NOUVELLES NOIRES

NOUVELLES NOIRES

Commentaire sur le recueil de
RENAUD BENOIST

*En un flash tout disparut, et Lantier, en sueur, sursauta
en ne comprenant pas ce qu’il avait vu ou avait cru
voir…Ne voulant en parler à personne, il décida donc
de garder cette incroyable histoire pour lui.*
(Extrait : NOUVELLES NOIRES, vol. 1, CHEZ LANTIER, Renaud
Benoist,  édition L’ivre-book, 2014, numérique,  recueil)

Dans ce premier opus des NOUVELLES NOIRES, Renaud Benoist nous entraîne dans un malstrom de réalité et d’irréalité. Le but : happer le lecteur et le faire plonger dans des textes insolites, noirs, dérangeants et le poussant sans cesse à se demander s’il est dans le réel ou l’irréel. Oui, Renaud Benoist corrompt la perception de la réalité en entraînant le lecteur dans un monde de cauchemar : tueur en série, tableau maléfique, nature vengeresse, village démoniaque et autres tableaux mystérieux issus d’une imagination débridée. Les NOUVELLES NOIRES sont comme un jeu de pistes qui ouvre la voie à une nouvelle dimension du frisson.

CAUCHEMAR AU JOUR LE JOUR
*Ce jour-là, les cloches de l’église sonnèrent
longtemps, trop longtemps, le curé avait été
seul à s’en inquiéter et ce fut lui qui remarqua
cette brèche qui passait sous la maison de
Dieu.*

(Extrait:: NATURE, du recueil NOUVELLES
NOIRES)

À l’occasion, j’aime insérer dans mes projets de lecture, un recueil de nouvelles pour voir et apprécier comment les auteurs, autant ceux qui sont connus que les émergents se débrouillent dans cette forme littéraire très particulière. La nouvelle littéraire est un récit fictif très bref qui fait appel à la réalité et qui, la plupart du temps, ne comporte pas de situation finale. Généralement, elle se termine avec un dénouement inattendu qu’on appelle la chute. Comme il s’agit d’un court récit, la nouvelle littéraire comporte peu de personnages, peu d’action et peu de lieux… Le défi d’un nouvelliste est de concentrer son histoire pour en renforcer l’effet. Donc la nouvelle n’est pas un roman. C’est une forme définie de littérature développée dans un minimum de pages (5 à 15). Certaines nouvelles vont jusqu’à cent pages. Je ne me passerais certainement pas des romans. Ils jouent sur le développement des émotions et des sentiments et la psychologie. Dans la nouvelle on planche plutôt sur la surprise, les rebondissements et les finales percutantes.

En matière de nouvelles, mon choix s’est porté cette fois sur les NOUVELLES NOIRES, vol. 1 de Renaud Benoist. Les nouvelles de Benoist ont comme toile de fond l’Auvergne, une région du massif central de la France, un territoire de nature sauvage et de paysages grandioses. Un décor parfait pour développer les thèmes de la solitude, du mystère, de la peur et des légendes entourant la nature vengeresse. J’ai aimé ce recueil, résultat d’une imagination volontairement débridée. Les textes sont insolites et poussent le lecteur à l’évasion. On oublie les problèmes, le temps…pour frissonner un peu car c’est bien ce que propose l’auteur : de l’émotion parfois forte, de l’insolite, de l’inexplicable, des forces obscures qui échappent à la raison humaine…

NOUVELLES NOIRES vol. 1 comprend 8 nouvelles. Ma préférée : LES ÉTANGS BLEUS.  Les parents de Jean décident de déménager toute la famille dans un complexe de HLM appelé LES ÉTANGS BLEUS. Quelques temps après le déménagement, Jean entend des bruits bizarres dans le placard de sa chambre…comme un grattement. Dans son nouveau patelin, Jean est attiré par un coin de forêt appelé le petit bois dans lequel apparemment des enfants sont disparus et ne sont jamais revenus. Ça l’intrigue et il demande à son nouveau copain Luc de l’accompagner. Luc lui montre sa cabane perchée discrètement dans un arbre…soudain le lien se fait entre le placard et la cabane. Jean s’apprête à goûter l’obscure médecine du petit bois : *J’ai vu…J’ai vu ce que tu ne verras jamais…J’ai vu une espèce de chose sortir d’un arbre et les attaquer, ça n’a duré qu’une minute ou deux…elle les a avalés et est retournée dans son antre…* (Extrait)

C’est une nouvelle dans laquelle l’atmosphère s’alourdit de pages en pages et qui développe l’idée de créatures qui rappellent un peu les monstres de H.P. Lovecraft. C’est une lecture qui devient très vite addictive.

Une forme se dégagea du comptoir et prit corps. Jeannette…c’était sa Jeannette, sa femme morte depuis dix ans. (Extrait de CHEZ LANTIER, la première nouvelle du recueil NOUVELLES NOIRES vol.1)
Les bulles étaient là, tout comme le «rien» était derrière nous. Lui avançait, elles grossissaient. On aurait dit une scène d’un livre de Kafka. (Extrait de LE PONT la quatrième nouvelle de NOUVELLES NOIRES vol.1)

Bref, j’ai passé un bon moment de lecture. Je crois que l’auteur a bien relevé le défi. L’écriture est fluide, le mystère est bien entretenu, on le sent dans chaque texte comme une espèce de non-dit. À lire. Si vous aimez, le volume 2 est disponible.

Renaud Benoist est né le 27 mars 1973 à Epinay-sur-Seine. Il suit des études d’arts plastiques aux Beaux -arts de Saint-Étienne. En 1998, il débute la série Nouvelles noires. En 2001, il sort le premier tome de la Trilogie des Yukulutes, La Solution symbiose suivi du tome 2, Le Culte d’Arès, en 2013 et du dernier volume, Quazar Balder, en 2006. De 2007 à 2013, il se consacre à des recherches sur le fameux Triangle de la Burle. En mai 2013, il sort En Quête du triangle de la Burle. Entre ses écritures, les occupations ne manquent pas pour Renaud Benoist. Il reçoit le prix des automnales du livre de Sury-le-Comtal, en 2001, pour La Solution symbiose, Il écrit le scénario d’une comédie musicale intitulée Le Fanten lupo, en 2007 et réalise un court-métrage : ESPRIT ES-TU LÀ ? en 2008.

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BONNE  LECTURE
Claude Lambert
Le samedi 28 septembre 2019

LE CHIFFREUR

LE CHIFFREUR

Commentaire sur le livre de
CHRISTINE BENOIT

*…Il resta immobile face au spectacle abominable
qui se jouait dans le salon. Ses jambes vacillèrent
sous l’effet d’une profonde répulsion. Il sentit son
cœur se fendre dans le gémissement qu’il poussa.*
(Extrait : LE CHIFFREUR, Christine Benoit, Les Éditions de
Mortagne, 2007, édition de papier, 480 pages)

Dans une ville provinciale de France, plusieurs meurtres sont commis plongeant la ville dans une psychose générale. À priori, il n’existe aucun dénominateur commun entre les victimes. Le tueur, perfectionniste, ne laisse jamais d’indice derrière lui et utilise un mode opératoire différent pour chaque victime. Seule sa signature prouve le lien entre les meurtres : un nombre tracé au feutre rouge dans la main gauche de chaque cadavre. Dans cette course contre la montre, le capitaine Nichas devra faire appel à une éminente criminologue pour dresser le profil psychologique de ce tueur aux méthodes surprenantes. Quelles sont ses motivations…?

