MOBY DICK

MOBY DICK

Commentaire sur le livre d’
HERMAN MELVILLE

*Les terriens ont une idée en vérité fort
imprécise de la taille énorme de la
baleine et de son énorme puissance, et
lorsqu’il m’est arrivé de leur fournir des
exemples formels de cette double énormité,
je fus, de manière significative, félicité
pour ma bonne plaisanterie…*
(Extrait : MOBY DICK, Herman Melville, classique
ebook, édition originale, 1851, rééd. En numérique
2015, libre de droit, 700 pages)

MOBY DICK est le récit d’Ismaël, homme solitaire et de son expérience à bord du PEQUOD, un baleinier commandé par le capitaine Achab, homme têtu et tyrannique qui, jadis, s’est fait arracher une jambe par MOBY DICK, un gigantesque cachalot blanc. Depuis, il ne pense qu’à se venger en le tuant et il n’hésite pas à entraîner ses matelots dans  dans un pénible voyage autour du monde à la poursuite de la monstrueuse baleine particulièrement belliqueuse et féroce. Ce classique de Melville, adapté plusieurs fois à la télévision et au cinéma, et même en BD est considéré comme un des dix plus grands romans de l’histoire de la littérature.

LA MYTHOLOGIQUE TERREUR BLANCHE DES MERS
*Mais vous n’avez pas pu la harponner?
-Je n’ai pas eu envie d’essayer! Un membre,
n’est-ce pas suffisant? Que deviendrais-je
sans cet autre bras? Et je croirais volontiers
que Moby Dick avale plutôt qu’il ne mord.*

Comme je l’ai déjà mentionné sur ce site, j’aime à l’occasion partir à la découverte d’un classique. Ayant déjà beaucoup entendu parler de Moby Dick et ayant vu les adaptations à l’écran, j’ai donc opté pour le classique de Herman Melville : MOBY DICK. Je m’attendais à une longue et colossale bataille épique entre MOBY DICK, un énorme et monstrueux cachalot blanc, futé et agressif et le capitaine Achab, vieux loup de mer endurci qui a perdu une jambe jadis broyée par Moby Dick. Depuis, sa seule raison de vivre est la vengeance.

J’ai été déçu. Le livre de Melville est un long pavé de 700 pages et la colossale bataille n’occupe qu’une trentaine de pages à la fin du volume. Le récit d’Ismael le matelot me rappelle plutôt une encyclopédie de la cétologie à ses premiers balbutiements. Tout y passe : les espèces de baleine, leur classement, leur anatomie, leurs différents comportements, les produits qu’on en tire, l’art de la chasse à la baleine, les rôles de chacun dans une baleinière, les mythes et folklore entourant la baleine y compris l’odyssée de Jonas, avalé par une baleine et recraché par la suite, et je pourrais continuer…la liste est longue…le tout écrit avec les informations dont on disposait à l’époque, milieu du 19e siècle, c’est-à-dire peu de choses.

Donc les informations qu’on y trouve sont soit inexactes ou dépassées. On précise même que la baleine est un –poisson-souffleur- et on l’appelle LÉVIATHAN en référence au célèbre monstre marin de la mythologie. Je crois que si ce qui vous intéresse est la confrontation entre MOBY DICK et Achab, je vous dirais : voyez le film tout simplement. En particulier la version réalisée en 1956 par John Huston et dans laquelle Gregory Peck campe à merveille le vieil Achab.

Pour en revenir au livre, j’aimerais préciser qu’il n’a pas que des défauts. En fait, le récit est empreint de philosophie. Outre le fait qu’en haut de la pyramide, on retrouve l’éternelle lutte du bien contre le mal, Melville enrichit son récit de nombreux éléments encore très actuels et qui sont de nature à nous faire réfléchir : il y a les mythes et la religion bien sûr, mais au-delà de l’histoire, l’auteur aborde des thèmes qui nourrissent la réflexion de l’ensemble de la Société encore de nos jours : l’écologie, l’amitié, la solidarité et autres valeurs humaines et la folie qui semble habiter le vieil Achab qui devient ici un personnage symbolique. Le récit a donc une grande valeur symbolique à savoir que le drame qui s’y joue est un peu le lot quotidien de l’humanité. Ce côté un peu prophétique m’a plu.

