LA LIGNÉE, de GUILLERMO DEL TORO et CHUCK HOGAN

*Ou bien une créature qui avait été Czardu. La peau
ratatinée, assombrie, assortie aux plis multiples de
son ample robe. Une ressemblance frappante avec
une tache d’encre mouvante. Cet être se déplaçait
sans effort apparent tel un spectre immatériel…Les
ongles de ses orteils, pareils à des serres d’oiseaux
de proie, grattaient légèrement le plancher.*
(Extrait : LA LIGNÉE, Guillermo Del Toro, Chuck Hogan,
Presses de la Cité 2009, édition de papier, 450 pages.)

Un avion en perdition finit par atterrir à New-York. Ce que les secouristes découvrent dépasse leur entendement. Après eux, une équipe d’épidémiologistes découvrent avec horreur que tous les passagers sont morts sauf quatre d’entre eux. Les victimes sont mortes paisiblement, du moins en apparence. Le même soir, parallèlement à cette stupéfiante découverte, 200 cadavres disparaissent des morgues de New-York. Ephraïm et son équipe d’épidémiologistes comprennent rapidement qu’une menace sans précédent plane sur toute l’agglomération New-Yorkaise et ses 20 millions d’habitants et pire, ça risque de s’étendre à toute la planète. Est-ce un attentat au gaz? Une bactérie foudroyante? Comment les choses peuvent peuvent-elles en arriver là? Ce que personne ne sait encore c’est que les vampires sont là, tapis dans l’ombre…

LA MYTHOLOGIE VAMPIRIQUE REDÉFINIE
*«Je pensais que les vampires ne buvaient que le sang
des vierges…Qu’ils hypnotisaient leur proie, qu’ils se
transformaient en chauve-souris.»…«On a beaucoup
brodé autour de leur existence. La vérité est plus…
comment dire… ?*
(Extrait : LA LIGNÉE)

Ce livre est un coup de cœur pour moi. Le thème des vampires est au cœur de l’histoire. Si LA LIGNÉE est une variation d’un thème surdéveloppé, il faut savoir que la variation est importante. En fait, LA LIGNÉE c’est Bram Stoker* revisité, modernisé, dépoussiéré mais dans le respect de l’idée de base : *Bram Stoker a popularisé la croyance selon laquelle le vampire pouvait se transformer en créature nocturne tels le loup ou a chauve-souris. C’est une idée fausse qui repose quand même sur un fond de vérité.* (Extrait)

Ici, les auteurs vont au-delà du Dracula classique et aussi au-delà du vampirisme moderne que nous sert la télévision. Ce qui fait que j’ai trouvé le livre original. Je vous laisse découvrir les différences que proposent Del Toro et Hogan. Je crois que vous ne serez pas déçu.

Cela dit, l’histoire est imprégnée de mystère dès le début : un avion atterrit avec 200 passagers morts, plus tard, 200 cadavres disparaissent de différentes morgues. Un expert médico-légal a le temps de faire une autopsie et fait une découverte à la fois extraordinaire et terrifiante : *Il se passait quelque chose d’extraordinaire. On aurait dit que les lois immuables de la mort et de la décomposition devenaient obsolètes sous ses yeux, là, dans cette salle d’autopsie* (Extrait)

Rien ne laisse supposer qu’il s’agit de vampires à ce stade. Les auteurs prennent bien leur temps pour confirmer cette notion jusqu’à ce qu’on constate qu’ils se multiplient de façon exponentielle : *Ces vampires -car c’est bien de cela qu’il s’agit-, sont des virus incarnés et ils vont se répandre dans toute la ville jusqu’à ce qu’ils nous aient tous exterminés.* (extrait)

Dès le départ, les auteurs m’ont entraîné dans une atmosphère d’intrigue, de mystère, de questionnement, le tout, s’en allant grandissant au fil des pages. Je n’ai compris que vers le milieu du livre que les auteurs m’entrainaient dans une logique de transformation du mythe des vampires. Rien à voir avec les vampires qui mordent le cou de leur victime, rien à voir avec Twilight. Je vous laisse découvrir les différences et comment Ephraïm pourrait éviter l’anéantissement de l’humanité étant donnée la vitesse avec laquelle se propage ce *virus incarné*.