LE TUEUR AU FEUTRE  ROUGE
*Un quart d’heure plus tard, Pierre Belcourt téléphonait
au capitaine Nichas pour lui annoncer qu’il venait de découvrir
…le cadavre de Cyril Lachaume, handicapé mental, trente-trois Ans, égorgé, puis découpé en quatorze morceaux, pièces
manquantes : Viscères et verge. Meurtrier droitier, pas
d’empreintes ni de traces du suspect. Chiffre 2 écrit au feutre
rouge dans la main gauche.*

 Cette histoire développe et analyse une folie meurtrière. J’aurais été tenté de dire, l’histoire d’un homme qui se prenait pour Dieu et alors c’eut été une variation sur un thème connu : *Quant à lui, il accédait à l’autorisation merveilleuse d’enlever la vie à celui qui ne la méritait pas. *  (Extrait) mais ce n’est pas aussi simple. Donc les meurtres s’accumulent dans une petite ville de France. Ces meurtres semblent disparates à une exception près : un chiffre écrit au feutre rouge sur la paume de la main gauche. L’inspecteur Nichas s’enligne pour une cruelle chute de cheveux tellement la pression est forte sur ses épaules : *En cet instant, il ne pouvait que constater l’avance que le meurtrier prenait sur lui…il redoutait l’accélération de sa folie meurtrière*. (Extrait)

Toute la compréhension de cette histoire repose sur la nature des chiffres inscrits au feutre rouge sur une main des victimes. Et les policiers sont très longs à décoller sur cette piste, ce que je n’ai pas très bien compris : *Son seul regret : la police pataugeait. Il regrettait la stupidité des inspecteurs. À tort, il avait pensé qu’en leur laissant des messages chiffrés les flics comprendraient son but.* (Extrait) Au début, j’ai vraiment cru que les chiffres sur les mains représentaient un ordre chronologique des meurtres. Je me suis vite rendu compte qu’il s’agissait d’une toute autre chose. En fait, le meurtrier avait détourné à des fins personnelles la valeur symbolique universelle des chiffres. Les policiers ont fini par comprendre, et moi aussi qu’il n’y avait qu’une façon de résoudre ces meurtres, c’est en passant par la symbolique des nombres, la kabbale et l’alchimie. C’est là que j’ai commencé à m’ennuyer un peu.

Le chiffreur est un parfait illuminé qui croit manifester la volonté céleste. Pour comprendre le récit, à la kabbale et à l’alchimie s’ajoute la compréhension d’une psychologie très complexe qui dépasse de loin l’explication classique de l’enfance difficile. Là où je veux en venir, c’est qu’à partir du moment où les policiers s’accrochent à la piste ésotérique, vous avez au moins deux spécialistes de la question qui viennent nous faire un cours sur la symbolique des nombres, sujet très complexe pour les non-initiés et qui fait que l’ouvrage accuse une lourdeur inadmissible. Le tarot, la voyance, l’occultisme, la symbolique, l’alchimie…tous ces sujets ultra spécialisés éloignent le lecteur du sujet, diluent l’intrigue et ont provoqué chez moi une baisse d’intérêt. Le sujet demeure original mais je crois que l’auteure aurait pu couper court ou tout au moins alléger le sujet et garder solide le fil conducteur du récit.

*Une vengeance dans un esprit simple fonctionnait sur le registre œil pour œil, dent pour dent, et ne s’encombrait pas de tout ce folklore hermétique. Un intellectuel dépressif pouvait tout à fait cacher ses actions monstrueuses sous un fatras mystico-philosophique.* (extrait)  Pas de quoi écrire un volume à l’intérieur d’un volume et distraire ainsi le lecteur qui ne sait plus où donner de la tête.

En dehors du fait que le livre est un peu trop didactique à mon goût, LE CHIFFREUR est un bon drame policier. Sa trame est lourde mais elle est tout de même originale. Les personnages ont été très bien travaillés. L’auteure, Christine Benoit leur a donné une dimension humaine intéressante un peu comme Nora Roberts le fait dans ses drames policiers avec des détails qui prennent souvent par surprise mais qui consacrent la crédibilité des personnages. En général, c’est bien ficelé. Je crois toutefois important de rappeler que lorsque vous arriverez dans la partie du récit qui explore à fond la piste ésotérique, il faudra jouer le jeu de la patience et essayer de vous mettre dans l’esprit du chiffreur. Revoyez les extraits de cet article pour vous mettre en piste. Moi je ne l’ai as trop regretté car je dois admettre que l’auteure nous a ménagé une finale intéressante.

L’exploration intéressante d’un esprit tordu… à lire si vous êtes patient…

Christine Benoit a enseigné l’économie et le droit du travail pendant 10 ans. Depuis 1991, elle dirige une clinique médicale et occupe les fonctions de gestionnaire dans une entreprise de restauration collective ainsi qu’au sein d’une entreprise agroalimentaire, qu’elle a respectivement créées en 1993 et 1996. Jonglant d’une main de maître avec un horaire chargé, elle réussit le tour de force de prendre la plume pour publier son deuxième thriller : LE CHIFFREUR.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 22 septembre 2019

 

PASSAGE

PASSAGE

Commentaire sur le livre de
YANICK St-YVES

*De douloureux et familiers souvenirs refirent
surface. Plus d’angoisse, plus de cauchemar,
seulement les empreintes du passé. Thomas
retourna huit ans en arrière. À ce jour qui avait
séparé l’avant de l’après.
*
(Extrait : PASSAGE, Yanick St-Yves,  Les Édtions de
Mortagne, 2012, édition de papier,  480 pages)

De retour d’un voyage d’affaires, Thomas retrouve sa femme, Catherine qui, pendant son absence, s’est métamorphosée. Femme aimante, elle devient agressive ; sa douceur devient violence. Thomas n’y comprend plus rien. Aucune piste, aucun indice pour expliquer ce changement. Pour faire la lumière sur cet évènement et se réapproprier sa vie, Thomas devra emprunter un passage qui le mènera au cœur de la pire des tourmentes. « Nous y voilà, vous et moi. Là où s’enracine le germe. Au commencement d’un long voyage. Laissez-moi vous conduire à travers les méandres chaotiques de l’inconnu…Ouvrez la porte et venez me rejoindre.» Yanick St-Yves. Dans les rêves de Thomas et dans sa réalité maintenant déphasée, il est question d’un certain passage…

LES MÉANDRES CHAOTIQUES DE L’INCONNU
*…alors que le sang lui couvrit une partie de la
figure…L’homme hurlait à présent : «Je suis
aveugle…tu m’as crevé les yeux, bâtard. Tu
m’as crevé les yeux !

Un ingénieur en électricité qui se lance dans la publication d’un premier roman. Ça m’a intrigué. J’ai voulu voir si Yanick St-Yves avait publié quelque chose de vraiment électrisant. Jeu de mot facile me direz-vous? Sans m’électriser, Yanick a réussi à me rendre captif. D’abord, PASSAGE est un livre en deux parties. Dans la première partie, Thomas constate que sa femme s’est transformée…elle est devenue chipie, violente et invivable. Quelque chose lui échappe. Il découvre finalement que sa femme n’est plus elle-même : une entité s’est emparée d’elle. Ce n’est pas sa femme, c’est son corps. Sa femme est morte assassinée alors qu’il était sur le chemin du retour. Thomas ne peut accepter cela, lui, déjà affecté par la mort de son meilleur ami Simon. Une petite voix rappelle souvent à Thomas qu’il lui faut *sauter*, ce que Thomas finit par faire. Le seul objectif de son suicide : emprunter le PASSAGE et retrouver Catherine.