Ce livre, truffé de symboles, de paraboles et d’images prêche l’harmonie. L’écriture de Melville est puissante et complexe. Les phrases sont très longues et le langage confine parfois à la poésie. Je signale aussi que dans l’édition que j’ai lue, il n’y a pas de glossaire et je me suis senti un peu perdu dans le langage maritime. Donc, l’ensemble est un peu difficile à lire et demande de la concentration mais j’ai trouvé le défi intéressant et j’ai beaucoup appris.

Herman Melville (1819-1891) est un écrivain américain né à New-York le 1er août 1819. Avant d’écrire, il a exercé plusieurs métiers : comptable, instituteur, arpenteur, matelot, baleinier. Comme écrivain, il prend son envol en 1845 en publiant son premier récit d’un séjour aux Marquises. Il atteint la notoriété en 1851 alors qu’il publie MOBY DICK qui deviendra un des grands classiques de la littérature à l’échelle de la planète, encore lu de nos jours et plusieurs fois adapté au cinéma et pour la télévision. En 1864, il publie un ouvrage de poésie. En 1866, Melville exerce son dernier métier : inspecteur des douanes. Très affaibli par une violente crise d’épilepsie, maladie mal connue à l’époque, Herman Melville meurt des suites d’une attaque cardiaque en 1890 à son domicile de New-York.

MOBY DICK AU CINÉMA

Il y a eu plusieurs adaptations de MOBY DICK au cinéma et à la télévision…plus d’une douzaine…adaptation de l’œuvre ou inspiration.

La plus célèbre adaptation au cinéma remonte à 1956 :


Sortie le 4 novembre 1956, cette version a été réalisée par John Huston et réunit une impressionnante distribution : Gregory Peck, Richard Basehart (qui incarne l’amiral Nelson dans la série VOYAGE AU FOND DES MERS), Leo Genn, Harry Andrews et Orson Wells. Le budget de la production était aussi impressionnant pour l’époque : 4,500,000.00$ avec près de 2 millions d’entrée en salle. Le DVD du film est sorti en août 2006.

 

Cette version est une coproduction américaine, britannique et australienne  de Francis Ford-Coppola, réalisée pour la télévision en 1998 par Franc Roddam. Elle réunit également une intéressante distribution, Patrick Stewart en tête : Dominic Purcell, Henry Thomas, Ted Levine, et un héros de la production de 1956 : Gregory Peck qui incarne ici le Père Mapple. Cette version a reçu un prix et une nomination.

 

Je citerai enfin la version réalisée en 2010 par Trey Stokes et réunissant à l’écran Barry Bostwick, Renée O’Connor, Matt Lagan et Adam Grimes. Malheureusement ce film confirme un *essoufflement* du thème de la vilaine baleine. La critique est passablement négative voire acerbe, plusieurs considérant la production comme un échec total.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 28 octobre 2018

 

MÊME PAS PEUR

MÊME PAS PEUR

Commentaire sur le livre de
LUC VENOT

*Des verres se cassent, des assiettes aussi.
L’homme sursaute et embrasse la scène :
tous ces ados, son fils qui pleure…il n’est
pas tout à fait sûr de lui…*
(Extrait : MÊME PAS PEUR, Luc Venot, version
intégrale révisée, 2015, Éditions Humanis, num.
200 pages)

Deux policiers enquêtent sur des meurtres sordides précédés de torture. Toutes les pistes amènent les deux limiers à enquêter dans un foyer qui héberge à la fois des adultes en réadaptation sociale et des ados en difficulté. Les policiers n’ont pas le choix de s’immiscer dans la vie de ce lieu hautement improbable pour de telles atrocités. Est-ce que les victimes méritaient leur sort? Est-ce que ça justifie la loi du Talion. L’auteur plonge graduellement et inexorablement le lecteur dans l’univers sordide de la maltraitance envers des enfants en s’attardant  sur la vie de quatre personnages du centre : un adulte et trois adolescents.