J’ai trouvé ça novateur, audacieux, original avec quelques éléments qui m’ont atteint particulièrement comme le rôle que joue le site du World Trade Center dans cette histoire. La destruction des tours donne un lien intéressant et respectueux aussi avec la destruction possible de l’humanité dans cette histoire.

L’histoire est très bien construite et amène très graduellement le lecteur dans l’horreur, le chaos, la désolation. Il y a beaucoup d’action. C’est un thriller haletant. Je ne vous cacherai pas toutefois que j’ai trouvé la finale un peu bâclée. Les points forts du livre compensent largement cette faiblesse. Je vous recommande donc ce livre : LA LIGNÉE, premier tome de la trilogie du même nom…une série dite *vampirique*.

Guillermo del Toro est un réalisateur, scénariste, romancier et producteur de cinéma mexicain né le 9 octobre 1964 à Guadalajara, dans l’État de Jalisco. C’est aussi un spécialiste des effets spéciaux. Pendant plus de 10 ans, il a œuvré, dans son entreprise : Necropia à la création de nombreux effets spéciaux pour des productions mexicaines. Son imagination débordante s’est étendu au domaine littéraire avec quatre romans, trois coécrits avec Chuck Hogan et le quatrième avec Daniel Kraus. Il cumul de nombreux prix, mais essentiellement dans le monde du cinéma.

Chuck Hogan est un écrivain et scénariste américain né en 1969 à Canton dans le Massachusetts. Il est spécialisé dans la littérature policière, d’horreur et de science-fiction.  Son fameux roman LE PRINCE DES BRAQUEURS publié en 2004 lui a valu le PRIX HAMMETT. Sa notoriété s’accroit d’un cran alors qu’l s’associe au réalisateur-scénariste mexicain Guillermo Del Toro pour l’écriture d’une trilogie sur la violence amorcée avec LA LIGNÉE en 2009.  LA CHUTE et LA NUIT ÉTERNELLE complètent la série. Je note enfin que LE PRINCE DES BRAQUEURS a été adapté au cinéma par Ben Affleck en 2010 sous le titre THE TOWN.

La suite…

Abraham Stoker (1847-1912) est un écrivain britannique d’origine irlandaise, auteur de nombreux romans et créateur de DRACULA publié en 1897 et qui lui a valu la célébrité. Toute son œuvre est imprégnée du style néogothique qui n’est pas sans rappeler certaines œuvres devenues classiques comme par exemple FRANKESTEIN de Mary Shelly.  DRACULA, les vampires ne tarderont pas à envahir la littérature et le cinéma.

Christopher Lee.
Le plus célèbre DRACULA
du septième art

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 27 janvier 2019

L’EMPIRE DU SCORPION, de SYLVAIN MEUNIER

*Une fois qu’elles furent bien installées, Dorothy lui
demanda d’être assez aimable de la laisser parler
sans l’interrompre et de ne pas lui poser de questions.
Le récit qu’elle s’apprêtait à faire était en elle depuis
longtemps. <Je suis consciente que la chose sera
impossible, Emma, mais l’idéal serait que vous oubliiez
ce que je m’apprête à vous raconter.>*
(Extrait : L’EMPIRE DU SCORPION, Sylvain Meunier, Guy
Saint-Jean Éditeur, 2014, édition de papier, 485 pages)

Percival Imbert accompagne sa femme au Centre commercial de son quartier. Sur place il la laisse aller et s’installe sur un banc. Après un certain temps il commence à s’inquiéter. Qu’est-ce qu’elle fait? Paniqué, il fait lancer un appel. Pas de réponse. Marie Doucet a disparu. Enlèvement? Meurtre? Aucune possibilité n’est écartée, y compris la participation d’un être obscur, ignoble, régnant dans les hautes sphères de la politique canadienne, à l’abri de sa fortune colossale qui magouille, fait chanter en toute impunité et signe des crimes sordides. L’enquête  amènera l’inspectrice Jacinthe Lemay  plus loin qu’elle pensait.

