Le catalogue des êtres détestables

Comme son nom l’indique, le psychorigide
A l’âme calcifiée, ou, au choix, le mental
Bronchiteux, la pneumonie ontologique,
Bref : le pneu à plat. Il manque d’air. Ce
Qui ne l’empêche pas d’être gonflant.

                                                                              **********************************

Des tas de gens meurent de la maladie,
Mais beaucoup commencent par en vivre.
(extraits de LES AUTRES, C’EST RIEN QUE
DES SALES TYPES. De Jacques A. Bertrand
Éditions Julliard, 2009)

commentaire sur le livre
*LES AUTRES, C’EST RIEN
QUE DES SALES TYPES*
De Jacques A. Bertrand

Dans ce petit recueil, Jacques Bertrand décrit et critique très librement notre société actuelle à travers 20 grandes catégories d’êtres humains, présentés comme des *sales types* parce qu’ils dérangent, agacent, déplacent de l’air, irritent, exaspèrent, énervent. On retrouve entre autres l’enthousiaste, le végétarien,  le psychorigide, l’agélaste (celui qui ne rit jamais) , le touriste, le con et l’imbécile heureux.

C’est un livre intéressant qui va au-delà de l’humour. En effet, le ton est carrément satirique. Je mentionne tout de suite que dans ce livre, les humains sont analysés voire psychanalysés par un Français. Il ne faudra donc pas s’étonner de lire un chapitre consacré au parisien, considéré lui aussi comme un sale type par l’auteur. Autre fait intéressant, tous les chapitres débutent par une allusion aux chiens, l’auteur

Dès le début de la lecture, j’ai senti que l’auteur s’amusait bien à décrire les humains, mais au-delà de l’amusement, Jacques Bertrand analyse la société en utilisant toute la richesse de la langue française pour mettre en perspective les travers de l’être humain. Si certains propos sont parfois acides, l’ensemble est drôle et amusant pouvant même pousser les lecteurs (qui n’ont pas peur de se moquer d’eux-mêmes) à se trouver une place dans une ou plusieurs catégories.considérant sans doute que l’humain et le chien sont intimement  liés. Par-delà son humour parfois grinçant, l’auteur nous laisse le choix de classer l’animal comme sale type version canine, sale chien ou…comme le dindon de la farce.

C’est un livre drôle mais pas vraiment méchant. Du moins pas à outrance. C’est d’abord une merveille d’exploitation linguistique. Pour terminer, mes petites questions satiriques à moi seraient…est-ce que l’auteur lui-même pourrait se reconnaître dans une ou plusieurs catégories de sales types et puis en fin de compte, qui pourrait ne pas être considéré comme un sale type???

Je crois que ça va vous plaire…

BONNE LECTURE
JAILU
DÉCEMBRE 2013

(En complément…)

Les mondes de Simak

*…Dans bien des cas, il serait plus logique
du point de vue économique et même du
point de vue social que l’homme et la
machine ne fassent qu’un, qu’ils soient
jumelés  et deviennent, en fait, un seul
et même organisme.
-Je me demande s’il ne s’agit pas de cela
justement…*
(extrait de LA PLANÈTE AUX PIÈGES, du recueil
UNE CHASSE DANGEREUSE de Clifford D. Simak,
J’ai lu, 1958, réédition 1978)

Commentaire sur
le recueil *UNE CHASSE DANGEREUSE*
de Clifford D. Simak

Au début des années 1970, l’écrivain et agent littéraire français Jacques Sadoul compose un recueil anthologique intitulé UNE CHASSE DANGEUREUSE réunissant sept magnifiques textes composés au cœur des années 50 par l’auteur américain de science-fiction Clifford Donald Simak. Il faudra attendre jusqu’à 1979 pour la traduction française réalisée par Michel Deutsch avant la distribution par les éditions J’AI LU. On sait que la nature et le respect de l’environnement ainsi que la robotique anthropomorphique comptent parmi les thèmes privilégiés par Simak. Ces thèmes sont omniprésents dans UNE CHASSE DANGEREUSE qui demeure un incontournable de la littérature de science-fiction.

