Rêveries – Beaudelaire – Edgar Allan Poe

Je ne suis pas un grand amateur de poésie, si je compare au roman par exemple. Mais une ou deux fois par année j’aime bien me plonger dans un classique.

De temps en temps au travail, je lève les yeux de mon écran pour regarder par la baie vitrée. Celle-ci donne une vue très vaste du ciel surplombant une autoroute congestionnée au quotidien. Là, fixant les cumulus indifférents, dans une rêverie furtive, un désire d’éloignement, je me remémore le premier poème en prose du livre Le Spleen de Paris, de Charles Baudelaire. Si vous ne devez lire qu’un livre de ce poète, excluant évidement les traductions des nouvelles d’Edgar Allan Poe, que ce soit celui-ci!

Charles Baudelaire – Le Spleen de Paris – L’Étranger
« Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages ! »

Dans un autre ordre d’idée, je me suis rendu compte récemment que j’ai lu de Baudelaire beaucoup plus de ses traductions d’Edgar Poe que de ses propres textes! Et je ne crois pas être le seul dans cette situation. Je ne connais pas grand chose sur Baudelaire mais je crois savoir que l’un comme l’autre avait ce côté artiste maudit tellement fascinant. Du coup je me suis posé la question, est-ce que c’est cette ressemblance, cette connexion profonde, qui a poussé Baudelaire à traduire Poe? Ou était-ce simplement parce qu’il admirait ses écrits?

Si ces questions vous intéressent, je vous recommande la lecture de cette page de blog. Bien que d’une présentation grossière, il s’agit d’une excellente analyse complète et riche en détails et en sources. Vous découvrirez que les motivations de Baudelaire étaient étonnamment beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît!

Phenixgoglu
Février 2013

AUTRE MYSTÈRE OUBLIÉ

« …Mais en gros, le centre de la terre reste

Suffisamment inconnu pour que des

Occultistes puissent imaginer n’importe quoi… »

Extrait de *LE RASOIR D’OCKHAM* par Henri Loevenbruck, Flammarion 2008 pour que des


RASOIR D’OCKHAM :

Vieux principe philosophique et mathématique qui veut que lorsque deux hypothèses entrent en compétition pour la solution d’un même problème, l’hypothèse la plus simple est la meilleure…

L’histoire est celle d’Ari Mackenzie, policier analyste controversé de la Direction Centrale des renseignements Généraux. Mackenzie doit enquêter sur des meurtres en série particulièrement sordides commandités par une secte sanguinaire surgie du passé.

Pour avancer dans cette affaire, probablement la plus complexe et la plus violente de sa carrière, Mackenzie doit interpréter six pages d’un célèbre manuscrit du XIIIe siècle : le célèbre carnet de Villard de Honnecourt. Ce document énigmatique aurait un lien avec les Compagnons du Devoir, un groupe occulte prêt à tout pour redécouvrir ce secret oublié du Moyen-âge et susceptible de déchaîner une incroyable violence. Le défi de Mackenzie :  arrêter ces fanatiques  sans scrupules avant qu’ils ne mettent en place leur sinistre dessein.

Rien de neuf et de vraiment original dans cette saga de Loevenbruck qui rappelle étrangement les histoires de Dan Brown … exactement la même recette :  un personnage principal spécialiste des sectes et de l’occultisme, des meurtres dégueulasses, un secret dangereux que veut percer une secte d’illuminés, des héros qui passent d’une énigme à l’autre, évoquant un jeu de piste et bien sûr, la femme de l’histoire qui vient ajouter une petite touche romantique.  J’aime mieux vous le dire tout de suite, bien que le livre de Loevenbruck ait quelques forces, Brown est infiniment supérieur,  plus subtil, plus intriguant, et un peu plus réaliste. Ma déception vient principalement de trois faits qui m’ont sauté aux yeux : le style est beaucoup trop emprunté, l’histoire est un peu tirée par les cheveux, et la finale, bien qu’elle annonce une suite, évoque ce que je pourrais qualifier de superbe queue de poisson.