INTRODUCTION À LA POLITIQUE-FICTION
*«Pauvre vieille ordure…Si puissant, si brillant et
tellement aveugle…Vous n’avez rien compris,
Père, rien vu. J’aurais pu passer outre l’horreur
du viol. C’était la première fois que vous vous
intéressiez à moi, après tout…ce qui a rendu
toute forme de pardon impossible, c’est qu’après,
je n’ai pas pu vous garder pour moi, pour moi
toute seule.
(Extrait : L’EMPIRE DU SCORPION)

On aurait pu intituler ce livre LA MYSTÉRIEUSE FEMME DU MYSTÉRIEUX PERCIVAL IMBERT. Je m’explique. Lors d’un magasinage de Noël dans un centre commercial, Percival Imbert perd de vue sa femme Marie Doucet. Il ne la reverra plus. L’enquête est confiée à Jacinthe Lemay qui se lancera dans une investigation extrêmement complexe. Jacinthe apprendra beaucoup de choses très troublantes.

Jacinthe en viendra à se demander si Marie Doucet existe réellement. En fait, elle ne trouve aucune trace de son existence. Elle doit fouiller encore plus loin, cette fois au risque de sa vie car elle commence à en savoir un peu trop, entre autres que le nom de Marie Doucet est associé à d’obscures manœuvres politiques à l’époque où le Parti québécois annonce la tenue d’un référendum.

Il semble que Marie Doucet travaille pour un obscur organisme gouvernemental qui ne reconnait pas son existence. Jacinthe apprendra aussi que les principaux personnages dont elle-même auraient d’étranges liens de parenté. Il semble aussi que Percival Imbert doit combattre un monstre qui est en lui.

Les questions vont se bousculer dans l’esprit du lecteur : qui est Percival Imbert, ce personnage introverti qui parle toujours de lui à la troisième personne du singulier ? Le monstre qui l’habite serait-il en fait le syndrome de la double personnalité?  A-t-il inventé Marie Doucet? (Même dans sa propre maison, tout ce qui aurait un rapport avec Marie Doucet a été complètement occulté) Sinon que lui est-il arrivé? Meurtre, enlèvement ?

Je ne veux pas aller trop loin, mais je peux vous dire que Jacinthe Lemay fera des découvertes pour le moins surprenantes. Ce qui était au départ une simple disparition devient une saga d’espionnage, une obscure et surprenante histoire de famille, une guerre de pouvoir, le tout dans un contexte politique explosif, celui du Québec des années 80.

J’ai beaucoup aimé ce livre, en particulier à cause de cette capacité de l’auteur de maintenir une aura de mystère autour des trois principaux personnages et ce jusqu’à la fin de l’histoire. De pages en pages, le lecteur se questionne, s’interroge, s’accroche. Ce que j’ai trouvé banal au départ est devenu captivant puis addictif.

C’est un récit très spécial par la qualité de son développement, le magnétisme de ses personnages et la plume de Sylvain Meunier que j’ai trouvé très forte en intrigue, en précision et en subtilité. Je mentionne aussi que le récit est très fluide et sa finale est surprenante. Et l’ensemble n’est pas dénué d’humour : *« … à l’impossible, nul n’est tenu, et au possible non plus, si le nul en question travaille au gouvernement ! »*
(Extrait)

Si je peux me permettre de rapporter une petite faiblesse, dans le récit, il n’y a pas vraiment de temps morts, mais il y a beaucoup de personnages secondaires dont plusieurs font des apparitions plutôt aléatoires. Ça devient mêlant un peu, j’ai dû revenir en arrière dans ma lecture pour replacer certains personnages dans leur contexte. Mais ça n’a rien de rebutant. Il suffit de se concentrer, dans un endroit calme et de se fier au fil conducteur de l’histoire qui ne souffre d’aucune déviation.