BREF APERÇU :

UNE CHASSE DANGEREUSE :
Dans une planète lointaine, pour sauver sa récolte, un colon traque un animal qui gagne en intelligence au fur et à mesure que la chasse progresse.
POUR SAUVER LA GUERRE :
Dans une époque du futur, alors que la paix règne sur la terre, les hommes peuvent évacuer leur violence en s’entretuant dans le confort d’un territoire de jeu prévu à cette fin.
PLUS BESOIN D’HOMMES :
Un tribunal doit rendre un jugement sur une question très délicate : est-ce qu’un robot peut enfanter, fonder une famille et être soumis aux mêmes lois que les hommes. Pour l’assister, un avocat s’entoure d’une armée de robots versés dans la jurisprudence.
LA PLANÈTE AUX PIÈGES :
Des explorateurs d’une planète lointaine découvrent ce qu’ils appellent des pièges à connaissance et doivent faire face à une grave menace de dé mémorisation.
JARDINAGE :
Dans une époque indéfinie, l’animal le plus évolué de la planète doit cohabiter avec la PLANTE la plus évoluée de la planète…pas facile…
OPÉRATION PUTOIS :
Un homme se lie d’amitié avec un putois. Il se rend vite compte que l’animal a des capacités extraordinaires qui intéressent vivement les militaires…
PROJET MASTODONTE :
Des explorateurs expérimentent le voyage dans le temps. Certaines négligences pourraient bien faire en sorte que tout ne se passe pas comme prévu…



Malgré des débuts modestes, voire difficiles, Clifford D. Simak (1904-1988) est devenu un auteur emblématique de la science-fiction. Instituteur, puis journaliste, il fera finalement son entrée dans le monde littéraire avec AMAZING STORIES en 1937. Il atteindra la consécration dans les années 50 avec DEMAIN LES CHIENS, son plus célèbre roman. En 1964, il obtiendra le prix HUGO pour AU CARREFOUR DES ÉTOILES, un chef d’œuvre de la SF. Je retiens de l’auteur un profond humanisme qui transparaît dans l’ensemble de son œuvre

À la lecture de ce recueil, j’ai été rapidement conquis par la beauté des textes. On sait que Simak était un passionné de sciences, qu’il a même été journaliste scientifique. La tentation était peut-être grande d’alourdir l’œuvre avec des détails scientifiques et techniques complexes. Simak n’est pas tombé dans ce piège. Il a plutôt empreint son œuvre d’une splendide richesse descriptive mettant en perspective des thèmes compatibles avec son caractère humaniste et près de la nature : la tolérance, l’amitié, la paix et bien sûr la recherche de la connaissance.

Les textes ont un petit quelque chose de métaphorique. En effet les propos sont imagés mais demeurent toujours dans la simplicité, l’auteur tournant le dos à la *science sans fiction* lourde et énigmatique. Il n’y a pas de héros adulés, d’environnements menacés d’annihilation, pas de désirs de domination. Les personnages sont simples et attachants…tous les personnages y compris Albert le robot et sa *famille* (PLUS BESOIN D’HOMMES), Putois le sconse (OPÉRATION PUTOIS) et Plante, issue de ce que je crois être le plus beau texte du recueil : JARDINAGE.

UNE CHASSE DANGEREUSE réunit sept textes d’une grande profondeur à mon avis plus philosophiques que scientifiques sur des thèmes chers à la science-fiction : les extra-terrestres, les voyages dans le temps, les robots. L’ensemble est original, rafraîchissant, une petite douceur pour le cœur et l’esprit. Du grand Simak…

BONNE LECTURE
JAILU… DÉCEMBRE 2013

Les questions de la vie, les réponses de la science

Je vous parle aujourd’hui d’un ouvrage qui traite du cerveau et du corps humain et qui est présenté dans un format que j’affectionne particulièrement: le Questions/Réponses.

CERVEAU CORPS HUMAIN 200 QUESTIONS RÉPONSES

J’ai lu plusieurs livres de ce genre et celui-ci est de loin mon préféré. Les questions/réponses sont très riches et diversifiées. Divisées en 4 sections (QUAND? COMMENT? POURQUOI? EST-IL VRAI?), elles sont du genre techniques(comment la cellule décode-t-elle l’ADN?), pratiques(comment garder un coeur en bonne santé?), originales(Quand on ne pense à rien, que se passe-t-il dans notre cerveau?), intriguantes(Est-il vrai que l’on perd 21 grammes en passant de vie à trépas?) et même parfois un peu enfantine(Comment notre cerveau distingue-t-il le bien du mal?). Les réponses sont complètes et font appel aux plus récentes études scientifiques de partout au monde. Ces réponses d’ailleurs vont souvent dans le détail et peuvent parfois être plutôt complexes, mais elles peuvent constituer la base de recherches plus poussées. Votre curiosité se sustentera assurément.