Première découverte fantastique : Thomas s’incarne intact dans un autre monde. Oui, il y a de la vie après la mort et ce dans des centaines de mondes. Ainsi se dessine clairement sa nouvelle raison de vivre : retrouver Catherine, prisonnière de l’entité qui a complètement chamboulé la vie de Thomas. Rien ne sera facile. La deuxième partie est donc la quête. Il se fera des amis et alliés en cours de route. Il retrouvera Simon entre autres. Mais Combattre le mal à l’état pur est loin d’être simple.

J’ai retrouvé dans ce livre toutes sortes de tendance que j’ai toujours appréciées en littérature, un caractère fantastique, une âme violée. Jamais l’auteur utilise le mot possession ni même de double-personnalité. L’auteur en appelle à son propre pouvoir descriptif afin de créer l’image appropriée dans l’esprit du lecteur. Le style de l’auteur me rappelle un peu Dean Koontz, Patrick Sénécal et même Stephen King…je pense à SIMETIERRE et un peu aussi à LA TOUR SOMBRE à cause de la complexité de sa quête. St-Yves décrit à sa façon la force d’une profonde amitié, les avantages de l’esprit d’équipe, l’opiniâtreté et la persévérance. Il décrit aussi de façon inattendue l’éternelle dualité entre le bien et le mal. J’ai vu là le principal trait d’originalité de l’ouvrage. Si en littérature, plus souvent qu’autrement le bien triomphe, la lecture de PASSAGE vous réserve des surprises.

J’ai trouvé la deuxième partie aussi essoufflante qu’acrochante jusqu’à la finale qui n’est pas du tout celle à laquelle je m’attendais basée, sur la conclusion logique d’une chaîne d’évènements. J’ai été surpris mais ça ma plu. J’ai été aussi surpris à la fois de la douceur et de l’étrangeté de nombreux passages :

*Il douta être en mesure de s’assoupir, car le bruit des roues d’acier sur la route sablonneuse était insupportable, pourtant, quelques secondes après que sa tête eut touché l’oreiller, il s’endormit depuis la première fois depuis sa mort* (Extrait) Dans PASSAGE, l’auteur a une vision très élaborée de la vie après la mort. J’ose espérer que moi personnellement, j’aboutirai dans un monde plus calme. Blague à part, en débutant le livre, je m’attendais à un sujet élimé. Cette impression de déjà-vu a perduré pendant presque toute la première partie. Par la suite, l’auteur m’a entraîné dans une voie complètement différente qui m’a déstabilisé, ce qui ne l’a pas empêché de me faire verser dans l’addiction avec son écriture parfois allusive, de nombreux rebondissements et une finale qui confirme que St-Yves se démarque des autres auteurs.

Le récit donne parfois l’impression d’être scénarisé, donc plus en fonction du cinéma que pour le lectorat. C’est un élément qui peut déplaire, mais j’ai passé par-dessus. Bravo à l’auteur car à chaque fois que je devais faire une pause dans la lecture de son livre, je ressentais de la frustration et l’envie d’y revenir très vite.

Donc Yanick St-Yves a frappé fort à mon avis, pour sa première publication. C’est un livre que je vous recommande…un long voyage dans l’inconnu, un face à face avec le chaos et je laisse à l’auteur le dernier mot : *Vous trouverez, je le souhaite, un peu de moi et beaucoup de vous*.

Je n’ai pas trouvé d’informations sr l’auteur mais il y en a sur l’ingénieur. Yanick St-Yves est effectivement titulaire d’un baccalauréat en génie électrique, spécialisation en technologie de l’information, expert en réseau de télécommunication. Il est également scénariste à la Fuica Productions depuis 2012 et bien sûr, auteur d’un premier roman : PASSAGE. Avec le talent qu’il y a mis, on peut considérer que Yanick St-Yves est un auteur à surveiller.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 29 septembre 2019

CRIME ACADEMY

CRIME ACADEMY

Commentaire sur le livre de
Christian Jacq

<L’assassin n’en croyait pas ses yeux. Une convocation
en bonne et due forme à la télévision pour devenir la
vedette d’une émission qui fascinerait le grand public,
«CRIME ACADEMY»! De même qu’à six autres candidats,
on lui proposerait, ni plus moins, de raconter son crime
parfait…>

(Extrait : CRIME ACADEMY, Christian Jacq, 2012, J-édition pour
la version numérique, 235 pages, édition de papier)

Sixième tome de la série LES ENQUÊTES DE L’INSPECTEUR HIGGINS comptant 23 titres, CRIME ACADEMY est le titre d’une nouvelle émission crée par une chaîne populaire de télévision et qui se rapproche beaucoup de la téléréalité. Sept assassins impunis, c’est-à-dire des criminels qui ont échappé totalement à la justice, sont invités à l’émission pour raconter les circonstances de leur crime. Ensuite, le public sera appelé à choisir son criminel préféré. Les grands pontes de Scotland Yard sont furieux et délèguent l’inspecteur  à la retraite Higgins et son remplaçant Scott Marlow pour enquêter. Ce dernier commence par rencontrer les *vedettes* une par une. Quelque chose cloche…

CRIMINELS OU FABULATEURS?
*La forteresse qui abrite les
sept candidats de la
CRIME ACADEMY est un
marécage recouvert de
brume*
(Extrait : CRIME ACADEMY)

Je connaissais déjà la plume de Christian Jacq pour ses nombreux récits sur l’Égypte. Il connait la question puisqu’il est archéologue et docteur en égyptologie. J’étais très curieux de vérifier comment Jacq se débrouillait dans un contexte d’intrigue policière. J’ai choisi CRIME ACADEMY tout à fait au hasard. On est très loin de la perfection mais le livre présente un intéressant rapport de forces et de faiblesses. Voyons d’abord le synopsis.

L’histoire tourne autour de sept assassins potentiels, c’est-à-dire sept personnes qui avouent avoir commis le crime parfait sans jamais avoir été ennuyé par la justice. Les crimes ont été perpétrés il y a plus de trente ans, en Grande Bretagne, là où la prescription n’existe pas. Mais la justice doit remonter trop loin dans le temps pour être efficace et rendre punissables ces sept personnages. Cecil Cadeno, animateur et organisateur d’une émission de télé-réalité à scandale réunit ces sept personnes avec une garantie de protection légale pour qu’elles racontent leur crime et concourent ainsi au titre de meilleur assassin, titre accompagné d’une somme d’argent plus que confortable. Le superintendant Marlow de Scotland Yard se lance dans une enquête qui s’annonce fort complexe, tellement qu’il fait appel à son vieil ami Higgins pour l’aider à découvrir la vérité dans ce panier de crabe. Très vite, Higgins voit qu’il y a anguille sous roche. Et ça se complique très vite car des morts s’ajoutent pendant l’enquête. Le temps presse.

Première observation, le concept est original et rappelle les *huis-clos* de Miss Marple et d’Hercule Poirot, les brillants limiers créés par Agatha Christie. Le Crime de l’Orient-Express me vient à l’esprit aux fins de comparaisons. Même si ça rappelle Agatha Christie et même Conan Doyle, le concept est bien propre à Christian Jack. La comparaison s’arrête là, les histoires d’Agatha Christie étant beaucoup plus approfondies et mieux finies. L’originalité de l’histoire m’a quand même plu, d’autant qu’elle vient faire un petit croche-pied à l’univers de la téléréalité, que je trouve, l’ai-je déjà dit, d’une extraordinaire insipidité. Elle n’est pas rendue aussi bas, mais je ne suis pas sûr qu’elle se gênerait.