CRU, DÉCAPANT ET EFFICACE
*Écoute-moi bien gros fils de pute. Ton enfant,
ta chair, a mon numéro de téléphone. Si tu le
touches, ne serait-ce qu’une seule fois, je vous
tue, toi et ta grosse. Cappice? Je ne te menace
pas, je te promets. Tu fais la différence?*
(Extrait : MÊME PAS PEUR)

C’est une histoire très dure, mais c’est une belle histoire. Au centre du drame : un quatuor qui évolue dans un foyer d’accueil où se côtoient des adultes et des adolescents. Pour apprécier toute la richesse du récit, il faut bien saisir la nature et la profondeur des interactions entre les principaux personnages de l’histoire : Antoine, 15 ans, garçon attachant, meurtri par la vie et qui cherche maintenant une vie normale incluant l’aide et la présence d’un père. Rio, un petit voyou sympathique, 11 ans, enfant de la rue, sous la protection d’Antoine qui le considère comme son petit frère, Émilie, 15 ans, à la recherche de l’équilibre et de l’exploration sexuelle et qui a un sentiment pour Antoine, enfin, Michel, l’adulte du quatuor, dans la quarantaine, divorcé, ayant un fils du même âge qu’Antoine. Dans le groupe, Michel est un instrument d’équilibre. Lui-même soucieux de remettre sa vie sur une voie positive, il exerce une influence positive sur les autres.

Ne soyez pas surpris, on connait l’auteur des meurtres dès le début de l’histoire. Le cœur du drame est dans le ressenti des jeunes et des atrocités subies. Quoique d’une forte intensité dramatique, cette histoire en est une d’amitié avant tout, et même d’amour. Même s’il est parsemé de passages crus et violents, le récit est épuré de tout sensationnalisme. L’auteur a su éviter ce piège pour s’attarder à la profondeur des liens et aux blessures du cœur.

Bien que j’ai beaucoup aimé ce livre, je soulignerai tout de même deux petites faiblesses : d’abord pour enquêter sur les assassinats, Vennot a créé trois personnages peu sympathiques et vraiment pas attachants : le commissaire Hercule Mapèch et ses adjoints Fabulous Fab et Biggy. Quand je lisais les passages sur l’enquête, j’avais l’impression de pénétrer dans un autre monde tellement les personnages sont agaçants, teigneux et insignifiants. J’ai noté aussi un changement drastique dans les niveaux de langage. Au strict niveau policier, j’aurais souhaité une approche différente.

Le deuxième point faible n’est qu’une question de perception. Elle concerne la finale. Elle est extrêmement dramatique et déchirante, ça, ça va, mais j’ai trouvé sa mise en scène peu vraisemblable et même quelque peu démesurée.

Enfin, puisque le cœur du problème est de punir (dans ce cas-ci des batteurs et des violeurs d’enfants) par une mort atroce, Venot nous amène à réfléchir sur la loi du Talion*. Jusqu’où peut-on vraiment s’engager dans la haine et le besoin de faire justice soi-même. MÊME PAS PEUR est un récit sensible, profond et touchant. L’écriture, forte et efficace, est venue me chercher rapidement.

*LOI DU TALION : Loi selon laquelle la sentence est équivalente à l’offense. Elle est souvent représentée par l’expression œil pour œil qui prend son origine dans l’Ancien Testament.

Luc Venot est un écrivain français de l’ère numérique. Ancien photographe, il était constructeur de décors pour spectacles avant de se lancer dans l’écriture pour laquelle il n’a pas hésité à puiser dans les épisodes de sa vie chaotique. MÊME PAS PEUR est son premier roman. Il a déjà connu un succès fulgurant dès les premiers mois de sa parution en édition numérique…considéré comme un livre-phénomène à saveur autobiographique. Au moment d’écrire ces lignes, Venot travaille à son deuxième roman.

Bonne lecture
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 21 octobre 2018

VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU

VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU

Commentaire sur le livre de
KEN KESEY

*Le martyr de McMurphy est aussi un martyr
chrétien. Ce livre noir est aussi un livre
rayonnant de joie de vivre et un plaidoyer.
Il s’agit de mieux comprendre, de mieux
prendre conscience du monde fou dans
lequel nous vivons.*
(Extrait : VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU,
Plus précisément le texte AVERTISSEMENT signé
André Bay et précédent le récit  de Kesey, Ken
Kesey, Édition Stock de 2002, réédition, édition
numérique, 290 pages)

Dans une maison de santé, une redoutable infirmière, « La Chef », terrorise ses pensionnaires et fait régner, grâce à un arsenal de « traitements de choc », un ordre de fer, réduisant ses pensionnaires à une existence quasi-végétative avec des psychotropes, des électrochocs et même des lobotomies, Surgit alors McMurphy, un colosse irlandais, braillard et remuant, qui a choisi l’asile pour échapper à la prison. Révolté par la docilité de ses compagnons à l’égard de « La Chef », il décide d’engager une lutte qui, commencée à la façon d’un jeu, devient peu à peu implacable et tragique. McMurphy (incarné par Jack Nicholson dans le film de Milos Forman) sera à l’origine non seulement d’un sentiment de révolte chez les internés, mais aussi d’une prise de conscience de leur personnalité et de leurs conditions de vie.