Et quelle bonne idée de terminer cette série de question/réponse par quelques tests psychologique pour mieux se connaître. On retrouve également à la fin un index thématique et alphabétique des questions puis la liste des nombreux collaborateurs ayant participer à l’élaboration de cet ouvrage.

Ce livre a aussi une très belle apparence extérieur et l’intérieur déborde de couleurs, d’images et de schémas. Franchement Science & vie a fait un excellent travail et je songe sérieusement à m’abonner à leur magazine!

PHENIXGOGLU
NOVEMBRE 2013

…là où il y aurait possibilités de plusieurs possibilités…

Oui, vous allez rencontrer des gens du passé.
Ne leur apprenez pas de techniques modernes.
Ne les informez pas sur l’avenir. N’oubliez jamais
Que vous êtes un touriste temporel. En cas de
Problème, rentrez immédiatement…
(extrait de L’ARBRE DES POSSIBLES ET AUTRES HISTOIRES de
Bernard Werber, Albin Michel, 2002) 

COMMENTAIRE SUR LE LIVRE
*L’ARBRE DES POSSIBLES
ET AUTRES HISTOIRES*
DE BERNARD WERBER

L’ARBRE DES POSSIBLES ET AUTRES HISTOIRES est un recueil de nouvelles de Bernard Werber qui propose des futurs possibles de l’humanité en passant par différentes émotions : des futurs joyeux ou sombres, optimistes ou pessimistes, abondance ou pénurie, vide ou plénitude.

L’arbre des possibles est aussi un projet initié par Werber qui invite les internautes à imaginer des Futurs possible par le biais de son site Internet interactif. (voir lien à la fin de l’article.)

L’auteur nous livre donc une vingtaine de récits dans lesquels il livre, sous forme  d’histoires fantastiques, contes et légendes, sa vision des futurs possibles de l’humanité, imaginables ou inimaginables.

Avec L’ARBRE DES POSSIBLES, Werber m’a tout simplement subjugué. J’ai été Captif DE ce livre que j’ai lu au complet pratiquement sans interruption. Vous l’avez compris, l’auteur explore des futurs possibles de l’humanité. Certains sont plausibles, plusieurs sont issus d’une imagination *chauffée au rouge*.

Ce qui m’a ravi en particulier, c’est que l’auteur est parti de situations ou d’idées très simples pour les pousser jusqu’à l’absurde et c’est là que le lecteur est entraîné non seulement dans une profonde réflexion mais dans un goût irrésistible d’imaginer lui-même ses propres *futurs possibles*.

Par exemple, Werber parle dans un de ses récits, d’une cuisine moderne, fonctionnelle et bien équipée. Imaginez maintenant un *futur possible* où votre cuisine sera entièrement informatisée, mécanisée et robotisée…allant jusqu’à vous permettre de dialoguer avec votre grille-pain ou jaser avec un couteau et une fourchette…autre exemple…un inspecteur de police qui fait témoigner un arbre qui aurait été témoin d’un meurtre.

…original, divertissant, imaginatif, et même, porteur d’avenir…à lire absolument. Les nouvelles sont brèves, le livre se lit vite…pas de longueur ni de profondeur inutile.

En terminant, l’image ci-haut est une capture d’écran du site interactif L’ARBRE DES POSSIBLES avec une carte interactive des futurs, projet initié par Bernard Werber et par lequel vous pouvez enrichir une magnifique collection de scénarios proposés par des internautes du monde sur les futurs possibles. C’est un site génial magnifiquement conçu. Voici le lien :

http://www.arbredespossibles.com/

 Bonne lecture et Bonne recherche

JAILU
NOVEMBRE 2013

Religion dans la tourmente

*…De la tête, Lazaro désigna l’escalier qui menait
au cloître des hospitaliers. –On voit des choses
là-dedans, qui retourneraient l’estomac le plus
solide et briseraient le cœur le plus vaillant…*
(extrait de LA RELIGION, Tim Willocks, 2006,
version française 2012, Sonatine Éditions)

Commentaire sur le livre
LA RELIGION
de Tim Willocks

Cette histoire nous fait remonter le temps jusqu’en 1565 alors que Soliman le magnifique, Sultan des Ottomans déclare la guerre Sainte aux Chevaliers de l’Ordre de Malte. C’est l’occupation de Malte, un des conflits les plus sanglants et cruels opposant l’Islam et la Chrétienté. Au cœur de cette toile spectaculaire et oppressante, on retrouve Matthias  Tanhauser,  un colosse héroïque, fidèle à la Religion mais déchiré entre deux désirs extrêmement puissants : la soif de combat et de gloire et l’amour d’une femme piégée à Malte : Carla qui garde  l’espoir de retrouver son fils qui lui a été arraché au début de sa vie par un homme d’église fourbe et cruel.