La plus belle réussite de Christian Jacq est qu’il a réussi à maintenir le caractère intriguant de l’histoire jusqu’à la fin. Il m’a forcé à me creuser la tête et j’ai joué le jeu : *La forteresse qui abrite les sept candidats de la CRIME ACADEMY est un marécage recouvert de brumes…* (Extrait). J’ai trouvé la finale excellente. Elle vous réserve un magnifique bouquet de déductions et de logique policière alors que tous les suspects sont réunis pour le *speech* final et que toutes les pièces du casse-tête prennent leur place.

Le roman est relativement court, il se lit très bien. La plume est fluide et l’ensemble est très bien ventilé, les chapitres en particulier qui sont courts. C’est la principale faiblesse du roman : il est trop court, il manque de fini, de développement, d’enrobage. La psychologie des personnages est très peu développée ce qui est dommage, spécialement dans le contexte d’un roman de type huis-clos comme CRIME ACADEMY. Il aurait été intéressant, voir nécessaire de développer davantage le schéma de pensée des assassins et surtout, d’en savoir plus sur les motivations de Cecil Cadeno, l’animateur qui a beaucoup à gagner et beaucoup à perdre aussi comme on le verra, car l’auteur nous a réservé quelques surprises.

On est très loin du chef d’œuvre mais j’ai quand même apprécié ma lecture. Je considère que CRIME ACADEMY est un très bon divertissement.

Né à Paris en 1947, Christian Jacq est d’abord et avant tout égyptologue et il a partagé sa passion en publiant des livres qui sont devenus autant de références sur l’Égypte. Aujourd’hui, ses ouvrages sont publiés dans une trentaine de langues. Parallèlement, il a publié des romans historiques qui ont pour cadre évidemment l’Égypte antique, ainsi que des romans policiers publiés sous pseudo et réédité par la suite sous son vrai nom. Comme si Christian Jacq avait une corde de plus à son arc, ses romans policiers ont connu aussi un succès flatteur grâce à son personnage fétiche, l’inspecteur Higgins. Cette série : LES ENQUÊTES DE L’INSPECTEUR HIGGINS comprend 23 titres. C’est une collection à découvrir. Voici quelques titres…juste pour vous mettre l’eau à la bouche…

             
           

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le samedi 21 septembre 2019

La guerre des boutons

LA GUERRE DES BOUTONS

Commentaire sur le livre de
LOUIS PERGAUD

*Il répliqua par un « À cul les Velrans !» aussi sonore
que le cri de guerre de son rival et les épieux et les
sabres de Longeverne pointèrent encore une fois en
avant leurs estocs durcis.>
(Extrait : LA GUERRE DES BOUTONS, Louis Pergaud, 1912,
libre de droit, réédition : Fleurus, 2011, édition numérique,
150 pages.

Entre les Longeverne menés par Lebrac et les Velrans du village voisin, la guerre est aussi acharnée qu’immémoriale. Mais le jour où les Velrans surprennent Grangibus et Tigibus dans le bois et les apostrophent d’une insulte jusque-là inconnue des Longeverne, pourtant experts en jurons fleuris, la guerre prend un tour nouveau. L’idée de base est d’arracher les boutons et les bretelles des ennemis et d’en faire un trésor de guerre. Armes de guerre : bâtons, cailloux, pieds et poings. Cette épopée truculente de Louis Pergaud devenue un classique évoque l’amitié autant que la cruauté avec une verve très particulière. Ce livre qui traverse les âges de façon active et dont le contenu est extrêmement visuel a fait l’objet de cinq adaptations cinématographiques, trois bandes dessinées et même un opéra réalisé par Philippe Servain en 1996. On ne compte plus le nombre de rééditions de ce roman qui a finalement été illustré par Claude Lapointe chez Gallimard en 1977.

LA GUERRE DES BOUTONS
roman de ma douzième année
(titre complet)

*« Ah Prussiens ! Ah salauds ! –triples cochons !
-andouilles de merde ! –bâtards de curés !
-enfants de putain ! –charognards ! –pourriture !
-civilités ! –crevures ! –calotins ! –sectaires ! –
chats crevés ! –galeux ! –mélinards ! –combisses !
-pouilleux ! telles furent quelques-unes des
expressions qui s’entrecroisèrent avant l’abordage.
Non, on peut le dire, les langues ne chômaient pas.
(Extrait : LA GUERRE DES BOUTONS)

*Un Langeverne a traité un Velrans de couilles molles* 

C’est par une simple insulte que s’est déclenchée la guerre des boutons entre les garçons de deux villages : Longeverne avec les troupes du général Lebrac et Velrans, avec les troupes du général L’Aztèque. On joue du bâton, on lance des cailloux, coups de pied, coups de poing et comme trophées de guerre…des boutons de culotte et autres accessoires comme des jarretières, bretelles, bas etc. pas de pitié. Les prisonniers sont mis à nus, insultés, frappés et délestés de leurs boutons, ce qui met les parents en furie. Mieux vaut ne pas se faire prendre tout compte fait.

Est-ce la proximité de la première guerre mondiale qui a inspiré Louis Pergaud ou les petites guerres de clan qui isolaient les enfants en bande dans les régions rurales de la France au début du XXe siècle. Peu importe, LA GUERRE DES BOUTONS est un roman puissant aux effluves d’enfants qui a conservé toute son actualité et qui, je n’en doute pas, traversera les âges. Pergaud a dû partir d’une prémisse très simple : pour connaître la nature humaine, il faut d’abord comprendre la nature des enfants et indirectement, les notions d’hérédité et d’atavisme. J’ai trouvé ce roman génial à plusieurs égards.

D’abord, l’auteur a tout prévu. Je n’ai trouvé aucune faille dans l’ensemble. Des enfants ont décidé de se faire une guerre sans merci, façon de parler, mais ils doivent composer avec un tas de défis comme par exemple, faire comme si de rien n’était à l’école et tout cacher au soupçonneux et sévère Père Simon. Ensuite, les enfants devaient éloigner le plus possible leurs parents du théâtre de la guerre. C’était facile à dire et peu d’entre eux ont échappé à la raclée parentale. Ensuite, il fallait financer la guerre. Je vous laisse découvrir toute l’ingéniosité des enfants à ce chapitre. Enfin, il fallait s’organiser. C’est ainsi que les enfants se sont nommés un général, un lieutenant…les modèles de guerre ne manquant pas…on a fait comme les grands : stratégie, espionnage, ruse, logistique d’approvisionnement, expéditions punitives, quartier général.