Mais tout n’est pas noir… il y a quand même des éléments intéressants qui m’ont gardé le nez dans le livre. Les chapitres sont assez courts et plusieurs sont d’une grande intensité. Il y a de l’action et du mystère ainsi qu’une description intéressante des lieux historiques.

Si vous êtes amateurs d’occultisme, de mystère et d’intrigues évoquant un péril possible de l’équilibre mondial, vous pourriez  apprécier ce livre à la condition de ne pas avoir trop d’attente car toute l’intrigue repose sur un secret qui doit être protégé même au prix de la vie. C’est une variation très ordinaire sur un thème archi connu.  Si c’est votre baptême du genre, vous pourriez vous en tirer avec une petite déception sur le manque d’envergure et sur le ptit coté *guerre de gang*. C’est lisible, mais ça s’arrête là.

JAILU
FEVRIER 2013

(En Complément…)

COMPTE À REBOURS


« Écoutez, monsieur Carroll,
L’armée n’emploierait pas
Un cinglé pour un projet
Ultrasecret. En temps normal,
Luke est aussi sain d’esprit que
Vous et moi. De toute évidence,
Quelque chose l’a déstabilisé… »

Commentaire sur le livre CODE ZÉRO de Ken Follet, version française de CODE TO ZERO, paru en 2001

1958, en pleine guerre froide, un scientifique, Claude Lucas, concepteur de la fusée américaine EXPLORER 1, perd la mémoire dans des circonstances mystérieuses et se retrouve vêtu en clochard dans un milieu malfamé. Cherchant à retrouver son identité,  Lucas, surnommé Luke comprend petit à petit qu’il a été drogué et qu’il est accusé d’espionnage par un agent de la CIA prêt à tout pour l’empêcher de reconstituer son passé. Avant que sa mémoire bascule, Luke avait découvert que le lancement d’EXPLORER allait être saboté. Pour Luke, le défi  est de taille : convaincre le Pentagone d’annuler le décollage d’Explorer, identifier le saboteur, sauver sa vie, empêcher une catastrophe majeure et remettre les États-Unis en selle dans la course à la conquête de l’espace. Mais voilà…le compte à rebours  est très mince.

Voici un livre que j’ai beaucoup aimé. Il se lit bien et vite. Les chapitres sont en réalité des séquences temporelles (temps réel), intenses, sans longueur, à part peut-être quelques inclusions sentimentales qui sont du reste toujours en lien avec le drame. Cette façon d’écrire de Follet me rend automatiquement captif…c’est une force irrésistible qui caractérise l’auteur.

Fidèle à sa tradition, Follet s’est basé sur un évènement historique pour imaginer son histoire. En effet, il faut se rappeler que le 29 janvier 1985, le lancement d’Explorer avait été annulé et reporté, soi-disant pour des raisons météorologiques, alors que le temps était magnifique sur Cap-Canaveral.

J’aimerais préciser aussi que ce livre est bien documenté politiquement et scientifiquement. En effet, Follet met très bien en perspective le contexte de la guerre froide, l’intensification de l’espionnage et les moyens fantastiques déployés pour développer le contre-espionnage. D’autre part, Follet met aussi en évidence le défi scientifique extraordinaire que représente la conquête de l’espace en donnant des caractéristiques de la fusée au début de chaque séquence temporelle du roman. Pour moi ça a un ptit coté génial parce que le déroulement de l’histoire est libre de détails scientifiques et techniques encombrants et compliqués.

C’est un livre non seulement divertissant, mais crédible…une lecture agréable que je n’hésite pas une seconde à vous recommander.

Bonne Lecture

JAILU
Février 2013

(En Complément…)

Un client satisfait est un client mort!