D’abord, quelques mots sur LA RELIGION :

La Religion dont il est question dans ce roman est essentiellement un ordre religieux dont le vrai nom est ORDRE DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM aussi appelé LES HOSPITALIERS et plus couramment LA RELIGION. Cet ordre religieux a été créé à Jérusalem vers 1080 et est à l’origine de tous les autres ordres de Saint Jean. Au départ, l’ordre était exclusivement hospitalier, protégeant avant tout les pèlerins malades dans les hôpitaux de l’ordre.

Très vite, après la disparition des Templiers, l’ordre de Saint-Jean, tout en gardant un pied dans sa vocation d’hospitaliers est devenu guerrier avec une féroce volonté de combattre les Sarrazins et de parer à la menace musulmane. Avec le temps, l’Ordre, farouchement indépendant, échappera à tout contrôle jusqu’à son éclatement au début du 19e siècle.

UN ROMAN *CHOC* :

C’est un roman très long (plus de 800 pages) qui évoque le siège de Malte, un des conflits les plus sanglants de l’histoire des guerres de religion et un des plus cruels de l’histoire militaire. En effet, en mai 1565 Soliman, sultan des Ottomans (des Turcs) à la tête de 38,000 hommes, est décidé à prendre l’île de Malte qui ne dispose que de 9 000 chevaliers hospitaliers et soldats Maltais. Soliman voit dans cette guerre une étape pour réduire la chrétienté à néant, mais le courage et l’astuce de son opposant, la Valette, grand maître de la Religion, conduiront les Turcs à la déroute. Tim Willocks décrit avec un luxe de détails l’incroyable boucherie qui résultera de cette guerre.

Ce qui m’a frappé dans ce roman, c’est la puissance descriptive que l’auteur a déployée…description détaillée de tueries, d’exécutions, de mutilations, de corps démembrés, de têtes tranchées, de puanteur, description détaillée de cette capacité très *humaine* de tuer et de faire souffrir avec des raffinements de cruauté, sans oublier une description très explicite de plusieurs épisodes à caractère sexuel dont quelques-uns sont loin de verser dans l’eau de rose.

J’ai trouvé l’écriture magnifique, puissante mais parfois éprouvante, la violence étant détaillée avec une telle ferveur qu’elle m’a laissé cette impression agaçante que l’auteur a voulu trop en mettre. Toutefois l’esprit chevaleresque de l’époque est bien mis en perspective. Les amours du Héro Tanhauser viennent un peu alléger l’ensemble même s’il s’agit d’un impossible et complexe triangle amoureux.

Ce livre ne m’a pas fait ami-ami avec la Religion car ce n’est qu’un des très nombreux ouvrages (romanesques ou documentaires) qui évoquent une époque où l’inquisition voyait l’hérésie partout et où il suffisait de dire *C’est la volonté de Dieu* pour justifier la folie des hommes. Willocks ne se gêne pas pour souligner le travers des Cultes et les qualifier de fosses à serpents.

Il m’a semblé évident que l’auteur a pris son temps…le roman accusant des longueurs mais sa principale force est d’arracher le lecteur de son confort et de le placer dans le décor d’un environnement ravagé par la violence et la haine.

C’est un roman puissant. La plume est audacieuse et est de nature à submerger le   lecteur, surtout celui qui ne craint pas les longueurs et la crudité d’une grande quantité de passages. Le livre a peut-être une ou deux centaines de pages de trop mais il tient quand même captif et sa finale est magnifique.

