait mieux qu’elles coulent; Plouf, le démon des choses qui coulent quand il vaudrait mieux qu’elles remontent à la surface et grrrin’s’Äbl, le démon qui bloque les engrenages.* (Extrait)

Donc l’humour est omniprésent. À cela s’ajoute une plume fluide et très descriptive, beaucoup d’imagination, un fil conducteur efficace, rythme constant et le concept de l’enfer imaginé par l’auteur m’a agréablement surpris. L’enfer est au cœur de l’aventure bien sûr avec Samuel mais Connolly y a laissé un petit message à l’effet qu’il y a toujours de l’espoir et même lorsqu’elle devient des plus improbable, la rédemption est toujours possible : *…Il arrive même que le Bien naisse du Mal…Et le Mal, comme l’épisode du forgeron l’a démontré, contient toujours en lui-même la possibilité de sa propre rédemption.* (Extrait)

Côté faiblesse : le récit est bien structuré mais il est un peu froid, l’émotion manque à l’appel. La finale m’a semblé expédiée. Le récit accuse aussi quelques longueurs et le début est un peu lent. À part, peut-être Samuel, j’ai eu de la difficulté à m’attacher aux personnages. Mais en général l’originalité a le dernier mot avec l’humour omniprésent et souvent subtil de l’auteur.

Quant aux Cloches de l’enfer, je vous laisse découvrir ce qu’elles annoncent. Ce n’est vraiment pas un livre méchant bien au contraire. LES CLOCHES DE L’ENFER est un livre jeunesse mais les adultes y trouveront aussi de quoi se divertir.

John Connolly est un écrivain irlandais. Il est surtout connu pour sa série de romans mettant en vedette le détective privé Charlie Parker. Avant de devenir un romancier à temps plein, John Connolly travaille comme journaliste, barman, fonctionnaire du gouvernement local, serveur et coursier au grand magasin Harrods à Londres.
Après avoir obtenu un Baccalauréat en arts d’anglais au Trinity College de Dublin et une Maîtrise en arts de journalisme à l’Université de Dublin, il travaille pendant cinq ans comme journaliste pigiste pour le journal The Irish Times.


Il devient rapidement frustré par la profession, et commence à écrire « Every Dead Thing » (Tout ce qui meurt) pendant son temps libre qui obtient un Shamus Award – Best First Private Eye Novel.Il continue à écrire des articles pour son journal, les plus marquants ayant été une série d’entretiens avec d’autres auteurs établis. Le site officiel de John Connelly est en anglais mais j’ai beaucoup apprécié ma visite, en particulier l’imposante bibliographie du créateur de Charlie Parker.
Allez voir.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 2 février 2020

LE PASSE-MONDES, livre de THIBAULT ROLLET

L’histoire de Mr.N
(Tome 1)

*Mais c’est qu’il serait sourd le monsieur ! Youhou,
par là,  non,  plus bas, et aveugle avec ça ! Sur la
table enfin ! Je restai coi. C’était le livre qui me
parlait. Deux yeux et une bouche étaient sortis de
la couverture. J’étais certain qu’ils n’y étaient pas
auparavant.*
(Extrait : LE PASSE-MONDES L’HISTOIRE DE Mr N. tome 1,
Thibault Rollet, Éditions du Petit Caveau, collection Sang
noir, 2014, papier et numérique, 200 pages pour le num.)

Neeyers est journaliste de son état. C’est un homme droit et intègre. Sa vie va basculer le jour où un étrange personnage lui rendra visite pour lui apprendre que le journalisme, c’est fini pour lui. À la place, il s’occuperait de guider les morts et de veiller sur eux. Le mystérieux visiteur se présenta ainsi à Neeyers : Passe-Mondes. C’est ainsi que je me nomme et ce sera votre patronyme désormais. Monsieur N. entreprendra ainsi une étrange formation et découvrira en même temps que le lecteur, un univers parsemé de légendes fantomatiques et vampiriques ainsi qu’une vision de la mort plutôt décalée et assez drôle…

DES MONDES QUI SE FRÔLENT
*Dan passa un coup de fil pour qu’un groupe
passe détruire les corps. On m’expliqua
qu’effectivement, chez les vampires,
l’enterrement n’était pas pratiqué.*
(Extrait LE PASSE-MONDES, L’HISTOIRE DE Mr N)

Un livre très intéressant. Une histoire originale : *Monsieur Neeyers, je vous nomme Passe-Mondes. Puissiez-vous accomplir votre travail avec perfection…* (extrait) N pour Neeyers. Un journaliste qui fait son travail, qui a une vie ordinaire comme les autres mais qui va basculer complètement quand il reçoit la visite d’un étrange personnage qui dit s’appeler Passe-Mondes et dont le but est de guider les morts et d’exécuter les commandes des grands Maîtres : le Très-Haut et le Très-Bas.