LE MAGASIN DES SUICIDES est un bon petit livre qui se lit pratiquement tout seul. Par sa légèreté, ses personnages et ses dialogues simples, presque cartoonesques, et malgré son sujet délicat, il s’agit d’un livre qui pourrait plaire au jeune lecteur ados aussi bien qu’au grand lecteur en quête d’une « petite lecture détente » entre deux bibles. Ceux qui aiment l’humour noir l’apprécieront, les autres par contre pourraient s’ennuyer ou même le trouver de mauvais goût.

La famille Tuvache tient une boutique d’articles pour suicidaires depuis des générations. Au magasin des suicides, ce sont des pros, ils connaissent leurs affaires. Ils tiennent beaucoup aux succès des clients, aussi leur font-ils toujours voir le mauvais côté des choses, leur conseil des fins adaptées à leurs besoins, et surtout ne leur disent jamais au revoir lorsqu’ils quittent la boutique avec leurs achats. Pour eux un client qui revient est un client insatisfait. Le père, la mère et les deux enfants ont bien sûr le profil de l’emploi. Mais Alan, le petit dernier, viendra tout bouleverser en présentant des signes très inappropriés de… joie de vivre?

Comment un roman peut-il aborder un tel thème aussi ouvertement sans que le lecteur n’éprouve un certain malaise? Le suicide n’est-il pas un sujet tabou? C’est un pari risqué, mais ici c’est un succès. Selon moi trois choses ont permis cette réussite. D’abord, j’ai senti que l’auteur était parfaitement à l’aise avec l’idée d’écrire une histoire sur ce thème, et il l’assume pleinement. Ensuite son écriture est restée simple, naturelle, limite puérile, teintant chaque chapitre d’un humour noir étincelant. Et finalement quoi de mieux pour éviter que le lecteur ne se pose des questions que de tout simplement éviter d’apporter un questionnement! En effet Teulé ne cherche pas le débat philosophique ou social, mais juste le divertissement. Ainsi sommes-nous plongés dans un univers où la question du suicide est tout simplement close.

Et si, malgré tout, nous pouvons être dérouté par cet univers où mettre fin à ses jours est parfaitement acceptable et banalisé, eh bien l’espoir nous incite quand même à continuer. L’espoir de voir le jeune Alan, lui et sa maudite joie de vivre, convaincre l’humanité entière que malgré toutes ses perfidies, ses besognes fastidieuses et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau.

Je recommande LE MAGASIN DES SUICIDES à ceux qui apprécient l’humour noir. C’est un livre qui peut être étrangement rafraîchissant. Bien que le dénouement s’éternise un peu et est très prévisible, la fin nous laissant sur un gros <?!!> est assez satisfaisante …

Phenixgoglu
Février 2013

(En Complément…)

À LA PERSONNE ÉGARÉE

Texte trouvé dans une église de Baltimore en 1692, auteur inconnu.
C’est un texte qui fait du bien.

À LA PERSONNE ÉGARÉE

Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte, et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence.

Sans aliénation, vivez autant que possible en bons termes avec toutes les personnes. Dites doucement et clairement votre vérité et écoutez les autres, même le plus simple d’esprit et l’ignorant : ils ont eux aussi leur histoire. Évitez les individus bruyants et agressifs, ils sont une vexation pour l’esprit.

Ne vous comparez avec personne : vous risqueriez de devenir vain et vaniteux. Il y a toujours plus grand et plus petit que vous.

Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements. Soyez toujours intéressé à votre carrière, si modeste soit-elle : c’est une véritable possession dans les prospérités changeantes du temps.

Soyez prudents dans vos affaires car le monde est plein de fourberies. Mais ne soyez pas aveugle en ce qui concerne la vertu qui existe : plusieurs individus recherchent de grands idéaux et partout la vie est remplie d’héroïsme.

Soyez vous-même. Surtout n’affectez pas l’amitié. Non plus ne soyez cynique en amour, car il est, en face de toute stérilité et de tout désenchantement, aussi éternel que l’herbe.