AVANT-PROPOS

Les origines du titre VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU  sont contestables pour plusieurs. Pour moi personnellement, ce titre pourrait très bien symboliser la lobotomie. Mais la version la plus courante laisse à penser que le *nid de coucou* représente l’asile et le *vol* représenterait la seule personne qui a réussi à s’échapper de l’asile : l’indien, le chef Bromdem, c’est-à-dire le narrateur.

UN CLASSIQUE INDÉMODABLE
*Ne reconnaissez-vous pas l’archétype du
psychopathe? Je n’ai jamais vu un cas de
psychopathie aussi manifeste. Cet homme,
c’est Un Napoléon, un Gengis Khan, un
Attila.*
(Extrait : VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU)

C’est un livre très dur, une histoire à haute intensité dramatique que j’ai fini par lire peut-être une vingtaine d’années après avoir vu le film, adaptation remarquable du réalisateur Milos Forman. Même si ce livre a été un des plus commenté et critiqué dans l’histoire de la littérature américaine, force est de constater qu’il a été un mis dans l’ombre par le film, à cause, en particulier de l’interprétation magistrale de Jack Nicholson qui s’est approprié le rôle du rebelle McMurphy avec un naturel désarmant. Mais le livre vaut la peine d’être lu, je le considère même meilleur que le film car la plume extrêmement puissante de Ken Kesey appelle à l’angoisse dès le début et vient nous rappeler, grâce à un sordide jeu de pouvoir, cette fâcheuse tendance de toutes les sociétés à vouloir contrôler leurs sujets.

Le fil conducteur est simple à suivre : dans un asile psychiatrique, une redoutable infirmière fait régner une discipline de fer grâce à toute une panoplie de traitements de choc, réduisant les pensionnaires à une existence quasi végétative. Les choses vont changer dès le jour où Randal McMurphy, personnage subversif, exubérant et rebelle arrive à l’asile parce qu’il a choisi cette solution pour échapper à la prison. Pendant un certain moment de lecture, je me suis demandé qu’est-ce que McMurphy faisait dans ce décor, me disant qu’il était loin d’être fou. Mais j’ai compris assez vite que, révolté par la docilité de ses compagnons à l’égard de l’infirmière, qui est une véritable peau de vache, McMurphy s’est engagé dans une lutte qui devient graduellement implacable et dramatique : *…eh bien, j’ai été étonné de constater à quel point vous êtes sains d’esprit, tous autant que vous êtes. Pour autant que je puisse en juger, vous n’êtes pas plus fous que le trou-du-cul moyen qui se balade en liberté.*(Extrait)

Dès lors, le récit se concentre sur un impitoyable jeu de pouvoir qui retiendra définitivement l’attention du lecteur allant jusqu’à prendre une très intéressante valeur de symbole révélatrice de la vie actuelle : d’un côté la répression et la coercition et de l’autre, un appel à la tolérance, à l’ouverture d’esprit et à la liberté. Autre fait intéressant et magnifiquement mis en mots dans le récit de Kesey, l’agitateur devient, aux yeux de ses pairs, un héros…une solution au conformisme crasse qui caractérisait la société des années 60 en général et les institutions psychiatriques américaines en particulier: *Il était un géant descendu du ciel pour nous libérer du système qui ligotait le monde de son réseau de fils électriques et de cristaux, un être de trop d’envergure pour se soucier de mesquines questions d’intérêt.*(extrait) Le récit est narré par un vieil indien, un géant qui fait semblant d’être sourd depuis son arrivée à l’asile il y a des années. Tout comme le lecteur, l’indien est témoin et raconte les tentatives habiles de McMurphy pour donner aux pensionnaires de l’asile de la personnalité, une raison de vivre, de se battre.

VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU est un livre en quatre parties. Il n’y a pas de chapitres, pas de temps mort, peu de diversions. C’est un crescendo de révolte et de frustrations. Le livre m’a fait vibrer et passer par toute une gamme d’émotions. Tantôt j’étais choqué et triste, tantôt fasciné et admiratif. Ce fût pour moi un moment de lecture intense et touchant…le temps s’est arrêté, effet d’une plume habile et sans compromis qui ne laisse pas indifférent.

Je vous recommande la lecture de VOL AU-DESSUS d’un nid de coucou. Une œuvre de premier plan…une grande lecture…

Ken Kesey (1935-2001) était un écrivain américain natif du Colorado. Il s’est prêté à des expérimentations de drogues entraînant temporairement des états de psychose. Pendant toute cette période d’absorption de LSD et de mescaline, entre autres, les médecins analysent jours après jours les résultats des tests. Continuellement sous acide, Kesey est embauché dans ce même hôpital. C’est de cette étrange expérience que naîtra son premier roman : VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU, un succès immédiat qui ne tardera pas à être adapté au cinéma par Milos Forman, avec Jack Nicholson et Louise Fletcher.. D’autres titres à succès suivront dont SOMETIMES A GREAT NATION, adapté au cinéma en 1963 sous le titre : LE CLAN DES IRRÉDUCTIBLES avec Paul Newman.

VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU AU CINÉMA
Le livre de Ken Kesey a été adapté au cinéma par Michael Forman. Le film est sorti en 1976 et a fait époque avec 15 prix et 5 nominations.
Le film met en vedette Jack Nicholson

Et Louise Fletcher…la redoutable infirmière

La presse a salué ce film. Le journaliste Jacques Doyon écrivit, peu après la sortie du film en 1976 : *Voilà un film qui est grand parce que fait à l’intérieur d’un système, il nous atteint et nous transforme*.

BONNE LECTURE
JAILU
Le samedi 20 octobre 2018

Les invraisemblables aventures de monsieur tout le monde

LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES
DE MONSIEUR TOUT LE MONDE

Commentaire sur le livre de
MAHRK GOTIÉ

*Honnêtement, baillai-je, je n’en ai strictement
rien à cirer de ta vie, de ton pouvoir, ni de tout
ce qui constitue ta particularité intrinsèque qui,
j’en suis convaincu, n’a rien à envier à celle de
n’importe quel autre abruti ordinaire. Mais
puisque tu ne sembles pas comprendre que tu
me dérange, crache ton venin!*
(Extrait : LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES DE
MONSIEUR TOUT LE MONDE, Mahrk Gotié,
IS Éditions 2014, édition numérique, 160 pages)

Monsieur Tout le monde est comme tout le monde ou presque : il a un travail qu’il déteste, une femme moche, et deux adolescents dont le premier but dans la vie est de ne surtout pas devenir comme lui. Mais Monsieur Tout le monde, ce père de famille ordinaire veut changer tout ça. Il veut rêver, vibrer. Il veut croire que la meilleure partie de son existence n’est pas derrière lui. Alors, un beau jour, il décide de s’affranchir de ses barrières mentales, et part à la découverte d’un monde beaucoup plus déjanté qu’il ne l’avait soupçonné… Il plaque femme et enfants, bien décidé à vivre. Il se lance ainsi dans des aventures invraisemblables qui seront tout sauf ordinaires, à la découverte d’un monde tordu et débridé. Qu’est-ce qui peut bien trotter dans la tête d’un homme décidé à abandonner une vie de platitude pour passer à quelque chose de plus…stimulant disons…

VIRAGE DANS LA VIE
D’UN CASSE-PIED FAINÉANT
*Je n’aime pas les gens et ils me le rendent à
l’identique. Je pisse sur tout le monde et ça
me fait jouir. Détestez-moi, je ne demande
que ça. Je souhaite votre haine et votre
mépris, ma mauvaise réputation me fait
bander comme un âne. Insultez-moi,
salissez mon image, n’hésitez pas…
(Extrait : LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES
DE MONSIEUR TOUT LE MONDE)