Par la décision des Grands-Maîtres, Passe-Mondes dirige les morts vers les portes qui leurs sont destinées et qui se trouvent dans le Middleway…le chemin du milieu où habite Passe-Mondes. Il voit aussi à l’équilibre des destins, attribuant récompenses et punitions. Neeyers a été désigné pour remplacer Passe-Mondes. Pas le choix…très peu d’explications.

Une formation lui est imposée… : *Ainsi commença le récit le plus fou que l’on puisse raconter, à la fois le plus invraisemblable…et le plus plausible. Celui d’un être aux frontières de la vie et de la mort. L’histoire du Passe-Mondes…* (Extrait)

L’originalité du récit réside en partie dans les pouvoirs extraordinaires dont Neeyers hérite, et la façon dont il reçoit la commande des grands Maîtres : un parchemin qui apparaît dans la poche de son manteau tout simplement. Un jour, Neeyers reçoit une commande très particulière qui le propulse dans le monde des vampires pour régler un conflit entre les différentes castes vampiriques dont une en particulier dirigée par l’incarnation de la cruauté : Prâal, un monstre qui à lui seul met en danger l’humanité entière.

Plusieurs éléments m’ont accroché dans ce récit m’entraînant graduellement vers l’addiction. Je ne citerai que les principaux : la vision de Thibault Rollet d’une vie après la mort et cette nonchalance avec laquelle les décisions sont rendues et appliquées, manque d’allure et d’ardeur. Notez que c’est plus drôle que dramatique parce que ça rappelle assez bien la bureaucratie du monde des vivants.

Autre élément original : les pouvoirs de Mr N., celui par exemple de faire apparaître un whisky dans ses mains…une boisson venue de nulle part et haut de gamme encore… l’humour qui se dégage de l’ensemble est un autre élément original : il est noir, mais il fait ressortir de l’œuvre, un petit quelque chose de réaliste, de plausible.

La principale faiblesse que je relève du récit tient dans le fait qu’on sait peu de choses sur Passe-Mondes avant son implication dans le conflit entre vampires et même avant de passer officiellement dans le middleway. J’aurais aimé suivre plus longtemps Mr N. dans son quotidien et savourer des anecdotes qui s’en dégagent. Le livre faisant moins de 200 pages, l’auteur aurait pu se permettre de développer davantage cet aspect du personnage. Puis quand Mr N. a reçu la fameuse commande, je me suis dit Ha non…!

Pas encore une histoire de vampire… Peut-être Thibault Rollet a-t-il prévu le coup car sa plume habile m’a aspiré dès les premiers moments dans une intrigue solide qui va crescendo jusqu’à une finale surprenante et forte…très forte.

Si vous vous considérez lassé des histoires de vampires, essayez PASSE-MONDES. Je pense que c’est une histoire qui sort de l’ordinaire et qui laisse à penser que tout n’a pas été dit sur les vampires. Je vous ai dit que la finale est forte. Elle vous oblige presque à ne pas échapper à la suite : L’HISTOIRE DE Mr N. tome 2 LES TROIS GRANDS alors que le *Service après-Mort* impose à N. une surprenante mission… (eh oui, l’humour est toujours présent surtout si on considère le traitement d’une âme en peine comme un service après-vente)

Le livre a presque tout pour plaire. Il y a un peu d’émotion mais surtout de la magie, du surnaturel et une intrigue puissante. Un dernier mot, pas besoin d’être amateur de fantastique pour lire ce livre car il contient plusieurs avenues intéressantes.

Thibeault Rollet (1991-   ) est un musicien, professeur de guitare et écrivain français. C’est un passionné de fantastique. Ces univers extraordinaires ont marqué son adolescence : Edgar Allan Poe, Tim Burton et plusieurs autres. Aujourd’hui, cette influence transpire dans l’œuvre musicale de son groupe rock qui a pour nom Mr N. qui fait aussi l’objet de son roman. Rollet a créé tout un univers autour de ce personnage fétiche.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 1er février 2020