Prenez avec bonté le conseil des années en renonçant avec grâce à votre jeunesse. Fortifiez une puissance d’esprit pour vous protéger en cas de malheur soudain. Mais ne vous chagrinez pas avec vos chimères. De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude.

Au-delà d’une discipline saine, soyez doux avec vous-même. Vous êtes un enfant de l’univers, pas moins que les arbres et les étoiles : vous avez le droit d’être ici. Et, qu’il soit clair ou non, l’univers se déroule sans doute comme il le devrait.

Soyez en paix avec Dieu, quelle que soit votre conception de lui, et quels que soient vos peines et vos rêves, gardez dans le désarroi bruyant de la vie, la paix dans votre âme.

Avec toutes ses perfidies, ses besognes fastidieuses et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau. Soyez positif et attentif aux autres.

Tâchez d’être heureux.

CONTEMPLATIONS

Je suis tombé récemment sur un petit texte que j’aime beaucoup et qu’on m’avait partagé il y a plusieurs années. Il s’agit encore d’une contemplation morose de l’activité humaine sur Terre, mais cette fois il s’agit plutôt du point de vue d’une personne au coeur de la ville rêvant d’espaces verts et d’air pur. Ici la candeur est remplacée par une profonde lassitude.  En relisant ce texte, je n’ai pu m’empêcher de penser au nuage de smog enveloppant le nord de la chine (je vous recommande également d’aller visionner ce diaporama du figaro, les images sont incroyables).

ALLER LIRE COMTEMPLATION

Phenixgoglu
Février 2013

CONTEMPLATIONS

Enfoncé sur mon séant, presque englouti par mon fauteuil, du haut de mon gigantesque monument de vitre par delà les nuages grisâtres du smog, je contemple la mer métallique; Elle ondule, mais jamais ne frémit submergeant de sa marrée maussade les rares tâches verdoyantes de l’horizon.

Dans ces vagues de béton figé fourmillent des sillons aux teintes austères; Tous prestes, tous anxieux, tous vides. Chacun suivant le courant de l’onde; Aucun ne s’adressant la parole, ne s’arrêtant, ne réfléchissant. Au loin, les usines infectent le ciel avec leurs gueules cuivrées qui vomissent encore et toujours leurs miasmes d’ébènes.

Ces serpents brumeux se tordent dans le firmament en crachant ça et là leur venin. Ainsi le brouillard méphitique enveloppe les flots urbains de son sombre manteau. Là, pêle-mêle ballottent des bêtes mécaniques régurgitant derrière leurs passages maints tourbillons nauséabonds. Devant cette funeste vision un désir s’empare de moi : Rejoindre ces oasis, ces points aux couleurs vivent, où encore les troncs s’élèvent et dominent le ciel, où la terre n’est pas masse goudronneuse, où le chant de la faune substitut le grondement des automobiles.

Je rêve, engloutit par le spleen, ivre d’angoisse, noyé dans le bassin de la citée. Comme les immeubles, moribonds, je me dévore. Mes yeux se retirent de ce bassin fumant et regardent les cieux de ma demeure qui s’effritent; Vivant à une multitude d’étages du sol, j’ai pourtant l’impression d’être dans un fossé. L’humain en ses temps érigerait-il sa propre tombe?

La pesanteur est devenue pour moi le poids de ma conscience : Elle m’écrase. Mes oreilles martelées par le hennissement de la ventilation, mes narines inondées de pollution, mes membres flasques, je ploie, je plis; Tout est lourd, tout est fardeau même jusqu’en mon sommeil; Je m’effondre en mes songes.

Dans ma tour aux milles carreaux translucides, je m’assoupis et attends passivement ma routine. Dans cette chimère, cette hallucination, ce mensonge, mes propos se révèleraient-ils candides, ingénus… véridiques.

(J.P Marcoux, 15 Mai 2005)