BONNE LECTURE
JAILU
OCTOBRE  2013

(En Complément…)

LE VRAI ROMAN DU PROGRAMME SPATIAL AMÉRICAIN

Si on se rappelait les interminables délais lors des premiers
Vols, la déception et le découragement des hommes bouclés
Dans leur capsule au sommet d’une gigantesque fusée pendant
Des heures d’affilée et les ajournements de départ répétés, les
Chances de faire décoller cette fusée-là dans un intervalle de
Deux secondes, paraissaient bien minces.
(extrait de LA COURSE AUX ÉTOILES de
James Michener, Libre Expression, 1984)

COMMENTAIRE SUR LE LIVRE
*LA COURSE AUX ÉTOILES*
De James Michener

C’est une longue et belle histoire qui commence vers la fin de la 2e grande guerre par l’enlèvement de plus d’une centaine de savants allemands (voués à une mort certaine) et leur installation clandestine aux États-Unis. Cet extraordinaire sauvetage tissera la toile du projet le plus complexe et le plus coûteux de l’histoire humaine : le programme spatial américain.

Cette fabuleuse histoire nous est racontée par James Michener à travers le destin de huit personnes : quatre hommes et quatre femmes qui, malgré les lourds débats politiques, scientifiques et financiers qui agiteront ce projet grandiose, entreront dans la légende en plaçant toute l’humanité témoin privilégié de la conquête de l’espace, des vols historiques de Gemini et Apollo jusqu’aux premiers pas de l’homme sur la lune.

LA COURSE AUX ÉTOILES est un roman historique qu’on doit aborder comme une chronique. L’auteur y passe en revue le quotidien de ses héros, réels et fictifs, sur une période de plus de 40 ans : leur vie sentimentale et professionnelle, leurs échecs, leurs victoires et leur participation à l’évolution politique et scientifique d’un pays appelé à devenir le plus puissant du monde.

Le lecteur est entraîné dans une suite d’évènements historiques de premier plan dont il devient le témoin : la deuxième guerre mondiale, la chasse aux *sorcières* communistes, la nécessité pour les américains de devancer les Russes dans la conquête de l’espace, l’avènement de la NASA, le discours historique de Kennedy donnant un sens au programme spatial américain en lançant les USA dans la conquête de l’espace avec des objectifs précis et des moyens financiers colossaux, la création du programme GEMINI et l’avènement du programme spatial le plus coûteux de l’histoire : APOLLO. L’auteur a même imaginé ce qu’aurait pu être le destin d’Apollo 18.

LA COURSE AUX ÉTOILES est une petite brique de 750 pages qui se lit très bien. Les aspects scientifiques y sont assez bien vulgarisés (suffisamment pour ne pas décourager le lecteur), les aspects humains et politiques y sont bien développés et fidèles au contexte de l’époque avec entre autres un regard évolutif sur le rôle des femmes, l’émancipation des noirs et l’éternelle muraille qui sépare la science de la politique. L’ouvrage est aussi un reflet assez fidèle d’une époque où on voyait des communistes partout.  C’est une grande saga sans prétention qui m’a accroché et qui a réveillé le petit garçon qui a toujours été en moi, celui qui, comme tant d’autres observaient les astres et rêvaient de les conquérir. C’est une belle page d’histoire que je recommande sans hésiter.

BONNE LECTURE
JAILU
OCTOBRE 2013

(En Complément…)

RIRE D’ÉPOUVANTE

Sept paires de bras qui se lèvent,
Sept nez qui saignent,
Sept paires d’oreilles qui crachent du sang,
Sept yeux qui gonflent,
Sept yeux qui giclent, volent, roulent
Et…mort,
Il n’y a pas de quoi être fier,
Il faut que j’aille à la fête ce soir!
(extrait de *L’IRREMPLAÇABLE EXPÉRIENCE DE
L’EXPLOSION DANS LA TÊTE* , Michael Guinzburg,
Gallimard, 1997)

Commentaire sur le livre

L’IRREMPLAÇABLE EXPÉRIENCE DE L’EXPLOSION DANS LA TÊTE

De Michael Guinzburg

Le théâtre des évènements est Cashampton, petite ville balnéaire américaine où a vécu Jackson Pollock, artiste-peintre excentrique, ivrogne en particulier, dépravé et cinglé en général. La ville est aux prises avec un mal étrange qui atteint de plus en plus de gens et qui commence par de violentes crises de hoquets, puis du sang qui gicle des oreilles jusqu’aux yeux arrachés de leur orbite…des morts violentes et horribles dignes des plus sombres histoires d’horreur.