Un bon livre…d’autant que ça se passe au Québec et que je me suis reconnu dans son environnement géographique et politique. En terminant, je vous laisse sur un autre petit mystère : Le titre. Pourquoi L’EMPIRE DU SCORPION comme titre : le mot empire pourrait évoquer le pouvoir, le mot scorpion pourrait évoquer le venin. Venin et pouvoir vont bien ensemble je pense. C’est à vous cher ami lecteur de résoudre le mystère. Un petit indice peut-être ? Le mot scorpion est intimement lié au mystérieux Percival Imbert.

On ne s’en sort pas…il faut se rendre au bout…et c’est un plaisir.

Sylvain Meunier est né en 1949, à Lachine (Québec). Il obtient un baccalauréat en Études françaises avec une spécialité en éducation à l’Université de Montréal. Retraité de l’enseignement depuis 2006, il a été professeur dans plusieurs écoles de Montréal, en français et en anglais, puis en adaptation scolaire. Il a surtout écrit pour les jeunes, à LA COURTE ÉCHELLE des contes pour les tout-petits, la série GERMAIN pour les  jeunes lecteurs. En 2001, Sylvain  Meunier publie pour les adolescents L’ARCHE DU MILLÉNAIRE. Il récidivera en 2007 avec PIERCINGS SANGLANTS. Trois fois finaliste au Prix du Gouverneur Général du Canada, Sylvain Meunier remportera le prix Création en littérature du premier Gala de la Culture de la ville de Longueuil pour la série RAMICOT BOURCICO.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 20 janvier 2019

SEUL SUR MARS, le livre d’ANDY WEIR

*Mon champ est mort. En l’absence de pression
atmosphérique, la majeure partie de mon eau
s’est évaporée. Et puis, la température est
largement inférieure à zéro. Rien, pas même
les bactéries contenues dans mon sol ne peut
survivre à pareille catastrophe.*
(extrait : SEUL SUR MARS, Andy Weir, Bragelonne,
2014, édition numérique, 822 pages)

Une équipe en mission sur la planète Mars doit faire face à une effroyable tempête qui l’ oblige à quitter la planète rouge. La tempête isole Mark qui se retrouve seul, coupé de toute communication avec la terre. Laissé pour mort par son équipe, Mark affronte une à une les difficultés, même celles qui lui semble insurmontables. En principe Mark dispose d’une réserve de 400 jours. Bien sûr, à 400 millions de kilomètres de là,  les scientifiques de la terre finissent par s’apercevoir que Mark est vivant, mais auront-ils le temps de le récupérer avant l’épuisement de ses réserves? Entre temps, Mark devra faire face à tous les dangers dont les monstrueuses tempêtes de sable qui grugent la planète.

549 JOURS DANS LE SABLE ROUGE
*J’ai commencé la journée avec un «thé à rien».
Le thé à rien est très facile à préparer.
D’abord, prenez un peu d’eau chaude, puis…
et puis c’est prêt.*
(Extrait : SEUL SUR MARS)

Seul sur mars est ce qu’on pourrait appeler un thriller survivaliste : un homme, Mark Watney, laissé pour mort par ses camarades suite à une violente tempête sur la planète mars doit survivre 18 mois avant d’être récupéré dans une dramatique tentative de sauvetage.

Tout le récit repose sur l’intelligence, l’ingéniosité, l’astuce, la débrouillardise et le savoir-faire de Watney qui vient prouver ici la véracité du vieil adage : Aide-toi et le ciel t’aidera. Pour chaque problème, et ce ne sont pas les problèmes qui manquent, Mark finit toujours par trouver la solution appropriée. Le fil conducteur du récit se résume en un mot : SURVIVRE.

Bien-sûr, le roman est hautement scientifique, mais Weir a fait de très beaux efforts pour vulgariser le langage scientifique et le rendre accessible. Je ne me suis donc pas senti trop perdu.

Ce qui m’a le plus frappé dans ce récit, c’est l’humour du héros…un humour omniprésent. Étant dépourvue de champ magnétique, Mars ne dispose d’aucune protection contre les radiations solaires. *Si j’y étais exposé, j’aurais tellement le cancer que mon cancer lui-même aurait le cancer*. (Extrait) Disons que la lecture de ce livre m’a arraché rires et sourires. Mais je suis porté à croire que cet humour a fait perdre beaucoup de force aux éléments susceptibles de soutenir la tension dramatique de l’histoire.