J’ai choisi ce livre par curiosité. Le titre n’est pas banal et puis je croyais trouver un monsieur qui me ressemblait un peu. Tel ne fut pas le cas…loin de là. LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES DE MONSIEUR TOUT LE MONDE est un livre déjanté et affublé d’une surdose de cynisme, de machisme et d’égocentrisme. Le sujet était pourtant prometteur : Monsieur tout le monde n’aime pas sa vie, il déteste son travail, il croit que sa femme ne l’aime plus et trouve ses deux ados insignifiants. Il décide donc de tout plaquer, décidé à vivre avant de mourir. C’est là que l’auteur aurait pu être original. Au contraire de l’originalité et d’un goût recherché, il nous a laissé un récit aux limites du trash : *La médiocrité, moi je vous la sublime, je la divinise, je l’incarne au plus haut point, parce que je suis monsieur-tout-le-monde, comme vous. Et vous savez très bien que nous ne triomphons pas.* (Extrait)

Il est certain que ce livre va plaire aux amateurs de trash qui recherche dans un livre la plume directe et provocante : le trash, l’indécence, la vulgarité et bien sûr la crudité qui ne manque pas dans le livre de Gothier : *Sur cette annonce pour le moins alléchante, une grosse pute d’au moins soixante ans, vieille, immonde et snobe, un gros tas de graisse puant et dégoulinant, un déchet humain repoussant à l’excès avec des yeux enfoncés dans les fentes, un nez porcin, une bouche dégueulasse, s’assit en face de moi avec la prestance d’un tas de merde…* (Extrait)

Le titre du livre a un petit quelque chose qui évoque un peu l’arnaque. À partir du moment où notre monsieur tout-le-monde choisit de dissoudre sa vie, il n’est plus monsieur Tout-le-Monde, mais tombe dans une minorité indigente selon son propre choix. Quel lecteur ou lectrice va se reconnaître là-dedans. Ce genre de monsieur tout-le-monde ne prend même pas le temps de lire un livre. Vous ne devez pas vous attendre à vous reconnaître dans ce genre de vie délabrée.

Ce livre est un peu comme son personnage principal. Il n’a pas de but. Ça raconte, un peu comme dans une chronique, mais avec plus d’errance, des pirouettes sexuelles qui relèvent de l’obsession et surtout avec une philosophie de supermarché facile mais bien tournée toutefois. Par exemple :

*Ouais, je rate toutes ces choses qui valent le coup et ça me plait, parce que c’est moi et personne d’autre qui décide de les rater. J’apprécie la beauté de l’inutile.*
*Au final, chaque homme se révèle minable. Faut juste attendre le moment où il ne dissimule plus sa véritable nature.*
*J’aime la décadence et la saleté, et tout ce qui ne tourne pas comme vous le voulez. Parce que je ne suis qu’un vieux con qui n’en a plus rien à foutre car il sait qu’il va bientôt crever.*
(Extraits)

Ce sont des phrases bien tournées mais qui n’ajoute pas grand-chose à l’intérêt du livre sauf peut-être à la psychologie du personnage principal. Je terminerai en disant qu’au moins le livre est bref, très ventilé, il se lit vite et bien et annonce peut-être une suite…je ne commenterai pas. Conclusion, ce livre ne deviendra sûrement pas un fleuron de la littérature.

Mahrk Gotié est un jeune auteur émergent, un peu philosophe mais surtout provocateur. Il ne semble pas trop s’en faire avec la vie. Pendant un séjour de quelques années sur l’Île de la Réunion, il décide d’écrire nouvelles et poèmes qui apparaîtront ici et là dans quelques revues littéraires jusqu’à la publication de son premier roman : modeste mais se voulant comique et tout à fait cynique voire dérangeant : LES INVRAISEMBLABLES AVENTURES DE MONSIEUR TOUT LE MONDE.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 14 octobre 2018

LES FLEURS DU MAL

LES FLEURS DU MAL

Commentaire sur le
recueil de poèmes de
CHARLES BAUDELAIRE

*L’horrible soif qui me déchire
Aurait besoin pour s’assouvir
D’autant de vin qu’on peut tenir
Son tombeau; -ce n’est pas peu dire*
(Troisième strophe du poème LE VIN DE
L’ASSASSIN, extrait de LE VIN, troisième
partie du recueil LES FLEURS DU MAL,
Charles Baudelaire, 1861, Bibebook,
édition numérique libre de droits)