Quarante ans après la mort de l’artiste *fêlé* Pollock, un journaliste, Roger Lymon se prépare à écrire une biographie du célèbre personnage. Il enquête donc à Cashampton auprès de personnages pour la plupart excentriques du monde de l’art et qui ont tous eu un certain lien avec Jackson Pollock. Ses découvertes auront de quoi surprendre…entres autres, les raisons pour lesquelles des têtes explosent…

Né à New-York le 10 septembre 1958, Michael Guinzburg est le parfait homme à tout faire. Il a été plongeur, cuisinier, coursier, garde du corps de strip-teaseuse, chauffeur de poids-lourds, télégraphistes, détective, fleuriste et j’en passe. Il a écrit entre autres deux romans chez Gallimard, collection La Noire : L’IRREMPLAÇABLE EXPÉRIENCE DE L’EXPLOSION DANS LA TÊTE et ENVOIE-MOI AU CIEL SCOTTY.

Sans être un chef d’œuvre de style, c’est un livre intéressant que j’ai apprécié, mais j’ai dû surmonter quelques irritants, par exemple la quantité impressionnante de personnages qui interviennent dans l’histoire, avec des noms composés compliqués. Il faut vraiment se concentrer pour ne pas s’y perdre. Il y a aussi le fait que le langage du livre est d’une crudité parfois déconcertante. Guinzburg y est allé très fort à ce chapitre et c’est sans compter un audacieux étalement d’obscénités sexuelles.  Mais les forces du livres sont indéniables : l’écriture est intense, riche en dialogues et l’humour qui teinte l’œuvre est très très noir. Même dans la description de ses scènes d’épouvante, l’auteur est parvenu à me faire sourire, sinon rire.

Autre élément intéressant et qui n’est pas pour me déplaire : l’auteur tourne en dérision le monde de l’art par des propos, des observations et des dialogues parfois très acides et il en fait autant d’ailleurs sur l’extravagance des riches. Voici un extrait qui illustre mon propos :  …* Le fond de la piscine de Terry était tapissé de sculptures et de toiles sous enveloppes étanches, et des invités équipés d’un masque et d’un tuba plongeaient, afin d’examiner les œuvres de près, tandis que leurs chéquiers et leurs bijoux, réunis dans des sacs en plastique, se trouvaient sur des chaises longues.*

C’est tout le livre en fait qui est une réflexion sur le monde de l’art (ce qui amène une certaine dilution de l’intrigue) qu’il devient difficile de prendre au sérieux.

À lire si vous ne craignez pas le ridicule, l’humour noir et un contexte plutôt débridé.

Avec ce livre de Guinzburg, j’ai fait diversion dans mes lectures. Aucun regret…

BONNE LECTURE

JAILU
SEPTEMBRE 2013

Inferno

Mes chaleureuses salutations à vous amies lectrices et amis lecteurs!

C’est à mon tour de mettre mon grain de sel dans le débat entourant le dernier opus de Dan Brown : INFERNO.

Je dis débat parce que l’accueil du livre a été un peu mitigé…les avis sont partagés…beaucoup de critiques sont sévères et même caustiques dans certains cas.

Vous voulez savoir ce que j’en pense?
Alors je vous invite à lire mon article et plonger avec moi dans l’enfer de Dante…

Aller lire mon commentaire sur INFERNO de Dan Brown

JAILU

 

INFERNO

Commentaire sur le livre
INFERNO
de Dan Brown

*…L’humanité sans régulation se comporte
comme une maladie endémique, un cancer…
nous devenons plus nombreux à chaque
génération et bientôt ce qui nourrissait notre
vertu et notre altruisme sera réduit à néant.
Alors viendra le règne de la bête en nous…
Voici que vient le neuvième cercle de Dante…*
(extrait de INFERNO, Dan Brown, éd. JC Lattès, 2013)

Le sixième roman de Dan Brown : INFERNO met en scène encore une fois, le célèbre professeur et expert en symbologie Robert Langdon. Un jour, Langdon se réveille dans un hôpital de Florence, amnésique. Il n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé dans sa vie dans les 48 dernières heures. À partir de son réveil, les évènements se précipitent. Il semble qu’on en veut à sa vie. Il fuit, aidée par son médecin la docteure Sienna Brooks. Il découvre qu’il transporte à son insu un tube métallique semblable à ceux qu’on utilise pour stocker des virus mortels hautement contagieux. Il semble que tout le monde cherche Langdon. Il est en danger et il a peu de temps pour éclaircir ce mystère car il semble que les habitants de la planète entière courent un grand danger. Il devra alors s’investir dans la résolution d’un enchaînement d’intrigues et d’énigmes…

Les énigmes que Langdon aura à résoudre sont inspirées de l’enfer décrit par DANTE ALIGHIERI, poète florentin du XIIIe siècle dans sa célèbre DIVINE COMÉDIE.