Ensuite, j’ai été émerveillé et séduit par la richesse et la saveur de la langue et j’ai découvert, à ma grande joie un heureux cousinage entre l’argot français de la Franche-Comté et le jargon québécois : pus au lieu de plus, soye au lieu de soit, les ceusses au lieu de ceux, queque chose au lieu de quelque chose, deusse au lieu de deux , lastic au lieu d’élastique, guernouilles au lieu de grenouilles… bref, l’auteur a prévu un petit dictionnaire d’argot de plus de 500 mots à la fin du récit. Ça fait un récit chantant, rythmique, extrêmement vivant. Une histoire pleine de candeur et du langage d’enfants : *Si j’aurais su, j’aurais pas venu* (Extrait) Je me suis même beaucoup amusé de cette capacité que l’auteur a prêté aux enfants de *débouler* des jurons en série…*Montre-toi donc, hé grand fendu, cudot, feignant, pourri ! Si t’es pas un lâche,montre-la ta sale gueule de peigne-cul ! va ! – Hé grand’crevure, approche un peu, toi aussi, pour voir ! répliqua l’ennemi.*(Extrait)

LA GUERRE DES BOUTONS est un roman-jeunesse mais il convient tout à fait à tous les âges de la vie. Au moment d’écrire ces lignes, le roman a 105 ans. Il n’a pas vieilli et demeure un pur moment de plaisir. Deux petites faiblesses si je peux me permettre. La finale est excellente mais un peu rapide. J’avais l’impression d’avoir manqué quelque chose. Dans LA GUERRE DES BOUTONS, l’auteur suit surtout le camp de Longeverne. J’aurais aimé en savoir plus sur les sentiments des Velrans et leur plan d’action. Ça crée un certain déséquilibre,

En dehors de ces petits détails, LA GUERRE DES BOUTONS est un livre précieux et qui pousse à la réflexion sur la tolérance entre autres et sur le destin des futurs appelés de la première guerre mondiale au cours de laquelle l’auteur Louis Pergaud a perdu la vie.

À lire absolument : LA GUERRE DES BOUTONS.

Louis Émile Vincent Pergaud (1882-1915) est un romancier et instituteur français. Ses deux livres les plus mondialement connus sont DE GOUPIL À MARGOT qui décroche le prix Goncourt en 1910 et bien sûr la guerre des boutons, paru en 1912 et réédité par la suite plus de trente fois avant de devenir libre de droit. Du point de vue stylistique, Pergaud se réclame de Rabelais, notamment pour sa science de l’énumération. Il en est beaucoup question au début de la guerre des boutons. Louis Pergaud meurt au champ d’honneur en 1915 et est déclaré MORT POUR LA France en aout 1921.

LA GUERRE DES BOUTONS SUR L’ÉCRAN

Ma version préférée de la guerre des boutons, celle réalisé par Yves Robert et sortie en avril 1962. On retrouve dans la distribution, Martin Lartigue, André Treton et le grand Michel Galabru.

Autre version intéressante de LA GUERRE DES BOUTONS : celle réalisée par Yan Samuell en 2011 avec, parmi les principaux acteurs : Éric Elmosnino, Mathilde Seigner, Alain Chabat et Vincent Bress.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le vendredi 20 septembre 2019

 

VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE version audio

VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE

Commentaire sur le livre de
JULES VERNE
(D’après deux versions audio)

*Le véritable voyage commençait. Jusqu’alors, les
fatigues l’avaient emporté sur les difficultés.
Maintenant, celles-ci allaient véritablement naître
sous nos pas. Je n’avais point encore plongé mon
regard dans ce puits insondable où j’allais
m’engouffrer. Le moment état venu…*
(Extrait, VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE, Jules
Verne, livre audio édité en 2013 par LE LIVRE QUI PARLE
et lu en version intégrale par Bernard Petit. J’ai aussi
écouté une version audio courte publiée en 2005 par les
éditions Naïve et lue par Jean-Claude Dreyfus et Michel
Aumont.)

Image: publication 2013

Axel Lidenbrock est le neveu d’un éminent géologue et naturaliste allemand, le professeur Otto Lidenbrock. L’histoire commence à Hambourg, dans la maison du Pr. Lidenbrock. Le professeur, amateur de vieux livres, a acheté le manuscrit original d’une saga islandaise, Heimskringla, écrite au XIIe siècle, et dans lequel il découvre un parchemin rédigé en caractères runiques. Axel et son oncle parviennent à déchiffrer ce cryptogramme. Il s’agit du message d’un certain Arne Saknussemm, un alchimiste du XVIe siècle. Celui-ci affirme avoir découvert un passage vers le centre de la Terre, en passant par le Sneffels, volcan inactif situé en Islande. Le professeur Lidenbrock décide de partir dès le lendemain pour l’Islande, emmenant avec lui son neveu Axel. A Reykjavík, ils engagent un chasseur d’eider nommé Hans, qui sera leur guide. Les trois hommes voyagent jusqu’au pied du volcan Sneffels, et en font l’ascension. Le cratère éteint renferme trois cheminées. L’une d’elles doit être effleurée par l’ombre d’un haut pic, le Scartaris, à midi, « avant les calendes de juillet », c’est-à-dire dans les derniers jours de juin. D’après la note de Saknussemm, là se trouve le passage vers le centre de la Terre…

LE CLASSIQUE DES CLASSIQUES
*Enchanté mon garçon, je suis enchanté.
Nous sommes arrivés. <au…au terme de
notre expédition?> ? Mais non…au bout
de cette mer qui n’en finissait plus…nous
allons maintenant reprendre la voie de terre
et nous enfoncer enfin dans les entrailles du
globe !
>(Extrait : édition année 2005)

Image : publication 2005

Ça faisait longtemps que VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE de Jules Verne était dans mes projets de lecture. Plusieurs années même. Difficile de dire pourquoi je repoussais tout le temps. On ne peut pas repousser Jules Verne indéfiniment. Puis j’ai eu la chance de mettre la main sur deux versions audios de ce grand classique. La version narrée par Bernard Petit est plus complète. Première observation et ça m’a sauté aux yeux…plutôt aux oreilles… j’ai compris à quel point les scénaristes et réalisateurs avaient pris des libertés dans l’adaptation du livre. Le livre est définitivement plus sobre et plus intéressant même s’il est sensiblement moins spectaculaire.

L’histoire est simple. C’est celle d’un scientifique : Otto Lindenbrock, un géologue, brillant mais têtu et légèrement caractériel et Axell, son neveu, un orphelin que le professeur a pris sous son aile. Un jour, Axell découvre un mystérieux parchemin. Le manuscrit, signé Arne Saknusemme, contient des indications précises pour atteindre le centre de la terre en passant par le cratère du Sneffel, un volcan islandais éteint et en utilisant une des cavités éclairées par le soleil un jour précis de juin. Lindenbrock décide de tenter l’aventure avec Axell et s’adjoindre un guide islandais appelé Hans et voici nos amis partis dans une aventure qui va les marquer pour la vie, frôlant la mort plusieurs fois et composant avec les caprices de la planète qui est fort vivante.

Le livre et la première version audio que j’ai écoutée raconte donc l’odyssée de l’expédition Linderbrock. On s’aperçoit très vite que la science est un objet de littérature pour Verne et c’est la source d’une de mes principales difficultés quand je lis Verne : l’étalement de connaissances et d’explications scientifiques, certaines n’étant pas nécessaires au contenu, d’autres compliquées parce qu’insuffisamment vulgarisées. C’est un élément qui complique la lecture ou l’écoute. Évidemment quand je lis un livre de science-fiction, je m’attends à un livre d’aventure et non à un cours de science. Verne n’est pas le seul à s’étendre, ce fut le cas de beaucoup d’auteurs. Au moment d’écrire ces lignes je pense surtout à Edgar Allan Poe. Mais il y a quand même un élément très important qui vient contrebalancer la parade scientifique : c’est la beauté de l’écriture qui pousse à l’émerveillement de par ses qualités descriptives.