LES FLEURS DU MAL constituent l’œuvre majeure de Baudelaire et une des plus importantes de la poésie moderne, à cause de son esthétisme novateur, publiée le 25 juin 1857 puis visée par une accusation d’outrage à la morale publique et à la morale religieuse. L’œuvre aurait pu être acceptable vue la nature un peu libertine des mœurs parisiennes de l’époque, mais les poèmes visés frisaient la pornographie. Baudelaire et ses éditeurs sont  condamnés à une amende pour délit d’outrage à la morale publique,  et à la suppression de 6 pièces de l’œuvre qui a exercé une influence certaine sur de grands poètes comme Arthur Rimbaud, Paul Verlaine.

UN FLEURON DE LA LITTÉRATURE
*La nuit voluptueuse monte,
Apaisant tout, même la faim,
Effaçant tout, même la honte,
le poète se dit : «Enfin !
(Extrait du poème LA FIN DE LA JOURNÉE,
Sixième partie de LES FLEURS DU MAL,
LA MORT…Charles Baudelaire)

Eh oui! Le goût du classique me revient régulièrement. Cette fois-ci, j’ai choisi un livre très très spécial. Je ne suis pas un grand amateur de poésie. C’est la notoriété de Baudelaire qui m’a attiré surtout, son prestige et aussi l’admiration et l’attachement qu’il éprouvait pour Edgar Alan Poe (1809-1849) un écrivain américain que moi-même j’aime beaucoup et dont j’ai déjà parlé sur ce site. Baudelaire est même devenu le traducteur officiel de Poe et il en éprouvait une grande fierté. On ne peut pas vraiment critiquer Baudelaire. Mon avis est qu’il était simplement génial. Je peux vous dire aujourd’hui ce que je ressens après la lecture du chef d’œuvre qui réunit l’essentiel de la poésie de Charles Baudelaire : LES FLEURS DU MAL.

LES FLEURS DU MAL est un  recueil en six parties :
1) SPLEEN ET IDÉAL
2) TABLEAUX PARISIENS
3) LE VIN
4) FLEURS DU MAL
5) RÉVOLTE
6) LA MORT

Cet ouvrage m’a fasciné. Peut-être à cause de son côté sombre. On y voit le mal sous différents aspects : la souffrance, vue comme une nécessité d’expiation du mal, Une idée bien précise voire un goût du mal, goût qu’il partage avec Edgar Alan Poe qu’il admirait tellement qu’il a entrepris de le faire connaître aux français en traduisant ses œuvres. Aussi, partout dans LES FLEURS DU MAL, j’ai vu, j’ai senti une profonde obsession de la mort de la part de l’auteur :

            Ô vers! Noirs compagnons sans oreille et sans yeux
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux;
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,
À travers ma ruine allez donc sans remord,
Et dites-moi s’il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts !
            (Extrait : LE MORT JOYEUX)

Faut-il s’en surprendre ? Baudelaire était un poète écorché, une âme torturée qui allait complètement à contre-courant de la morale de son époque.

Outre les thèmes récurrents du recueil : la mort, la souffrance, le néant, outre le fait que par son œuvre, Baudelaire fait un constat navrant de la réalité de son monde, de son époque, moi j’ai vu aussi de la beauté dans LES FLEURS DU MAL, de l’espoir, des poèmes sur la pureté, la musique, les chats, les saisons et son hymne à la beauté est un texte, sans jeu de mot, de toute beauté :
            Tu contiens dans ton œil le couchant et l’aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
qui font le héros lâche et l’enfant courageux.
             (Extrait : HYMNE À LA BEAUTÉ)

La crudité de la réalité s’oppose à la beauté, mais dans plusieurs poèmes, j’ai l’impression que les deux s’amalgamaient. Plusieurs poèmes sont très directs. On voit que Baudelaire n’avait peur ni de la critique ni de la vindicte :
            Puissé-je user du glaive et périr par le glaive!
            Saint Pierre a renié Jésus…il a bien fait!
            (Extrait : LE RENIEMENT DE SAINT PIERRE)
            Gloire et louange à toi, Satan, dans les hauteurs
Du ciel, où tu régnas, et dans les profondeurs
De l’Enfer, où, vaincu, tu rêves en silence !
            (Extrait : PRIÈRE)

Qu’à cela ne tienne, il a dû faire face à la censure. Il n’aura rien gagné de son vivant. Aujourd’hui, il est considéré comme un génie. Pour moi, il n’y a pas de doute, son œuvre est géniale aujourd’hui, et elle l’était à son époque, peut-être trop pour être comprise, trop audacieuse pour être acceptée intégralement sur le plan de la religion, de la morale, de l’éthique et même de la bonne Société qui pourtant, ne se gênait pas au XIXe siècle pour se laisser aller au libertinage.