Robert Langdon sera finalement confronté à un savant transhumaniste, Bertrand Zolbrist, célèbre biochimiste, persuadé que l’humanité court rapidement à sa perte si le nombre d’habitants sur terre n’est pas drastiquement réduit.

AVANT-PROPOS : LE TRANSHUMANISME

Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l’usage des sciences et de la technologie pour améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains tels que les handicaps, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort, subis comme inutiles et indésirables.

Comme le transhumanisme présente autant d’avantages que de dangers, la perspective transhumaniste d’une humanité transformée suscite de nombreuses réactions tant positives que négatives, issues de courants de pensée très divers.

En regard du livre de Dan Brown, INFERNO, je préciserai que Robert Langdon sera finalement confronté à une vision du transhumanisme extrapolée jusqu’à en être déformée. L’argumentaire développé à la fin du volume tend à amener le lecteur à prendre position ou l’amène tout au moins à une réflexion sur ce sujet controversé.

L’UNIVERS DE DANTE
*on ne peut voir la vérité
qu’avec les yeux de la mort*

Concernant INFERNO, j’ai lu beaucoup de critiques et de commentaires en provenance de journalistes, chroniqueurs, critiques littéraires et d’internautes. Certaines de ces critiques sont favorables, mais beaucoup sont plutôt acides, disant que la formule *BROWN* est plutôt cuite, que plus ça change plus c’est pareil, qu’on rame dans les mêmes eaux, que c’est toujours le même moule, toujours le même plat mettant en présence un concept scientifique et une œuvre d’art. Beaucoup s’attendaient à mieux de la part de Brown.

Je m’attendais à mieux moi aussi et pourtant, j’ai aimé ce livre. Me voici à contre-courant encore une fois je le crains.

Il est évident que la griffe de Brown est reconnaissable dans INFERNO car tous les ingrédients de sa recette habituelle sont réunis : enchevêtrements de notions d’art, d’histoire, d’architecture, de science et de technologie, une mystérieuse organisation, risques élevés d’une catastrophe de grande envergure, beaucoup de coïncidences et d’invraisemblances et il se trouve ici que l’amnésie de Langdon est bien pratique pour l’auteur mais amène difficilement le lecteur à participer à la solution de l’intrigue.

L’aspect divertissant d’un livre est évidemment important pour moi, mais j’aime aller au-delà. J’aime apprendre, observer, réfléchir et méditer sur les thèmes et éléments divers qui portent à réflexion. Comme dans INFERNO, le lecteur est poussé à réfléchir et méditer sur les dangers potentiels d’une augmentation exponentielle de la population mondiale.

Il se trouve aussi que j’aime l’histoire et l’architecture. Quant aux invraisemblances, je crois qu’elles ont toujours fait partie de l’univers du roman, même si elles doivent avoir une limite.

Il faut donner à Brown ce qui lui revient. Ses livres sont très bien documentés et les aspects pédagogiques qui en ressortent sont crédibles. Je note aussi que dans INFERNO, le fil de l’histoire est solide, stable et continu. Il tient sur la notion de transhumanisme décrite plus haut et sur un chef d’œuvre historique de la poésie : LA DIVINE COMÉDIE DE Dante Alighieri, une œuvre remarquable connue et étudiée dans le monde entier.

Le poète y narre un voyage à travers les trois règnes supraterrestres : INFERNO (l’enfer), PURGATORIO (le purgatoire) et PARADISO (le paradis). Toutes les énigmes du livre de Brown sont basées sur le premier règne : INFERNO qui est devenu le titre du livre. Je savais peu de choses de Dante Alighieri et de la DIVINE COMÉDIE. Maintenant, je me considère pratiquement initié.

À ces aspects culturels et pédagogiques qui ajoutent à la valeur littéraire de INFERNO, j’ajoute quelques éléments intéressants que j’aime bien retrouver dans un suspense : des chapitres courts (il y en a une centaine dans ce livre de 525 pages, édition numérique), des rebondissements, mystère, intrigues haletantes et une finale un peu spéciale qui n’est pas sans faire réfléchir comportant un argumentaire sur les motivations du savant qui a tout déclenché.