Il est difficile de ne pas aimer Jules Verne, d’autant que la première version audio que j’ai écoutée était narrée par Bernard Petit avec ses remarquables capacités vocales de passer d’un registre à l’autre et de matérialiser par son harmonique vocale une extraordinaire gamme d’émotions. Il lui arrive parfois d’en faire trop, de verser sensiblement dans la déclamation mais pas suffisamment pour irriter les oreilles si je me réfère à l’ensemble de la narration. Donc en général, l’écoute fut pour moi très agréable. Si je reviens à l’histoire, j’ai été un peu surpris du peu de consistance attribuée au guide HANS, à qui Verne semble avoir attribué le rôle d’ange gardien. Ne réfléchis pas, parle très peu mais jamais loin pour sauver tout le monde. J’aurais souhaité qu’il ait un rôle plus actif. Autre faiblesse à mon avis, mais elle pourrait être discutable, j’ai trouvé la finale expédiée et un peu facile. Au moins, j’ai pu savourer une description extraordinaire des paysages, et ce à tous les niveaux de la descente. C’est un récit très actif et généreux dans ses descriptions

Quant à la deuxième version que j’ai écoutée, je serai bref. Elle est plus courte, plus concentrée, elle est présentée par deux narrateurs avec figurants et musique. C’est une version plus ancienne, pas techniquement au point. Toutefois, j’ai trouvé sa présentation sympathique et très agréable.

Lire Verne, c’est un dépaysement garanti. Bien sûr il y a des invraisemblances, mais l’auteur fut un des plus grands visionnaires de la littérature. N’a-t-il pas anticipé l’idée du sous-marin avec 20 000 lieues sous les mers, et le voyage dans l’espace avec DE LA TERRE À LA LUNE et la théorie de la terre creuse de Pauwells avec VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE. Il faut lire Verne au moins une fois…dépaysant bien sûr, mais aussi rafraîchissant, relaxant…bon pour le moral. La qualité de l’écriture m’a entraîné au centre de la terre…un moment intense et extraordinaire.

Affiche du boitier contenant le DVD du film VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE sorti en juillet 2008 et réalisé par Eric Brevig avec, au cœur de la distribution, Brendan Fraser et Josh Hutcherson. D’après l’œuvre de Jules Verne, scénarisé par Jennifer Flackett, Mark Levin et Michael D. Weiss.

Jules-Gabriel Verne (1828-1905) est un écrivain français dont l’œuvre est surtout constitué de romans d’aventures basés sur les progrès scientifiques de son temps. Rompu d’abord au théâtre, sa rencontre avec Alexandre Dumas va sérieusement influencer la suite. La rencontre avec l’éditeur Pierre Jules Hetzel, en 1862, et la publication par ce dernier de Cinq semaines en ballon, change le cours de sa vie. Le succès est immédiat et international, si bien que Verne signe un contrat de vingt ans pour produire ses Voyages Extraordinaires, nom attribué à sa série de plus de 70 romans.

 Les plus célèbres (Le tour du monde en quatre-vingts jours, Vingt mille lieues sous les mers, l’Île mystérieuse, Michel Strogoff, Les enfants du Capitaine Grant, Voyage au centre de la Terre, De la Terre à la Lune) sont gravés dans les mémoires et font partie du patrimoine culturel mondial. L’intérêt particulier de son œuvre, c’est d’y retrouver un amour profond de la science, mêlé avec autant d’art que de sérieux à des idées novatrices et proches de la science-fiction. Beaucoup de ses livres ont été adaptés au cinéma, 20000 lieues sous les mers, produit par Disney, réalisé par Richard Fleischer, et bien sûr, VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE. (À consulter)

Pour terminer, AUDIBLE.CA offre deux suggestions supplémentaires des versions audios du célèbre classique de Verne :

      

Le cinéma et la littérature nous propose une quantité impressionnante de versions du grand classique de Verne. Les livres audio n’échappent pas à cette tendance. Audible en propose deux autres ci-haut. À gauche, la première version sonore réalisée en 1955 et publiée en 2015, narrée par Jean Desailly. À droite, une version abrégée publiée en 2010 avec le narrateur Éric Legrand.

BONNE ÉCOUTE
Claude Lambert
le dimanche 15 septembre 2019

LES CONTES D’ANDERSEN

LES CONTES D’ANDERSEN

Commentaire sur un recueil de contes sélectionnés de
HANS CHRISTIAN ANDERSEN

*Jamais la grand-mère n’avait été si grande ni si belle.
Elle prit la petite fille sur son bras, et toutes les deux
s’envolèrent joyeuses au milieu de ce rayonnement, si
haut, si haut, qu’il n’y avait plus ni froid, ni faim ni
angoisse; elles étaient chez Dieu.*
(Extrait : LA PETITES FILLES AUX ALLUMETTES, LES CONTES
D’ANDERSEN, Hans Christian Andersen, Des contes
sélectionnés ont été réédités en numérique par Storylab
Éditions en juin 2011)

Les contes d’Andersen figurent parmi les histoires les plus célèbres dans le monde entier destinées aux enfants. Ce recueil regroupe les histoires considérées les meilleures par l’éditeur. La plupart ont été adaptées au cinéma par Disney.

«…Les contes d’Andersen n’offrent pas seulement quelques descriptions de tableaux pittoresques, de péripéties saisissantes ou de personnages originaux, ils ouvrent comme une source de vie, de pensées et de réflexions sur la vie et la destinée humaine…» Étienne de Havenard,
traducteur, (1873-1952)

LES ENSEIGNEMENTS DE L’ANTICONTE
*«Me voilà devenu broche! Dit l’aiguille.
Je savais bien que j’arriverais à de
grands honneurs. Lorsqu’on est quelque
chose, on ne peut manquer de devenir
quelque chose. »*
(Extrait : LA GROSSE AIGUILLE, LES CONTES D’ANDERSEN)

 Les contes d’Andersen constituent pour moi un véritable relent d’enfance. Je les ai lus bien avant les contes de Perrault ou de Grimm et même avant les fables de La Fontaine. Ma relecture d’une partie de ces contes m’a permis d’en savourer toute la richesse et avec le recul du temps et l’âge aidant, j’ai pu apprécier toute la dimension dramatique de ces contes et leur caractère humain.

En effet, ce qui m’a accroché dans les contes d’Andersen c’est, insérée ici et là, une certaine dose de cynisme, de tragédie. J’y ai vu peu de fantastique comme on en trouve dans les contes classiques comme CENDRILLON, LA BELLE AU BOIS DORMANT, LE PETIT POUCET et autres contes du grand Charles Perreault. J’ai ressenti toutefois du merveilleux, un amalgame de rêves et de cauchemars…des flèches qui ont pour cible nos émotions et notre sensibilité. Les contes d’Andersen ont quelque chose de bouleversant qui colle peut-être un peu plus avec les dualités de la vie : espoir-désespoir, misère-abondance, pauvreté-richesse, philanthropie-misanthropie, haine-amour. Je me suis senti loin du surréalisme qui caractérise par exemple les contes de Jacob et Wilhelm Grimm comme Blanche-Neige, le Petit Chaperon rouge ou LA BELLE AU BOIS DORMANT (version modifiée du conte de Perrault mais qui, au final, revient au même…je sais, c’est très personnel comme opinion).

Parce qu’on appelle ces textes d’Andersen des contes, ça m’a fait tout drôle d’y découvrir la finalité dans le malheur comme DANS LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES dont l’amertume et l’expression de malheur qui s’en dégage m’ont bouleversé et qui pourtant demeure un grand classique des contes. Pour donner un autre exemple, que dire de LA PETITE SIRÈNE qui sombre dans un amour impossible, malheureux et dont le destin passe par une solution de violence qu’elle n’est pas sûre d’adopter : *…Elle nous a donné un couteau bien affilé que voici. Avant le lever du soleil, il faut que tu l’enfonces dans le cœur du prince et, lorsque son sang encore chaud tombera sur tes pieds, ils se joindront et se changeront en une queue de poisson. Tu redeviendras sirène…avant le lever du soleil, il faut que l’un de vous deux meure. Tue-le et reviens ! * (extrait) Soit dit en passant, ce conte, entre autres, a été superbement dénaturé par le cinéma.