En ce qui me concerne, ce recueil, LES FLEURS DU MAL m’a beaucoup plus. Bien au-delà de la *beauté extraite du mal* selon les dires même de Charles Baudelaire, j’ai vu la beauté des mots, de l’expression, la richesse des vers, rythmées selon certaines règles qui sont propres à Baudelaire. Ces vers m’ont entraîné dans le raisonnement de l’écrivain, une tempête d’émotions. J’ai développé l’impression que LES FLEURS DU MAL sont devenues une valeur intrinsèque de la littérature du monde, elles sont partout, elles constituent un phare. Les Fleurs du mal sont fiel et miel, le mal, le désespoir puis la souffrance rédemptrice et enfin la reconstruction du monde idéal.

Je pense qu’il faut lire les FLEURS DU MAL au moins une fois. J’en senti et apprécié l’audace de Baudelaire, son sens de la provocation, la variété dans le style, son mépris pour le jugement de ses contemporains dont plusieurs n’allaient pas hésiter à crier à l’immoralité du recueil, le caractère du titre allant à contre-courant de l’éthique et qui pourrait supposer que le les fleurs naissent du mal ou le contraire mais qui nous rappelle aussi que les FLEURS DU MAL auront autant d’interprétations que de lecteurs, la substance des mots.

Baudelaire m’a surpris, mais à la lumière de nombreux livres et articles publiés à son sujet, je dirais qu’il a surpris tout le monde, qu’il surprend encore aujourd’hui et que son œuvre est devenu un phare de la poésie moderne.Je vous recommande cette lecture à la fois douce et amère. Si comme moi, vous n’êtes pas amateur de poésie, abordez LES FLEURS DU MAL comme une expérience nouvelle, originale, singulière…sortie des sentiers battus.

Charles Baudelaire (1821-1867) est un des grands poètes du XIXe siècle. Après une enfance et une adolescence agitées qui seront finalement à l’image de sa vie d’adulte, Baudelaire fera ses débuts littéraires dans la traduction. En effet, en 1847, il découvrira l’œuvre de l’écrivain américain Edgar Alan Poe avec qui il se découvre des affinités comme une certaine opinion sur le goût du mal. Ainsi, Baudelaire entreprend la traduction de nombreuses œuvres de Poe afin de le faire connaître aux français. Toujours en 1847, Baudelaire tombera sous le charme de Marie Daubrun qui lui inspirera plusieurs poèmes.

Auteur bohème à l’esprit torturé, Charles Baudelaire ne publiera qu’une seule œuvre de son vivant, son œuvre majeure : LES FLEURS DU MAL, un recueil de poèmes fait de paradoxes : le bien et le mal, la beauté et la laideur, le ciel et l’enfer…le recueil a été condamné et censuré dès sa sortie parce que trop choquant pour la morale bourgeoise. Notez que ça ne l’a pas empêché de passer à la postérité. Une deuxième édition est produite en 1861 après la suppression de six poèmes. L’œuvre ne sera réhabilitée qu’en 1949.

En 1864, croulant sous les dettes, Charles Baudelaire part pour la Belgique comme conférencier. Mais il sera déçu par cette expérience. Sa santé se dégrade rapidement. Il retourne à Paris en 1866 et y meurt un an plus tard après un long combat contre la syphilis, sans compter ses abus de drogues et d’alcool. Un an après, LE SPLEEN DE PARIS et LES CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES sont publiés à titre posthume. Baudelaire, qui a mené une vie en total désaccord avec la morale de son époque, n’a jamais été reconnu de son vivant et il en a toujours été attristé. Il peut toutefois reposer en paix car son œuvre introduira graduellement la poésie moderne.

Bonne lecture
Jailu
Le dimanche 7 octobre 2018