Weir a créé un héros sans peur donc je n’ai pas eu peur pour lui…à une ou deux exceptions près. Pour moi c’est une faiblesse, mais elle est compensée par l’action qui se déroule sur terre où les agences comme la NASA sont en mode panique. Ça rétablit un certain équilibre.

Plusieurs critiques littéraires ont comparé SEUL SUR MARS à APPOLO 13 jugeant l’ouvrage de WEIR supérieur. Je ne ferais pas une telle comparaison. Je dirai que SEUL SUR MARS est différent. Le sauvetage de Mark fait l’objet d’une certaine coopération internationale, tandis que dans APPOLO 13 nous avons en présence deux belligérants : les bons américains et les méchants russes. La tension dramatique est plus palpable dans APPOLO 13 et dans SEUL SUR MARS un très grand potentiel imaginatif vient soutenir le contexte scientifique. Les deux récits sont haletants et emportent le lecteur.

Pour ce qui est de l’éternelle question : qu’est-ce que je fais en premier? Lire le livre ou voir le film. Dans ce cas-ci, je n’ai pas hésité une secondes. J’ai lu le livre d’abord et j’ai apprécié l’adaptation après.

Donc pour résumer, j’ai beaucoup aimé SEUL SUR MARS. C’est un récit haletant, très réaliste, crédible sur le plan scientifique, avec un fil conducteur solide. Le héros Mark Watney est comparable au héros de la télésérie des années 80 MACGYVER qui racontait les péripéties d’Angus MacGyver, un aventurier dont la capacité la plus brillante était de combiner l’utilisation des objets courants du quotidien de façon ingénieuse à l’application pratique des sciences naturelles et de l’ingénierie.

L’imagination de Mark combinée à son humour et à son moral toujours maintenu à un haut niveau fait de lui un personnage attachant. Pour un sujet qui est loin d’être nouveau, Andy Weir nous a vraiment pondu un thriller de grande classe.

SEUL SUR MARS AU CINÉMALe livre d’Andy Weir a été adapté au cinéma par le réalisateur Ridley Scott, d’après le scénario de Drew Goddard. Il est sorti en décembre 2015. La prestation de Matt Damon est remarquable.

Andy Weir est un romancier américain né à Davis en Californie le 16 juin 1972. SEUL SUR MARS a été son premier grand défi L’ouvrage a nécessité d’imposantes recherches scientifiques car Weir le voulait le plus exact et le plus crédible possible. Le roman a fait l’objet d’une critique plutôt élogieuse, le wall street journal le qualifiant de meilleur livre de pure science-fiction depuis des années. Au moment où j’écris ces lignes, Weir travaille à un deuxième roman, de science-fiction également, mais plus traditionnel. Titre probable : ZHEK. À suivre.

BONNE LECTURE
Le dimanche 13 janvier 2019
Claude Lambert

PETITES MALICES ET GROSSES BÊTISES

Commentaire sur le livre d’un collectif
de l’Association des Écrivains Québécois
pour la Jeunesse

*Ils les découvrirent à l’étage dans la salle de bain :
Sophie, assise sur un banc, un drap sur les épaules
et de la mousse à barbe plein la tête; Étienne, le
rasoir de son père à la main, tout occupé à faire
disparaître les cheveux de sa sœur.*
(Extrait de la nouvelle de Hélène Grégoire, C’EST LA FAUTE
AU PETIT, du recueil PETITES MALICES ET GROSSES BÊTISES,
Éditions Pierre Tisseyre, 2001, édition de papier, 160 pages.
Littérature jeunesse québécoise)

PETITES MALICES ET GROSSES BÊTISES est un recueil de nouvelles écrites et publiées bénévolement par des membres de l’Association des Écrivains Québécois pour la Jeunesse, les droits d’auteur servant à financer le PRIX CÉCILE GAGNON. Dans ce recueil qui est le cinquième de la série, vous pourrez faire la connaissance de personnages drôles et sympathiques. Vous pourriez être surpris par les fanfaronnades scolaires de ces petits tannants dont les frasques ont pris avec le temps, valeur de légende. Vous l’avez compris, le recueil est développé sous le thème des mauvais coups et à ce sujet nos auteurs ne manquent pas d’imagination. Voyez, au bas de cet article, la liste des auteurs et les titres publiés. Entre temps, encouragez la relève québécoise des jeunes écrivains en vous procurant un des recueils de l’A.E.Q.J.