Andersen a soumis tous ses héros à l’épreuve mais ils ne sont pas tous soumis à la morale. Plusieurs destins sont une véritable tragédie. On dit de Christian Hans Andersen, celui qu’Alexandre Dumas appelait * l’aimable poète danois * qu’il avait une personnalité attachante d’une part mais étrange d’autre part. Ses écrits lui ont valu une extraordinaire notoriété. Peut-être a-t-il voulu mordre dans la vie pour enterrer définitivement sa vie d’enfant pauvre et méprisé. Il a été balloté par les dualités de la vie et ça se ressent dans le texte. Le merveilleux passe par l’épreuve ce qui revient à dire «mérite ton bonheur» Oserais-je prêté à ses écrits des prétentions autobiographiques? Peut-être.

Proches des réalités humaines, les contes d’Andersen conservent une extraordinaire actualité. Plusieurs pensent qu’ils ne sont pas destinés aux enfants. Moi je crois qu’ils sont destinés à tout le monde. Ne vous inquiétez pas pour les enfants. Inquiétez-vous plutôt de leur addiction aux jeux vidéo. Les contes d’Andersen sont un trésor d’imagination, d’inventivité et de beauté. Ils étaient pour moi dans le temps, un chef d’œuvre. Ça reste aujourd’hui un chef d’œuvre.

Hans Christian Andersen (1805-1875) est un célèbre écrivain et conteur d’origine danoise, il est d’ailleurs considéré comme le symbole du génie populaire nordique. Il est friand d’œuvres littéraires telles celles de Ludvig Holberg et William Shakespeare. Malgré tout, son rêve premier est de devenir chanteur d’opéra et, pour cela, il part à Copenhague en septembre 1819. Il essuiera un cruel échec. 1822 marquera un tournant pour Andersen alors qu’il commence la publication de ses premiers textes. Il a son premier succès, notamment en 1830 avec Promenade du canal de Holmen à la pointe orientale d’Amagre. Il écrit ensuite d’autres romans à forte tendance autobiographique ainsi que des poèmes, des pièces de théâtre et des récits de voyage.

 Mais, c’est dans la période de 1832 à 1842 qu’il publie ce qui établira définitivement sa notoriété : Des contes…des contes qui n’ont jamais été destinés aux enfants et pourtant ce sont les enfants qui ont été les plus fervents lecteurs de son œuvre. Walt Disney a fait d’ailleurs plusieurs adaptations, libres, pour plusieurs, c’est du moins mon opinion. Cette période de grande inspiration culminera avec la rencontre d’Andersen avec Charles Dickens qui fit de son personnage « Uriah Heep » le portrait exact de Hans Christian Andersen. Les contes et histoires de Hans Christian Andersen sont traduits dans plus de quatre-vingts langues et pays du monde entier, et inspire encore aujourd’hui les artistes tout en émerveillant petits et grands.

LES CONTES D’ANDERSEN AU CINÉMA


La Petite Sirène est le 36? long-métrage d’animation est le 28? « Classique d’animation » des studios Disney. Sorti en 1989, il s’inspire du conte du même nom de Hans Christian Andersen, publié en 1836.
(d’après Wikipédia)

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le samedi 14 septembre 2019

 

 

 

 

 

TRAQUÉ

TRAQUÉ

Commentaire sur la nouvelle de
LUDOVIC ESMES

*Ils sont nombreux ceux qui en veulent à ma peau.
Il y a un avis de recherche contre moi et je ne sais
pas pourquoi…Où vais-je me rendre demain?*
(Extrait : TRAQUÉ, Ludovic Esmes, Les Éditions de
L’Arlésienne, 2016, édition numérique, nouvelle, 15
pages numérique)

TRAQUÉ  raconte l’histoire extraordinaire de Thomas qui, perdu au milieu de nulle part a comme but d’atteindre la montagne, mais pour y trouver quoi? Persécuté dans ses pensées et traqué comme un criminel par une horde de sauvages munis de fourches et de torches enflammées. Thomas devra faire preuve de courage. Jusqu’où portera la folie humaine. Le lecteur, tout comme Thomas, apprendra que la fin n’est pas une solution en soi. L’histoire commence alors que Thomas se trouve près d’un village qui ne représente même pas un lieu sûr pour sa sécurité. Quelle direction prendre s’il en existe une dans ce pays dystopique. Thomas n’est pas au bout de ses peines.

ESSAI SUR LA FOLIE
*Je suis tiraillé entre l’espoir de sauter dans le vide
et peut-être m’en sortir ou alors rester et me faire
capturer  par je ne sais qui. Je suis comme écartelé
à vif sans anesthésie.*

(Extrait : TRAQUÉ)

 TRAQUÉ est une nouvelle, donc un roman très bref et pourtant d’une grande profondeur. Le récit raconte l’histoire de Thomas, un homme perturbé en ce sens qu’il semble, à première vue, atteint d’un complexe de persécution. Il se sent traqué par des centaines de personnes munies de fourches et de bâtons. Thomas n’a qu’un objectif, très précis : atteindre la montagne. Pourquoi ? Je suppose que la montagne est un symbole de sécurité. Je ne fais que supposer car dans les réponses aux questions soulevées dans ce récit, on peut autant avoir tort qu’avoir raison. En effet, il est question dans cette histoire d’un état sans définition vraiment précise : la folie.

Thomas a peur, c’est évident. Est-il fou pour autant, paranoïaque ? Moi par exemple, j’ai une peur presque obsessionnelle des araignées. Suis-je paranoïaque ? C’est facile de dire que quelqu’un est fou ou détraqué. Mais dans ce récit, la question n’est pas de savoir qu’est-ce que la folie mais plutôt qui en est atteint. C’est le petit côté génial de l’histoire et ce qui en fait toute son originalité. Le récit nous pousse à essayer de comprendre ce qui se passe dans l’esprit de Thomas et à entrer en introspection avec lui :  *Pourquoi suis-je traqué par tout ce qui bouge ? Traqué physiquement mais aussi mentalement. Des images concernant ma sœur défilent continuellement. Ces images m’accusent de ne pas l’avoir aidée et sauvée. Je l’aimais ma sœur. Je n’aimais pas ses choix de vie, mais elle oui. Il y a un lien de sang indélébile. Elle n’est plus là et pourtant elle est bien présente dans mes pensées. * (Extrait) On sent bien que l’esprit de Thomas est torturé. Mais pourquoi. Qu’est-il arrivé à sa sœur. Ça fait beaucoup de questions sans réponses mais peu importe parce que j’ai senti que le but de  cette histoire est d’alimenter une réflexion sur la folie. Ça ne règle rien et portant ça peut tout changer.