En fin de compte j’ai aimé ce livre même si je m’attendais à de la nouveauté et aussi à un peu plus d’originalité. Brown reste fort mais un petit changement de recette serait sûrement le bienvenu. J’aurais envie de lui dire, pour le prochain livre, cette fois, surprend-moi…

BONNE LECTURE
JAILU
Août 2013

(En complément…)

L’aventure d’un thanatopracteur

*…Elle s’est logée sur le côté de la deuxième
cervicale, le long du nerf pneumo-gastrique.
Elle vous a chatouillé le rachis, ajouta-t-il,
débonnaire, le genre de caresse qui peut vous
laisser aussi frais qu’un légume congelé pour
le restant de vos jours.*
(extrait de FUNÉRARIUM de Brigitte Aubert,
Éditions du Seuil, 2006)

Commentaire sur le livre
FUNÉRARIUM
De Brigitte Aubert

Brigitte Aubert raconte l’histoire de Léonard Moreno, appelé Chib, homme dans la quarantaine, un peu introverti, renfermé,  qui vit assez confortablement de sa profession d’embaumeur. Un jour, Moreno est approché par une femme : Blanche Andrieu qui lui demande d’embaumer sa petite fille Élizabeth-Louise, appelée  Elilou, morte accidentellement des suites d’une chute dans un escalier et de l’installer dans un cercueil de verre. Attiré par cette femme, Chib accepte et fait la connaissance de sa famille, des nobles très riches. Au cours de l’embaumement, Chib s’aperçoit que la petite a été victime de mauvais traitements allant jusqu’à l’agression. Troublé, Chib enquête discrètement sur les sévices infligés à la jeune fille et s’apprête à pénétrer très graduellement dans un horrible secret de famille.

Avec FUNÉRARIUM, ne vous attendez pas à plonger dans l’eau de rose, Étant donnée la nature du sujet. En effet, Brigitte Aubert a exploité tout son talent et sa force d’écrivaine pour *installer* le lecteur dans une atmosphère oppressante et morbide qui n’est pas sans rappeler, à certains égards, L’EXORCISTE de William Peter Blatty.

En fait, Brigitte Aubert a relevé un défi intellectuel exigeant mais à la hauteur de son talent : elle a créé un personnage, Léonard Moreno,  sans talent particulier à part celui qu’il déploie dans l’exercice de sa profession, embaumeur. Et c’est justement comme embaumeur qu’il s’aperçoit que la dépouille d’une jeune fille a été agressée et que sa mort est suspecte. *Tiraillé* par sa conscience professionnelle, Moreno entreprend une enquête et s’immisce dans la famille Andrieu qui est rien de moins qu’un nid de vipère.

Pendant son enquête, Moreno aura à jongler avec des indices de pédophilie, de zoophilie, de nécrophilie, de satanisme et autres bassesses, sans compter les morts qui s’empilent.

L’auteure  laisse peu de répit au lecteur et à peu près aucun élément lui permettant d’identifier la personne coupable de ces monstrueuses déviations. L’écriture est puissante et sa fluidité ne nuit en rien à l’intensité dramatique de l’histoire. Malgré l’incroyable morbidité qui caractérise le roman et qui ne ménage pas le lecteur, j’ai été séduit par un certain sens de l’humour de l’auteure qui m’a arraché plusieurs sourires. Malgré tout, je mentionne que la trame sinistre est non seulement entretenue tout au long du récit, mais est accentuée par de petits intermèdes intercalés entre les chapitre et que Brigitte Aubert appelle des *INTERMEZZOS*. Voici un petit extrait…

*Elle puait.
Elle puait son odeur.
Elle puait l’esclave.
Dans ses yeux, dans sa bouche.
L’odeur sale.
L’odeur des cris entre les draps.
L’odeur mouillée.
Qui fait mal.
Ses lèvres de salope sur les joues des enfants.
…*

Pas très joyeux… bien qu’il baigne dans la dépravation et la haine, ce livre est surprenant. Il ne fait pas dans la dentelle c’est vrai mais l’histoire est bien ficelée, intense, attire irrésistiblement le lecteur dans sa toile…un livre que vous n’oublierez pas.

BONNE LECTURE

JAILU
AOUT 2013

(En Complément…)