DE MAUVAIS COUP EN NOUVELLE !
*Dans quelques années, je serais riche, me disais-je
innocemment. J’allais pouvoir acheter tous les
magasins de jouets et de bonbons de la planète.
Après quelques deux ans passés à économiser,
j’avais déjà amassé deux dollars et quarante-
cinq sous. Mon projet allait donc bon train.
(Extrait : ENTRE LA MÉMOIRE ET L’IMAGINAIRE de
Sophie-Luce Morin, du recueil PETITES MALICES ET
GROSSES BÊTISES.)

Ça fait plusieurs fois que j’entends parler de l’Association des Écrivains Québécois pour la Jeunesse et de son initiative pour encourager et motiver la jeune relève de la littérature québécoise. J’ai donc décidé de faire une petite recherche là-dessus car tout ce qui peut stimuler la plume québécoise m’intéresse.

C’est ainsi que chaque année, plusieurs auteurs de l’Association des Écrivains Québécois pour la Jeunesse (AEQJ) collaborent gracieusement à l’écriture d’un recueil collectif de nouvelles à l’intention des jeunes. Les droits perçus par la vente de ces ouvrages financent le PRIX CÉCILE GAGNON attribué par l’Association à un auteur ou une auteure de la relève.

J’ai donc lu cette semaine un de ces recueils et exploré la Collection Conquêtes de l’éditeur Pierre Tissseyre dans laquelle ils sont insérés. Plus précisément, j’ai lu PETITES MALICES ET GROSSES BÊTISES, un recueil de 11 nouvelles sous le thème des mauvais coups. Un collectif très sympa qui va plaire j’en suis sûr aux jeunes lecteurs de 12 à 14 ans et je peux dire aussi que le adultes ne seront pas indifférents à ces nouvelles étant donné le thème développé : LES MAUVAIS COUPS. Moi en tout cas, ça m’a rappelé un bout d’enfance.

J’ai trouvé dans ces petits textes du vécu, de la fraîcheur, de la candeur et beaucoup d’humour : *Audrey Tanguay! Elle me fait les yeux doux depuis la troisième année. Ah! Qu’elle m’énerve! Elle me regarde toujours avec ce petit sourire insignifiant, comme si elle n’était pas intelligente, alors que je sais très bien que c’est une des filles les plus brillantes de la classe. Pourquoi y a-t-il tant de filles qui pensent que les garçons aiment les cruches?* (Extrait de la nouvelle de Yanick Comeau POUR L’AMOUR DE VIRGINIE, du recueil de l’AEQJ PETITES MALICES ET GROSSES BÊTISES). Ça vous donne je pense, un bon aperçu de l’atmosphère du recueil.

Même si j’ai aimé toutes les nouvelles, j’ai quand même ma préférée : LE GANG DES FOULARDS BLEUS de Michel Lavoie. À l’école qu’elle fréquente, Élise est fascinée par LA GANG DES FOULARDS BLEUS, une espèce de petite société secrète dont elle ne sait rien bien sûr mais à laquelle elle tente d’être initiée.

Les adultes se rappelleront sans doute leur adolescence à l’école alors qu’ils faisaient partie, ou tentaient de faire partie d’un groupe secret ou un petit club fermé…pour les jeunes lecteurs, ce sera une découverte. En tout cas, dans la nouvelle de Michel Lavoie, tout le monde pourra vérifier la portée du proverbe TEL EST PRIS QUI CROYAIT PRENDRE.