Le sujet est sensible et encore jusqu’à un certain point tabou. Il laisse à penser qu’il y a autant de définitions de la folie que de personnes. Dans ce récit, l’auteur pose beaucoup de questions qui ouvrent différentes voies dans l’esprit du lecteur. Il ne faudra pas trop se surprendre d’une finale un peu choquante qui m’a ramené à une époque où la psychiatrie balbutiait, une époque où les soi-disant grands spécialistes avait *la folie facile* et une seringue toujours prête pour ne pas parler d’autres traitements et abus que la profession d’aujourd’hui a beaucoup de mal à faire oublier. Ça met mal à l’aise et ça laisse supposer qu’au fond, on a pas régler grand-chose. Je ne peux pas préciser ce qui attend Thomas. Est-il parti pour dormir longtemps. Ce que je peux vous dire, c’est que, quelques phrases à peine dans la conclusion apportent un éclairage très intéressant sur l’ensemble du récit et la situation de Thomas.

Le roman est très bien ventilé, la plume est fluide. Si je ne tiens pas compte de l’aubergiste, il y a un personnage central, Thomas, puis ses poursuivants. Et bien sûr, il y a la blouse blanche, miss seringue en personne. Le but de Thomas est simple : atteindre la montagne. C’est l’objectif, le but ultime et la plume d’Esmes m’a comme poussé à souhaiter que Thomas l’atteigne. Elle est importante la montagne, en fait elle a une grande valeur de symbole.

J’ai trouvé ce petit roman bien écrit et qui est de nature à nourrir une intéressante réflexion. Le message qu’il transmet ou devrais-je dire la question qu’il pose est pour moi très limpide : Qui est fou en réalité. J’ai apprécié cette lecture et je la recommande sans hésiter.

Ludovic Esmes, auteur Belge, est un passionné d’écriture depuis son plus jeune âge, Sa première nouvelle LE PETIT ET LE ROBOT a été publiée sous son vrai nom aux Éditions Novelas (Belgique) le 4 juin 2015 dans le recueil de contes EN MILLE ET UN MURMURES. Ses terrains d’écriture sont la science-fiction, le polar et les nouvelles. Rêver, imaginer et voyager sont des sensations qu’il partage sans détour à travers ses écrits. Il publie en numérique et en papier. Visitez son site ici.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 8 septembre 2019

CONVERSATION AVEC UN ENFANT CURIEUX

CONVERSATIONS AVEC
UN ENFANT CURIEUX

Commentaire sur le livre de
MICHEL TREMBLAY

-Ma tante Bartine, a’ dit qu’on peut attraper
des maladies avec ces vieux livres là.
A’ veut même pas y toucher. –Ta tante
Bartine, a’l’inventerait n’importe quoi pour
pas lire.

(Extrait : CONVERSATIONS AVEC UN
ENFANT CURIEUX , Leméac/Actes sud
2016, édition de papier, 150 pages)

L’enfance de Michel Tremblay est un coffre aux trésors inépuisables. Après BONBONS ASSORTIS qui nous avait comblé de bonheur avec des récits sur Luis Mariano, le père Noël et les petits Chinois à vendre. Le dramaturge nous offre cette fois un bouquet d’instantanés avec sa mère Nana, son père, son frère, ses tantes, sa grand-maman paternelle… À l’innocence curieuse de jeune garçon se mêle un brin de mauvaise foi quand s’enchaînent les questions cocasses et sans réponse. En découlent de savoureuses conversations au ton résolument drolatique. La prodigalité de Michel Tremblay m’étonnera toujours.

                                                UN PAN D’ENFANCE
*J’T’ai déjà dit de pas jurer! Tu promets, mais tu jures pas.
Jurer, c’est juste pour les choses sérieuses…-Ben, la lecture
c’est sérieux, pis j’te jure que j’la négligerai jamais, même
si on achète une télévision!*
(Extrait : CONVERSATIONS AVEC UN ENFANT CURIEUX)

Âgé maintenant de 76 ans, L’auteur québécois Michel Tremblay nous présente un aspect bien particulier de son enfance à travers une quarantaine de ses plus savoureux dialogues avec des personnes de son environnement social : père, mère, sœur, ami, professeur… Ces dialogues mettent en perspective une particularité de Michel Tremblay qui peut être à la fois une grande qualité et un grand défaut : la curiosité. Ces dialogues m’ont rappelé un peu mes enfants alors qu’ils traversaient la phase du *pourquoi* vers 4 ou 5 ans…des puits sans fond de *pourquoi* et de *comment ça se fait* qui finissaient par *taper sur les nerfs*. Avec le recul du temps, je pense à tout ça et j’en ris. Et c’est exactement ce que Michel Tremblay nous propose : en rire.

Ces dialogues touchent toutes sortes de sujets : la religion, des livres qui ont pas d’images, les tandems du cinéma Laurel et Hardy, Abott et Costello, Jésus, le Saint Esprit et même la mortadelle. Tremblay s’intéressait à tout et plusieurs de ses questions induisaient la notion de justice. *C’est pas juste*…vous vous rappelez ? C’est sain pour les enfants de poser des questions et évidemment d’avoir des réponses mais voilà…une curiosité poussée trop loin a le don d’énerver et à ce titre, les réactions et les réparties sont souvent comiques. Il n’y a pas une page de ce petit livre qui ne m’ait arraché un large sourire ou un éclat de rire. *-Mais pourquoi y faut que les tartes ça soit des surprises pour le temps des fêtes? J’comprends pas… -Une autre affaire que tu comprends pas. Des fois je me demande si j’ai pas mis au monde un nono qui comprend rien. -En tout cas, chus pas assez nono pour pas comprendre que tu réponds pas à ma question. * (Extrait)

Comment satisfaire la curiosité insatiable d’un enfant. La réponse est simple, c’est impossible. Dans une entrevue accordée à Danielle Laurin, collaboratrice au quotidien LE DEVOIR (http://www.ledevoir.com/culture/livres/485027/rencontre-ecrire-pour-s-expliquer-le-monde) Michel Tremblay disait : *Je posais des questions non pas pour être fatigant, mais pour comprendre. J’ai toujours voulu comprendre. L’écriture, pour moi, c’est une lettre sans fin que je m’écris à moi-même pour m’expliquer le monde. * Ce qui pourrait être plus drôle encore, si c’est avéré, c’est que Tremblay mettait une mauvaise foi évidente pour en rajouter et en rajouter encore jusqu’à l’exaspération du *puits de sagesse* auquel il s’adressait.

Serait-ce cette curiosité qui a amené Michel Tremblay à devenir un des écrivains les plus importants de sa génération ? Peut-être. Elle n’a certainement pas nuit en tout cas. Quoiqu’il en soit, j’ai trouvé cette lecture savoureuse du début à la fin.

J’ai lu aussi BONBONS ASSORTIS, un petit délice réunissant des souvenirs d’enfance et des anecdotes de jeunesse de Michel Tremblay. Deux merveilleux et trop brefs moments de lecture.

(Huffington post quebec)

L’œuvre de Michel Tremblay est colossale. Plusieurs de ses pièces ont été acclamées à l’étranger et presque toutes ont été publiées en anglais. Six fois boursier du Conseil des Arts du Canada, Michel Tremblay a reçu une vingtaine de prix et de distinctions dont l’Ordre des arts et des lettres de France, le prix du Québec (Athanase-David), le grand prix littéraire du Salon du livre de Montréal pour Le premier quartier de la lune en 1990 et le prix Victor-Morin de la Société Saint-Jean-Baptiste. Dans la littérature québécoise, son œuvre se caractérise par son originalité et son audace. Premier auteur à utiliser le « joual » dans ses écrits, Michel Tremblay a choqué l’establishment de l’époque. Il traite surtout des difficultés des milieux populaires francophones de Montréal depuis 1940, et ce, avec tendresse et humour. (source : edimage.ca)

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 7 septembre 2019