Je vous invite donc à découvrir ce bon petit recueil. En achetant les recueils de l’AEQJ, vous parrainez une très bonne cause. Vous encouragez les jeunes écrivains de la relève québécoise et croyez-moi, il y a du talent là-dedans et plein de promesses pour la pérennité de la littérature québécoise.

En même temps, pourquoi ne pas parcourir la très belle collection CONQUÊTE des Éditions Pierre Tisseyre qui réunit une brochette d’auteurs qui ont enchanté et enchantent toujours la jeunesse francophone tels Robert Soulière, Denis Côté, Cécile Gagnon, Yves Beauchesne et David Schinkel, Louis Émond et plusieurs autres.

La littérature québécoise n’a pas fini de me surprendre…

         
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10

1)      Francine Allard…MOLIÈRE ET LES ÉPINGLES À LINGE
2)     
Jean Béland…MOI, JE SUIVAIS…
3)     
Yanik Comeau…POUR L’AMOUR DE VIRGINIE
4)     
Cécile Gagnon…CINQ POULES AU DORTOIR
5)     
Diane Groulx…LE VAMPIRE
6)     
Michel Lavoie…LE GANG DES FOULARDS BLEUS
7)     
Sophie-Luce Morin…ENTRE LA MÉMOIRE ET L’IMAGINAIRE
8)     
Josée Ouimet…LES MÉMOIRES D’UN «GADOUSIER»
9)     
Stéphanie Paquin…1914
10) 
Louise-Michèle Sauriol…LES «FOUFOUNES» BLANCHES
N’apparaît pas sur les photos : Hélène Grégoire…C’EST LA FAUTE AU PETIT

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le samedi 12 JANVIER 2019

 

PASSAGE, le livre de CONNIE WILLIS

*…Il souhaitait l’informer des détails sidérants que Mme Davenport s’était remémorée. «Ils sont si précis et authentiques que vous ne pourrez plus contester la réalité des EMI.» -Ce qu’on voit n’est pas réel.- Rétorqua-t-elle. Même s’il a raison de
parler de précision et d’authenticité. *
(Extrait : PASSAGE, Connie Willis, t.f. Éditions J’ai Lu, 2001, édition numérique, 740 pages)

PASSAGE est un roman de science-fiction qui raconte l’histoire de Joanna Lander. Cette psychologue, fascinée par la mort, s’est spécialisée dans les EMI, les expériences de mort imminente. Pour comprendre les mécanismes de la mort et du passage dans une autre vie, elle collige des témoignages qui s’avèrent malheureusement peu fiables. Ses recherches demeurent stagnantes jusqu’à ce qu’un neurologue, le docteur Richard Wright lui propose de travailler sur des EMI provoquées artificiellement par l’injection d’une drogue psychoactive. Joanna accepte la proposition de Richard sans toutefois se douter que cette technique pourrait bouleverser complètement toutes les théories scientifiques sur les EMI et sur la mort elle-même. Pour Joanna, il devient impérieux de prouver la survie de l’esprit à l’enveloppe charnelle, mais les motivations ne sont pas les mêmes pour tous…

LES CHEMINS DE LA LUMIÈRE
*-C’est un S.O.S.- Ils ne le capteront jamais,
se répéta-t-elle. Mais elle resta assise dans
le noir, cernée d’étoiles, pour serrer le
petit chien contre elle et diffuser des
signaux d’amour, de compassion et
d’espoir. Les messages des trépassés.*
(Extrait : PASSAGE)

La mort, l’au-delà, la vie après la mort et les expériences de mort imminente sont des thèmes qui prolifèrent en littérature mais surtout sous forme de témoignages ou de documentaires, rarement sous forme de roman. Dans PASSAGE, Connie Willis a relevé le défi en se concentrant sur les expériences de mort imminente : Les E.M.I.

Évidemment, quand on parle d’E.M.I. on pense presque automatiquement au docteur Raymond Moody qui a fait un tabac avec son livre LA VIE APRÈS LA VIE. Peut-on comparer avec PASSAGE? Disons que les deux auteurs développent une théorie complètement opposée : Moody attribue à l’E.M.I une dimension essentiellement spirituelle répondant à des critères précis, les principaux étant la décorporation, la sensation d’être enveloppé de bien-être et d’amour, le tunnel avec au bout l’ange de lumière et le récapitulatif de la vie.

Dans PASSAGE, la théorie développée par Connie Willis est essentiellement scientifique, l’ E.M.I. étant considérée comme un soubresaut hallucinatoire du cerveau mourant, une réaction chimique et même comme une ultime tentative pour se raccrocher à la réalité de la vie.

Voilà qui ne fait pas l’affaire des mystiques car la disparition des synapses cérébrales une par une implique une finalité de la vie, un passage vers la non-existence. Ça s’arrête là. *Il est logique de supposer qu’une scientifique considère ces choses sous un jour différent, qu’elle les dépouille de leurs connotations mystiques* (Extrait)

Dans PASSAGE, les deux théories s’opposent. Nous avons en présence Maurice Mandraque, auteur à succès, être borné, farouche partisan du tunnel de lumière et dont les convictions se rapprochent beaucoup de celles de Raymond Moody. L’auteure n’est pas tendre avec son personnage et lui attribue la fâcheuse tendance à influencer les ÉMISTES dans leur témoignage.

Puis, il y a les défenseurs de la théorie scientifique, Joanna Lander et Richard Write qui tentent de comprendre les mécanismes de la mort pour éventuellement sauver des vies. Pour eux, la mort est une finalité, l’âme n’entrant pas en ligne de compte puisqu’elle n’est pas scientifiquement prouvée et encore moins manipulable.

Pour illustrer les étapes de la mort cérébrale, expliquer un retour possible à la vie et mettre en perspective le caractère hallucinatoire de l’É.M.I, l’auteure a imaginé une énigme qui trouverait sa réponse à bord du Titanic peu avant son naufrage et prend l’allure d’une véritable course contre la montre. Le Titanic prend ici valeur de symbole de la finalité de la mort. Ce n’est pas simple à suivre, mais l’idée était tout de même excellente.

PASSAGE touche une corde sensible, développe un sujet controversé et on ne peut pas vraiment dire qu’il apporte une bonne nouvelle aux êtres humains mystifiés par la mort depuis l’aube des temps. L’histoire est intéressante et comporte beaucoup d’action, même haletante par moment. Mais le livre est victime de sa complexité. Les longues explications scientifiques sont nombreuses et lourdes.

Dans l’ensemble, le livre comporte beaucoup de longueurs. Mais la plume de Willis, brillante, pousse le lecteur à aller toujours plus loin pour comprendre où les acteurs veulent en venir. C’est réussi je crois, même si la finale m’a laissé un petit arrière-goût d’inachevé.

C’est un livre à lire avec patience et un esprit ouvert. Il faut se rappeler que c’est un roman de science-fiction. Willis a évité le piège du mélodrame tout en maintenant une forte intensité dramatique. Elle ne prétend pas détenir la vérité mais développe une théorie originale qui pousse à une profonde réflexion et un questionnement qui n’aura peut-être jamais sa réponse : peut-on lier la logique, la raison, la science et la survie de l’esprit? Un bon livre finalement.

Connie Willis, de son vrai nom Constance Elaine Trimmer Willis est une romancière américaine spécialisée dans la science-fiction, née à Denver, Colorado, le 31 décembre 1945. Elle a rapidement gagné en célébrité dès l’apparition de ses premières nouvelles dans les années 80. Comme c’est le cas avec PASSAGE, la plupart de ses livres abordent des thèmes difficiles ou sensibles. Son œuvre est chargée d’une impressionnante quantité de prix et distinctions. PASSAGE par exemple, a décroché le PRIX LOCUS du meilleur roman de science-fiction en 2002. Ses œuvres majeures sont  LE GRAND LIVRE (1994) et SANS PARLER DU CHIEN (2000). REMAKE (1997) est aussi très intéressant. C’est l’anticipation d’un proche avenir où le cinéma n’existerait plus.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 6 janvier 2019